HUILE DE NAVETTE
L'huile de navette s'extrait des semences des brassica râpa et napus, qui en fournissent 30 à 36 °/o de leur poids. Elle est jaune, visqueuse, d'une saveur agréable et douce ; d'une odeur particulière, analogue à ceWe des crucifères. Elle se congèle à — 3<*,75 et se pfcnd en une masse jaunâtre.
On l'obtient dans le nord de la France.
Usages. — Elle est principalement employée pour l'éclairage et la fabrication des savons verts, dans le foulage des étoffes de laine et la préparation des cuirs. Elle entre aussi pour une faible quantité dans la composition du savon or* dinaire.
Falsifications. — L'huile de navette est falsifiée avec des huiles de graines d'un prix inférieur, telle» que les huiles dé cameline, de moutarde, $ œillette, de lin j et par Y huile de baleine, V huile de suif (acide oléiqué).
Ces fraudes seront découvertes par l'ammoniaque, l'acide hyponitrique préparé, le chlore gazeux, l'acide sulfurique, Yoléomètre de M. Lefebvre ( V. art. Huiles).
L'ammoniaque forme un savon mou, blanc jaunâtre avec l'huile de navette impure, et blanc de lait avec l'huile pure.
432 huile d'olives.
L'acide hyponitrique la concrète après huit heures de contact ; la présence d'huiles étrangères retarde beaucoup cette solidification.
Le chlore gazeux n'altère pas sensiblement sa couleur, lorsqu'elle est pure, et la colore promptement en brun noirâtre, si elle contient une huile animale.
L'huile de suif sera décelée par son odeur, sa réaction acide au papier de tournesol, la différence de coloration par l'acide sulfurique, et la densité à l'oléomètre.
HUIU DOL1TSS.
/ L'huile d'olives s'extrait en Provence, dans le Languedoc, en Corse, en Italie, en Espagne, en Grèce, sur la côte d'Afrique, des fruits de l'olivier (olea europœa), qui en fournissent environ de 20 à 2i %de leur poids. Elle est colorée en jaune i ou jaune verdâtre, très-fluide, onctueuse, transparentevlégèi rement odorante et d'une saveur douce et agréable ; elle comf mence à se congeler à quelques degrés au dessus de zéro. .C'est une des huiles les moins altérables ; elle est néanmoins ï susceptible de rancir et d'acquérir une odeur désagréable et ; une saveur repoussante. À— 6°, l'huile d'olives dépose 0,28 de stéarine fusible à 20° et laisse 0,72 d'oléine (1). L'huile d'olives est insoluble dans l'eau, miscible à l'eau de gomme ; sa solubilité dans l'alcool froid et dans l'éther, est la même que celle de l'huile d'amandes.
Dans le commerce, on distingue plusieurs variétés d'huiles d'olives qui diffèrent par le mode d'extraction :
i° L'huile vierge ou surfine ou de première expression avec ou sans goût de fruit (2) ; on l'extrait à froid ; elle est verdâtre, a une saveur et une odeur agréables ; on la prépare surtout aux environs d'Aix, en Provence.
2° L'huile ordinaire ou de deuxième expression; on l'extrait à chaud; elle est d'une couleur jaune, plus disposée à rancir
(1) L'huile d'olives vierge est plus chargée d'oléine que l'huile ordinaire.
(2) Le goût de fruit est donné par la qualité de l'olive et non par le système de fabrication.
huile d'ouyes. - 433
que Fhuile vierge. Cette huile et la précédente sont souvent / mêlées et donnent des sortes différentes. » /
3° L'huile d'enfer, ou lampante ou de recense, extraite des tourteaux ou grignons de marc d'olives, dans des ateliers appelés recenses.
i° L'huile fermentée ou huile tournante, extraite des olives qui ont fermenté. Elle a une couleur verdâtre et contient «ne grande quantité de mucilage.
Usages. — L'huile d'olives a des applications nombreuses et variées. Les meilleures qualités sont d'abord employées • sur nos tables (4) ; en pharmacie, on s'en sert pour préparer les huiles médicinales. L'huile de recense sert uniquement à la préparation des savons. L'huile lampante sert à l'éclairage. L'huile tournante sert à la fabrication des savons ; on l'emploie principalement pour faire les bains blancs dans les ateliers de teinture du coton en rouge d'Àndrinople. L'huile d'olives sert aussi au graissage des laines ; pour lubrifier les parties frottantes des machines.
Falsifications. — L'huile d'olives, étant d'un prix assez élevé, comparativement aux autres huiles, est souvent mélangée avec des huiles, de graines d'un prix inférieur, telles que l'huile $ œillette (connue aussi sous les noms d'huile blanche, d'huile de pavot), les huiles de 'naùette, de colza (2), de sésame, d'arachide, de noix, de faine; on l'a fraudée aussi avec le mieL Enfin, on l'a mélangée avec la graisse de volaille, ' afin de lui donner l'aspect de l'huile d'olives pure qui se fige plus facilement.
La falsification par l'huile d'oeillette est la plus fréquente, \ tant à cause du bon marché de cette huile, que par sa saveurf douce et son odeur peu prononcée, qui accusent moins sa pré- ; sence dans un mélange frauduleux.
L'importance des applications de l'huile d'olives et, par suite, celle de pouvoir reconnaître les fréquentes adultérations qu'on lui fait subir, ont porté beaucoup de chimistes à s'occuper
(1) A Paris, on consomme annuellement plus de 5,000 hectolitres d'huile d'olives.
(2) La falsification de l'huile d'ohve3 par celle de colza a rarement Heu, parce que l'oduer nauséeuse de colza se ferait aussitôt reconnaître.
434 huile d'olives.
des moyens de les déceler ; aussi a-t-on proposé successivement un grand nombre de procédés pour s'assurer de la pureté d'une huile d'olives ; nous allons les passer en revue.
D'abord, un moyen empirique fondé sur la viscosité différente des huiles d'olives et d' œillette, consiste à introduire par une agitation brusque, des bulles d'air dans l'huile d'olives; lorsqu'elle est pure, ces bulle3 ne sont pas persistantes ; si, au contraire, elle e$t mélangée d'huile d'œillette, les bulles se maintiennent pendant un temps plus ou moins long et forment le chapelet.
La congélation, à l'aide d'un mélange réfrigérant, offre * également un moyen d'essai : l'huile d'olives pure se congèle entre +7 et +8°, l'huile d'œillette de —8 à — 1%>; l'huile d'œillette rend aussi l'huile d'olives plus visqueuse.
Hais ces résultats ne sont plus toujours aussi tranchés, lorsque la proportion d'huile d'œillette ajoutée est faible ; ils ne peuvent servir qu'à confirmer les indications fournies par d'autres procédés ; il est donc nécessaire d'avoir recours à des moyens d'investigation plus précis.
H. Rousseau a proposé uA instrument nommé diagomètre (du grec Stdtyw, je conduis et prrpov, mesure, mesureur de la conductibilité), fondé sur la propriété dont jouissent les huiles grasses, à l'exception de l'huile d'olives, de conduire facilement l'électricité. Le diagomètre se compose d'une pile sèche, destinée à développer de l'électricité, d' une aiguille trèsfaiblement aimantée, portant à Tune de ses extrémités un petit disque de clinquant, et pouvant se mouvoir sur un pivot métallique fixé au milieu d'un plateau mobile de résine , surmonté d'une cloche en cristal, afin de préserver l'aiguille des courants d'air qui pourraient modifier sa marche. Une tige métallique horizontale fait communiquer le support de l'aiguille avec une petite capsule de métal contenant l'huile à essayer, et communiquant avec la pile sèche au moyen d'un fil de platine Sur le trajet de cette tige, s'élève une tige verticale terminée, à la hauteur de l'aiguille,' par un autre disque en clinquant.
On tourne le plateau de résine jusqu'à ce que, l' aiguille étant dans le méridien magnétique, le petit [disque qu'elle porte
huile d'olives. 435
Vienne loucher le disque de la tige verticale ; pois on établit la communication avec la pile. Si l'huile d'olives est pure, on n'aperçoit aucun mouvement dans l'aiguille ; mata si elle est mélangée d'huile d'œillette ou de toute autre huile de graines, l'aiguille çst déviée par le passage de l'électricité, qui détermine* une répulsion entre les deux disques et les tient à une certaine distance l*un de l'autre. La conductibilité de l'huile est mesurée par l'are parcouru sur le cercle divisé qui en* toure la cloche, et par le temps que l'aiguille emploie pour atteindre son plus haut degré de déviation. Moins l'huile conduit l'électricité, plus 1* déviation est lente. D'après M. Rousseau, l'huile d'olives conduit l'électricité 675 fois moins bien que toute autre huile grasse végétale. Mais la difficulté que la pratique de cet instrument présente aux personnes peu habituées aux recherches délicates, et de plus la multiplicité des causes.qui peuvent faire varier ses résultats ont fait renoncer à son emploi.
M. Pouiet, de Marseille, a indiqué un procédé généralement préféré aujourd'hui et qui consiste à battre l'huile avec i/i2 de son poids de nitrate acide de mercure (i). Le mélange est agité de dix minutes en dix minutes pendant deux heures. On porte à la cave, et U heures après, on observe la consistance de la matière. Si on opère comparativement sur de l'huile d'olives pure, sur de l'huile d'œillette et sur de l'huile d'olives«mêlée d'huile d'œillette ou d'une autre huile de graines , on observe que la première se solidifie complètement, la seconde reste liquide, la troisième laisse venir à sa surface un volume d'huile liquide d'autant plus considérable, qu'il y avait plus d'huile d'œillette dans le mélange.
Le procédé de M. Poutet permet de constater jusqu'à la présence de 4/10 d'huile d'œillette ; au-dessous de cette proportion, il n'offre plus assez de certitude. L'inconvénient de
(I) On préparc ce sel en faisant dissoudre, à la température ordinaire, 6 p. de mercure dans 7,5 p. d'acide nitrique à 3S* Beaumé on d'une densité 1,35. Elle est ainsi formée d'un excès d'acide nitrique, d'un peu d'acide hyponitrique, de protonitrate, de deutonitrate, et probablement de nitrite de mercure. — On emploie par exemple, 96 gr. d'huile et 8 gr. dé réactif.
436 huile d'olives.
ce moyen d'essai est d'exiger que la dissolution mercurielle ait été récemment préparée: faute d'observer cette précaution, la constitution du réactif change, sans même qu'il y ait cristallisation; dès lors, les résultats qu'il donne sont incertains. Toutefois, cet inconvénient n'est pas assez grave pour faire renoncer au procédé.
D'après MM. Soubeiran et Blondeau, on peut apprécier la consistance que le réactif de M. Poutet donne à l'huile, par le son qu'elle rend lorsqu'on frappe avec une tige de verre sa surface solidifiée. L'huile pure est ferme sonore; l'huile moins pure est ferme, assez ferme ; l'huile contenant 1/20 d'huile d'oeillette ou de graines prend une consistance variable entre celle du suif et celle de ïaxonge; l'huile au 1/10 a la consistance cThuiie figée.
Dans les recherches qu'il fit, en 1832, sur les corps gras, M. Félix Boudet, ayant observé que l'agent spécial du réactif de M. Poutet était l'acide hyponitrique, proposa l'emploi de ce dernier, additionné de trois fois son poids d'acide nitrique à 35° Baume, comme réactif propre à reconnaître la falsification de l'huile d'olives par l'huile de graines.
Un demi-centième d'acide hyponitrique suffit pour solidi- fier l'huile d'olives, ainsi que l'indique le tableau suivant. Le phénomène se produit plus lentement qu'avec une dose plus forte, mais la consistance devient à peu près la môme et elle diminue à mesure que la quantité d'huile étrangère augmente.
Huile d'olives (100 grain» ou
5gr,50)
Tempg nécessaire à la
et acide hyponitrique.
solidification.
70 minutes.
130 — ou 2 h. 10 min.
435 — ou 7 h. 1/4.
Action nuUe.
M. Boudet a pensé que la présence d'une proportion constante d'huile d'œillette retarderait aussi d'une manière constante la solidification de l'huile, et il a pris pour base de l'essai le temps nécessaire à cette solidification (V. art. Huiles).
huile d'ouves. * .437
Hais il résulte d'expériences ultérieures de JÇM. Soubeiran et Blondeau, que le temps change avec chaque variété d'huile, et que souvent des huiles pures se sont solidifiées avant certaines huiles mélangées. Ainsi les huiles pures se solidifient entre 43 et 59 minutes; les huiles mêlées à 4/iO se solidifient entre 48 et 97 minutes ; les huiles, au 4/20, entre 45 et 59 minutes. L'emploi de l'acide hypoazotique n'offre donc pas autant de certitude que celui du réactif de M. Poutet, qui mérite la préférence, pourvu qu'il ait été préparé au moment d'en faire usage ; l'essai doit être répété à deux reprises pour ne. laisser planer aucun doute sur les résultats.
L'acide nitrique pur solidifie aussi l'huile d'olives, au bout d'un temps plus ou moins long.
H. Diesel a indiqué les colorations diverses produites par l'acide nitrique ordinaire sur l'huile d'olives et sur les huiles de graines, comme un moyen de reconnaître quand celles*oi ont été mélangées avec l'huile d'olives. Suivant ce chimiste, l'huile d'olives agitée avec l'acide nitrique ordinaire se colore en vert et finit par devenir brune au bout de 42 heures ; la même huile mélangée avec 5/10, ou plus, d'huile de navette se colore en gris jaunâtre, puis en brun ; l'huile d'œillette, en blanc jaunâtre sans passer plus tard à la couleur brune.
En 4846, M. E. Barbot a proposé un autre réactif dont l'emploi est basé sur les mêmes principes ; c'est de l'acide nitrique saturé de bioxyde d'azote ; il a une teinte vert foncé et" répand à l'air des vapeurs rutilantes. M. Barbot a agité, pendant 2 minutes, 20 gr. de différentes huiles avec 2 gr. de cet acide, et a obtenu des résultats qui sont consignés dans le tableau suivant :
Tableau.
HUILE D 0LIY1S.