SASSAFRAS
charbons ardents. D’ailleurs, la gomme et le sucre pourraient être séparés au moyen de l’alcool ou du chloroforme, qui ne dissoudraient que la santonine.
On y a trouvé de Vacide stéarique en feuillets minces, nacrés, fondant sur une feuille de papier en la rendant translucide, insoluble dans l’alcool froid et soluble au contraire dans la potasse faiblement caustique.
D’après Hœger, on aurait trouvé de la strychnine dans la santonine? Ce chimiste conseille d’en faire la recherche à l’aide d’une solution saturée d’acide picrique qui ne trouble pas la santonine pure. Il serait plus simple d’avoir recours à l'acide sulfurique mélangé de 1/200 de permanganate de potasse, qui colorerait la strychnine en un violet magnifique.
Le professeur Remingion a signalé une santonine allemande fraudée à l’aide de mica. On isole ce dernier en employant les dissolvants de la santonine, alcool, éther ou chloroforme.
SAPIN (Bourgeons de). — V. Bourgeons de sapin.
SAPONAIRE. — La saponaire ou savonnière {Saponaria officinalis — Caryophyllées) doit son nom à la propriété qu’elle possède de donner à l’eau une apparence savonneuse, et de faciliter le blanchissage du linge. La saponaire contient de la saponine, une résine molle, de Vexti'actif, une matière gommeuse, de Valbumine.
Usagées. — La saponaire est employée en médecine; on fait usage du suc, de la décoction, de la poudre, de l’extrait. Les anciens se servaient de la saponaire pour laver les étoffes et pour les préparer à la teinture. On vend la racine de cette plante, sous le nom de savonniè?‘e.
Falsifications. — On substitue à la saponaire le lÿchnis dioïque {Lychnis dioica) (1) ; mais il est facile de distinguer le lychnis de la saponaire: la racine de la saponaire est cylindrique, rampante, noueuse, courbe, rameuse, articulée, solide, chevelue ; elle est très-longue, rougeâtre ou rouge brun à l’extérieur, jaune à l’intérieur, blanche au centre, sans odeur sensible. Les feuilles sont opposées, lisses, lancéolées, non dentées, d’une couleur verte vive, et à trois nervures principales parlant de la base. La racine du lychnis n’est pas rouge, mais blanche et ligneuse ; les feuilles sont ovales, allongées, pointues, d’un vert mat et blanchâtre, rudes, velues, ne présentant point les trois nervures qu’on remarque dans les feuilles de saponaire.
Les fleurs de la saponaire sont en petits bouquets, celles du lychnis sont isolées.
SASSAFRAS. — On désigne sous ce nom la racine et le bois d’un laurier [Laurus sassafras — Laurinées) originaire de l’Amérique septentrionale.
Le sassafras nous est apporté en souches ou en morceaux de la grosseur du bras ; l’écorce a une couleur de rouille ; elle est beaucoup plus aromatique que le bois, qui est veiné, poreux et jaunâtre, quelquefois avec des veines roses; l’odeur forte et agréable du sassafras est due à une huile volatile, plus dense
(1) Beaucoup de plantes officinales qui doivent entrer dans la préparation des médicaments sont remplacées par d’autres. Il serait à désirer qu'un botaniste signalât ces substitutions dans un ou vrage spécial ; il rendrait un grand service aux pharmaciens.
SAVONS. 963
que l’eau, incolore au moment de son extraction, jaunissant avec le temps : 3 kilogrammes de sassafras en fournissent jusqu’à 46 grammes.
CJüafffs. — Le sassafras est employé en médecine comme diaphorétique et diurétique. On en prépare une infusion, une eau distillée, un sirop. Il entre dans les espèces sudorifiques.
AKérutions. — Le sassafras ne devrait être employé par le pharmacien qu’au moment où il vient d’être râpé ou raboté. S’il est mis d’avance en copeaux, il perd la plus grande partie de son huile essentielle et de ses propriétés, à moins qu’il n’ait été renfermé dans des vases hermétiquement clos.
Faisiacations. — Le sassafras divisé du commerce est souvent mêlé de bois étrangers. Il faut donc, lorsqu’on l’achète, en examiner avec attention la texture^ et ne pas se fier à l’odeur : les copeaux d’autres hois, mêlés de sassafras, prenant l’odeur de ce dernier, on serait induit en erreur.
Selon Hahnemann, il se trouve quelquefois, parmi les hûches de sassafras, des morceaux qui ont une texture plus dense et plus solide, une odeur d’anis ; on doit les rejeter comme inactifs.
Autrefois, ce hois étant d’un prix très-élevé, on lui a substitué du bois de bouilli dans une infusion de fenouil.
SAVONS. — On appelle savons des sels formés par les acides gras (acides stéarique, palmitique, oléique, etc.), combinés avec les oxydes métalliques. Les savons à base de potasse, de soude et d’ammoniaque, sont seuls solubles dans l’eau. Les savons insolubles comprennent les emplâtres.
Pour les besoins de la médecine, on incorpore quelquefois au savon des substances susceptibles de lui communiquer des propriétés nouvelles ; on forme alors les savons dits médicinaux.
Variété* commerciales. — Outre le savon employé pour le savonnage du linge, les savons de toilette et les savons médicinaux, on trouve également dans le commerce plusieurs espèces de savons : le savon de résine, fabriqué avec de la soude, du suif, de la résine commune, et un peu d’huile de palme, pour en rehausser la couleur, qui est à peu près celle de la cire jaune; il sert surtout dans la marine (I) ; le savon hydrofuge de Ménotti, qui n’est pas, à proprement parler, un savon; le savon ponce, qui n’est autre chose que du savon ordinaire, à la pâte duquel on a incorporé à dessein des matières siliceuses (2) ; enfin, on prépare des savons avec des matières animales, des boyaux; avec les débris des abattoirs, avec des huiles de poisson ; avec l’oléine de suif, les graisses veiHes (mélanges de matières grasses, résidus des cuisines, recueillis chez les restaurateurs et dans divers établissements publics et pr.vés des grandes villes), le suif d’os, les huiles de palme et de coco, le flambart, le saindoux, l’huile de cheval ;
(1) On fabrique aussi des savons de résine contenant de 19 à 20 p. 100 d’argile, de craie ou de marne, et au prix de 39 à 65 centimes le kilogramme ; ces savons de résine décrassent très-bien le linge.
On fabrique également des savons avec l'huile de coco, contenant 50 p. 100 (et quelquefois jusqu’à 15 p. 100) d’eau, 32 p. 100 de matière grasse et 10 p. 100 d’argile. Ces savons, d’un prix peu élevé, sont désavantageux pour le consommateur; ils donnent souvent un déchet de 50 p. 100 au bout d’un mois de fabrication.
(2) Le silicate de potasse a été d’abord employé en Angleterre pour la fabrication du savon. Ce savon siliceux est préparé pour une foule d’usages techniques, et ne doit pas, par conséquent, être considéré comme une sophistication.
SAVONS
avec les graisses dites de Reims et de .(extraites des eaux savonneuses,
résidus de graissages et dégraissages de laines). La soude et la chaux forment la base de la lessive alcaline employée pour fabriquer ces savons (1).
Dans le commerce, on distingue les savons en savons durs ou à base de soude, et en savons mous ou à base de potasse ; ces derniers, dits savons noù-s ou verts, sont plus généralement employés dans les pays du Nord ; en France, on emploie de préférence les savons durs. Les savons formés par une même base sont d’autant plus durs que la matière grasse employée à la saponification a un point de fusion plus élevé.
On trouve aussi dans le commerce deux espèces de savons : le savon blanc et le savon marbré ou de Marseille. Les veines bleuâtres que l’on remarque dans ce dernier sont produites par une petite quantité de savon à base d’alumine et de protoxyde de fer, et par du sulfure de fer, formé aux dépens d’un peu de sulfure de sodium qui existe toujours dans leslessivesemployéesàla fabrication du savon.
Caractères «l’un bon saToii. — Le savon dur, de bonne qualité et parfaitement pur, doit être sans odeur étrangère, ne produire aucune tache sur le papier, ne pas graisser les doigts, ne pas s’humecter à l’air ni se couvrir d’efflorescences ; il doit encore, par la dessiccation, perdre au maximum 45 p. lûO d’eau, si on se sert de savon blanc, et 30 p. 100 au plus, si l’on opère sur le savon marbré (2).
Placé sur les charbons ardents, le savon fond, se boursoufle et noircit en répandant une fumée épaisse, d’une odeur d’huile brûlée. En brûlant ainsi complètement toute la matière organique, le savon blanc perd 30,2 p. 100, et le savon marbré 64 p. 100 ; le premier laisse 4,6 de cendres, et le second 6 p. 100. Dans les deux cas, la soude forme la majeure partie de ces cendres.
Le savon doit se dissoudre facilement dans l’eau distillée, de même que dans l’alcool bouillant, qui est son véritable dissolvant. La solution aqueuse est opaline, et mousse fortementpar l’agitation ; elle présente une faible réaction alcaline au papier de tournesol rougi ; elle précipite en flocons blancs l’eau de chaux et l’eau de baryte, décompose toutes les dissolutions métalliques, et est décomposée par tous les acides qui s’unissent à la base du savon, en séparant les acides margarique, stéarique etoléique.
Savons durs. — Les savons durs se préparent, en France et en Italie, avec la soude et l’huile d’olive ; en Angleterre, dans le nord de l’Europe et de l’Amérique, avec le suif et diverses graisses. On ajoute souvent à l’huile d’olive 1/10 ou 1/5 d’huile de graines, pour rendre la coupe du savon douce, en diminuant sa consistance. C’est ainsi qu’on fabrique les savons d’huile d'olive et de soude, ou savons de Marseille. Pour préparer le savon blanc, on emploie les huiles les moins colorées.
Savons mous. — Le savon mou, fabriqué en grande quantité en Picardie, en Flandre et en Hollande, avec la potasse et les huiles de graines (chènevis, lin, colza, œillette) (3), contient en général plus d’alcali qu’il n’en faut pour la
(1) Certains fabricants ont essayé, mais sans succès, d'employer l'huile de gaz; elle avait l’inconvénient de communiquer au linge une odeur de goudron.
(2) La présence des marbrures est un indice certain de l'état d’Iiydratation du savon, lequel alors ne renferme pas au delà de 30 p. 100 d’eau ; en effet, quand la pâte est plus hydratée, elle est plus fluide et plus légère ; alors les composés métalliques s’y déposent facilement, et l'on ne réussit plus à les incorporer, sous forme de veines, dans les savons.
(3) On fabrique aussi une quantité assez considérable de savon mou en saponifiant l’acide oléi-
SAVONS
saturation de l’huile. C’est un savon complètement dissous dans une lessive alcaline ; il doit être transparent, d’une belle couleur noirâtre ou verdâtre lorsqu’il a été préparé avec l’huile de chènevis ; autrement on lui donne cette teinte, soit au moyen de l’indigo en nature ou dissous dans l’acide sulfurique, soit avec un mélange de couperose verte, de noix de galle et de bois de campêche, soit à l’aide du sulfate de cuivre. Il se dissout plus facilement dans l’eau que le savon de soude, et ne se dissout pas dans une lessive de potasse très-concentrée, en sorte que l’on peut par ce moyen purifier un savon qui, par suite d’une préparation vicieuse, contient soit trop de sels, soit trop d’alcali caustique ou carbonaté. Du reste, comme le savon mou se dissout bien dans l’alcool, on sépare les sels étrangers à l’aide de ce véhicule.
Par la dessiccation à l’étuve, le savon vert abandonne 36,5 p. 100 d’eau et le produit séché perd, par la calcination et l’incinération, 44 p. 100 de matière grasse, en laissant 9,5 p. 100 de cendres; celles-ci sont formées par la potasse.
Les savons de toilette sont, comme les précédents, tantôt à base de soude (savons de Windsor, à la rose, an bouquet, d'amandes ameres, etc.), et tantôt à base de potasse (savons de toilette mous, savon nacré ou crème d'amandes). Ceux qui sont à base de soude se font avec les huiles d’amandes douces ou amères, avec les huiles de noisette, de palme, d’olive; avec le saindoux, le suif, le beurre ; ils sont, en général, très-bydratés. Ceux qui sont à base de potasse ne se font qu’avec les grajsses, et le plus souvent avec le saindoux.
Tous ces savons doivent leur odeuragréable à diverses essences ou substances odorantes (essences de roses, de carvi, de lavande, de romarin, de bergamote, de Portugal, etc.), qu’on y incorpore, ainsi que différentes matières colorantes organiques. Dans tous les cas, leur saveur ne doit pas être caustique, et il est nécessaire qu’ils soient, autant que possible, dépourvus, d’alcali libre.
Quelques-uns sont transparents : ils renferment alors une quantité plus ou moins considérable d’alcool. Quand on veut les colorer, on emploie des dissolutions alcooliques concentrées d’orseille pour le rose, et de curcuma pour le jaune foncé.
On prépare aujourd’hui des savons phéniqués.
Compositions. — Voir au tableau ci-contre (p. 966) la composition en centièmes de quelques savons.
Usages. — Le savon est employé au blanchissage des étoffes et du linge, au foulage du drap. Le savon mou est plus propre au lavage que le savon dur, parce qu’il contient un peu plus d’alcali ; on s’en sert pour laver le linge grossier et dans le foulage du drap. Le savon dur, au contraire, est employé pour laver le linge, les tissus de coton et de soie. Le savon est employé pour le graissage des machines. On se sert aussi, dans les arts, de savons métalliques pour le bronzage des plâtres et l’imitation de la patine antique. La parfumerie fait un grand usage des savons dits de toilette. La médecine et la pharmacie utilisent les savons dits médicinaux.
Le savon à l’état solide est employé dans certains essais par la voie sèche,
que, résidu de la fabrication des bougies stéariques ; on est parvenu à le durcir par l’addition de 0,1
0,2 d'huile de palme {de Milly).
SAVONS
SOUDE
MATIÈRE