‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 315 sur 470 · OREILLE DE JUDAS · texte numérisé non relu

OREILLE DE JUDAS

Elle est sous la forme de petits brins plus ou moins forts, de la grosseur du doigt, d’une couleur brun rougeâtre, insipides, inodores.

Elle ne cède pas sensiblement de matière colorante (espèce de résine appelée orcanettine, acide anchusique^ anchusine) k l’eau; elle la cède à l’alcool, et lui communique une belle couleur rouge. La solution alcoolique d’anchusine, mêlée à l’eau bouillante, passe au violet et vire au bleu par la concentration.

L’anchusine est d’un rouge violacé ; 'elle est soluble dans l’étber, dans les huiles grasses et essentielles, dans l’acide acétique. Elle donne, avec l’acide sulfurique, une dissolution d’un rouge améthyste, précipitable par l'eau.

Les alcalis en excès la dissolvent en prenant une belle couleur bleue. Les terres alcalines donnent, avec ce principe, des combinaisons bleues {a7ichiisa(es). Toutes les dissolutions métalliques précipitent l’anchusine de ses combinaisons avec les bases alcalines, savoir : les protosels d’étain en violet; les persels d’étain en rouge cramoisi ; les persels de mercure en rose couleur de chair.

Usages. — En pharmacie, on emploie l’orcanette à colorer en rouge la pommade pour les lèvres, et, en général, les huiles et les graisses. On s’en sert principalement dans la parfumerie. Dans la teinture, on en fait des laques d’un bleu violacé et d’un beau violet foncé, avec les sels d’alumine et les persels de fer.

Altérations. — L’orcaiiette est souvent mêlée avec la j'ocine du qrémü des temtw'iers, la 7-acine de buglosse {A7icliusa italien), la rac/ue de VOnosma echioïdes, etc. Tous ces mélanges peuvent se reconnaître en ce que ces racines ne colorent pas les huiles en rouge comme l’orcanette, et en ce qu’elles n’ont pas sa lorme.

OREILLE DE JUDAS. — L’oreille de Judas [Exidia aw'icida Judæ ou Peziza au7'icula) est un champignon qui se trouve habituellement l'hiver au pied des troncs d’arbres, et surtout des vieux sureaux. Il est flexible, souple (surtout après avoir trempé dans l’eau pendant une ou deux heures), et présente un point central par lequel il était fixé. Sa forme rappelle assez bien une espèce de coupe ondulée ou de pavillon de l’oreille. Sa face supérieure est trèslisse; l’inférieure est tomenteuse, veloutée, veinée, surtout vers les bords, et d'une couleur cendrée olivâtre.

Usages. — Dans certaines localités, l’oreille de Judas est un remède populaire contre les hydropisies et les inflammations de la gorge : on en boit la décoction, et le marc est appliqué en cataplasmes sur le point douloureux.

F.alsiflcations. — Les véritables ]iézizes 07'eilles de Judas sont rares dans le commerce de la droguerie. Suivant M. Malbranche, on vend sous ce nom divers champigno.is ou lichens [Ln7-solia pustulnla, U/nbili'caria gJabra), très-communs sur les rochers à Fontainebleau et à Nemours. Le La7-solia est un lichen grisâtre, qui a le thalle granulé en dessus, couvert de pustules noires et fibrilleuses, profondément réticulé, lacuneux et fauve en dessous. VLn/ibilicaria est gris noirâtre, lisse des deux côtés.

11 y a des oreilles de Judas qui sont mélangées avec le Pohjporus ve/'sicolor et plusieurs télépho>'es, tels que le Telepho/-a 7'eflexa. Le Polgporus a une texture coriace, rigide, qu’une macération assez prolongée ne lui fait pas perdre; sa face supérieure est zonée, multicolore, avec quelques lignes concentriques poilues; sa face inférieure est couverte de petits tubes très-courts, adhérents à la chair. Le Telepim'a a sa face inférieure velue, papilleuse ; il offre un port et une consistance analogues à ceux du polypore.

os CALCINÉS.

ORGE MONDÉ, ORGE PERLÉ. — L’orge est le fruit de V Llo7'deum vulf/m-e (Graminées). Après sa récolte, il retient les deux glumelles qui l’entourent. On l’en sépare mécaniquement pour en faire ro?’^e mondé des pharmacies. En le débarrassant de son péricarpe et de son périsperme, il forme alors l'oi-ge perlé, en grains presque arrondis, offrant encore le sillon qui caractérise ce fruit, ayant une couleur très blanche, d’un aspect farineux. L’orge mondé possède la forme elliptique et présente un dos arrondi, et un sillon longitudinal à la face opposée.

Ces deux produits deviennent souvent la proie des insectes qui en rongent la partie centrale. De plus, l’orge perlé est souvent blanchi à l’aide du talc. Si alors on l’agite avec de l’alcool fort, on en détache une poudre blanche, onctueuse au toucher, incombustible et très-difficilement fusible.

ORPIMENT. — V. Sulfures d’arsenic.

OS CALCINÉS : PO^,3(GaO). — Les os calcinés, ou phosphate de chaux des os, sont livrés au commerce sous forme de trochisques, blancs, insipides, inodores, à peu près incomplètement insolubles dans l’eau, facilement solubles dans les liqueurs acides.

Ce phosphate basique de chaux est associé, dans les os, à un peu de phosphate de magnésie, à un peu de cai'honate de chaux et à des traces A' oxyde de fer.

U8.->ges. — En pharmacie, les os calcinés entrent dans la préparation de la décoction blanche de Sydenham. Dans les arts, on en fait des coupelles pour les essais d’or et d’argent; on les fait entrer dans la composition d'un verre opalin. Ils servent à la composition du phosphore, après avoir été préalablement convertis en phosphate acide.

Falsifications. — M. Duval a eu à examiner un échantillon d’os calcinés remplacés en totalité par une poudre blanche, très-ténue, qui n’était autre que du sulfate de chaux. Elle ne produisait pas d’effervescence au contact des acides, qui ne la dissolvaient point à froid. Calcinée avec le charbon, elle fournit une masse de sulfure de calcium qui, délayée avec un peu d’eau et traitée par un acide, laissa dégager beaucoup d’hydrogène sulfuré. Bouillie avec de l’eau distillée, le liquide filtré donna, avec le chlorure de baryum, un précipité blanc, insoluble dans l’acide nitrique. Bouillie pendant quelque temps avec une solution de carbonate de soude, elle fut convertie en carbonate de chaux insoluble et en sulfate de soude soluble, sels faciles à reconnaître.

Remarque. — Le nouveau Codex a substitué aux os calcinés, employés autrefois en pharmacie, le phosphate de chaux préparé. Ce produit est le résultat de la précipitation, par l’ammoniaque, de la solution chlorhydrique de ces os calcinés. Le phosphate de chaux qui en résulte est exempt de carbonate de chaux et de sel ferrique : c’est pourquoi il doit se dissoudre dans l’acide chlorhydrique pur sans produire d'effervescence et sans colorer la liqueur en jaune; il ne doit y laisser aucun résidu. Lorsqu’il ne s’y dissout pas en totalité, c’est qu’il contient Aqs produits siliceux, peut-être des os calcinés en poudre (voir au microscope). Si sa solution chlorhydrique est colorée en jaune, si elle bleuit par le cyanoferrure de potassium, c’est qu’elle contient du fer provenant d’un acide chlorhydrique impur employé à la dissolution des os. Lorsqu’il a été mal lavé, il relient une certaine quantité de chlorhydrate d'ammoniaque. On s’en apercevra facilement sa saveur piquante et salée; de plus, en le traitant par l’eau dis-

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