‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales, avee l'indication des moyens de les reconnaìtre (volume 3)Chapitre 195 sur 251 · SULFATE DE QUININE · texte numérisé non relu

SULFATE DE QUININE

du sucre (*) ; pour reconnaître cette fraude, on peut traiter le produit suspecté par Talcool froid à 35®, qui sépare ce sucre en grande partie ; Teau évaporée se caramélise ensuite par la chaleur (•).

On peut encore dissoudre dans Teau le sulfate falsifié ; on décompose ensuite la dissolution par du carbonate de potasse ; la liqueur séparée de la quinine est évaporée, et le résidu est repris par l'alcool, qui n'agit pas sur les sels de potasse formés, et qui dissout seulement le sucre, que Ton peut dès lors facilement recoimaître.

Un autre procédé consiste à traiter le sulfate de quinine par l'eau de baryte en excès ; à filtrer, et à saturer la solution par un courant d'acide carbonique, pour séparer Peau de baryte, puis on chauffe, on filtre et l'on évapore convenablement pour obtenir le sirop.

Suivant E. CottereaUy le procédé saccharimétrique de H. Peligot est de nature à donner des indications assez précises lorsqu'il s'agit d'essayer du sulfate de quinine falsifié par le sucré. En effet, on traite une quantité déterminée du sulfate de quinine suspecté par un lait de chaux qui précipite la quinine et dissout le sucre à l'état de sucrate. On filtre, on lave le précipité resté sur le filtre, et dans la liqueur filtrée, réunie aux eaux de lavage, on ajoute goutte à goutte une solution titrée d'acide sulfurique renfermant, par litre^ %\V'fih d'acide, jusqu'à ce que la masse rougisse le papier ou la teinture de tournesol. Comme la quantité de chaux dissoute est proportionnelle à la quantité de sucre qui existait dans le sulfate essayé» il en résulte que la proportion d'acide employé

{}) « Par JugemeDt du il septembre 1847, le tribunal de première « ioslance de PfrUippevilie a condamné à 800 ît. d^amende le slenr S...» « pharmacien, qui avait la fourniture de Tbôpital civil, et qui avait « m61é un cinquième environ de sucre en poudre à du sulfate de qui- « uine qui lui avait été demandé. »

Nous avons appris que la veute des médicaments pour l'iiospice, le dispensaire, les indigents, avait élé faite à un rahaU de 61 Vo sur les prix fixés par Tadministration. (Extrait du journal d'Alger, VASAar du 80 septembre 1847.)

(*] Le traitement par Talcool serait inutile si le sulfate renfermait une forte quantité de sucre^ car alors la saveur du résidu indiquerait suffisamment sa présence.

T, II. tf

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pour Si^tor^c Ifi chaiu^ peut facilement indiquer la quantité de sucre renfermée dans le produit analysé. Un litre de liqu^v Utrée, ou 2Ur-65 d'acide sulfurique à 66®, neutralisent la quantité de chaux qui pourrait ôtre dissoute par 50 grammes de sucre.

On peut encore, pour déceler la présence du sacre dans le sulfate de quinine, abandonner à elle*même, à 15 ou 2Go<:, dans un flacon muni d'un tube à gaz, dont Textréuûté recourbée s'engage sous une éprouvette remplie d'eau, une solution aqueuse et concentrée de sulfate, dans la* quelle on a préalablement lavé un peu de levure de bière ; la fermentation s'établit s'il y a du sucre dans le sulfate, et bientôt Téprouvette se remplit de gaz acide carbonique.

En traitant par 2 ou 3 gouttes d'acide sulfurique à 66* 1 à i centigrammes de sulfate de quinine renfermant 10 pour 100 de sucre, on obtient une masse fluide, opaline, devenant jaune-paille après une beure de réaction, et jaune brun an bout de 24 heures. Si Ton opère sur du sulfate de quinine renfermant 20 pour 100 de sucre, la masse parait moins fluide, tout en restant opaline ; elle devient jaune brunâtre après une heure de réaction et brun clair après 24 heures. Si le sulfate essayé renferme 30 pour 100 de sucre, le mélange produit par l'acide sulfurique est devenu fluide, opalin ; il devient brun clair après une beure de réaction, et bruu foncé ^tt bout de 24 heures.

Lorsque le sulfate de quinine contient 10 pour 100 de gluoose, et qu'on en traite 1 à 2 centigrammes par 2 ou 3 gouttes d'acide sulfurique à 66°, le mélange arrive difiîcilement à l'état demi-fluide : après une heure de réaction, il est jaune brun rougeàtre, et enfin, au bout de 24 heures, il s'est formé un précipité très-ténu dans un liquide jaunâtre. Alors, en délayant la masse dans ralcool, il s'y produit un trouble qui disparaît par l'addition d'une suffisante quantité d'eau. L'on conçoit bien, du reste, que l'on pourrait également reconnaître cette fraude par les moyens que nous avons indiqués pour déceler la présence du sucre.

En traitant par 2 ou 3 gouttes d'acide sulfurique à 66<> 1 à 2 centigrammes de sulfate de quinine contenant 10 pour 100

SUI^FATE û^ qUINISi£. 45}

(le sucre de lait, on obtient une masse fluide, opaline, jaune clair, devenant jaune après une heure de réaction, et piTrant, au bout de 24 heures, un 'faible précipité grenu.

Si le sulfate de quinine est allongé de mannite [^), ou peut reconnaître la fraude en ajoutant une quantité suffisante d'eau de baryte ou de carbonate alcalin au sulfate de quinine ; on obtient ainsi la mannite dans la liqueur filtrée. Elle cristallise en aiguilles prismatiques. En traitant le sulfate de quinine suspect par de l'alcool absolu froid, on sépare également la mannite, qui reste insoluble.

Lorsque le sulfate de quinine contient de Tacide stéarique, margarique, ou de la stéarine, les corps gras restent à la surface de la dissolution de ce sel, faite au moyen de Teau aiguisée d'acide sulfurique. En chauffant la dissolution, les acides gras se divisent en petites gouttes transparentes qui deviennent opaques par le refroidissement ; nous avons trouvé dans un échantillon de sulfate de quinine, essayé de cette manière lorsque nous avons découvert cette fraude ^ jusqu'à 8 ^lo de stéarine.

En traitant par 2 ou 3 gouttes d'acide sulfurique à GG^" 1 à 2 centigrammes de sulfate de quinine renfermant 10 % de stéarine, on obtient un mélange demi-fiuide avec matière indissoute, devenant verdâtre après une heure de contact, et offrant, au bout de 24 heures, un précipité caillebotté dans un liquide blanc laiteux. Par une addition d'alcool on obtient alors des fragments blancs dans un liquide clair qui se trouble

par l'eau.

En calcinant 1 ou 2 centigr. du même sulfate de quinine contenant 10 •/« de stéarine, il se produit une combustion vive accompagnée de flamme, sans résidu. Au commencement de la combustion, il y a formation d'un produit noir vio-

(i] La faUificallon du sulfate de quinhie par la mannite a été signalée, en 1831, par M. Vatiet. En 18i0, M. DuhaU anal>sa un éclianlitlott do suiratc de quinine qui lui avait été donné par un droguiste de Paris; il }- trouva environ 80 Vo de mannite. Ce suiraie, entièrement semblable, par sa légèreté et son aspect soyeux, au sulfate de quinine ordinaire, n*avait ce|>endaul qu'une saveur amère peu marquée et mêlée d*uii arrière-goût sucré.

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lacé, qui, dilué, donne sur le papier une couleur d^on ronge carminé.

La salicine^ que l'on retire de Pécorce astringente et amèn du saule, ressemble beaucoup au sulfate de quinine. On a même prétendu qu'elle pouvait parfaitement bien remplacer ce dernier comme fébrifuge; mais cette opinion est erronée, et le mélange de la salicine avec le sulfate de quinine constitue une véritable fraude (■), qui, si elle n'est pas dangereuse, empêche souvent Teffet que le médicament pur produirait sur le malade. La salicine est plus soluble que le sulfate de quinine ; on peut la reconnaître par Taddition de quelques gouttes d'acide sulfurique au sulfate suspecté. Cette addition suffit pour produire dans un mélange à */,^ une belle teinte rouge coquelicot («).

La phlondzine, que Pon ajoute quelquefois au sulfate de

(*) En 1848, M. Stmeman reçut d*an droguiste du sulfate deqoiiiw qu*OD disait provenir d^Angleterre, et qui ne contenait pas moiosife 30 à 40 Vp de salicine. Lorsqu'il renvoya cette marchandise, le nè^ clanl lui répondit qu'il avait déjà vendu plus de 90 kilog. decesulbie freblé, et que jusqu'alors pei^soune ne Pavait renvoyé pour&iusede falsification.

On a saisi dans rofficine du sieur Cb. B..., pharmacien, da mIA(< de quinine contenant 41, 4i et môme 45 «/o de salicine. te siear B-m i|iéguait pour sa défense que ce sulfate lui avait été cédé par soa {prédécesseur; il a été condamné à 600 fr. d*amende.

La falsification du sulfate de quinine par la salicine a été pntiqo^ sur une ▼•«« échelle ; des quantiiés considérables de salicine oai été préparées à cet effet, et expédiées k Paris, dans le midi de U Fraaœ et en Algérie.

C) D'après M. POikr^ de Doué, l'acide &ulfurique ne donne un ttsultat coocluani que lorsque le sulfate de quinine ne contient pas moins ée 10 o/o de salicine ; en dessous de cette quantité, on n'obtiendrait pM ^ coloration assez nette pour s'assurer de sa présence; et pour proaoacer hardiment, il faudrait isoler la salicine en se fondant sur hoa iosolO' billtti dans la solution acide de sulfate de quiuine.

Ce fait n'a pas été confirmé par les expériences de M. Vf^^ ^ * M. Aear. Suivant ces chimistes, on peut facilement reconnaître ^ le sulfate de quinine 1/100 de salicine par la coloration rouge que doii*^ racide sulfurique versé sur le sulfate adultéré. Toutefois, pour ^ Tcssai réussisse, il faut placer la maUère dans un verre de montre,* manière à ce qu'elle présente dans son centre une légère coo&fi^ ; ^ y fait tomber 8 ou 4 gouues d'acide concentré et on laisse reposer.

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quinine, est dans le même cas, et produit une réaction analogue avec Pacide gulfurique

Si Ton ajoute 2 à 3 gouttes diacide sulfurique à 66** à 1 ou 2 centigranunes de sulfate de quinine contenant 10 ^jo de salicine, on obtient une masse fluide, trouble* rouge-groseille clair, devenant rouge-groseille vif après une heure de réaction, et formant au bout de 24 heures un précipité grenu, rouge violacé dans un liquide opalin.

En essayant de la môme manière un sulfate de quinine renfermant 10 «"/o de phloridzine, on obtient une masse fluide, jaune brunâtre, trouble^ devenant jaune orangé foncé après une heure de contact, et formant, au bout de 24 heures, un précipité brun clair avec cristaux aiguillés^ rayonnantSi dans un liquide opalin.

Si, comme cela nous est arrivé dans une expertise, on demande de déterminer la quantité de salidne mêlée au sulfate de quinine, on fait dissoudre un certain poids de sulfate dans Teau pure, additionnée d'un peu d'alcool, puis on traite par Peau de baryte ; le précipité est recueilli sur un filtre et lavé, et.dans la liqueur filtrée on fait passer un courant d'acide carbonique qui précipite l'excès de baryte; la liqueur est bouillie, puis filtrée ; on lave le précipité sur le filtre, et on verse un excès de tannin pur dans cette liqueur môlée aux eaux de lavage ; le précipité de tannate de quinine est recueilli sur un filtre et lavé ; dans le liquide filtré réuni aux eaux de lavage, on verse de Peau de chaux pour précipiter Texcès de tannin, on filtre; la liqueur filtrée est traversée par un courant d'acide carbonique, puis on fait bouillir, on filtre, on lave le précipité sur le filtre, et le liquide qui a passé est joint aux eaux de lavage, et enfin évaporé à Pétuve pour en retirer la salicine par cristallisation.

Enfin on trouve quelquefois du sulfate de quinine falsifié au moyen de Pacide borique. En calcinant fortement à Pair 1 à 2 centigrammes de sel de quinine renfermant 10<*/o de cet acide^ il reste une matière vitreuse, peu soluble à froid dans Peau, plus soluble à chaud ; par le refroidissement, la dissolution laisse déposer quelques paillettes brillantes. Le résidu de Pévaporation de ce soluté communique à la flamme de palcool une coloration verte bien sensible.

454 suLiTAte bÈ quIï^irë.

Lorsqu'on traHe pal* 2 ou 3 gouttes d'acide salfùrique à 6ê^ 1 à 2 centigrammes du mémo sulfate de quinine contenant !0 «/o d'acide borique, on obtient une liqueur jaunâtre au sein de laquelle nagent quelques paillettes. Au bout de 24 heures de contact^ cette masse n'a pas changé d'aspeci, et donne avecTalcool un liquide opalin, sans précipité.

En résumé, on peut très-rapidement constater si un sulfate de quinine est fraudé, et déterminer la nature de la substance qui a servi à la sophistication. Il suffit, comme Ta conseillé M. Legrip, de brûler sur une lame de platine 0«',01 ou 0«',02 du sulfate à examiner, puis de former une bouillie trèsclaire avec la même quantité de sulfate et 2 ou 3 gouttes d'acide sulfurique concentré, sur une petite capsule de porcelaine ou sur un verre de montre, garni en dessous de papier blanc. Suivant la nature de la substance, la chaleur, Tacide sulfurique, produisent des effets divers, tels qu'ils ont été énoncés ci-dessus.

Pour constater la pureté du sulfate de quinine, un chimiste anglais a fait connaître Tcssai suivant, basé sur la solubilité de ce sel dans Teau : on met 0^',80 de sulfate pur dans un flacon bouché à rémeri, de la capacité d'environ V* de litre ; on y verse 227*',80 d'eau distillée, on bouche légèrement, et on marque le flacon, épreuve; dans un autre flacon , marqué éthantillon, on met 0,80 du sulfate à analyser et la même Quantité d'eau que ci-dessus ; les flacons étant ainsi préparés, on les place, pendant quelques minutes, dans un bain d*ean chaude, jusqu'à ce que les sels soient dissous ; on les retire du .bain et on laisse refiroidir. Si, au bout de 24 heures, on observe des cristaux dans les deux flacons, c'est un signe que la substance mise dans le flacon marqué êchnntilton est aussi pure que celle du flacon marqué épreuve. Si, au contraire, la solution de Téchantillon ne donne pas de cristaux, et qu'on désire connaître le degré d'altération du sel, on ajoute à cet échantillon 0«f,10 de sulfate de quinine, et on replace les flacons dans les mômes conditions que ci-dessus ; si, après le refh)idissement, il se forme dans les deux flacons la même quantité de cristaux, on peut en conclure que l'adultération est de %. Si, pour produire dans tes deux solutions la même quantité de érlstaux, il était née^^ssaif^ 4'àjmi-

StILFATB DE SOUDE. 45S

ter encore 0«',10 à l'échantillon, la fraude sérail de */,„, etc.

Tous les faits que nous venons de rapporter montrent combien il est nécessaire que les pharmaciens apportent une extrême prudence dans Tachai des médicaments qu^ils puiseiA dans le commerce.

Les médecins ou les pharmaciens doivent vérifier ou faire vérifier la pureté des sulfates de quinine qui leur sont livrés, et faire justice d*une fraude nuisible au rétablissement du malade (•).

Nous sommes convaincu que c'est au mélange du sulfaté de quinine avec des substnnces étrangères que Ton doit rapporter les insuccès éprouvés quelquefois dans le traitement de certaines fièvres par ce sel.

Le cachet le plus respectable n'est pas même une garantie de la pureté du sulfate de quinine, puisqu'il peut être usurpé par la fraude, et qu'on peut enlever et remettre le cachet d'un flacon sans l'altérer. Le pharmacien doit donc se mettre en garde, et s'assurer, quand il achète du sulMe revêtu du cachet, si le flacon n'a pas été débouché (=*).

SUX.FATB BB SOUBB.

Ce sel, connu sous le nom de soude vitriolée, sel admirable^ tel de Glauber^ seld'EpMm de Lorraine , cristallise en prismes hexagonaux , ordinairement cannelés et terminés par des sommets dièdres ; ces cristaux, presque toujours accolés, sont incolores, inodores^ d'une saveur amère et désagrable; solublés dans Teau, surtout à 33° ; insolubles dans Talcool.

Exposé à l'air sec, le sulfate de soude perd son eau de cristallisation (55 »/o 77) et s'effleurit.

Soumis à l'action de la chaleur, il éprouve d'abord la

(') Nous ne cesserons do le répéter ; règle générale : Vh pharmacien ne doit jamais recevoir un produit eans VeSMminer (Voy-t » ia Ha de ce volume, la liste des nu'ulicamonis que les pharmaciens doivent examiner d*une manière plus spéciale).

(*} I^s fabricauts de sulfate de quinine devraient chercher à cacheter leurs 0aconsde manière à éviler la frauda.

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