‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 147 sur 470 · EAUX DISTILLÉES AROMATIQUES · texte numérisé non relu

EAUX DISTILLÉES AROMATIQUES

l’indice d’une certaine quantité de matière organique azotée contenue dans l’eau (1).

Falsiflcations. — On recueille l’eau condensée dans les machines à vapeur, pour la substituer à l’eau distillée ; elle est alors rarement exempte d’impuretés.

EAUX DISTILLÉES AROMATIQUES. — On donne le nom à'eaux distillées, ou à'hydrolats, aux eaux chargées, par la distillation, des principes volatils des végétaux contenus dans quelques-unes de leurs parties (racines, écorces, feuilles, fleurs, fruits ou semences). -

Le principe volatil qui prédomine ordinairement dans les eaux distillées est l’huile essentielle; ces eaux ont l’odeur des plantes qui les ont fournies, parce qu’on les prépare surtout avec des plantes aromatiques. Aussi avait-on divisé les eaux distillées en eaux distillées odorantes et en eaux distillées inodores. Mais ces eaux, préparées avec des plantes sans odeur, peuvent en retenir tous les principes actifs lorsqu’on les recohobe trois ou quatre fois sur de nouvelles parties de plantes fraîches.

/lltéraiions. — Les eaux distillées de bonne qualité doivent offrir l’odeur franche de la plante qui a servi à les préparer, et non une odeur empyreumatique. Elles s’altèrent à la longue en déposant des matières floconneuses qui sont le résultat de végétations cryptogamiques qui s"y développent aux dépens de leurs principes organiques ; elles prennent en même temps les caractères d’une acidité très-marquée; l’eau de laitue devient au contraire légèrement ammoniacale.

Les eaux distillées, condensées dans des serpentins en plomb ou en alliage à bas titre, contiennent du plomb, dont la présence est décelée par la coloration en brun noirâtre qu’y fait naître l’hydrogène sulfuré. Celles qui sont obtenues dans les alambics en cuivre étamé entraîneraient, d’après M. Flech, des traces d’étain auquel elles devraient leur goût de feu (?j.

Falsifications. — On substitue quelquefois aux eaux distillées officinales des dissolutions d’essences dans l’eau ordinaire, obtenues soit par simple agitation, soit en y introduisant l’essence préalablement divisée à l’aide du sucre ou du carbonate de magnésie. Ces bydrolats sont moins riches en huile essentielle que ceux qu’on obtient par distillation. M. Daregazzi s’est assuré que ces derniers absorbent plus d’iode que les eaux artificielles. M. Lepage (de Gisors) emploie pour cette sorte d’essai une solution normale ainsi composée : iode 1 p., iodure de potassium 2 p., eau distillée 97 p. Ce savant praticien a reconnu que, en moyenne :

50 grammes d’hydrolat d’absinthe pouvaient en décolorer gouttes.

— de laurier-cerise 18 à 20 —

— de mélisse 16 —

— de fleurs d’oranger 15 —

— de roses 14 —

— de mélilot 10 —

(1) L’eau distillée aérée, comme les eaux pluviales, a sur le plomb métallique une action trèsénergique, capable d’oxyder le métal superficiellement, et de répandre dans toute la masse du liquide de l’oxyde de plomb en moins d’une minute ; cette sorte d’action corrosive se continue lentement sous l’influence de l’air, et produit un dépôt de plus en plus considérable. On doit donc bien se garder d’employer des conduits ou des réservoirs en plomb pour recueillir l’eau distillée comme l’eau pluviale. ’

EAU DE FLEURS d’oRANGER.

Les eaux distillées de menthe poivrée, de cannelle, d’hysope, de valériane et de tanaisie, n’absorbent que 4 à 6 gouttes de solution normale d’iode, par chaque 50 grammes.

La décoloration, qui est immédiate avec les eaux d’amandes amères et de laurier-cerise, n’a lieu avec les autres hydrolats qu’au bout d’un temps plus ou moins long (quelquefois plusieurs heures).

Lorsque les mélanges d’eau et d’essence ont été préparés à l’aide du sucre ou de la magnésie, on retrouve ces deux dernières substances par évaporation complète du liquide. L’incinération du résidu permet de distinguer le sucre de la magnésie.

EAU DE FLEURS D’ORANGER. — Cette eau, connue aussi sous les noms A'hydrolat de fleurs d'oranger, à' eau de naphé, est fabriquée principalement à Grasse (Var), où elle fait, avec d’autres eaux distillées et diverses essences, l’objet d’un commerce considérable.

L’eau de fleurs d’oranger de bonne qualité doit être limpide, incolore, d’une saveur et d’une odeur agréables assez prononcées ; elle ne doit laisser aucun résidu à l’évaporation. En outre, elle se colore en rose par l’addition d’une petite quantité d’acide nitrique ou sulfurique [Leroy aîné, Planche).

Usagées. — Cette eau, regardée comme un bon antispasmodique, est trèsemployée en thérapeutique et dans l’économie domestique.

Altérations. — L"eau de fleurs d’oranger devient parfois visqueuse et acquiert une odeur putride. Pour corriger cette altération, on a recours à l’emploi d’un excès de magnésie, puis à une nouvelle distillation ; mais l’eau n’a plus d’odeur.

Souvent l’bydrolat devient acide, il s’y développe une petite quantité d’acide acétique, reconnaissable au goût et à son action sur la teinture ou le papier de tournesol : cette eau acide, conservée dans des estagnons de cuivre étamé, de fer-blanc ou de zinc, réagit sur le métal et sur l’étamage, et, par suite, renferme du cuivre, du fer, du zinc ou du plomb provenant d’un étamage trop souvent fait avec de l’étain allié de plomb, ou de l’oxyde de ce métal ajouté pour saturer l’acide acétique (1).

Ces eaux de fleurs d’oranger métallifères ne sont pas, dans la plupart des cas, nuisibles à la santé ; mais, leur vente présentant des inconvénients, attendu que leur état d’altération peut s’aggraver par un séjour plus ou moins prolongé dans les estagnons, il est important de rechercher les divers métaux qu’elles contiennent.

Pour cela on réduit au quart de son volume, par évaporation, l’eau à essayer; puis, une partie de celle-ci étant prise, on l’additionne d’hydrogène sulfuré. 11 en résulte un précipité noir ou blanc ; ou bien la liqueur reste limpide. Le précipité noir est dû à du plomb ou à du cuivre ; le précipité blanc, à du zinc, ou bien à un sel de pero.xyde de fer. En essayant une autre partie de cette eau à l’aide du cyanure jaune, on obtient • une coloration bleue pour le fer ; une coloration ou un précipité rouge-grenat pour le cuivre ; un précipité blanc pour le zinc et pour le plomb. Ce dernier donne encore un précipité jaune par l’iodure de potassium.

(i) Les eaux de fleurs d’oranger contenues dans des sacoches rgnferment souvent des sels de plomb et de cuivre qui proviennent de leur séjour anterieur dans des estagnons.

Page 1