‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales, avee l'indication des moyens de les reconnaìtre (volume 2)Chapitre 137 sur 192 · ESSENCE DE SASSAFRAS · texte numérisé non relu

ESSENCE DE SASSAFRAS

Cette essence s'extrait de la racine ligneuse du laurns sassafras, grand arbre qui croît dans la Virginie et dans la Floride. Récemment préparée, elle est incolore ; mais, au bout d'un certain temps, elle devient jaune ou ronge. Elle possède une odeur assez agréable, ressemblant à celle du fenouil; sa saveur est acre et épicée. Sa densité est 4,094. L'acide nitrique, d'une densité de 4,25 la colore en rouge naearat, et produit à chaud de l'acide oxalique ; l'acide fumant l'enflamme avec plus de facilité que la plupart des autres essences. L'acide sulftirique concentré la transforme en une résine rouge. Elle ne se combine pas avec les alcalis.

Elle dépose à la longue beaucoup de stéaroptène, cristallisé en prismes quadrilatères obliques ou en prismes hexagonaux irréguliers, terminés par deux facettes, transparents et incolores, présentant l'odeur et la saveur de l'essence liquide. Falsifications. — L'essence de sassafras est généralement mélangée d'essences de térébenthine, de lavande et de girofle. Voici les procédés indiqués par M. Banastre pour reconnaître ces adultérations :

Versée dans l'eau, l'essence de sassafras se précipite peu à peu au fond du vase, tandis que celle de lavande reste à la partie supérieure.

Distillée avec de l'equ, l'essence de sassafras se précipite au fond du vase, et Yessence de térébenthine reste à la surface.

\ pas sur l'essence de roses. Ce moyen permet de reconnaître des mé- 1 langes.

5° La vapeur nitreuse jaunit l'essence de roses et verdit celle de géranium. Mais ce réactif ne peut foire reconnaître des mélanges et ne peut être employé avantageusement que lorsqu'on opère séparément sur les deux essences.

3° Quelques gouttes d'acide sulfurique versées sur un nombre égal de gouttes d'essence de roses ne lui enlèvent pas son odeur ; celle-ci, qui paraît alors affaiblie et plus suave, conserve toute sa pureté.

Le même moyen appliqué à l'essence de géranium lui communique une odeur forte et désagréable, tellement caractérisée qu'on peut par ce moyen reconnaître un mélange des deux essences.

KSTAGNONS. 281

Si on distille avec de l'eau contenant 4/3 de son poids de soude caustique, une essence de sassafras mêlée avec celles de girofle et de térébenthine, cette dernière surnage à la partie supérieure du liquide distillé, celle de sassafras se précipite au fond, et l'eau du vase distillatoire évaporée laisse cristalliser l'essence de girofle combinée à la soude (eugénatede soude). .

SSTAGVOm.

Les estagnons sont des vases de cuivre jaune, d'une forme sphéroïdale aplatie, dans lesquels on transporte les eaux distillées, et principalement l'eau de fleurs d'oranger.

Ces vases, adoptés en raison de leur légèreté et de leur facilité d'arrimage, sont composés de deux parties soudées ensemble et recouvertes à l'intérieur d'une couche très-mince d'étain.

Primitivement, l'étamage était soigneusement appliqué à l'étain pur, ou tout au moins avec un alliage d'étain et de plomb dans lequel les minimes proportions de ce dernier métal ne pouvaient influer sur la qualité des eaux de fleurs d'oranger.

Plus tard (i), par suite d'une concurrence exagérée, l'emploi de ces estagnons de cuivre donna lieu à des plaintes et réclamations fondées sur ce qu'ils étaient très-souvent mal étamés, ou étamés avec de Yetain allié de plomb, dont la pro-

(I) Dès 1809, une dame B..., demeurant à Paris, rue de Grammont, fut empoisonnée par une potion d'eau de fleurs d'oranger. Le conseil de salubrité, immédiatement saisi de cette affaire, reconnut que cette eau était acide, salie par un sel de cuivre qui s'y trouvait en proportion notable. Reconnaissant néanmoins que l'empoisonnement de la dame B... n'était pas dû à la malveillance, le conseil se contenta de signaler le fait à l'autorité, tout en demandant qu'une défense formelle fut laite aux distillateurs d'employer des vases mal étamés pour la conservation et le transport des eaux de fleurs d'oranger.

En 1859, un avis affiché dans toute la Belgique attira de nouveau l'attention de l'autorité. Dans cet avis, la commission médicale de La Haye faisait connaître à tous les consommateurs que Veau de fleurs d'oranger, surtout celte provenant de France, était nuisible et dangereuse par suite d'ingrédients tirés du plomb; en conséquence, la commission les invitait à se prémunir contre le funeste usage de cette eau ainsi altérée.

2ft2 KSTAGNONS.

portion était de nature à rendre les eaux de fleurs d'oranger nuisibles à la santé, par suite de l'acide acétique qui se développe au sein de ces eaui : elles contiennent alors du plomb à l'état d'acétate. En outre, les estagnons, servant plusieurs fois à l'expédition des eaux distillées, sont, à cause de leur minceur, bosselés par la moindre pression. Les chocs, dans le transport, y déterminent des fissures que l'on répare à l'aide de soudures (1) contenant une grande quantité de plomb, sans compter celles qui ont été déjà employées pour fixer les anses de ces vases. Ces soudures nombreuses, les mauvais alliages dont sont composés les serpentins destinés à la condensation des vapeurs dans la préparation des eaux distillées, plus l'extrême .ténuité de la couche d'étain superposée au cuivre dans rétamage, font qu'à la longue les eaux de fleurs d'oranger contenues dans des estagnons qui ont servi plusieurs fois et qui ont été bosselés ou fissurés et rhabillés, tiennent en dissolution du plomb et du cuivre à l'état d'acétate.

Pour éviter les inconvénients graves résultant de l'emploi économique et médical d'eaux distillées renfermant ces sels toxiques, ou a cherché à remplacer les estagnons de cuivre.

Le bot» ne peut convenir que dans certaines conditions difficiles à remplir et pour de fortes expéditions.

Le verre, proposé par quelques personnes, est encore moins convenable, à cause de sa fragilité et parce qu'il ne peut être renvoyé à l'expéditeur, ce qui en fait un objet sans valeur et encombrant pour l'acheteur. De plus, en hiver, la gelée peut en occasionner facilement la rupture (2).

On a proposé le zinc, le fer blanc.

Le zinc, recommandé à tort par quelques pharmaciens, donna lieu aux mêmes inconvénients pour la santé publique, n cause de la facile altérabilité du zinc et des propriétés vomilives des sels de ce métal, en particulier de Yaeétate, dont la

(1) On a compté jusqu'à dix soudures dans un estagnon saisi chez un épicier de la rue Saint-Honoré.

(2) Cependant les eaux de flours d'oranger venant de Grasse, Tendues, en petite quantité, chez les parfumeurs sont renfermées dans des bouteilles couvertes de papier, nommées sacoches.

KSTAGNONS. 283

présence fut constatée dans certaines eaux de fleurs d'oranger.

L'emploi des estagnons de fer-Manc présente aussi l'inconvénient d'altérer les hydrolats, qui dissolvent du fer et acquièrent une saveur atrainentaire désagréable.

L'autorité, justement préoccupée à la fois de la situation grave dans laquelle pouvaient se trouver la sécurité et la santé publiques, et de l'atteinte portée à la prospérité du commerce de Grasse, par suite de plaintes incessantes, chercha à recueillir tous les avis et tous les renseignements possibles pour parvenir à changer cet état de choses.

Le conseil de salubrité, consulté d'abord , fut d'avis que Ton n'étamât les estagnons qu'à Yêtain pur, et que les eaux de fleurs d'oranger, après leur transport, ne fussent conservées que dans des vases de verre ou de terre.

Quelques années après, un fabricant de Grasse, M. Méro, proposa d'obliger les chaudronniers de cette ville à revêtir les estagnons sortant de leurs ateliers, chacun d'une marque distinctive spéciale, d'une estampille portant ces mots : -Garanti pur, certifiant que rétamage a été fait à l'étain pur, et préalablement soumis à l'analyse de deux chimistes désignés par l'autorité locale. M. Méro proposa, en outre, que les estagnons fussent poinçonnés par un agent de l'autorité. Malgré toutes ces précautions, l'étamage des chaudronniers est toujours mauvais (i).

En 4844, on constata que des eaux de fleurs d'oranger

(1) Un jugement du tribunal de commerce de Grasse, rendu le 7 septembre 1S45, condamna le sieur M..., chaudronnier, à *00 fr. de doramages et intérêts, et aux dépens, pour avoir livré à M. G..., parfumeur, cinquante estagnons de cuivre garantis étamés à Fétain pur et portant le cachet du fabricant, avec ces mots : Garanti étamé à Vétain pur. Quatre experts chimistes, nommés par le tribunal, déclarèrent à l'unanimité, dans leur rapport, que rétamage de ces estagnons avait été fait avec un alliage de plomb et d'étain, que leur intérieur présentait un grand nombre de points mal étamés, que d'autres ne l'étaient pas du tout et étaient déjà recouverts d'oxyde de cuivre, cette expertise sur les estagnons du sieur M..,, fut motivée sur ce que M. G.... avait fourni à des épiciers de Paris des eaux de fleurs d'oranger que les professeurs de Pécole de pharmacie reconnurent contenir des sels de plomb et de cwvre.

284 ESTÀGNONS.

saisies chez divers épiciers contenaient des proportions de plomb tellement fortes, que Ton chercha de nouveau à faire rejeter remploi des estagnons de cuivre étamé. Les négociants de Grasse s'opposèrent à ce rejet, tendant à amener une grande perturbation dans l'industrie des chaudronniers de Grasse, et ils reproduisirent les moyens proposés à "deux reprises différentes par M. Méro.

Après de nombreuses recherches faites dans le but de remplacer l'estagnon de cuivre, ce distillateur s'arrêta à l'emploi d'estagnons de fer battu étamés, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, par trois immersions successives dans un bain d'étain pur, c'est-à-dire d'étain vierge de Banca, de Malaca, d'Angleterre et même d'Allemagne.

Le Comité consultatif des arts et manufactures, l'École de pharmacie de Paris, consultés par H. le ministre de l'agriculture et du commerce, et l'Académie de médecine, d'après le rapport de M. Guibourt sur un travail qui lui avait été présenté à ce sujet par M. Octave Briffant, furent d'avis que l'estagnon de fefr battu étamé à rétain fin devait être substitué à l'estagnon de cuivre étamé, pour le transport et la conservation des eaux de fleurs d'oranger, attendu que la rouille (oxyde de fer), dissoute dans un hydrolat acide ou de mauvaise qualité, n'amènerait rien de comparable aux accidents causés par le cuivre et le plomb, ^

Il résulte, en effet, d'expériences faites par M. Soubeiran, que l'eau de fleurs d'oranger, acidifiée par l'acide acétique et conservée en vidange pendant plus d'une année dans un estagnon de fer battu bien étamé , n'a présenté aucune trace de métal en dissolution.

Depuis, un négociant de Grasse a imaginé de faire des estagnons de cuivre revêtus intérieurement d'une couche $ argent déposé par les procédés électrochimiques.

Les choses en sont restées là sans qu'aucune décision à cet égard ait été prise par l'autorité compétente. Il serait à.désirer cependant, dans l'intérêt de l'hygiène publique, que l'on prît une mesure définitive ; car il y a encore, dans le commerce, des eaux de fleurs d'oranger salies parles sels de plomb.

Pour reconnaître si Tétain employé à rétamage des esta-

êïjun. 285

gnons est pur ou allié , il suffit d'en racler une certaine quantité et de le traiter dans une capsule par l'acide nitrique ; on fait évaporer à siccité -, le résidu, repris par l'eau pure et filtré , est essayé par les réactifs. Si rétain contient du plomb, la liqueur précipitera en jaune par l'iodure de potassium, le chromate de potasse ; en noir, par l'hydrogène sulfuré ; eu blanc, par le sulfate de soude.

ÉTAJOT.

Ce métal est d'un blanc argentin, brillant, très-mou et trèsmalléable. Il acquiert par le frottement une odeur particulière. Quand on le replie sur lui-même, il fait entendreun bruit particulier nommé cri de l'étain, qui est plus ou moins fort, selon que le métal est plus ou moins pur. Sa densité est 7,29. Il fond à 228oc ; c'est le métal le plus fusible. 11 est susceptible de se réduire en feuilles par l'action du laminoir. L'étain, exposé à l'air, perd de son brillant et prend une couleur noirâtre.

L'étain le plus pur que l'on trouve dans le commerce est l'étain deMalaca, dit étain en chapeau. Viennent ensuite l'étain de Banca, l'étain anglais.

Usages. — L'étain est employé dans une foule de circonstances. Allié avec le cuivre, il forme le métal des cloches, le bronze statuaire, le bronze des canons, le bronze monétaire. Uni au plomb, il forme la soudure des plombiers ; en feuilles très-minces, il sert dans rétamage des glaces ; allié au fer, il constitue le fer-blanc. On l'emploie à faire de la vaisselle, de la poterie dite d'étain *t divers instruments employés dans l'économie domestique. En médecine, l'étain en limaille ou en poudre est employé comme anthelmintique : on le prescrit de préférence contre le tœnia.

Altérations. — Vétain du commerce peut renfermer plusieurs métaux étrangers : cuivre, plomb, fer, arsenic.

On a indiqué le moyen suivant pour reconnaître lorsque l'étain est impur. On en fond environ cinquante grammes dans une cuiller en fer, et on le coule sur une plaque de fer un peu concave ; de cette manière, on obtient, si le métal est pur,

286 ET AÏS.

une espèce de larme dont la surface est très-polie, de couleur blanche, et ne présentant aucune tache ni gerçure ; en pliant la larme en deux, elle fait entendre un cri très-clair. Si rétara est impur, le cri est beaucoup plus faible lorsqu'on le plie ; il présente une couleur terne plombée, à peine brillante; on y observe des gerçures et une espèce de cristallisation, imitant le moiré métallique. La sensibilité de ces caractères physiques varie avec l'impureté de rétain.

Pour s'assurer de la présence et de la nature des métaux étrangers, on a recours à la voie humide. On dissout à chaud un poids déterminé d'étain dans l'acide nitrique en excès. II se forme de l'acide stannique insoluble, tandis que les métaux étrangers se dissolvent. On évapore à siccité, on reprend par l'eau et Ton filtre ; la liqueur claire donnera, si elle contient du plomb, un précipité blanc avec le sulfate de soude ; jaune avec l'iodure de potassium, le chromate de potasse ; brun noirâtre avec F hydrogène sulfuré. L'ammoniaque en excès précipitera l'oxyde de fer et redissoudra l'oxyde de cuivre ; le cyanure jaune donnera un précipité bleu s'il y a du fer, un précipité brun chocolat s'il y a du cuivre, et bleu violet si ï'étain renferme les deux métaux à la fois. Quant à l'arsenic qui se trouve dans la liqueur à l'état d'acide arsénique, on le précipite au moyen du nitrate d'argent, qui donne un précipité rouge brique.

On peut également apprécier l'arsenic en dissolvant lentement l'étain dans l'acide chlorhydrique pur. L'arsenic se dépose à l'état métallique sous la forme de flocons bruns noirâtres (1).

L'acide stannique recueilli sur le filtre, lavé et séché au rouge, donne le poids de l'étain pur , sachant que 400 p. d'acide stannique anhydre renferment 78,62 d'étain métallique.

(1) L'arsenic a été constaté dans l'étain par Baye», Charlard, Mar* graffy Proust. En 1781, les deux premiers chimistes démontrèrent que les étains de Banca et de Ifalaca ne contenaient pas d'arsenic; que les autres é tains n'en renfermaient au plus que 1/600 de leur poids ; quantité incapable de donner à l'éutra des qualités vénéneuses.

ÉTHKR N1TRKUX. 287

ÉTKE&ACtèTIQUX.

L'éther acétique ou acétate d'oxyde d'éthyle, appelé autrefois éther aeéteux, est un liquide incolore, d'une odeurrafraichissante, très-inflammable, brûlant avec une flamme jaune pâle, et bouillant à 74°; sa densité est de 0,89 à 45"; il est soluble dans 7 p. d'eau et en toutes proportions dans l'alcool et l'éther. Il est sans action sur les couleurs végétales; il se conserve sans altération quand il est pur. L'eau ou l'acool l'acidifient peu à peu. L'éther acétique médicinal marque 23° à l'aréomètre de Baume.

D'après les analyses de MM. Dumas et Boullay et de M. Liebig, il est composé de : carbone 54,64 ; hydrogène 9,22 ; oxygène 36,14.

Usagbs. — L'éther acétique sert en frictions excitantes contre les douleurs rhumatismales ; il fait partie du baume acétique camphré. On l'administre comme stimulant, antispasmodique; on l'emploie contre les indigestions, l'ivresse.

Altérations. — L'éther acétique doit être choisi dépourvu d'odeur empyreumatique; lorsque celle-ci se manifeste par Tévaporation d'une petite quantité d'éther dans le creux de la main, c'est signe qu'on a employé, pour le préparer, de Yaeide pyroligneux et de V alcool de graines ou de fécule.

On doit aussi rejeter de l'usage thérapeutique l'éther acétique qui fait effervescence avec les carbonates, car alors il contient de Yacide acétique.

L'éther nitreux, appelé aussi napkte nitrique» éther nitrique > éther azoteux, éther hyponitreux, azotite ou nitrite d'oxyde d'éthyle, nitrite (Téther, est un liquide blanc jaunâtre, présentant une forte odeur de pommes de reinette ; sa saveur est acre et brûlante; sa densité à + 15<*, est 0,947 ; il bout à 16°° 4. Ah contact d'un corps en ignition, il s'enflamme et brûle avec une flamme blanche. Il est soluble dans l'eau. Mis dans des flacons même bien fermés, il s'acidifie au bout de quelques jours.

288 ÉTHKft SULFURIQUE..

Usagis. — L'éther nitreux est employé en médecine comme excitant, diurétique, contre le hoquet, et la colique flatulente ; on l'administre à l'état d'éther nitrique alcoolisé ou liqueur anodine nitreuse, c'est-à-dire mélangé avec un volume d'alcool rectifié, égal au sien.

Altérations. — L'éther nitreux peut contenir de Y acide mtreux, de Veau, de Y alcool. L'acide nitreux se reconnaît à l'effervescence produite lorsqu'on traite l'éther par le bicarbonate de potasse.

L'eau et l'alcool sont décèles par la diminution de volume, qui se manifeste lorsqu'on place du chlorure de calcium dans l'éther.

ÉTHMB. SUIiFUBlQtrB.

L'éther sulfurique, appelé aussi naphte vitriolique, huile douce de vitriol, éther hydrique ou hydratique, oxyde oVétkyle, simplement éther, est un liquide incolore, très-limpide, d'une mobilité extrême. Son odeur est vive et suave ; sa saveur est fraîche et aromatique. Sa densité est de 0,7445 à + 24°°, de 0,7454 à + 20^, et de 0,7237 à + 42°,5. Il est extrêmement volatil, bout à + 35°<\6, sous la pression de 0œ76. Il brûle avec beaucoup de facilité. Sa vapeur est très-dense, et pèse 2,565. Un mélange de vapeurs d'éther et d'air ou d'oxygène est explosif à un haut degré. L'éther se dissout dans 10 p. d'eau ; il se mêle en toutes proportions avec l'alcool, les huiles fixes et volatiles.

Il est composé de : carbone, 65,30; hydrogène, 43,32; oxygène, 21,38.

L'éther doit marquer 60° à l'aréomètre de Baume ; mêlé avec parties égales d'alcool, il prend le nom de liqueur anodine oT Hoffmann, et doit marquer 46° Baume.

Usages. — L'éther sulfurique est très-employé en médecine, principalement comme antispasmodique; on l'administre contre les convulsions, l'épilepsie, l'hystérie, les douleurs nerveuses et rhumatismales. On le fait entrer dans un sirop dit sirop d'éther. \\ est le véhicule des médicaments connus' sous le nom de teintures éthérées.' C'est aussi un dissolvant très-usité dans les arts et dans les laboratoires de chimie.

ÉTHIOPS MINÉRAL. 28»

L'éther a été employé aussi, avant le chloroforme, en inhalations pour produire l'insensibilité pendant les opérations chirurgicales. Cette découverte remarquable a été faite, en i846, par MM. les docteurs Jackson et Morton, de Boston (I).

altérations. — La présence de l'air dans les flacons où l'on conserve l'étber le transforme, en partie, en eau et en acide acétique; ce dernier se combine avec une autre partie d'éther non décomposée, ou reste à l'état libre. En outre, l'étber peut contenir de ï alcool, de Y huile de vin pesante. Cette huile, en se décomposant, communique à l'étlier une réaction acide occasionnée par l'acide sulfureux qui passe peu à peu à l'état S acide sut fur i que.

.Pour reconnaître l'eau et l'alcool dans l'éther, on le pèse à l'aréomètre, ou on l'agite dans un tube gradué avec une solution de chlorure de calcium. La diminution de volume indique le mélange.

L'éther agité avec l'eau donne une liqueur trouble et huileuse lorsqu'il contient de l'huile douce de vin. En le distillant avec de l'eau, des globules viennent à la surface de ce liquide. Enfin, l'impureté peut se manifester par l'odeur caractéristique de la substance huileuse qu'abandonne l'évaporation de quelques gouttes d'éther dans le creux de la main.

La présence de l'acide sulfurique se reconnaît par la réaction acide de l'éther sur le papier bleu de tournesol, et par l'effervescence qu'il produit avec un carbonate alcalin.

£THI0VS KAH.TIAX. — ▼. Oxtmtê os rra, ÉTHIOPS MOTÉRAI..

L'éthiops minéral, ou sulfure noir de mercure, est un mélange de sulfure de mercure avec du soufre, et quelquefois avec du mercure métallique.

Usages. — L'éthiops minéral est principalement employé

(t) Depuis cette époque, de nombreuses recherches ont fait reconnaître que les propriétés anésthésiques de l'éther étaient manifestées à un degré plus élevé, par plusieurs autres [substances, notamment le chlorpfonne.

en médecine comme vermifuge; on l'administre aussi dans les maladies scrofuleuses.

Falsifications. — Quoique peu employé, l'éthiops minéral est quelquefois falsifié par la plombagine, le charbon en poudre, le noir d'ivoire.

Ces fraudes sont faciles à reconnaître au moyen de la chaleur ; quelques grammes d'éthiops projetés sur une pelle rougie au feu se volatilisent complètement, et laissent pour résidu les matièresétrangères fixes avec lesquelles on Pavait mélangé.

ÉTOFFS8.

Macquer, Berthollet, M. Chevreul, entendent par étoffes le chanvre, le lin, le coton, la soie, la laine, qu'ils soient à l'état de filaments, de fils ou de tissus.

Ces diverses matières textiles ou fils peuvent se diviser en deux groupes principaux :

Fils végétaux : chanvre, cotonjlin, phormium tenax et autres fibres ligneuses fournies par des végétaux exotiques, monocotylédonés et dicotylédones, savoir : Yagave americana (Martinique), agave fœtida, hibiscus camabinus (Sénégal), bœhmeria (îles Sandwich), oua-ouké (îles Sandwich), lagetto (Saint- Domingue), croialaria juneea (Inde), abaca (Manille), corchorus capsularis (Inde;, asclepias gigantea (Inde).

Fils animaux : laine, soie.

Le chanvre provieuL du cannabis sativa, plante de la famille des Urticées. Les fils sont fournis par les individus mâles, que l'on soumet à un rouissage dans l'eau, afin de détruire tout le parenchyme et de ne laisser que la substance ligneuse pure ou chènevotte, sur laquelle est la filasse, ou le fil de chanvre. Le chanvre est cultivé dans presque toutes les contrées de la France ; on préfère cependant les chanvres d'Alsace et d'Italie.

Le coton est le duvet blanc , jaunâtre ou roussâtre qui entoure les semences du cotonnier (gossypium), arbuste de la famille des Malvacées, dans la capsule ovoïde ou sphérique à 3 fui 5 valves, où elles sont renfermées. Le cotonnier croît dans les climats chauds de l'ancien et du nouveau monde.

Il y a une immense variété de eolons, distingués entre eux, « non-seulement par les noms de* pays d'où ils proviennent, mais encore classés par qualité, par longueur, finesse, couleur et force de soie.

La laine est fournie par la toison, des moutons. Les uns, parmi lesquels on distingue les moutons mérinos, donnent une laine courte, fine et frisée ; les autres, comme ceux de Saxe et de quelques contrées de l'Angleterre, donnent une laine longue et droite.

La soie est le fil très-long et très-fin qui forme le cocon du ver à soie ou chenille du bombyx du mûrier (Lépidoptères).

Avec ces diverses matières textiles, seules, ou mélangées deux à deux, trois à trois, on fabrique un grand nombre de tissus distingués par une multitude de noms différente que suggère le caprice de la mode.

Quelles que soient les matières qui les forment, les étoffes tissées sont composées de deux systèmes de fils parallèles , formant la chaîne (dans le sens de la longueur), la trame (dans le sens de la largeur) , et dirigés perpendiculairement l'un à l'autre.

Notre seul but ici est de faire connaître les moyens de distinguer les uns des autres, dans une étoffe donnée, les fils des matières textiles indiquée» ci-dessus, afin de pouvoir s'assurer si dans un tissu dit de chaftvre et lin il n'entre pas de coton ; si dans une étoffe de cachemire il n'entre pas de laine, et ainsi de suite.

Le commerce des étoffes, en effet, a été sujet à bien des tromperies sur la nature des marchandises : de même que Ton vend du sel, du chocolat, du café, du vin, etc., frelatés, de même on vend des étoffes qui ne contiennent pas, ou du moins contiennent à l'état de mélanges, les matières textiles qui auraient dû servir uniquement à leur fabrication, comme sembleraient le faire croire les noms pompeux et mensongers dont on s'est plu à les décorer, dausle but de tromper l'acheteur. C'est ainsi qu'on a vendu pour tout laine des châles où se trouvait une grande quantité de coton; \K>ur flanelles pures, des flanelles contenant beaucoup de coton ; pour toiles de Bollandey des toiles de coton ou calicots; pour tissus de cache-

mire, de la laine ; pour châles de cachemire, des châles mélangés de laine ou tout laine, ou des mélanges de laine et de bourre de soie, de laine et de coton ou tout coton. Or le véritable cachemire est un tissu très-fin fait avec le duvet cachemire f c'est-à-dire le poil provenant de chèvres, de moutons élevés au Thibet, ou de races semblables importées et élevées en France (4).

Les fils animaux et les fils végétaux peuvent se distinguer nettement par le procédé suivant : les fils tissés ou non, introduits chacun dans un tube fermé , sont chauffes au moyen d'une lampe à alcool. Les fils animaux fournissent des vapeurs ammoniacales, ramenant au bleu le papier de tournesol rougi qu'on aura placé à l'extrémité ouverte du tube. Dans les mômes circonstances, les fils végétaux rougissent le papier bleu de tournesol.

Un ingénieur de Rouen a proposé, pour distinguer, dans un tissu, les fils végétaux et les fils animaux , un moyen à la portée de tout le monde, et qui est le plus ordinairement employé dans le commerce des étoffes. 11 consiste à découper dans le tissu à essayer un morceau carré de 3 à A centimètres environ, à en tirer tous les fils en travers (ceux de la trame), et tous les fils en long (ceux de la chaîne), à les prendre l'un après l'autre et à les brûler à la chandelle. Les fils d'origine végétale (coton, chanvre ou lin) brûleront avec une flamme vive, sans laisser de résidu, et donneront une odeur franche de linge brûlé ; les fils d'origine animale (laine ou soie) brûleront mal, un charbon spongieux se formera à leur extrémité et en arrêtera la combustion ; il se dégagera en même temps une odeur forte et caractéristique de corne brûlée. Il sera facile, par suite» de compter le nombre de fils de Tune et de Vautre origine.

Les fils animaux chauffés avec une solution de potasse ou

(f) Ce fut Ternaux qui importa de l'étranger la matière même du cachemire. En 1819, ce célèbre manufacturier fit venir & grands frais des chèvres du thibet, dites de Cachemire, qui fournissent ce précieux duvet. La France lui tint compte des efforts et des sacrifices de tout genre qu'il At pour accroître et améliorer l'industrie des châles, et la reconnaissance publique donna aux châles de cachemire français le nom de. ChâUs-îenwuXy sous lequel ils ont été longtemps connus.

de soude (5 p. d'alcali pour 400 p. d'eau) s'y dissolvent ; les fils végétaux, au contraire, ne s'y dissolvent pas.

MM. Lebaillifet Lassaigne ont aussi proposé le deuto-nitrate de mercure liquide comme propre à distinguer les fils de soie et de laine, des fils blancs de coton et de lin ; par une ébultitionde 45 à 20 minutes avec ce réactif, les premiers seuls prennent une couleur rouge amarante.

D'après les expériences de M. Peltier fils, de Doué-Ia-Fontaine, les fils d'origine végétale et animale peuvent également se distinguer par l'immersion à froid pendant 44 à 20 minutes dans un mélange, à parties égales en volume, d'acide nitrique monofaydraté et d'acide sulfurique à 66*; on lave ensuite à grande eau jusqu'à ce que la saveur n'indique plus de traces d'acide. Après ce lavage, on remarque déjà que les fils de soie ou de poil de chèvre sont complètement dissous, les fils de laine sont de couleur citrine ou d'un brun très-foncé, tandis que les fils végétaux sont blancs. Dans le premier cas, le poids du résidu indique la proportion dans laquelle le mélange a été fait; dans le second cas, la combustion donne la preuve irrécusable du mélange avec la laine. En effet, si on dessèche à une douée chaleur, les fils végétaux du tissu ont acquis les propriétés du fulmi-coton ; le tissu brûle avec vivacité et laisse pour résidu le charbon produit par les fils de laine, qui simule parfaitement un réseau de toile métallique. Le procédé de M. Peltier «st surtout avantageux pour un tissu coloré ou teint.

Les fils animaux, notamment ceux de laine, bouillis pendant quelque temps avec l'acide nitrique, se colorent en jaune d'une manière durable; les 61s végétaux, au contraire, soumis à la même influence, restent blancs.

Ces moyens généraux permettent de distinguer, dans une étoffe donnée, la nature des fils qui la composent. Ainsi, un morceau d'étoffe de 7 centimètres carrés environ, étant soumis à l'un désossais précédents, puis lavé et séché, on pourra, à l'aide d'un compte-fils ou loupe montée, savoir le nombre des fils de nature animale ou végétale qui composent l'étoffe.

L'inspection microscopique peut aussi servir à distinguer

' les diverses matières textiles. Ainsi, d'après les recherches

de M. Raspail, les fils de laine, vus au microscope, sont cylin-

drofdes, entortillés, très-gros, granulésdans-leor intérieur, un peu coniques vers le sommet, marqués de lignes transversales ;

Les fils de soie présentent la forme de cylindres tortillés, d'un égal diamètre sur toute leur longueur, striés longitudinalement et transparents;

Les fils de lin et de chanvre représentent des cylindroïdes souvent séparés par des nœuds (comme dans la canne à sucre);

Les fils de coton ont la forme de longs rubans aplatis, ondulés, tordus en spirales, granulés sur leur surface (\).

Les moyens de distinguer entre eux les fils d'origine animale de ceux, d'origine végétale ont été l'objet de nombreuses recherches.

Pour distinguer la saie de la laine, M. Lassai g ne a proposé \eplomèate de soude (â) ; la laine seule donne Heu à une coloration de la liqueur en brun noirâtre, que lui communique le sulfure de plomb formé par le soufre contenu dans la bine.

(t) Les mélanges de lin et de coton, et ceux de laine et de soie qui, dans certains tissus, ne sauraient êire facilement reconnus ni à l'œil nu, Ai au toucher, peuvent être presque toujours constatés, en soumettant les filaments, à l'égard desquels il s'élève des doutes, à un grossissement suffisant du microscope.

Le lin et le coton différent entre eux, en ce que les filaments du lin, sous un grossissement de 3 ou 400 fois, se présentent comme des lames ou tubes lisses, coupées de distance en distance par des lignes transversales simples ou doubles, assez semblables à dos nœuds de roseaux, tandis que les filaments de coton, dépourvus de ces nœuds, sont disposés en lamelles marquées de points ou petites taches et contournées sur elles-mêmes en hélices aplaties, plus ou moins allongées.

Les filaments de la laine, observés sous le même grossissement, offrent une forme cylindrique irrégulière et une surface marquée destries qui, par leurs positions variées, simulent en quelque sorte l'écorce de certains arbres.

Enfin les fils de soie marqués de quelques lignes transversales , que l'on pourrait confondre avec ceux du lin , si l'observation n'ô- . tait pas assez approfondie, se distinguent des trois matières textiles précédentes par des cannelures longitudinales, que l'on parvient; à l'aide d'un examen attentif, à reconnaître sur presque tous les filaments (Çterget et Urebours).

(S) Le plombate de soude se prépare en chauffant une solution de* ; pure (représentant 15 p. d'alcali) avec Vioo <*6 Htharge*

Pour reconnaître le coton dans la flanelle, on prend 40 p. de cette dernière, on les met en contact avec'une lessive de potasse à 13° Baume, on fait bouillir et on agite à diverses reprises pendant l'ébullition ; bientôt la laine se dissout ettç convertit en savon, tandis que le coton n'est que faiblement altéré; on arrête l'opération, on lave le résidu insoluble (coton), qui est ensuite séché et pesé. Cette réaction permet « aussi de reconnaître la quantité de coton que les fabricants mêlent aux étoffes de laine, dans l'opération du cardage. La simple inspection du tissu, même pour les personnes les plus expérimentées, serait insuffisante pour constater le mélange.

Pour distinguer le lin et le coton dans un tissu, le procédé consiste à imbiber celui-ci d'une solution très-saturée de sucre et de chloruré de sodium , à laisser sécher, puis à mettre le feu aux fils mis à nu de la trame et de la chaîne : les fils de lin se charbonnent avec une couleur grise ; ceux de coton prennent une couleur noire.

H. Bœttger préfère le moyen suivant, qui n'est applicable qu'à un tissu blanc : on plonge 7 centimètres carrés du tissu dans un mélange bouillant, de parties égales en poids, de potasse caustique et d'eau; on laisse tremper pendant deux minutes, on presse, on lave, puis on tire successivement, sur le côté de la chaîne et sur celui de la trame, environ 6 à 10 fils: les fils de lin sont colorés en jaune foncé; ceux de coto sont blancs ou d'un jaune clair. Suivant M. Bœttger, ce procédé permet de rendre un compte exact de chaque fil dans le tissu soumis à l'essai.

Pour découvrir le coton dans une toile de lin ou de chanvre, M. Ki ndt a proposé un procédé fondé sur ce que la cellulose du coton se dissout bien plus facilement dans l'acide sulfurique concentré que la cellulose du chanvre et du lin. On enlève d'abord l'apprêt de la toile en la faisant bouillir pendant quelque temps dans l'eau ; puis après l'avoir séchée, on en plonge un morceau jusqu'à moitié, pendant une ou deux minutes, dans l'acide sulfurique concentré ; la toile devient diaphane, le coton est attaqué le premier, et déjà converti en gomme, quand les fils de lin sont encore blancs et opaques. On enlève avec l'eau la matière gommeuse, l'excès

d'acide est neutralisé par. une petite quantité d'alcali (carbonate de potasse, de soude ou d'ammoniaque), puis on lave et on sèche de nouveau, Si la toile contient du coton, tous les fils de cette matière textile sont dissous et Ton peut aisément * s'assurer des proportions dans lesquelles le mélange avait été fait* en comptant les fils manquants, ou en comparant la partie immergée dans l'acide avec la partie non immergée.

Pour reconnaître les fils de coton dans un tissu de lin, on plonge* d'après M. Leykauf, le tissu sec dans de l'huile, et on l'exprime ensuite fortement pour enlever l'excès d'huile. Les fils de Un sont devenus translucides, tandis que ceux 4e coton restent blancs. Il est facile, en débridant le tissu, de compter les fils de lin et de coton. Il n'est pas indispensable d'enlever préalablement l'apprêt du tissu, mais il doit être desséché avec le plus grand soin*

H. Ad. Vincent, pharmacien en chef de la marine, a proposé 1° l'emploi de trois réactifs différents ; l'acide nitrique concentré, l'acide chlorhydrique et l'acide iodique ; 2° l'action combinée d'une solution aqueuse de chlore, puis d'ammoniaque, pour reconnaître les fils de phormium tenax dans les tissus de chanvre et de lin.

Sous l'influence de l'acide nitrique à 36°, contenant un peu de gaz nitreux, le chanvre se colore en jame pâle, à froid et à chaud ; celui dont le rouissage a été opéré dans une eau stagnante prend une légère nuance rose; le lin prend, à l'aide de la chaleur, une légère teinte rose qui bientôt passe au jaune; le phormium tenax se colore rapidement à froid en rouge de sang.

Sous l'influence de l'acide chlorhydrique, le chanvre et le lin ne sont colorés ni à froid ni à chaud ; à une température de 30 à 40°, le phormium tenax est d'abord jauni faiblement, ensuite rougi, et ne tarde pas à brunir ou noircir.

L'acide iodique n'agit ni sur le chanvre ni sur le lin, et colore en rose le phormium tenax; Faction est accélérée par une élévation de température.

Par l'action successive et très-peu prolongée d'une solution de chlore, puis d'ammoniaque (i), les fils de phormium

(1) L'ordre de ces réactifs est très-important & observer ; car si on

tenàx se colorent en rouge violacé qui disparait par quelques gouttes d'acide nitrique. Les fils de chanvre prennent une teinte légèrement rosée qui devient un peu plus vive avec les filasses provenant de chanvres déposés dans une eau stagnante. Quant au lin, il conserve sa couleur primitive.

M. Vincent a examiné aussi ('action des réactifs précédente sur les fils des végétaux exotiques précédemment cités; il a obtenu les résultats suivants : l'acide nitrique est sans action sur l'asclepias gigantea ; il ne développe qu'une teinte à peine •osée dans le oua-ouké et colore en rouge ou rose les agave, hibiscus* lagetto, crotaiaria, abaca et corchorus.

Par Faction du chlore et de l'ammoniaque, les filaments des agave, hibiscus, lagetto, crotaiaria, abaca et corchorus prennent une couleur rouge violacée dont l'intensité s'éloigne beaucoup de la coloration du phormium. Il ne se reproduit rien avec le boehmeria et l'asclepias. L'ammoniaque est sans action sur les agave fœtida et americana, bœhraeria, crotala- «ria, corchorus, asclepias, et jaunit les fils de l'hibiscus, du lagetto et de l'abaça.

La solution aqueuse d'iode colore ep jaune pâle la plupart de ces végétaux ; le bœhraeria et le lagetto présentent seuls quelques parties légèrement bleuies. Les chanvres préparés dans les eaux courantes bleuissent très-sensiblement par la solution aqueuse d'iode; ceux qui sont préparés dans les eaux stagnantes, ne bleuissent pas.

L'acide chlorhydrique ne jaunit que le lagetto et le crotaiaria juncea.

La potasse colore en jaune les filaments de toutes ces plantes, sauf ceux de l'asclepias gigantea.

Enfin, il peut être utile de savoir distinguer le coton cardé du coton-poudre (fulmi^coton ou pyroxyline), qui en offre les caractères extérieurs lorsqu'il est bien préparé. Il n'est'peutétre pas tout à fait chimérique de penser que le coton-poudre pourrait être expédié sous forme de tissus, de dentelles ; voici quels seraient les moyens de s'en -assurer (4) : le coton-poudre,

l'intervertit, aucune coloration ne se manifeste sur le phormium tenax.

(f) Les moyens de distinguer le coton-poudre du coton cardé orcti-

aussi blanc que le coton cardé, est rugueux au toucher ; frotté dans l'obscurité et dans un endroit sec, il est lumineux, phosphorescent; il est électrique, très-mauvais conducteur de l'électricité, et peut serviïà charger un électrophore (i).

Le coton-poudre mis sur le- porte-objet d'un microscope simple ou composé avec un peu de solution d'iode et une goutte ou deux d'acide sulfurique concentré, jaunit seulement, tandis que, dans les mêmes circonstances, le coton ordinaire bleuit.

Quelques causes accessoires viennent altérer le résultat des opérations (impressions, teintures) auxquelles divers tissus peuvent être soumis. Elles ont été signalées par H. CAevreul et par M. Malaguti.

M. Chevreul, qui a observé ces causes d'altérations pour des tissus de laine et des tissus de coton, a reconnu qu'elles provenaient du plomb contenu soit dans la colle employée pour l'encollage de la chaîne des étoffes de laine, soit dans l'apprêt appliqué sur les toiles de coton pour leur donner du corps, de la fermeté. En effet, des châles tissés en Picardie reçurent une teinte brune par le contact de la vapeur d'eau ; la chaîne seule s'était colorée. Celle-ci avait été encollée avec une colle forte préparée dans les environs de Lille et à laquelle on avait mêlé de la céruse (carbonate de plomb). L'eau dans laquelle

naire sont surtout utiles dans les pays comme la Russie» où son emploi est prohibé d'une manière absolue.

(1) M. Meynier, professeur de chimie à l'école de médecine de Marseille, prépare un tissu dit idio-électrique, explosif comme le folmicoton, et qui fournit par le frottement beaucoup d'électricité résineuse. Un carré de cinq à six décimètres de côté communique au disque métallique d'un électrophore assez d'électricité pour donner une étincelle de plusieurs centimètres de long. M. Meynier & proposé l'emploi de ce tissu en médecine, dans un grand nombre de névralgies ou de maladies nerveuses.

Ce tissu se prépare en plongeant, pendant une heure, 1 p. de tUsu de coton, de lin ou de chanvre dans 15 p. d'un mélange fait avec 5 p., en volume, d'acide sulfurique, et 3 p. en volume d'acide nitrique monohydratézon lave à grande eau, puis dans une solution faible d'ammoniaque, pour saturer les deux acides restants, puis de nouveau dans l'eau et ensuite dans une eau faiblement acidulée avec l'acide nitrique pur.

*u avait fait dissoudre cet encollage se colorait fortement en brun par l'hydrogène sulfuré. M. Chevreul parvint à Obtenir le plomb à l'état métallique de la matière incinérée.

H. Chevreul reeonnut aassi que les taches brunes dort t certaines toiles de coton se recouvraient lors du passage à la lessive, étaient produites par la réaction des sulfures alcalinscontenus dans la matière alcaline (4) employée pour la les-1 sive, sur le sulfate de plomb renfermé dans l'apprêt, où il remplaçait le sulfate de chaux, dont l'emploi n'offre aucun inconvénient.

Les toiles de chanvre que récrit la marine sont composées de fils blanchis avec des alcalis et sans chlore ; elles doivent être collées à la gomme <&abi%ue-e& sans amidon ; pour s'en assurer, on les essaye avec la teinture d'iode. Cependant, certaines toiles de chanvre, quoique collées à la gomme arabique, bleuissent par la teinture d'iode et donnent la réaction due à la présence de l'amidon. M. Malaguti a reconnu que celte propriété tenait à la présence de Y amidon normal qui pouvait exister, quelquefois en quantités très-sensibles, dans certains fils de chanvre écrus (2). De nombreuses expériences lui ont, en outre, démontré : 1° que les toiles naturellement amylacées abandonnent à l'eau bouillante un milligramme environ d'amidon par centimètre carré, tandis que les toiles collées à l'amidon en abandonnent 3 miïlig., 50; 3° que les toiles naturellement amylacées pouvaient être distinguées des toiles collées à l'amidon par l'emploi successif du charbon animal (3) et de l'iode.

On coupe en petits morceaux 4 centimètres carrés d'une toile bleuissant par l'iode, et on les introduit dans un matras avec 30 gr. d'eau, puis on fait bouillir jusqu'à réduction de 4/3; alors on môle au liquide 4 gr. de charbon animal ordinaire, on agite et on filtre. La liqueur filtrée, dont le volume doit être de 40 centimètres cubes environ, une fois refroidie,

(1) Mélange de soude, de potasse et de chaux très-sulfurées.

(*) La présence de l'amidon dans les fils de chanvre écrus parait tenir -à des accidents de rouissage.

(3) Le charbon animal du commerce peut, d'après M. Malaguti, absorber environ neuf millièmes de son poids d'amidon dissous.

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