SULFATE DB QUININE
L'eau de cristallisation, en trop grande proportion^ est indiquée parla perte de poids que fait éprouver au sulfate une dessiccation à une chaleur douce et longtemps continuée. Cette quantité d'eau no doit pas excéder 10 à 12 %; mais le plus souvent, dans le commerce, elle va jusqu'à 1 5^/^ et mime au delà, ce qui fait une énorme différence, en raison de la valeur du sulfate de quinine.
L'addition de la cinchonine ou de son sulfate est assez fréquente. Il existe des sulfates de quinine dont les premières et les plus belles cristallisations sont placées autour des flacons pour flatter l'œil, tandis que le milieu est rempli parle produit appauvri des troisième et quatrième cristallisations ou par des sulfates de cinchonine, ou même par de la cinchonine.
Plusieurs procédés ont été proposés pour arrivera recooL-
naître ces supercheries. D'abord^ il est essentiel d'opérer avc^ ^ un échantillon pris sur un ensemble mêlé exactement, afin <ï ^ se mettre en garde contre le mode d'arrangement dontnov^ venons de parler.
Lorsqu'on s'est ainsi formé un échantillon moyen, on peut dissoudre le sel dans 40 parties d'eau bouillante, qui dL^ pose , par le refroidissement, beaucoup de sulfate de q^iinine, et retient, au contraire, beaucoup do sulfate de cinchonine. En concentrant la liqueur, ce dernier cristallise en prismes rhomboïdaux courts, ou en écailles arrondies, formes cristallines qui ne sont pas celles qu'affecte le sulfate de quinine.
On peut encore déceler la fraude de la manière suivante : on fait dissoudre le sel suspect dans de Teau acidulée ; par Tacide sulfurique; on sature l'excès d'acide par rammo* niaque, et, dans le solutum concentré et neutralisé, on verse une solution saturée do phosphate de soude. Il y a formation de sulfate de cinchonine très-soluble et de phosphate do quinine peu soluble, surtout à froid. Par la filtration, le sel de quinine reste sur le filtre, tandis que celui de cinchonine passe dans la liqueur, d'où on peut Textraire au moyen de ï^' moniaque, Qt lo soumettre à des expériences comparatives, afin de bien établir sa nature.
On reconnaît aussi la môme falsification en faisant bouillie
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pendant qoinze minutes, 2 grammes du sel suspecté avec 100 graomies de lait de chaux clair ; il se forme du sulfate de chaux, de la quinine et de la cinchonine. On filtre, on évapore le tout jusqu'à siccité ; on traite le résidu par de Talcool par et chaud, qui dissout les deux alcaloïdes ; on sépare le sel de chaux insoluble» en jetant la liqueur alcoolique sur un filtre, et on évapore le liquide clair de manière à en chasser presque complètement Talcool. On y ajoute ensuite de Tacide acétique en assez grande quantité pour dissoudre les deux Alcalis, et l'on évapore les acétates formés en consistance sirupeuse. On ajoute à ce sirop 100 grammes d'eau distillée fi^ide; on ûltre; l'acétate de quinine reste sur le filtre, et <^liii de cinchonine passe dans la solution, que Ton évapore convenablement^ en employant le bain-marie sur la un de l'opération, pour le recueillir.
Deux autres moyens ont été indiqués par M. 0. Henry y pour arriver au même but :
1* On dissout dans de Peau distillée, légèrement acidulée,
^^<^ certain poids (20 ou 30 grammes ) du sulfate de qui-
^ne à essayer , puis on verse dans la solution un excès de
^^ude caustique. Le dépôt recueilli après lavage est saturé à
^ha.ud au moyen de Tacido acétique ; le mélange se prend
Pai" refroidissement en une masse cristalline, que Ton jette sur
^^ linge fin et que Ton exprime : la partie claire, concentrée
*ïXioitié, fournit, par le refroidissement, de nouveaux cris-
^^ix, que Ton sépare de la même manière. L'eau-mère est
^ors décomposée de nouveau par la soude caustique étendue,
®^ le précipité lavé est traité à froid, soit par l'élher , soit par
^^cool à 22*. Après ce traitement, on le fait bouillir deux
*t)is au moins dans Falcool rectiûé, puis on filtre bouillant. La
'^lution alcoolique, évaporée avec soin et complètement,
*^U^nit la cinchonine en petits cristaux, aiguillés ou grenus,
^^-brillants, amers, insolubles dans Teau froide , solubles
"^J^ Palcool ; on la fait sécher et on en prend le poids. Voilà
^^ï^iment on procède avec du sulfate do quinine renfermant
î^ Sulfate de cinchonine ; mais si la falsification a été opé-
^^ à l'aide de la cinchonine cristallisée, on observe que le
'J'^^lange ne doit pas être soluble dans 10 parties d'eau bouil-
^'^te.
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2'> Le second procédé s'exécute do la QianiJ^re suirante ; on prend 10 grammes do sulfate suspecly on y ajouta 4 grammes d'acétate do baryte, et Ton tritura tràs-exactement dans un mortier de porcelaine avec liO grammes d'eau p9re, additiomiée de quelques gouttes d'acidq acétique. Le mélange ne tarde pas, après quelques instants , à se prendre en une masse épaisse, soyeuse et aiguillée, qui occupe un volume considérable ; on culôvc soigneusement cette masse avec un couteau d'ivoire^ on la recueille sur une toile très-line ou sur une llanoLlc légère, et on exprime rapidement.
La liqueur trouble qui résulte de l'expression est filtrée au papier dans un niatras ; ou l'éteud du double de son volume d'alcool a 3G** (^*), après avoir mis un léger excès d'acide sulfurique et liltré do nouveau. On y ajoute ensuite «un excès d'ammoniaque caustique , puis on fait bouillir un mopient. L'ébullition détermine bientôt la formation et Iji séppiration de flocons qui, vus à une lumière vive, sont cristallisés el^ . brillants. Ces Uocons, quand ils sont abondants, se précipitei^^^ promptement, et produisent un dépôt cristallin, aiguill^^ formé (le cinclionine pure. On laisse reiroidir en partie ^^n liqueur, on recueille sans perte ces cristaux oucodépotgret:^^ sur un iiltre dont ou a pris le poids, et, après avoir séché ra^i. dément à une chaleur convenable, ou pèse le précipitéj cmj représentci à un septième ou un huitième près en moins» ia quantité do .sulfate de cinchonine e^stant dans la quinine. X^ iiqucjm* alcoolii[ue recueillie à part donne, après évaporatioa, racôtate de quinine. On fait ainsi, en vingt minutes et sans perte, l'essai du sulfate suspect.
On emploie quelquefois, pour l'essai du sulfate de quivn^ ainsi frelaté, un procédé dû à M. Liebig^ et qui consiste ilri-^ turer 1 gramme du sulfate de quinine, dans un mortier dô porcelaine, avec GO grammes d'ammoniaque pure, à verse* dans un llacon le liquide laiteux , et à y mêler 60 gramm^^
(*) Ou a ainsi accuinulù loule la cinchunino à rciald*acéutc,eiiél^ inin.inl la plus jjraudc panio do la quiiiiiu;, oo qui csl irês-impurUtt *• (ar Iji-Mpi'oii |)ivci|»ilc la cliiclioniiio |ar raiiimoniaiiuo, si die «^ l-rcstiuu jiîiiv, le ilépùt se f;ut nul et crislaliisc:' ; mais s'il y a boanc<>* (ioiiuiiiino, il u.>>i visijiHnix ul rcsiniforme, eu ciUrahianl une jartie ' ccUo dcrnitML* luse ort;nni(|u«'.
SULFATE DB QUÇNINB. 487
d'élher sulfiirique. Le flacon étant bien bouché, on agite à plusieurs reprises et Ton abandonne au repos. La quinine se diisoat dans Féther , avec une trace sensible de cinchonine ; U portion non dissoute est U cinchonine , nageant entre les 4na couches des liquides éthérô et ammoniacal. On on juge approximativement le poids à Tœil et, par comparaison, aveo un mélange titré au dixième, par exemple (^J.
ToQtefois, la cinchonine n'étant pas entièrement insoluble diosréther (0. Henry) ^ et l'ammoniaque, employée en aussi gnnd excès, pouvant également dissoudre une certaine quantité d'alcaloïde , H. Guibourt a fait si^bir au procédé de M.Zw%la modification suivante : 2sr,5 de sulfate de quinine sont introduits dans un flacon avec 15 grammes d'am-^ inoniaque liquide ; on laisse en contact, pendant vingt-quatre Iwnres, aûn d'être plu« certain de l'entière décomposition du >nUate. On cbaufl^e au bain-marie pour volatiliser presque tttièremcnt Fexcès d'ammoniaque, on laisse refroidir et on ^oute 30 grammes d'éther pur. Par l'agitation, la quinine se ^iissout rapidement et complètement ; le flacon offre deux li« l^es transparents superposés : l'eau contenant le sulfate d'ammoniaque, ^t l'éther contenant la quinine.
H. 0, fienry a modifié aussi le procédé de M. Ltebig de la Dianière suivante : 4 grammes de sulfate de quinine suspect *>nt introduits dans un ballon de verre, après avoir été tritu- ^ avec un léger excès do soude caustique ou d'ammoniaque. U décomposition du sel organique opérée , ou verse peu à P®u de l'éther sulfurique , et Ton fait bouillir ; on filtre à *aud le liquide clair; le résidu insoluble est repris par l'eau distillée, dans le but de dissoudre le sulfate do soude oud'am- "ûoniaque qui s'est formé pendant l'opération (^), et ce qui
(^} Ce procédé, très-simple d*cxéculion, présenle cependant rincoii- ^'^'lieul d*cu) pécher do recueillir irès-exaclemenl lu cinchonine pour Ia l'user el en apprécier les véritables caractères. De plus, à caiibe du prix ''p l'éther ci des proportions du mélange à cmployir, on ne peut opérer ^*^munl i^ur 5 ou 10 grammes de sulfate, à inoins de se servir de 800 ^^ 6<M) grammes d'éther sulfuri(|ue, obstacle qu'un pourrait lever par J*<is distillations (0 Henry). L'éther doit contenir l/iO d'«lcool, pour que * <>pératiou marche mieux {I/issaigne,)
(*] Le traitement par Teau est indispensable pour isoler les sulfateB
488 SULFATK DR QUININB.
reslo indissous est la ciiichouine^ que Ton traite à chaud p^ l'alcool reetifié ; ce véhicule, après son évaporation, laissa base cristalline. Après la filtration do Téther, on voit la «^^ tion de quinine former un liquide plus dense et jaunâtre, ^ occupe le fond du vase, et, par Tévaporation spontanée véhicule éthéré, on obtient cet alcaloïde sous la forme i'^jM résine molle diaphane. •
M. Bouchardat a indiqué les moyens optiques comme c pables de dénoter la présence delà cinchonine ou de son six fate dans le sulfate de quinine. On se base sur la propné que possèdent ces doux alcaloïdes do dévier les rayons ^ lumière polarisée dans des directions diamétralement opp^ sées, la quinine les déviant à gauehe, et la cinchonine à àm^^ mais nous croyons que les procédés précédents sont pi ^ que suffisants pour faire reconnaître la fraude.
Nous ajouterons seulement que, dans la fabrication ^ grand du sulfate de quinine^ il est impossible de nepasav^^ un mélange de 1 à 3 7o>^ de sulfate de cinchonine; on ^ doit, par conséquent^ considérer comme ayant été ajouta dessein, que Texcédant de cette proportion (*).
La présence du sulfate de chaux (*) dans le sulfate de qC nine peut être démontrée par le résidu (^) que laisse le pr
de souUc cl d'uiiimoniaquc ; car, sans ceUc précaution, on pourrai prendre pour de la cinchonine.
(') Dans la circulaire du 8 oclobre 1853, adressée aux préfets par ministre de Tagriculiure et du commerce, il est dit que frotf pot/ de matières étrangères peuvent, suivant l'avis du Çomilé d'hygW bllque et de l'iîcole de pharmacie, èlre lolérés; au delà il y a Taire l'application de la loi du S7 mars 1851, sur la répression des en matière de marchandises.
Celle circulaire est suivie d'une instruction sur les moyens ( naître la purel*^ du sulfate de quinine ( Vo} . Journ. de pUarm. et 3«séri«, t. XXIV, p. «i-439; Journ. de chim, méd., 3- si p. *7-«;i).
(*) Des industriels, abusant de la conliance que le public la marque Pelletier^ ont livir non -seulement, en conlref marque, des sulfates de quinine de qualité inférieure, mai .«iulfates frelates pur 20 o/o cl jus(iu'à 80 % de sulfate de paré pour cette fraude.
(') Le sulfate do quinine pur ne doit laisser qu'un résid de bels lixLS provenant de l'eau commune au sein de laq