‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 381 sur 470 · ANALYSES · texte numérisé non relu

ANALYSES

Savon blanc de Marseille.

Savon marbré de Marseille (savon de ménage.

Thénard.

bonne qualité)

Savon blanc de suif, an-

60 (huile).

d’Arcet.

glais

Ure.

Savon de Castille

14,5 avec matière colorante.

üre.

Savon anglais

Savon blanc de parfu-

14,3 avec matière colorante.

meur, anglais

Ure.

Savon blanc de Glascow.

Savon résineux brun de

Ure.

Glascow

Savon de beurre de cacao,

70 (avec résine).

Uro.

anglais [marine Soap)..

POT-tSSE.

22 (beurre de cacao).

Savon vert ordinaire

4fi,5

Thénard.

Idem

Ghevreul.

Savon mou, anglais

45 (huile et suif).

Savon vert, belge

•36 (huile).

Savon mou, écossais

47 (huile et

suifj.

Idem

34 (huile ei graisse)

Idem.

51,66 (huile de navette

Idem

Savon demi-dur, écossais,

48 (huile d'olive'.

dit savon économique. . .

62 (graisse solide).

comme flux réductif. La solution aqueuse ou alcoolique de savon blanc est usitée comme réactif dans quelques circonstances. L’action décomposante qu’exercent sur elle les sels à base de chaux et de magnésie le fait servir à constater la plus ou moins grande pureté des eaux de sources, de rivières et de puits, à l’aide des procédés hydrotimétriques.

Altérations et faisificatioiis. — Les savons peuvent être altérés : par un excès à' eau; par l’emploi de corps g7'as de qualité inférieure ; par la substitution de matih'es 7'ésineuses à ces corps gras; par un excédant de ceux-ci, restés à l’état de liberté ; par la présence d’une certaine quantité de glycérme ; par la présence d’un excès d’a/ca/< qui, plus tard, se transformera en cai'bonate alcalin ; par celle de sulfates ou de chlorures provenant d’une fabrication défectueuse. — Pour les falsifier, on leur incorpore de la farine, de la fécule, de la silice, de Valumine, du silicate de soude, du talc, différentes teri'es argileuses, de Vocre, de la chaux, du plâti'e, du sulfate de hai'yte et de la gélatine.

Souvent aussi, on vend du savon fait avec des huiles de graines et des graisses, comme savon fabriqué avec de l’huile d'olive ou d'amandes douces. Les savons de toilette peuvent renfermer des matières odorantes de qualité inférieure, ou des matières colorantes inorganiques, nuisibles à la santé. 11 est donc important de savoir faire l’essai commercial et même l’analyse complète d'un savon.

SAVONS. 967

Bien des méthodes ont été proposées : parmi elles, nous indiquerons surtout celles de M. G. Tissmdier et de M. F. Jean (1).

Dosage de l’eau. — Les proportions d’eaw pouvant y varier depuis 14 jusqu’à 7J p. 100, il est nécessaire d’en faire le dosage, car, au delà d’une certaine limite, la présence de l’eau constitue une véritable falsification. Aussi le savon fortement additionné d’eau est-il conservé dans des caves humides, à l’abri de l’air, qui lui ferait perdre ce liquide ; on le couvre même de linges trempés dans de l’eau saturée de sel marin : quelques marchands vont jusqu’à tenir les savons dans des vases pleins d’eau salée (2). Ces savons sont faciles à reconnaître à leur pâte molle et blanche ; il suffit de les presser avec les doigts pour se convaincre de la fraude. On peut évaluer la proportion d’eau qu’ils contiennent en pesant une certaine quantité de savon (4 ou 5 grammes) en raclures minces, puis les faisant sécher rapidement dans une étuve à courant d’air, chauffée à 100®, ou bien dans un bain d’huile, en prenant le poids du produit desséché. La différence entre les deux poids indique directement la proportion d’eau qui se trouvait dans le savon suspecté.

D’après M. F. Jean (3), ce dosage ne devient exact qu’en opérant comme il suit ; on prend 1 ou 2 grammes de savon coupé en tranches minces, de façon à en faire un échantillon moyen ; on le dissout dans la moindre quantité possible d’alcool fort ; on ajoute alors à cette solution un poids connu de sable sec et fin, de façon à absorber la totalité du liquide ; on porte le tout dans l’étuve à 110® (fig. 215). On pèse à plusieurs reprises, jusqu’à qu’il n’y ait plus déperdition de poids. Retranchant le poids du sable, on a celui du savon sec.

Corps insolubles. — Lorsque le savon est additionné de farine, de fécule {\), de silice (5), éi' alumine (6), de talc, de terre glaise, de terre à foulon, de chaux, de plâtre, de pierres, de sulfate de baryte Çï), àQ gélatine {^), etc.; rien n’est plus

(1) Nous passons sous silence les procédés analytiques de M. Sienier (Répert. de pharm., 1874, p. 568), de M. Maistev (Bull, de la Soc. chira., 1875, t. XXIII, p. 569).

(2) Le savon blanc soumis à cette manipulation augmente, en un mois, de 39 p. 100 de son poids.

(3) Voyez : Moniteur scientifique du D’ Quesneville, 1872.

(4) L’introduction de 5 à 6 p. 100 de fécule dans le savon a pour but, dit-on, de le dulcifier lorsqu’il est alcalin ; on a même pris un brevet pour cette addition.

(5) En Angleterre, on a fabriqué des savons contenant jusqu'à 19 p. 100 de silice. En les calcinant, puis les traitant par l’acide clilorhydrique, la silice reste pour résidu, sous la forme d’une poudre blanche.

Le D' Springmühl, de Vienne, a constaté dans un grand nombre de savons du commerce, la présence de l’alumine hydratée et de la silice gélatineuse qui, par leur état, peuvent retenir une énorme quantité d’eau. Certains mucilages en font autant. En épuisant ce? savons par l’alcool, on dissout le savon vrai et on a pour résidu le corps étranger.

(6) A Bordeaux, on a vendu sous le nom de savon économique, savon de ménage, des savons contenant de la marne ou de l’alumine {t'edroni fils).

(7) Le docteur Arenrfs dit avoir examiné du savon qui renfermait une proportion considérable de sulfate de baryte en poudre.

(8) Le docteur Geissler a examiné un savon qui contenait 33 p. 100 de savon pur et 51 p. 100 de colle animale, insoluble dans l’alcool et formant une gelée avec l’eau bouillante.

SAVONS

facile que d’en apprécier la quantité. En effet, tous ces corps étant insolubles dans l’alcool, il suffit de traiter le savon suspect par ce véhicule, et de filtrer la solution, pour séparer toutes les substances étrangères qui, restant sur le filtre, peuvent être pesées après une dessiccation préalable. On recherche ensuite, par un examen spécial, la nature de ces substances étrangères. On obtient par le même procédé les matières colorantes minérales que renferment certains savons de toilette (se/s de plomb, de mercure, de cuivre, etc.).

C’est de cette manière que M. Roussin a pu constater, chez la plupart des savons mous, la présence d’une forte proportion de fécule (de 12 à 25 p. 100), qu’il a isolée facilement en traitant 10 grammes de savon noir par 30 ou 40" d’alcool à 85“, agitant, laissant déposer, décantant, lavant, séchant et pesant. Ainsi isolée, cette fécule est grise, pulvérulente, et capable de donner de l’empois et de bleuir par l’iode.

Si le savon à essayer ne renferme que des matières insolubles dans l’eau, on peut le traiter directement par ce liquide ; car les corps ayant servi à la fraude se précipitent alors au fond du vase, dans lequel on fait la solution de savon, et où on peut les reprendre pour les laver, sécher et peser. Mais on n’obtient pas alors les sels minéraux solubles, comme le sel marin, le sulfale et le carbonate de soude, qu’on retrouve, au contraire, dans le résidu insoluble laissé par l’alcool.

Savon réel. — On peut connaître la proportion réelle de savon renfermée dans un savon douteux, en le faisant sécher d’abord, pour déterminer la quantité d’eau qu’il contient, puis en faisant bouillir le produit desséché, dans une solution concentrée de sel marin. Cette opération détermine, d’une part, la précipitation des matières insolubles, et d’autre part, la dissolution des matières solubles : il s’ensuit que le savon, insoluble dans la solution de sel marin et surnageant cette dernièi’e, peut ensuite être repris, filtré à travers un linge, puis séché de nouveau et pesé. La perte de poids indique la proportion des matières étrangères. Ce’ procédé d’analyse ne peut évidemment s’appliquer qu’aux savons de soude, lorsqu’on les fait bouillir avec du chlorure de sodium.

On arrive à un résultat encore plus précis en titrant un savon par la méthode volumétrique de M. Pons. Sachant que le savon marbré de Marseille premier choix contient en moyenne 6 parties de soude, 64 parties d’acides gras et 30 parties d’eau, on en déduit ceci, que 1 gramme de ce savon est neutralisé par de chlorure de calcium anhydre. Donc si l’on dissout t®‘',074 de ce

sel dans un litre d’eau distillée, on aura une liqueur titrée A, capable de précipiter complètement 10 grammes de savon pur (I). On prend donc 10 grammes du savon à essayer, on les dissout dans 100" d’alcool à 85“ ; puis on ajoute au tout assez d’eau distillée pour égaler 1000" de liqueur désignée par B. On met alors 10" delà liqueur titrée A dans un flacon à l’émeri ; on remplit ensuite une burette graduée du liquide savonneux B, en prenant le soin d’en ajouter audessus du 0“ de celle-ci la valeur de 1/10 de centimètre cube ; puis on le fait couler goutte à goutte dans le flacon, en agitant jusqu’à ce que l’on arrive à obtenir une mousse persistante, comme dans les essais hydrotimétriques. On lit alors la dépense, qui aura été d’autant plus considérable que le savon était plus faible; si donc on a dépensé 127 divisions delà burette, soit 12", 7, en

(I) Le procédé de Schulze n’est que la reproduction de celui de Pons.

SAVONS. 969

divisant lO"- par ce nombre, on obtiendrait 0«%78, ce qui vent dire que le savon n’est qu’à 78/lCO au lieu d’être à 100 p. 100 comme le savon type (1).

Acides gras. — Pour évaluer la quantité à' acides gras contenus dans un savon, on décompose celui-ci au moyen d’un acide titré ou non. L’emploi d’un acide titré ramène l’essai à une opération alcalimétrique, mais il faut, pour que le résultat obtenu ait quelque valeur, que le savon soit exempt d’un excès d’alcali ou de carbonate de soude. On rend cette opération très-régulière en suivant le procédé de M. F. Jean, qui sera décrit plus bas.

La méthode ordinaire consiste à dissoudre 5 grammes de savon dans un demi-litre d’eau distillée, et à ajouter à la liqueur presque bouillante un léger excès d’acide sulfurique étendu au 10°, excès qu’on reconnaît à l’aide du papier bleu de tournesol. Les corps gras rais en liberté se réunissent à la surface du liquide acide. On peut alors les recueillir, les dessécher et les peser. Mais on rend l’opération plus facile et plus sûre en ajoutant de plus à l’ébullition,

6 à 10 grammes de cire blanche sèche et pure [d'Arcet], qui ramasse les corps gras en laissant, parle refroidissement, un gâteau de cire très-dure, qu’on peut recueillirfacilement On le lave jusqu’à ce qu’il ne retienne plus d’acide sulfurique sensible au chlorure de baryum, puis on le dessèche auprès d’un vase rempli d’acide sulfurique concentré, placé sous une cloche, jusqu’à ce qu’il cesse de perdre de son poids(fig.216).En retranchant de celui-ci le poids de la cire employée, on a la quantité des

acides gras du savon. Mais celui-ci les rig- 216. — ClocUe recouvrant un bain d'acide sulfurique *f ^ VAf ♦ k ^ ^ A' ’ concentré, pour opérer la dessiccation, à la température

COnt6n3.lt a 1 Ctilt (XYlfiydVQ^ tünois (JU on ordinaire, des produits placés dans la petite capsule qui

les dose à l’état à'hydrates. Or, comme '■«pose sur le triangle, la moyenne de leur eau d’hydratation

est de 3,25 p. 100, il faut, par une règle de proportion, calculer la quantité d’eau qu’on doit retrancher de leurs poids pour les représenter à l’état anhydre.

Examen des corps gras. — C’est en recueillant les acides gras, au moment où l’acide sulfurique les met en liberté, qu'on peut vérifier si le savon avait été fabriqué avec des huiles ou des graisses. Souvent l’odeur qui résulte de cette décomposition indique la nature de la matière grasse employée à cette fabrication, celle du moins dont l’odeur est dominante. Mais il est plus rigoureux, pour établir plus sûrement leur origine, de déterminer leur point de fusion. Pour cela, on fond dans un tube à essai les acides gras recueillis, puis on en remplit, par aspiration, quelques petits tubes finement étirés. On attache ceux-ci à la boule d’un thermomètre, et on plonge le tout dans de l’eau

(1) M. O. Maister préfère le nitrate de baryte, ou plutôt le nitrate de plomb, au chlorure de calcium.

SAVONS

dont on élève graduellement la température. On reconnaît alors facilement le point de fusion du corps gras, par la transparence qu’il prend dans les tubes au moment où il se liquéfie {Bolley). On peut encore employer à cet efl'et soit l'appareil déjà décrit page 272, et que l’on reproduit ici (fig. 217), soit celui qui sera indiqué à l’article Suif.

Après cet essai, il est nécessaire de soumettre à un examen approprié les corps gras mis en liberté (voy. articles Huiles, Axonge, Graisses, Suifs), afin de reconnaître si les savons ont été fabriqués avec des matières grasses de qualité inférieure, telles que les huiles de graines de pavot, de chènevis, de noix, de faînes, qu’on substitue souvent à des corps gras d’un prix plus élevé.

Suivant le docteur Stœckhardt, les savons de suif et d'huile fabriqués par une nouvelle méthode, dite méthode vive, sont additionnés à'huile de coco, qui leur donne la qualité de mousser davantage.

Les acides gras du savon de suif préparé selon l’ancienne méthode commencent à fondre vers 44® ou 45®; ceux du savon de suif, par le procédé vif, fondent à 3ü® ou 33® ; ceux du savon de noix de coco, à 23® ou 24®.

Suivant Rolffs, on parvient sans peine à reconnaître la présence de l'huile de coco dans le savon, en versant quelques gouttes d’acide sulfurique dans la dissolution de ce dernier : cette addition développe instantanément l’odeur caractéristique du beurre de coco.

Dans le cas où le savon renfermerait de l’huile ou de la graisse, on obtiendrait un mélange de ces deux substances, d’autant moins compacte que l’huile y existerait en plus grande proportion. Pour bien réussir dans cet essai, il faut avoir égard à la température. Si on faisait cette épreuve à chaud, la graisse liquéfiée par la chaleur pourrait être confondue avec l’huile ; il faut alors avoir le soin de laisser refroidir le mélange, avant d’asseoir son jugement. Si on opérait par un temps trop froid, riuiile pourrait être concrétée et serait prise pour de la graisse. Il est donc nécessaire que le liquide soit à une température moyenne.

Il en est de même pour la détermination des essences qui servent à aromatiser les savons de toilette.

Graisses libres. — 11 est difficile de décider si un savon renferme ou non de la graisse libre, c’est-à-dire non saponifiée. Cependant de pareils savons sont gras au toucher: de plus, leur solution aqueuse est toujours très-opaline. Plusieurs moyens ont été proposés pour déterminer la proportion de ces graisses libres.

On constate que le savon contient un excès de matière grasse non saponifiée, en extrayant les acides gras au moyen de l’acide chlorhydrique, les lavant à l’eau distillée chaude, puis les combinant avec la baryte, et épuisant par l’eau

Fig. 217. — Appareil pour prendre le point de fusion des corps gras.

c, cloche en verre pleine d’eau, reposant sur un bain de sable b. — Elle supporte une planchette traversée par un thermomètre t et par deux tubes U, qui contiennent chacun une petite masse m du corps gras.

SAVONS

bouillante. La matière grasse non saponifiée est isolée du savon barytique par un traitement à l’alcool bouillant qui la dissout seule, sans toucher au savon alcalino-terreux.

On recommande également de précipiter une solution de savon avec du chlorure de calcium. On recueille sur un filtre le savon calcaire obtenu ; puis on le sèche et on le traite par de l’éther dans un petit hallon. Ce véhicule dissout la graisse neutre, mais il entraîne en même temps un peu d’oléate de chaux, ce qui donne un poids trop fort après l’évaporation du liquide éthéré.

Il est préférable de faire agir le sulfure de carbone sur le savon desséché avec du sable pour le dosage de l’eau ; de cette façon, le sulfure de carbone dissout le corps gras libre, et le laisse ensuite par évaporation.

D'après M. Perutz, de Teplitz, on dose exactement les graisses libres dans les savons qui en renferment, en traitant ceux-ci, après leur dessiccation complète, par de la benzine pure ou du naphte de pétrole, bouillant entre 85® et 88®. Ces liquides, à l’ébullition, dissolvent les corps gras non combinés, et les séparent ainsi du savon. En filtrant, évaporant et pesant, on a leur poids. Mais il faut incinérer le résidu de cette évaporation pour constater le poids des cendres, qui permettront de calculer celui du savon entraîné : il est excessivement minime et quelquefois nul.

Dosage des alcalis. — Un savon qui contient de l’alcali libre noircit le calomel qu'on triture avec lui {Planche). La solution aqueuse de ce savon jaunit celle du bichlorure de mercure, ou bien elle noircit le soluté de nitrate mercureux. Ce dernier genre d'essai est préférable aux autres par sa sensibilité {Stem).

On trouve aisément la quantité d’alcali contenue dans un savon, à l’aide d’un essai alcalimétrique. On prend, par exemple, 10 grammes de raclures de savon, représentant l’échantillon moyen; on les fait dissoudre dans 160 parties d’eau bouillante, puis on sature cette solution avec une liqueur normale contenant, par litre, 100 grammes d’acide sulfurique à 66® ou à 1 équivalent d’eau. Le volume de ce liquide, employé à la saturation complète, indique le poids correspondant d’acide sulfurique, qui équivaut lui-même à un certain poids de carbonate de soude sec ; on en déduit donc l’équivalent en soude ou en potasse pure. Le liquide provenant de la saturation donne, par son aspect trouble ou limpide, et mieux par une évaporation à siccité, des indices sur la pureté de la base. L’examen de la cristallisation du sulfate formé, l’essai avec le chlorure de platine, font reconnaître si la base est de la soude ou de la potasse, ou bien un mélange de ces deux alcalis (Voy. Potasses).

Il est préférable d’opérer de la manière suivante pour la détermination des alcalis. On incinère avec soin, dans un creuset de platine ou mieux d’argent, 5 grammes de savon. On dissout le résidu dans 2L0'® d’eau distillée, en prenant la précaution d’éliminer par filtration les produits insolubles. Avec ICO'® de la liqueur, on fait un essai alcalimétrique (1); puis, en évaporant ensuite ce même liquide à siccité, on y cherche et on y dose la potasse. Avec les autres 100",

(I) Les sulfates que peut contenir le savon, étant transformés en svlfures alcalins pendant U calcination, ces derniers pourraient élever le titre alcalimétrique du savon ; c'est pourquoi, il faut arroser le résidu de l’incinération de quelques gouttes d'une solution concentrée de chlorate de potasse, et, après dessiccation, calciner de nouveau. Mais on ne pourrait se servir du produit qui en résulte lorsqu’il s'agit de doser les chlorures.

SAVONS

on dose le chlorure qui peut s’y trouver, à l’aide d’une solution titrée d’azotate d’argent, ainsi que le sulfate qui peut y être aussi, en employant une solution titrée de chlorure de baryum.

Dosage de l’alcali libre ou carbonaté. — La méthode de dosage de l’alcali libre sera indiquée plus bas. On peut avoir recours à celle qui sert à doser l’alcali libre dans la potasse du commerce, par le chlorure de baryum en excès, etc. (Voy. pag. 889) : ce moyen est des plus exacts. Quant au carbonate, de soude libre, on en détermine la proportion en traitant 5 grammes de savon par l’alcool fort et bouillant, qui dissout le savon vrai et laisse indissous les chlorure, sulfate et carbonate de soude. On les recueille sur un filtre, on les lave à l’alcool fort, et on traite immédiatement par l’acide acétique concentré, qui dissout le carbonate sans toucher aux autres sels. On enlève l’acétate de soude formé à l’aide d’alcool faible ; on évapore les liqueurs, et on calcine le résidu pour le ramener à l’état de carbonate, que l’on pèse ensuite {G. Tissanclier).

Dosage de la glycérine. — On dissout 5 grammes de savon dans une suffisante quantité d’eau ; on sursature par un léger excès d’acide sulfurique étendu au 10®. On sépare les acides gras par la chaleur et la filtration. Alors on sature les liqueurs par du carbonate de soude, puis on les évapore à siccité; on reprend le résidu par l’alcool fort, qui dissout la glycérine et laisse le sulfate sodique. En évaporant cet alcool, la glycérine reste. On la reprend une deuxième fois par de l’alcool fort qui la purifie ; on le chasse enfin par la chaleur qui ne laisse que la glycérine exempte de matières étrangères.

Dosage des résines. — On substitue très-souvent aujourd’hui les résines à une partie ou à la totalité des corps gras ; il est donc important de savoir reconnaître cette substitution qui, la plupart du temps, peut passer pour une falsification, lorsque le produit n’est pas présenté sous le nom de savon de résine. De nombreux procédés ont été donnés à cet égard. Celui de Sutherland consiste à attaquer le savon par l’acide azotique concentré, qui transforme la résine en acide té7'élnque soluble, iàndâ?, que les acides gras resteraient intacts, ce qui n’est pas. Celui de Gottlieb a pour but de séparer, à l’aide du sulfate de magnésie, le savon vrai qui devient insoluble, du savon résineux qui resterait dissous ; ce moyen est complètement illusoire. Dans le procédé Rampai, on traite par l’eau bouillante la solution alcoolique concentrée de savon, afin de précipiter les résines, tandis que les acides gras surnagent. Il en est à peu près de même du procédé Cailletet, dans lequel on décompose la solution aqueuse de savon par l’acide sulfurique ; on agite ensuite avec de l’essence de térébenthine, qui dissout les acides gras, en laissant la résine sous forme de flocons.

A tous ces moyens inexacts ou insuffisants, M. F. Jean a substitué la méthode suivante, à laquelle il a ajouté un ensemble de procédés propres à donner une analyse complète de savon. En voici le résumé (I).

On pèse 10 grammes de savon, on les dissout dans 100®® d’eau distillée, puis on y ajoute un excès suffisant de lessive des savonniers, afin de précipiter le savon d’acides gras et une partie du savon de résine A. Ce précipité, recueilli sur un filtre, est lavé à la soude et laissé à part. On réunit les eaux mères à cette eau alcaline de lavage, le tput contenant une autre partie B du savon

(1) Voir ; Analyse du savo?i. F. Moniteur scientifique, 1875.

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résineux ; on porte le liquide à l’ébullition et on le sursature par de l’acide sulfurique étendu, de façon à précipiter toute la résine du savon B ; on la recueille sur un filtre taré. Ensuite, les eaux mères acides sont saturées par du carbonate de soude, puis on évapore à siccité. On reprend le résidu par de l’alcool fort qui dissout les malières l'ésinoïdes et la glycérim du savon sans toucher aux sulfates. Il suffit alors de chasser cet alcool par évaporation, puis de reprendre le nouveau résidu par un peu d’eau qui dissout la glycérine et laisse les matières résinoïdes. En ajoutant à cette solution aqueuse un peu d’acide indique et en faisant bouillir, cet acide sera réduit par la glycérine à l’état d’iode libre, ce qu’on pourra reconnaître facilement. On fait dissoudre alors le premier précipité A dans de l’eau bouillante, et on précipite la solution qui en résulte par un léger excès de chlorure de baryum, de façon à transformer les savons à base de soude en savons barytiques insolubles. On recueille ces derniers sur un filtre, on les lave, on sèche à 100®. Puis on traite ce précipité mixte par l’éther, qui dissout le résinate de baryte, et laisse indissous le savon barytiqueh. acides gras. On soumet à l’évaporation le liquide éthéré, et le résidu qu’il abandonne est traité par l’acide sulfurique étendu (l’acide chlorhydi'ique serait préférable), de façon à isoler le principe résineux qu’on jette sur le filtre B, et qu’on lave ensuite à l’eau tiède avant de le sécher et de le peser, ce qui donne définitivement le poids des malières résineuses. Quant au savon barytique insoluble, on le soumet à l’action d’une eau acide pour en isoler les acides gras qu’on peut recueillir, sécher et peser.

M. Barfood a imaginé un procédé de dosage qui repose sur la solubilité du résinate de soude dans un mélange éthéro-alcoolique incapable de dissoudre, au contraire, les savons d’acides gras. Mais ce procédé comporte des manipulations longues et délicates {Bull. Soc. chim., 1875, t. XXIV, p. 322).

Dosage des matières étrangères. — En traitant 10 grammes de savon par de l’alcool fort et bouillant, jusqu’à épuisement, on laisse à l’état de matières insolubles la fécule, Vocre, le talc, Vargile, les sulfates alcalino-terreux, ainsi que le silicate de soude, s’il y en a. On réunit ces produits sur un filtre pour les laver, sécher et peser. On détermine ensuite leur nature.

La solution alcoolique retient le savon et Vexcès d’alcali qu’il peut contenir. En y faisant passer à chaud un courant de gaz acide carbonique, ce dernier précipite la soude libre à 1 état de carbonate, qu’on sépare par filtration, et qu’on litre ensuite par le procédé alcalimétrique. On obtient par ce moyen le dosage exact de X'alcali libre contenu dans le savon. Les liqueurs filtrées sont chauffées pour en chasser l’alcool ; on sursature par un acide sulfurique titré le résidu du savon; puis, après en avoir séparé par filtration les acides gras devenus libres, on détermine l’excès d’acide sulfurique par une liqueur titrée alcaline; on a ainsi la quantité d’acide employé à la saturation de l'alcali combiné aux acides gras. Comme, d’après M. Jean, le rapport de ces derniers à l’alcali est en moyenne de 12,6 à 1, il suffit, pour avoir le poids des acides gras, de multiplier par 12,6 le poids de soude trouvé. Pour compléter cette analyse, on fait le dosage de l’eau par le moyen indiqué au commencement de cet article [alcool et sable), et on y dose aussi les corps gras libres par le sulfure de carbone.

En résumé, une analyse de savon doit surtout porter sur la détermination des corps suivants : eau, acides gras, alcali, corps étrangers. Ces derniers comprennent des matières minérales ou des produits organiques. Ceux-ci, repré-

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