SAVONS MÉDICINAUX
stances qui, à l’intérieur ou même à l’extérieur, pourraient causer parfois de graves accidents. Nous conseillons donc aux pharmaciens de fabriquer euxmêmes le savon blanc ordinaire qui doit servir aux usages médicaux.
Pour plusieurs autres maladies, on compose les savons suivants, dont nous allons faire connaître les vrais caractères, afin de mettre en garde contre les altérations dont ils sont susceptibles.
d® Savon médicinal ou savon amygdalin. — Ce savon, qui se prépare avec la lessive des savonniers (dO p.) et l’huile d’amandes douces filtrée (21 p.), est particulièrement affecté aux usages internes. Il est blanc, solide, non graisseux ; il doit se dissoudre entièrement dans l’eau distillée et l’alcool. Les acides décomposent sa solution aqueuse, et l’huile qui s’en sépare est soluble dans l’alcool. L’ammoniaque ne bleuit pas la solution aqueuse du savon médicinal ; le sirop de violettes, le papier de curcuma ne changent point de couleur par le contact de cette solution : mais les infusions végétales contenant un principe astringent, ainsi que l’eau de chaux, la précipitent.
Ce savon est quelquefois altéré par des substances métalliques, telles que le cuivre^ le plomb, le fer, provenant des vases dans lesquels sa préparation a été exécutée. Ces altérations peuvent, on le comprend aisément, avoir de graves conséquences, lorsque surtout ce savon est destiné à l’usage interne. Il faut donc y apporter la plus sérieuse attention, et chercher à reconnaître si le savon médicinal ne contient point l’une de ces substances.
L’ammoniaque caustique donne une couleur bleue au savon contenant du cuivre, tandis que cette coloration ne se produit pas si le savon est pur; de plus, le savon ainsi altéré a une teinte plus ou moins verdâtre, selon la quantité de cuivre qu’il contient. Le sulfhydrate d’ammoniaque donne une couleur noirâtre aux flocons blancs visqueux qui se forment dans la dissolution aqueuse du sawow plombifère. Enfin l'oxyde de fer se reconnaît à la couleur plus ou moins jaunâtre du savon médicinal, et, lors de sa dissolution, il se fait un dépôt de flocons colorés en brun jaunâtre.
Le savon médicinal doit se préparer avec de l’huile végétale, et non avec une graisse animale, ainsi que cela se voit quelquefois ; de même, cette huile végétale peut être de mauvaise qualité. On reconnaît que le savon contient de la graisse au lieu d’huile, en le dissolvant dans l’alcool. En cas de fraude, cette solution alcoolique devient et reste gélatineuse; tandis que, si le savon est pur, s’il est préparé avec de la bonne huile végétale, la solution reste fluide à la température ordinaire (1). La rancidité, la mauvaise odeur et le mauvais goût du savon indiquent qu’il a été préparé avec de l’huile de qualité inférieure.
Le savon médicinal a quelquefois une saveur alcaline âcre ; ce signe caractéristique indique la présence d’un excès d’alcali, et on peut s’en convaincre facilement en ce que la solution de ce savon brunit le papier de curcuma et verdit le sirop de violettes, ce qui n’a pas lieu avec le savon bien préparé. En outre, d’après l’observation de Planche, si on le broie, bien sec, avec un peu de protochlorure de mercure, ce dernier devient gris-noir lorsqu’il y a un excès d’alcali caustique.
2® Savon de moelle de bœuf ou savon animal. — En parlant du savon amygdalin, on a dit comment il était possible de le distinguer d’un savon pré-
(1) Il serait préférable d’isoler les acides gras pour en prendre le point de fusion.
SCÂMMONÉE.
paré à l’aide d’une graisse animale. On doit observer de plus que le savon animal a été privé de la glycérine qui prend naissance pendant sa préparation, tandis que cette substance reste toujours en mélange avec le savon amygdalin préparé d’après le procédé du Codex. On peut en isoler facilement cette glycé rine libre en dissolvant le savon dans de l’eau pure, qu’on sature ensuite de sel marin ; le savon, insoluble dans la solution devenue salée, s’en sépare, tandis que celle-ci retient la glycérine. On décante alors le liquide qu’on évapore au bain-marie, et l’on reprend le résidu par l’alcool, qui enlève la glycérine en laissant le sel, insoluble dans ce véhicule.
3“ Savons d’alcaloïdes. — Obtenus par double décomposition du savon médicinal et d’une solution de chlorhydrate d’alcaloïde {morphine, quinine, strychnine), ces savons se précipitent à l’état insoluble. Traités par un acide étendu, ils lui rendent leur alcali organique qu’on peut ensuite facilement reconnaître : la solution de morphine bleuira parle perchlorure de fer; celle de la quinine verdira par le chlore et l’ammoniaque. Quant au sel de strychnine, il deviendra violet par un mélange d’acide sulfurique concentré avec 1/'200 de permanganate de potasse.
4“ Savon mercuriel. — Il est gris noirâtre; sa saveur est âcre, piquante, savonneuse; il est soluble dans Teau froide et plus encore dans l’eau chaude ; cependant, dans l’une ou dans l’autre de ces solutions, l’oxyde de mercure ne se dissout pas ; il se dépose, parce que lui-même n’est pas parfaitement dissous dans le savon, mais seulement incorporé de manière à ne pouvoir s’en séparer même par une filtration à travers un papier quadruple.
On substitue quelquefois au savon mercuriel du savon commun mélangé de mercure soluble dt Hahnemann. Cette sophistication est facilement reconnaissable au précipité gris-noir d'oxyde qui se produit par la dissolution dans l’eau distillée. Le savon mercuriel vrai donne pareillement un précipité d’oxyde de mercure, ainsi que nous l’avons dit ci-dessus ; mais celui-ci se fait beaucoup plus lentement, il est surtout d’une couleur moins intense.
Quelquefois il arrive que, par suite d’une préparation mal faite, le savon mercuriel n’est pas propre aux usages auxquels il est spécialement destiné ; il contient des dépôts ou flocons huileux, qui apparaissent particulièrement dans la dissolution ; tandis que , lorsque le savon est bien préparé , la solution aqueuse ne doit présenter aucune trace de matière grasse à sa surface. Cette altération est produite lorsqu’on n’a pas mis une quantité suffisante de potasse caustique. Si, au contraire, il y a excès de celle-ci, le savon se trouve également altéré et impropre à ses applications. Cette altération se reconnaît à la saveur âcre et caustique du savon, et aussi à ce que le papier de tournesol, rougi par l’acide acétique ou le vinaigre, est plus promptement ramené au bleu par le savon altéré, tandis que ce changement n'est opéré que très-lentement et très>imparfaitement par le savon mercuriel pur.
D’autres fois, enfin, le savon mercuriel peut contenir du mercure métallique, provenant de ce que, pendant sa fabrication, le savon a subi un trop haut degré de chaleur, lors de son évaporation à siccité. Ce mercure se découvre facilement par le frottement du savon entre les mains.
SCÂMMONÉE. — La scammonée est un suc résineux dont on distingue deux espèces principales : la scammonée d' Alep; la scammonée de Smyrne.
SGAMMONÉE.
Scammonée d’Alep. — La première est extraite de la racine du Convolvulus scammonia (Convolvulacées), qui croît en Syrie. Ce suc concret se divise en morceaux très-irréguliers, secs, légers, poreux, très-friables, à cassure noire et brillante et d’un gris foncé à l’extérieur; frottés avec le doigt mouillé, ils deviennent laiteux et blanchâtres; leur poudre est d’un blanc grisâtre. La saveur de la scammonée d’Alep est amère et suivie d’âcreté. Lorsqu’elle est réunie en masse, frottée, ou échauffée par la vapeur de l’haleine, elle exhale une odeur forte qui se rapproche de celle du beurre rance ou de la brioche ; c’est un des meilleurs indices de sa bonne qualité. Elle fournit avec l’alcool une teinture d’un brun pâle.
Scammonée de Smyrne.. — Cette deuxième espèce a été attribuée par erreur au Per'iploca seeamone, qui croît en Anatolie. Cetle sorte, moins estimée que la précédente, est compacte, peu friable, d’un brun noirâtre et d’une cassure terne. Son odeur et sa saveur sont moins prononcées que celles de la scammonée d’Alep. Elle forme avec Leau une émulsion d’un gris foncé qu’elle colore plus fortement que la scammonée d’Alep. Elle provient, comme celte dernière du Concolvulm scammonia, au suc duquel on ajoute le plus souvent des matières étrangères (1).
Scammonée de Montpellier. — On trouve dans le commerce une troisième sorte de cette résine purgative : c’est la scammonée de Montpellier , qui est fabri-
(1) M. Sidwy Maltass a publié, en 1853, quelques remarques au sujet de la production de la scammonée aux environs de Smyrne.
La scammonée pure ou en larmes provient de celle qui s’écoule la première, par incision, sur la paroi de la racine et dans la coquille qu’on lui attache. Lorsqu’elle est sèche,, elle est légère, fragile et d’une cassure brillante, brun rougeâtre ou noire et très-lustrée. Elle blanchit au contact de la salive.
Les Turcs la mélangent avec le produit de la décoction des racines épuisées et écrasées : de là la grande abondance de fibres végétales qu'on rencontre dans certains échantillons.
Les paysans la falsifient en lui ajoutant de la craie.
La scammonée, mal desséchée, moisit en partie dans les magasins où on la conserve. On la met en gâteaux si elle est encore tendre, ou bien on la livre en fragments irréguliers lorsqu’elle est trop sèche. Celle qui est restée longtemps à Vhumidité fermente, devient poreuse et perd son brillant.
Il est certaines scammonées rendues légères par la grande quantité à'amidon qu’elles ont reçu. On y introduit encore généralement de la cendre, de la terre, de la gomme arabique ou adragante, quelquefois de la cire, du jaune d'œuf et des racines de scammonée pulvérisées.
On prépare, à Angora, une sorte de scammonée contenant 30 à 40 p. 100 de scammonée pure et 60 à 70 p. 100 d’amidon : on l’appelle skUip, qui veut dire substance falsifiée.
C’est avec ce skilip et de la scammonée inférieure, remplis de terre ou de fibres végétales, qu’on prépare certains mélanges qu'on moule en gâteaux plats et ovales, dont on enduit la surface de scammonée pure pour leur donner du poli.
Ces mélanges, que l’on désigne sous le nom de l" qualité préparée et de 2® qualité préparée, renferment de 30 à 40 p. 1 00 de résine pure.
A Smyrne on trouve, d’après M. Maltass :
r Une scammonée en coquille; 2" une scammonée en gâteaux d’un brun foncé ; 3" une scnmmonée d’ Angora; 4“ une scammonée noire récoltée à l’ombre. Toutes les quatre sont pures. Puis viennent les scammonées falsifiées de Smyrne, d’Angora, avec craie et amidon; et une scammonée imitée préparée avec les résidus de scammonée, de la terre, de la gomme et de la résine de pin.
En résumé,, on remarquera que les caractères les plus frappants d’une scammonée' pure recueillie par incision sont : la transparence, la couleur pâle, jaune brunâtre, une cassure très-brillante; la propriété de s’émulsionner facilement avec l’eau, et celle de se dissoudre en presque totalité dans l’éther.
Chevallier et Baudrimont, 6® édit.
SCAMMOXÉE.
quée, dit-on, dans le midi de la France, avec le suc du Cynanchum monspeliacum (Apocynées), auquel on incorpore souvent diverses résines et des substances purgatives (quelques euphorbes ou plantes âcres, laiteuses, de la farine d’orge, des cendres et d’autres matières analogues). Elle est tout à fait noire, très-dure et très-compacte. Elle se dissout dans l’eau et donne un liquide d’un gris foncé, onctueux et tenace. Cette scammonée, de même que celles qui sont sous forme de galettes, ou qui présentent d’autres caractères que ceux que nous avons indiqués en parlant des scammonées d'Alep et de Smyrne, doivent être rejetées de l’offlcine du pharmacien (1).
Composition. — D’après Bouillon-Lagrange, la scammonée est composée de : résine, 60; gomme, 3; matière extractive, 2; débris dive7's, 35.
D’autres analyses ont donné les résultats suivants (2) :
Scammonée
Scammonée
d’Alep.
de SmjTne.
Résine..
Extrait alcoolique
Extrait gommeux
Matière végétale insoluble
Matière terreuse
Le tableau suivant représente les résultats des analyses faites par M. Thoi'el, pharmacien à Avallon :