FARINE DE MOUTARDE
base de cataplasmes appelés, pour cette raison, sinapismes. La farine de moutarde est Tobjet d'une vente importante. Celle-ci, dans le département de la Seine, s'élève annuellement de 300 à 350,000 kilog., plus 10,000 kilog. consonmiés parles hôpitaux (*).
Falsifications. — La farine de moutarde est falsifiée avec les tourteaux de colza, de lin^ de navette; les farines d'orge^ de féveroles et de maïs; la fécule de pommes de terre, Vocre jaune, le gypse^ le curcuma, la graine de rinapù arvensis (>]« avec de la terre â poêle i^). Le mélange avec la poudre de tourteaux provenant des fabriques où Ton extrait les huiles de lin, de navette et de colza, peut être apprécié par T&creté moindre que présente la farine falsifiée.
Le mélange avec la fécule de pommes de terre, avec les farines d'orge, de féveroles et de maïs, se reconnaît en traitant par la teinture d'iode le décoctum aqueux de la farine suspectée ; celui-ci est coloré en bleu ou en violet, ce qui n'arrive pas avec la farine pure. La présence de Tocre jaune, du gypse, est décelée par l'incinération d'une portion de la farine ; la couleur rouge du résidu et son examen chimique, qui permet de retrouver l'oxyde de fer, l'alumine et la silice, le sulfate de chaux ou gypse, indiquent suffisamment s'il y a eu mélange frauduleux.
L'addition de curcuma, dans la proportion de 2 ^/o, afin de donner à la farine une teinte brillante, se découvre en traitant la farine suspecte par l'eau bouillante ou l'alcool bouillant; ces liquides sont colorés en jaune; ou bien on ajoute quelques gouttes d'une solution de potasse caustique, qui développe avec le curcuma une coloration rouge. Du reste, ce mélange n'est pas nuisible.
Nous n'en dirons pas autant des autres falsifications que
{}) A répoqne du choléra (188i), celte consommalion a été de près des deux tiers plus considérable.
(*) En 1841, le tribunal correctionnel (8« Chambre) a condamné i 100 fr. d*amende et aux dépens, et à la contiscation des farines saisies, les sieurs M..., F..., M... et L... pour a^oir débité et livré au commerce des farines de moutarde mêlées de 95 Vo environ de sinapi» artmuit, ou allongées avec de la poudre de tourteaux.
(*) En 18&3, le sieur L... a été condamné i six mois de prison et 50 fr. d'amendC; par le tribunal de police correctionnelle, pour vente de fa-
FARINE d'orge. 397
Ton fait subir à la farine de moutarde, et qui peuvent être telles, qu'une révulsion, qui devrait être produite par un sinapisme, n'ayant pas lieu avec la farine allongée, le malade peut succomber ; dès lors le falsificateur devrait être considéré comme l'auteur d'un homicide volontaire.
La farine de moutarde étant un de ces médicaments sur l'énergie desquels le médecin doit pouvoir compter, et la vie du malade dépendant souvent de la rapidité de son action, nous ne saurions trop recommander aux pharmaciens de préparer eux-mêmes cette farine.
VAIUOIB B'ORGB.
La farine d'orge s'obtient de Vhardeutn vulgare. Elle est jaunâtre, sans odeur ni saveur désagréables. Macérée dans l'eau, elle communique à ce liquide une réaction acide au papier de tournesol. La farine d'orge renferme , suivant Einhof :
Amidoriy 60 ; sucre, 5 ; gluten sec, 3,5; albumine, 1 ; enveloppe, 19,3; eau, 11,2.
Suivant Proust, elle contient :
Amidon j 32; extrait gommeux et sucré, 9; gluten sec, 3 ; kordéine, 55; résine jaune soluble dans f alcool, 1.
Ce qu'on appelle gluten dans la farine d'orge n'en est pas, à proprement parler; il n'en possède nullement les propriétés physiques ; c'est plutôt du son en fragments plats, de couleur blanche.
La farine d'orge pure donne 2 "/o,38 de cendres (Louyet) (*).
rîDe de Un et de mouurde falsifiées par 11, li, 17 et 18 V» <ie terre aoalogae à celle dont se servent les poêliers. (') Composilion des cendres (Porge :
D'après M.JItcAon.
Potasse 3,91
Soude 16,79
Chaux 3,3«
Magnésie 10,0&
Peroxyde de fer. ... 1,93
Acide pbosphorique. . 40,63
Acide j&iUfurique. . . . 0,S6
Silice 91,99
D'aprèi M
Potasse. . .
AluiDÎDe. . .
Chaux. . . .
Magnésie. . .
Peroxyde de fer. . • Acide pbosphorique.
Acide siilfurique. . .
Silice
ErtfmaRiJ.
i.to
I curcuma.
399 VÂJjm PE SSIGLIE.
l|s4C£s. — La faripe d'orge est empk)]rée coinmo émoi* liente, sous forme de boisson, de décoctipu aqueuse.
Cette farine, additionnée d'un quart ou d'un tiers de froment, se consomme, sous fornie de pain, dans les contrées où la population ne pourrait se procurer assez économiquement le pain de farine de blé. Ce pain est mat, peu levé, et a une saveur et une odeur bien moins agréables que celui de froment.
Faï-sification. — La farine d'orge a été quelquefois mélangée do carbonate de chaux (*).
Une semblable farine est plus pesante, sous le même volume, que la farine pure. Elle fait une vive effervescence au contact des acides, et fournit, par l'incinération, une forte proportion de cendres renfermant le carbonate de chaux en partie décomposé, et converti en chaux vive ramenant au bleu le papier de tournesol rougi, et rougissant le papier jaune de
FARXWE B8 SSXOXill.
La farine de seigle se prépare avec la semence du secak céréale, de la famille des Graminées. Elle est un peu grise ; elle donne du gluten, mais en petite quantité. Ce gluten a été examiné par M. Heldt; à l'état humide, il a une odeur analogue à celle du pain ; il est jaune, flexible, et se laisse pétrir. A l'état sec, il est brun, corné ; il a une cassure vitreuse, et ne se laisse que difficilement réduire en poudre ; il est insoluble dans l'eau froide, peu soluble dans l'eau bouillante, soluble dans Talcool bouillant. Il se comporte comme le gluten de froment, à l'égard des acides et des alcalis.
Suivant Einhof, la farine de seigle est composée de : amidoHj 61,09; gluten humide^ 9,48; albumine, 3,27; gbtcose^ i^'àl; mucilage, 11,09 ; fibre végétale, 6,38 ; perte et maitère grasse, phosphates terreux et mêgnésien, 5,42.
Suivant M. Leeanu, les globules d'amidon de seigle pré-
(*] Ed ISiO, nous avons eu à examiner une Tarine d*orge qui contenait 30 à 3i «/o de carbonate de chaux.
sentent des çic^irices liQéaires ou cruciales comme les globules d'amidoi) des légimiineuses.
La farine de seigle donne 1 ^lo de cendres (Louyei) (*).
Usages. — La farine de seigle est regardée comme émolliente. On l'unit à celle du blé pour faire le pain bis ou de méteil. On l'emploie pour confectionner le pain d'épices et quelques autres préparations alimentaires.
Altérations. — Le seigle ergoté communique des propriétés nuisibles à la farine de seigle. Les points violacés qu'on observe dans cette dernière peuvent seulement Jaire supposer sa présence.
La farine de seigle est d'ailleurs sujette aux mêmes altérations que la farine de blé , sous les mêmes influences.
Falsifications. — La farine de seigle a été falsifiée par la farine de lin (*).
On fait macérer la farine falsifiée dans quatre fois son poids d'eau froide, pendant deux heures \ on décante ensuite la liqueur et on y verse quelques gouttes d'une solution concentrée de sous-acétate de plomb : il se produit im précipité trèsabondant de gomme ou de mucilage [Martens), Mais ce mode d'opérer est insuffisant, car la farine de seigle pure contient beaucoup de gomme ou de mucilage, et donne aussi un précipité assez abondant avec le môme réactif.
Le procédé de M. Donny pour déceler cette fraude consiste à délayer un peu de farine suspecte dans quelques gouttes d'une solution de potasse caustique, à 14 % (c'esUà-dire 14 p. de potasse dans 86 p. d'eau), sur le porte-objet d'un
(1) Composition des cendres de seigle, deOiessen (Hesse-Darmsladt), d'après MM. Wttf et Fresénius ; et de seigle de Glèves, d'après M. Bichon :
Seigle de Giessen. Seigle de Clèves.
Potasse 32,76 11,43
Soude. . 4,45 18,89
Ghauy %9% 7,05
Magnésie 10,19 10,57
Pcroxjde (}e fer 0,82 1,90
Acide pbosphoriaue. . . 47,29 51,81
Acide suirurique. . . . . 1,48 0,51
Silice 0,01 0,89
(*) Celte fattiflealion z eu lien surtout en Belgique et dans quelques communes du nord de la France, en |846 et 1847.
microscope ou d^une loupe montée. Si la farine est mélangée, on aperçoit, au sein de la masse, de petits fragments généralement carrés, d'une couleur rouge, d'un volume presque uniforme et très-petits (ils sont plus petits que les grains d'amidon). Ces petits fragments proviennent de l'enveloppe de la graine ( Voy. planche III, fig. 14), De cette manière on retrouve, d'après M. Donny, 1 ^/q de farine de lin dans la farine de seigle.
On peut opérer autrement, et, comme Ta indiqué M. Mareska^ laisser tremper, pendant 2 à 3 heures, dans l'éther, 50 gr. environ de farine suspecte, puis décanter, filtrer, et évaporer à siccité. Le résidu de l'évaporation est traité par une dissolution de nitrate de protoxyde de mercure (obtenu en dissolvant à froid le mercure dans un excès d'acide nitrique), contenant encore de Pacide nitreux en dissolution. Sous l'influence de l'acide hjrponitrique, l'huile de seigle se prend en ime masse solide d'un beau rouge. On enlève le nitrate de mercure à l'aide d'un lavage, et on traite le résidu par l'alcool à 36® bouillant ; ce liquide, décanté à chaud et évaporé, laisse pour résidu l'huile de lin provenant de la farine de lin ajoutée.
Dizé a signalé aussi le mélange de la farine de seigle avec la farine mélampyrée; le moyen de le découvrir est le même que celui que nous avons indiqué à l'art. Farine de blé.
VAUX BM BOBJETuan vvmxoqnm n paivÉB.
Les faux ou falsifications des actes et des écritures ont pour objet de substituer à une écriture, dans un acte ou pièce quelconque, une autre écriture que l'on a intérêt à y placer.
Suivant que cette substitution est totale ou partielle, on dit que le faux est général q\x partiel.
Les faux généraux, tels que le lavage ou le blanchiment frauduleux du papier timbré, des passeports, etc., sont le plus souvent sans intérêt. Cependant le lavage du papier timbré cause au Trésor une perte annuelle considérable.
Les faux partiels consistant à enlever un ou plusieurs mots,
aneoa plusieurs lignes dans une pièce quelconquo, sont ceux qui se présentent le plus souvent, car on a plus d*intérét à les commettre.
Les faux sont dits en écriture publique ou privée, suivant qu'ils portent sur des actes publics (passeports, diplômes, registres de baptême et de sépulture , titres ecclésiastiques , actes mortuaires, actes de naissance, billets de banque, faux timbres (^), etc., etc.); ou sur des actes privés (bons de toute nature, valeurs industrielles et commerciales, lettres de voiture, lettres de change, actions de chemins de fer, actes notariés, pièces judiciaires, testaments, etc., etc.).
Si Pon consulte les annales judiciaires, on voit que la falsification des écritures à Paide d'agents chimiques était déjà pratiquée au seizième siècle : dans des ouvrages de cette époque, on trouve des notions sur l'emploi des acides et des alcalis pour faire disparaître l'encre. Mais la découverte du chlore, la propagation des procédés chimiques dans toutes les classes de la société, la multiplicité des actes, fruit de l'essor qu'a pris Tindustrie, ont présenté un concours de circonstances favorables au développement de Fart du faussaire (*).
La cupidité a^ en effet, porté quelques hommes à faire de la falsification des écritures une sorte de science, par les connaissances étendues dont ils ont fait preuve dans leur manière d'opérer, et qui ont souvent mis en défaut Texpérience des chimistes les plus habiles.
L'importance du crime de faux^ les désordres qu'il est susceptible d'amener dans les transactions publiques et privées, ont engagé depuis longtemps un grand nombre de chimistes à
(*) Dernièrement, nous avons en à examiner, avec M. Detarue^ an timbre apposé sur un acte de naissance ; nous sommes parvenus à efTaoer en partie ce timbre, qui était matériellement faux, et tracé en entier an crayon de mine de plomb, probablement au moyen d*ua poncis on d*an calque au carreau ; ce timbre ne portait aucune trace d'encre ordinaire d'impression.
(*) De 1895 à 1831, il y a en, en France, 9471 individus mis en jugement pour crime de faux; sur ce nombre, 1396 ont été condamnés. En Angleterre, de 1890 à 1831, il y a eu 477 faussaires déclarés coupables et condamnés à mort, 64 ont été exécutés. En Ecosse, sur 64 indi- Tidus condamnés pour le même crime, 31 ont été exécutés. En Irlande, il y a en 39 exécutions sur 144 condamnations.
T. I. se
s'occuper des moyens de le recoim«ltr«i Pirmi iw ohiniitM^ nous citerons : EschembacA, Ptdmmr^ Zeehmi, Borner ^ Tarrgf
Maldot, Deyeux, DiUong, (TArcet, Chaptal, SéruMm^ Gûf^ Ltmac; MM. Thénard, Chevreuil Dumas j Regwmlts Peloute^ Chevallier, Lassaigne^ Caulier^ Prével.
Les moyens auxquels les falsificateurs d'écritures oni §é« néralement recours sont : le grattage^ dissimulé par la pomdra de résine sandaraque, Palun^ ou un collage partiel ; le ta* rage à l'aide d'agents chimiques (chlore, eau de JaTvUe; acides chlorhydrique, citrique, oxalique^ etc.)* Us'eà. soit que les pièces arguées de faux doivent être sounoises à deux sortes d'examen : Vexamen physique et l'examen chimique.
ExABCEN PHYSIQUE. — On placo l'acte suspect entre l'œil el une lumière vive ; on l'examine, soit à l'œil nu, soit à k loupe, dans le but de reconnaître si le papier n^a pas élé gratté> et si, à l'aide de ce grattage, des écritures n^oni pas été enlevées, ^amincissement du papier dans les points grai* tés offre une semi-transparence, parfois des espèces de marbrures (*). Le papier peut aussi présenter des parties dédurées» égratignées, une différence de couleur en divers endroits ; la couleur de Tencre, son intensité, peuvent n'être pas les mômes pour tout le corps d'écriture : cette diiléreaoe pouzrail ôtre attribuée à Tépoque à laquelle Tencre aurait été apposés sur le papier, ou à la réaction des agents chimiques employés par le faussaire sur les parties composantes de l'encre, réao* tion qui ne se manifeste souvent qu'au bout d'un certain temps. On doit examiner si l'écriture est également pleine dans toutes les parties de l'acte, et si les traits se âont élar^M (ont bavoché), conmie ils le font sur le papier non collé : cet
(*] Quelquefois le faussaire, pour cacher la semi-lranspareBce pravenant du grattage du papier, colle sur cette partie de Tacte une bandsi sous prétexte de donner de la force au papier, qui serait prêt à céder p»r suite de sa vétusté.
En 1834, nous avons eu entre les mains un congé sur lequel oa avail gratté une ligne entière. La partie grattée avait été doublée, sur le veno^ par une bande de papier; et pour que celle-ci ne parût point sagpect<i^ on avait placé une autre bande en croix. L'enlèvement de ces bandes SI reconnaître que le papier n'avait jamais été rompu, mais que le fiiWH saire avait eu Tintention de dissimuler son travail.
étargisMttuMii indique soii un lavage i soit un aSaiblisse- ■muI on un mauvais eollage du papier (^). Enfin, on regarde m la couleur de ce dernier est bien uniforme, si Ton n'y remarque pas des taches qui puissent, à tort ou à raison, être ittribuérâ à de la vétusté, à des restes de lettres et de lignes.
Les pleins de l'écriture plus larges ou plus resserrés indiquent un travail opéré sur le papier. Des papiers collés partiellement donnent souvent lieu à une écriture dont les pleins sont plus nourrie. L'effet contraire se produit brsqu'on frotte le papier de réâne : Tencre coulant difficilement^ les traits sont plus resserrés et plus minces.
Si le papier présente des taches, leur examen peut encore donner quelques iqdices ; car il y a une différence entre le papier lavé ou sali à dessein, et le papier vieux et enfumé (^). Sa général, les taches provenant d'un lavage ont Taspect d'auréoles plus ou moins élargies, et présentant des cercles
(f ) Toatpa|4er destiné à recevoir récriture est ccUé^ c*est-&-dire qu^ll èottUent des subsiances qui le rendent difDcilement pénétnble aux tlqvftdest et par conséquent Tempéchent de boire» Le collée du papier éiià la forwkê, à la cvtw ou d la mairie se Ikil d la gratiné; les feuilles sont plongées dans une dissolution de coUe de peau, très-claire, contenant une certaine quantité d'ohm.
Le oolbge du papier continu ou d 2ii mécanique se foft à la féctûe. On le prallqae dans la cuve meniez en ajoutant à la pMe un mélange ooare- ■abie de fémk^ é*ahm et de savom réemeuw,
U résaûe de ces dillérences dans le collage que le lavage enlève plus facilement celui du papier à la forme que celui du papier continu ; oU peut rétablie le premier, tandis que cela n*est pas possible pour le second, fin conséquence, avec le papier à la mécanique, on reconnaît keaaooop pins facUemeut les altérations, soit parce que les tachas tèaullent de la superposition de rencollage à la résinci soit parce que al Ton avait tenté de coller à la gélatine les points lavés^ la différence dans la nature de la matière employée serait reconnue par la différence de ooloiatîott au contact de Tlode : la gélatine se colore en Jaune et la fécale m bleu. Le papier prendrait donc une teinte Jaunatie Ift où se trouverait la gélatine, et une teinte plus ou moins violette ou bleue, dans les points où un collage à la cuve aurait été pratiqué.
C) Les taches brunes, plus ou moins foncées, produites par la fumée ou par le liquide brun {friitrê) qui s'écoule des tuyaux de poêles août indélébiles, même par Inaction du chlore. Uacide acétique qu^elles renfemeot attaque fortement le papier, qui devient souvent friable conune celui qui a été profondément altéré par l'humidité.
plus ou moins colorés. Enfin, dans le cas où Pacte suspect est fait sur papier timbré, il est important de s'assurer si ce dernier à les dimensions voulues par la loi, et s'il n'a pas été rogné, ébarbé ou layé.
On a recours ensuite à l'emploi de la chaleur, d'après la méthode suivante, due à M. Coulier : la pièce suspecte est placée dans une feuille de papier Joseph ; puis on applique dessus un fer à repasser, modérément chauffé (*), qu'on laisse séjourner dans les parties de l'acte où l'on aperçoit des taches. Cette opération des plus simples, ainsi que celle indiquée par M. Warmé (•), qui consiste à chauffer plus fortement le fer à repasser, et à mouiller avec de l'alcool le papier suspecté placé au milieu d'une feuille de papier libre, également mouillée d'alcool, peut faire ressortir en jaune roux tous les traits de plume qui n'auraient pas été parfaitement enlevés par les agents que les faussaires mettent en usage. Cet emploi de la chaleur peut aussi déterminer l'apparition d'auréoles et de cercles sur les parties lavées : on rend ainsi plus manifeste la coloration qu'un collage partiel communique au papier. Par ce moyen, des papiers blancs en apparence, et sur lesquels on ne remarquait aucune trace d'écriture, ont offert, après l'application du fer chaud, une teinte jaune signalant des lettres qu'on pouvait ensuite traiter par l'acide gallique ou par une infusion de noix de galle; ce réactif leur donnait une couleur assez intense pour qu'on pût les reconnaître et constater d'une manière évidente la falsification.
Nous avons trouvé, avec M. Lassaigne^ un moyen, que nous croyons préférable pour faire reparaître les anciennes écritures à l'aide de la chaleur. On présente le papier que l'on veut examiner au feu d'un fourneau, en ayant soin de se placer convenablement pour ne pas brûler le papier, mais pour lui faire prendre une teinte Ratifia chamois tendre. Si le papier
(*) Ce fer à repasser est chauffé à peu près au degré de température à laquelle on remploie pour repasser le linge.
(*} Le procédé de M. Warmé est très-efficace, et il a été recommandé et décrit dans une circulaire adressée par Tadministration de Tenregîstrement des Domaines , pour reconnaître le papier timbré qui a été lavé.
a supporté jadis uae écriture enlevée par le lavage, cello-d reparait aussitôt (^).
Examen cmiaQUE. — On a recours successivement à Peau distillée, à Talcool, aux papiers réactifs, au nitrate d'argent et autres réactifs.
Empbn de Ceau distillée. — Ueau distillée est très-utile, dans beaucoup de cas, pour reconnaître si le papier a été gratté et collé partiellement, ou enduit de résine. S'il a été altéré par des moyens chimiques, ce collage partiel et la matière résineuse employée donnent au papier une physionomie particulière. Le collage enlève de la blancheur au papier ; celui-ci, aminei par le grattage ou par le lavage, absorbe Teau en beaucoup moins de temps, même lorsque le papier a été collé partiellement.
Voici comment on doit opérer : on place Tacte argué de faux sur une feuille de papier blanc, ou mieux sur une plaque de verre; pids on mouille peu à peu, et à Taide d'un pinceau, toutes les parties de l'acte, en examinant la manière dont le liquide se comporte, lorsqu^il est en contact avec le papier (^).
(^) Eq procédant ainsi, nous avons pu faire reparaUre, sur des papiers timbrés lavés, d*anciennes mentions, assez visiblement pour permettre de lire le texte.
Cette manière d'opérer demande des précautions pour que Pacte ne puisse être détruit. On pourrait, dans des cas graves, demander qu*un fae-HmHê de Tacte fût exécuté avant de soumettre ce dernier à Facllou de la ebaleor.
(") Il nous est arrivé, dans l*examen d'nn acle de décès, de faire reparaître des lettres qui, en ayant absorbé I*eau, étaient devenues semitransparentes, de façon qu'on pouyait lire les mots en entier. Dans un autre acte, nous avons reconnu de la même manière un mot qui avait été subsUtné à un autre, et on pouvait constater que ce mot avait été écrit avec une plume très-fendue, dont te bec s'était divisé en deux parties p^r la pression que la main qui Pavait écrite lui avait fait subir.
Dans un autre cas, nous pûmes, au moyen de Feau, appliquée avec soin à Taide du pinceau, lire en entier une lettre écrite par un prisonnier qui, de la Conciergerie, expliquait à l'un de ses complices du dehors les moyens de modifier les chiffres d'une lettre de change. Le papier était très-blanc en apparence, et on n'avait pu, par aucun réactif, faire ressortir une seule lettre. Le mouillage fit acquérir à la partie écrite une semi-transparence qui permit de la lire ; ceUe lettre avait été écrite avec un bâton taillé en pointe, et l'eau fit distinguer toutes les parties où ce dernier avait en quelque sorte brisé la texture du papier.
Aa moyen de Peau, on peut aussi recwiaalIrequettM Mut
les matières acides, alcalines ou salines, qui peuvent exittor sur les parties du papier présentant des auréoles ou des taches blanches. A l'aide d^nne pipette, on reoouyre ces taches a¥ee de Feau qu'on y laisse séjourner pendant 10 ou 15 minutes, puis on enlève le liquide avec la pipette, et on examine les produits qu^il tient en solution. On fait ensuite une expérience comparative sur une autre partie du papier qui n'est point tachée ni blanchie.
Si le texte primitif d'un acte a été écrit avec une encre trèsacide sur un papier contenant un carbonate, tel que le carbiinate de chaux, Tencre en attaquant le sel calcaire aimndt le papier, de façon que si le faussaire a enlevé les sels ferra^ gineux, cet enlèvement est dénoté par la semi-transparenet que Teau communique au papier.
Pour bien étudier l'action de Teau, il est convenable d^ r^ venir à plusieurs reprises ; ainsi, après avoir mouillé le pt* pier une première fois, on laisse sécher et on reconuneiiee l'opération.
Emploi de V alcool. — Ainsi que M. Tarry Ta indiqué, on a recours à l'alcool pour s'assurer si le papier a éité gratté dans quelques-unes de ses parties, puis recouvert d'une matière résineuse destinée à empêcher l'écriture de s'étendre (de bavoeher). On pose l'acte sur une feuille de papier blanc, et» à l'aide d'un pinceau imprégné d'alcool à 0,86 oa 0,87, 4NI imbibe la partie où Ton suppose que le travail a m lieu, et que Ton reconnaît en ce que l'écriture s*élargit et pénètre dans le papier, lorsque l'alcool a dissous la résine (^), On peut aussi placer le papier mouillé avec l'alcool entre l'œil et It lumière : l'amincissement du papier signale le travail du fans* saire.
Quelques individus plus habiles mettent en usage à la fois
(*) Il ne feadnit pas condare de ce que ralcool a dissous ue natièw résineuse, préeipiuble par l'ean, que le papier a élé gratté : car, mrec les papiers à la mécanique, collés au M?on de réiioe et à la féeule, rat» eool ffDurntt toujours un solutum résinevi , lors même qu*il n*y a peint de fraude. Mais alors toutes les parties du papier, mène celles où rien ne peut faire soupçonner qu*elles aient élé falsifiées, se eoMporteotifsc ralcool comme les parties wspeotéei.
vàxfx. 40f
la 6oU6 et la fésine pour masqaer leurs opéraiioBs; dans ce cas, il faut avoir recours à Teau tiède, puis à Talcool : l'eau délayant la colle, Falcool dissolvant la résine, il en résulte fue renero ajoutée sur les places grattées 8*étend, et laisse apercevoir la falsification.
Emploi des papien réactif^. — Les papiers réactifs (papiers de tournesol, de mauve, de dahlia) peuvent servir à reconnais si un papier a été lavé soit à Taide d'agents chimiques acides incomplètement enlevés, ou dont Texcès aura été saturé par un aïcali, soit à Taide de substances alcalines. Le virement au rouge de la couleur indique si la substance est adde ; d elle est alcaline, le papier de tournesol rougi vire au MeUy le papier de mauve (^) et le papier de dahlia virent au vert.
On prend une feuille du papier réactif de piéme dimension que Tacte à examiner, on la mouille et on la couvre d'une feuille de papier Joseph (') ; ces deux feuilles réunies (le papier Joseph en dessous) sont ensuite appliquées sur l'acte mouillé d'avance; le tout est mis entre deux mains de papier qu'on recouvre d'une planche et de poids, et on laisse en cou* tact pendant une heure environ ; au bout de ce temps, on examine si la couleur du papier réactif a été modifiée en tout ou partie. Cet examen une fois fait, si Ton veut connaître la nature de l'acide ou de l'alcali qui se trouve sur le papier, on remuât ce dernier en contact avec de Teau distillée, que l'on enlève ^euite avec une pipette, et que l'on essaye par les réactifs appropriés.
A défaut de papiers, on peut employer les teintures de tournesol (^j, de mauve ou de dahlia.
Emploi du nitrate d argent. — Le nitrate .d'argent sert à constater si un papier à été lavé au chlore pour enlever
(0 Le papier de ma«?8 est irerdi par une solaUoa conleDaiit cing mOr iiwirtiiigg de potoaae.
(«1 L'faienaédtaife de la flniHIe de papier Joseph a pour Imi d'empêcher racla de aa oolerer par le aentaci direct da papier réacUf.
n Par aalla de son mode de CibricatioD, le papier esl asset aeuvenl aeide, et fait virer la teinture de tonraesol aa vioiatre, teinte ftclle à dialiafvar de la ceoleur roa^e que prend la laiotiiffe au contact d'un papier laTé à Taide d'acMaa oo de aiiiwtaneea aeidiiéea.
408 Fiiuz.
récriture. Un papier soumis à un semblable lavage devient acide; le chlore passe à Tétat d'acide chlorfaydrique ; celui-ci se dissout dans Teau^ dont on mouille l'acte suspect^ et, au contact du nitrate d'argent, il donne lieu à des gouttelettes blanches de chlorure d'argent.
Emploi de divers réactifs. — Certains réactifs, tels que ï acide gaUiquCy ou V infusion de noix de galk récemment préparée (^), le cyanure jaune, les sulfures alcalins et Vhydrogène sulfuré^ peuvent être employés avec avantage pour faire ï^evivre les écritures enlevées à l'aide d'un lavage (■). On place l'acte sur une feuille de papier blanc, et on mouille toute la surface de l'acte à Taide d'un pinceau imprégné du réactif, en ayant soin de ne pas appuyer fortement ni de frotter ; lorsque la surface
(1) On la fait, par eiemple, avec 1 gr. de noix de gaUe concassées, pour 60 gr. d*eau.
(S) Uencre à écrire ordinaire est une préparation métallique, qui a pour base Vacide ianniqwei Voœyde de fer, Cest un tarmO'gaUate de fer auquel on ajoute parfois du mucUagef de la gomme, de Vindigo et du sucre, pour lui donner du brillant ; parfois du bois de campéche^ du sulfate es cuivre. Lorsqu^on la dépose sur le papier, elle a une teinte p4le ; si elle est bien préparée, elle doit contenir essentiellement du taMiato es proloacyde de fer, et ne renfermer du tannate de peroasyde (seul coloré) que pour guider la main de celui qui écrit, car le tannate de protoxyde pénètre seul le papier. A la longue, ce tannate passe au maximum d*o-> xydation et prend la couleur noire foncée qui fait le mérite de Tencrè. llaiB aussi, avec le temps, les acides tannique et gallique subissent des modifications destructives : Toxyde de fer libre apparaît avec sa couleiir Jaune de rouille, et communique cette coloration aux écrtores. Cette altération, assez commune, est plus ou moins rapide, selon la bonne ou mauvaise qualité de Tencre et de la substance sur laquelle elle est déposée.
L*acide chlorfaydrique étendu d*eau, Tacide citrique (jus de citron ), ou Tadde oxalique, le chlore et le chlorure de soude, sont les agents chimiques employés le plus habituellement pour altérer les écritures. L^acide chlorfaydrique décompose Tencre en convertissant en cfalorure l'oxyde de fer qu*elie contient ; tandis que le chlorure de soude décolore les matières organiques de Tencre, dont les éléments décomposés sont ensuite enlevés, pour la majeure partie, par le lavage. Mais II reste presque toujours sur le papier des traces d'oxyde de fer, invisibles dans les elrconstanoes ordinaires, et que certains agents chimiques peuvent déceler en formant avec cet oxyde des composés colorés. Ainsi une so* lution étendue de cyanure jaune peut tkïte reparaître en bien récriture enlevée et lavée, comme nous venons de Tlndiquer.