‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales, avee l'indication des moyens de les reconnaìtre (volume 3)Chapitre 28 sur 251 · BAUME DE LA MBGQUE · texte numérisé non relu

BAUME DE LA MBGQUE

mine ensuite le résidu pour s'assurer s*il jouit des propriétés assignées à la résine du copahu pur.

MAmOÊ Mi liA MBOÇUB.

Le baume de la Mecque ou de Judée ^ connu également sous les noms de baume de Constantinopk ou de Giléad, térébenthine ou résine de la Mecque^ est le suc résineux extrait, par incision ou par décoction, des rameaux et des fleurs du balsamodendnan gileadense opobabamum (Térébinthacées). Celui que Ton trouve dans le commerce se présente sous la forme d'un liquide blanchâtre trouble, d'une odeur forte, particulière, tenant à la fois de Todeur de la sauge et du citron; avec le temps, elle gagne en finesse et en suavité. Peu à peu il de- Yient jaune^ se solidifie et perd de sa transparence. Le baume de la Mecque est en partie soluble dans l'alcool ; il laisse un faible résidu, qui se gonfle et devient glutineux comme celui qui résulte du traitement alcoolique de la résine animé. Le bon baume de la Mecque, frotté dans la main, devient blanc et mousse comme du savon; versé goutte à goutte dans de l'eau, il s'étend à la surface de ce liquide, et se laisse facilement écumer avec une plume.

Le baume de la Mecque a été analysé par Tronitnsdorff oi par M. Bonastre, D'après les analyses de M. Bonastre, le baume de la Mecque contient : résine soluble et molle, 70 ; résine insoluble dans F alcool froid ou burserine, 12^ huile vatatikt 10 ; extrait amer^ 4; matière acide (?) 3 ; impuretés ligneuses, 1.

Usages. — Le baume de la Mecque n'est employé en Europe que dans quelques préparations de pharmacie et de parfumerie. Il est surtout usité chez les Orientaux. Les Turcs Tadministrent à l'intérieur, comme remède fortifiant.

Falsifications. — Dans le commerce, on trouve peu de baume de \h Mecque véritable ; comme il est excessivement rare et cher, on le falsifie presque toujours soit par de la térébenthine aromatise avec de Vessence de citron, soit avec d'autres r^nes liquides de peu de valeur, venant des pays oti l'on récolte ce baume.

110 BàOn DU FltMU.

Ces fraudes ne peuvent être reoonnuos qtie par on eiamen

attentif des caractères physiques partiouliMS au baume de la Mecque pur. On remplace souvent aussi, dans le commerce, le baume de la Mecque par le baume du Canada, encore appelé baume de Giléad, baume de Vabies bakamea i dont il s'éloigne considérablement. Suivant M. Bonastre^ l'alcool seul permet de distinguer cette substitution. Les deux résine» du baume de la Mecque, étant de nature visqueuse ou mdlasse, diffèrent essentiellement de celles du baume du Canada, qui sont sous forme sèche et pulvérulente.

SAmmi nu piaov.

Le baume du Pérou est produit par le myroxylum peruiferum (Légumineuses), arbre qui croît dans l'Amérique méridionale, et particulièrement au Pérou. On distingue dans le commerce trois sortes ou variétés de baume du Pérou : le blanc, le brun ou f^ouXj et le noir ou baume liquide.

Le baume blanc, qui s'extrait par incision , est très-rare et ne se trouve guère que dans les collections ; il est liquide, d'une odeur agréable, d'une saveur peu prononcée ; il ressemble assez, pour sa consistance et sa couleur, à la térébenthine. On le trouve renfermé dans de petites calebasses , dans les enveloppes du fruit du cocotier : il est dit en coques ou en cocos.

Le baume roux ne diffère du précédent que par sa consistance plus grande et presque solide, par sa couleur jaune roussâtre. Il est également contenu dans les fruits du calebassier, et paraît n'être que du baume du Pérou blanc, plus ancien, et ayant acquis une teinte plus foncée et une consistance plus grande, tl est également fort rare dans le commerce.

Il n'en est pas de même du baume noir, qui est très-commun (*) ; il est liquide et offre l'apparence d'un sirop épais,

(*] Suivant M. A. Satté^ le bâume du Pérou liquide ou baume de Soihgomié provient du froll d^ttne espèce de liabe qui croit ddns une Iocâ«* lliè appelée éistrkt dtt Bammê, pfii de Bonsolialé, dans la répubUifue de San-Salvador.

BAHMB DU viiOU. t\\

d'une espèoB de mélasie. Sa couleur est d'un brun reugeâtre très-foncé ; son odeur forte, agréable ; sa saveur acre, chaude, aromatique et amère. Projeté sur des charbons ardents, il s'enflamme et brûle en répandant une fumée blanche, d'une odeur agréable. Il est entièrement solulile dans Talcool ) Té* ther Tersé sur une petite quantité de ce baume prend une couleur un peu brunâtre. Quand il est bien pur, il coule au fond de Teau sans se séparer ; agité dans ce liquide , il n'y perd pas de son poids.

Le baume noir du Pérou contient une huile mlatik, une fflo/tèrf ré$ineute, de Yacid9 cinnamique, de la einmméme et de la méiaeifmajnéme.

Le baume du Pérou noir vient dans des beiHes de fer-blanc, appelées pçtickes, du poids de 5 è Ç kilog.

Usages. — Quoique moins employé en médecine que le baume de Tolu, le baume du Pérou s'administre de la môme manière.

Falsifications. — Le baume du Pérou est falsifié par la colophane, la térébenthine, le benjoin^ la résine de copahuy Yalcool^ les huiles fixes,

La colophane, la térébenthine, la résine de copahu, se dé- C'èlent par une odeur particulière à ces résines, lorsqu'on jette un peu du baume suspect sur une plaque de fer rougie au feu ou sur des charbons ardents.

Pour déceler le baume de copahu dans le baume du Pérou» M. Ulex emploie le procédé suivant : le baume du Pérou est chauffé au bain d'huile, jusqu'à ce qu'il ait passé à 190° quelques gouttes d'un liquide oléagineux. Ce produit de la distillation est très-acide, et laisse déposer bientôt des cristaux d'acide cinnamique. Si le baume est pur, le produit distillé se solidifie tout entier ; dans le cas contraire, les cristaux formés nagent dans l'essence de copahu. On sature l'acide cinnamique avec la potasse caustique, et on enlève la solution saline, en jetant le liquide sur un filtre mouillé. Il reste sur ce dernier quelques gouttes huileuses , avec lesquelles l'iode se mêle tranquillement, quand le baume du P^ou est pur, et qui détonent, au contraire, immédiatement , au contact de l'iode, qtkand le produit distillé renferme de l'huile de copahu.

b* benjoin se reconnaît à la couleur presque noijw qu'il

112 BAUNE DE TOLU.

communique au baume, et surtout à son odeur beaucoup moins forte.

Pour reconnaître Talcool, on emploie le procédé suivant, recommandé par M. Bussy : on met une certaine quantité du baume avec de Teau dans un tube gradué, et on agite vivement pendant quelques minutes. L'eau, en s'emparant de l'alcool, amène une diminution de volume qui décèle la fraude. Si le baume soumis à l'épreuve est pur, les liquides occupent le même espace qu'avant Fagitation.

Enfin, en traitant par Talcool une certaine quantité de baume, ce liquide le dissout et laisse les huiles fixes qui auront pu servir à le frauder ; du moins Talcool n'aura dissous qu'une très- petite quantité d'huile. Cette dernière sophistication des baumes est d'ailleurs contestée par plusieurs auteurs (>).

BAUMB BB TOIiU.

Le baume de Tolu est obtenu, par incision, du myroxytum toluiferum (Légumineuses), arbre indigène des environs de la ville de Tolu, dans la province do Carthagène (Amérique méridionale], de Ttle de Saint-Thomé ou Saint-Thomas ; de là les noms de baume d^ Amérique, de Carthagène^ de Saint- Thoméj sous lesquels on désigne quelquefois le baume de Tolu, qui est assez ordinairement confondu daas le commerce avec le baume du Pérou en masse.

Le baume de Tolu est formé, suivant M. Deville, de : résine^ huile volatile, cinnaméine, acides cinnamique et benzoïque. La présence de ce dernier acide différencie le baume de Tolu du baume du Pérou qui ne contient que de l'acide cinnamique (i).

(■) Suivaot M. Uiex, de Hamboang , on reconnaUrail la présence de VkvUe de ricin dans le baume du Pérou, en mélangeant dans un verre de montre 10 gouttes de ce baume a?ec SO gouttes d'acide sulfurique concentré , puis étendant avec de Teau. Quand le baume est pur, on obtient ainsi une résine cassante; dans le cas où il renferme de l^lmile de ricin, cette résine est d'autant plus molle et plus poisseuse que la quantité d'huile est plus considérable.

(*) D'après MM. Erdmann et Marchand^ l'acide cinnamique et Tacidc benzoïque peuvent très-bien se distinguer par la distillation avec une sotntion d*acide cbromique on même avec un mélange de bichromate

BAUMC IILANQUIIXE. 113

Le baume de Tolu est en masses jaiinfttres, molles, qui s'étendent comme de la poix; sa saveur est chaude, piquante, son odeur est agréable; il perd rapidement son état mou, se résinifie et devient cassant. Le baume mou renferme une forte proportion d'acide benzoïque ; l'acide cinnamique pré^domine dans le baume sec. Le baïune de Tolu est soluble dansTalcool etréther; il cède à Teau chaude une grande partie de son acide et très-^eu de son huile volatile. Dissous dans une lessive alcaline, il répand, lorsqu'il est pur, une odeur de girofle. Projeté sur des charbons rouges, il brûle et répand une odeur agréable.

Le baume de Tolu vient en caisses de divers poids, dans des espèces de bouteilles en terre cuite, nommées potiches ; quelquefois dans des calebasses.

Usages. — Le baume de Tolu est employé, en médecino, comme stimulant, diurétique, comme excitant des organes de la respiration, à la fin des rhumes ou daas les catarrhes chroniques. Il entre dans la composition de plusieurs baumes pharmaceutiques ou huiles composées (baume de Nerval, baume du commandeur, etc.)* U fait la base du sirop de Tolu. Falsifications. — Le baume de Tolu est quelquefois falsifié par la térébenthine ^ la cohphane et d*autre$ résines. Cette fraude peut se reconnaître à Fodeur résineuse que le baume répand en brûlant.

M. Ulex indique l'acide sulfurique pour distinguer le baume de Tolu môle de colophane. Cet acide concentré donne avec le baume pur une liqueur rouge cerise, sans dégagement d'adde sulfureux ; et, avec le baume additionné de colophane, une liqueur brune-noirâtre et un abondant dégagement d'adde sulfureux.

BAinifi rKAxqmLLv.

Le baume tranquille, ou huik de narcotiques^ est une dissolution dans l'huile d'olives des principes narcotiques des

de potasse et diacide salfurique : Tacide cinnamique donne de l'essence d*aniandes amères qui passe avec l^cao, tandis que l'acide benzoïque ii*eo fournit pas de traces.

114 ibÈ!.tn7M.

Solauées [beUadoMy fmqniaim noffe, marelle, nicoHùne, etc.) et de l'huile essentielle de plantes ordinatiques de la fafflîlle des Labiées (romarin^ mnge^ hysope, lavande^ thentke, etc.). Cette huile composée est rerte par réflexion et rouge par réfraction. On doit la conserrer à Pabri de lé lumière; autrement, comme Ta observé M. Save, elle prend titie cottlëtir jaimfttre.

Usages. — On l'emploie en frictions contre les douleurs rhumatismales.

FALSiFiGATioifs. — Ou vcud quelquefois dans lé éoftlmei^e, comme baume tranquille , une huile ff olives oïl (tœilteite, colorée en vert soit par Vacétate de cuivre^ sdit par le curcuma et Yindigo ou le bku de Pruêse.

Ces fraudes se reconnaissent à Taidè de l'atutnoniaque, qui forme un savon d'une teinte bleue, due à la présence du cui>Te , ou d'une teinte rouge brunâtre , dtie à Faction de Talcali sur le curcuma. On décèle auâsi la falsification par le cuivre en imbibant un papier de batime tranquille et en le faisant brûler avec flamme : celle-ci est d'uti vert bien {^rononcé lorsque Thuile contient du cuivre. Par Tincinération et l'examen des cendres, on s'assure facilement de la présence de l'oxyde de fer, et, par suite, de celle du bleu de Prusse.

Cette gonune-résine, qui parait être la réêine^nifné blanche des anciens auteurs, est attribuée à VHetuktbHa nfHcana (Térébinthacées). Elle se présente eH morceaux plus ou moins gros, ordinairement arrondis, sous forme de larmes translucides d'un gris jaunâtre, verdâtre ou rougeâtre, d'une cassure terne et cireuse. Elle a*une odeur faible, qui se rapproche de celle de la myrrhe; sa saveur est amère et acre, elle adhère aux dents pendant la mastication. Sa densité est 1 ,371 . Lé bdelhutn se ranlollit par l'action de la chdlétit, et brûle quand on l'approche d'iltl corps en combustioh, en répandant une odeur balsamique. À la distillation, il donne, entre autres produits, de Tammoniaque.

D'après l'analyse de Pelletier y 100 p. de bdelliam renier-

viUaiik et pefte, 1,2.

M. Guièourt décrit dëtlt espèces de bdellittm : Tune^ soiu le nom de bdèHium d' Afrique^ a Fodeur de la myrrhe, est insipide, ressemble à la gomme du Sénégal. La seconde^ août le nom de bdeliiwn de F Inde, on myrrhe de finie, est phia noire, sale à Tintérieur et mêlée de matières ligneuses; sa cassure est terne ou brillante. Elle a Faspect d'un suc rési' neux, et olTre les autres caractères précédentment énoncés.

Usages. — Le bdellium est peu usité en médecine ; il entre dans la préparation de Templàtre diachyion gommé.

Falsifications. — On a mêlé au bdellium une certaine quantité de gomme brune du pays, ou de myrrhe, vieille, ayant perdu sa qualité. Ce mélange est caractérisé par Teau, qui exalte l'odeur de la myrrhe et dissout une certaine quantité de matière , ou forme un mucilage. Or, le bdellium pur ne forme pas de mucilage. avec Veau, il s'y dissout in-* complètement, et la partie non dissoute forme avec le liquide une émulsion. De plus, il est complètement soluble dans la potasse caustique {}).

La belladone (Atropa bellad(ma)yde la fatUillé dés Solahéeê, connue aussi soas le nom de morelle furiéuiey a une racine vivace, épaisse et charnue ; une tige haute d'environ 1^, cylyndrique; velue et rameuse. Ses feuilles sont alternes et quelquefois géminées, grandes, portées sur de courts pétioles, ovales, aiguës, presque entières, et légèrement velues à la face inférieure. La racine de belladone a une saveur désagréable, nauséabonde et un peu astringente. On doit préfSref, dans toutes les préparations, la belladone sauvage à lei belladone cultivée.

Usages. — La belladone (les feuilles surtout) est très-employée en médecine, pour combattre les afTections nerveuses. Elle est employée^ en chirurgie, dans certaines opérations,

(*) Ce mélange est f^ert prësntiiahltt acIitotlëmeaK , tu riufërioriU' de pris du txlelKdm.

comme la caUûracte, qui se pratiquent sur le globe de l'œil ; on met à proGt la propriété que possède la belladone de dilater la pupille et de la rendre immobile.

Dans le commerce, on substitue quelquefois aux feuilles de belladone les feuilles de la marelle noire {Solanum nigrum), les feuilles de la morelle commune^ moins grandes, ovales, dentées et non lancéolées ; on y mêle aussi les feuilles de VhyoS" cyamus scopoUum, lancéolées, quelquefois un peu échancrées sur les bords, et jamais velues (^).

Le benjoin est un baume qui découle, par incision, du sty^ rax benzoin. Dans le commerce, on connaît plusieurs sortes de benjoins : la première sorte, la plus pure, a recule nom de benjoin en larmes, ou amygdalin, ou amygdalotde, parce qu'elle se compose de masses formées de larmes ovoïdes, blanchâtres, ayant la forme d^amandes cassées, réunies par une pâte brunâtre. Ces larmes jaunissent par leur exposition à Fair; dans les plus belles sortes, elles se détachent facilement. L'odeur du benjoin est suave ; sa saveur, d'abord douce et aromatique, a un arrière-goût amer, irritant la gorge. Il se brise facilement et a une cassure nette et brillante ^ il crie sous la dent pendant la mastication, et oiTre à Tintérieur des taches blanches. Il fond par la chaleur, brûle avec dégagement d'une fumée blanche très-odorante, qui se condense en cristaux d'acide benzoïque. Il est entièrement soluble dans l'alcool etl'éiher.

La seconde sorte, plus fréquente dans le commerce que la précédente, est leben/oin larmeux, qui est en masse parsemée de quelques larmes, mais contenant déjà des impuretés.

La troisième sorte, dite benjoin en sorte, est formée de

(') En 18 i6, le nommé John HOUard, herboriste de Londres, fut Iradiiil devant la Cour criminelle, comme coupable d'homicide involontaire sur une famille entière, à laquelle il avait vendu les haies àe la belladone ou beUe-de-^uit mortelk {deadly nighi-shade). La Cour, convaincue de l'ignorance d'Hittiard, ne Pa condamné, comme coupable d'homicide in- Toloniaire, qu*à six mois d'emprisonnement, avec travail forcé.

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