‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales (volume 5)Chapitre 63 sur 109 · SAPONAIRE · texte numérisé non relu

SAPONAIRE

/ de la résine. Cette fraude serait décelée par l'odeur qu'exhalerait la substance projetée sur des charbons ardents. D'ailleurs , la gomme pourrait être séparée au moyen de l'alcool, qui ne la dissout point.

La saponaire ou savonnière (saponaria officincdis) (Caryophyllées) doit son nom à la propriété qu'elle possède de donner à Teau une apparence savonneuse, et de faciliter le blanchissage du linge. La saponaire contient de la saponine, une résine moUe^ de Vextractif, de la matière gommeuse^ de Yaibumine.

Usages. — La saponaire est employée en médecine ; on fait usage du suc de la décoction, de la poudre, de rextratt.Les anciens se servaient de la saponaire pour laver les étoffes, et les préparer à la teinture. On vend la racine de cette plante réduite en poudre, sous le nom de savonnière.

Falsifications. — On substitue à la saponaire le lycfmis dioi' que (lycknis dioica) (i)^ mais il est facile de distinguer le lychnis de la saponaire : la racine de la saponaire est cylindrique, rampante, noueuse, courbe, rameuse, articulée, solide, chevelue ; elle est très-longue, rougefttre ou rouge brun àTextérieur, jaune à Tintérieur, blanche au centre, sans odeur sensible. Les feuilles sont opposées , lisses, lancéolées, non dentées, d'une couleur verte vive, et à trois nervures principales partant de la base ] la racine du lychnis n'est pas rouge, mais blanche et ligneuse; les feuilles sont ovales, allonges, pointues, d'un vert mat et blanchâtre, rudes, velues, ne présentant point les trois nervures qu'on remarque dans les feuilles de saponaire.

Les fleurs de la saponaire sont en petits bouquets, celles du lychnis sont isolées.

(1) Beaucoup de plantes ofiQcinales qui doivent entrer dans la préparation des médicaments sont remplacées par d^autres. Il serait à désirer qu'un botaniste signalât ces substitutions dans un ouvrage spécial ; nous pensons que notre collègue M. Chatin rendrait un grand service aux pharmaciens en s'occupant de la rédaction d^un semblable ouvrage.

On désigne^ sous ce nom, la racine et le bois d'un laurier (/at^rttô «£usa/râs) (Laurinées) originaire de T Amérique septentrionale.

Le sassafras nous est apporté en souches ou en morceaux de la grosseur du bras^ Técorce a une couleur de rouille; elle est beaucoup plus aromatique que le bois, qui est veiné, poreux et jaunâtre, quelquefois avec des veines roses ; Todeur forte et agréable du sassafras est due à une huile volatile, plus dense que Teau, incolore au moment de son extraction, jaunissant avec le temps. Trois kilogrammes de sassafras en fournissent jusqu'à 46 grammes.

Usages. — Le sassafras est employé en médecine comme dîaphorétique et diurétique. On en prépare une infusion, une eau distillée, un sirop. Il entre dans les espèces sudorifiques.

ALTfiBATioifs. — Le sassafras ne devrait être employé par le pharmacien qu'au moment où il vient d'être râpé ou raboté. S'il est mis d'avance en copeaux, il a perdu la plus grande partie de son huile essentielle et de ses propriétés, à moins qu'il n'ait été renfermé dans des vases hermétiquement clos.

Falsifications. — Le sassafras divisé du commerce est souvent mêlé de bois étrangers. Il faut donc, lorsqu'on l'achète, examiner avec attention la texture^ et ne passe fier à l'odeur: les copeaux d'autres bois mêlés au sassafras prenant Todeur de ce dernier, on serait induit en erreur.

Selon Hahnemann^ il se trouve quelquefois parmi les bois de sassafras, des morceaux qui ont une texture plus dense et plus solide, une odeur d'anis; on doit les rejeter comme inactifs.

Autrefois, ce bois étant d'un prix très-élevé , on lui a substitué du bois de pin^ bouilli dans une infusion de fenouil,

8ATOW8.

Ou appelle samns (i) des sels formés par les acides gras (acides stéariqne, margarique, oléique) avec les oxydes

(1) Plim aitribue aux Gaulois la découverie des savons.

282 sàVONS.

métalliques. Les savons à base de potasse, de soude et d aia- ^oniaque sont seuls solubles dans Teau.

Pour les besoins de la médecine, on incorpore quelquefois au savon des substances susceptibles de lui communiquer des propriétés nouvelles; on forme alors les savons dits médici^ noHX,

Outre le savon employé pour le savonnage du linge, les savons de toilette et les savons médicinaux, on trouve également dans le commerce, depuis plusieurs années, trois es* pèces de savons : Tune le savon de résine, qui est fabriqué avec de la soude et de la résine commune, et qui sert surtout dans la marine; Tautre le savon hydrofuge deMenotti, qui n'est pas, à proprement parler, un savon ; et enfin la troisième espèce, saxxm ponce y et qui n'est autre chose que du savon ordinaire, à la pâte duquel on a incorporé à dessein des matières siliceuses (i).

Dans le commerce, on distingué les savons en savons durs ou à base de soude, et en savons mous ou à base de potasse ; ces derniers, dits savons noirs ou verts, sont plus généralement employés dans les pays du nord ; en France, on emploie de préférence les savons durs. Les savons formés par une même base sont d'autant plus durs que la matière grasse employée à la saponification a un point de fusion plus élevé.

On trouve aussi dans le commerce deux espèces de savons : le savon blanc et le savon marbré. Les veines bleuâtres que Ton remarque dans ce dernier sont produites par une petite quantité de savon à base d'alumine et de protoxydede fer, et par du sulfure de fer formé aux dépens d'un peu de sulfure de sodium qui existe toujours dans les lessives employées k la fabrication du savon.

Le savon dur, de bonne qualité et parfaitement pur, doit être sans odeur étrangère, ne produire aucune tache sur le papier^ ne pas graisser les doigts, ne pas s'humecter à Tair ni se couvrir d'effiorescences; il doit, par la dessiccation, perdre

(1) Le silicate de potasse a été d'abord employé en Angleterre pour la fabrication du savon. Ce savon siliceux est fabriqué, sans doute, pour une foule d'usages techniques et ne doit pas, par conséquent, être considéré comme une sophistication.

45,27o^'^flu 8i on a affaire à du savon blanc, et 50 Vo si Toi^ opère sur du savon marbré (1).

Placé sur les charbons ardents, le savon fond, se boursoufle et noircit en répandant une fumée épaisse, d*une odeur d'huile brûlée. En brûlant ainsi conlplétement toute la matière organique, le savon blanc perd 50,2 7o> et le savon marbré 647o ; le premier laisse 4,6^0 de cendres, elle second 67o- Dans les deux cas, ce résidu de cendres est constitué par de la soude.

Le savon doit bien se dissoudre dans l'eau distillée, de même que dans Talcool. La solution aqueuse est opaline, et mousse fortement par l'agitation ; elle présente une faible réaction alcaline au papier de tournesol rougi; elle précipite en flocons blancs Teau de chaux et Feau de baryte , décompose toutes les dissolutions métalliques, et est décomposée par tous les acides qui s^unissent à la base du savon, en séparant les acides margarique, stéarique et oléique.

Le savon vert, fabriqué avec la potasse et les huiles de graines, contient en général plus, d'alcali qu'il n'en faut pour la saturation de Thuile. C'est un savon complètement dissous dans une lessive alcaline; il doit être transparent, d'une belle couleur verte, qu'on lui donne quelquefois an moyen de l'indigo.

11 se dissout facilement dans l'eau, et ne se dissout pas dans une lessive de potasse très-concentrée, en sorte que Ton peut par ce moyen purifier un savon qui, par suite d'une préparation vicieuse, contient soit trop de sels, soit trop d'alcali caustique ou carbonate. Du reste, le savon mou se dissolvant bien dans l'alcool, on peqt en séparer ainsi les sels étrangers.

Par la dessiccation à l'étuve, le savon vert abandonne 46,5 % d'eau, et le produit séché perd, par la calcination et l'incinération, 44 7o de matière grasse, en laissant 9,57ode cendres. Les cendres sont formées par la potasse.

Les savons de toilette sont, comme les précédents, tantôt à

(1) La présence des marbrures est un indice certain que le savon ne renferme pas au delà de 30 o/^ d'eau ; en eflet, quand la pftie est plus hydratée, elle est plus Ouide et plus légère; alors les composés métal- Uqui« b'y déposent facilement, et Ton ne réussit plus à les incorporer, sous (orme de veines, dans les savi ns.

base de soade et tantôt à base de potasse. Ceux qui sont à base de soude se font avec les huiles d'amande douce, de noisette, de palme, d'olive ; avec le saindoux, le suif, le beurre; ils sont, en général, très-bydratés. Ceux qui sont à base de potasse ne se font qu'avec les graisses et, en général, le saindoux.

Tous ces savons doivent leur odeur agréable à diverses essences qu'on y introduit; on y incorpore quelquefois différentes matières colorantes organiques. Dans tous les cas, leur saveur ue doit pas être caustique, et il est nécessaire qu ils soient autant que possible dépourvus d'alcali libre.

Quelques-uns de ces savons sont transparents, ils renferment alors une quantité plus ou moins considérable d'alcool.

UsÂGBS. — Le savon est employé au blanchissage des étoffes et du linge, au foulage du drap. Le savon mou est plus propre au lavage que le savon dur, parce qu'il contient un peu plus d'alcali ; on s'en sert pour laver le linge grossier et dans le foulage du drap. Le savon dur, au contraire, est employé pour laver le linge fin, les tissus de coton et de soie. Le savon est employé pour le graissage des machines. On se sert aussi, dans les arts, de savons métalliques pour le bronzage des plâtres et l'imitation de la patine antique. La parfumerie fait un grand usage des savons dits de toilette (1). La médecine et la pharmacie utilisent les savons dits médicinaux.

Le savon à l'état solide est employé dans certains essais par la voie sèche comme un flux réductif . La solution aqueuse ou alcoolique de savon blanc est usitée comme réactif dans quelques circonstances. L'action décomposante qu'exercent sur elle les sels à base de chaux et de magnésie la fait servir pour constater la plus ou moins grande pureté des eaux potables de sources, de rivières et de puits.

Falsifications. — 11 y a plus d'un demi- siècle que déjà on falsifiait le savon (2).

(1) Les savons de toilette et pour nettoyer le linge sont à base de potasse et de soude.

(2) Nous en trouvons la preuve dans le tome VII de VEneydopédk méthodique, Arts et métiers mécaniques ^ p. 245: « La fraude la plus « difficile à reconnattre est celle qui a lieu quand le savon est cuit et « eottèrement liquide dans la chaudière ; on fait boire à la pâte plusieurs

Dans ce but on Vallonge souvent d^eau ; pour augmenter son poids, on y incorpore des matières peu coûteuses, telles que de la farine, de la fécule (1), de la silice {^), de Valumine{Z), des silex, du talc, de la terre à foulon blanche^ de la terre de pipe ^ de la terre glaise de couleur bleue ^ de la poudre de chaux tamisée, du plâtre, du sulfate de baryte (ai). Souvent aussi on vend du savon fait avec des huiles de graines et des graisses^ pour du savon fabriqué avec de Thuile d^olive ou d^amande douce. Les savons de toilette peuvent renfermer des matières odorantes de qualité inférieure, ou des matières colorantes inorganiques, nuisibles à la santé.

L'une des falsifications les plus en usage pour le savon, c'est Taddition d'une quantité considérable d'eau. Le savon fortement additionné d'eau est conservé dans des caves humides, à l'abri de l'air, qui lui ferait perdre de ce liquide; on le couvre même de linges trempés dans de Teau salée : quelques marchands vont jusqu'à tenir les savons dans des vases pleins d'eau salée. Ces savons sont faciles à reconnaître à leur pâte

« chaudrons d*eau claire qu'on remue bien et qu*on incorpore à la pâte, « si bien qu'elle ne paraii pas. Celte eau rend même le savon plus blanc, « et ce n'est que dans la suite qu'on s'aperçoit de cette fraude; car un a quintal (100 livres ou 50 kilogrammes) perd, après environ huit « jours, 20 à 25 o/o de son poids, parce que cette eau s'évapore; tandis tt que lorsqu'il n'est pas ainsi humecté, au bout de mois entiers, la a diminution la plus forte (Bst d'environ 3 ou 4 «/o. Le gain que procure « cefe fraude n'est pas certain; car, pour qu'elle puisse avoir lieu, il faut « que le fabiicant vende immédiatement son savon. »

(1) L'introduction de 5 à 6 o/o de fécule au savon a pour but de le dulcilier lorsqu'il est trop alcalin; il y a même eu un brevet de pris pour cette addition.

(2) En Angleterre, on a fabriqué des savons contenant jusqu'à 19 */o de silice. En les calcinant, puis les traitant par l'acide chlorhydrique, la silice reste pour i^idu, sous forme d^une poudre blanche.

(3] A Bordeaux, on a vendu sous le nom de savon économique, savon de ménage, des savon s, contenant de la marne ou de Talumine {Pédroni

Ûls).

(4) Le docteur Arends dit avoir examiné du savon qui renfermait une proportion considérable de sulfate de baryte en poudre.

Le docteur GeiseUr a examiné un savon qui contenait 33 «/o de savon pur et 51 **/• de colle animale, insoluble dans Falcool et formant une gelée avec reau booillante.

molle et blanche ; il sufSt de les presser avec les doigts pour se Convaincre de la fraude. On peut évaluer la quantité d'eau qu*ils contiennent en pesant une certaine quantité de savon en raclures minces, puis le faisant sécher rapidement dans une étuve à iOO<>, et prenant le poids du produit desséché. La différence entre les deux poids indique directement la proportion de l'eau qui se trouvait dans le savou suspecté.

Lorsque le savon est additionné de farine, de fécule, de silice, d^alumine, de talc, de terre glaise, de terre à foulon, de chaux, de plâtre, de pierres, etc., rien n'est plus facile que d'en apprécier la véritable quantité. En effet, tous ces corps étant insolubles dans Talcool, il suffit de traiter le savon suspect par ce véhicule, et de filtrer la solution pour séparer toutes les substances étrangères qui, restant sur le filtre, peuvent être pesées après dessiccation préalable.

On peut ensuite, par un examen spécial, reconnaître la nature de ces substances étrangères.

On pourrait encore déterminer la quantité de savon réelle renfermée dans un savon douteux, en le faisant sécher d'abord, pour déterminer la quantité d'eau qu'il contient, puis en faisant bouillir le produit desséché dans une solution concentrée de sel marin. Cette opération détermine d'une part la précipitation des matières insolubles, et d'autre part la dissolution des matières solubles : il s'ensuit que le savon, surnageant la solution de sel marin et insoluble dans cette dernière, peut ensuite être repris, filtré à travers un linge, puis séché de nouveau et pesé. La perte de poids indique la proportion de matières étrangères. Ce procédé d'analyse ne peut évidemment s'appliquer qu'aux savons de soude, car les savons de potasse se transforment en savons de soude lorsqu'on les fait bouillir avec du chlorure de sodium.

Si le savon à essayer ne renferme que des matières insolubles dans Teau, on peut le traiter directement par ce liquide ; car les corps ayant servi à la fraude se précipitent alors au fond du vase dans lequel on fait la solution de savon, et on peut les reprendre pour les laver, sécher et peser. Lorsque les savons sont fabriqués avec des matières grasses de qualité inférieure^ telles que l'huile de graines de pavot, de chênevis, de noix, de hêtre, bien que vendus pour des savons

fabriqués avec des corps gras d^on prix très-élevé, il n'y a pas d'antre moyen de rëconnattre la fraude que celui qui consiste à décomposer le savon suspecté, au moyen d'un acide, pour en soustraire les corps gras, qu'on soumet ensuite à un examen approprié (voyez art. Huile^ Axmge^ Graisses),

Pour vérifier si le savon est fait avec de Fhuile ou avec de la graisse, on fait dissoudre un peu de savon (10 gr. environ) dans un demi- verre d'eau ; lorsque la solution est complète, on ajoute dans le liquide deux ou trois cuillerées de vinaigre» ou mieux une quinzaine de gouttes d'acide sulfurique, afin de neutraliser l'alcali; immédiatement après ce mélange, la liqueur se trouble et le corps gras se sépare de l'eau ; on agite légèrement avec une bûchette, à laquelle vient adhérer la graisse si le savon en contient, tandis qu'après un moment de repos l'huile surnage, si elle faisait la base du savon. Pour recueillir la matière grasse, on ajoute, d'après ef'Arceiy 5 gr. de cire sèche et pure ; on chaufiEe ; on obtient un gftteau de cire très-dur, qui est desséché et pesé. Son poids, déduction faite des 5 gr , indique celui de la matière grasse contenue dans le savon essayé.

Dans le cas où le savon renfermerait de l'huile et de la graisse, on obtiendrait un mélange de ces deux substances, d'autant moins compacte que l'huile y existerait eu plus grande proportion. Pour bien réussir dans cet essai, il faut avoir égard à la température. Si on faisait cette épreuve à chaud, la graisse liquéfiée par la chaleur pourrait être confondue avec l'huile ; il faut alors avoir le soin de laisser refroidir le mélange avant d'asseoir son jugement. Si on la faisait par un temps trop froid, l'huile pourrait être concrétée, et serait prise pour de la graisse. Il est donc nécessaire que le liquide sur lequel on opère soit à une température moyenne.

Il en est de môme des essences qui servent à aromatiser les savons de toilette.

Quant aux matières colorantes minérales que renferment * quelquefois ces derniers, rien n'est plus facile que de les découvrir. Il suffit, en effet, de traiter le produit par de l'alcool, qui dissout le savon et laisse presque toujours indissoute la matière colorante, qui est ordinairement insoluble dans ce 11-

qaide; c'est ainsi qu'on retire des composés de plomb et de mercnre colorés en ronge, des combinaisons coivrenses vertes on bleues, etc.

n arrive quelquefois que des savons devant contenir de la soude, et vendus pour tels, renferment des quantités plus ou moins considérables de potasse, ce qui nuit à leur consistance. Alors on conçoit bien que ces savons donnent, parVincinération, des quantités de cendres difiérentes de celles que nous avons indiquées précédemment, et dans lesquelles il est facile de déterminer les quantités relatives de potasse et de soude, à Faide des procédés ordinairement employés pour la séparation de ces deux bases (voyez art. Potasses).

Suivant le docteur Stœckkardi^ les savons de suif et d'buile fabriqués par une nouvelle méthode dite méthode vive sont additionna d* huile de coco^ qui leur donne la qualité de mousser davantage.

Les acides gras du savon de suif préparé selon Fancienne méthode commencent à fondre vers 44 ou 45® ; ceux du savon de suif par le procédé vif fondent à 30 ou 53<>; ceux du savon de noix de coco, à 23 ou U^.

Suivant Bolffs^ on parvient sans peine à reconnaître la présence de rhuile de coco dans le savon, en versant quelques gouttes diacide sulfurique dans la dissolution de ce dernier. Cette addition développe instantanément Todeur caractéristique du beurre de coco.

Savons médicuiaux. — Le savon ordinaire et de bonne qualité, parfaitement pur, est employé en médecine pour calmer les ardeurs d'urine, dissoudre les pierres des reins et de la vessie, etc; dans ces divers cas, le savon marbré ordinaire ne doit pas être employé, parce que ces marbrures sont produites par des substances métalliques, telles que du cuivre, de Toxyde de fer, de la terre jaune, du manganèse, du vitriol bleu, de Torpiment, etc., etc., toutes substances qui, à Tintérieur ou même à Textérieur, pourraient causer parfois de graves accidents. Nous conseillons donc aux pharmaciens de fabriquer eux-mêmes le savon blanc ordinaire qui doit servir aux usages de la médecine.

Pour plusieurs autres maladies, on compose les savons suivants dont nous allons faire connaître les vrais caractères afin

de se mettre en garde contre les altérations dont ils sont susceptibles.

i^ Savon miHmonial, — Ce savon doit parfaitement se dissoudre sans laisser de résidu dans Teau et Falcool. Sa dissolution, additionnée d'acide sulfurique faible, forme un précipité abondant de soufre doré d*antimoine orangé ; il dégage du gaz hydrogène sulfuré, et sa surface se charge d'huile. Ce savon doit avoir une couleur d'un blanc grisfttre ; s'il était rouge, sa préparation n'aurait pas été bien faite et il ne faudrait pas s'en servir ; mais comme on peut voir cette couleur \ot% de la préparation, il suffirait d'ajouter de la potasse caiisti<|U6 pour lui donner la couleur voulue.

Cette préparation a besoin d'être employée de suite, car elfe s'altère d'une manière tellement sensible^ que l'hydrogène sulfuré se dégage en totalité et qu'il ne reste qti'une dissolution incomplète et inutile. On peut s'assurer de cette altération par reddition d'un acide dans le savon antimonial ; cet acide fait te^ connaître que la dissolution ne dépose pas de sulfure d'antimoine, qu'il n'y a pas dégagement d'hydrogène sulfuré, et qu'il ne reste que de l'huile grasse et de Toxyde d'antimoine blanc, combinés avec la potasse.

2«> Savon thercuriel. — 11 est gris-noirfttre; sa saveur 'est ftcre, piquante, savonneuse ; il est soluble dans Teau froide et plus encore dansl'eau chaude : mais dans Tune ou dans l'autre de ces solutions , l'oxyde de mercure ne se dissout pas, il se dépose au fond, parce qu'il n'est pas lui-même parfaitement dissous dans le savon, mais seulement incorporé de ma<^ nièfe à ne pouvoir s'en séparer même par une filtration à travers un papier quadruple.

On substitue quelquefois au savon mercuriel du savon eomtnun et du mercure soluble d*ffaknemann. Cette sophistication est Geicilementreconnaissableau précipité gris-noir d'oxyde qui se produit par la dissolution dans l'eau distillée. Le savon mercuriel vrai donne pareillement un précipité d'oxyde de mercure, ainsi que nous l'avons dit ci^essus; mais celui->ci se fait beaucoup plus lentement, îl est surtout d'une couleur moins intense.

Quelquefois il arrive que, par suite d'une préparation mal faite, le savon mercuriel n'est pas propre aux usages auxquels n. 19

a est spédaleniieDl destiné. H contleot des dépôts on flocons huileux qui apparaissent particulièrement dans la dissûlotion ; tandis que, lorsque le savon est bien préparé, la solution aqueuse ne doit présenter aucune trace de matières grasses à sa surface. Cette altération est produite lorsqu'on n'a pas mis une quantité suffisante de potasse caustique. Si, an contraire, il ; a excès de potasse caustique, le sa?on se tnwTe également altéré et impropre à son application. Cette altération se reconnaît à la saveur acre et caustique du savon, et aussi en ce que le papier de tournesol rougi par l'acide acétique ou le vinaigre est pluspromptement ramené au bleu par le savon altéré, tandis que ce changement ne s'opère que tfès4fiiitement et très-imparbitement par le savon mercurielpnr.

D'autres fois enfin, le savon mercurid peut contenir du mercwrt mêiallique^ provenant de ce que, pendant sa fabnoiiîoo, le savon a subi un trop haut degré de chaleur km de son évaporation à sîccité. Le mercure se découvre facilement par le frottement du savon dans les mains.

3^ Sman médicinal. — Ce savon, particulièrement aflfecté aux usages internes, est blanc, solide, non graisseux; il doit se dissoudre entièrement dans Teau distillée et Talcool. \£% acides décomposent sa solution aqueuse, et Thuile qui s'^n sépare est soluble dans Talcool. L'ammoniaque ne bleuit pas la solution aqueuse du savon médicinal ; le sirop de violettes, le papier de curcuma ne changent point de couleur par le contact de cette solution ; mais les infusions végétales contenant un principe astringent, ainsi que Teau de chaux, la précipitent.

Ce savon est quelquefois altéré par des substances métalliques, telles que le cuivre^ le plomba le fer provenant des vases dans lesquels sa préparation a été exécutée. Ces altérations peuvent, on le comprend aisément, amener de graves résultats, lorsque surtout ce savon est destiné à l'usage interne. Il faut donc y apporter la plus sérieuse attention et chercher à reconnaître si le savon médicinal ne contient point l'une de ces dangereuses substances.

L'ammoniaque caustique donne une tdnte bleue au savcm contenant du cuivre, tandis que cette teinte ne se produit pas

SCAMHONÉE. 391

si le savon est pur ; de plus, le savon ainsi altéré a une légère couleur plus ou moins verdâtre selon la quantité de cuivre qu'il contient.

Le sulfhydrate d'ammoniaque donne une couleur noirâtre aux flocons blancs visqueux qui se forment dans la dissolution aqueuse du savon contenant du plomb.

Enfin, Toxyde de fer se reconnaît à la couleur plus ou moins jaunâtre du savon médicinal, et lors de sa dissolution il se fait un dépôt de flocons brun-jaunâtres.

A part ces altérations capitales, il en est d'autres que nous ne pouvons passer sous silence.

Le savon médicinal doit se préparer avec de l'huile végétale, et non avec une graisse animale, ainsi que cela arrive quelquefois; de môme, cette huile végétale peut être de mauvaise qualité. On reconnaît que le savon contient de la graisse au lieu d'huile, en le dissolvant dans Falcool. En cas de Ihiude, cette solution alcoolique devient et reste gélatineuse; tandis que si le savon était pur, s'il était préparé avec de la bonne huile végétale, la solution resterait flui4e à la température ordinaire. La rancidité, la mauvaise odeur et le mauvais goût du savon indiquent qu'il a été préparé avec de l'huile de qualité inférieure.

Le savon médicinal a quelquefois une saveur alcaline acre ; oe signe caractéristique indique la présence d'un excès de soude, et on peut s'en convaincre facilement en ce que la solutioa de oe savon brunit le papier de curcuma et verdit le sirop de violettes, ce qui n'a pas lieu avec le savon bien préparé. En outre, d'après l'observation de Planche, on le broie bien sec, avec un peu de protochlorute de mercure ; ce dernier devient gria-noir, lorsqu'il y a un excès d'alcali.

M€AmMCÊiàE.

La Kommofèée est une gomme-résine, dont on distingue deux espèces principales : la seàmmonée cTAlep; la scammonée de Smyme.

La première est extraite de la racine du convolvulms scam^ monia (Convolvulacées), qui croit en Syrie. Ce suc concret se divise en morceaux très-irréguliers, secs, légers, poreux, très*

292 scimoNÉE.

triables, à cassure noire et brillante et d*un gris foncé à Ve&térîenr; frottés avec le doigt mouillé, ces morceaux deviennent laiteux et blanchâtres ; leur poudre est d'un blanc grisâtre. La saveur de la scammonée d'Alep est amère et suivie d'âcreté, Todeur forte qu'elle exhale se rapproche de celle du beurre rance. Elle fournit avec Falcool une teinture d'un brun pâle.

La deuxième provient, selon quelques auteurs, du perijdoea secanume qui croit en Anatolie. Cette sorte, moins estimée que la précédente, est compacte, peu friable, d*un brun noirâtre, et d'une cassure terne. Son odeur et sa saveur sont moins prononcées que celles de la scammonée d^Alep. £lle forme avec Veau une émulsion d'un gris foncé. Elle colore plus fortement Falcool que la scammonée d'Alep.

On trouve, dans le commerce, une troisième sorte: c'est la scammonée de Montpellier qui est fabriquée dans ie midi de h France, avec le suc ducynanchutn monspdiacum (Apocynées)^ auquel on incorporesouvent diverses résines et des substances purgatives (quelques euphorbes ou plantes âcresjaiteuses, de la farine d'Orbe, des cendres et d'autres matières analogues); elle est tout à fait noire, très-dure et très-compacte. Elle se dissout dans Teau, et donne un liquide d*un gris foncé, onctueux et tenace. Cette scammonée, de même que celles qui sont sous forme de galettes, ou qui présentent d'autres caractères que ceux que nous avons indiqués en parlant de la scammonée d'Alep et de celle de Smyme^ doivent être rejetées.

D'après Bouillof^Lagrange^ la scammonée est corn jposée de : résine^ 60 ; gomme^ 3 ; d'une matière extractive^ % ; débris divers, 35.

D'autres analyses ont domié les résultats suivants :

ScMDBoaée d^Aiep. Seaaunonée d« Soiyrae.

Aésiae 75 tS

Extrait alcoolique 6,25 S

Bxtrait gommeux S,I2 8

Matière végétale insoluble. 7»iSi j Maiitre terreuse 8,88 i

SCÂMllOnÉE.

n y a des scammonées dans le commerce qai eontieoneDt depuis 20 jusqu'à 80 7o ^^ résine.

M. Dublane a trouvé des scammonées qui contenaient des quantités de résines bien différentes, quoiqu'elles eussent on aspect convenable : la première en contenait i77o) 1a seconde, 20 7o; la troisième, 22 y^; la quatrième, 27 7^ ; la cinquième, 28 7^; la sixième, 36 %; la septième, 80 7o; la huitième, 64 7o ; Ift neuvième, 96 7o*

On voit, d'après cela, qu'une scammonée, si elle ne contient que 17 7* de résine, peut être un faible purgatif*, le contraire a lieu si elle en contient 96.

M. Thoma» Southal a fait connaître dans le Pharmaeeutical Journal que sur sept échantillons de scammonée pris dans le commerce, le premier fournissait 83 7o de résine ; le second, 75 ; le troisième, 66 ; le quatrième, 49 \ le cinquième, 39 ; le sixième, 32 ; enfin, le septième, 7,80.

Il faudrait, pour obvier à cet inconvénient, n'employer que de la résine dans les quotités voulues et ne pas faire usage de la scammonée commerciale.

En résumé, la scammonée de bonne qualité est presque entièrement soluble dans l'alcool; lorsqu*on la traite par l'éiher, elle doit fournir de 75 à 80 «/o de résine, et ne donner par l'incinération que 3 7o environ de cendres. On favorise cette incinération par l'addition d'une petite quantité de bioxyde de mercure.

Usages. — La scammonée est employée en médecine comme purgatif. Elle entre dans des potions, dans des poudres, pilules, tablettes ; on en fait un savon.

Falsifications. — Lascamroonéede Montpellier, en poudre, est souvent substituée à la scammonée d'Alep. Aussi le pharmacien ne doit-il jamais acheter ce produit à l'état de poudre, mais entier, et présentant les caractères que nous venons d'indiquer.

Nous avons vu la poudre descammonée mêlée de fécule ; elle fournissait un décoctum épais qui bleuissait par l'eau iodée, ce que ne fait pas le décoctum de scammonée pure. Le pharmacien doit faire usage de la scammonée d'Alep, de préférence à toute autre. Elle est toujours d'un prix élevé. En effet, la

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