‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 25 sur 470 · Lyon · texte numérisé non relu

Lyon

L’absinthe (liqueur) a une réaction presque toujours acide, due sans doute à un peu d’acide acétique libre, provenant de l'altération de l’alcool. La proportion en est de l^^oO par litre (en moyenne). On la détermine à l’aide des méthodes acidimétriques.

Falsificatious. — L’absinthe commune n’est le plus souvent qu’un affreux breuvage dans lequel on a fait entrer des essences communes et même des résines, pour qu’elle se trouble fortement au contact de l’eau. De plus on la colore en vert avec les feuilles ou le suc d'ache^ les épinards, les orties, le génépi des Alpes, la luzerne, toutes substances qui ne sont pas nuisibles à la santé ; ou bien avec du bleu préparé à l’aide de draps de laine teints, ou même avec de Yindigo, .auxquels on ajoute du safran et du caramel.

On a prétendu avoir trouvé de la gomme-gutte dans une absinthe vendue à Biskra (Algérie). Ayant eu à examiner cette liqueur, j’ai reconnu qu’elle était exempte detoutproduit étranger. Ellemarquait72® alcoométriques (70®après correction) à l’appareil M.aligaud (1). Elle laissait un résidu solide égal 3®'', 70 par litre . Ce résidu examiné avec les plus grands soins se composait de: chlorophylle et d’un extrait brun insoluble dans l’éther, mais soluble dans l'eau, formé de tannin colorant en vert les sels ferriques, de sucre réducteur et de caramel. C’est ce caramel, associé à la xiintophylline de la chlorophylle qui avait fait croire à la présence de la gomme-gutte (2). {Er. Baudrimont .)

En 1833, M. Choulette a analysé une liqueur d’absinthe qui, d’après lui, avait été fabriquée de toutes pièces, à l’aide d’un mélange d’eau-de-vie, d’huile volatile d’anis, d’infusion d’absinthe et de décoction de pruneaux.

M. Derheims a signalé de l’absinthe colorée par du sulfate de cuivre (3). Cette sophistication, qui pourrait devenir préjudiciable à la santé, se reconnaît en évaporant une certaine quantité de la liqueur suspecte en consistance d’extrait, puis incinérant ce dernier. Les cendres sont traitées par l’acide nitrique : le liquide est évaporé pour chasser l’excès d’acide, traité par l’eau distillée, puis

(1) Après avoir distillé une absinthe pour en obtenir l’alcool, on en sépare assez nettement les huiles essentielles qu’il a entraînées en l’étendant d’un peu d’eau, puis en l’agitant à deux reprises avec du sulfure de carbone rectifié, qu’on sépare ensuite par décantation. L’évaporation spontanée de ce sulfure de carbone laisse les essences comme résidu.

(2) J’ai examiné un assez grand nombre d’absinthes prises dans les quartiers les plus pauvres de Paris; aucune n’a présenté traces de falsifications. [Ë. B.)

(3) Deschamps (d'Avallon) pense que la présence du cuivre dans l’absinthe est due au contact de ce liquide avec les robinets en cuivre des vases qui la contiennent et non à l’addition du sulfate de cuivre qui y est à peine soluble.

ACÉTATE d’aLUMIAE.

soumis à l’action des réactifs : la solution acide de ces cendres prend, si elle contient du sulfate de cuivre, une couleur bleu foncé par l’ammoniaque ; précipite en brun marron par le cyanure jaune ; en noir, par l’hydrogène sulfuré. Une lame de fer bien décapée et plongée dans la liqueur préalablement acidulée se recouvre d’une couche de cuivre métallique. Le chlorure de baryum y produit un précipité blanc, insoluble dans l’acide nitrique ; ce précipité, lavé, séché, puis calciné avec du charbon en poudre, donne une masse charbonneuse, dont la solution aqueuse dégage de l’hydrogène sulfuré au contact d’un acide.

M. Stanislas Martin rapporte avoir trouvé une absinthe contenant du chlorure d’antimoine : nous considérons cette falsification comme impossible.

ACACIA (Suc d’) : [acacia vera, légumineuses). — 11 est solide, d’une couleur brune tirant sur celle du foie, d’une saveur acide, styptique, un peu douceâtre et mucilagineuse. Il donne, avec l’eau froide, une solution trouble ayant la couleur et l’apparence d’une décoction de quinquina gris. La liqueur fdtrée reste colorée, rougit le tournesol, forme un précipité noir très-abondant avec le sulfate de fer peroxydé, un précipité tenace et élastique avec la gélatine ; elle précipite fortement l’émétique et l’oxalate d’ammoniaque ; elle est troublée par l’alcool et par les carbonates alcalins.

Dans le commerce, on vend ordinairement, sous le nom de suc d’acacia, le suc des fruits encore verts du prunier sauvage [prunus spinosa, amygdalées). 11 est plus dur, plus pesant, plus brun, plus âcre que le premier ; il est entièrement sec et doué d’une saveur de pruneaux. Il est insoluble dans l’alcool, peu soluble dans l’eau, et laisse, après avoir été traité par ce liquide bouillant, une matière abondante qui a l’apparence de l’albumine coagulée.

ACÉTATE D’ALUMINE. — Ce sel, à l’état neutre, ne paraît pas avoir été isolé jusqu’ici. 11 est liquide, incristallisable, déliquescent, très-styptique, et se décompose spontanément en acétate basique insoluble, AP03(G'*H■’0'’)^6(H0), et en acide acétique, dès qu’il marque de 8 à 9® Baumé. Cette altération est activée par l’action de la chaleur.

Usagées. — 11 est employé en teinture pour le mordançage des tissus. On en fait quelquefois usage en injection.

Altérations. — Suivant ses divers modes de préparation, il peut contenir des sels de plomb, de chaux, àe, potasse ou de soude, ainsi que du sulfate de ces bases. Obtenu en décomposant le sulfate d’alumine par l’acétate de plomb, il retient en dissolution du sulfate de plomb. Un excès d’acide sulfhydrique le précipite alors en noir ; la liqueur étant fdtrée se trouble ensuite par addition de chlorure de baryum. Lorsqu’il a été préparé à l’aide de l’acétate de chaux, il retient du sulfate de chaux dont on reconnaît la présence par l’oxalate d’ammoniaque et par un sel de baryte. S’il renferme un sel de potasse ou de soude, il suffit de calciner légèrement l’acétate d’alumine après l’avoir desséché, pour en chasser l’eau et l’acide acétique : le résidu contient l’alumine et le sel alcalin. En traitant par l’eau, on entraîne ce dernier qu’on retrouvera par l’emploi du chlorure de platine ou de l’acide tartrique concentré, si c’est un sel de potasse, ou par le hi-méta-antimoniate de potasse, si c’est un sel de soude. Du reste, une solution concentrée de sulfate d’alumine contenant du sulfate de potasse se trouble et devient gélatineuse à l’ébullition pour redevenir limpide à froid.

ACÉTATE d’ammoniaque. 31

Certaines substances étrangères à ce mordant peuvent nuire à son emploi. Ce sont :

Le cuivre qu’on reconnaît à l’aide d’une lame de fer plongée dans la liqueur d’abord acidulée : cette lame se recouvre d’un enduit rouge de cuivre métallique ;

Le fer qu’on y trouve au moyen du ferrocyanure de potassium qui le transforme en bleu de Prusse.

Faitiificatioiifi. — D’api'ès Bolley et Kopp, l’acétate d’alumine est quelquefois additionné de chlorure de zinc, de sel ammoniac ou de sel marin pour en retarder la dessiccation. Ces chlorures seront facilement reconnus par l’azotate d’argent ajouté aux liqueurs étendues d’eau ; il en résultera un précipité blanc caillebotté, insoluble dans l’acide nitrique et soluble dans l’ammoniaque. Le zinc sera décelé en traitant la solution par un excès de soude caustique qui redissoudra tout le précipité ; la solution, au contact de l’hydrogène sulfuré, donnera un précipité blanc de sulfure de zinc. V ammoniaque se dégage au contact d’un alcali fixe mis en excès (potasse ou soude caustique). Quant au sel ma7'in, on le retrouve après la calcination du produit ; il reste avec l’alumine dont on le sépare il l’aide de lavages à l’eau pure ; ou bien on précipite l’acétate d’alumine par un excès de carbonate d’ammoniaque, on filtre, on évapore et l’on calcine le résidu : celui-ci, dissous dans l’eau, donne le caractère des chlorures et des sels de soude. Du reste, le dosage de l’alumine, qu’on précipitera par le carbonate d’ammoniaque, indiquera la proportion d’acétate aluminique.

ACÉTATE D’AMMONIAQUE : eH^O^AzH'O = C‘H'*(AzH‘)0*.

Caractères. — Ce sel, nommé, mais à tort, esj^rit de Mindéréi'us et, par abréviation, rfe Mindérer (1) est employé en pharmacie sous forme liquide. 11 doit alors marquer 5® Baumé (D = 1,036), être neutre et contenir environ 1/5 de son poids d’acétate d’ammoniaque cristallisé.

A l’état de pureté, il est en cristaux aiguillés, incolores, inodores, d’une saveur frajche et piquante. Ce sel est très-soluble dans l’eau et dans l’alcool. Il fond à -|- 89®. A une température plus élevée, il se décompose et disparaît sans laisser aucun résidu ; autrement, il serait impur.

Usages. — L’acétate d’ammoniaque liquide sert en médecine comme diurétique et surtout comme diaphorétique.

Altérations. — Quelquefois l’acétate d'ammoniaque ne contient pas la quantité voulue de sel. On s’en assure à l’aide de l’aréomètre de Baumé (2).

D’autres fois, ce sel est acide. On reconnaît cette altération à l’aide du papier bleu de tournesol, qui y prend une couleur rouge.

L’acétate d’ammoniaque contient parfois : 1® un sel de cuivre dont la présence peut être due à l’impureté, soit du vinaigre, soit de l’alcali employé : on y trouve ce métal en acidulant la solution et en y plongeant une lame de fer bien décapée, qui se charge d’une couche de cuivre lorsque le sel examiné en contient; ou bien en décomposant, à l’aide de la chaleur, l’acétate qu’on a fait évaporer, ü’ai-

(1) V esprit de Mindérérus est l’acétate d’ammoniaque préparé avec le vinaigre distillé et le carbonate d'ammoniaque provenant de la décomposition de la corne de cerf, et qui contient, par conséquent, de l'huile empyreumatique.

(2) 11 faut avoir un pèse-sel bien exactement gradué, car il en est qui sont fabriqués pour être vendus à bas prix, et auxquels on donne à juste titre le nom à' aréomètres de pacotille, {Voy. l'art. Aréomètres.)

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