INDIGO
L'indigo de Madras est en carreaux cubiques; à cassure grenue, rugueuse. On en distingue trois sortes : le fin bleu, le bleu violet mélangé^ Yordmaire. La première sorte se rapproche le plus de Tindigo Bengale, elle a de la légèreté» mais moins que le bleu flottant du Bengale.
L'indigo de Manille est en pierres cubiques, en carreaux plats et allongés, un peu poreux et légers. Les premières portes sont le fin bleu et le fin violet, mais elles sont inférieures à celles de Tindigo Bengale.
L'indigo de Java, le premier qui ait été importé en Europe, est en carreaux plats, quelquefois en trôchisques. Il ne donne pas de reflet cuivré par le frottement de Tongle.
i^ Les indigos d'Amérique sont : les indigos de Guatimala, de Caraque^ du Mexique^ du Brésil, de la Caroline, de la Louisiane, des Antilles,
Les diverses sortes d'indigo de Guatimala sont évaluées d'après le rang des couches précipitées au fond des cuves. Les couches supérieures donnent l'indigo flor; les suivantes, l'indigo sobre, et les couches inférieures l'indigo corte. Ces sortes se subdivisent elles-mêmes en plusieurs nuances ; jflor supérieur, flor ordinaire, petit flor ; sobre supérieur, sobre bon, sobre ordinaire; corte supérieur, corte bon, corte ordinaire^ corte bas. L'indigo flor est en pierres régulières, d'ime trèsbelle couleur bleue; la pftte est fine et légère, donne un beau reflet violet et une nuance dorée par le frottement de l'ongle.
L'indigo Caraque, rangé après celui de Guatimala^ est en morceaux irréguliers, tantôt d'un beau bleu, tantôt d'un bleu violet; la pâte est parsemée de petits trous.
L'indigo du Mexique est intermédiaire aux indigos de Guatimala et de Caraque.
L'indigo du Brésil est en petits parallélipipèdes rectangulaires ou en petits morceaux irréguliers, d'un gris verdâtre à l'extérieur, d'une pâte ferme à cassure nette, d'un rouge cuivré plus ou moins vif.
L'indigo de la Caroline est en petits carreaux, d'un cuiiTé violacé. Les qualités communes sont rarement cuivrées et presque toujours d'un bleu verdâtre.
L'indigo de la Louisiane est en carreaux très-cuivrés.
IHDKO. 529
3"* Les indigos d'Afrique sont ceux d'Egypte^ du Sénégûl, de rîfe de France.
L'indigo d'Egypte est en carreaux plus plats que ceux du Bengale ; leur pâte est assez légère et pas très-fine ; les qualités supérieures sont des surfins et fins viokts bkus. Souvent cet indigo contient du sable.
L'indigo du Sénégal contient plus de matières terreuses que les autres indigos du commerce.
L'indigo de Plie de France est en petits carreaux allongés, d'un bleu sombre à la surface, d'un rouge fortement cuivré à l'intérieur. Tl est d'assez mauvaise qualité.
Les indigos les plus estimés dans le commerce sont Vindigo Bengale bleu flottant^ et Yindigo Guatimala flor.
D'après M. Chevreuil Tindigo Guatimala renferme : indigotinêj 45 ; ammoniaque, matière verte ^ extractifei gommes, 12 ; résine rouge j 36 ; carbonate de chaux j 2 ; oxyde rouge de fer et alumine, 2 ; silice, 3.
Suivant Ber%éUuSj l'indigo du commerce contient, outie l'indigotine, trois matières distinctes, à savoir : une matière particulière, dite gluten d indigo ; une matière brune ou brun d'indigo; une matière rouge dite rouge dindigo ou résine rouge de Findigo.
Voici, d'après MM. Girardinet Preisser, la composition de l'indigo Bengale cuivré, bon^ ordinaire et celle de l'indigo du polygonum :
Indigo tadig»
Beogile. do potjgonni.
£aa 5^7 6,8
Glulen ou matière azotée ifi 1^8
Bnind*iBdigo M 8,5
Résine rouge 7,S 15,6
Matières minérates IM 14,8
Indisotine (1) 61,4 4M
Matière colorante rouge, soluble dans Teau i 3,4
Touux 100,0 100,0
Une petite quantité d'indigo en poudre, projetée sur des charbons ardents, ou chauffée en couche mince dans un tét» émet une grande quantité de vapeurs pourpres analogues à celles de l'iode, et dégage, en même temps, une odeur par^
(t) Les proiionious dMndigoline tarient beaacoop datte les dilP&renies aortes d^indigus.
530 immo.
ticuliëre désagréable; il reste un charbon trèskvolumineux. Ces vapeurs se condensent, à la surface de la couche d^indigo, en petits pristiies droits rectangulaires aplatis, d'une teinte pourpre foncé, et constituent Tindigo bleu pur ou ûmV* gotine.
L'indigotine est volatile sans résidu, non altérée par Pabr et l'oiygène, entièrement insoluble dans Peau, dans Téther et les corps gras. L'alcool bouillant en dissout quelques traces et se colore en bleu.
L'indigotine est décolorée par le chlore ; Facide nitrique concentré donne naissance avec elle aux acides indigotique et picrique. Elle est soluble dans l'acide suUurique concentré et dans Tacide fumant de Nordhausen.
L'indigo bleu est réduit et transformé en indigo bkme ou indigo desoxygéné (indigogène) en présence d'une matière alca-» line, telle que la potasse, l'ammoniaque, la chaux, et d'une substance avide d'oxygène^ telle que le sulfate de protoxyde de fer, le protochlorure d'étain, le sulfure d'arsenic.
Les indigos du commerce séchés à 100<»^ perdent, engéné* rai, 3 «/^ à 5 «/o, 5 ; ils donnent ordinairement 7 à 9 •/o, 6 d« cendres (Chevreul) : les proportions mtniîpvMiet maxima, qui ne se présentent que rarement, sont 3 °/o, 9ikb "/o, et 18 à 21 -/o.
Usages. — L'indigo est une des matières tinctoriales le plus employées.
Altérations. — Les indigos présentent quelquefois des défauts plus ou moins graves, provenant d'accidents divers pendant leur préparation ou de causes qui ont agi sur les indigos déjà préparés. Ces défauts sont caractériség, dans le commerce, par les expressions suivantes :
Grand cassé j mauvais pierrage; carreaux d'indigo réduits, par accident, en morceaux plus ou moins gros.
Demi-pierré; carreaux accidentellement cassés en deux.
Gfobeaux ; carreatix réduits en fragments iiré||iiUtn> et assez petits pour être passés au crible.
Écartâtes ; carreaux réguliers, mais présentant 4bs ère* Tasses qui pénètrent presque jusqu'au centre.
Éventés, venteux ; carreaux pr&entant, dans l'intérieur de la cassure, une espèce de moisissure blanche.
uioioe. 53t
Pigmiês: mté^iettr parâenié de poinfà bhmcs ou de petites cavités blanebes donnant aut pierres d'indigo Papparence du granit. Lorsque ces points blancs sont fréquents, Tindigo est dittabktix.
Rubanés; couches superposées de diverses nuances de bleU dans les mAmés carreaux.
CroMêeux: pierres présentant à leur surface une croûte noi« râtre 0a verdâtre et ridée.
BruU$; carreaux présentant, dans leur cassure, des places noirâtres ou d'une mauvaise couleur.
Pierres ou sablés ; carreaux dans l'intérieur desquels on aperçoit des parcelles brillantes de sable ou des pierres.
Enfin Tindigo est dit sombre lorsqu'il a un aspect peu brillant; durf serré f lorsque sa pftte esl fine, serrée et diiiieile è rompre ; aar, lorsqu'il se sépare en petits fragments ou se ré« doit en poussière.
Falsepigations. — L'indigo a été quelquefois falsifié avec Vamidùn, la crasse de plomb {eauS'^oxyde), la lofue de eampêehe, Yargih eabaire, Yiodure d'amidon (*) , le bhu de Prusse*
L'indigo ailmgé d^areîdon est un peu pâle, n'a pas la dei»» riAèf la cassure de l'indigo véritable, dont il se distingue par resqpèce de eoUe qufil forme avec Teau bouillante.
Pour retrouver la erasse de plomb mêlée à llndigo, on broie ee dernier avec de l'eau, on lave, on décante à plusieurs re-» prises» afin d'obtenir le résidu pesant, pulvérulent , làmble et soseeptible d'acquérir l'éclat métallique par le frottement. Ou bien on caMne dans un oreuset 10 grammes dlndigo^ aprèni l'opération, on trouve un petit cnloi de plomb métlillique au fond du creuset.
L'indigo altéré par la laque de campAohe et l'argile eal^ eaire a une couleur vialaeée, terne, sans reflet enivré ; traité par l'acide sulforiquef il donne un liqoiëc bran on rosé, et il reste en solution du sulfate acide d'alumine, d'où l'ammo^ feôaque ea exeès précipite l'alumine.
Par la calcination dans un creuset de platine^ en a un fésidQ vokanineux fmnné de nlioe et de chaux.
{^) Cetfâ faMficafioff a Hé srgnaMe paf MM. Magonfy, Boucherie, Fauréei Gtitmard*
532 iNDioo.
Pour reconnaître Piodure d'amidon dans Tindigo, on traite la poudre d'indigo par une solution de potasse caustique étendue ; on filtre : le liquide filtré doit contenir Tiode, s'il y en a dans Tindigo, et il donne toutes les réactions caractéristiques de riodure de potassium.
Le bleu de Prusse, qui, par ses caractères physiques, res* semble assez à Tindigo, au premier abord, s'en distingue facilement par ses propriétés chimiques. Le chlore décolore rindigo et n'attaque pas le bleu de Prusse : Tacide sulfurique dissout rindigo et ne dissout pas le bleu de Prusse ; seulement, ce dernier devient blanc,- puis passe au bleu par une addition d'eau.
Calciné dans un tèt^ Findigo donne des vapeurs pourpres, un sublimé en aiguilles rouge pourpre, et un résidu charbonneux ; le bleu de Prusse, dans les mômes conditions, émet une odeur assez désagréable, et laisse un résidu rougeâtre de peroxyde de fer.
Les indigos peuvent s'essayer au colorimètre de Houton* Labillardière ( F. art. Garance, et planche V, fig. 25). On forme trois litres d'une dissolution faite en chauffant, pendant une heure, à 40 ou 50<»«*, 20 gr. d'acide sulfurique de Nordhausen et 1 gr. de Pindigo à essayer, réduit en poudre fine et passé au tamis de soie. On prend 1 litre de la liqueur; on l'introduit dans le tube coloriméUique jusqu'au zàro de l'échelle, et on compare la nuance avec une autre dissolution prise comme type. Le volimie de liquide contenu dans le tube, où il aura fallu ajouter de l'eau pour avoir la même nuance, comparé au volimie (égal à 100) du liquide renfermé dans l'autre tube , donne le rapport entre le pouvoir colorant, ou la qualité relative des deux indigos. Ainsi, 30 p. d'eau ajoutée à la liqueur la plus intense indiquent que le volume des deux liquides, et, par suite, que la qualité re* relative des deux indigos est représentée par le rapport 130 : 100.
M. Chevreul a donné, pour l'essai des indigos, un procédé qui se compose de quatre épreuves :
1'* épreuve. On calcine dans une petite capsule de platine 1 gr. d'indigo, préalablement séché à lOO»»*, afin de déterminer la proportion de matières inorganiques.