‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales (volume 5)Chapitre 61 sur 109 · II · texte numérisé non relu

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provenant du marais. En eflet, ce dernier sang appartient rarement à des mammifères, et offire par conséquent des glo* bules elliptiques, tandis que le gorgement des sangsues se fait à Taide du sang de bœuf, de veau, de mouton ou autres animaux mammifères quadrupèdes dont le sang a des globules lenticulaires. Du reste, après deux ou trois mois d^njections, le sang s'altère dans le canal intestinal ; on n'y reconnaît p us la forme des globules ; il est d'une couleur noir verd&tre, d'une fluidité risqueuse, tandis que , plus récemment avalé, il offre une couleur rouge et la forme des globules est conservée.

Des sangsues gorgées mises dans un sac teignent la toile en rouge. Celles qui ne contiennent que du sang de marais donnent lieu au même phénomène, mais la couleur vire au rouge noirâtre et même elle est nuancée de vert.

Il est important de remarquer, dans le cas où l'on trouverait des sangsues mises dans un sac ou dans un bocal, que ces animaux rejettent en mourant du sang rouge qui provient de leurs propres vaisseaux. Il est, du reste, facile de constater en ouvrant Tanimal si son canal intestinal est ou non chargé ; et Ton peut également, à Taide du microscope, distinguer si le sang provient de la sangsue» ou d'un autre animal.

Dans des vases remplis d'eau ou même vides, les sangsues gorgées laissent échapper un sang rose qui suffit pour rendre leur gorgement très-probable. Ce n'est que dans le cas où il en meurt) que l'eau ou les vases peuvent se trouver salis, comme cela a été dit pour les sacs, par du sang rouge.

Les sangsues achèvent de digérer et ne laissent point échapper de sang pris dans le marais, à moins qu'on ne les place dans des conditions propres à les dégorger. Il arrive aussi quelquefois qu'elles gardent celui dont elles se sont nourries, soit dans une application, soit lorsqu'on leur en fait avaler artificiellement, et principalement lorsque la quantité en est peu considérable, et que les sangsues sont d'ailleurs bien portantes. C'est ainsi, comme nous l'avons observé nous-méme, que des sangsues, conservées pendant plusieurs mois dans des vases pleins d'eau, perdent de leur poids, quoiqu'elles puissent ne pas teindre eu rouge l'eau qui les contient. Cette déperdition résuite de l'augmentation de leurs

sécrétions, qui soDt toujours beaucoup plus actives quand la sangsue est pleine , et surtout si elle est remplie récemment.

Le prix éleré des sangsues, l'emploi qu'on a fait des sangsues dégorgées dans les hôpitaux, a donné l'idée à plusieurs industriels de recueillir les sangsues qui ont servi, pour les dégorger et pour les vendre après ce dégoi^ement. Nais rap> plication des sangsues qui ont servi est une opération qui inspire du dégoût ; dans Topinlon de quelques praticiens, ella n'est pas sans danger (1). Il est donc important de pouvoir re^^ connaître les sangsues qui ont été soumises au dégorgement*

Les sangsues dégorgées offrent des rides et une flexilHlité dans les téguments qui accusent qu'elles ont été soumises à une distension considérable et que leurs tissus ne sont pas ei^ core revenus à leur état primitif. La ventouse orale est gonflée et blanchfttre. On sent que le tube intestinal^ dont les pa-* rois s'appliquent immédiatement Tune sur l'autre, offre une cavité large, que l'épaisseur de la chair qui constitue leur corps est diminuée. Elles conservent plus ou mcms de vivsicité suivant les moyens qui ont été employés pour, les dé« gorger. Quand on ne leur a fait subir qu'une pre8si<Mi coi^ venable, elles n'ont qu'un peu de mollesse et.de lenteur dans les mouvements. Les sangsues dégorgées sécrètent un mucus abondant lorsqu'elles ont été soumises à l'action d'irritants, elles paraissent plus fatiguées. Elles prennent mieux que les sangsues artiiiciellement gorgées depuis peu de temps, mais leur piqûre est moins profonde. On peut répéter ce dégorgement de sangsues un certain nombre de fois, et surtout si Ton

(i) Il faut dire cependant, que cette opinion n'est pas partagée par le plus grand nombre des praticiens .

Des faits très-nombreux attestent, au contraire, Tinnocuité des sangsues après leur dégorgement et les avantages que Ton peut trouver dans leur emploi. La réapplication des sangsues date de 1SS4 et ISt5. Elle fut mise en pratique dans les hôpitaux militaires de Pampelune el de Bayonne, et, depuis, dans les hôpitaux de Paris, de Bordeaux, de Toulouse, de Reims, de Douai, de Mets, de Rochefort, d^Angers ; elle n'a présenté aucun inconvénient et a produit des économies notables qui ont permis de soulager d*autres misères. Plusieurs médecins ont introduit, avec succès, cette pratique dans quelques localités. De plus, il résulte des expériences faites par une commission composée de Mil. Or/t(a, Serrm et Stmb^an, que les sangsues dégorgées et reposées tirent autant de sang que les sangsues prises dans le commerce*

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n'a point eu recours à remploi de moyens qui aient fait souffrir ranimal(i).

Pour augmenter leurs bénéfices, les marchands vendent des sangsues parmi lesquelles il s*en trouve de bâtardes ; ces sangsues, n'étant pas organisées pour entamer la peau ne sont d'aucune utilité pour le malade : celui-ci, tourmenté par les essais infructueux qu*on a faits pour ]ui appliquer ces sangsues qui ne prennent pas ou qui prennent mal et tirent peu de sang, ne retire aucun avantage de ces essais, qui doivent au contraire le fatiguer et empirer la maladie.

Les sangsues bâtardes n'appartiennent pas au genre sanguisuga. Il en est parmi elles, et particulièrement les espèces du genre népkéliSy dont la robe ressemble à celle des sangsues proprement dites. Il faut un examen attentif à la loupe pour ^'apercevoir qu'elles sont tout à fait impropres à Tusage qu'on en peut attendre (2).

Le commerce ne se borne pas à qualifier du nom de bâtardes des birudinées étrangères aux sanguisuga; car il suffit que des espèces qui appartiennent réellement au genre sangsue soient d'un faible usage pour que des commerçants qui s'y connaissent les qualifient du nom de bâtardes. Mais il convient mieux de les appeler sangsues de qualité infé* rieure. Telles sont des espèces qualifiées, en raison de leur

(1) D'après un travail assez récent de M. Réveil, il paraîtrait que la sangsue dégorgée retiendrait toute la fibrine du sang.

(S) Les annélides provenant de genres voisins aux sangsues proprement dites sont faciles à reconnaître. Ainsi, parfois on a trouvé, dans lis sangsues du commerce, une grande espèce connue sous le nom de sang^ sue de cheval ou sangstie noire, pointue {hœmopis vorax), très-connue dans les eaux douces de l'Europe. C'est à tort qu'on lut attribue les accidents inflammatoires qui se développent quelquefois à la suite de PappUcation de ces animaux, car elle se refuse constamment à se fixer sur la peau de Phomme et ne Tentame jamais. Les haernopis ont les mâchoires ovales, non comprimées et peu dentelées.

L*auIostoroe vorace {aulostoma gulo) se dislingue par sa couleur, Pabsence de bandes régulières, le refus de se ramasser en olive. Il ne serait pas, d'ailleurs, de riniérét du marchand de mélanger aux sangsues un annélide qui les dévorerait.

Quant aux néphélis que l'on a prétendu avoir été livrées pour sangsues médicinales, il suffit de rappeler que ces annélides meurent quand on les tient hors de l'eau pendant quelques instants.

couleur, du nom de bâtardes brunes, bâtardes claires , bft« tardes blondes ; celles appelées chcdans; espèces venant du Calvados, de la Manche ; celles dites demoiselles ou fleuries^ les syriennes y quelques-unes très-semblables aux dragons d*Afrique, etc.

Pour faire passer les bâtardes dans le commerce, on môle une certaine proportion de ces hirudinées impuissantes avec des sangsues de bonne qualité, et Ton a, en apparence, satisfait aux demandes.

Comme les bonnes sangsues peuvent se trouver mélangées à des sangsues malades, il n'est pas superflu de décrire ici eu peu de mots les maladies qui attaquent ces annélides.

Une des plus funestes et des plus communes est Yaffee^ tion putride : elle se manifeste par Tenflure des extrémités ; celle-ci gagne bientôt tout le corps, qui est comme disteudu par les gaz qui résultent de la putréfaction du sang. Les sangsues atteintes de cette maladie laissent écouler par la bouche un liquide rouge et séreux. Cet écoulement précède de peu leur mort, et ne doit pas être considéré comme TindiGe du gorgement. Les circonstances dans lesquelles se manifesta la maladie putride, sont : r la chaleur; 2^ Taccumulation de sangsues en trop grand nombre ; Zp le contact de sangsues mortes ou malades, et surtout par TafTection putride ; 4^ le renouvellement insuffisant de Teau ou de la terre argileuse qui les renferme ; 5" les lavages trop rares ou dans une eau impure ; 6o leur conservation dans des sacs non nettoyés ; T rétat de plénitude et surtout de gorgement, particulièremeut en été; S"* leur déplacement, surtout dans les voyages à rëpoque de la gestation.

Une autre maladie se manifeste par Texcrélion trop abondante de leurs mucosités ; on la désigne sous le nom à'aff'ee'tion muqueuse. Dans cet état^ les sangsues ne tardent point à s'amollir et à diminuer sensiblement. Cette maladie, qui dure quelques jours, est favorisée dans son développement: i^ par l'état de captivité des sangsues; 2° par le changement de milieu ; 5^ par la perturbation produite dans le transport; A<* par le maniement; 5<>par un emballage portant mauvaise odeur.

Les sangsues deviennent quelquefois, comme on le dit,

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