‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales (volume 5)Chapitre 66 sur 109 · H £A&IS · texte numérisé non relu

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L'îQspeciioQ de ce tableau fait voir qiielee aeb en ^mtngai soDt caractérisés par le sulfate de magnésie qu^ite contiennent en plus forte proportion. Les sels du Midi et de rOuest, moins purs, sont caractérisés par une teinte grise due à Fargile, ei par une plus forte proportion de cbionire de magnésium, qui entretient Thamidité.

Les sels raffinés sont plus purs et exempts de chlorure déliquescent ; presque toujours ils contiennent quelques eentièmes d'eau bygroscopique. Ils sont caractérisés par leur cristallisation en forme de trémies larges, moyennes ou petites; il y en a aussi en cristaux blancs, très-menus, dits sels finsU).

Il y a aussi les sels blancs dits de Bayonne^ provenant des salines des Basses- Pyrénées. Ces sels, comme ceux de TEst, ne contiennent pas de substances msolubles, terreuses et organiques; diaprés nos expériences, ils renferment moins de sels magnériens que le sel marin ; ils salent davantage, et contiennent en effet, 4 à 5 7* de plus de sel pur (2).

A Paris et dans le Nord, on fabrique des sels raffinés, en évaporant des dissolutions de sel marin, préalablement clarifiées. Ces sels sont très-beaux, mais ils contiennent beaucoup d*eau laissée à dessein pour compenser les déchets de fabrication.

On raffine encore à Paris des sels de monie, dalcinés préalablement pour détruire les matières organiques ^ui leur communiquent une odeur nauséabonde. Le résidu de cette calcination, dissous dans l'eau, puis évaporé, donne un sel blanc raffiné très«pur. . >

Usages. — Les applications du sel sont très-nombreuses (3). On en fait d'abord une grande consorpmation comme condiment entrant dans la préparation de nos aliments. En agriculture, on remploie à la nourriture des bestiaux, au

(i) Les sels fins sont généralement préférés pour Tustge de la t^le; aussi les nomxne-t-on ult de table,

(2) Une coBiinission, consultée, en 1847, par M. le préfrt de police, sur remploi du sel de Bayonne dans les usages culinaires, émit on avis semblable en tous points à celui que nous avions donné nous-mème, en 1S46, à la direction des salines de Bayonne.

(3) L*expIoitation du sel dans 17 départements en France comprend

SEL G€»1IMUN* 303

chaulage des grcîns et à l'amendement de certaines terres* Il sert comme anliseptique^ on remploie à faire les salaisons de viandes, de poissons» de peaux et inteslins, de comestibles, et à préparer les feuilles de tabac. Il sert à la fabrication du sulfate de soude, de Tacide cblorhydrique, du chlore, des soudes, des savons durs, du sel ammoniac, des hypochbrites, des chlorures de mercure, des luts souples à la température du roi^e sombre. On l'emploie au vernissage des poteries de grès; pour le traitement des mines argentifères, an Pérou; il entre dans la. composition des mélanges réfrigénmts des glaciers. Dans les laboratoires de chimie, on remploie comme réactif. Enfin, le sel marin entre dans la compositiQn d'un grand nombre d*eaux minérales artificielles. On remploie en pédiluve, comme légèrement rubéfiant.

ALTÉmATiONs. -^ Le sel marin peut contenir du cuivre , du plomb, an fer, et de' Varsenic. Cette altération accidentelle est très-nnportante à constater : de déplorables événemeots es ont quelquefois été la suite (i). On a constaté la pré8enc<» de

7S marais salante , 1% sources salées , SI laveries de sables salés et 1 mine de sel gemme.

Bn France, la consommation moyenne du sel est répartie de la manière suivante t

Pour Talimentation 216 millions de kilog.

— > la fabrication de la soude 55 »

— diverses industries 20 »

— agriculture 25 »

— pèche et salaisons sur mer 65 à 80 »

TotaL 381 à 396 »

Exportation 40 à 80 »

Les sels de TOuesl entrent pour près de 40 <^/o dans la consommation; Jes sels du Midi, 30 % ; les .sels de TEst et de Bayonne, 30 o/^

A Paris, la consommation annuelle des sels gris et blancs dépasse, en moyenne, 5 millions de kiiog.

(1) En 1827, une épidémie qui atteignit plus de 400 personnes, dans i le département de la Marne, Tut causée par la vente d*un sel de cuisine que Ton reconnut contenir des iodures et do Yarsenic. Il provenait d'une rafSnerie de sels de varech , où Ton préparait en même temps des sels arsenicaux. Du sel semblable fut vendu à Paria et rendit malade une famille entière. Ce sel déterminait la boursouflure de la face, des dou- / leurs de tête» une soif ardente, Tinflammation des amygdales, ^es dou-''

304 SEL GOHMUlf.

0,001 environ diacide arsénieux dans le sel. Pour s'en assarer, on convertit en sulfate de soude le sel à essayer, et on Tintroduit dans un appareil de Marsh, fonctionnant à blanc ; o« bien , Ton traite par Thydrogène sulfuré , et on soumet aux réactions ordinaires le sulfure obtenu.

Quant au cuivre, au plomb et au fer, ils proviennent des ustensiles, chaudières et appareils servant à Textraction ou au raffinage du sel. Sa solution aqueuse prendra une coloration bleue par Tammoniaque , s'il y a du cuivre, et donnera, en outre, un précipité floconneux rougefttre, sMl y a du fer. Le plomb sera décelé par Thydrogène sulfuré, le chromate de potasse, riodure de potassium.

Falsifications. — Le sel marin a été Tobjetde fraudes nombreuses qui, malgré toutes les mesures prises par Tautorité municipale (1), sont à peine réprimées. '

leurs intolérables dans tout le trajet de Testomac et des intestins, suivies tfun flux diarrbôique presque toujours sanguinolent.

En 1843, à la Haye, la servante d'un épicier, une fille de 30 ans, mêla de Tacide arsénieux au sel vendu par son maître, afin de diminuer •on travail domestique en éloignant les chalands. Heureusement les suites de ce calcul aussi stupide que criminel ne furent pas mortelles. Sur les trente-six personnes environ, victimes de cet empoisonnement, la irie seulement d*une vieille femme fut sérieusement menacée. Après im traitement convenable et rationnel, tous les malades furent guéris.

(1) Le 20 juillet 1832, M. le préfet de police, dont l'attention fut éyelllée

par de nombreuses plaintes sur la qualité des sels» rendit r ordonnance

suivante :

paÉFCcruBB OB poLica.

Ordonnance eofic»rnanl Us faliifieaiùms du sel.

Mous, conseiller d'État, préfet de police.

Considérant que, dans un but de cupidité. Ton fabrique et expose en ▼ente du sel marin ou de cuisine, altéré par le mélange de substances étrangères; que des maladies et accidents plus ou moins graves ont été attribués à l'usage de sels ainsi falsifiés, et qu*il importe de prendre des mesures pour réprimer une fraude aussi préjudiciable à la santé publique ;

Vu !• la loi du 16-24 août 1790, titre xi, art. 3;

So La loi du 22 juillet 1791;

So Les articles 3i9, 320, 475, g 1^ H?? et 471, $ 15 du Code pénal ;

40 Les rapports du Conseil de salubrité;

En irertu des arrêtés du gouvernement des 12 messidor an nn et S brumaire an ix ,

Ordonnons ce qui suit :

Art. 1*. — Il est expressément défendu à tous fabricants, rafflneurs.

On le falsifie avec le srdfate de chaux^ le plâtre cru en pou- f dre (a) ; les sels devarech, qui renferment des iodures et des

marcbaDds en gros, épiciers et autres, faisant, dans le ressort de la préfecture de police, le commerce du sel marin ou de cuisine, d*y ajouter, soit des sels retirés du salpêtre ou du varech, soit des sels provenant de diverses opérations chimiques, soitjde la poudre de pierre à plâtre, soit enfin toutes les autres substances étrangères au sel.

Art. 2. — Les commissaires de police à Paris, et les maires ou les commissaires de police dans les communes rurales, feront, à des époques indéterminées, avec l'assistance des hommes de l'art, des visites dans les ateliers, magasins et boutiques des fabricants, marchands, débitants de sel, à Teffet de vérifier si celui dont ils sont détenteurs est de bonne qualité et exempt de tout mélange.

Art. 3. — Le sel altéré ou falsifié à Taide de telle substance que ce soit sera saisi, sans préjudice des poursuites à exercer contre les contreve* nants, devant les tribunaux compétents.

Art. 4. — La présente ordonnance sera imprimée, publiée et affichée.

Les sous-préfets des arrondissements de Saint-Denis et de Sceaux, les maires des communes rurales du ressort de la préfecture de police, «t l'inspecteur général des halles et marchés, sont chargés d'en assurer l'exécution.

Le Conseiller ^État, Préfet de police^

Signé : GiSQUET.

La fraude du sel. qui avait cessé vers la fin de 183t, par suite des mesures que l'administration avait prises, reparut vers 1834.

En 1 889, de nombreuses visites furent faites par les membres du Conseil de salubrité, chez les raffîneurs de sels, chez les fabricants de produits chimiques et les épiciers de Paris. Les échantillons pris chez ces négociants furent soumis à une analyse^ qui démontra que les sels étaient mélangés de sulfate de chaux » de sulfate de potasse et d'iodures ; des hommes de l'art, interrogés, déclarèrent que le mélange était de nature à porter atteinte à la santé publique.

Les contrevenants furent traduits devant le tribunal de simple police, sous rinculpatioo de vente de comestibles nuisibles, et condamnés à une amende qui varia de 3 à 10 francs. Plus de 1500 jugements furent ainsi prononcés. Mais comme ces condamnations minimes u'ari étaient pas la fraude, le ministère public prit le parti de poursuivre à l'avenir les délinquants devant le tribunal de police correctionnelle, sous la prévention non plus d'une contravention, mais d'un délit, celui de tromperie sur la nature de la marchandise vendue. Les premiers qui eurent à lutter contre les nouvelles poursuites du parquet furent les sieurs L..., salpètrier, et S..., fabricant de produits chimiques. L... fut acquitté et S... condamné à ^ jours de prison.

Sur l'appol de ce dernier, son avocat soutint en droit « que l'art. 423 « du Gode pénal ne punit la tromperie des vendeurs qu'autant qu'elle U. 20

306 SEL conHurc.

bromures (i ) ; la terres Y argile (2), le grès en poudre ou le sahltm^ Vaittn, te sulfate de soude (3), le chlorure de potassium^ les sels blancs résultant de F extraction du salpêtre ; les sels provenant des salaisons^ dits sels de morue; enfin, il y a des sels qui sont par trop riches en eau (4).

La falsification du sel par le plâtre cru, ou par le sulfate de

« porte KBf la nalure de la eboee veodne ; or, disait-U, le mélange re- « proche au prévena, fûl-il établi, altérerait la qualité des sds, mais n'en c changerait pas la nature. G^est do sel de qualité inférieure Tendu m pour du sel de bonne qualité , mais ce n*est pas une marchandise « subsiiiuée à une autre. En fait , Tavocat de fioculpé s'est attaché à c démontrer la bonne foi de son client, auquel on ne pouvait imputer c le mélange, et qui avait revendu les sels dans rétat où on les lui avait « livrés.»

Ces moyens ayant été combattus par M. ravoeat général , la cour rendit Parrèt suivant :

« Considérant que les faits établis contre S... ne constituent pas seu- « leraent la ^mple exposition en vente de sels nuisibles, eommo étant « plus ou moins altérés» mais la substitution de sels destinés aux arts « au sel destiné à Talimentation ;

« Adoptant an surplus les motifs des premiers juges, met Tappelia- « tion au néant; ordonne que ce dont est appel sortira son plein et « entier effet ; condamne l'appelant à l'amende et aux dépens. »

Par ordre de M. le préfet de police, les membres da conseil de salubrité analysèrent plus de quatre mille échantillons de sel.

Vers 1841, on reconnut que les sels de cuisine vendus à Paris étaient encore falsifiés. Les sels étaient mêlés avec du pl&tre cru et avecdes sels de varech ; les sels blancs étaient Traudés avec des sels de varech rafiQnés. Sur 3033 échantillons prélevés dans Paris, 309 (plus de l/lO) furent reconnus falsifiés; 84 échantillons de sels gris Tétaient avec dupl&tre ou des sels de varech; et S2S échantillons de sels blancs, par des sels de varech raffinés. — 11 y en avait aussi qui contenaient des traces de cuivre.

(a) A Paris, un manège fut utilisé pour la pulvérisation de cette pierre à pl&tre, vendue ensuite dans le commerce, sous la dénomination naïve de poudre à mêler au sel,

(1) On a trouvé, par exemple, du hromure de magnésium dans un sel vendu à Bruxelles, et qui provenait du marché de Liverpool.

(S) Nous avons trouvé près de 12 % d'argile blanche dans un sel pris à Marseille.

(3) Cette falsification, quoique beaucoup plus rare, a été constatée dans les départemeiits de l'Aube et de la Côte-d'Or.*

(4) Nous avons examiné un sel provenant du département du Rhône, qui contenait 11 '/• d'eau, sans la présence d'aucune autre substance étrangère.

SEL OOIIHUN. 307

diaux , est de beaucoup la plus fréquente, ainsi que le démontrent les condamnations auxquelles ce mélange a donné lieQ(i)

Les seb mêlés de plâtre cru, traités par quatre parties d^eau, fournissent une solution saline, et laissent en résidu le plâtre, qui peut être recueilli sur un filtre, lavé, séché et pesé.

On peut encore laver le sel sur un tamis : le plâtre cru, délayé dans Teau, passe à travers les mailles du tamis; on laisse déposer Teau qui a entraîné le plâtre; on décante quand le liquide s'est éélairci ; puis le plâtre est lavé, séché, et pesé.

On peut enoore mettre 50 grammes, par exemple, de sel à essayer dans de petits sachets de toile ayant la forme d*une cbausse; ils sont préalablement desséchés à Tétuve et tarés , ensuite ajustés sur un bocal à tràs-large ouverture ; on verse dessus de Feau distillée, de manière à dissoudre le sel : la dissolution saline tombe dans le bocal; on continue jusqu'à ce qu'il n'y ait plus apparence de stries dans le liquide ; on reprend le sachet^ on le remet dans de nouvelle eau distillée, de manière à dissoudre tout ce quiestsoluble; puia on porte le sachet à l'étuve : les matières insolubles restant

(1) En 1848, le sieur V... a été traduit devant le tribunal de polio» correctionnelle, sous la prévention d'avoir vendu du sel marin allongé de plaire cru; le tribunal a condamné le sieur Y... à 100 fr. d^amende et aux dépens.

En 1850, un marchand de sel de la banlieue, le sieur D..., fut cit6 devant le tribunal de police correctionnelle sous la prévention de tromperie sur la nature de la marchandise par lui vendue. 11 Tut constaté, d'après Pexpertise et les dires des témoins, qu^on retira de chaque sac de sel, vendu par lui à un épicier de la commune de V..., 5 kil. de sel gris, qu*il remplaça par autant de kil. de pl&tre cru, de pierre à pl&tre réduite en poudre.

On ne put déterminer exactement dans quelles proportions le mélan{çe avait été fait, par la raison que le sel, toujours humide, sur lequel on répand cette poudre , la fixe de telle sorte qu'il devient ensuite impossible de faire, par le pelletage, un mélange exact des sels plâtrés avec ceux qui ne le sont pas.

Le sieur D... convint du fait qui lui était imputé; il chercha àsVxcuser en disant qu'il était forcé de falti/ier le sel pour satisfaire aux exigences du public , qui veut le payer au-dessous du cours.

Conformément aux conclusions sévères de M. le procureur de la République, le tribunal condamna le sieur D... à un an de prison et 200 fr. d*amende.

308 SEL GOMMUlf.

dans la pointe du sachet sont ensuite pesées; défalcation faite de la tare du sachet sec, on a le poids des matières insolubles. .Pour arriver à un résultat, plus exact, H. Lassaigne a proposé remploi d'une solution saturée de sulfate de chaux, à la température de 20^ (i). On met dans un bocal Téchantillon de sel à examiner, avec 7 à 8 fois son poids de solution saturée. Tout te plâtre qui peut se trouver mêlé au sel se précipite sous forme d'une poudre grisâtre ou jaunâtre, qu'il ne s'agit plus que de laver, avec la même solution, à plusieurs reprises, avant de le recueillir; on le sèche ensuite à 30o ou M*" dans une étuve, afin de ne pas le priver de son eau de cristallisation (2). L'expérience a prouvé que ce procédé peut servir à estimer soit la faible proportion du sulGEite de chaox qui se trouve naturellement mélangé au sel marin, soit celle qui y a été ajoutée dans un but de falsification. / Pour la recherche des sels de varech (5) , on mêle une pincée / du sel suspect, dans une soucoupe de porcelaine, avec un peu / d'eau amidonnée chlorée; si le sel est ioduré, il se manifeste, I par suite de Tiode que le chlore met à nu, une coloration bleu- [ âtre dont Fintensité est en rapport avec la quantité d'iode (4).

(1) Ce moyen est fondé sur le fait connu et pratiqué depuis longtemps pour la purification de certains sels dans les arts et dans les laboratoires, à savoir que : Veau saîurée (Tun sel au point de. n'en plut diaoudre peut opérer la solution d'un autre sel,

(2) Le dosage pourrait aussi avoir lieu après la calcinalion au rouge obscur, dans un creuset de platine, au contact de Tair, pour détruire la matière organique qui existe souvent dans les divers sels ; dans ce dernier cas, il y aurait à ajouter au poids du sulfate de chaux les 0,2t de son poids en eau , pour avoir la proportion de ce sel hydraté tel qu*il existait dans le mélange.

(3] D'après les recherches que nous avons fkites avec M. 0. Henry, et celles de M. Boutigny^ cette fraude du sel de cuisine par les sels de varech se pratique presque exclusivement à Paris. On a attribué à cette sophistication une maladie qui se déclara , il y a quelques années déjà, à Fère-Champenoise ; sur 2400 habitants, on en compta 400 aflectés de coliques et d'autres symptômes plus ou moins graves.

Nous avons vu du sel blanc destiné aux soldats; c'était du sel de varech, réduit en petits grains, par son passage à travers un tamis de fil de cuivre, recouvert de vert-de-gris,

(4) Il faut éviter de mettre un excès de chlore, qui détruirait la coloration bleue.

On peut encore traiter le sel par Talcool, qui dissout les i iodures ; le liquide alcoolique est évaporé, et le résidu dissous ^ dans Teau est essayé par Teau amidonnée chlorée.

Pour reconnaître les bromures , on réduit en poudre une partie du sel à essayer; on en fait un cône, qu'on place sur une mieoupe de porcelaine, et on verse dessus une petite V û t \<^- ^' quantité d'eau chlorée. Ce cône prendra une teinte d'autant plus jaune, que la quantité de bromure sera plus forte. Le sel marin pur ne présente pas cette coloration.

L'alun (1 ) se reconnaîtra par un sel soluble de baryte (nitrate ou chlorure), et par l'ammoniaque ^ qui donnera lieu à un dépôt gélatineux d'alumine.

Le sulfate de soude qui serait mêlé en proportion notable au sel marin le rendrait amer, efflorescent à l'air. Il serait décelé par le précipité blanc, insoluble dans l'acide nitrique, qu'il produirait avec un sel soluble de baryte.

Le chlorure de potassium (Si) dansle sel marin sera décelé par le chlorure de platine, qui donnera un précipité jaune-serin de chlorure double de platine et de potassium, insoluble dans l'alcool.

Pour retrouver les sels de salpêtre (3) dans le sel de cuisine, on mêle une certaine quantité de ce dernier avec de la limaille de cuivre et un peu d'eau ; puis on verse de l'acide sulfurique, qui donne lieu à un dégagement de vapeurs nitreuses que l'on rend manifestes en exposant au-dessus un papier imprégné de teinture de gaïac récemment préparée ; le papier prend une couleur bleue plus ou moins intense ,

(i) En Belgique, où le sel est sujet à de fréquentes sophistications, on ajoute souvent 2 o/o d'alun au sel raffiné, pour le rendre plus dur et moins hygrométrique.

(2) Il y a plusieurs années, M. Lassaigne a constaté, dans quelques échantillons de sel vendu par des épiciers de la banlieue, la présence de 23 à 34 «/o de chlorure de potassium .

(3) Les sels de salpêtre contiennent une certaine quantité de sels de potasse ; ils sont aussi iodurés, ce que Ton reconnaît à Tulde de l'eau amidonnée chlorée.

En 1850, un marchand de sel, le sieur L..., qui avait dans ses magasins des sels de salpêtre, a été traduit devant les tribunaux, condamné à ramende et aui frais, et à la destruction des f els saisis.

310 SEL DOSBILLB.

solvant qa^il y a plus oa moins de sel de salpêtre dans le mélange.

La présence des sels de morue se reconnaît à Todeur désagréable de poisson et en même temps ammoniacale, que dégage la potasse caustique, du sel soumis à Teiamen (4).

Le sel ne doit contenir que 8 <>/• d'eau en moyenne; si oo Ta bmnecté par fraude, cette proportion peat s'élever jusqu'à 18 °/o. On s*en assure par la perte de poids qu'éprouveront 100 grammes de sel, après la dessiccation dans une éteve.

Le sel (Toseilie^ ou oxdate acidulé de potasse^ bioxalote de potasse y suroxalate de potasse, sel à détacher^ cristallise en prismes rhomboîdaux tronqués, d'un blanc opaque, rougissant le papier bleu de tournesol. Il a une saveur très-acide, est inaltérable à Tair, soluble dans Teau, plus à cbaud qu'à froid, insoluble dans l'alcool.

Le sel d'oseille du commerce est tantôt du biozalate, tantôt du quadroxalate de potasse.

Usages. — Le sel d'oseille fait la base des tablettes ou pastilles pour la soif. On l'emploie pour enlever les taches d'encre sur le linge, et pour blanchir les chapeaux de paille.

Falsifications. — Le sel d'oseille est quelquefois altéré par du bitartrate ou par du bisulfate dépotasse (S).

En projetant un peu de sel pulvérisé sur des charbons ardents, il dégage une odeur de caramel caractéristique du tartre, lorsqu'il renferme de ce dernier.

Quant au bisulfate, il se reconnaîtrait par le précipité blanc,

(1) Il est évident qae ce que nous disons ici pour les sels de morue ne s'applique qu'à ceux qui n*ont pas éié calcinés ou qui, ne l'ayant été qu'imparraitement , conservent, malgré leur blancheur, un goût désagréable.

(2) Nous avons vu du sel d'oseille qui renfermait 40 <>/<> de bisulfate de potasse.

SEMKH-CONT&A. 31 1

îDfioluble dans Tacide nitrique, que le chlorure de baryum fournirait dans une solution aqueuse du sel suspecté.

tXL im SXMOnTTB. —V. TABTBAVa 1» «OVASSB BT sOITDB.

8K£ DB tOVBB. — ▼. SOVIIU.

BMïïé VOLAVUm DS COSLWB DS OXHT. — ▼. OAmBOMATa

S'AMMOinAttirai.

On donne ce nom aux semences de cal€ba$$e^ de concombre^ de pastèque, de frae/on, mondées de leur écorce. Ces semences 8ùùi employées comme rafraîchissantes : on en fait principale^ ment des bouillons ; mais on ne doit en faire usage que lorsqu'elles sont bien fraîches, qu'elles n'ont aucun goût d'Acreté ou de randicité , ce qui arrive dans le cas où eUes sont depuis quelque temps mondées ; souvent même , elles sont alors attaquées par les insectes.

Les droguistes et les herboristes qui vendent ces sortes de semences les livrent aux consommateurs malgré ces altérations, en cherchant à les dissimuler autant que possible. A cet effet, ils mêlent des semences fraîches avec des vieilles, afin d'atténuer l'ftcreté ou la rancidité de ces dernières ; ils les passent au crible pour les séparer des insectes ; ils les blanchissent par divers moyens, peu propres à les rendre meilleures.

Quels que soient, du reste , les procédés que l'on puisse employer pour masquer les altérations que nous venons de signaler, on doit toujours rejeter ces semences comme impropres, du moment qu'elles ne sont pas parfaitement fraîches, qu'elles ont le goût rance, ou que l'on trouve des caries et de petits trous, dont la présence décèle Finvasion des insectes.

BEMXN'OOVTBJL.

Le semen-contra^ nommé aussi sementine, semence sainte , | barbotine^ semencine, graine de zédoatre, est constitué par les . fleurs non épanouies, et non parles semences, comme on Ta cru longtemps, de deux espèces d'armoise {artemisiajudaïca^

312 SEMBlC-GOlfTRA.

contra et glomerulatay — Synanthérées) qui croissent en Perse et en Judée.

Tel que Toffre le commerce, le semen-contra se compose d'un tiers de petits grains gros comme le quart d'un grain d'avoine, allongés , striés, obtus aux deux extrémités, d'un jaune verdàtre ; d*un tiers de petites sommités rabougries, de la couleur des grains; enfin, d'un tiers de corps étrangers formés de pédoncules et de débris végétaux divers. L'odeur dusemen-contra est aromatique, très-forte et comme anisée; sa saveur est ftcre et amère.

On connaît trois espèces de semen-contra : celui d'Alepou du Levant, celui d'Orient ou de Judée^ et celui d'Afrique ou de Barbarie. Le premier est la meilleure qualité et la plus pure; il est vert-brunàtre, quelquefois jaune-verd&tre; glabre; en petits grains lisses, un peu allongés ; d'une odeur forte et aromatique assez analogue à celle de la zédoaire \ d'une saveur amère, désagréable ; les grains sont obtus aux deux extrémités, et sont assez semblables à l'avoine, mais beaucoup plus petits.

Le second, celui d'Orient, est d'une qualité inférieure; il est jaune-grisâtre; son odeur est plus faible, de même que sa saveur; il est mélangé d'une quantité plus grande de matières étrangères ; il est d'une grande légèreté.

Enfin, le semen*contra de Barbarie est encore de plus mauvaise qualité ; ce n'est, pour ainsi dire, qu'un mélange de tiges, de fleurs, de graines et de parties diverses de plantes analogues aux artemisia judaica et contra, mais qui n'ont aucune des propriétés de la véritable fleur de la plante.

D'après l'analyse de Irommsdor/f, ie semen-contra renferme : huile volatile, résine dure, extrait amer^ ligneux cire^ gomme, matière colorante^ sels de chaux et dépotasse. On y a reconnu, depuis, une matière cristallisée, qui a reçu le nom de santonine, à laquelle M. Calloud attribue des propriétés vermifuges.

Usages. — Le semen-contra s'emploie, comme vermifuge, en poudre, en infusé, en sirop, biscuits, dragées; il entre dans la composition de Yopiat de Saiomon,

Fàlsificatioics. — On mélange quelquefois au semen-contra les semences et les fleurs d'une armoise de nos pays,

Yartemisia abrotonum et les semences de Yaurone^ ainsi que celles de la tanaisie {tanacetum vuigare). Hais les premières se font reconnaître à leur odear, qui rappelle celle de Tabsinthe; à leur couleur jaune-clair, et à leur saveur amère et persistante. Elles ne contiennent que très-peu de pédoncules brisés. Quant à la semence de l'aurone, elle est extrêmement amère, fortement aromatique, d'une saveur agréable, d'une couleur jaune-clair, lisse. La semence de la tanaisie est allongée, légèrement courbe, sillonnée et couronnée par un rebord membraneux. Elle ne possède que peu d'odeur et de saveur aromatiques.

M. Batka, droguiste à Prague, a fait connaître qu'on vendait quelquefois sous le nom de semencine, un mélange de graines d'ombellifères. Ces semences, qu'il a reconnues pour appartenir, Tune, à un pimpinella^ l'autre à un anethum, imitent assez bien, à la première vue, le semen-contra. Hais pour peu qu'on les examine avec attention, on reconnaît qu'elles ont tous les caractères des semences desombellifères.

Comme le semen-contra perd une grande partie de sa couleur verte, et acquiert une teinte rougeâtre en vieillissant, les droguistes sont dans l'usage de le teindre avec un mélange de curcuma et AUndigo.

Quelques personnes ont indiqué la falsification du semencontra par la coralline pulvérisée, et ont avancé qu'on lui communiquait une belle couleur verte en le mouillant avec l'alcool.

Sous ce nom on comprend les feuilles, les fruits ou les follicules de divers végétaux appartenant à la famille des légumineuses et du genre cassia^ connus sous les noms de cassia obovoia, cassia ovata ou œthiopica^ cassia acutifolia, cassia lanceolnta^ cassia elongata. Ces plantes croissent principalement aux Indes orientales, dans la Syrie, l'Arabie, l'Egypte, la Libye, l'Âbyssinie, les contrées septentrionales de l'Afrique; en Espagne, en Italie et dans quelques îles de l'Amérique.

Le cassia obovata est l'espèce connue de la plupart des bo^

3i4 SÉNÉ.

tanistes sous le nom de casiia ienna (1), connue aotti sous les noiDS de $éné du Said^ êMde$pauvre$t séné de Barbarie^ séné d'Alep, séné d'Italie^ séné d'Espagne, séné de la Thébcide, séné de JHpoli^ séné du Sénégal. Elle a reçu le nom de cassia cbovaia à cause de la forme obtuse et ovale reiayersée de ses feuilles, coatrastaut avec la forme lancéolée, aiguë, de cdles du cassia acotifolia. Outre ce caractère bien traiicbéy les feuilles du cassia obovata sont longues d'environ 0^,027, larges de O^^OIl à 0",016, glabres, d'une couleur vert* jaunfttre, et terminées par une petite pointe courte au sommet. Quelquefois la base du pétiole est munie de deux stipules subulées, persistantes et entières. La saveur de ces feuilles est amère et nauséeuse ; leur odeur, forte et sui generis. Les follicules de cette espèce sont plats, minces, longs de 0">,027 à 0>»,034, larges de 0",Oil à 0°>,0i3, arqués en rein, ayant une sorte d'aile sur le dos -, au milieu de *leur surface et au-dessus, on remarque une ligne noirâtre, visible des deux côtés , qui correspond aux semences : sur chacune de celles-ci il y a une fissure transversale ; les semences sont noires, en cœur allongé, avec une pointe sur laquelle on voit une saillie en couture, et une dépression qui la coupe en croix.

Le cassia acutifolia (2), qui porte également les noms de feuilles orientales, séné d* Alexandrie, séné de Bucharie, séné de la ferme, sénépaltke ou de lapallhe, séné de Nubie, offre des feuilles entières, ovales, lancéolées, aiguës, pubescentes en dessus, un peu glabres en dessous, à nervures alternes, d'une couleur vert-jaunâtre; lés fidlicules sont de la longueur de ceux du cassia obovata, mais non recourbés en rein, minces, ovales et larges ; les semences sont blanchâtres et sans fissure sur la ligne mitoyenne qui indique la position qu'elles occupent.

Le cassia lanceolata, qui paratt fournir les sénés connus sous les dénominations de séné de la Mecque, séné Moka, forme une espèce ne différant de la précédente que par ses feuilles

(!) Senna vient, suivant quelques auteurs, ôesanars, guérir, et, suivant d'autres, de Sennaar, nom de l'un des pays où l'on récolte le séoé. (S) Sorte la plus estimée.

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plus étroites, subulées, non pubesceotes, et ses pétioles glanduleux. Ses folKcoles ne sont pas connus dans le commerce.

Le cassia elongata, qui fournit le séné de r/nde^ le séné de la pique ^ a des folioles allongées, linéaires-lancéolées, et dont quelques-unes ont jusqu^à 0"^,050 de long sur 0°>,007 à O'Q^Oli de large; elles ont une odeur forte et nauséabonde; elles sont d'un vertjaunfttre, terne, un peu glauque; fragiieS; minces; leur saveur est herbacée, fade et un peu amère; elles colorent la salive en vert jaunâtre. Les follicules sont minces, glabres, luisants, un peu arqués, vert-olive sur les bords, noirâtres au centre, au-dessus duquel s'élèvent des impressions qui indiquent remplacement des semences : celles-ci, au nombre de 5 à 7 au cœur, sont chagrinées et comme réticulées; les nervures sont anastomosées, plus épaisses vers les sutures que vers le milieu; la surface est piquetée de points blanchâtres; le sonmiet est arrondi. La longueur de ces follicules est de 0»,040 à 0»,054 et leur largeur de 0«»,016 à 0«n,020. Ils ont une odeur un peu plus faible que celle des folioles ; une saveur nauséeuse, fort désagréable, déterminant dans la bouche une sensation de chaleur, sans amertume. Us colorent fortement la salive en jaune brun.

Le cassia ovata, qui, ainsi que le cassia obovata, fournît le séné dit de Tripoli^ se compose de petites feuilles exactement ovales, aiguës au sommet, légèrement pubescentes en dessous, au moins au voisinage de la côte moyenne ; elles sont fragiles, d'un vert pâle, et le plus souvent brisées. Les follicules sont minces, d'un jaune pâle, ovales, d'un tiers plus petits que ceux du cassia obovata, et non arqués comme eux ; ils contiennent quelques semences cordi formes, blanchâtres, qui ne laissent qu'une trace peu marquée sur le milieu des gousses, et sans fissure au-dessus.

D'après Tanalyse de MM. Lassaigne et Feneulle, les feuilles du séné seraient composées de : cathariine (matière purgative du séné), chlorophylle^ huile volatile peu abondante, matière eo^ lorante jaune^ matière muqueuse^ albumine^ acide maliguej quelques sels.

Les follicules contiennent moins de cathartine et beaucoup plus de mucilage.

Usâgks. — Le séné est un médicament qui paratt avoir Mé introduit par les Arabes dans la matière médicale. C'est un purgatif très'énergique et très*employé; mais il a une saveur amère et désagréable, et il donne souvent des coliques. La décoction lui taisant perdre de ses propriétés, c'est sous forme d'infusé quon l'administre, soit en potions, soit en lavements. On l'associe souvent à des purgatifs minoratifs. On en prépare une poudre, un extrait, une teinture.

Falsifications. — Dans le commerce, on est dans Tusage de débiter sous le nom de séné de la Palthe, un produit résultant du mélange des folioles des cassia acutifolia et obovata et des feuilles du cynanchum arguely dans les proportions de 5 du premier, 3 du second et 2 du dernier. Le mélange se présente à l'œil sous l'aspect de folioles plus ou moins brisées, d'un vert jaunfttre. La présence des feuilles de Targuel dans le séné est une falsification qui a presque passé en habitude (i). Quant à nous, nous pensons qu'il serait bon

(1] En octobre 18)8, M. le préfet du Nord reçut une lettre de M. le maire de Tourcoing, dans laquelle ce fonctionnaire faisait connattre à l'autorité supérieure plusieurs empoisonnements causés par un séné acheté chez les épiciers de la ville. Le préfet fit aussitôt droit à la demande du maire, et une commission d'examen fut envoyée sur les lieux. Voici un extrait du rapport fait par M. Fée^ au nom de celte commission :

« Nous trouvâmes du séné chez tous les épiciers ; car la loi qui leur « interdit la vente des drogues simples au détail, leur permettant d* en <t vendre au demi-gros^ tous peuvent facilement éluder les dispositions « de Tordonnance de police du 18 pluviôse an ix, et celles de la loi du a 21 germinal an xi. Ainsi devient nulle et insuffisante ht prévision du a législateur, et Ton voit quels sont les tristes ré:>ultats de ces mesures « incomplètes qui, tenant lieu de bonnes lois, empêchent de voir les « lacunes qui existent dans notre législation medico-pharmaceutique. »

Le jury médical constata que plusieurs empoisonnements avaient eu lieu dans cette ville, mais heureusement aucun n*avait eu de suites mortelles.

« Il fut facile de reconnaître dans les sénés mélangés, des feuilles de « eynanque arguel et des feuilles de redoul {eoriaria myitifolià) , •c tantôt offrant une quantité d'arguel, hors de toute proportion avec u celle qu'on trouve communément dans les sénés, et qui, dans le séné « de la Palihe, n'excède jamais un dixième ; tantôt présentant du redoul « en (quantité variable de 5 à 15 et même à 95 o/» . Ces sénés étaient plus <« brises que ne le sont communément les sénés du commerce, et parais- « saient intermédiaires entre ceux de bonne qualité et le grabeau : au-

qu'il n'en fût pas ainsi. Il serait, du reste, facile d'enlever les feuilles d'arguel, car elles sont très-diiférentes de celtes du séné. Les feuilles de Targuel sont opposées, fermes, simples, sessiles, un peu glauques, lancéolées, entières, légères, vivement chagrinées sur les deux surfaces, surtout inférieurement où elles sont pubescentes, avec une ligne médiane prononcée, mais sans nervures transversales bien apparentes comme dans tous les sénés. Les feuilles ont une saveur amère plus prononcée que celles du séné, avec un arrière-goût sucré; leur odeur est nauséeuse. Elles sont plus purgatives que celles qui composent le séné, et c'est à leur présence dans ce médicament qu'il faut certainement attribuer les coliques et autres accidents auxquels il donne souvent lieu.

On mêle aussi quelquefois au séné les feuilles du redoul {coriaria myrtifolia) (I), arbrisseau qui croit en Provence et en Languedoc, dont les feuilles sont fort astringentes, vénéneuses, et qui, prises intérieurement, déterminent souvent les accidents les plus funestes. Les feuilles du redoul sont ovales, lancéolées, glabres, très-entières, larges de 0",007 à 0-,027, longues de (V,020 à 0",054 : elles offrent, outre la nervure du milieu, deux autres nervures très^saillantes qui partent, comme la première, du pétiole, s'écartent et se courbent vers le bord de la feuille, et se prolongent jusqu'à la pointe. Dans les plus grandes feuilles, on observe quelques autres nervures transversales qui joignent ces trois premières. Mais dans les plus petites, qui peuvent seules être confondues avec le séné, on n'aperçoit que les trois nervures principales, et ce caractère suffit pour les distinguer. D'ailleurs ces feuilles sont plus épaisses que celles du séné, un

«< trement, la fraude eût été trop facilement reconnue, ce qui ne fe- « rait pas le compte des falsificateurs. Néanmoins, ils négligent parfois « cette précaution. »

, Les sénés saisis avaient été achetés à Lille , ce qui nécessita une visite dans celte ville, tant chez les pharmaciens que chez les épiciers. Les premiers ne fournirent que des sénés de bonne qualité ; les seconds présentaient des sénés contenant au delà de 20 »/« de feuilles d^arguel brisées.

(1) (Test la falsification du séné, à la fois la plus ordinaire et la plus dangereuse. En 1847, M. Meurin, de Lille, reçut sous le nom de séfU ie la palthe, du séné contenant au moins 76 «/o de redoul!

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peu chagrinées à la rarface, non blanehfttres comme Parguel, douées d'une saveur astringente non mucilagineuse, et d'une odeur assez marquée et un peu nauséeuse. Le séné renferme aussi très-souvent, sous le nom de gra-

' beaux^ les débris de feuilles de substances végétales diverses,

dont il serait difficile de déterminer la nature et le caractère,

et que Ton devrait rejeter, comme ne pouvant occasionner

que les résultats les plus déplorables {\).

Nous donnons ici le tableau comparatif des réactions ob-

; tenues par Faddition de certains réactifs chimiques aux infusions de séné, de redoul, d'arguel, et de grabeau, faites avec une partie de feuilles concassées et dii parties d'eau distillée bouillante.

(i) En I8t5, M. I>«52anc jeune, pharmacien de Paris, rapporta le faitsui- ▼ant : « Un malade auquel on avait prescrit une tisane purgative acheta « chez un droguiste 1 5 gr. de séné connu sous le nom de fftaheaik» La tisane « ordonnée Tat fvéparée et prise par le malade, qui éprouva presque auMic tôt tous les symptômes d* un empoisonnement, lesquelsiirès^heureuse- « ment, n*eurent pas une longue durée. Ces accidents ayant été auribiiés « à une mauvaise disposition du malade, il reprit, le lendemain, la même « dose de tisane, et les symptômes d* intoxication reparurent plus vio- « lents que la veille. Alors le malade, soupçonnant la mauvaise nature « de la substance qu*on lui avait vendue pour du séné, me la fit exa^ c miner, et je ne tardai pas à acquérir la preuve qu*on ne lui avait pas « vendu du séné pur. »

En 1827, un uommé 6..., de B..., voulant se puiiger, ftt acheter chez un pharmacien 30 gr. de séné en place duquel on lui vendit du graheau, dont on ftt une décoction d'environ 160 gr. que G... prit vçrs les 6 heures du matin. Comme toute la décoction ne put être contenue entièrement dans le même verre, Texcédant (30 gr. environ) fut pris par la belle-sœur du malade, qui avait elle-même préparé le purgatif. Immédiatement après avoir bu ce liquide, G... éprouva successivement des coliques, de violentes convulsions générales, et enfin un tétanos avec resserrement des mâchoires, au point de couper avec les dents une cuiller d'étain qu*on lui introduisit dans la bouche pour lui faire avaler la potion prescrite ; 4 heures après, il mourut sans avoir eu aucune déjection alvine.

D'un autre côté, la belle-sœur du malheureux G..., quoique n'ayant pris qu'une minime quantité de la fatale décoction de grabeau, éprouva aussi les mêmes symptômes, moins énergiques il est vrai , mais assez prononcés pour donner les craintes les plus sérieuses. Des blancs d'œuf, délayés dans Teau, qu^elle prit vers le soir, la mirent hors de danger. Depuis, elle a contracté un état maladif qui ne lui était point habituel avant cet accident.

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