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M. V. Legrip a également fait des expériences, dans le but de reconnaître les mélanges de cire et de suif, par le point de fusion ; les résultats qu’il a obtenus ne s’accordent pas tout à fait avec ceux de M. Lepage.
M. Legrip, pensant que le point de fusion ne peut indiquer la fraude que d’une manière imparfaite, a pris la densité comme moyen de distinction. Il a obtenu le même nombre 0,962 pour la densité de la cire jaune et de la cire blanche, et 0,881 pour celle du suif. Puis il a préparé à -|- 15" (1) deux liqueurs cérométriques : l’une, dont le poids était égal au poids d’un volume semblable de cire exempte de suif, et marquant 29" à l’alcoomètre Gag-Lussac; l’autre, dont un volume était égal en poids à un même volume de suif exempt de cire, et marquant 46" à l’alcoomètre. Tout mélange de ces deux liqueurs, en proportion quelconque, représente un mélange correspondant de cire et de suif : ainsi un mélange à parties égales des deux liqueurs représente- un mélange de 50 parties de cire et de 50 parties de suif.
On peut encore prendre un échantillon moyen de la cire à examiner, et le plonger, à 4- 15", dans une liqueur cérométrique préparée avec des proportions d’eau et d’alcool telles que l’échantillon reste suspendu au milieu du liquide sans pouvoir ni gagner la surface, ni atteindre le fond. L’échantillon de cire enlevé, on le remplace par l’alcoomètre, et le degré marqué par ce dernier, étant toujours entre 29 et 46, indique la richesse en cire ou le degré cérométrique de l’échantillon soumis à l’essai, et par suite la quantité de suif qui y a été introduite.
Ainsi, d’après les expériences de M. Legrip, les divers mélanges de cire et de suif qui suivent correspondent, comme densité, aux degrés alcoométriques indiqués dans le tableau suivant :
alcoométrique.
Cire.
Suif.
Il est clair qu’on peut construire un céromètre ayant une échelle centésimale ;
(1) Cette température est très-importante à maintenir; faute de ce soin, l’opération ne réussit pas.
Chevallier et Baudrimoîst, 5' édit.
274 CIRE d’abeille.
le point inférieur, cire 100, répondrait à 29“ de l’alcoomètre, et le point supérieur, cire 0, à 46.
En répétant les expériences de M. Legrip^ M. Hardy, ayant reconnu que la densité du suif est égale à 0,8863 et celle de la cire à 0,962 ou 0,963, a été appelé à corriger les chiffres précédents. D’après ce praticien, les divers mélanges de cire et de suif restent en suspension dans les liquides alcooliques qui suivent :
Alcool îi SO" correspond à cire
suif 0
— lOO
A la place de ces moyens physiques, Gottlieb a recommandé le procédé chimique suivant pour la recherche du suif dans la cire : on fait houillir pendant une demi-heure 13 grammes de cire avec 90 ou 100 grammes de solution de potasse caustique à 1,20 de densité ; on hrasse la masse savonneuse formée ; on fait houillir de nouveau pendant une heure, puis on décompose à froid le savon produit par de l’acide sulfurique dilué. On maintient ensuite le mélange en ébullition jusqu’à ce que la couche des acides gras mis en liberté soit devenue bien claire. On enlève cette couche refroidie et solidifiée, et on la fait fondre au bain-marie en présence d’un léger excès de litharge finement pulvérisée. Le savon de plomb qui en résulte est ensuite agité pendant trois heures avec de l’éther dans un flacon bien bouché : ce liquide dissout l’oléate de plomb provenant du suif : en essayant la liqueur éthérée par l’hydrogène sulfuré, l’intensité de la coloration due à la formation du sulfure noir de plomb permet d’apprécier la dose de suif contenue (.'ans la cire.
La falsification de la cire par Vacide stéarique, signalée par M. Lacassin, peut se reconnaître, d’après M. C. Regnard, au moyen de l’eau de chaux ou de l’ammoniaque ; mais le premier réactif est préférable au second. On chauffe l’eau de chaux avec la cire à examiner, préalablement coupée en lanières aussi minces que possible. Si la cire est pure, l’eau de chaux reste transparente; dans le cas contraire, elle perd bientôt sa transparence et sa propriété de ramener au bleu le papier de tournesol rougi; il se forme un louche très-sensible, et un dépôt de matière blanche qui est du stéarate de chaux insoluble. Avec une eau de chaux de force connue, on peut reconnaître la proportion d’acide stéarique contenue dans la cire, sachant combien il faut d’eau de chaux pour saturer une quantité déterminée d'acide stéarique.
Si l’on broie dans un mortier la cire avec de l’ammoniaque, le liquide se trouble lorsque la cire contient de l’acide stéaiique, et il se forme du stéarate d’ammoniaque; mais le louche ne se manifeste pas, si on agit sur des liqueurs étendues.
M. Vogel indique le chloroforme comme propre à découvrir les falsifications de la cire blanche par le suif ou l’acide stéarique : 1 partie de cire pure, traitée par 6 à 8 parties en poids de chloroforme, à la température ordinaire, laisse 75 p. lUO de résidu ; le chloroforme en a dissous 23 p. 100. Par consé([uent, toute cire qui, soumise au même traitement, éprouve une perte excédant 1/4 de son poids, doit être considérée comme adultérée.
Pour découvrir la présence de la stéarine dans la cire, M. Lebel fait fondre
CIRE d’abeille.
1 partie de la cire suspecte dans 2 parties d’huile ; le tout est battu avec son poids d’eau, puis il ajoute quelques gouttes de sous-acétate de plomb liquide : il y a décomposition instantanée et formation d’un stéarate de plomb d’une solidité très-remarquable. On peut ainsi reconnaître 1/20 de stéarine dans la cire.
Pour constater la présence de Vacide atearique, des résines et du suif dans la cire, M. Fehling a proposé la méthode suivante : on fait bouillir pendant 4 à 5 minutes 1 partie de cire avec 20 fois son poids d’alcool fort; on laisse ensuite le liquide se refroidir complètement pendant plusieurs heures, puis on le filtre. Si alors on lui ajoute de l’eau, on voit la solution se troubler à peine, si la cire était pure; mais elle déposera des flocons plus ou moins abondants, lorsqu’elle a retenu l’acide stéarique ou les résines employés à la falsification : 1/100 d’acide stéarique est décelé par ce procédé.
On peut l’appliquer également à la recherche du suif en le saponifiant préalablement cl l’aide d’une solution étendue de soude caustique (au 200'’). On sature ensuite le tout par un acide faible et l’on chauffe : la cire se sépare; on la recueille après refroidissement, puis on la sèche avec dii papier buvard, et enfin, on la traite comme il est dit plus haut, par l’alcool et l’eau.
6® La cire fraudée par l’addition de la paraffine ou de la cérésine (1) doit être soumise, d’après M. Landolt, à l’action de l’acide sulfurique fumant. On met ce liquide dans une petite capsule avec la cire à essayer, et l’on chauffe ; la masse se tuméfie d’abord, puis la cire est détruite en se carbonisant, tandis que la paraffine ou la cérésine résiste à cette action ; aussi la retrouve-t-on intacte et blanche après refroidissement. On l’enlève, puis elle est lavée, séchée et pesée.
M. Libs-Bodart prétend que l’acide sulfurique fumant attaque la paraffine : aussi, pour éviter cet inconvénient, il charbonne la cire à l’aide de cet acide, mais en présence de l’alcool amylique qui affaiblit son action en le transformant en partie en acide sulfamylique dans lequel la paraffine est insoluble.
M. Dullo propose, pour cette recherche, l’emploi de l’éther qui dissout moitié de son poids de cire et beaucoup plus encore de paraffine ; si donc, après évaporation, il laisse plus de 50 p. 100 de résidu, c’est que la cire était fal^fiée*.
Pour la recherche de la paraffine, Pagen a eu recours au point de fusion, ce qui n’est pas très-précis, puisque les diverses paraffines ne fondent pas à la môme température. Wagner préfère déterminer la densité du mélange. Sachant que le poids spécifique de la cire peut varier entre 0,962 et 0,969 et que celui de la paraffine se place entre 0,869 et 0,875, l’auteur s’est assuré qu’en faisant des mélanges de ces deux substances, la densité du mélange correspondait à la proportion des substances employées; c’est ce qui est établi par le tableau suivant :
(1) La cKiiÉsiNE, qu'on substitue maintenant si souvent à la cire blandie, provient du traitement de ïozolcérite ou cire fossile par l’acide sulfurique fumant; c’est sans doute une paraffine. Elle a l’aspect et la cassure de la cire, fond à 90", 5, puis plus tard se sublime. Elle est lentement soluble dans l’cther, le chloroforme, le sulfure de carbone, qui la déposent à chaud en flocons blancs gélatineux ; mais elle est presque insoluble dans l’alcool. L’acide sulfurique concentré et chaud la colore en rouge rubis, puis la charbonne en dégageant de l’acide sulfureux. Elle n’est pas saponifiée par les alcalis.