‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales, avee l'indication des moyens de les reconnaìtre (volume 3)Chapitre 89 sur 251 · HOUBLON · texte numérisé non relu

HOUBLON

Déjà des contra ventions ont été établies, et des condamnations (■) en forent la conséquence.

HOmUiOM.

Le houblon (humulus lupulus) est une plante indigène, de la famille des urticées, munie de feuilles opposées et assez semblables à celles de la vigne. A la base de chacune des folioles (bractées) des fruits ou cônes du houblon, est une sécrétion jaune, glanduleuse, d'une saveur aromatique et amère, d'une odeur alliacée, à laquelle Yves a donné le nom de lupufih, et qui est regardée comme le principe actif du houblon.

Suivant l'analyse de MM. Payen et C/ievallieTy le lupulin contient : eau, cellulosey hmle essentielle sulfurée, résine, deux matières grasses, matières azotées, principe amer (ou lupuUte, lupuUne)^ substance gommeitse, acétate d'ammoniaque^ soufre, chlorure de potassium^ sulfate et phosphate de potasse, sulfate et carbonate de chaux, oxyde de fer^ silice.

Pour essayer les houblons, on frotte les cônes dans l'intérieur de la main : Todeur plus ou moins forte, plus ou moins agréable, qui se développe, permet de juger la qualité de ce produit. Cette odeur varie suivant la saison, l'époque de la récolte, le temps écoulé depuis l'emmagasinage et les moyens employés pour sa conservation.

Après la récolte, on doit faire sécher le houblon assez rapidement, pour éviter toute déperdition de l'arôme. Le meilleur mode de conservation consiste, comme cela se pratique en Amérique et en Angleterre, dans une pression énergique à Taide de la presse hydraulique ; le houblon , renfermé dans des sacs solidement cousus, est converti, de cette manière, eu pains qui pèsent jusqu'à 300 kil. le mètre cube.

Usages. — Les cônes du houblon sont employés surtout dans les arts , qui en consomment de grandes quantités pour la fabrication de la bière (^). Cette boisson doit son odeur aro-

(^) En décembre 1853, la femme L. . ., fruilière à Cbaillot» a été €ondamuée, pour ce fait, à six Jours de prison et i5 fr. d*amende.

En janvier 1854, le sieur T..., coltiTaleur à Noisy, prévenu d^avoir mis en vente des liarlcots trempés, a été condamné à 80 fr. d'amende.

(*) Voici les quantités de houblon produites daus les divers pays;

malique, sa saveur amère, au principe amer et à Thuile essentielle du houblon, qui est en môme temps un agent de conservation.

En médecine, les cônes du houblon servent, comme fon* dants et dépuratifs, sous forme de tisane, d'eau distillée, d'e^ctrait, de teinture alcoolique, dans le traitement de la cachexie, des scrofules, du rachitisme. Le lupulin est employé, sous forme de poudre, de teinture, de sirop, de pommade, contre les maladies nerveuses.

Falsifications. — On a eu l'idée d'exploiter le houblon épuisé provenant des brasseries, et de le mêler, après dessiccation, avec du houblon neuf; le mélange était ensuite mis en balles et vendu comme marchandise de bonne qualité (*).

HOUIUUi.

La houille, appelée aussi charbon de terre^ est d'un noir brillant, quelquefois irisé , quelquefois un peu grisâtre. Elle est opaque, insipide, cassante, et même friable ; sa cassure est éclatante, elle brûle avec flamme et fumée. Sa densité est' 1,16 à 1,40, 1,60. La houille compacte a pour densité 1,33.

La houille ne renferme pas de matières solubles dans la potasse; elle est principalement composée decharbonybitumey huik essentielk, en proportions variables ; de quelques centièmes A\oxyde et de bisulfure de fer, de sulfate de chaux et d'alumine, d'argile y de silice, de mica y et de carbonate de chaux {*); et, accidentellement, on y trouve de V arsenic, de raTi/tmotn^et

ces chiffres peuvent en même temps servir à apprécier dans quelles proportions la bière y est consommée :

QuiDi. roélr.

Angleterre S50 000

Boiième 70 000

Bavière 00 000

Belgique 50 000

Pologne SOOOO

Amérique du Nord .... ao 000

Qnint. métr.

France (A Isaoe et Lorraine). S 8 000 Grand duclié de Bade. . . 16 000 Brunswick et ancienne Marche 15 000

Wurtemberg 5 000

France (Nord) iOOO

(<) En 1851, le tribunal de police correctionnelle a condamné ft denx ans de prison et 50 fr. d^amende un Mifidu qui se livrait à ce genre de conmeioe.

(*) Cest la présence du gypse (sulfate de chaux) et de la chanx dans les cendres de boniUe qni détermine leur MoW/fcation (demi^-vitrlttcatlon, donnant lieu à la production du mOchtfer) dans les foyers o6 la combustion est très-active.

478 HcmiLLÉ.

du cuivtè (Daubrée) . En d'autres termes, elle renferme des proportions variables de carbone, hydrogène y oxygène et azote, plus des cendres, dont la proportion dans la bonne houille ne doit pas dépasser 5 ""/o (*). Elle laisse, par la calcination en vases clos, un charbon appelé coke, dont la nature varie avec celle de la houille carbonisée ; il est tantôt en masses frittées ou boursouflées, tantôt pulvéfmleni (*), A 360**^ \A houille doqne, en outre, des quantités variables de gaz (f éclairage, du goudron, de Veau ammoniacale, etc.

Les hovilles peuvent se partager en quatre variétés principales :

1<* Lsi houille grasse et dure, donnant un coke boursouflé ; sa densité est 1,832 (Regnault), Elle est caractérisée par sa grande richesse en bitume.

2" La houille grasse maréchale, ainsi appelée parce qu'elle est surtout employée dans les maréchaleries, est d'un noir brillant, elle est très-légère et très-friable; sa densité est 1,298 {Regnault). Elle a une odeur résineuse, brûle avec une flamme longue, blanche et fuligineuse; ses fragments entrent dans une sorte de fusion pâteuse et se collent ensemble ; elle donne un coke très-boursouflé.

3*" La houille ordinaire ou clmrbon flénu de Mom est noire, d'une densité variant de 1,276 à 1,353. Elle brûle avec une longue flamme sans fondre, et donne un coke fritte.

4° La houille sèche ou maigre est d'un noir passant au brun ou au gris; sa cassure, peu éclatante, est quelquefois conchoïde comme celle de l'anthracite. Elle s'allume difficilement et brûle avec une très-grande flamtae, donnant peu de fumée; elle fournit un c^ke pulvérulent. Elle est très-peu bitumineuse P).

(*) Voici,- dans Tordre de leur fréquence et de leur plus grande proportion, les matières que l'analyse rencontre daiis les cendres de houille:

Silàce, alumine, chaux ou carbonate de chaux, sulfaté de ehauœ^ oacyée H quelquefois sous-sulfaU de ftr^ «nl/afo d^alwmmê^ wagfMs om car6onsâê de magfMêy oœyd» û» numganàn (tracée).

(*} Karstm a classé les houilles en trois groupes, d*aprèft la nature de leurooket

1» HoulUes à eoke léoer et bearsottêé (bouiUes yaiscs) ;

jo Houilles k co^e friitê (houilles grasses) ;

30 Bouilles à coke pulvérulent [hounlcs maigres).

(S) On connaît aussi une hoMe compacte, de naltlrë bllmnfMèftfl^;

HOIIILLC. 47^

Bti géhfiral ; les houilles iHHift^es foftnent pluê de cendten que les houilles grasses.

La houille se vend à l'hectolitre. L'hectolitre ras, c'est-àdire rempli jusqu'aux bords et nivelé avec une règle, mesuré sans fraude, pèse de 80 à 88 kil. (^). Rarement on vend à l'hectolitre cùmble ; ce dernier, tassé, pèse 125 kil. La houille, rendue en grand, se mesure à la voie composée de 15 hectolitres ras, ou 12 hectolitres combles. La houille en gros blocs (>) se vend au poids.

Indépendamment des qualités spéciales qui peuvent te^ commander telle ou telle houille , pour une industrie déterminée, on doit donner la préférence à celles qui laissent le moins de cendres après la combustion; et qui contiennent le moins de. sulfure de fer.

UsAOfes. — Le charbon de terre est aujourd'hui l'élément principal de toutes les grandes industries. Les houilles grasses conviennent aux travaux de forge, à la fabrication du gaz d'éclairage, au chauffage avec flamme (évaporation, distillation, etc.). Les houilles maigres s'appliquent plus partiofh lièrement au chauffage ordinaire, à la cuisson du plâtre ^ de la chaux, des briques, etc.

Altérations. — La houille peut s'altérer par la consertdtion. Exposée au soleil et daasun endroit très-aéré, elle éprouve une déperdition notable dans XhproporH^ de mm bitume.

Sous l'influence de l'humidité^ le bisulfure de fer, qui eSt disséminé dans toutes ses parties, absorbe activement l'Oxjr-

elle se trouve surtoul en Angleterre» soas le nom de cannd-coal [chat" iM-cAatidUto), parce qu'elle produit beaucoup de gaz et brûle avec une belte flamme btaincbe^ tl^-éclairatite.

('} Le uMeau solvant Indique le fNiMs moyen tte rblteitiUtre fas 4e différentes espèces de honille :

Bouille. Poids de rheclolitre.

De la mine de Lahartbe. . . . 8S kilog.

D*Auveiqgne et de BJaniy. ... 87

De la mine de Combelle. ... 86

De Lataupe S.%

De Saint-Éiienne Si

DeDecize 83

De Mons 80

Du Creuset 7B

(<) On distingue les charbons provenant d*une même exploitation, d'après le f olmne de leurs fraglnents, en gro9 tiharhoh ou firàt, en gail' ktl§ OQ gréêf (booiHe en fhignients de mofennc grosseur) et en maiW.

gène de l'air et passe à l'état de sulfate de protoxyde^ qui se décompose ensuite lui-même en peroxyde et en persulfate de fer, ce qu'on reconnaît à la couleur rouillée que prend la houille.

Quand la houille mouillée est rassemblée en quantités considérahles dans des magasins humides, réchauffement produit par la réaction chimique de Tair sur les pyrites peut déterminer la combustion de la masse charbonneuse. La houille ne doit donc être enfermée que lorsqu'elle est sèche, dans des magasins bien secs, bien clos, et qui ne soient pas à proximité d'un ou de plusieurs foyers de chaleur.

Falsifications. — La fraude sur la houille porte sur son mélange avec le produit des veines chargées de schiste bitumineux; le mauvais charbon se reconnaît à sa plus grande pesanteur, à sa nuance terne et moins foncée, et surtout à ce qu'il résiste à la cond)Ustion.

La fraude sur les houiUes s'opère par le mouillage, lorsqu'on vend au poids ou à la mesure, et dans le mesurage lui-mdme.

Quoique la houille ne soit pas hygrométrique, on peut lui faire absorber, suivant sa qualité, de 10 à 50 et même 60yo d'eau; en même temps son volume peut augmenter de 15 à 20 centièmes.

On reconnaît cette proportion d'eau par la dessiccation à 105o ou llOo d'un échantillon moyen (100 à 200 gr.) de la houille à essayer ; la différence de poids avant et après l'expMence donne la quantité d'eau.

Le résidu est traité à chaud, à plusieurs reprises, avec l'essence de térébenthine, renouvelée chaque fois, jusqu'à ce qu'il ne cède plus rien à ce dissolvant; on dessèche et on pèse : la différence de poids indique celui du bitume enlevé par l'essence.

On calcine ensuite le résidu dans un creuset de platine, pour connaître la quantité de cendres.

Un autre mode d'essai des houilles consiste à évaluer, ap- * proximativement, la quantité de chaleur qu'elles peuvent développer en brûlant, d'après la quantité de litharge qu'elles téduisent. On mélange 1 gr. de houille réduite en poudre impalpable, avec 20 à40gr. de litharge finement pulvérisée.

Le mélange est introduit dans un creuset de terre ; et Ton met par-dessus 20 à 30 gr. de Ikharge puve. Lorsque la fusion de la matière est complète, on couvre le creuset de charbon et Ton donne un coup de feu, pendant 10 minutes environ, pour que tout le plomb puisse se rassembler en une seule masse. Après le refroidissement, on pèse le culot de plomb métal* lique ; plus ce poids est fort, plus le combustible essayé a de valeur, puisqu'alors il y a eu plusi- d'oxygène enlevé par son carbone et son hydrogène ('). Mais ce procédé n'est qu'approximatif, car il est sujet à pteôeurs causes d'erreur (perte des principes volatils des combustibles bitumineux, perte de plomb dans les scories , etc.).

Les fraudes exercées dans le mosurage et dans le poids tth rient suivant que Pacheteur est présent ou non à l'opéiMion. Si l'acheteur n'est pas présent lors de la livraison, il reçoit à domicile 400 kil. au lieu de 500 ; ou si c'est à la mesure, une voie de 13 hectolitres au lieu de 15. Si Taobetear, pour ôtre plus certain de la livraison, est présent au mesurageou à la pesée, les vendeurs ont à leur disposition plusieuis moyens de tromper son attention; ainsi, la houille est-elle vendue au poids, un des hommes préposés à l'opération attire l'attention de TacheteuT sur l'exact parallélisme des deux becs de la bascule, et ajuste d'une main, tandis que de l'autre il appuie habilement sur le dossier de la bascule ; à cette augmentation factice de poids, il faut ajouter le coup de genou donné sur le charbon par un autre préposé, qui semble seulemeat ôtre là pour attendre que la pesée soit finie ; d'autres fois, une planche pesant de 12 à 15 kil. , et diminuant d'autant la quantité de charbon, est glissée adroitenlent sur le plateau de la bascule. Quand la houiHe est vendue à la mesure, oh se sert de demi- hectolitres estampillés, mais au fond desquels Tacheteur n'aperçoit pas une couche de ciment môlée de charbon qui y a été mise avec intention, et dont l'épaisseur est de 0°^,03 au milieu, et 0,05 vers la circonférence. Pour rendre cette fraude plus difficile à découvrir, quelques marchauds ont deux séries de mesures : Tune, conforme en tous

(■] On estime, par le calcul, que le carbone par produit, avec la Itlbarge jNirt, 34 fois son poids de plomb, et Vbydrogène 103,7 sen poids, c*eit-à-dire oo peu plus de trois fois autant qoe le carbone.

T. f. ai

mistes), qui ne sèchent pas à Tair, qui deviennent moins combustibles, et enfin rancissent sans se solidifier, telles que les huiles d'olives, de colza, d'amandes douces, de navette f d'oeufs^ de pieds de bceuf, etc.

Les huiles grasses se mêlent généralement en toutes proportions avec les essences ; elles dissolvent les matières résineuses, le camphre, le phosphore, le soufre, Tiode.

Usages. — Les huiles ont des applications nombreuses et variées dans l'économie domestique, les arts et la pharmacie (^). Les unes servent pour la table, Téclairage, la fabrication des savons ; d'autres (huiles siccatives), pour la peinture; en pharmacie, quelques-unes servent à préparer certaines huiles médicinales, des émulsions, etc.; d'autres sont employées comme purgatifs (*}• Les huiles animales servent au corroyage des cuirs.

Altérations. — Nous avons dit que les huiles s'altéraient à l'air ; on doit les conserver dans des vases en poterie, dans des dames-jeannes, des jarres ou des réservoirs en pierre, placés dans un lieu frais, et surtout à l'abri du contact de Fair.

Les huiles peuvent être altérées par la présence de substances métalliques telles que le cuivre^ le plomb, provenant des vases où elles auraient séjourné. Pour en reconnaître la présence, on agite pendant quelque temps l'huile avec deux fois son poids d'acide nitrique ; on sépare ensuite l'acide, et on verse de l'anunoniaque : s'il y a du cuivre, il se développe une belle couleur bleue ; la liqueur acide, neutralisée par la potasse, donne, si elle renferme du plomb, un précipité blanc avec la potasse, l'acide sulfurique ou le sulfate de soude ; un précipité brun noirâtre avec l'hydrogène sulfuré ; un précipité jaune avec Tiodure de potassium, le chromate de potasse.

Falsifications. — Les huiles sont souvent l'objet de falsi* fications nombreuses, qui consistent à les mêler soit avec d'autres huiles inférieures en qualité et en prix, soit avec des graisses ou avec des huiles animales.

Pour reconnaître ces sophistications il y a divers procédés, que nous allons successivement passer en revue.

(*) A Paris seulement, on consomme annuellement près décent mille heclolilrcs d'huilos de loule espèce. (*) Les huiles rancies doivent être rejcti^es de l'emploi médical.

L'odeur exhalée par une huile lorsqu'on Texpose, dans une petite capsule, à la flamme d'une lampe à alcool, peut servir de guide pour des expériences ultérieures; on agit comparativement avec la même espèce d'huile reconnue pure. L'acide oléique du commerce, ou Thuile de suif, est décelé par la propriété qu'il possède de rougir le papier de tournesol, sur lequel les autres huiles n'ont pas d'action : on met ensuite à profit les diverses colorations et le temps plus ou moins long, nécessaire pour que certaines huiles se solidifient sous l'influence de l'acide hyponitrique, ainsi que M. Félix Boudet l'a démontré en 1832 ; le tableau suivant donne lo résultat de ses recherches (*j.

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