SULFATE DE MAGNÉSIE
précipité blanc, insoluble dans Tacide nitrique. Le carbonate de potasse et la potasse caustique y forment des précipités blancs insolubles ; les bicarbonates de potasse et de soude n'y occasionnent pas de précipité à froid, mais en cbaufTant le mélange il se trouble peu à peu et laisse déposer des flocons blancs de carbonate neutre de magnésie.
Cinq décigrammes dissous dans vingt-cinq grammes d'eau, et traités par une dissolution de carbonate d'ammoniaque^ ne sont pas entièrement précipités par dix-huit grammes d'une dissolution de phosphate de soude contenant une partie de sel sur vingt d'eau.
Cent parties en dissolution donnent avec un soluté bouillant de carbonate de soude, trente-quatre parties de carbonate de magnésie sec.
UsAOBS. — Le sulfate de magnésie est un purgatif trèsusité en médecine ; il fait la base de Teau de Sedlitz artificielle. Dans quelques opérations chimiques, le sulfate de magnésie est employé pour précipiter les oxydes de baryum et de plomb de leurs dissolutions acides.
Altérations et Falsifications. — Le sulfate de magnésie du commerce contient ordinairement des sulfates de fer^ de cuivre^ de manganèse^ du chlorure de magnésium ; quelquefois il renferme aussi du chlorure de calcium et d'autres sulfates, entre autres du sulfate de soude.
Le fer est facilement reconnu au précipité que forme Tammoniaque dans la solution du sel frelaté ; la liqueur séparée du précipité d'oxyde de fer est bleue lorsque la sulfate de magnésie renferme du cuivre. On débarrasse du fer le sulfate de magnésie, en dissolvant ce sel dans l'eau, et ajoutant à la dissolution une petite quantité d'hydrate de magnésie. On fait ensuite bouillir pendant un quart d'heure et on laisse cristalliser après avoir fait évaporer le liquide jusqu'au point convenable.
Le manganèse se reconnaît aisément par le caméléon vert qui se forme lorsqu'on vient à calciner le sulfate de magnésie manganésifère avec de la potasse caustique.
S'U se trouve des chlorures de calcium et de magnésium dans le sulfate de magnésie, on peut les séparer en traitant ce dernier sel par l'alcool, qui n'enlève que les chlorures. Alors
398 SULFATE DE MAGNéSIE.
la dissolution alcoolique fournit par Févaporation un résidu solide, déliquescent, faisant effer?escence avec Tacide sulfuriqùe, dégageant des fumées blanches d'acide hydrochlorique, rendues plus sensibles encore par rapproche d'une baguette de Terre imprégnée d'ammoniaque. Le même résidu redissous dans l'eau distillée, additionnée d'ammoniaque, fournit un pré- . cipité blanc par l'oxalate d'ammoniaque, si le sel primitivement essayé renfermait du chlorure calcique ; et le liquide séparé du précipité, traité par le phosphate de soude ammoniacal, donne lieu à son tour, au bout de vingt-quatre heures, à la formation de petits cristaux insolubles de phosphate ammoniaco-magnésien, dans le cas où la pureté du produit suspecté se trouve altérée par du chlorure de magnésium.
Si le sulfate de magnésie est mêlé d'autres sulfates, la pré* cipitation par le carbonate de soude l'indiquera facilement par la quantité insuffisante de carbonate de magnésie qui sera alors produit.
Le sulfate de soude est quelquefois substitué au sulfate de magnésie (i).
En 1842, un pharmacien fut condamné à 500 francs d'amende pour avoir fait cette substitution, qui se distingue aisément à ce que la solution ne précipite ni par le carbonate de potasse ou de soude, ni par la potasse ou la soude : le mélange des deux sels peut être déterminé en le dissolvant dans l'eau, ajoutant du carbonate d'ammoniaque et chauffant pour précipiter toute la magnésie à l'état de carbonate. Le précipité obtenu étant recueilli, lavé et fortement calciné, laissera de la magnésie, dont le poids indiquera celui du sulfate de magnésie cristallisé existant dans la matière
soumise à Tanalyse.
j Si on filtre la liqueur précipitée et qu'on Tévapore à sic-
; cité dans une capsule, on obtient un résidu qui, calciné au rouge obscur dans un creuset, laisse le sulfate de soude non ' décomposé.
(1) Le sulfate de soude employé dans ce cas est en petits prismes brisés à leurs sommets, provenant d'une cristallisation qui a été trouMéc avec intention. Ce tel constitue alors le sel itEps^m de Lùrraine, ainsi nommé par comparaison avec le véritable sel d*£p8om ou sulfate de magnésie.
SULFATE DE MOKPHINE.
H. Liebig a indiqué, pour séparer le sulfate de soude et le sulfate de magnésie, tra procédé qui repose sur la propriété que possède le sulfure de baryum de précipiter la magnésie de ses dissolutions salines, et de ne précipiter, au contraire, nî la soude, ni la potasse. En versant dans une solution aqueuse du mélange de sulfates un léger excès de sulfure de baryum , on aura un précipité de sulfate de baryte et de inagnésie et formation de sulfure de sodium dans la Ijqueor ; si l'on verse dans celle-ci un léger excès d'acide sulfurique, tout le sulfure de sodium sera converti en sulfate , et le sulfure de baryum en sulfate de baryte ; la liqueur, filtrée et évaporée, donnera un poids de sulfate de soude égal à celui que renfermait le mélange.
Ce sel, qui est le résultat de la combinaison de Tacide sulfurique avec la morphine, est formé, selon M. Liebig^ de : morphine, 75,38 ; acide sulfurique^ 10,33; eau chimiquement combinée, 4,66; eau de cristallisation, 9,63.
Le sulfate de morphine cristallise en prismes ou en aiguilles déliées qui se groupent en houppes rayonnées ; il est inaltérable à Tair, soluble dans deux fois son poids d'eau.
Usages. — Ce sel est employé en médecine, il entre dans diverses préparations pharmaceutiques, et on le donne à la dosé de 1 à 21 décigf ammes.
Altérations. — Le sulfate de morphine est quelquefois mêlé de substances étrangères, telles que le sulfate et le phosphate de chaux. Ces sels peuvent provenir du carbonate et du phosphate calcaire contenus dans le charbon animal impur qui aurait servi à décolorer la solution saline. La présence de ces sels de chaux se reconnaîtra par là calcination et Texamen du résidu obtenu, traité par Tacide cWôrhydrîque : s'il y a du phosphate de chaux, la solution fournira un précipité par l'ammoniaque; s'il y a du sulfate de chaux, la solution sera précipitée en blanc par Toxalate d'ammoniaque et par le chlorure de baryum. Si le sulfate examiné est pur, on n'obtient pas ces réactions.
400 SULFATE DE POTASSp,
lU&rATS »X VOTAflSX.
Ce sel, également connu sous les noms de nitré fixe de Sckrœder^ de tcartre vitriolé^ de vitriol de potasse^ sel poly^ ckrexte de Glazer^ sel de Duobus^ panacée de Holstein^ se présente cristallisé en prismes blancs, inodores, à six pans, trèscourts, terminés par un pointement à six faces. Il a une saveur salée,^un peu amère. Il n'éprouve aucune altération à Tair, mais quand on Texpose à Faction du feu il décrépite et fond à une chaleur rouge seulement. L'eau à + 12'' en dissout un dixième de son poids et un quart à + \QQo, U est tout à fait insoluble dans Falcool.
Sa dissolution précipite en blanc le nitrate de baryte, le chlorure de baryum, et n'est précipitée ni par le carbonate de potasse, ni par le cyanoferrure de potassium. Une solution concentrée d'acide tartrique y produit un précipité blanc cristallin de crème de tartre, soluble dans une plus grande quantité d'eau ; et celle de bichlorure de platine un précipité jaune-serin.
La dissolution de gaz acide sulfhydrique, la teinture de noix de galle, ne produisent dans la solution de sulfkte de potasse aucune coloration noire ou brune.
Usages. — Le sulfate de potasse est aujourd'hui peu employé en médecine, cependant on l'administre encore comme purgatif antilaiteux. En chimie, on se sert de sa solution, comme réactif pour précipiter de leurs dissolutions acides les oxydes de strontium, de baryum et de plomb.
ALTÉftATions. — On trouve quelquefois dans le commerce du sulfate de potasse renfermant du sulfate de zinc^ et parfois des sulfates de fer et de cuivre. Ce sel ainsi altéré nous arrive surtout de rAllemagne, où il est le produit secondaire de la fabrication de l'acide nitrique. Dans certaines localités où le sulfate de fer est abondant, on le substitue .à l'acide sulfurique. Le sel ferreux est employé à l'état brut. Il contient des quantités variables de zinc, de cuivre, etc., suivant la nature des sulfures qui ont servi à le produire. Le sulfate de zinc ne se décomposant qu'imparfaitement à la température employée, il en doit nécessaire-
SOtPiiTB Itt POTASSB. 401
ment rester une certaine quantité interposée dans les crislaux de sulfate de potasse, ou même combinée chimiquement avec lui comme sel double (sulfate zinoo-potassique). La parfidte blaocbeih* de ce sel, si elle dénote Fabsence du cuivre et du fer, ne peut donc pas toiqours être considérée comme une preuve de sa pureté.
Ces corps étrangers^ auxquels on doit peut-être attribuer quelques-uns des accidents graves (i) qui ont été causés par le sulfate de potasse, peuvent être facilemeot reconnus en faisant bouillir la dissolution du sel suspecté avec quelques gouttes d'acide nitrique, dans le but deperoxyder lefer, ajoutant ensuite à la liqueur unexcèsd'ammoniaque qui détermine la formation d'un précipité jaune, si elle contient du fer. Dans le cas où elle contiendrait du cuivre, il serait facile de le découvrir, car la liqueur ammoniaeale séparée de Toxyde de fer serait colorée en bleu. Du reste, si cette liqueur renfermait elle-même de l'oxyde de zinc, soluble, comme on le sait, dans Tammoniaque tout aussi bien que Toxyde de cuivre » on pourrait traiter la liqueur par un excès d*actde pur, sur-
(f) En 1843, une affreuse méprise, mais qui ne peut être le résultat d'une fttl&IÛcatioD, a donné lieu à des accidents grates. Du sulfate de potasse avait été par négligence mêlé de hichlorurê de wurcur0 et livré au commerce. Nous fûmes asspz heureux pour prévenir les suites épouvantables qu*auraU pu entraîner cette méprise , en faisant promptement arrêter la vente du produit en question. Ce sulfate de potasse se colorait en rouge par I*iodure de potassium ; sa solution était précipitée en Jaune par Tacide sulfhydrique, et le précipité passait au noir après quelques instants. Ce sel blanchissait une lame de cuivre sur laquelle on le ttotrtait. Projeté sur des charbons ardents, il fournissait une vapeur blaoche, qui blanchissait une lame de cuivre qu'on y exposait.
En 1848, le sieur T... succomba victime d'une erreur commise dans la délivrance de SO gr; ùb sulfate de potasse, qui fut reconmi être mêlé par négligence avec 7^ «f» de sêl d^oseille. Le pharmacien, traduit en po* lice correctionnelle sous l'inculpation d'homicide involontaire par imprudence, fVit reconnu 'coupable avec circonstances atténuantes, etcon» damné à 100 flr. d'amende. Par suite d*one transaction intervenue, le pharmacien s'engagea à payer une somme de 4,000 ft. aux héritiers du défunt.
On n'aurait pas eu à déplorer ces malheurs et d'autres encore que nous pourrions citer, si les pharmaciens avaient toujours le soin d'essayer le sulfate de potasse qu'ils achètent, avant de le livrer comme médicament. •
402 mtÊfkTÈ M QuimMB.
saturer rammonîaqoe, et y fafre passer ensuite un courant de gaz acide suifhydrique. Le enivre seul serait précipité, tandis que le zinc ne peut Tétre dans une dissolution acide.
Dans ces derniers tenps, M. E. Pester, pharmacien à ValencienneSy a reçu du sulfate de potasse qui contenait 8, iO et jusqu'à 20 o/o de siUfaie de sofide. Pour constater cette fraude on cette impureté, on fait une solution, à la température ambiante, de 100 gr. de sulfote de potasse réduit en poudre fine ; on filtre, et on complète en plusieurs fois un volume de 300 centimètres cubes. On plonge dans ce liquide le natromètre de M. Feêier (V. art. Potoêses); sur Téchelle de cet instrument on peut lire directement la quantité- de soude , et, par suite, de sulfate contenu dans MO p. du sel essayé.
Le iulfate de quinine^ également appelé eous-eulfaie de quint ne, mlfate neutre de quiniue^ est uo sel blanc qui cristallise en petites houppes soyeuses et en petites aiguilles fines, flexibles, ayant Téclat et le brillant de la nacre, inodores, très-amères, peu solubles dans Teau froide, qui en dissout i/740> et solubles dans 30 parties d'eau bouillante* L'akool le dissout beaucoup mieux, surtout à chaud.
Le sulfate acide est beaucoup plus soluble ; il se forme lorsqu'on ajoute quelques gouttes d'acide suUurique ou d*eau de Rabel, pour dissoudre le sulfate neutre des pharmacies.
Le sulfiate de quinine cristallisé contient 16,3 7o d'eau, qu'il perd en partie lorsqu'il s'efQeurit à Fair de manière à n'en plus retenir que 4,8, Le sel anhydre est formé d'acide sulfurique^ 10,9, eXà% quinine^ 89,1.
Les caractères dtstinctifs du sulfate de quinine pur sont les suivants : 1** ChauCTé dans un creuset de platine, il fond d*abord, se colore en rouge et se décompose en noircissant et en brûlant avec flamme ; il laisse un charbon volumineux qui disparatt par la calcination, sans laisser de résidu. Pendant la calcination, on perçoit d'abord une odeur de substance animale, puis une odeur aromatique particulière.
2» Dissous dans l'eau bouillante, il forme une solution qui précipite le nitrate de baryte, et produit avec to9 bases
SOLlrATB M OCININE. 403
alcalines un précipité blanc floconneux de quinine hydratée ; Tacide oxalique et les oxalates y occasionnent cm précipité blanc ; les solutions d*aeide gallique et tanniqile, ainsi que Tinfusion de noix de galle, y déterminent aossi des précipités Uancs, floconneux, solubles dans Tadde acétique.
3^ En formant une bouillie très-elaire dans une capsule de porcelaine ou dans un yerre de montre, avec 1 ou 2 centigrammes de sulfate de quinine pur et deux on trois gouttes d'acide aulforique concentré à 66<>, on ne remarque aucun changement de coloration, même après vingt-^uatre heures de réaction.
4^ Un soluté de 1 gramme de sulfate de quinine pur dans 50 grammes d*eau distillée, additionnée de 4 ou 5 gouttes diacide sulfurique, est décomposé par un solulé de 30 grammes de carbonate de soude : le précipité, chaoié jusqu'à ce qa*il se contracte et tee , donne par le refroidiasrâient une masse solide, qui pèse 75 centigrammes, aprèa dessiccation.
1^ Le sulfete de ^nioe se colore en rert^^meraude lorsqu'on le mêle avec dé Peau chlorée, additionnéa d'âMiO iriaque caustique (Brandeê).
& Le même sel, suiiwnl M. Vogel /Us, prend une b«He couleur rouge foncé par reddition du chlore (ou de dileviiVe de chaux mêlé d'acide chlorhydriqoe), puis du cyanofeiyiA^ de potassium en solution concentrée (1). La couleur ronge passe au vert ad bout de quelque temps. > «
UsAeis. — Le sulfate de quinine est Tondes agents lee|rtiis précieux de la thérapeutique: c^est le spécifique de toutes les maladies périodiques, à courtes périodes en général,' let des fièvres intermittentes en particulier ; c'est aussi un> tonique puissant. On l'administre quelquefois à hautes doses dans le
(1) II. WinckUr a signalé dans quelques écorces de quinquina la présence d*un nouvel alcaloïde, la quiniditu, dont le sulfate est assez difiBciie à distinguer du sulfate de quinines il n'en difièreque par la grande facilité ayec laquelle l'ammoniaque précipite d^ sa solution laoinchonine.
La solution d'un mélange de sulfate de quinine ei de sulfate de quinidine est précipitée par le carlx>nate de soude, et les alcaloïdes se dissolvent dans l'alcool i 0,8S. La quinine ne tarde pas à cristalliser sous forme de crisiaua rudes au .toiicber, plus solubles dans Talcool que la cincbonine, moins que la quinine, mais t#ès-peu solubles dans Teau.
404 SULFATE DB QUDOm.
rhumatiane. Oa en prépaie un vin, des tablettes, un sirop, une pommade.
FixsiPicAnoiis. — Le suUate de quîniney vu son prix élevé, a toujours été un objet de spéculation pour les fraudeurs. Les trop fréquents mécomptes que les médecins éprouvent dans remploi de ce précieux médicament ont souvent été dus aux altérations qu*on lui fait subir.
Le nombre des substances ordinairement employées pour le falsifier est très-considérable; ce sont : La cinchtmine^ te sulfate de cinc/umne^ le sulfate de chaux cristallisé en ai^ quilles^ les sulfatet de soude et de magnésie ; les carbonaies de chaux et de magnésie^ le phosphate de soude^ Vamiden^ h /Sirine^ la gomme, le sucre de lait^ le sucre de fécule ou le glu^ cose^ la mannite^ la saliciney la phloridsine^ fat stéarine j les ' acides margarique^ benzoique <i) et dorique ; le suere^ VoxaUie d'ammoniaçue ; enfin le sulfate de quinine peut renfermer une trop grande quantité d'^u .
L*eatt de cristallisation, en trop grande proportion, sera indiquéB par la perte de poids que fera éprouver au sulfate une dessiccation à une chaleur douce et longtemps conti* imée. Cette quantité d*eau ne doit pas excéder 10 à 12 7«; oiais le plus souvent, dans le commerce, elle vajusqu*à 15 % et même au delà, ce qui fait une éoorme difiEerence en raison de la valeur du sulfate de quinine.
L'addition de la cincbonine ou de son sulGUe est assez fréquente. Il existe des sulfates de quinine dont les premières et les plus belles cristallisations sont placées autour des fla- Gtm% pour flatter rœil, et le milieu est rempli par le produit appauvri des troisième et quatrième cristallisations ou par
(1) Le prix plus élevé de l'acide beosoique porte à penser qae son mélange avec le sulfate de quinine a dû être le résultat d'une erreur. Sa présence est d'ailleurs facilement reconnaissable à l'odeur prononcée de benjoin et d*urine qu'il communique au sulflite de quinine.
Quelques personnes ont prétendu aussi avoir trouvé du sulfate de quinine renfermant de la caféine; mais celte substance est bien trop coûteuse pour qu*on ait pu penser un instant à son emploi.
Le sucre et le sulfate de chaux ont, au contraire, servi fréquemment à frauder le sulfate de quinine. Il a même existé des fabriques où Ton pré|iarait du sulfate de chaux cristallisé en aiguilles fines, destiné spéciftlement à cet usage condamnable*
SI5LFATB I» QOmiM. 405
dee sulfates de oinchônîne, oa mdme par de la ckiehoniiie.
Plusieurs procédés ont été proposés pour arriver à recon- ' naître ces supercheries. D'abord, il est essentiel d*opérer avec un échantillon pris sur un ensemble mêlé exaetement^ afin de se mettre en garde contre le mode d*arrangement dont nous Tenons de parler.
Lorsqu'on s'est de la sorte formé un échantillon moyen, on ^ peut dissoudre le sel dans 40 parties d'eau bouillante, laquelle | ea refroidissant dépose beaucoup de sulfate de quinine et \ retient au contraire beaucoup de sulfate de cinchonine. En concentrant la liqueur, ce dernier cristallise en prismes rhomboldaux, courts, ou en écailles arrondies, formes cristallines qui ne sont pas celles qu'affecte le sulfate de quinine. On peut encore déceler la fraude de la manière suivante : On fait dissoudre le sel suspect dans de Teau acidulée par Tacide aiiifurique; on sature Texcès d'acide par l'ammoniaque, et, dans le solutum concentré et neutralisé, on verse une solnlion saturée de phosphate de soude. 11 y a formation de suUkte de cinchonine très-soluble et de phosphate de quinine peu soluble, surtout à froid. Par lafiltration, le sel de quinine reste sur le filtre, tandis que celui de cinchonine passe dans la liqueur , d'oè on peut alors l'extraire an moyen de l'ammoniaque, etlasoomettre à des expériences comparatives afin de bienétabKr sa nature.
On peut aussi reconnaître la même falsification en faisant bouillir, pendant 15 mlnutes^S grammes du sel suspecté avec iOO grammes de lait de chaux clair; il se forme du sulfate de chaux, de la quinine et de la cinchonine. On filtre, on évapore le tout jusqu'à siccité ; on traite le résidu par de l'alcool pur et chaud qui dissout les deux alcaloïdes : On sépare le sel de chaux insoluble en jetant la liqueur alcoolique sur un filtre, et on évapore le liquide clair de manière à en chasser presque complètement l'alcool. On y ajoute ensuite de l'acide acétique en assez grande quantité pour dissoudre les deux alcalis, et l'on évapore les acétates formés en consistance sirupeuse. On ajoute à ce sirop 100 grammes d'eau distillée froide ; on filtre ; l'acétate de quinine reste sur le filtre, et celoî de cinchonine passe dans la solution, que l'on évapore convenablement (en employant le bain-marie sur la fin de l'opération) pour le recueillir.
406 SULFATE BB {^UMU.
Deux autres raoyeuB onl été indiqués par M. 0. Bmry^ pour arriver au même bat :
•4? Op dissout daas de Teau dislillée, légèrement acidolée, un eertatn poids (vingt ou trente grammes) du sulCste de qui* nîne à essayer, puis on verse dans k solution un excès de soude caustique. Le dépôi recueilli après lavage est saturé à cbaud au moyen de Tacide acétique ; le mélange se prend p«r refroidissement en une masse cristalline que Ton jette sur un linge fin et que Ton exprime : la partie claire, concentrée à moitié, fournit, par le refroidissement, de nouveauxcristaox que Ton sépare da la môme manière* L'eau mère est alors dé- CQQiposée de nouyeau par la soude, caustique étendue, et le précipité lavé est traité à froid, soit, par rétber, soit par Taloool à SbS^. Après ce traitement, on le fait bouiUir deux fois ai^ moins dans Talcool rectifié, puis on filtre bouillant. La Mjtolioa aleoolifue évaporée avec soin et complètement four* nit la cinchooine en petite cristaux, aiguillés ou gr^us, trèsbriUanta, amers, insolubles dans Feau froide, solud^les dans rdcool; on le fait sécher et on en prend le poids. Voilà oom» ment on procède avec du sulfate de quinine renfermant du sttUale de cinebonine : mais si la falsification a été opérée à Taide 4e. la. cinebonine cristallisée, on observe que le mélange ne doit pas être solnbledans l(^ parties d'eau bouillaate.
i^ Le second procédé s'exécute de la manière suivante : On prend dix ^^maes de sulfate suspect, on y ajoute quatre gmnraes d'acétate de baryte, et Ton triture très-exactement dans un mortier de porcelaioe avec soixante grammes d'eau pnve , additionnée de quelques gouttes d'acide acétique. Le mélange ne tarde pas, après quelques instants, à se prendre en .une masse épaisse, soyeuse et aiguillée qui occupe un volume considérable; on enlève soigneusement cette masse avec un couteau d'ivoire, on la recueille sur une toile trèsfine ou. sur une flanelle légère, et on exprime rapidement^ Laliqueur trouble résultant de l'expression est filtrée au papier dans un matras ; on l'éteod du double de son volume d'alcool à 55^ (4), après avoir mis un léger excès d'à-
(1) Oa a ainsi accumulé toute la cinebonine à l'éiat d'aoétats en éH*
aULVATB DB QfOUlIlU,
cide ^Ifarique. et filtré de n^uveAii. On y. ajoute ensuite un encès d'ammoniaque caustique, puis on fait bouillir im moipeat» L'ébuUitioD détermine bientôt la formation et la se* paration de flocons qui, vus k une lumière vive, sont orïstaW Usés et brillants* Ces flocons» quand ils sont abondants, se précipitent promptement, et produisent un dépdt cnstallin, aiguillé, formé de cinchonine purcy On laisse refroidir en partie la liqueur^ on recueille sans perte ces cristaux ou ce dépôt grenu sur un filtre dont on a pris le poids^ et après avoir séché vite à une chaleur eonv^sahle, on pàse le préeipité, qui représente, à un septième ou un huitième près en moins , la quantité de sulfate de dncbonine existant dans la cpioine. La liqueur alcoolique recueillie à {lart donne, après éviq|)Qration, Tacétate de quinine. On faîl ainsi en vingt mi«^ notes et sans perte Fessai du solfote suspect.
On emploie quelquefois pour Tessai du sulfate de quinine lùiisi frelaté un proeédé dû à M* LMig, et qui oonstsle à. triturer un gramme du sul&te de quinine: dans un mortier de porcelaine avec soixante grammes d*amaioniaqj«e pure, i verser dans un flacon le liquide laiteux, et à y mêler soixama {pranomes d'étber suUiirique. Le flacon étant bien bouché, on i^t# à {duaieurs reprises et Ton abandonne au repos.
La quinine se dissout dans Téther avee une trace 'Sensible de cinchonine. La plus grande partie reste en flocons blancs criataUins ou en poussière cristalline à la loupe, nageant entre las.deux couches de liquides éthéré et ammoniacal. On en juge approximativement le poids à Tœi] et par oomparaiscm aiyno un mélange titré au dixième, par exemftle (4).
minanl la plus grande partie de la quinine, ce qui est très-important : car' lotstfa'otk prôcipite )a oiaehoaiD* par- fattmoniaqae, si elle est presque pu^ le dé^ôi 4e fait net et cm^lUsé ; mais-s^il y a. beaucoup de quiniaeiy . il est visqueux et résiniforme, en entraînant une partie de cette dernière base organique.
(1) Ce procédé, très-simple d'exécution, présente cependant Tinconi^énient de ne pouvoir sans quelque difficulté recueillir très-exactement la cinchonine pour la peser et en apprécier les véritables caractères, ne plus, vu le prix de Péther et les proportions du mélange à employer, on ne peut opérer aisément sur 5 ou 10 gr. de sulfate, à moins de se servir de 300 ou 600 gr. d'étber sulfurique, obstacle qu'on pourrait lever par des distillations.
408 SULFATE PE QDMIIIE.
M. 0. Henry a modifié ce deniier mode dressai de la manière saÎYante : k grammes de sulfate de quinine suspect sont introduits dans un ballon de verre après avoir été triturée avec un léger excès de soude caustique ou d'ammoniaque. La décomposition du sel organique opérée, on verse peu à peu de Féther sulfurique que Ton fait bouillir; on filtre à chand le liquide clair; le résidu insoluble est repris par Teau distillée dans le but de dissoudre le sulfate de soude ou d*ammonîaque qui s*est formé pendant Topération (1), et ce qui reste indissous est lacinchonineque Ton traitée chaud par Falcool rectifié; ce véhicule, après son évaporation, laisse la base cristalline. Après la filtration de Téther, on voit la solution de qui* nine former un liquide plus dense et jaunâtre qui occupe le fond du vase, et par Tévaporation spontanée du véhicule éthéré on obtient cet alcaloïde sous la forme d'une résine molle diaphane*
M. Bouchardat a également indiqué les moyens optiques comme capables de dénoter la présence de la cinchonineou de son sulfate dans le sulfate de quinine. Pour cela, il s'est fondé sur la propriété que possèdent ces deux alcaloïdes de dévier les rayons de lumière polarisée dans des directions diamétralement opposées, la quinine les déviant à gauche et la cinchonine à droite; mais nous croyons que les procédés précédents sont plus que suffisants pour faire reconnaître la iVaude. Nous ajouterons seulement une observation, c'est que dans la fatnication en grand du sulfate de quinine, il est im* possible de ne pas avoir un mélange de I à 2 <Vo de sulfate de cinchonine ; on ne doit, par conséquent, considérer» comme ayant été ajouté, que l'excédant de cette proportion jusqu'à plus de 10 Vo.
La présence du sulfate de chaux (2) dans le sulfate de quinine peut être démontrée par le réûdu (5) que laisse le pro-
(1) Le traitement par Teaa est indispensable pour isoler les sulfates de soude et d'ammoniaque; car, sans cette précaution, on pourrait les prendre pour de la cinchonine.
;%) Des industriels, abusant de la confiance que le public accorde à la marque Pelletier, ont livré non-seulement, en contrefaisant cette marque, des sulfates de quinine de qualité inférieure, mais encore des sulfates frelatés par $0 et jiisqu^à 80 Vo ^^ plâtre.
(3) Le sulfate de quinine pur ne doit laisser qu'un résidu très-miaims
SULFATE DE QUIICIIIE. 409
doit suspecté lorsqu'on le calcine soit à Taîr, soit dans un creaset de platine. D'un autre côté, Teau l^èrement acidulée dissout le sulfate de quinine et laisse le sel de chaux in« tact.
Il est, du reste, facile d^otfserver qu'yen traitant le sulfate de quinine par de Talcool à SO», on peut en isoler la cinchonine pure, la gomme, la fécule, la farine, les sulfates de chaux, de soude ou de magnésie, eflQeuris, le phosphate de soude et la magnésie calcinée, les carbonates de chaux et de magnésie, ! dans le cas où le produit essayé serait allongéparruneou Tautre ou par plusieurs des substances qui Tiennent d'être désignées.
On peut bien penser aussi que par la calcination du sulfate de quinine, on obtient pour résidu les sulfates de chaux, de soude ou de magnésie, le phosphate de soude, la magnésie, ainsi que les carbonates de chaux (l)etde magnésie. Dans les deux cas, le résidu doit être soumis aux traitements chimiques ordinairement employés pour déterminer la natnre des corps dont il s'agit.
En outre, si Ton verse par 2 ou 3 gouttes d'acide sulfurique à 66°, i à 2 centigrammes d'un mélange de 90 parties de sulfate de quinine et de dix parties d^amidon, on obtient une masse fluide trouble, blanc jaunâtre, qui, après uBe heure de réaction, prend une teinte rouge violacée, d'abord à la circonférence, et qui après 24 heures de réaction a laissé déposer un précipité aiguillé blanchâtre dans un liquide opalin. Si on délaye la masse dans l'alcool, il s'y pro- / dutt un trouble qui disparaît par l'addition d'une suffisante / quantité d'eau. L'amidon, dans le sulfate de quinine, peut aussi se reconnaître au moyen de la teinture d'iode qui le \ colore en bleu. \
En agissant de la même manière avec du sulfate de qui-
de sels fixes, provenant de i*eau commune au sein de laquelle il a cristallisé, ou de sulfate de chaux résultant de l'emploi du charbon animal comme décolorant.
(I) M. F, L. Winckler a examiné un sulfate de quinine du commerce qui eontenait jusqu'à 40 o/o de carbonate do chaux.
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nine .conteiuuQt iO pour 100 de gomme, ou obtient une 103566 fluide jaune paille, opaline, devenant jaunâtre après une heure de réaction, offrant au bout de ^ beorea un précipité terne dans un liquide jaune citron opalin^ et produisant par Taddition de Talcool un trouble qui disparaît dans une suffisante quantité d'eau.
Si Ton soqmet de la sorte à Faction de Tacide sulfurique à 60O du sulfate de quinine contenant 10 pour 100 de carbonate de chaux, on obtient une masse légèrement verdàtre, soulevée par le dégagement de gaz acide cart)onlque, qui ne change pas même après 34 heures de réaction, et qui, traitée par Valcool, fournit une liqueur laiteuse et un précipité blanc.
Lorsqu'on calcine et qu'on incinère sur une lame de platine 1 à 2 centigrammes de sulfate de quinine contenant 10 pour 100 de sulfate de soude, on obtient un résidu blanc en couche plat,e; ce résidu traité par le phosphate d'ammoniaque et exposé sur une lame de platine dans la flamme intérieure, la colore en jaune^ et disparaît par la fusion ignée ; exposés à Fair, les cristaux apparaissent et s'efileurissent lorsqu'on les chauffe légèrement pour reparaître par le contact prolongé de Fhaleine.
En calcinant de même 1 à â centigrammes de sulfate de . quinine renfermant 10 pour 100 de sulfate de magnésie, on obtient un résidu blanc léger, en couche plate, peu soluble dans Feau. Sa dissolution précipite par la soude caustique et ne précipite pas par Foxalate d'ammoniaque. L'acétate de plomb forme, dans le même soluté, un précipité noir, puis blanc, car le ré$idu se compose de magnésie et de sulfi^re de magnésix/m.
En opérant de la même manière sur du sulfate de quinijie renfermant 10 pour 100 de magnésie, on obtient un résidu blanc léger , qui n'est autre que de la magnésie ; son soluté ne donne qu'un précipité blanc avec Facétate de plomb.
Si Fon incinère 1 à 2 centigrammes de sulfate de quinine contenant 10 pour 100 de sulfate de chaux, on obtient un résidu blanc ^ offrant le plus souvent la forme boursouflée
SULFATE DE QUIiaNB. 411
du charbon, peusolnMe dans Feau, mais solnble dans Vacide acétique. La solution précipite aloîs en blanc par Toxalate d'ammoniaque et par l'acétate de plomb.
Lorsque le sulfate de quinine est falsifié par Toxalate d'ammoniaque, on peut facilement arrÎTer à le reoonnattre en traitant ce produit 4 <" par la potasse, qui dégage des vapeurs ammoniacales, sensibles à Todorat et faisant virer au bleu le papier de tournesol rougi, ou encore par rapproche d'une baguette de verre imprégnée d'acide acétique ou nitrique, et qui donne lieu à la formation sid>ite de vapeurs blanches de sel ammoniacal ; ^' par une très*petite quantité d'eau qui dis* sont Foxalate d'ammoniaque et qqi touche à peine au sulfate de quinine. L'eau provenant de«e traitement fournit ensuite avec la potasse, la soude ou la chaux, une odeur ammoniacale des plus sensibles, et donne avec un sel de chaux un précipité blanc abondante
On sophistique assez souvent le sulfate de quinine au moyen " du sucre (i) ; pour reconnaître cette fraude, on peut traiter le : produit suspecté par Talcool froid à 55** qui sépare ce sucre , en grande partie ; i'eau évaporée se caramélise ensuite par la ^ chaleur (2).
On peut encore dissoudre dans l'eau le sulfate falsifié ; ou décompose ensuite la dissolution par du carbonate dépotasse; la liqueur séparée de la quinine est évaporée, et le résidu est repris par l'alcool qui n'agit pas sur les sels de potasse formés, et qui dissout seulement le sucre, que l'on peut dès lors faciiement reconoattre.
Un autre procédé consiste à traiter le sulfate de quinine
(1)« Par jugement dn 21 septembre iS47, le tribunal de première « ÎDStance de Philippe ville a condamné à 200 fr. d^amende le sieur S..., « pharmacien , qui avait la fourniture de Thôpital civil, et qui avait « mêlé un cinquième environ de sucre en poudre à du sulfate de quic nine.qui lui avait été demandé. »
Nous avons appris que la vente des médicaments pour Ftaoepice, le dispensaire, les indigents , avait été faite à un raJtMiU de 61 ®/o sur les prix Axés par Tadministration. (Extrait du journal d'Alger, VÀkhhar, du 30 septembre 1847.)
(t) Le traitement par Talcool serait inutile si le sulfate renfermait une J forte quantité' de sucre, car alors la saveur du résidu indiquerait suffi- | samment sa présence.