‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales (volume 5)Chapitre 14 sur 109 · MERCURE · texte numérisé non relu

MERCURE

matières grasses. Le procédé (urdinaire consiste à distiller avec précaution une quantité déterminée de mercure» dans une cornue de verre ou mieux de fer, au col de laquelle on adapte un nouet de linge plongeant dans Teau (4). Les métaux étrangers restent dans la cornue. Le mercure distillé est agité, pendant deux ou trois jours, avec de Teau acidulée par it^O d'acide nitrique, puis il est séché.

Mais on ne l'obtient pas toujours ainsi parfaitement pur, car certains amalgames, comme ceux de fine , de bismuth, sont un peu volatils et peuvent passer à la distillation. Il faut alors recourir à d'autres moyens de purification.

Suivant le procédé de Berzélius^ on agile fortement et à plusieurs reprises le mercure chauffé à 40°, avec une solution assez concentrée de nitrate acide de mercure. En quelques jours, les métaux étrangers sont oxydés et dissous ; on décante la dissolution et on lave le mercure avec de Teau distillée, on le fait sécher, et on le passe dans un entonnoir à douille mince, aûn de le débarrasser d'une petite quantité d'oxyde et de sous-nitrate non dissous qui se trouvent à sa surface.

Le procédé de M. Millon consiste à agiter 100 p. de mercure avec 5 p. d'acide nitrique étendu du double de son volume d'eau, pour enlever d'abord peu à peu les métaux qui sont plus oxydables que le mercure ; on décante et on lave, puis on dissout le mercure à chaud dans l'acide nitrique pur, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que i^iO du poids du mercure primitif, qui retient les métaux moins oxydables que le mercure pouvait contenir. On évapore la dissolution à siccité, on chauffe le sel sec jusqu'à ce qu'il ne reste plus que de l'oxyde rouge dont on extrait le mercure par la distillation : oe dernier renfermant de l'oxygène, ne tarde pas à se recouvrir d'oxyde dont on se débarrasse par une forte agitation du métal avec un peu d'acide sulfurique.

Pour séparer l'étain du mercure, M. Wackenroder a con-

(1) On peut opérer cette distillation dans une de ces bouteilles en fer épais qui ont servi à contenir et transporter le mercure. On la munit alors d'ua tube de fer fileté entrant à vis dans r embouchure taraudée de la bouteiUe ; un peu de plâtre gflché, qu*on engage en vissant le tube» rend la jonction hermétique.

seillé de traiter ce dernier à une douce chaleur par un mé* lange d'acide chlorhydrique et d'acide sulfureux ; on agite fréquemment jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus d'hydroj^ne sulfuré, on élève la température à S(y, pendant une couple d'heures, puis on lave le mercure.

. Le procédé proposé par M. Ulex, de Hambourg, pour la purification du mercure, consiste dans remploi du perchlorure de fer ; la solution de ce sel possède la propriété de pénétrer dans la masse du mercure, de diviser le métal à Tinfini et , par conséquent, de pouvoir être mis en contact avec lui sur tous les points.' Les métaux étrangers sont attaqués par le chlore plus facilement que le mercure, et se dissolvent dans le liquide, ou se séparent sous forme de poudre. L'opération s'eflfectue diB la manière suivante : On broie pendant dix minutes, dans un mortier de porcelaine, iOOO p. de mercure avec 15 p. d'une solution de perchlorure de fer, d'une densité de 1 ,48, étendue de 4 5 p. d*eau ; on lave avec de l'eau, on décante le liquide et on sèche le mercure à tine douce chaleur; il reste une poussière grise retenant encore du mercure, que Ton peut convertir en calomel ; en la négligeant, on ne perd que 4 0[0 ^e mercure environ. L'opération est répétée une seconde fois, si le mercure renferme plus de i 0^0 de métaux étrangers.

Le meilleur moyen d'avoir du mercure très-pur, consiste à distiller dans une cornue de grès, ou mieux dans une cornue de fer, un mélange de 2 p. de cinabre avec i p. dé limaille de fer ou de chaux vive.

MSaCimX BOVZ. - t. CnOBVÙ (PBOTO) Dl MBBOVB*.

Le miel est produit dans nos contrées par Tabeille {cpis melUfica) (1), insecte de l'ordre des hyménoptères, famille des

(1) Les observations de Huber^ de Genève, ont appris que Tespèce d'abeille influe sur la nature même du miel. Ainsi c'est à VapU fasckUa qu^on rapporte lee miels estimés de Narbonne et du Gàtinais, et de quel«> que» autres contrées, soit de Tllalie, soit en Orient, en Egypte, jusqu'en Abyssinie. Celle espèce d'abeille préfère les fleurs des labiées odorantes aux fleurs composées.

ménifères, genre des apîaires sociales. Oii\(connatt plusîeurt (J ^ / qualités de miel dans le commerce

. Le m/f/c^e iVa/^oniMi.'eatblaDOr grenu, odoriférant; son ^

goût est aromatique.

• . Le miei dU'Gâiinais^ que Ton substitue quelquefoisau précédent, a les mêmes caractères, sauf le goût aromatique.

Le miel de Bretagne est d'un jaune phis ou moins rouge ; ftOD odeur est forte, son goût particulier. • Il y a encore le miel de Bayotme (1). ' Dans toutes ces sortes, le meillettr. et le plus pur est le^ nùel vierge ou de premier écoulement.

Le miel, diaprés les recherches de H. Sovbeiran^ est un mélange, en proportions très- variables, de ^/ucose ou sucre solide (2) cristallisable, de mcre qui dévie vers la droite les raryoos de la lumière polarisée et qui est intervertible par les acides, et de luere liquide incristallisable, déviant a gauchi la lumière polarisée, et se détruisant facilement sous Tinfluence des alcalis (S) ; il contient. en outre un peu de mannite^ un ou plusieurs acides végétaux^ et des principes aromatiques et colorants qui ont une grande iHdiience sur sa qualité.

La cristallisation du miel s'opère avec une expansion telle qu'elle briserait les vases où elle s'opère, si on ne leur laissait les moyens de se dilater librement. L'intervention de l'air est indispensable à cette cristallisation.

Usages. — Le miel est employé dans l'économie domestique, il sert à préparer les hydromels, les liqueurs de Dantzick, le marasquin, et autre liqueurs de table. En pharmacie, n sert comme émollient, laxatif et rafraîchissant: on s en sert pour édulcorer certaines tisanes, et pour préparer les mellites ou sirops dans lesquels le sucre est remplacé par le miel.

Altérations. — Souvent les miels, surtout ceux qui sont obtenus par la chaleur ou par la pression des gâteaux, con-

(0 La couleur des miels de diverses contréfes paraît dépendre surtout des principes colorants des plantes.

(2) Les miels, suivant leur consistance et la température à laquelle on opère, fournisseiii ÎO à 30 p. V^de glucose, par là pression.

(3) D'après M. Dubrunfaut, les miels du commerce, récomment récoltés, renrermentdes proportions variables âesuere de eannê^qui existe exclusivement dans la partie liquide. Ce sucre disparaît avec le temps, sous rinlluence du ferment naturel contenu dans ces produits.

tiennent un peu de cire ou sont mêlés de comain^ de dS^ris (Tinsectes, qui les rendent susceptibles de fermenter, de devenir écutneux et d*avoir une saveur aigre. Ces miels doivent être rejetés de l'emploi pharmaceutique.

La cire se laisse apercevoir lorsqu'on dissout une petite quantité de ce miel dans de Teau distillée.

On peut épurer les miels en les mélangeant avec 4 à 5 o/o de charbon animal et en les -battant avec de Feau et quelques blancs d'œuf, pour les clarifier; on les fait ensuite passer sur des filtres contenant un mélange de charbon animal et de charbon végétal en grains, afin de les décolorer et de leur ôter la mauvais goût (i).

Falsifications. — Le miel est falsifié avec Vamidon, la pulpe de châtaignes f la farine de haricots ou d'autres farines crues ou torréfiées] avec du sable, de la gomme adragante, du sirop de dextrine, et surtout avec du sirop de fécule ou glucose (2).

L'amidon, la farine de haricots, le sable, la gomme, servent à donner de la-densité au miel altéré et à augmenter son volume. Ces fraudes se reconnaissent par la chaleur sous

(1) Nous devons ajouter que divers miels du raidi de TEurope offrent une qualité plus ou moins enivrante, soit que celle-ci résulte d*un commencement de fermentation alcoolique, soit qu*elle dépende des propriétés excitantes et aromatiques des végétaux qui les fournissent.

Enfin, il y a des miels vénéneux ; on sait : t^ que Tournefort et M. Auguste SaintrHilaire ont établi que les miels récoltas par les abeilles sur des apocynées^ sur Vaxalea pontificat sur le rhododendrum pon^ ticum sont vénéneux; S" que M. Seringe a vu, en Suisse, du miel recueilli sur les fleurs d^ocontum napellus et pontioumf causer des effetv dangereux sur les pâtres de ce pays.

()} Nous avons vu du miel préparé avec du sirop de fécule, à la confection duquel nulle abeille n'avait travaillé. Il était devenu solide dans le baril, de façon que Tépicier, qui l'avait acheté pour du miel de bonne qualité, ne savait que faire d'un produit que ses Caractères extérieurs rendaient invendable.

Le sieur H..., épicier à Paris, vendit à des négociants en droguerie une forte partie de miel qu'il avait achetée du sieur Y..., fabricant de cire jaune ; le miel ayant été reconnu comme mélangé de sucre de fécule, les sieurs H... et Y... iUrent traduits, en 1846, devant le tribunal de police correctionnelle (6" chambre) qui les condamna chacun à un mois de prison, solidairement aux dépens, et ordonna la conllscation des miils saisis.

Tinfluence de laquelle le miel sophistiqué prend une trèsgrande consistance, s*épaissit beaucoup, tandis que, lorsquUl est pur, lise liquéfie; puis, si on le traite par l'eau froide, celle-ci dissout les substances solubles, et laisse pour résidu les corps étrangers, tels que le sable, qui se précipite, Tamidon, qui bleuit an contact de l'eau iodée.

Quant à la présence du sirop de fécule ou du sirop de dextrine (i), on la reconnaîtra d'abord par on examen attentif des caractères physiques du miel à essayer, tels que la consistance, la demi-transparence, la saveur, Todeur etc.

Comme presque toujours le sirop de fécule employé à cette fraude a été préparé par Fintermède de Tacide sulfurique ; il retient alors un pea de sulfate de chaux dont la présence fera reconnaître le miel ainsi fraudé; Fessai se borne donc à rechercher si le miel, dissous dans Teau (S), se trouble par Toxalate d*ammoniaque et, surtout, par le chlorure de baryum ou le nitrate de baryte (3).

M. Lassaigne a eu à examiner, en 4B44, une livraison de 35 kiiog. de prétendu miel de Bretagne, de qualité inférieure, qui n'était autre que du sirop de fécule solidifié en masse grenue. Ce produit, renfermé dans un petit baril de la conte-

(1) La folsiflcation du miel par le sirop de deitrine a été signalée par M. Stanûlaê Martin.

(S) Oo noua a reproché d'avoir constamment omis de dire, dans le premier volume de ce Dictionnaire, eau diitiUé€, quand nous parlons de remploi de ce liquide» dans le but de reconnaître des aliérationA ou falsiflcations. Comme nous nous adressons à des chimistes et à des pharmaciens, nous avions pensé que cette indication était superflue; attendu que, pour ignorer les motifs qui font employer Teau distillée, il faudrait ne pas connaître les premiers éléments de la chimie. Quoiqu'il en soit, il est bien entendu qu'on doit exclusivement employer Teau distillée dans toutes les réactions, et que quand nous indiquons l*eau comme dissolvant, c'est de Vmu distUlée qu'il 8*agit.

(8) D'après les expériences de MM. Habert et Guilxmrty les difTérents miels sont exempts de sel calcaire; toutefois, il ne faudrait pas les filtrer au papier, à moins que celui-ci n'eût été préalablement bien lavé à l'acide chlorhydrique. M. Guibourt a, en effet, observé que Faction dissolvante do miel sur les sels calcaires émit telle, qu'il suffit de filtrer une solutionna miel le plus pur à travers le meilleur papier à filtre non lavé, pour que la liqueur accuse aussitôt des traces de chaux par l'oxalate d'ammoniaque.

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