ÉTHER SULFURIQUE
suave ; sa saveur est fraîche et aromatique. Sa densité est de 0,7115 à -f 24®, de 0,7154 à 20®, et de 0,7237 à -f- 12®, 5. 11 est extrêmement volatil, bout à -}- 35®, 6, sous la pression de O™, 76. 11 brûle avec beaucoup de facilité. Sa vapeur est très-dense, et pèse 2,565. Un mélange de vapeurs d’éther et d’air ou d’oxygène est explosif au plus haut degré, à l’approche d’un corps enflammé. L’éther se dissout dans 10 p. d’eau; il se mêle en toutes proportions avec Talcool, les huiles fixes et volatiles.
L'éther pur marque 65® à l’aréomètre de Baumé ; mêlé avec partie égale d’alcool, il prend le nom de liqueur anodine d' Hoffmann, marque alors 46" Baumé.
Usagées. — L’éther sulfurique est très-employé en médecine, principalement comme antispasmodique ; on l’administre contre les convulsions, l'épilepsie, l'hystérie, les douleurs nerveuses et rhumatismales. On le fait entrer dans un sirop dit sirop d'éther. 11 est le véhicule des médicaments connus sous le nom de teintures éthérées. C’est aussi un dissolvant très-usité dans les arts et dans les laboratoires de chimie.
L’éther a été employé, avant le chloroforme, en inhalations pour produire l’insensibilité pendant les opérations chirurgicales. Cette découverte remarquable a été faite, en 1846, par MM. les docteurs Jackson et Morton, de Boston.
Altérations. — h' éther pur anhydre, c'est-à-dire privé d’alcool et d’eau, doit marquer 65® Baumé à -j- 15®. 11 ne doit pas bleuir le sulfate de cuivre anhydre et blanc qu’on lui ajoute et ne doit pas se colorer en rouge brun au contact du phénate de potasse.
liéther du commerce est de deux sortes : il est à 62® ou à 56®. Dans les deux cas, c’est toujours un mélange à' éther , à.' alcool et d'eau, auxquels s’ajoute Y huile douce de vin pesante. Enfin, quelquefois il rougit la teinture de tournesol et doit son acidité, soit à de Vacide sulfurique, lorsqu’il n’a pas été bien rectifié, soit à de Vacide acétique qui se produit par l’action de l’air sur les mélanges d’éther et d’eau.
La présence des acides y est facilement constatée, et par le tournesol, et par les carbonates qui donnent alors avec lui une effervescence plus ou moins vive ; chassant ensuite l’éther par évaporation, il reste un sel qui précipite le chlorure de baryum, si l’on a affaire à un sulfate, ou qui dégage de Vacide acétique par l’acide sulfurique, si le résidu est un acétate.
L’éther agité avec l’eau donne une liqueur trouble et huileuse lorsqu’il contient de Vhuile douce de vin. En le distillant avec de l’eau, des globules viennent à la surface de ce liquide. Enfin, l’impureté peut se manifester par l’odeur caractéristique de la substance huileuse qu’abandonnent quelques gouttes d’éther évaporées dans le creux de la main.
Pour reconnaître l’eau et l’alcool dans l’éther, on le pèse à l’aréomètre, ou on l’agite dans un tube gradué, avec une solution de chlorure de calcium : la diminution de volume indique le mélange.
A ce moyen insuffisant, MM. Regnauld et Adrian ont substitué une méthode ethérométrique propre à déterminer les proportions d’alcool et d’eau contenues dans l’éther du commerce. Leur mémoire si remarquable et si précis offre un grand nombre de tableaux et d’indications expérimentales qu’on doit consulter directement. (Voj. Journal de pharmacie, 1864 et 1865.) Leur méthode se résume en ceci : à l'aide d’un densimètre très-exact gradué pour la température de -j- 15® et dont l'échelle est comprise entre 0,718 et 0,760, on fait deux déter-
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minations de densité de l’éther à essayer, l’une avant, l’autre après avoir fait agir sur lui 45/100 de son poids de carbonate de potasse bien desséché par une calcination au rouge sombre. En rapportant les chiffres de ces deux expériences à ceux d’une table à double entrée dressée pour cet usage, on calcule facilement les proportions d’éther pur, d’alcool et d’eau qui constituaient le mélange. Ce tableau permet l’analyse de l’éther depuis celui qui est anhydre et pur jusqu’à l’éther à 56“. Ce dernier serait formé de : éther pur, 71,394; alcool absolu, 25,746; eau, 2,860; ce qui correspond très-approximativement à un mélange en volumes, à -j- 15“, de 720 d’éther pur pour 280 d’alcool à 90“.
D’autres tableaux très-importants donnent le moyen de ramener à cette composition tons les éthers du commerce qui sont à titre plus élevé.
Lorsqu’on veut s’assurer de la présence de l’alcool dans l’éther, on peut avoir recours: 1“ au violet d’aniline qui est insoluble dans l’éther pur; autrement il se colore en violet; 2“ au sodium qui dégage de l’hydrogène s’il rencontre de l’alcool ou de l’eau ; 3“ à l’emploi d’un petit fragment d’iode, qu’on chauffe avec un peu d’éther dans un tube à essais ; on ajoute quelques gouttes de soude caustique pour décolorer la liqueur ; il se dépose ensuite des petits cristaux jaunâtres et brillants d’iodoforme [Lieben). Ce dernier procédé est e.xcellent pour constater la présence de l’alcool partout où il se rencontre.
■ D’après M. Bœttger, on peut reconnaître la présence de l’eau dans l’éther en agitant ce dernier avec son volume de sulfure de carbone : le mélange reste limpide si l’éther est anhydre, tandis qu’il devient laiteux dans le cas contraire.
Le même auteur prétend qu’en laissant séjourner un fragment de potasse caustique dans de l’éther alcoolisé, il se produit une coloration jaune que l’éther pur ne donne pas.
ÉTHIOPS MARTIAL. — V. Oxydes de fer.
ÉTHIOPS MINÉRAL. — L’éthiops minéral, ou sulfure noir de mercure^ est un mélange de sulfure de mercure avec du soufre, et quelquefois avec du mercure métallique.
Usagées. — L’éthiops minéral est principalement employé en médecine comme vermifuge ; on l’administre aussi dans les maladies scrofuleuses.
Falsifications. — Quoique peu employée, cette mauvaise préparation est quelquefois falsifiée par la plombagine^ le charbon en poudre, le noir d'ivoire.
Ces fraudes sont faciles à reconnaître au moyen de la chaleur; quelques grammes d’éthiops chauffés fortement dans un tube à essais, se volatilisent complètement et laissent pour résidu les matières étrangères fixes avec lesquelles on l’a mélangé.
ÉTOFFES. — V. Matières textiles.
EXPERT. — L’expert est l’homme dont les connaissances spéciales sont invoquées par les magistrats ou par les personnes lésées dans leurs intérêts, dans le but d’être éclairés sur l’état de pureté ou la falsification d’une marchandise, la nature d’un alliage, l’altération d’une écriture, la présence ou l’absence d’une matière toxique dans des substances alimentaires, etc., etc.
On distingue plusieurs sortes d’experts, d’après leur spécialité. Ainsi, les ta- Chevallier et Bauduimont, 5' édit. 20
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bleaux dressés par ordre du tribunal de première instance delà Seine indiquent des experts médecins, chirurgiens, accoucheurs, chimistes, pharmaciens, vétérinaires ; des experts archivistes ^paléographes, ingéniew's, architectes, écrivains, teneurs de livres; des experts en peinture, des experts interprètes traducteurs ; des experts tapissiers, carrossiers, armuriei's, etc.
Ces experts, après avoir prêté le serment voulu par la loi, examinent les questions qui leur sont soumises, font un rapport qu’ils déposent entre les mains des personnes désignées pour recevoir cet acte.
Pour tout ce qui concerne la législation applicable aux experts, nous renvoyons aux livres de droit qui traitent de cette question. Nous voulons seulement dire ici un mot des précautions à prendre lorsque l’on fait choix d’un expert, de la prudence que celui-ci doit apporter dans des fonctions qui, devenant presque une magistrature, remettent entre ses mains l’honneur des familles et quelquefois la vie de ses semblables.
L’expert chimiste qui a obtenu la confiance des tribunaux, comprenant l’importance de la mission qui lui est imposée, doit, lorsqu’il manque de pratique, se livrer à l’étude spéciale de toutes les questions qui se rattachent à la chimie judiciaire; il ne doitjamais se prononcer sans que sa conviction soit entière ; et, s’il conçoit un doute, il doit mettre de côté toute fausse honte, et demander au besoin qu’un second expert lui soit adjoint afin d’élucider la question.
Nous avons connu des experts qui, pour éviter toute erreur, ont fait faire à Paris les expertises dont ils avaient été chargés en province, et qu’ils n’avaient pas osé refuser, dans la crainte d’être taxés d’ignorance. L’expertise, en effet, n’est pas toujours chose facile, et les fonctions d’expert exigent, de la part de celui qui les remplit, un savoir profond joint à une extrême prudence.
M. Collard de Martigny qui, après avoir étudié la chimie, fut appelé à remplir diverses fonctions dans la magistrature, notamment celles de substitut près la Cour d’assises des Vosges, a publié dans les Annales d'hjgiène, t. VII, p. 160, un mémoire intéressant sur le sujet que nous traitons ; il y établit :
1“ Qu’il faut avoir recours à des experts dans un grand nombre de cas ;
2“ Que le choix des experts a une haute importance;
3“ Que les titres d’un homme ne peuvent donner au magistrat les garanties nécessaires sur son mérite comme expert;
4“ Que des experts incapables ont commis ou fait commettre de graves erreurs (I).
1 1) Nous nous bornons à extraire du travail de M. Collard de Martiyny le passage suivant qui est d'une grande justesse :
« Souvent, en vertu des articles 43 et 44 du Code d’instruction criminelle, des médecins et des « cliimistes sont appelés à éclairer l'action de la justice. Les magistrats qui invoquent leurs lu- « mières sont rarement en état de juger du mérite des rapports qui leur sont faits, les jurés encore « moins; et cela est facile à concevoir, puisqu’il s’agit de matières qui exigent de longues et diffi- « elles études, rarement entreprises par quiconque ne s’est point dévoué à la profession de médecin « ou de pharmacien.
a La garantie qu’ils ne peuvent chercher dans l’examen du rapport, les magistrats peuvent sou- K vent l’obtenir du titre même du rapporteur : la qualité de médecin et de pharmacien est pour « eux une présomption de science et de capacité, dont ils sont presque toujours portés à se con- « tenter.
« Ils auraient assurément raison, si les opérations de la médecine légale présentaient moins « fréquemment des questions d’une délicatesse extrême, en dehors d’études et d’un talent ordi-
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Nous avons été à même de constater certaines erreurs commises par des personnes pourvues de connaissances scientifiques assez étendues, mais qui manquaient d’une pratique suffisante. Or, selon nous, pour être habile expert, il faut avoir beaucoup vu et beaucoup pratiqué.
Voici quelques exemples à l’appui de notre assertion :
1“ Dans une affaire qui s'instruisait à B. .. et où il y avait suspicion d’empoisonnement par du café, les deux experts délégués vinrent déclarer dans leur rapport que le café ne contenait qu’un sel de fer. Un savant auquel ce rapport est présenté démontre que ce dernier n’est pas à la hauteur des connaissances toxicologiques actuelles. Une seconde expertise est demandée; il en résulte que le café contenait une forte proportion d’un sel de cuivre (1).
2° A S.. ., dans une accusation d’empoisonnement portée contre la femme G..., trois experts, chargés d’analyser les débris d’organes de la victime, déclarent h l’unanimité que ces organes ne contiennent pas d’arsenic. Le parquet de S..., suspectant une pareille conclusion qui se trouvait en désaccord avec les faits judiciaires, ordonne une contre-expertise à Paris ; les e.xperts de la capitale constatent la présence de l’arsenic. Appelés aux assises, ils font une troisième expertise, de concert avec les premiers experts, et présentent au tribunal l’arsenic résultant de leurs recherches (2).
3“ A B..., une affaire semblable à celle de S... se présenta; les premiers experts conclurent à l’absence de l’arsenic ; dans une contre-expertise faite à Paris, on en trouva, au contraire, une très-grande quantité. Sur la demande des experts de Paris, ceux de B... vinrent à, Paris avec des matières qu’ils apportèrent eux-mêmes, et, dans une troisième expertise faite en commun, la présence d'une forte proportion d’arsenic fut de nouveau constatée.
4" A A..., dans une accusation d’empoisonnement, les experts conclurent à la présence de l’arsenic. L’accusé obtient une contre-expertise qui est faite à Paris, et l’absence de l’arsenic est démontrée, sans réplique (3).
« naires. Mais la médecine légale est hérissée de problèmes et de difficultés ; elle suppose une « érudition vaste, un ensemble de connaissances, une étendue d’expériences et d'observations qui « se rencontrent rarement et qui môme ne sont ni exigées, ni indispensables pour l’exercice de la a médecine ou de la pharmacie ; la médecine légale doit, par son but môme, lutter contre des « causes d’erreur multipliées et surtout contre les tromperies de la mauvaise foi et de la cupi- « dité. Combien donc n’exige-t-elle pas de science, de finesse, de perspicacité et d’esprit d’obser- « vation!
« Que l’on parcoure, en effet, les principales questions agitées par la médecme légale ; que surit tout on lise les discussions si savantes et si animées qu’on a tour à tour soulevées, entre nos K principaux médecins légistes, l’empoisonnement par le verre pilé, par l’arsenic, par les alcalis « végétaux; divers cas de monomanie ou d’aliénation mentale, la strangulation, la submersion, « l’exhumation des cadavres, etc., et l’on verra si une science vulgaire peut atteindre à de tels « problèmes.
« Aussi arrive-t-il souvent que les experts auxquels est confié le soin de prononcer sur l’hon- « ncur et sur la vie des citoyens sont loin d’être à la hauteur de leur mission. On ne peut leur « en adresser des reproches : la bonne foi et le zèle les dirigent ; mais l’inexpérience et l’impé- « péritie dictent souvent leurs arrêts. N’est-ce donc point assez des incertitudes et des lacunes de « la science, sans y ajouter encore les fautes et l’ignorance de l’homme qui doit en diriger l’appli- « cation? »
(1) Journ. de chim. méd., 2' série, t. VIII, p. 768.
(2) Ann. d’hygiène, t. XXXVII, p. 121.
(3) Il est, en effet, des cas de morts ou de maladies spontanées qui peuvent être attribués à un empoisonnement (V. les observations de M. A. Tardieu, Ann. d’hygiène, 1854).
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5“ A B..., une femme succombe, et son mari est inculpé d’un empoisonnement, que les experts déclarent être dû à l’ingestion de l’arsenic; ils présentent les taches à l’appui de cette déclaration. Dans une contre-expertise faite à Paris, on ne trouve pas de substance toxique, et les experts de Paris constatent que ceux de B... avaient présenté des taches à.'antimoine comme taches ai’senicales. L’accusation fut dès lors abandonnée (I).
Ces citations, que l’on pourrait multiplier, suffisent pour démontrer la nécessité des contre-expertises. En 1833, M. Collard de Martigny adressa à l’Académie des sciences morales et politiques un Mémoire sur l'inst7'uction des faits de ynédecine légale, dans lequel il établissait : qu"w?i attentat contre les pei'sonnes étant commis, et des experts ayant été désignés, un rappoi't fait, l’accusé a le droit, de son côté, de faire dresser un procès-verbal et d’obtenir que la discussion entre les signataires de l'un et de l'autre rapport ait lieu devant lejiu'y.
L’opinion de M. Collard de a été adoptée ; on voit que, dans les
cinq exemples que nous venons de citer, il y a eu cinq contre-expertises. Les magistrats veulent, en effet, que bonne justice soit rendue, et ils prennent toutes les précautions convenables pour qu’il n’y ait pas d’erreur possible.
Ce que nous venons de dire relativement aux expertises en matière criminelle s’applique aussi bien aux expertises en matière correctionnelle, dans lesquelles de nombreuses erreurs ont été également commises :
1“A N..., des experts déclarèrent des vins falsifiés par l’a/Mu. Le négociant, homme loyal, qui avait été condamné à la prison, obtint, en appel, qu’une contre-expertise fût faite à Paris ; celle-ci démontra l’erreur des premiers experts, qui avaient pris du phosphate de chaux pour de X alumine ; ils furent forcés de déclarer en audience publique qu’ils s’étaient trompés, et le jugement fut infirmé par la Cour impériale de B...
2® A M..., un expert crut découvrir de l’alun dans des vins qui n’en contenaient pas; le fait fut démontré inexact. L’expert, ne reconnaissant pas son erreur, vint à Paris trouver l’im de ses maîtres, M. E. B..., à l’examen duquel il soumit le vin en litige. Ce savant déclara par écrit qu’f/ n’y avait pas trouvé h'aces d’alun. L’expert fut forcé d’avouer devant son maître l’erreur qu’il avait commise, mais il n’eut pas le courage de faire le même aveu devant les parties intéressées ; et si, dans cette affaire, il n’y avait pas eu une contre-expertise, de malheureux négociants eussent été ruinés et déshonorés.
3“ A S..., plusieurs fois des vinaigres furent déclarés contenir de Xacide sulfurique ;\q contraire fut démontré par des contre-expertises.
4® A A..., à Ch..., des farines, des blés, furent déclarés mauvais et insalubres ; les contre-expertises vinrent démontrer le contraire. Les négociants furent acquittés en appel, et on leur restitua les marchandises saisies.
Comment qualifier, par exemple, le rapport d’un expert qui indique la falsification d’une farinepar du/Jo«ss^è?’ de charbon'lXtQ fait a été publié dans unjournal des tribunaux.
Quant aux devoirs des experts, nous n’avons qu’un mot à en dire : ces devoirs sont tout tracés par le serment que les experts prêtent de remplir avec honneur et conscience la mission qui leur est confiée.
(l) Anii. d’hygiène, 1854.