‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales, avee l'indication des moyens de les reconnaìtre (volume 2)Chapitre 147 sur 192 · FARINE DE MOUTARDE · texte numérisé non relu

FARINE DE MOUTARDE

Usages. — La farine de moutarde est très-employée en médecine comme stimulante et épispastique. Elle forme la base de cataplasmes appelés, pour cette raison, sinapismes. La farine de moutarde-est l'objet d'une vente importante. Celle-ci, dans le département de la Seine, s'élève annuellement de 300 à 350,000 kilog., plus 10,000 kilog. consommés par les hôpitaux. A l'époque du choléra (1832), cette consommation a été de près des deux tiers plus considérable.

Falsifications. — La farine de moutarde est falsifiée avec les tourteaux de colza, de lin, de navette ; les farines d'orge, de féverohi et de mats ; la fécule de pommes de terre, Y ocre jaune, le gypse, le curcuma, la graine de sinapis arvensis (1). Le mélange avec la poudre de tourteaux provenant des fabriques où l'on extrait les huiles de lin, de navette et de colza, peut être apprécié par l'âcreté moindre que présente la farine falsifiée.

Le mélange avec la fécule de pommes de terre, avec les farines d'orge, de fé véroles et de maïs, se reconnaît en traitant par la teinture d'iode le décoctum aqueux de la farine'suspeetée; celui-ci est coloré en bleu ou en violet, ce qui n'arrive pas avec la farine pure. La présence de l'ocre jaune, du gypse, sera décelée par l'incinération d'une portion de la farine ; la couleur rouge du résidu et son examen chimique qui fera retrouver l'oxyde de fer, l'alumine et la si- l lice, le sulfate de chaux ou gypse, indiqueront suffisamment ,

qu'il y a eu mélange frauduleux.

Chaux 21,28 17,34 j

Magnésie 11,25 14,38

Peroxyde de fer 1,45 1,12

Acide phosphorique... 37,41 37,39

Acide sulfurique 5,41 7,17

Chlorure de sodium... » 2,27

Chlore 0,20 »

Silice 3,36 2,78

(1) En 1841, le tribunal correctionnel (8« chambre) a condamné à 100 fr. d'amende et aux dépens, et à la confiscation des farines saisies, les sieurs M. . . ,F. . . M. et L. pour avoir débité et livré au commerce des farines de moutarde mêlées de 25 % environ de sinapis arvensis, ou allongées avec de la poudre de tourteaux.

346 FAHINE d'oBGE.

L'addition de curcuma, dans la proportion de 2 •/<,, afin

de donner à la farine une teinte brillante, se découvrit* en

traitant cette farine par l'eau bouillante ou l'alcool bouillant;

ces liquides seront colorés en jaune. Du reste, ce mélange

i n'est pas nuisible.

\ Nous n'en dirons pas autant dés autres falsifications que 'l'on fait subir à ht farine dé moutarde, et qui peuvent être , telles qu'une révulsionqui devrait être produite par un sina- . pisme, n'ayant pas lieu avec la farine allongée, le malade peut succomber; dès lors le falsificateur devrait être considéré ■ oomme l'auteur d'un homicide volontaire.

La 'farine de moutarde étant un de' ces médicaments sur l'énergie desquels le médecin doit pouvoir compter, et la vie du. malade dépendant souvent de la rapidité de son action, nous ne saurions trop recommander aux pharmaciens de préparer eux-mêmes cette farine.

TABJLm B'o&as.

La farine d'orge s'obtient de ïhordeum vulgare, Macérée dans l'eau, elle communique à ce liquide une réaction acide au papier de tournesol. La fariue d'orge renferme, suivant Einhof: ,

Amidon 60; sucre 5; gluten sec 3,5; albumine \ ; enve* loppe 19,3 ; eau 11,2. |

Suivant Proust, elle-contient :

Amidon 32 ; extrait gommeux et sucré 9 ; gluten sec 3 ; hordéine 55; résine jaune soluble dans l'alcool 1.

Ce qu'on appelle gluten dans la farine d'orge n'en est pas, à proprement parler ; il n'en possède nullement les propriétés physiques; c'est plutôt du son en fragments plats, de couleur blanche.

D'après M. Louyet, la farine d'orge pure donne 2,38 % de cendres (1).

(1) Composition des cendres d'orge :

D'après M. Bichon . D*a près M . Erdmatm .

Potasse 3,91 Potasse 20,91

Soude 16,97 Alumine 0,83

Usages. — La farine d'orge est employée comme émolliente, sous forme de boisson, de décoction aqueuse.

Falsification. — La farine d'orge a été quelquefois mélangée de carbonate de chaux (1).

Une semblable farine est plus pesante, sous le môme voltwiei (foe la farine pilre. Elle fait unevive effervescence au contact des acides et fournit * par l'incinération, une forte proportion de cendres* l'enfermant le Carbonate de chaux en partie décomposé et converti en chaux vive ramenant au bleu le papier de tournesol rougi, et rougissant le papier jaune de

curcuraa. ,:

FARINE DS SZXGU.

La farine de seigle se prépare avec la semence dii secale cereale, de la famille des graminées. Elle est un peu grise ; elfe donne du gluten, mais en petite quantité. Ce gluten a été • examiné par M. Heldt; à l'état humide, il a une odeur analogue à celle du pain \ il est jaune, flexible, et se laisse pétrir. Séché, il est brun, corné ; il a une cassure vitreuse, et ne se laisse que difficilement réduire en poudre ; il est insoluble dans l'eau froide, peu soluble dans Veau bouillante, soluble dans l'alcool bouillant. Il se comporte comme le gluten de froment, à l'égard des acides et des alcalis.

Suivant Einhofr la farine de seigle est composée de : amidon 61,09; gluten humide 9,48; albumine 3,27; glucose 3,27 ; mucilage 1 1 ,09 ^ fibre végétale 6,38 ; perte et matière grasse, phosphates terreux et magnésien 3,42.

Suivant M. Lecanu, les globules d'amidon de seigle présentent des cicatrices linéaires ou cruciales comme les globules d'amidon des légumineuses.

Chaux 3,36 Chaux M?

Magnésie 10,05 Magnésie «,»1

Peroxyde de fer 1 ,93 Peroxyde de fer 2,10

Acide phosphorique . 40,63 Acide phosphorigue. . 16,71

Acide sulfurique 0,26 Acide sulfurique 21,77

Silice 23,755 Silice 29,10

(1) En 1846, nous avons eu à examiner une farine d'orge qui contenait 30 à 31 °/o de carbonate de chaux.

D'après H. Louyety la farine de seigle donne 4 J[9 de cendres (1).

Usages. — La farine de seigle est regardée comme émollîente. On l'unit à celle du blé pour faire le pain bis ou de méteil.

Falsification. — Il paraît que la farine de seigle a été falsifiée, en Belgique, par la farine de lin.

M. Martens a iodiqué de faire macérer dans l'eau froide, pendant quelques heures, la farine falsifiée; on décante ensuite la liqueur et on y verse quelques gouttes d'une solution concentrée d'acétate de plomb basique : il se produit un précipité très-abondant de gomme où de mucilage. Mais ce mode d'opérer est insuffisant, car la farine de seigle pure contient beaucoup de gomme ou mucilage, et donne aussi un précipité assez abondant avec le môme réactif.

Le procédé de M. Donny pour déceler cette fraude consiste à délayer un peu de farine suspecte daus quelques gouttes d'une solution de potasse caustique , à 14 % (c'est-à-dire 14 p. de potasse dans 86 p. d'eau), sur le porte-objet d'un microscope ou d'une loupe montée. Si la farine est mélangée, on aperçoit au sein de la masse de petits fragments généralement carrés, d'une couleur rouge, d'un volume presque uniforme et très-petits (ils sont plus petits que les grains d'amidon). Ces petits fragments proviennent de l'enveloppe de la graine. On peut de cette manière retrouver, d'après M. Donny, i ô/o de farine de lin dans la farine de seigle.

On peut opérer autrement, et, comme l'a indiqué M. Mareska, laisser tremper, pendant 2 à 3 heures, 50 gr. enviai) Composition des cendres de seigle, de Giessen (Hesse-Darmstadt), d'après MM. Will et Frésénius;et de seigle, de Clèves, d'après M. Bichon:

Seigle de Giessen. Seigle de dè*es.

Potasse 32,76 11,43

Soude 4,45 . 18,89

Chaux 2,92 7,05

Magnésie 10,13 10,57

Peroxyde de fer 0,82 1,90

Acide pbosphorique... 47,29 51,81

Acide sulfuriqne 1 ,46 0,51

Silice 0,01 0,69

faux. 349

ron de farine suspecte dans de l'étlier, puis décanter, filtrer, et évaporer à siccité. Le résidu de l'évaporation est traité par une dissolution de nitrate de protoxyde de mercure (obtenu en dissolvant à froid le mercure dans un excès d'acide nitrique), contenant encore de l'acide nitreux en dissolution. Sous l'influence de l'acide hyponitriquc, l'huile de seigle se prend en une masse solide d'un beau rouge. On enlève le nitrate de mercure à l'aide d'un lavage, et on traite le résidu par un peu d'alcool à 36° bouillant ; ce liquide décanté à chaud, et évaporé, laisse pour résidu l'huile de lin provenant de la farine de lin ajoutée.

M. Dizé a signalé aussi le mélange de la farine de seigle avec la farine mélampyrée ; le moyen de le découvrir est le même que celui que nous avons indiqué à l'article Farine de blé.

FAUX SV ÉCRITURE PUBLIQUE XT PRITES.

Les faux ou falsifications des actes et des écritures ont pour objet de substituer à une écriture dans un acte ou pièce quelconque, une autre écriture que l'on a intérêt à y placer.

Suivant que cette substitution est totale ou partielle, on dit

que le faux est général ou partiel.

^ Les faux généraux tels que le lavage ou le blanchiment

: frauduleux du papier timbré, des passeports, etc., sont le plus

souvent sans intérêt. Cependant le lavage du papier timbré

cause au trésor une perte annuelle considérable.

Les faux partiels consistant à enlever un ou plusieurs mots, une ou plusieurs lignes dans une pièce quelconque, sont ceux qui se présentent le plus souvent, car on a plus d'intérêt à les commettre.

Les faux sont dits en écriture publique ou privée, suivant qu'ils portent sur des actes publics (passeports, diplômes, registres de baptême et de sépulture, titres ecclésiastiques, actes mortuaires, actes de naissance, billets de banque, faux timbres (i), etc., etc.) ou sur des actes privés (bons de toute na-

(I) Dernièrement, noua avons eu à examiner arec M. Delarue, un timbre apposé sur un acte de naissance ; nous sommes parvenus à effacer en partie ce timbre qui était matériellement faux et tracé en

ture, valeurs industrielles et commerciales, lettres de voiture, lettres de change, actions de chemins de fer, actes notariés, pièces judiciaires, testaments, etc., etc.).

Si l'on consulte les annales judiciaires, on voit que la falsification des écriture*, à l'aide d'agents chimiques, était déjà pratiquée au seizième siècle : on trouve, dans des ouvrages de cette époque, des notions sur l'emploi des acides et des alcalis pour faire disparaître l'encre. Mais la découverte du chlore, la propagation des procédés chimiques dans toutes les classes delà société, la multiplicitédes actes, fruit de l'essor qu'a pris l'industrie, ont présenté un concours de circonstances favorables au développement de l'art du faussaire (i).

La cupidité a, en effet, porté quelques hommes à faire de la falsification des écritures une sorte de science, par les connaissances profondes dont ils ont fait preuve dans leur manière d'opérer , et qui ont souvent mis les chimistes en défaut.

L'importance du crime de faux, les désordres qu'il est susceptible d'amener dans les transactions publiques et privées, ont engagé depuis longtemps un grand nombre de chimistes à s'occuper des moyens de le reconnaître. Parmi ces chimistes, nous citerons : Fschembach, Palmer, Zeckini, Remer, Tarry9 Maldot, Dey eux, Dulong, (TArcet, Chaptal, Sérullas; MM. Gay- Lus&ac, Thénard, Chevreul, Dumas, Regnault, Pelouze, Cheval» lier, Lassaigne, Cotdier, Prevel.

Les moyens auxquels les falsificateurs d'écritures ont gêné* ralement recours, sont : le grattage, dissimulé parla poudre de résine sandaraque, l'alun, ou un collage partiel ; le lavage, à l'aide d'agents chimiques (chlore, eau de javelle; acides chlorhydrique, citrique, oxalique, etc.). Il s'ensuit

entier au crayon de mine de plomb, probablementau moyen d'unponcu ou d'un calque au carreau ; ce timbre ne portait aucune trace d'encre ordinaire d'impression.

(1) De 1825 à 1831, il y a eu en France, 9,471 individus mis en jugement pour crime de faux; sur ce nombre, 1,396 ont été condamnés. En Angleterre, de 1820 à 1831, il y a eu 477 faussaires déclarés coupables et condamnés à mort, 64 ont été exécutés. En Ecosse, sur 64 individus condamnés pour le môme crime, 31 ont été .exécutés. En Irlande, il y a eu 39 exécutions sur 144 condamnations.

que les pièces arguées de faux doivent être soumises à deux sortes d'examen : Y examen physique et Y examen chimique.

Examen physique. — On place l'acte suspect entre l'œil et une lumière vive; ou l'examine, soit à l'œil nu, soit à la loupe , dans le but de reconnaître si le papier n'a pas été gratté, et si , à l'aide de ce grattage, des écritures n'ont pas été enlevées. L'amincissement du papier dans les points grattés offre une semi- transparence, parfois des espèces de marbrures (1). Le papier .peut aussi présenter des parties déchirées, égratignées, une différence de couleur en divers endroits ; la couleur de l'encre, son intensité, peuvent n'ôtre pas les mêmes pour tout le corps d'écriture, cette différence pourrait être attribuée à l'époque à laquelle l'encre aurait été apposée sur le papier, ou à la réaction des agents chimiques employés par le faussaire sur les parties composantes de l'encre , réaction qui ne se manifeste souvent qu'au bout d'un certain temps. On doit examiner si récriture est également pleine dans toutes les parties.de l'acte, et si les traits se sont élargis (ont bavoché) , comme ils le font sur le papier non collé : cet élargissement indiquerait, soit un lavage, soit un affaiblissement ou un mauvais collage du papier (2). Enfin, on

(I) Quelquefois le faussaire, pour cacher la semi-transparence provenant du grattage du papier, colle sur cette partie de l'acte, une bande paraissant devoir être destinée à donner de la force au papier, qui.serait prêt h céder par suite de sa vétusté.

En 1834, nous avons eu entre les mains un congé sur lequel on avait gratté une ligne entière. La partie grattée avait été doublée, sur le verso, par une bande de papier; et pour que celle-ci ne parût point suspecte, on avait placé une autre bande en croix. L'enlèvement de ces bandes fit reconnaître que le papier n'avait jamais été rompu, mais que le faussaire avait eu l'intention de dissimuler son travail. •

(2; Tout papier destiné à recevoir récriture est collé, c'est-à-dire qu'il contient des substances qui le rendent difficilement pénétrable aux liquides et, par conséquent, l'empêchent de boiri. Le collage du papier ditd la forme ou à la main, se fait à la gélatine ; les feuilles sont plongées dans une dissolution de colle de peau très* claire, contenant une certaine quantité d'alun.

Le collage du papier continu ou à fa mécanique se fait à la fécule. On le pratique dans la cuve même en ajoutant à la pâte un mélange convenable de fécule, d'alun et de savon d'huile, de résine ou de cire.

n résulte de ces différences dans le collage, que le lavage enlève plus

352 faux.

regarde si la couleur de ce dernier est bien uniforme, si Ton n'y remarque pas des taches qui puissent, à tort ou à raison, être attribuées à de la vétusté , à des restes de lettres et de lignes.

Les pleins de récriture plus larges ou plus resserrés indiquent un travail opéré sur le papier. Des papiers collés partiellement donnent souvent lieu à une écriture dont les pleins sont plus nourris. L'effet contraire se produit lorsqu'on frotte le papier de résine : l'encre coulant difficilement, les traits sont plus resserrés et plus minces.

Si le papier présente des taches , leur examen peut encore donner quelques indices ; car il y a une différence entre le papier lavé ou sali à dessein, et le papier vieux et enfumé (4). En général, les taches provenant d'un lavage, ont l'aspect d'auréoles plus ou moins élargies et présentant des cerclrs plus ou moins colorés. Enfin, dans le cas où l'acte suspect est fait sur papier timbré , il est important de s'assurer si ce dernier a les dimensions voulues par la loi, et s'il n'a pas été rogné ou ébarbé.

On a recours ensuite à l'emploi de la chaleur, d'après la méthode'suivante due à M. Coulier : la pièce suspecte 'est placée dans une feuille de papier Joseph; puis on passe dessus un fera repasser, modérément chauffé(2), qu'on laisse séjourner dans

facilement celui du papier à la forme que celui du papier continu; on peut rétablir le premier, tandis que cela n'est pas possible pour le second. En conséquence, avec le papier à la mécanique, on reconnaîtra beaucoup plus facilement les altérations, soit parce que les taches résulteront de la superposition de l'encollage à la résine, soit parce que si Von avait tenté de collera la gélatine les points lavés, la différence de nature de la matière employée serait reconnue par la différence de coloration au contact de l'iode: la gélatine se colore en jaune et la fécule en bleu. Le papier prendrait donc une teinte jaunâtre là où se trouverait la gélatine, et une teinte plus ou moins violette ou bleue, dans les points où un collage à la cuve aurait été pratiqué.

(l)Les taches brunes, plus ou moins foncées, produites par la fumée on par le liquide brun (bistre) qui s'écoule des tuyaux de poêles, sont indélébiles, même par l'action du chlore. L'acide acétique qu'elles renferment attaque fortement le papier., qui devient souvent friable comme celui qui a été profondément altéré par l'humidité.

(î) Ce fer à repasser est chauffé à peu près au degré de température h laquelle .on l'emploie pour r< passer le linge.

les parties de l'acte où Ton aperçoit des taches. Cette opération des plus simples, ainsi que celle indiquée par M. Warmê% qui consiste à chauffer plus fortement le fer à repasser et à mouiller avec de l'alcool le papier suspecté, peut faire ressortir en jaune roux tous les traits de plume qui n'auraient pas été parfaitement enlevés par les agents que les faussaires mettent en usage. Cet emploi de la chaleur peut aussi déterminer l'apparition des auréoles et des cercles sur les parties lavées ; on rendra plus intense la coloration qu'un collage partiel communique au papier. Par ce moyen, des papiers, blancs en apparence, et sur lesquels on ne remarquait aucune trace d'écriture, ont offert, après l'application du fer chaud, une teinte jaune signalant des lettres qu'on pouvait ensuite traiter par l'acide gallique ou une infusion de noix de galle ; ce réactif leur donnait une couleur assez intense pour qu'on pût les reconnaître et constater d'une manière évidente la falsification.

Nous avons trouvé avec M. Lassaigne un moyen, que nous croyons plus efficace, 4e faire reparaître les anciennes écritures à l'aide de la chaleur. On présente le papier que l'on veut examiner au feu d'un fourneau, en ayant soin de se placer convenablement pour ne pas brûler le papier, mais pour lui faire prendre une leinte jaune chamois tendre. Si le papier a supporté jadis une écriture enlevée par le lavage, celle-ci reparait aussitôt (1).

Examen chimique* — On a recours successivement à l'eau distillée, à l'alcool, aux papiers réactifs, au nitrate d'argent et autres réactifs.

Emploi de Peau distillée. — L'eau distillée est très-utile dans beaucoup de cas pour reconnaître si le papier a été gratté et collé partiellement ou enduit de résine. S'il a été altéré par des moyens chimiques, ce collage partiel et la matière rési-

(1) En procédant ainsi, nous avons pu faire reparaître sur des papiers timbrés lavés, d'anciennes mentions, assez visiblement pour permettre délire le texte.

Cette manière d'opérer demande des précautions pour que l'acte ne puisse être détruit. On pourrait, dans des cas graves, demander qu'un fac-timiU de Y cte fût établi avant de soumettre ce dernier à l'action de la chaleur.

354 faux.

neuse employée donnent au papier une physionomie particulière. Le collage enlève de la blancheur au papier ; celui-ci, aminci par le grattage ou par le lavage v absorbe Veau en beaucoup moins de temps, même lorsque le papier a été collé partiellement.

Voici comment on doit opérer : on place l'acte argué de faux sur une feuille de papier blanc, ou mieux sur une plaque de verre; puis on mouille peu à peu, et à l'aide d'un pinceau, toutes les parties de l'acte, en examinant la manière dont le liquide se comporte, lorsqu'il est en contact avec le papier (1).

Au moyen de Veau, on peut aussi reconnaître quelles sont les matières acides, alcalines ou salines qui peuvent exister sur les parties du papier présentant des auréoles ou des taches blanches. A l'aide d'une pipette, on recouvre les taches avec de l'eau qu'on y laisse séjourner pendant iO ou 15 minutes, puis on enlève le liquide avec la pipette, et on examine les produits qu'il tient en solution. On fait ensuite une expérience comparative sur une autre partie du papier qui n'est point tachée ni blanchie.

Si le texte primitif d'un acte a été écrit avec une encre trèsacide sur un papier contenant un carbonate, tel que le carbonate de chaux, l'encre, en attaquant le sel calcaire, amincit le 'papier, de façon que si le faussaire a enlevé les sels ferru-

(I) Il nous est arrivé, dans l'examen d'un acte de décès, de Taire reparaître des lettres qui, en ayant absorbé l'eau, étaient devenues semitransparentes, de façon qu'on pouvait lire les mots en entier. Dans un autre acte, nous avons reconnu delà même manière, un moi qui avait été substitué à un autre, et on pouvait constater que ce mol avait été écrit avec une plume très- fendue, dont le bec s'était divisé en deux parties par la pression que la main qui l'avait écrit lui avait Tait subir.

Dans un autre cas, nous pûmes, au moyen de l'eau appliquée avec soin à l'aide du pinceau, lire en entier une lettre écrite par un prisonnier qui, de la Conciergerie, expliquait à l'un de ses complices du dehors, les moyens de modifier les chiffres d'une lettre de change. Le papier était très-blanc en apparence, et on n'avait pu, par aucun réactif, faire ressortir nne seule lettre. Le mouillage fit acquérir à la partie écrite une semi- transparence qui permit de la lire ; cette lettre avait été écrite avec un bâton taillé en pointe, et l'eau ût distinguer toutes les parties où ce dernier avait en quelque sorte brisé la texture du papier.

faux. , 355

gineux, cet enlèvement sera dénoté par la semi-transparence que Feau communiquera au papier.

Pour bien étudier l'action de Feau , il est convenable d'y revenir à plusieurs reprises; ainsi, après avoir mouillé le papier une première fois , on laisse sécher et on recommence Fopératron.

Emploi de r alcool. — Ainsi que M. Tarry Fa indiqué, on a recours à Falcool pour reconnaître si le papier a été gratté dans quelques-unes de ses parties, puis recouvert d'une matière résineuse destinée à empêcher récriture de s'étendre (de bavocher). On pose l'acte sur une feuille de papier blanc, et, àFaide d!un pinceau imprégné d'alcool à 0,86 ou 0,87, on imbibe la partie où l'on suppose que le travail a eu lieu, et que Ton reconnaîtra en ce que l'écriture s'élargit et pénètre dans le papier, lorsque Falcool a dissous la résine (\). On peut aussi placer le papier mouillé avec Falcool entre l'œil et la lumière : l'amincissement du papier signale le travail du faussaire.

Quelques individus plus habiles mettent en usage à la

fois la colle et la résine pour masquer leurs opérations ;. dans

ce cas, il faut avoir recours à Feau tiède, puis à Falcool : l'eau

< dissolvant la résine, il en résulte que

ices grattées, s'étend, et laisse aper-

:tif$. — Les papiers réactifs (papiers e dahlia) peuvent servir à reconnaître >it à l'aide d'agents chimiques acides incomplètement enlevés, ou dont l'excès aura été saturé par un alcali, soit à Faide de substances alcalines. Le virement au rouge de la couleur de ces papiers indiquera si la substance est acide ; si elle est alcaline, le papier de tournesol rougi vî-

(1) Il ne faudrait pas conclure de ce que l'alcool a dissous une ma* tière résineuse, précipitante par Peau, que le papier a été gratté : car, avec les papiers à la mécanique, collés au savon de résine et à la fécule, l'alcool fournira toujours en solutum resmeuxj lors même qu'il n'y a point de fraude. Mais alors toutes les parties du papier, même celles où rien ne peut faire soupçonner qu'elles aient été falsifiées, se comporteront avec l'alcool, comme les parties suspectées.

356 „ faux.

rera au bleu, le papier de mauve (1) et le papier de dahlia vireront au vert.

On prend une feuille du papier réactif de même dimension que l'acte à examiner, on la mouille et on la couvre d'une feuille de papier Joseph (2); ces deux feuilles réunies (le papier Joseph en dessous) sont ensuite appliquées sur l'acte mouillé d'avance; le tout est mis entre deux mains de papier qu'on recouvre d'une planche et de poids , et on laisse en contact pendant une heure environ ; au bout de ce temps, on examine si la couleur du papier réactif a été modifiée en tout ou partie. Cet examen une fois fait ,-si l'on veut connaître la nature de l'acide ou de l'alcali qui se trouve sur le papier, on remet ce dernier en contact avec de l'eau distillée, que l'on enlève ensuite avec une pipette , et que l'on essaye par les réactifs appropriés.

A défaut de papiers, on peut employer les teintures de tournesol (3), de mauve ou de dahlia.

Emploi du nitrate d'argent. — Le nitrate d'argent sert à reconnaître si un papier a été lavé au chlore pour enlever l'écriture. Un papier soumis à un semblable lavage, devient acide; le chlore passe à l'état d'acide chlorhydrique; celui-ci se dissout dans l'eau dont on mouille l'acte suspect, etc., et, au contact du nitrate d'argent, il donne lieu à des gouttelettes blanches de chlorure d'argent.

Emploi de divers réactifs. — Certains réactifs, tels que Y acide g al ligue, ou l1 infusion de noix de galle récemment préparée (4), le cyanure jaune, les sulfures alcalins et Y hydrogène sulfuré, peuvent être employés avec avantage pour faire revivre les écritures enlevées à l'aide d'un lavage (5). On place l'acte sur

(i) Le papier de mauve est verdi par une solution contenant cinq millionièmes de potasse.

(2) L'intermédiaire de la feuille de papier Joseph a pour but d'empêcher Pacte de se colorer par le contact direct du papier réactif.

(S) Par suite de son mode de fabrication, le papier est assez souvent acide, et fait virer la teinture de tournesol au viol&tre, teinte facile & distinguer de la couleur rougfe que prend la même teinture au contact d'un papier lavé à l'aide d'acides ou de substances acidifiées,

(4) On la fait, par exemple, avec 1 gr. de noix de galle concassée, pour 60 gr. d'eau.

(5) L'encre à écrire ordinaire est une préparation métallique qui a

une feuille de papier blanc, et on mouille toute la surface de Facte à l'aide d'un pinceau imprégné du réactif, en ayant soin de ne pas appuyer fortement ni de frotter ; lorsque la surface est bien imbibée, on laisse agir pendant une heure, et au bout de ce temps on examine l'acte; on le mouille une seconde fois à l'aide du pinceau, pour examiner le lendemain les résultats de ce mouillage que Ton répète plusieurs fois, s'il est nécessaire : car souvent les traces d'écritures ne reparaissent qu'après un laps de temps plus ou moins considérable.

Mais s'il est utile de savoir reconnaître les falsifications des écritures, il serait bien préférable de ppuvoir les prévenir (1).

pour base Y acide tannique et Y oxyde de fer. C'est un ianno-gallate de fer auquel on ajoute parfois du mucilage, de la gomme, de Y indigo et du sucre, pour lui donner du brillant; parfois, du bais de campéche, du sulfate de cuivre. Lorsqu'on la dépose sur le papier, el!e a une teinte pâle; si elle est bien préparée, elle doit contenir essentiellement du tannate deprotoxyde de fer, et ne renfermer du tannate de peroxyde (seul coloré) que pour guider la main de celui qui écrit, car le tannate de protoxyde pénètre seul le papier. A la longue, ce tannate passe au maximum d'oxydation et prend la couleur noire foncée qui fait le mérite de l'encre. Mais aussi, avec le temps, les acides tannique et gallique subissent des modifications destructives; l'oxyde de fer libre apparaît avec sa couleur jaune* de rouille, et communique cette coloration aux écritures. Cette altération, assez commune, est plus ou moins rapide selon la ' bonne ou mauvaise qualité de l'encre et de la substance sur laquelle elle est déposée.

L'acide eblorhydrique étendu d'eau, l'acide citrique (jus de citron), ou l'acide oxalique, le chlore et le chlorure de soude sont les agents chimiques employés le plus habituellement pour altérer les écritures. L'acide chlorhydrique décompose l'encre en convertissant en chlorure l'oxyde de fer qu'elle contient; tandis que le chlorure de soude décolore les matières organiques de l'encre , dont les éléments décomposés sont ensuite enlevés, pour la majeure partie, par le lavage. Mais il reste presque toujours sur le papier des traces d'oxyde de fer, invisibles dans les Circonstances ordinaires, et que certains agents chimiques peuvent déceler en formant avec cet oxyde des composés colorés. Ainsi une solution étendue de cyanure jaune peut faire reparaître en bleu l'écriture enlevée et lavée, comme nous venons de l'indiquer.

(1) A ce propos, on ne saurait trop regretter qu'il y ait des personnes assez imprudentes pour annoncer hautement, par voie de réclame, la vente de substances propres à enlever sur-le-champ les taches d'encre, sans qu'il en reste traces. Si ces substances peuvent être utiles dans quelques cas, dans une foule d'autres, elles peuvent aider à commettre

358 faux.

Dès 4825, le ministre de la justice consulta l'Académie des Sciences sur les moyens que l'administration pourrait employer en vue de prévenir les nombreux désordres résultant de la falsification des écritures publiques ou privées, et de préserver le trésor public du dommage .que lui causait le blanchiment frauduleux du papier timbré. La' commission chargée d'examiner cette question, proposa deux moyens : flébiles et celui de papiers dits de sûreté, 1er le travail des faussaires.

les. — On donne ce nom aux encres igents chimiques tels que le chlore, les qui ne disparaissent pas par un lavage à ru qu'elles aient convenablement pénétré le papier. On fait des encres indélébiles avec l'encre de Chine (1) ou le noir de fumée délayé dans l'eau gommée additionnée d'un peu d'acide chlorhydrique. On a proposé un grand nombre d'encres indélébiles (2). En 1831, la commission de l'Institut donna les deux recettes suivantes d'encre indélébile :

1° Encre de Chine délayée dans du vinaigre ou dans de l'acide chlorhydrique à 1°,5 Baume (densité 1,010); pour les papiers minces ou peu collés, on doit employer de l'acide chlorhydrique à lo Baume (densité 1,007).

2° Encre de Chine délayée dans de l'acétate de manganèse marquant 10° Baume (densité 1,074), auquel on ajoute 1/9 de son volume d'acide acétique. Lorsque l'écriture est tracée

des faux; dès lors l'avantage retiré d'une pareille découverte, se trouve plus que compensé par l'inconvénient qu'elle présente de seconder le faussaire dans ses criminelles manœuvres.

(1) Quelques auteurs pensent que l'encre de Chine se fait à l'aide de a liqueur des sèches des mers de Chine, desséchée et gommée. Selon d'aitres, elle est composée de noir de fumée, d'une qualité supérieure, bien broyé, et de glu ou d'une colle préparée (gélatine bouillie, précipitée par la noix de galle, le précipité redissous par l'ammoniaque) ; on y mêle ensuite du musc ou un autre aromate.

(2) Parmi les encres indélébiles présentées à la commission de l'Institut» on remarqua les encres liquides de MM. Bote, Dizé, Poilu, Da Olmi; *es encres solides de MM. Dizé, de Lasleyrie, Tarry. Nous citerons aussi les encres indélébiles de MM. Derheims, Dumoulin, Delunel, B<m*drimont, J. Levrault.

faux. 359

avec cette encre, on doit, pour la fixer sur le papier et pour lui donner toute l'indélébilité désirable, l'exposer au-dessus d'un vase contenant du carbonate d'ammoniaque ou de l'ammoniaque liquide, et placé dans un tiroir ou dans une armoire (1).

Cette seconde encre est d'une application moins facile que la première à laquelle on a reproché d'aWter les plumes métalliques (si usitées aujourd'hui) et de ne pas pénétrer complètement le papier à la mécanique, collé avec la fécule et un savon de résine. Dès lors les caractères qu'elle fournit peu* vent être effacés par le lavage ou par des agents mécaniques, tout en demeurant toujours inaltérables par les réactifs chimiques ; tandisrfju'eUe pénètre, au contraire, profondément et trace des caractères vraiment indélébiles sur le papier fait à la main et collé à la gélatine, le seul que l'on trouvait dans le commerce, en 1854. La commission, de l'Institut proposa de remplacer la liqueur acide par une liqueur alcaline composée de 1 p. de lessive des savonniers et de 25 à 40 p. d'eau; et, pour faciliter la pénétration de l'encre, elle conseilla de mouiller très-légèrement la feuille de papier sur laquelle on veut écrire, puis de la faire sécher, lorsqu'elle est revêtue de l'écriture indélébile. Mais l'emploi de ces deux encres tenté dans les bureaux de l'administration des finances,, ne tarda pas à prouver qu'on ne pouvait leur accorder une confiance supérieure à celle que mérite l'encre ordinaire elle-même.

Par le fait du changement opéré dans la fabrication du papier et à cause de la difficulté de faire adopter par la généralité des personnes qui ont à se servir du papier timbré, l'emploi d'une encre déterminée, on a été conduit à renoncer à l'usage de l'encre indélébile (2).

B. papiers de sûreté. — Les papiers de sûreté sont fabriqués

(1) Les vapeurs ammoniacales précipitent le manganèse de sa dissolution acétique et s'emparent de l'acide; le manganèse oxydé sert & consolider la teinte noire de l'encre de Chine.

(2) On a aussi présenté une encre grasse dite Chimico-spéàmut, pour imprégner des vignettes de billets de commerce. Cette encre peut changer de couleur, lorsqu'on essaye de toucher avec un agent chimique la. partie qui supporte la somme, dans le but de lui faire subir un chan-

de telle manière qu'on ne puisse enlever récriture, sans que cela paraisse aussitôt-par suite d'un changement opéré dans la couleur du papier. Un grand nombre de personnes (1) ont proposé de ces sortes de papiers : papiers revêtus d'une gravure fine et compliquée, produite par l'impression , à l'aide de l'encre d'imprimerie ou d'une encre très-délébile, d'une planche d'acier damassé passé à Veau-forte ; papiers à pâte colorée par le tournesol, le curcuma, l'indigo soluble, le bleu de Prusse, etc., etc. (2) ; papiers à la pâte desquels on ajoutait des filaments de laine, de coton et de chanvre, teints en diverses couleurs, altérables les uns par les acides, les autres par les alcalis (3). Tous ces papiers furent jugés insuffisants par la commission de l'Institut de 183i, qui pensa que l'administration parviendrait à empêcher le blanchiment frauduleux des vieux papiers timbrés :

1° En faisant imprimer aux cylindres sur tous les papiers soumis au timbre, une vignette gravée au tour à guillocher,

gement. Des essais très-intéressants se font en ce moment à l'Imprimerie nationale.

Dans ces derniers temps, M. le professeur Traill, d'Edimbourg, a fait onnattre un procédé pour préparer une encre indélébile, consistant en une dissolution de 3 p. de gluten pur dans SO p. d'acide pyroligneux ; 2 à 3 gr. de beau noir de fumée sont mêlés avec 150 gr. de cette dissolution. Cette encre exclusivement adoptée aujourd'hui dans plusieurs grandes maisons de banque et de commerce, notamment à la banque nationale d'Ecosse, est, dit-on, inaltérable par l'eau, les alcalis, les acides (même l'acide pyroligneux) et le chlore.

(1) Palmer, Molard; MM. de Haldat, Lévrier, Delisle et Gufllot, Coulier, Mérimée, Chevallier, Peytal,

(2) Depuis, longtemps, Palmer avait proposé de teindre le papier destiné pour les billets de banque, avec un mélange de matières colorantes prises dans une roue de fortune. Dans ce cas, la proportion de couleur n'étant connue de personne, l'imitation eût été plijs difficile.

(3) MM. Dtbraine et Kersselaers ont aussi fabriqué un papier dit sensir tify devenant bleu, si l'on cherche à enlever l'écriture au moyen des acides ; brun, si on fait usage du chlore et des chlorures ; marron, par l'action des alcalis. Ils avaient incorporé à la pâte du papier un sel de fer insoluble (borate, tartrate, arséniate), un sel de manganèse insoluble (carbonate, sulfate, borate, arséniate, antimoniate), un cyauure insoluble et incolore (cyanure de zinc ou de plomb), du carbonate de chaux (ou tout autre carbonate insoluble) et du sulfate d'indigo.

qui serait placée à droite du timbre, au milieu et sur toute la longueur de chaque feuille (1) ;

2o En employant pour cette impression une couleur qui aurait pour base le précipité noir qui se forme dans les chaudières à teinture des chapeliers, ou l'encre elle-même, convenablement épaissie, à la manière des fabriques de toiles peintes ;

3° En donnant aux papiers timbrés une date légale que Ton obtiendrait soit en l'imprimant dans la pâfe, soit en la gravant sur la vignette ou sur les timbres, et plus simplement, en faisant tourner, chaque année, sur lui-même le timbre sec dont toutes les feuilles de papier timbré doivent porter l'empreinte.

On présenta ensuite des papiers dont la pâte contenait des réactifs invisibles, mais sensibles aux agents qui décolorent l'encre et capables de se teindre énergiquement sous leur influence. La plupart de ces papiers renferment des cyanoferrures, ils sont sensibles aux réactifs ordinairement employés pour le blanchiment et les falsifications d'écritures ; mais la commission de l'Institut de 1837 conclut au rejet de ces papiers par les motifs suivants :

a Lorsque les cyanoferrures sont insolubles, il n'est pas a impossible de trouver des agents qui effacent l'encre sans a modifier la couleur de la substance chimique cachée dans « le papier. Lorsque les cyanoferrures sont solubles, on parer vient toujours à enlever la matière sensible avant d'effacer . « l'écriture çt à l'introduire de nouveau dans la pâte du paa pier, après avoir pratiqué le lavage ou le faux. En outre, les « cyanoferrures augmentent tous, même à faibles doses, la o combustibilité du papier, au point qu'en l'allumant à une « extrémité, la combustion se propage à la manière de l'aamadou?»

L'un de ces papiers, dit papier Mozard, contenait dans sa pâte du cyanoferrure de manganèse. Suivant le rapport de la même commission, il empêche bien les faux généraux,

(1) Un procédé analogue a été proposé, en 1830, à l'Académie des sciences, par MM. Chevallier etPeytal.

362 ?aux.

mais il n'exclut pas les faux partiels, et on reconnut que des faussaires habiles pourraient enlever quelques lignes- d'écriture, sans que cette altération fût trahie par le changement de couleur du papier (?). ^ ».

Selon l'inventeur, lorsque l'&riture était enlevée à l'aide d'agents chimiques, la couleur de ce papier changeait instantanément ; avec l'acide chlorhydrique, il devenait bleu par suite de la formation du bleu de Prusse;. avec les alcalis, il se colorait en jaune ocracé; avec rie chlore ou les chlorures d'oxydes, il devenait brun par suite de la formation de sesquioxyde de manganèse. Mais, plus tard, on vit que ces di- > verses colorations pouvaient disparaître au contact de l'ammoniaque et de l'acide oxalique affaiblis (1), sans que pour: cela l'écriture fût altérée, De plus, ce papier présentait l'inconvénient grave de se colorer également en brun au contact de liquides usuels, tels que le café, le vinaigre, etc., ou de liqueurs animales, comme Y urine.

Une étude plus attentive fit reconnaître que le papier coloré avec une liqueur composée d'une décoction de bois de campéche et une solution de cyanure jaune, résistait à toute altération par suite du changement frappant qui s'opère dans sa couleur (2).

En 1837, une commission nommée par le ministre des finances, conclut à l'adoption d'un nouveau papier timbré sur lequel on devrait imprimer, au moyen de deux encres, Tune délébile comme l'encre usuelle, l'autre indélébile comme l'encre typographique, une vignette composée en partie d'un dessin représentant une figure susceptible de donner au papier un caractère public et légal, et en partie de figures microscopiques (telles que de petits hexagones) formées de lignes se coupant sous des angles déterminés, parfaitement identiques entre elles. Ces deux sortes de dessins devaient être unis, et, pour ainsi dire, mariés ensemble par un procédé mécanique, de manière à offrir des points de vérification

(i) L'acide sulfureux, l'acide tartrique, produisent le môme effet.

(2) Ce papier est employé dans beaucoup de maisons de banque d'Angleterre. Dans quelques-unes, on se borne à colorer la partie de la lettre de change sur laquelle on écrit les valeurs.

faux. 363

aussi certains queïacilesà reconnaître. Le papier devait, en outre, porter dans l'intérieur de la pâte, un - filigrane trèsdélié, indestructible, propre à le faire distinguer; mais les papiers produits à. un concours ouvert à ce. sujet par. le ministre des finances, furent jugés par la commission incapables de résoudre le problème.

Des compagnies, ds$ maisons de commerce, adoptèrent un papier, à vigueur intérieures, fabriqué en feuilles très-minces et faiblement collées, pour être mieux pénétré par l'encre, et formé de deux feuilles superposées, munies d'une vignette délébile cachée dans leur épaisseur.

Dans une note lue à l'Institut, en 1848, M. A. Séguier émit l'opinion qu'on ferait un billet de banque ou papier-monnaie, impossible à contrefaire, si l'on mettait en pratique l'idée suivante due à M. Et*. Grimpé : «Si on confectionne deux types a d'acier, portant l'un un dessin microscopique régulier corner posé de figures à angles égaux, symétriquement espacées; a l'autre, un dessin artistique, direct ou produit par un type a que Ton pourrait altérer au hasard; Si à l'aide de ces deux a types.tonen confectionne un troisième sur lequel on opére- ; a rait la réunion des deux dessins, et que, pendant l'opération, «on vînt, au hasard, par un frottement accidentel, non JKulé « ni dans sa durée ni dans son intensité, à faire éprouver au type a artistique un retard dans l'application de sa surface sur le a troisième déjà empreint du dessin du premier, il résultera « de ce retard une déformation du dessin artistique qui chan- 0 géra son rapport de position avec le dessin régulier, syméa triquement espacé, formant le canevas sur lequel le premier « serait jeté : dès lors, le type produit'par la superposition des a deux autres, se trouverait dans les conditions d'un canevas a de tapisserie sur lequel on aurait placé au hasard une déo coupure ; à chaque superposition nouvelle, ses contours chana géraient de rapport avec les mailles du canevas ; et pour dis- « tinguer l'imitation de l'original, il suffirait de rechercher si a l'un des points quelconques du dessin artistique de l'un et a de l'autre, est précisément en même rapport de position- « avec la figure symétriquement répétée du canevas. »

La même année, et peu de temps après, M. Dumas déclara,

364 faux.

au nom de la commission des papiers et encres de sûreté, que les papiers présentés par M. Grimpé étaient éminemment propres à prévenir le lavage du papier timbré, les faux généraux en écriture publique ou privée , et les faux partiels eux-mê- I

mes, dans Cimmen&e majorité des cas. Le système de M. Grimpe \

consiste à couvrir le recto et le verso d'une feuille de papier d'une vignette générale, composée de linéaments trop déliés pour être reproduits à la main, imprimée au moyen d'un cylindre avec l'encre délébile ordinaire, susceptible d'être attaquée par tous les agents qui altèrent l'écriture, de manière à ne pouvoir être restaurée, ni par la main la plus habile, ni par aucun procédé d'impression.

Les cylindres sont en cuivre et recouverts d'étoiles microscopiques (1), absolument identiques, gravées en relief; ce qui permet d'employer pour l'impressiQn l'encre ordinaire. Ces étoiles sont le produit d'un poinçon d'acier unique qui n'en porte qu'une seule, gravée avec la plus grande exactitude. Ce poinçon, trempé dur, est enfoncé successivement sur les divers points de la circonférence d'un cylindre d'acier non trempé, et y répète sa propre image. Ce premier cylindre, trempé dur à son tour, et comprimé fortement contre denouveafitcylindres d'acier non trempé, reproduit, aussi souvent qu'on le veut , les dessins qu'il a reçus, et en recouvre toute leur surface. Ces derniers, trempés également et pressés contre les cylindres de cuivre, y multiplient à l'infini l'image du poinçon primitif, et les couvrent d'étoiles identiques d'une comparaison facile et sûre. M. Grimpé est parvenu à imprimer ainsi le papier du timbre (2), tout aussi bien que le papier à la mécanique.

D'un autre côté, la commission de l'Institut a approuvé les vignettes de M. Lemerciei\ imprimées avec l'encre à écrire

(t) C'est la figure qui a présenté à la reproduction manuelle les plus insurmontables difficultés.

(2) Le papier du timbre est fabriqué à la ma»n, feuille à feuille, collé à la gélatine et toujours un peu inégal à cause des vergeurea et du manque de division de la pâte.

En ce qui concerne la fabrication de ce papier, la commission de l'Institut, adoptant le système de M. Grimpé, a proposé : l° d'introduire dans ce papier un filigrane caractéristique répété assee souvent dans

faux. ^ 365

ordinaire , à l'aide de pierres lithographiques gravées en relief sur le papier dos effets de commerce, des actions au porteur, etc., comme susceptibles d'offrir à très-bas prix de trèsgrands avantages, dont le commerce et les compagnies pourront tirer parti pour prévenir les contrefaçons ou les falsifications d'écritures.

Encres db stmpàthib. — On donne le nom d'encres de sympathie ou d'encres sympathiques à des liquides employés à t racer sur le papier des écritures incolores , susceptibles d'être rendues lisibles , et de laisser des traces (délébiles ou indélébiles) sous l'influence de la chaleur ou d'agents chimiques convenablement choisis.

On emploie les encres de sympathie pour entretenir des correspondances secrètes , soit sur papier blanc , soit entre les lignes d'un écrit ou d'un imprimé quelconque.

Les substances employées pour faire des encres de sympathie sont très-nombreuses, car on peut dire que Ton a aujourd'hui plusieurs centaines de ces encres. Nous citerons les solutions aqueuses étendues de chlorure de cobalt (1), d'acétate ou de nitrate de cobalt , mêlées de 1/4 de sel marin; elles donnent une encre sympathique avec laquelle l'écriture, invi-

toute rétendue de la feuille, pour qu'il soit impossible, en eflaçant les vignettes, de convertir un fragment de papier timbré en papier ordinaire ;

2° De recouvrir les deux surfaces de ce papier d'une vignette microscopique mariée par une combinaison fortuite et non susceptible d'être réalisée de nouveau, avec une vignette artistique très-apparente et propre à caractériser le papier timbré ;

3° De tirer au besoin, par le procédé des fondus, sur chaque marge, à gauche de la feuille, un liseré en encre indélébile, tout le reste de la feuille étant tiré en encre délébile.

Au moyen de ces précautions, le papier timbré caractérisé par son filigrane ne peut plus être confondu avec le papier ordinaire; il échappe aux contrefaçons au moyen du mariage de la vignette géométrique et de la vignette artistique ; il garantit des (aux partiels au moyen de la vignette géométrique ; il évite le transport et les faux généraux par l'impossibilité de raccorder ou de reproduire le liseré en encre indélébile.

(1) Ce fut la première encre sympathique connue ; elle a près de 160 ans de date. (Voir le mémoire de Hellot; Mémoires de l'Académie royale des sciences; 17S7.)

sible sur le papier, apparaît en bleu par une légère application de la chaleur, puis disparaît ensuite par degrés, à mesure que le chlorure de cobalt reprend de l'eau, et reparait de nouveau par la chaleur;

Avec une solution de chlorure de cobalt mêlée de chlorure de fer, les caractères, au lieu de paraître bleus, par la chaleur, ont une couleur verte.

Les sels de nickel donnent aussi une encre sympathique dont les caractères apparaissent verts par la chaleur.

Avec une dissolution d'acétate de plomb ou de nitrate de bismuth, on trace des caractères invisibles, qui noircissent au contact de l'hydrogène sulfuré ou des sulfures alcalins.

Avee une solution étendue de sulfate de fer , l'écriture a une couleur bleue ou noire, suivant qu'on emploie pour la faire reparaître, le cyanure jaune ou une infusion de noix de galle. Inversement, on peut tracer une écriture sans'teinte' sensible, qui, au contact d'une dissolution de sel de fer au maximum, apparaît noire ou bleue, suivant qu'on a employé, comme encre, une décoction faible de noix de galle, à'écorce de chêne, de sumac, ou une solution étendue 'de cyanure Jaune.

Les caractères trpcés avec le sulfate de cuivre paraîtront avec une belle couleur bleue, au contact des vapeurs ammoniacales.

Avec V acide sulfurique très-étendu , Iqs caractères tracés sur le papier deviennent noirs et ineffaçables, par l'application de la chaleur : l'eau s'évapore, et l'acide, en se concentrant, charbonne le papier. ■

Avec les sucs végétaux, tels que ceux d'oignon, de navet, on peut tracer des écritures invisibles; mais en présentant le papier au-dessus de charbons rouges , il arrive que la matière végétale se détruit avant ou après le papier. Si elle se décompose d'abord, les caractères sont noirs ou jaune bruns; si le papier se décompose le premier, les caractères sont blancs sur fond noir. .

En général, on peut dire que tout composé incolore, se colorant par l'action d'un réactif, peut servir d'encre de sympathie.

Ces sortes d'encres pouvant être employées, dans cer-

faux. 367

tains cas, pour atteindre un but coupable, il devient important de savoir reconnaître si un papier considéré comme blanc, ou ai un papier écrit ne contiendrait pas, soit sur la feuille blanche, soit sur la feuille écrite, mais dans les interlignes, une écriture tracée avec une encre de sympathie.

Les essais pratiqués dans ce but étant souvent très-nombreux, nous signalerons les principaux.

On examine d'abord si dans certaines parties du papier, il y a eu un tracé quelconque qui se signale quelquefois par un aspect terne ou loisant.

On humecte avec soin le papier placé sur une lame de verre, on le recouvre avec une autre lame, et on l'examine par transmission de la lumière ; de cette manière , on parvient quelquefois à lire avec assez de facilité tous les caractères qui auraient été tracés avec une poudre incolore, délayée dans l'eau seule, ou additionnée d'une petite quantité de substance gommeuse ou mucilagineuse ; car ce tracé , en augmentant l'épaisseur du papier , laisse moins facilement passer la lumière , et produit une ombre occasionnée par l'assemblage des lettres.

L'application de la ohaleur donne lieu, comme nous l'avons dit plus haut, à l'apparition d'un grand nombre de tracés incolores. On présente avec précaution, au-dessus d'un brasier, la pièce à examiner , ou bien on la place dans un double de papier Joseph, et on applique dessus un fer chaud qui détermine l'apparition de l'écriture. On a recours aussi à l'emploi • de poudres de charbon, de noir d'ivoire, de cinabre, et d'autres poudres colorées» très-fines, dans le cas où on soupçonnerait que des substances glutineuses , hygrométriques, auraient été mises en usage pour tracer un corps d'écriture. On place sur uqe table la feuilte de*p&pier inspecte ; et, à l'aide d'un tamis de stoîe très^fin , on y répand la poudre colorée ; on recouvre d'une feuille et on presse ; on secoue ensuite la feuille : A* poudre reste ordinairement sur les tracés qu'elle colore v et permet de les apercevoir et ds lire ce qui a été écrit. Lorsqu'on a lieu de supposer que le produit employé comme encre sympathique, est susceptiblede se ramollir par la chaleur, on place le papier couvert de poudre dans un double de pa-

pier Joseph , et on promène à sa surface un fer à repasser chauffé convenablement.

L'hydrogène Sulfuré, le gaz ammoniac, le chlore , peuvent quelquefois être employés pour faire paraître des écritures , d'abord invisibles. On introduit la feuille à explorer , dans un grand flacon contenant fun de ces gaz, avec lequel on la laisse en contact. Si elle était chargée d'écriture tracée avec l'encre ordinaire , et qu'on n'eût à examiner que les interlignes, on exposerait partiellement ceux-ci à l'action du chlore, en se servant d'un tube fermé par un bout , dans lequel on aurait mis un mélange destiné à la production de ce gaz.

Enfin, pour reconnaître les tracés invisibles , on peut employer séparément diverses solutions (acide $ulfhydriquey sWfate de fery sulfate de cuivre, teinture d'iode, chromate de potasse, cyanure jaune; ammoniaque, infusion de noix de galle, bichlorure de mercure). On en prend un peu à l'aide d'un pinceau, et on trace avec celui-ci une ligne sur les parties que l'on soupçonne avoir été écrites avec une encre sympathique.

Dans le cas où l'on ne réussit pas avec une solution , on change de pinceau , ou bien on lave avec beaucoup de sein celui qui a été employé , et on fait le même essai avec une autre solution. Mais il faut avoir la précaution de ne pas passer sur les lignes tracées one solution qui pourrait donner un précipité ou une coloration avec le liquide que Ton aurait d'abord employé.

riCUU DE POMMES DE TBB&S.

Cette fécule, retirée des tubercules du solanum tuberçsum, de la famille des solanées, se distingue des autres fécules par son apparence nacrée, par le cri qu'elle fait entendre lorsqu'on la presse entre les mains. Examinés au microscope, ses grains sont beaucoup plus gros et d'un volume plus constant que ceux de l'amidon de blé ( V. la note p. 346)*, Us sont ovoïdes, étranglés, gibbeux, obscurément triangulaires. On y aperçoit très-manifestement le hile ou trou par lequel s'introduit la matière féculente servant à l'accroissement du grain- de fécule \ celui-ci se trouve composé de couches concentriques qui le font ressembler assez à une écaille d'huître. On observe

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sur les grains vieux ou très-volumineux qui se rencontrent surtout dans les tubercules arrivés à leur maximum de développement, des déchirures anguleuses qui partent généralement du hile.

Les grains de fécule les plus gros ont été observés jusqu'ici dans la variété de pomme de terre, dite de Rohan ; ils ont Qmiiii». 133 de diamètre.

La fécule de pommes de terre est blanche, insipide, insoluble dans l'alcool et l'éther, inaltérable à l'air. Elle a une odeur peu agréable qui s'exalte par la cuisson ; elle bleuit au contact de l'eau iodée; sa densité est environ 1,5 à + 19 oc. L'eau, à la température ordinaire, n'a pas d'action sur la fécule. Chauffée avec un peu d'eau, elle prend une consistance gélatiniforrae, connue sous le nom à* empois ; la fécule se gonfle, s'hydrate. Le phénomène analogue se passe à froid avec les alcalis.

La fécule est convertie en dextrine, puis en sucre ou glucose, sous l'influence de la diastase ou des acides.

Chauffée peu à peu de 160 à 200oc, la fécule se transforme en une mature jaunâtre, soluble dans l'eau, qu'on appelait autrefois amidon grillé, amidon torréfie, et aujourd'hui /eïocome: c'est de la fécule désagrégée. En portant brusquement la fécule à la même température, on la convertit ea dextrine.

La fécule absorbe des quantités d'eau très- variables, suivant les circonstances dans lesquelles on la place. La fécule commerciale ou fécule sèche contient t8 <>/0 d'eau. La fécule dite verte contient 45 % d'eau ou 2/3 de son poids de fécule sèche: 150 de fécule verte représentent donc 100 de fécule sèche.

D'après M. Louyet, la fécule de pommes de terre pure donne par l'incinération, 1,4 % de cendres très-fines, denses, mobiles et sèches.

La fécule de pommes de terre se dislingue de l'amidon de blé, par le procédé suivant : l'amidon de blé broyé avec l'eau, donne un liquide qui, après avoir été filtré, se colore en jaune ou en rouge pâle par l'addition de quelques gouttes de tein-

tare d'iode ; le liquide provenant de la trituration avec la fécule de pommes de terre prend une couleur bleue.

Usages. — En médecine, la fécule de pommes de terre est employée à l'intérieur comme analeptique ; on en fait aussi, des gelées, des tisanes ou des cataplasmes mucilagineux. Dans les arts, elle a reçu un très-grand nombre d'applications : elle sert à la fabrication de la dextrine, de la gommeline, du léiocome, des sirops et sucres de fécule, de l'acide oxalique ; elle sert à confectionner les produits alimentaires connus sous les noms de semoule, tapioka factice, etc. ; on remploie pour l'encollage des toiles, le collage du papier, Tépaississement des mordants, etc.

Falsifications. — On a falsifié la fécule de pommes de terre avec la craie ou carbonate de chaux, le plâtre, la poudre ou sciure d'albâtre, g y pseux (t), une argile blanchâtre (terre de pipe?).

Plusieurs moyens peuvent être employés pour reconnaître ces fraudes, signalées en premier lieu par M. Payen. On peut chauffer, pendant une demi-heure environ, à la température de 72 à 75<* au bain-marie, 25 gr. de la fécule à essayer, dans une solution de diastase brute ; elle se convertit endextrine sans résidu bien sensible si elle est pure ; dans le cas contraire, on a une partie insoluble qui, recueillie sur un filtre, lavée, séchée et pesée, donne approximativement, te proportion des corps étrangers introduits. Ce résidu est ensuite examiné à part afin d'en connaître la nature. Traita par l'acide chlorhydrique ou nitrique étendu d'eau , il formera une vive effervescence s'il contient de la craie , et laissera un résidu terreux indissous. La solution acide évaporée à siccité et reprise par l'eau chaude , donner* une solution qui précipitera en blanc par

(1) En 1844, le tribunal correctionnel (8e chambre) condamna à six jours de prison et à 50 Ir. d'amende le sieur B. . ., marchand d'amidon et de fécule, à Paris, accusé d'avoir vendu de la fécule mêlée de poudre d'albâtre. Sur un appel à minimâ, interjeté par le ministère public, la peine fut élevée à quatre mois de prison.

Cette poudre d'albâtre provenait du travail de pendules, vases, et de divers objets d'art. On en a môle 6 à 7% à de la fécule de pommes de terre, qui était mise dans de petits sacs étiquetés : Fécule de pommée de terre dépurée pour l'usage alimentaire et pour les enfants.

Foxalate d'ammoniaque. Le résidu insoluble, séché et chauffé au rouge dans un creuset, donnera une masse fortement agglomérée, qui ne se délayera pas dans l'eau et ne fera pas effervescence au contact des acides.

Déplus, la fécule contenant de la craie fait une vive effervescence avec- les acides. Celle qui contient du sulfate de chaux, chauffée au rouge dans un creuset, donnera une masse charbonneuse qui, délayée dans l'eau et additionnée de quelques gouttes d'acide , dégagera une forte odeur d'oeufs pourris (hydrogène sulfuré;. L'examen microscopique, l'incinération peuvent aussi servir à découvrir ces fraudes. Une petite pincée de fécule suspecte, placée en couche très-mince sur une lame de verre , et vue au microscope , n'offrira que des grains arrondis, diaphanes, blancs, si elle est exempte de mélange; dans le cas contraire, on verra distinctement interposés entre ses grains, des corps opaques, bruns ou nuageux, anguleux, irréguliers.

La proportion de cendres fournie par l'incinération de 5 gr. de fécule , et l'examen chimique de ces cendres pourront également servir à constater s il y a eu ou non adultération de la fécule. Ces cendres seront composées de chaux, de sulfate de chaux ou d'argile.

IKub autre côté, en délayant dans beaucoup d'eau une petite quantité de fécule suspecte, les substances minérales ajoutées, étant beaucoup plus denses, se précipiteront les premières, et pourront être examinées séparément.

La fécule de pommes de terre a été quelquefois mélangée à d'autres fécules exotiques. M. Gobley a indiqué, comme moyen de reconnaître ces fraudes, les colorations diverses qu'éprouvent quelques» féeules pures ou mélangées lorsqu'on les expose à la vapeur d'iode.

On met les fécules dans- des verres, de montre sous une cloche, qui renferme de l'iode, et. on les y Jtoee exposées pendant ;&4 heures (i). ... .

Voici les colorations que Ton obtient :

(l) L'expérience prouve que les fécules ne sont colorées par l'iode qu'autant qu'elles sont humides.

Amidon , couleur violacée.

Fécule de pommes de terre, gris-tourterelle.

Arrow root vrai, café au lait clair.

Arrow-root avec 4/4 d'amidon, nias-gris.

Arrow-root factice, gris-tourterelle. f,

Tapioka vrai entier, tous les grains jaunâtres.

Tapioka vrai pulvérisé, couleur chamois.

Tapioka vrai pulvérisé et mêlé avec 1/4 d1 amidon , couleur violacée.

Tapioka factice entier, quelques grains gris violacé, les autres jaunâtres.

Tapioka factice pulvérisé, couleur chamois.

Tapioka factice pulvérisé et mêlé avec 4/4 d'amidon, couleur violacée.

Sagou blanc entier, quelques grains gris violacé, les autres jaunâtres.

Sagou blanc pulvérisé, couleur chamois.

Sagou blanc pulvérisé et mêlé ayec \ji d'amidon, couleur violacée.

Sagou factice entier, quelques grains gris violacé, les autres jaunâtres.

Sagou factice pulvérisé, couleur chamois.

Sagou factice pulvérisé et mêlé avec 4/4 d' amidon > couleur violacée.

Dextrine, pas de coloration.

Suivant M. Mayet , on peut distinguer la fécule de pommes de terre , Varrow-root et l'amidon de blé, par la consistance et la transparence de la gelée qu'ils forment avec une solution au 1/4 de potasse à la chaux (25 p. de potasse et 75 p. d'eau), et reconnaître 1/10 de fécule ajouté à l'amidon ou à l'arrow-root ; on prend 5 gr. de la fécule à essayer, 60 gr. d'eau et 5 gr. de solution alcaline au qtiart.

Voici les résultats que M. Mayet a obtenus : avec la fécule de pommes de terre, gelée très-épaisse , d'une transparence opaline, solide au bout' d'une demi-minute.

Avec l'amidon de blé % le mélange n'est pas solide au bout d'une demi-heure; de plus, il est laiteux, complètement opaque, mais il ne laisse pas déposer l'amidon.

fer (limaille de). 373

Avec l'arrow-root , le mélange est totalement liquide et laisse déposer cette fécule malgré plusieurs agitations. Le liquide surnageant est d'une transparence parfaite.

Avec la fécule de bryone , le mélange se prend en gelée transparente immédiatement, mais cette gelée est très-liquide et d'une teinte légèrement citrine.

Avec la farine de haricots (prise comme type des farines de légumineuses), mucilage peu épais, jaune verdfttre, non transparent.

Avec la farine de manioc, mucilage un peu plus épais que le précédent, non complètement opaque, laissant voir un grand nombre de grumeaux gonflés, mais non dissous.

FSB. (UMAXLLM DB).

La limaille de fer est employée en médecine, comme toninique et fortifiante; on la recommande dans les cas de débilité, et surtout contre la chlorose, la leucorrhée, le rachitisime, le scorbut , etc. Suivant qu'elle est à l'état de poudre grossière ou de poudre très-fine , elle porte le nom de limaille de fer préparée, ou de limaille de fer porphyrisée.

Altérations. — La limaille de fer contient souvent du cuivre, de Y acier, du zinc, des terres, de la sciure de bois , du sable, de Y oxyde de fer. Il est important de s'assurer de la pureté de la limaille, surtout lorsqu'elle est destinée aux usages internes (1). A cet effet, le meilleur moyen est la séparation mécanique à l'aide du barreau aimanté ; la limaille est répandue en couches minces, et l'opération répétée plusieurs fois de suite ; le résidu de chaque opération renferme les impuretés (cuivre, sciure de bois, etc.); mais la séparation complète est très-difficile : le cuivre, le sable, le bois, l'oxyde de fer, peuvent être entratnés mécaniquement par le fer. Ainsi M. Gobley a observé que, même après cinq opérations successives,

(I) Dans des expériences faites sur des limailles de fer prises dans onze maisons de droguerie ou de produits chimiques et dans vingtcinq pharmacies , M. Gobley en a trouvé trois seulement exemptes de cuivre; dans les autres, la quantité de cuivre était ti ès-vai iable, et s'élevait, depuis quelques parcelles, jusqu'à 2 °/0; la quantité de substances étrangères variait aussi depuis 0,56 % jusqu'à 13 °/0.

374 fee (limaille de).

la limaille de fer contenait encore quelques parcelles de ce métal. De plus, si Ton a affaire à des brasures, Henckeia établi qu'un alliage de 6(5 cuivre et 33 fer était encore altérable à l'aimant. La séparation devient même impossible si' on opère sur de la limaille de fer porphyrisée.

On constate la présence du cuivre, en traitant fa limaille par l'ammoniaque. Celle-ci , au bout de quelque temps, se colore en bleu, et cette couleur sera d'autant plus foncée que la limaille contiendra une plus grande quantité de cuivre. On peut aussi employer l'acide chlorhydrique pur et bouillant, ou mieux l'eau régale, pour dissoudre la limaille ; une lame de fer bien décapée plongée dans la dissolution acide se recouvrira d'une couche légère de cuivre métallique. Si l'on sursature la dissolution par l'ammoniaque, il s'y forme un précipité rougeâtre de peroxyde do fer hydraté , complètement insoluble dans l'ammoniaque, et ne la colorant pas , au cas où la limaille est pure ; un précipité de couleur sale, mélangé de peroxyde de fer et d'hydrate de bioxyde de eui* vre verdâtre , au cas où la limaille contient du cuivre. L'addition d'un excès d'ammoniaque, eu redissolvant le bioxyde de cuivre, à l'exclusion de l'oxyde de fer, produit une solution bleue d'ammoniure de euivre.

La limaille d'acier se reconnaîtra, d'après le procédé de If. Berthier, en traitant la limaille par l'iode et l'eau ; le fer disparaît sans résidu à l'état d'iodure incolore, tandis que la limaille d'acier laisse pour résidu le carbone et le silicium. Après qu'on aura lavé la matière avec de l'eau de potasse, pour enlever l'excès d'iode, on pourra également suivre le procédé de M. Bomsingault, traiter la limaille par l'acide sulfurique étendu de 6 fois son poids d'eau ; le fer se dissout, l'acier laisse indissous le carbone et le silicium. Il faut rejeter la limaille atteinte de la rouille , on s'en apercevra facilement à sa couleur ocreuse.

Le barreau aimanté n'est aussi qu'un moyen de séparation incomplet, lorsque la limaille de fer est salie par de la limaille de zinc, surtout si la limaille provient de travaux à la lime exécutés sur du fer zinqué ou galvanisé.

La présence du zinc dans la limaille de fer se reconnaît en

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