‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 297 sur 470 · NITRATE D ARGENT · texte numérisé non relu

NITRATE D ARGENT

NICKEL : Ni = 29,3. — Le nickel est un métal d’un blanc argentin légèrement grisâtre, brillant, dont la densité varie de 8,27 à 8,82. 11 ne fond qu'à une très-haute température (1500 ou 1600“),. Il est ductile, malléable, plus tenace que le fer. 11 est inaltérable à l’air, combustible'dans l’oxygène, soluble dans les acides minéraux, et particulièrement dans l’acide azotique. Scs sels sont verdâtres; ils se rapprochent des sels de cuivre parleurs réactions. (Voy. Caractères des SELS DE NICKEL, page 7.)

f saaes. — Le nickel entre dans la composition de l’alliage nommé maillechort. En Belgique et en Suisse, ainsi qu’aux Etats-Unis d'Amérique, on l’allie au cuivre pour en faire la monnaie de billon. On en recouvre les autres métaux au moyen de la galvanoplastie.

Altérations. — Le nickel du commerce n’est jamais pur. On le rencontre en petits pains cubiques, ayant une teinte légèrement cuivrée et renfermant avec du cuivre, du fer, du cobalt, de V arsenic et du soufre, des proportions de nickel qui peuvent descendre jusqu’à 5G p. 100. Voici la composition de quelques échantillons de nickel du commerce :

N. d’Allemagne

N. anglais

N. de

N. du Nassau

(Lassaitjne).

{/.nssaigiie).

Joachindiial.

Hei.sler).

Nickel

Cobalt

Cuivre

. . . traces. . . .

Fer

Soufre. . . . . .

Silice

Le nickel du commerce renferme encore presque toujours des traces à' arsenic. En l’attaquant par l’acide azotique, on le dissout en totalité, moins la partie siliceuse, qui reste sous forme de dépôt. La liqueur acide, traitée par l’hydrogène sulfuré, lui abandonne le cuivre et l’arsenic à l’état de sulfures. En reprenant ces derniers par l’ammoniaque caustique, on dissoudra le sulfure d’arsenic, qu’un léger excès d'acide chlorhydrique mettra en liberté.

La liqueur verte retenant le nickel, le cobalt et le fer, ayant été traversée par un courant de chlore pour peroxyder ce dernier métal, sera sursaturée d’ammoniaque qui précipitera le peroyxde de fer qu’on isole par filtration. La liqueur ammoniacale est ensuite enfermée dans un flacon bien bouché avec un excès de potasse caustique. Après quelque temps de contact, l’oxyde de nickel se précipite à l’état d’oxyde vert hydraté, tandis que le cobalt reste dissous dans le liquide qu’il colore en rouge acajou.

Ce procédé de séparation du cobalt et du nickel n’est pas d’une précision absolue; cependant, il permet encore le dosage du nickel d’une manière suffisante.

NITRATE D’ARGENT : AgO,AzO^. — Le nitrate ou azotate d’argent, appelé autrefois nitrate lunaire, nitrate d’argent, cristaux de lune, caustique lunaire, cristallise facilement en lames minces rectangulaires, transparentes, incolores et nacrées, ou en rhombes aplatis, solubles dans leur poids d’eau froide, bien plus solubles dans l’eau bouillante, solubles dans l'alcool bouillant; mais

NITRATE d’argent. 731

la majeure partie du sel se précipite par le refroidissement de la liqueur alcoolique.

Ce nitrate cristallisé rougit fortement le tournesol ; sa saveur est âcre, caustique et métallique ; il s’altère et noircit à la lumière s’il a le contact des matières organiques. Mis en présence du soufre, du charbon, du phosphore, il détone par le choc. Humide eu en solution, il blanchit d’abord la peau, puis il lui fait prendre rapidement une teinte d un violet noirâtre, qui ne disparaît qu’avec l'épiderme, ou par l’application, sur la partie affectée, d’une solution de cyanure de potassium additionnée d’iode ; ce mélange donne naissance à de l’iodure de cyanogène capable d’attaquer et de dissoudre l’argent réduit.

Le nitrate d’argent fond sans se décomposer, et forme, en se refroidissant, une matière opaque, fibreuse et blanchâtre, à cassure cristalline rayonnée, qui, moulée en cylindres dans des lingotières de cuivre ou de fer légèrement échauffées, constitue la yierre infernale des pharmaciens ; c’est le nitrate d’argent pur et neutre, qui n'a perdu par la fusion que le peu d’eau et d’acide en excès que le nitrate cristallisé retient interposés.

La pierre infernale, qu’on peut obtenir très-blanche, est ordinairement noire : cette coloration a été attribuée par les uns à la présence d’une certaine quantité d’oxyde de cuivre contenue dans l’argent; par d’autres, à la réduction d’une partie de l’argent, soit par le fer des lingotières, soit par les corps gras (suif, huiles), dont on enduit ordinairement la surface de ces dernières ; enfin, le plus grand nombre voient à tort, dans cette coloration, l’effet immédiat de l’action réductrice de la lumière. En effet, celle-ci n’exerce isolément sur lui aucune action par elle-même ; elle n’agit qu’en présence des matières organiques.

Les cylindres de pierre infernale sont enfermés dans des flacons avec des graines de lin ou des semences de psyllium, destinées à empêcher qu’ils ne se brisent par le choc (1).

Composition. — Le nitrate d’argent est un sel anhydre dont l’équivalent est égal à 170 [acide azotique, .^4; oxyde eVargent, 116) : sur 100 parties, il contient : acide azotique, 31,76; oxyde d'argent, 68,24, lequel correspond à 63,529 p. 100 ù' argent métallique .

Usages. — Le nitrate d’argent est employé en médecine : soit à l’extérieur, à l’état de pierre infernale, comme caustique et cathétérique, pour ronger les chairs baveuses et d’autres excroissances; soit à l’intérieur, à l'état cristallisé ; on en fait alors usage à des doses très-faibles, comme anti-épileptique. En solution aqueuse plus ou moins étendue d’eau, Velpeau l’a appliqué au traitement de l’ophthalmie chronique; et Bretonneau, de Tours, au traitement du croup.

Sa dissolution est d’un usage fréquent dans les laboratoires, comme réactif de l’acide chlorhydrique, du chlore, des chlorures, des phosphates, etc. En solu-

(I) Ces graines font éprouver une décomposition au nitrate, et se couvrent d'un enduit d’argent métallique et môme de nitrate d’argent; aussi ne doit-on pas se servir ultérieurement de la graine de lin qui a séjourné dans des flacons avec la pierre infernale ; elle pourrait donner lieu à des accidents. Nous en avons eu des exemples.

La pierre infernale s’altère lorsqu’elle a été conservée dans de la graine de lin mal séchée. M. Ef/mael, pharmacien militaire belge, a observé que ces graines humides avaient décompose 10 p. 100 de nitrate d’argent. La surface des cylindres était devenue rugueuse, et le nitrate n était plus complètement soluble dans l’eau.

NITRATE d’argent.

lion, dans la proportion de 9 p. lÜO, il sert à teindre les cheveux sous les noms d'eau de Chine ou d'Égrjpte; on l'emploie avec avantage pour composer des encres à marquer le linge.

Altérations. — Lorsque le nitrate d’argent a été préparé avec de l’argent non entièrement privé de cuivre, il donne un sel cristallisé dont la solution aqueuse est verte ou bleuâtre, si la proportion de nitrate de cuivre est assez forte. Dans tous les cas, cette solution, colorée ou incolore, donne, avec le cyanure jaune, le précipité ou la coloration brun grenat caractéristique des sels de cuivre, atténuée cependant par le cyanoferrure d’argent blanc qui se précipite simultanément et lui donne une teinte rose fleur de pêcher; l’ammoniaque y produit une belle coloration bleue.

La pierre infernale préparée avec du nitrate d’argent cuivreux renferme ce dernier métal en partie à l’état d'oxyde noir ; elle a une teinte d’un vert bleuâtre, si la proportion du sel cuprique est assez forte. La solution aqueuse de cette pierre infernale donne, avec l’ammoniaque et avec le cyanure jaune, les réactions caractéristiques des sels de cuivre ; elle laisse un résidu qui, séparé par filtration (2), ou mieux par décantation, et traité par l’acide nitrique, fournit, avec les réactifs précédents, les mômes caractères que la solution aqueuse ; une lame de fer décapée, plongée dans le liquide, détermine la précipitation de cuivre métallique. Mais^ il est préférable de se débarrasser de l’argent en l’entraînant à l’état de chlorure insoluble, par l’addition d’un léger excès d’acide chlorhydrique à la solution du sel qu’on veut examiner. Filtrant et concentrant les liqueurs, on y retrouvera facilement le cuivre.

Lorsque l’azotate d’argent a été préparé avec de l'acide azotique du commerce, ses cristaux ou ses cylindres renferment toujours une petite quantité de chlorure d'ai'gent insoluble dans l’eau, mais facilement soluble dans l’ammoniaque (Landerer.)

Faisific.'itions. — Le nitrate d’argent cristallisé est rarement falsifié ; il n’en est pas de même de la pierre infernale.

La fraude la plus fréquente consiste à introduire du nitrate de potasse dans le nitrate d’argent, au moment de le couler dans la lingotière; on le sophistique aussi avec la plombagine, \q peroxyde de manganèse, \ ardoise pilée. Veau, les nitrates de plomb et de zinc (2).

La première falsification, très-importante à constater pour le pharmacien, en raison du prix élevé de la pierre infernale et de la perte d’énergie que cette fraude lui fait éprouver, est décelée en versant dans la solution aqueuse de la pierre suspecte de l’acide chlorhydrique faible, ou une solution de chlorhydrate d’ammoniaque qu’il faut éviter de mettre en excès (3) ; on filtre pour séparer le chlorure d’argent formé, et on évapore à siccité. Le nitrate ou le chlorhydrate

(1) La filtration doit être faite avec des papiers à filtre lavés, non susceptibles de produire avec les réactifs des précipités qu’on pourrait à tort attribuer au liquide filtré. C’est ainsi qu'une dissolution de cyanure jaune, versée dans de l'eau passée à travers le papier gris, y produit une couleur bleu verdâtre très-prononcée.

(2) Un pharmacien de Giessen (Hesse-Darmstadt) a trouvé de la pierre infernale falsifiée, qui contenait 1 p. de nitrates de plomb et de zinc pour 2 p. de nitrate d’argent.

(3) Il ne faut pas employer ici le chlorure de sodium ou de potassium comme liquide précipitant. En effet, l’excès de ce chlorure alcalin et le nitrate de soude résultant de la double décomposition des deux sels resteraient pour résidu,- alors môme que le nitrate d’argent serait pur.

NITRATE d’argent.

d’ammoniaque ou l’excès d’acide chlorhydrique disparaît sous l’influence de la chaleur, et, parle refroidissement, on obtient pour résidu le nitraie de potasse ajouté, dont on peut facilement vérifier les réactions caractéristiques. Le nitrate d’argent pur, dans les mêmes circonstances, ne laisse aucun résidu. Le poids de ce dernier représente le sel frauduleusement ajouté, et, comme contre-épreuve, le poids du chlorure d’argent lavé et séché avec soin fait connaître celui du nitrate, sachant que 100 p. de nitrate d’argent pur doivent fournir 84,3 de chlorure d’argent.

D’après M. Pollacci, il suffirait de calciner 1 gramme de nitrate d’argent dans un creuset de porcelaine pour constater la falsification par le nitrate de potasse. On obtient alors un résidu alcalin bleuissant le tournesol,, ce que ne donne jamais l’azotate d’argent pur.

Si l’on dissout dans l’eau distillée le nitrate d’argent contenant de \à plombagine, du peroxyde de manganèse , de Yardoise pilée, ces corps se précipitent, à cause de leur insolubilité, au fond du verre dans lequel on fait l’expérience.

Le plomb se reconnaît par les chlorures alcalins, qui forment un précipité blanc de chlorure d’argent et de chlorure de plomb ; par un excès d’ammoniaque, le chlorure d’argent seul est dissous. A l’aide de l’ébullition dans l’eau, on ne dissout, au contraire, que le chlorure de plomb, que l’iodure de potassium peut alors précipiter en jaune. Du reste, une solution des deux azotates donne un précipité blanc par l’acide sulfurique, ce qui indique la présence du sel de plomb.

Pour déceler la présence du nitrate de zinc, on ajoute à la solution aqueuse de pierre infernale une solution de chlorure de sodium, jusqu’à ce qu’il ne se forme

Fig. 160. — Appareil pour la préparation du gaz acide sulfhydrique lavé.

plus de précipité de chlorure d’argent; on filtre la liqueur et on l’additionne de la quantité d’ammoniaque nécessaire pour précipiter l’oxyde de zinc et Je redissoudre ensuite; alors, en faisant intervenir un courant de gaz acide sulfhydrique dans les liqueurs (fig. 160), on obtient tout le zinc à l’état de sulfure zincique blanc et insoluble.

Enfin, la présence de l’eau dans la pierre infernale est constatée par sa fragi-

NITRATE DE POTASSE

lilé, son absence de cristallisation radiée, par sa cassure humide, et parce qu’elle peut mouiller le papier non collé.

Pour essayer rapidement l'azotate d’argent fondu, M. Squibb et M. Laurence Smith dissolvent un peu de ce sel dans une petite quantité d’eau distillée, trempent dans la solution une bande de papier à filtre pur (papier Berzelius), roulent celle-ci en flèche qu’ils sèchent et font brûler ensuite : les cendres restent sans saveur lorsque l’azotate est pur ; elles sont au contraire très-sapides, s’il était accompagné de sels étrangers.

NITRATE (Sous-) DE BISMUTH. — V. Sous-nitrate de bismutu.

NITRATE DE POTASSE : KO,AzO^. — Ce sel, connu sous les noms de salpêtre, nitre, sel denitre, nitre prismatique, azotate de potasse, cristallise en prismes cannelés, à six pans, terminés par des sommets dièdres, présentant ordinairement àlintérieur descavités longitudinales. Il est blanc, inaltérable à l’air, d’une saveur fraîche, piquante et légèrement amère. Sa densité est 1,03; en gros cristaux, il a.pour densité 2,100 {Grassi). 11 est très-soluble dans l’eau, très-peu soluble dans l’alcool ordinaire, et tout à fait insoluble dans l'alcool pur. Projeté sur des charbons ardents, il en active la combustion et fuse. 11 entre en fusion vers 350“ ; fondu et refroidi, il se présente sous forme de masse blanche, opaque, dure, à cassure rayonnée, facile à réduire en poudre, connue en pharmacie sous le nom de cristal minéral, sel de prunelle (de pruna, braise, charbons allumés''.

Le nitrate de potasse dégage des vapeurs nitreuses, sous l’influence de l’acide sulfurique et du cuivre; ces vapeurs bleuissent le papier de gayac humecté. 11 offre de plus les caractères des sels de potasse. (Voy. page 12.)

Composition. — L'équivalent de l’azotate de potasse étant égal à 101,1, représenté par 54 à’ acide azotique et 47,1 d'oxyde de potassium, il en résulte que 100 parties de ce sel contiennent : acide azotique, 53,41; potasse, 4C,59. h'azote y est pour 14,83 p, 100.

U-sa^es. — Le nitrate de potasse entre dans la composition de la poudre ; il est employé à la préparation de l’acide nitrique. En médecine, on l’emploie comme diurétique et tempérant, en boissons, en pilules, etc. Il sert à composer les engrais chimiques.

Altérations. — Le nitrate de potasse peut contenir des chlorures (de sodium, de potassium), des sulfates, des nitrates de soude, de chaux, de magnésie, et des matières tert'euses (1). Quelquefois aussi, il peut contenir du cuivre, de Xiode (2). D’après M. Dœttger, il renfermerait toujours un peu à'azotite de potasse, surtout lorsqu’il a été préparé l’aide de l'azotate de soude naturel.

Les chlo7'ures se reconnaissent au précipité caillebotté, soluble dans l’ammoniaque, insoluble dans l'acide nitrique, formé par le nitrate d’argent; les sulfates, au précipité blanc, insoluble dans l’acide nitrique, que donne le chlorure de baryum ; les sels de chaux, au précipité blanc produit par l’oxalate d’ammo-

(1) M. Magf nty a rencontré des nitrates de potasse renfermant 1,5 :i 2,5 p. 100 de sel marin.

(2) La présence de l’iode dans le nitrate de potasse, constatée par M. Barreswitl, s'expli()ne facilement, le salpêtre se préparant aujourd'hui par double décomposition à l’aide du chlorure de potassium, ou même du carbonate de potasse et du nitrate de soude naturel, lequel renferme toujours des iodures et des iodates.

NITRATE DE POTASSE

Iliaque; ceux de mafjnésie, au précipité cristallin qu’ils produisent au contact du phosphate d’ammoniaque, après élimination de la chaux par un oxalate; ceux dj soude, par une solution concentrée de méta-antimoniate de potasse qui y fait naître un précipité blanc. Le cuivre est décelé par le précipité brun-marron que donne le cyanure jaune. Quant à Viode, on s’assure de sa présence par les moyens indiqués à l’article Nitrate de soude.

Lorsque l’azotate de potasse contient un azolile, sa solution étendue additionnée de quelques gouttes d’acide sulfurique pur et d’iodure de potassium, se colore aussitôt en jaune par l’iode mis en liberté. Si on remplace cet iodure par une solution d'hydrogène sulfuré, l’azotite en précipite également du soufre : aucun de ces deux caractères n’appartient à l’azotate de potasse.

On a prétendu que certains salpêtres renfermaient de V arsenic, quoique beaucoup de chimistes n’en aient jamais rencontré; nous allons indiquer la manière fort simple de s’en assurer. On décompose ^

par l’acide sulfurique le nitrate dissous dans ^ un peu d’eau, puis la liqueur (sulfate de potasse) qui en résulte est introduite dans un appareil de Marsh fonctionnant à blanc (fig. 161); si le nitrate contient de l’arsenic, il donne des tacbes et un anneau sur lesquels on constate chimiquement la présence de l’arsenic.

Essai des salpêtres. — L’essai des salpêtres, qui a été l’objet des recherches d’un trèsgrand nombre de chimistes, est devenu d’une importance capitale depuis l’application du nitrate de potasse à l’agriculture. Sa richesse en azote variant avec son degré de pureté, il peut en résulter de graves inconvénients au point de vue de la valeur des engrais qu’il sert à fabriquer. C’est pourquoi on apporte au titrage de ce sel des soins extrêmes appliqués à des méthodes excessivement variées. Les unes, simplement empiriques, ne sont pas susceptibles d’un bien grand degré de précision ; les autres, essentiellement chimiques et tendant de plus en plus à l’exactitude absolue, ne sont pas toujours aussi pratiques qu’on pourrait le désirer. Elles sont directes ou indirectes et exigent souvent des détails de manipulation que comportent seuls les traités d’analyse chimique. Parmi elles, nous choisirons les meilleures.

Méthodes empiriques. — Procédé Riffault. — 1“ Dans les raffineries de salpêtre du gouvernement, on essayait autrefois le nitrate de potasse d’après le procédé assez défectueux de Riffault, qui consiste à traiter un poids connu de ce set (400 gr.), à deux ou trois reprises, par 750'' d’une solution saturée de nitre pur, qui possède la propriété de dissoudre les chlorures mélangés au nitrate, sans agir sur celui-ci (1). Le résidu insoluble est recueilli sur un filtre, puis séché. La différence entre son poids et celui du salpêtre brut indique la proportion de matières étrangères. Il faut ajouter 2 p. 100 à la perte éprouvée.

Fig. 161. — Appareil de Marsh, modifié par .M. Chevallier-.

(1) Ce procédé offre l’inconvénient de ne pas permettre d’apprécier si le nitrate à essayer contient du nitrate de soude, car ce dernier est enlevé , comme les autres sels, par Teau saturée.

NITRATE DE POTASSE

pour le nitre qui se précipite, pendant l’opération, de la solution saturée. Le salpêtre, ainsi débarrassé du chlorure, est ensuite dissous dans l’eau distillée, afin de le séparer des matières insolubles (terre ou sable) qu’il peut contenir. Le poids de ce résidu, retranché du poids précédent, fait connaître celui du nitrate considéré comme pur contenu dans l’échantillon soumis à l’essai.

2® Procédé Anthon. — A cette méthode empirique, M. Anthon a substitué un procédé aréomélrique , qui a surtout pour hut d’apprécier approximativement les proportions d’azotate de soude que peut contenir le salpêtre. Une solution saturée de ce dernier sel, pour une température donnée, est capable de dissoudre une certaine proportion d’azotate de soude, ce qui augmente la densité de la solution saline, en raison de l’excédant de sel dissous. Pour faire cet essai, on dessèche le salpêtre qu’on va soumettre à l’expérience, puis on le pèse et on l’additionne ensuite de la moitié de son poids d’eau, en ayant le soin d’agiter et d’amener la solution exactement à la température de 16®, 25. Enfin, on en détermine le poids spécifique à l’aide d’un aréomètre ou d’un densimètre. En cherchant dans le tableau suivant, le chilfre correspondant à cette densité, on obtient ainsi la proportion du mélange :

Poids

spécifique.

Dissolution d'azotate de potasse pur,

saturée « -f- IG

Solution du même sel

contenant 1

p. 100 d'azotate

de soude =

3® Procédé Huss. — En Autriche, on suit le procédé imaginé par Huss, critiqué par Werther, mais remis en vigueur par Toel (1). 11 repose sur cette observation qu’une solution titrée de salpêtre brut commence à cristalliser à une température qui est en rapport avec sa richesse en azotate de potasse pur. Un assez grand nombre de causes d’erreur rendent cette méthode peu sûre. Voici cependant en quoi elle consiste : on dissout 40 grammes du salpêtre à essayer dans 100 grammes d’eau à -(- 50® en évitant toute perte de poids par évaporation : on filtre après dissolution et avant que la température du liquide soit assez basse pour lui permettre de cristalliser; puis on détermine avec un bon thermomètre la température à laquelle se fait la cristallisation. On consulte ensuite le tableau suivant où les températures sont indiquées en degrés Réaumur :

(1) Bolley, Manuel pratique des Recherches chimiques.

NITRATE DE POTASSE

Table de Huss.

Température

100 p. de la

100 p. de

au

solution

sel essayé

llicrinomèlre

contiennent

contiennent en

lléaumur.

en salpêtre :

azotate pur :

Température

100 p. de la

100 p. de

au

solution

sel essayé

thermomètre

contiennent

contiennent en

Réaumur.

en salpêtre :

azotate pur :

Méthodes chimiques. — Procédé indirect. — Au lieu de doser le nitre, on dose tous les corps étrangers qu’il contient. 11 consiste d’abord à rechercher la quantité d’eau qu’il renferme, par la perte qu’éprouvent 10 grammes de ce sel, après dessiccation au bain-marie. On dissout ensuite dans l’eau 10 grammes de salpêtre brut, non desséché; la dissolution est filtrée, et le filtre lavé et séché donne, par son augmentation de poids, celui des matières étrangères insolubles. Dans le liquide filtré, on verse, au moyen d’une burette décime, une solution titrée de nitrate de baryte, obtenue en dissolvant 6®'', 488 de ce sel dans 1000 grammes d’eau distillée; elle est telle que chaque centimètre cube représente exactement O^^Ol de sulfate de potasse. La liqueur étant de nouveau filtrée et le filtre bien lavé, on verse une solution titrée de nitrate d’argent (formée de 23®’’,08 de ce sel dissous dans 1000 grammes d’eau distillée), telle que chaque centimètre cube représente O^^Ol de chlorure de potassium (1).

Méthode alcalimétrique. — Procédé direct. — Méthode de Gay-Lussac. — Gay-Lussac a proposé une méthode particulière, qui consiste à faire un mélange exact de 10 p. du sel à essayer avec 5 p. de charbon lavé et 40 p. de sel marin réduit en poudre fine, et à chauffer ce mélange au rouge cerise dans un creuset de platine. Le nitrate de potasse est seul décomposé et transformé en carbonate, dont on détermine la quantité par la saturation avec un acide titré. Soient /I la quantité trouvée de carbonate de potasse, x la quantité cherchée de nitrate correspondant, on pose :

(1) On peut, pour cliacun de ces deux essais, former une liqueur décime dont chaque centimètre cube représente O^^OOl de sulfate ou de chlorure de potassium.

CuEVALLIEn ET ÜAEDRIMONT, 5« édit.

NITRATE DE POTASSE

69,1 étant Téquivalent du carbonate de potasse, et 101,1 celui -du nitrate.

Ce procédé, qu’on a modifié avantageusement en remplaçant le charbon de bois par du noir de fumée, et en faisant intervenir le peroxyde de fer à la place du sel marin pour ralentir la déflagration, devient inexact lorsque l’azotate contient un sulfate, parce que celui-ci, étant transformé en sulfui'e alcalin par le charbon, ajoute au degré d’alcalinité qui dérive du nitre.

Méthode de dosage par chloruration. — Procédé Joulie. — M. Joulie a publié, en 1870, un mode à'Essai commercial des nitrates, basé sur leur transformation en chlorures à l’aide du chlorhydrate d’ammoniaque au rouge. On dose d’abord les chlorures contenus naturellement dans un poids déterminé du nitrate à essayer, à l’aide d’une solution titrée d’azotate d’argent (Voy. Essai du Brômure de potassium) ; puis on chauffe à sec un nouveau poids de l’azotate, avec un excès de sel ammoniac, dans un creuset en porcelaine. On chasse toute trace de ce dernier sel par une calcination suffisamment prolongée, et l’on dissout le résidu pour faire un nouveau titrage à l’aide du sel d’argent. La différence entre ce résultat et le premier donne le chlore, qui s’est substitué à l’acide azotique. Il suffit de multiplier le nombre trouvé par 1,52 pour avoir V acide azotique AzO^, contenu dans le nitrate essayé.

Si avant de dissoudre le sel on pèse le creuset de porcelaine taré d’avance, on a aussi le poids de la masse calcinée. En calculant le chlore total trouvé, à l’état de chlorure de sodium pour le nitrate de soude, ou à l’état de chlorure de potassium pour l’azotate de potasse, on doit obtenir un nombre se rapprochant beaucoup de celui de la masse calcinée. S’il était égal ou supérieur, on serait averti d’une erreur, et l’essai serait à recommencer. Si le nombre était inférieur de plus de 0,50 à 0,75 p. 100 du nitrate essayé, il y aurait lieu de doser les matières étrangères.

Ce mode de dosage, très-correct pour les nitrates exempts de sel de fer et de sulfate, devient inexact lors de la présence de ces substances, à cause de leur transformation en chlorures {F. Jean).

Méthodes volumétriques par oxydation. — Procédé Gossart. — M. Gossart, commissaire des poudres à Lille, a cherché à doser l’acide nitrique contenu dans le salpêtre, en mettant à profit l’action oxydante que cet acide exerce sur les protosels de fer. Il mêle le salpêtre avec de l’acide sulfurique, et le décompose par une dissolution titrée de sulfate de protoxyde de fer. L’opération est terminée lorsque, après avoir porté le mélange à l’ébullition, on n’y reconnaît plus, à l’aide d’une dissolution bien étendue de cyanure rouge, la moindre trace de fer au minimum.

La liqueur normale de salpêtre contient 10 grammes de ce sel, raffiné, bien, sec, par demi-litre. 11 en faut 25" pour peroxyder 20" de la dissolution de sulfate de protoxyde.

Soient N le nombre de divisions de sulfate de protoxyde de fer nécessaire pour saturer complètement 25" delà dissolution de 10 grammes de salpêtre raffiné, dans un demi-litre d’eau ; n' le nombre de divisions nécessaire pour saturer complètement 25" d’une dissolution, dans un demi-litre d’eau, de 10 grammes-

de salpêtre à essayer ; le titre de ce dernier sera exprimé par — •

Procédé de Peloaze. — Pelouze\ a proposé un autre mode d’essai du salpêtre et des divers nitrates, lequel consiste à rechercher la quantité de ce sel

NITRATE DE POTASSE. 739

nécessaire pour porter au maximum d’oxydation un poids connu de fer dissous dans un excès d’acide chlorhydrique.

Pelouze a reconnu que 2 grammes de fil de clavecin dissous, à l’abri de l’air ^,fig. 162), dans 80 à 100 grammes d’acide chlorhydrique, exigent, en moyenne, 1®‘',216 de salpêtre pur pour se convertir en perchlorure (1). On pèse donc 1^'',216 de salpêtre à titrer, on fait dissoudre d’autre part 2 grammes de fil de clavecin dans 80 à 100 grammes d’acide chlorhydrique concentré, et, après le mélange et l’ébullition des deux liquides, on achève de peroxyder le fer avec une solution titrée de caméléon minéral (2). Le terme de cette suroxydation est indiqué par la teinte rose que prend la liqueur lorsqu’on y ajoute en trop la plus petite quantité de caméléon. La pureté du nitrate essayé est directement proportionnelle à la quantité de caméléon que l’on emploie.

Si, par exemple, on a opéré sur 2 grammes de fer et 1®%216 de salpêtre impur, et que la dissolution de caméléon minéral (3) indique que 0=',200 de fer n’ont pas été peroxydés, il en résulte que 2 grammes moins 0®%20ü ou ls'^,800 de fer ont été portés au maximum : si le sel avait été pur, les 2 grammes de fer auraient été entièrement perchlorurés, d’où la proportion :

x= 1,0944 ; il y avait donc dans 1®'',216 de salpêtre impur, 1®',0944 ou 90,8 p. 100 de nitrate de potasse pur. Le salpêtre essayé est donc au titre de 90,8. (Voy. aussi page 362.)

Ce procédé exige que les nitrates à essayer ne contiennent aucune matière étrangère (organique ou autre pouvant se peroxyder) susceptible d’agir sur le caméléon.

Procédé F. Jean (4). — 11 repose sur la coloration en jaune du chlorure cuivreux sous l’influence des azotates qui le transforment en chlorure cuivrique, et sur la décoloration de celui-ci par le protochlorure d’étain.

Pour faire le dosage des nitrates par cette méthode, on prépare : 1° une solution de sulfate de cuivre contenant par litre 35 à 40 grammes de ce sel pur et cristallisé ; 2“ une solution de protochlorure d’étain renfermant par litre 20 grammes de ce sel et 300 grammes d’acide chlorhydrique. On doit la con-

Fig. 162. — Ballon o, clos par le tube effilé t, pour dissoudre le fer dans l’acide chlorhydrique, à l'ahri de l’air.

(1) Le chiffre vrai est D',203 lorsqu’on le calcule à l’aide de l’équivalent du potassium 39,1, l’hydrogène étant 1.

(2) On sait, d’après les expériences de M. Margueritte^ que le caméléon minéral, ou hypermanganate de potasse en solution, possède la propriété de suroxyder, pour ainsi dire instantanément, à la température ordinaire, une dissolution de protosel de fer.

(3) La dissolution du caméléon est titrée de telle sorte qu’il en faut 50 centimètres cubes pour peroxyder I gramme de fer. Par conséquent, pour peroxyder 0®',200 de fer, il faudra 10 centimètres cubes de cette solution.

(4) Bull. Soc. chim. 18*6, t. XXVI, p. lO.

NITRATE DE POTASSE

server sous une couche de pétrole dans un vase à robinet ; 3“ une solution titrée de nitrate de potasse pur, obtenue avec 3S'',744 de ce sel par 1000“°. En en prenant 5““, ce volume équivaut à Qs^jOlSTS d’azotate ou à O^^jOl d’acide azotique anhydre.

On détermine d’abord le titre de la solution d’étain par rapport à O^^Ol d’acide azotique ; pour cela, on introduit dans un ballon en verre incolore 10““ de la solution de cuivre, puis 25““ d’acide chlorhydrique pur et fumant. On porte à l’ébullition et l’on y verse, à l’aide d'une burette décime, et goutte à goutte, la solution d’étain dont on a rempli celle-ci jusqu’au zéro de son échelle. On s’arrête aussitôtla décoloration de la liqueur. Immédiatement après, on introduit dans le ballon 5““ de la solution titrée de nitre pur, et après deux ou trois minutes d’ébullition, la liqueur étant redevenue jaune, on la décolore pour la deuxième fois par une nouvelle addition, faite goutte à goutte, du sel d’étain. Au moment de la décolora lion, le nombre de divisions disparu cette fois de la burette est l’expression de la quantité de ce sel correspondant à d’acide azotique anhydre. Soit

36 divisions = 3““, 6 de chlorure stanneux employés.

En répétant exactement cette opération et substituant an nitre pur la solution du nitrate dépotasse à essayer, on aura le titre de celui-ci, soit 48 divisions = 4““,8. Il suffira en effet de poser la proportion :

Sachant ensuite que 0^“,0l d’acide azotique correspond à0^“, 01872 d’azotate de potasse, ou à 0®“, 01574 d’azotate de soude, il sera facile de calculer à combien de l’un de ces sels correspondent 0®“, 008571 d’acide.

Cette méthode paraît être très-sensible, très-exacte et très-prompte ; mais elle exige des azotates exempts de fer et de matières organiques colorées.

Méthode par réduction. — L’acide azotique des azotates, en présence de l’hydrogène naissant, est réduit à l’état ammoniaque : on peut donc convertir le dosage de cet acide en dosage d’alcali volatil, lequel a été donné page 361. Mais les diverses réactions proposées pour la réduction des azotates n’offrent pas toutes le même degré de certitude. La réduction par le zinc et l’acide chlorhydrique ne serait, d’après M. F. Jean, jamais complète ; celle par l’amalgame de sodium le serait encore moins ; seul, l’aluminium en limaille, en présence d’un grand excès de potasse, déterminerait la réduction complète des nitrates en ammoniaque.

Méthode par élimination de l’acide azotique. — Le dosage des azotates peut être facilement exécuté, en chassant simplement l’acide azotique du sel qu’on pèse avant et après l’expérience. On y parvient en faisant intervenir des produits fixes, tels que, le bichromate de potasse recommandé par Pe?'soz, l’acide silicique par Reisch et le borax vitrifié par Schaffgotsch.

Dans le procédé Persoz, on chauffe au rouge sombre et pendant trente minutes environ, dans un creuset de platine, un mélange de 2 grammes de bichromate de potasse fondu et pulvérisé, et de 1 gramme de l’azotate à essayer. En évitant avec soin les projections, et une trop forte élévation de température qui pourrait atteindre les sels étrangers, la perte de poids éprouvée correspondra à l’acide azotique éliminé. C’est ce qui permet de calculer facilement ensuite le poids de l’azotate décomposé.

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