RHUBARBE
écorce ; elle a un extérieur lisse et uni, et se présente en morceaux réguliers.
La rhubarbe de Chine est en morceaux plus ou moins cylindriques, compactes; elle est marquée d^entalUes faites pour marquer les défectuosités de la racine ; elle est percée d*UD trou dans lequel on aperçoit quelquefois la corde qui a servi à la suspendre lorsqu'on Ta fait sécher. Elle a un extérieur ridé, une odeur prononcée et une saveur plus amère que les autres sortes ; elle est d'un jaune sale extérieurement, d*une couleur rouge pftle et comme briquetée intérieurement. Elle croque sous la dent, colore la salive en jaune orange. Sa poudre est d*un moins beau jaune que celle de la rhubarbe de Moscovie. Elle est la plus recherchée après cette dernière.
5* La rhubarbe de Perse, qui nous arrive ordinairement par r Angleterre, est mondée au vif. Elle se présente en morceaux plats, de grosseur variable, légers, et plus spongieux que les autres sortes de rhubarbes. Elle est d*un jaune pftle extérieurement, et rougefttre mêlé de lignes blanches intérieurement. On n'y observe pas de trous.
4® La rhubarbe de France ou rhubarbe indigène (I) est en morceaux irréguliers, tantôt longs, tantôt plats. Elle a une cassure rouge et blanche; elle est mucilagineuse, d'une couleur jaune à Tintérieur. Cest de toutes la moins recherchée.
D'après Brandes, la plus belle rhubarbe de Russie parait contenir : Gamme, 31 ; résine j 10 ; extrait ^ tannin et acide gal^ lique, S6 ; phosphate de chaux j 2 ; maloute de chaux y 6,5 ; fibre ligneuscy 16,3-, eau^ 8,2.
(1) La culture de la rhubarbe a été tentée, à plusieurs reprises, en France. Dès 1765, Vandermondê avait envoyé au jardin du Roi la plante qui fournit cette racine. Divers cultivateurs se sont occupés de sa naturaliiiation. On la cultiva en grand à Grosbois, près Paris ; en Bretagne, en Daupbiné. Enfin, à Malabrie, commune de Cbatenay (Seine), M,Men^ dès-Dacosta obtint de la rhubarbe que 1* Académie de médecine jugea capable de remplacer la rhubarbe étrangère, en élevant sa dose de Vi environ, de telle sorte que 2 gr. de rhubarbe de France équivalent à 1 gr» fiO de rhubarbe exotique. Mais la poudre de cette rhubarbe 8*humidifte et se pelote. On cultive encore, en ce moment, à Vanvres (Seine), de la rhubarbe ; elle est livrée aux herboristes de Paris, qui la vendent en cachette.
BHUBÂRBB. 249
Soi?ant Tanatyse de M. Homemamy elle a la conipoaifion suivante :
Rbubtrbe Rhubarbe de Citioe. tenue
par I* Angleterre.
Amer d6 rhubarbe {^haho/rhatin de Pfaff^
eaphopicrite) 16,04Î 24,475
Matière coloran te janne 9,582 9,166
Extrait avec tannin 14,687 16,864
Apothème avec 4annin 1,458 1,249
Matière extraite par la potasse 28,833 30, 416
Acide oxalique (1) 1,042 0,833
Fibre 1 3,583 15, 416
Humidité . .' .^ 3,338 3,126
En traitant les différentes rhubarbes par Tacide nitrique, M. Garot a obtenu une matière particulière quM! a désignée sous le nom d'érythrose (du grec spuôpaivo), rougir) : elle est jaune lorsqu'elle provient des rhubarbes indigènes, qui en fournissent 8 à 10 % * ^t de couleur orange pour les rhubarbes exotiques, qui en donnent i5 à 20 Vo- L'érythrose est presque entièrement soluble dans Talcool et Féther ; elle forme, avec les alcalis, des composés rouges ou amarantes (érythrosates) possédant une grande puissance colorante (2).
Usages. — La rhubarbe est surtout employée comme tonique et purgatif, en poudre, tablettes, extrait, sirop, vin, teinture.
' (1) Dans la rhubarbe de Chine, Toxalate de chaux forme, suivant ' Henry, le Vs ^^ P^i^^ ^^ ^^ racine. La rhubarbe de Moscovie en contient un peu moins, la rhubarbe de France tout au plus 10 ^/o.
(1) L'érythrosate de potasse possède, suivant M. Garot, une puissance ooloraote six fois plus forte que la cochenille. L'érythrosate d\imiiio<» niaque a une force colorante au moins quatre fols plus forte que celu de potasse. Ces composés seront susceptibles d*applications aux arts, à la pharmacie.
Les érythrosates de potasse ou d'ammoniaque, des différentes rhubarbes, doivent être classés dans Tordre suivant, par rapport à leur force colorante : rhuhtkrbe de Moscovie, de Chine^ indifféne.
La puissance colorante de Térythrose des rhubarbes exotiques est au moins trois fois plus forte que celle de Pérylhrose des rhubarbes indigènes : ce caractère pourrait permettre de reconnaître leur origine, si surtout on tient compte en même temps du produit en érythrose et de sa couleur.
2S0 RBDBàBBB.
, Ai.T«iATiQii8.--* On trooTeasMs souvent» dans le c<Nmii6V^ Àe la rhubarbe qui a élé mal intèchk et qui est noire dans Tintérieur. Cette rhubarbe est d'une très4>d)e couleur jaune à Textérieur, couleur que lui ont donnée les march|uids, qui la roulent dans de la poudre de très-belle rhubarbe. On s'aporçoit de la firaude en coupant les morceaux.
Palsipicitioiis. — Les vers attaquent souvent la rhubarbe ; pour cacher cette altération, les marchands bouchent les trous avec une pâte de poudre de rhubarbe» de gomme et d^eauj ou simplement de Xoerejaune^ et en roulent les morceaux dans de la poudre de rhubarbe de belle qualité. Pour découvrir cette supercherie, on frotte la surface- de la racine sur un drap qui enlève toute la poudre et laisse apercevoir les piqûres, ou bien on soumet la racine à un lavage.
n faut aussi casser quelques morceaux pour s'assurer s'ils ne soiûX pas noirs à Tintérieur.
Souvent aussi on masque, avec du curcvaoMLy les défauts extérieurs de la rhubarbe. On reconnatira cette fraude au moyen de l'acide borique, qui n'attaque point la couleur naturelle de la rhubarbe, tandis qu'il brunit, au contraire, le eurcuma.
En 4846, on a cultivé, dans la banlieue de Paris, de la rhubarbe, qui était ensuite vendue comme ifaubarbe exotique (!)• n parait qu'une partie de cette rhubarbe était expédiée en province à des pharmaciens, et que l'autre partie, réduite en poudre, était mêlée k de la poudre de rhubarbe de Chine.
On mélange aussi la rhubarbe avec la racine de rkpontîc (rheum rhaponticum)^ dont la couleur, l'odeur et la saveur sont analogues, quoique plus faibles. Le rfaapontie est presque toujours en morceaux longs, minces, cylindriques, moins jaunes extérieurement et plus rouges à l'intérieur que la vraie rh.ubarbe.
Cette racine a des stries qui partent, sous forme de rayons, du centre à la circonférence. Son infusion est plus pèle; sa saveur est plus acre, plus astringente et moins amère ; enfin,
(1) Nous airons trouvé de la poudre de cette rliubtite ches un herboriste qui la vendait comme exotique : elle était insipide et inodore.
lorsqu'on la mftcbe, elle est plus mocilagUieuse, plus eoriace, et ne croque pas sous la deut.
Le rocou s^extrait des fruits du bixaorellana (UUacées); il est connu aussi sous le nom de vuka^ uruka^ omaUOf attala^ terra arleana^ etc.
Cette matière se trouve, dans le commerce, en ptte moUe, de consistance butyrense, en gftteauxaplatis, allcmgés ou carrés^ de 5 à 8 kil. environ, enreloppés de feuilles de balisier, de bananier ou de roseau. Le rocou a un toucher onctueux et non terreux^ une saveur à peine sensible ; son odeur rappeUe celle de Turine en putréfaction.
. Le rocou est soluble dans reau, plus à chaud qu'à froid : la dissolution est d*un rouge brun&tre. Il est soluble dans Talcool et Féther, dans les huiles essentielles, dans les liqueurs alcalines : la dissolution est jaune-cnrange ; les acides, Talun, le sulfate de fer, y produisent un précipité orange. Traité par l'adde sulfurique, le rocou devient d'un bleu-indigo magni*fique.
Le rocou renferme, diaprés M. John : matière$ coloraniei et résineu9€Sy 28 ; gluten végétal^ 26, 5 ; ligneux, 20 ; matière colorante extractive^ 20 ; matières semblables au gluten et eX' tractifj 4r ; matière ligneuse et acide y 1,5.
Il nous vient, en grande partie, de FAmérique espagnole, du Brésil et des Indes orientales.
. Usages. — Le rocou est très-employé dans la teinture sur lin, laine, coton et surtout sur la soie : il sert à préparer quelques couleurs à Teau et à Thuile ; à colorer les vernis, les huiles, le beurre, le fromage ; en pharmacie, on l'emploie pour colorer certains onguents et emplfttres.
Falsificjltiohs. -— Le rocou (i) est souvent fraudé par Yo* cre rouge^ le eolcotar^ le bol d'Arménie^ la brique pilée. Ces falsifications ont été constatées par H. Girardin^ de Rouen, qui a indiqué en même temps les procédés pour les reconnattre.
(I) Le rocou vaut de 6 à 8 fr. lé kilog.
Î52 BOGOU.
; On commence par calcioer, après desaiccation, 5 grammes /de rocou dans un creuset de platine ou de porcelaine, Uùré à ' Tayance. La matière se décompose, répand des vapeurs empyreumatiques très-fortes et fuligineuses ; elle noircit» puis s'enflamme, au contact de Taîr. La calcination une fois opérée complètement, on pèse le creuset refroidi; la différence de poids (déduction faite de la tare) donne celui des cendres.
Les bons rocous donnent de 8 à 43 7o de cendres ; tout rocou qui donnera plus de 13 7o sera firaudé (1). Ces cendres sont grisfttres ou jaunfttres, lorsque la substance est pure ; dans le cas contraire, elles ont une couleur rouge-brique.
On apprécie ensuite la richesse tinctoriale du rocou, au moyen d*une opération de teinture et de remploi du colorimètredeM. Houtau-Labillardière,
On monte deux bains avec le rocou type et le rocou à essayer, dans les proportions suivantes : rocou desséché, 5 grammes; sel de tartre (carbonate de potasse), 40 grammes; eau pure, 400 grammes. On porte ces bains à TébulUtion et on y plonge des écheveaux de coton bien blanchis, du poids de 43 grammes; on retire le feu, et on laisse tremper pendant une heure, en les lissant le plus souvent possible. Au bout de ce temps, les écheveaux sont relevés, UNrdus, lavés à grande eau et séchés à Vombre.
On compare alors la hauteur des nuances; puis on passe les écheveaux dans Feau légèrement acidulée par du vinaigre ou par du jus de citron, qui vire la nuance aurore à Torangé, et on examine ces nouvelles nuances.
Comme moyen de contrôle, on a recours au colorimètre, (voy. art. Garance^ t. ï, p. 390). On fait des dissolutions alcooliques avec 0,5 gr. de rocou desséché à 4 00^ et 50 grammes d*alcooI. Après douze heures de contact, on décante la liqueur fortement colorée, et on la remplace par une égale quantité d'alcool, qu'on laisse en contact pendant le même temps. II faut 350 grammes d'alcool pour épuiser un rocou. On compare alors les liqueurs alcooliques des rocous types et
(1) M. Girardin a examiné des rocous, qui ont donné de 22 à 40 ^U ^^ cendres, accusant la présence de 9 à 27 o/o de matières terreuses étrangères.