SIROP DE VIOLETTES
reconnu des caractères qui le distinguent de celui du Codex. En effet, le sirop stanné, étendu de dix fois son poids d’eau, laisse à celle-ci une belle couleur bleue, ce que ne fait pas le sirop du Codex. En ajoutant à ces liqueurs une solution très-étendue (au millième) de protocblorure d’étain, le sirop stanné ne change pas de couleur, tandis que celui du Codex devient d’un très-beau bleu. Une eau ordinaire, ou ammoniacale, ou contenant un peu de sous-acétate de plomb, fait virer ce dernier sirop au vert, tandis que le sirop stanné reste bleu au contact de ces agents.
D’après Huraut-Moutillard, le sirop du Codex ne laisse point passer la lumière à travers une couche de 3 centimètres d’épaisseur, tandis que celle-ci traverse tout sirop de violettes qui aurait été préparé avec des fleurs doubles, ou avec les violettes des quatre-saisons, ou avec des fleurs en proportions moindres {Officine de Dorvault).
Faisiflcatious. — On a substitué au sirop de violettes du sirop préparé avec d’autres fleurs d’une couleur analogue à celle de la violette, telles que la fleur de pied-d'alouette^ celle de la pensée tricolore; puis on ajoutait un peu d’fris de Florence pour lui donner l’odeur de la violette. Le sirop ainsi préparé est facilement reconnu : son odeur n’est pas la même, sa saveur a de l’âcreté. Il faut alors comparer le sirop suspect à du sirop de violettes pur.
Selon Ebermayer, on a imité ce dernier en se servant du chou rouge, du coquelicot, de Vairelle, et faisant virer la couleur de ces parties de plantes avec une petite quantité de potasse ; mais tous les sirops artificiels, préparés avec ces substance^, peuvent être reconnus immédiatement par les alcalis, qui ne leur communiquent pas la couleur verte que prend le sirop de violettes dans les mêmes circonstances (I).
Nous avons vu du sirop, dit de violettes, préparé avec le tournesol et l’i><s. Ce sirop ne prenait pas non plus la couleur verte lorsqu’on le mettait en contact avec une eau alcaline. Il n’avait pas une couleur bleue franche ; sa teinte était violâtre et, lorsqu’on interposait entre l’air et la lumière le flacon qui le renfermait, il paraissait d'un rouge intense. Sa saveur était urineuse et désagréable.
On a préparé du sirop de violettes avec l’/rfs, le sirop de sucre et une solution Cl indigo. Ce mélange est reconnaissable en ce qu’il ne verdit pas par les alcalis et en ce qu’il ne se colore pas en rouge violacé par les acides.
On a fait du sirop de violettes avec VIris germanica, seul ou mêlé de I /5 de violettes, et aromatisé avec la poudre à' iris de Florence. On a employé aussi, dans le même but, ÏAlcæa atropurpurea (?). Cette plante, très-commune dans les jardins, donne une teinture d’un rouge vineux; ce qui porte à douter de la sophistication.
(1) Étonne de l’extrême bon marché auquel le sirop de violettes est livré à Londres, M. Fréd. Kendall s’est procuré douze échantillons de ce sirop, vendus à Londres et à Manchester. Aucun d’eux n’offrait les caractères extérieurs et les propriétés chimiques du véritable sirop de violettes. Il y en avait de verts, de pourpres, de violets, quelques-uns même étaient presque entièrement décolorés. Deux de ces sirops, fortement colorés en bleu, ne viraient pas au rouge par les acides, ni au vert par les alcalis h chaud; l’acide nitrique les décolorait. Ils avaient été colorés, l’un avec l’indigo, l’autre avec une dissolution sulfurique d'indigo. Un seul échantillon contenait du sirop de chou rouge; un autre, du sirop de coquelicots. Enfin, sept d’entre eux n’étaient que du sirop de pensées; ils verdissaient par les alcalis, mais n’offraient aucun des caractères physiques du sirop de violettes.
SOIE
SOIE. — V. aussi Matières textiles. — La soie est un produit de sécrétion fourni par la chenille du bombyx du mûrier ou ver à soie {Bombyx mori, Lépidoptères). Celte chenille recèle, dans deux glandes tuberculeuses placées sur sa tête, un liquide qu’elle en extrait sous forme de deux fils séparés d’ahord, mais qu’elle réunit aussitôt en un seul en les soudant par leur propre viscosité. L’animal emploie ce fil à former le cocon qui doit protéger la chrysalide en laquelle il se transforme, et qui est destinée à devenir elle-même le papillon ou insecte parfait, qui est le terme le plus élevé de ces métamorphoses.
Le fil non interrompu qui entoure le cocon peut en être extrait et dévidé d’une seule pièce, lorsque ce cocon reste intact ; mais après qu’il a été perforé par le papillon qui s’échappe de cette prison à une époque déterminée, la continuité du fil n’existe plus. Il faut donc n’employer au dévidage de la soie que les cocons non perforés, c’est-à-dire dans lesquels l’animal a été étouffé à l’aide de la chaleur pour empêcher son développement naturel. Les cocons perforés ou atteints de certaines altérations fournissent une soie inférieure, qu’on file comme le chanvre ou le coton.
La soie est produite non-seulement par la chenille du Bombyx mori, mais aussi par celle d’autres espèces du même genre; telles sont :
Le Bombyx cynthia, qui vit au Bengale; le Bombyx Yama-mai ou du Japon, tous deux fournissant une soie moins belle, mais plus solide que celle du B. mori ; le B. Pernyi, qu’on trouve en Chine et en Mongolie sur les feuilles de chêne ; le B. mylitla, qui se développe dans toutes les parties du Bengale, et dont les gros cocons abandonnent un fil six à sept fois plus fort que celui du ver à soie du mûrier; les B. Polyphetnus, cecropia, platensis^ leuca, Silene, Faidherbii, etc.
Variétés commerciales. — Les soies qui soiit produites par les diverses espèces de Bombyx ne peuvent être distinguées les unes des autres qu’en considérant la couleur, la forme, la structure du fil, son diamètre et la manière dont il se comporte à la lumière polarisée. Voici quelques-uns de ces caractères :
I® Soie du Bombyx cynthia. — Fil brunâtre un peu plat, souvent contourné en hélice sur son axe, comme la fibre du coton. Couleur due à la polarisation ap • préciable ;
2® Soie du Bombyx Yama-mai. — Fil jaunâtre ou incolore, plat. Couleur due à la polarisation peu appréciable ;
3° Soie du Bombyx mylilta. — Fil brun-gris, très-plat, très-variable dans son épaisseur. Couleur due à la polarisation peu sensible. Le fil brut est traversé par de larges stries obliques ;
4® Soie du Bombyx Silene. — Fil à peu près incolore avec un léger reflet brunâtre-gris, plat, tourné souvent sur son axe, d’une épaisseur uniforme. Couleur due à la polarisation d'une beauté remarquable ;
5® Soie du Bombyx Faidherbii. — Filoselle d’un blanc d’argent; soie fine, jaunâtre; bourre brunâtre; fil plat, souvent contourné sur son axe. Couleur due à la polarisation sensible ;
6® Soie du Bombyx mori. — Fil rarement strié longitudinalement, ou portant des stries parallèles à l'axe. Couleur due à la polarisation très-nettement apparente.
A ces caractères divers, il est essentiel d’ajouter la mensuration de la largeur du fil au microscope. MM. Wiesner et Prasch 'ont mesuré le diamètre des soies
SOIE. 1023
des cinq espèces précédentes ; voici les résultats qu’ils ont obtenus, comparés à ceux que donne le Bombyx mori :
^ Filoselle
r Bombjjx cynlhia j Soie fine
( Bourre
I Filoselle
T — Yoma-mai.... | Soie fine
( Bourre
I Filoselle
— mylilta \ Soie fine
( Bourre
^ Filoselle
4* — Faidherbii l Soie fine
( Bourre
^ Filoselle
5" — Sile?ie < Soie fine
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fi" — mort I Soie fine
[ Bourre
mill. m!II.
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gcnéi-aleinent
id.
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Dénominations diverses. — La longueur du fil à dévider qui forme un cocon normal varie de 250 à 900 mètres, soit de 0"%16 à 0S‘',25 en poids. Les cocons rendent 1/7 à 1/12 de leur poids. La soie brute ou soiegrége qu’on en obtient doit former un fil propre et luisant, rond et lisse, résistant et de grosseur uniforme, ne contractant aucune adhérence avec les autres fi Is d’un même écheveau.
On nomme bourre ou frison la partie du fil du cocon qui lui reste adhérente, et qu’on ne peut dévider. On la file pour en fabriquer ce qu’on nomme filoselle.
Le fil simple du cocon subit quelquefois isolément le tordage; mais le plus souvent plusieurs fils, dont le nombre varie, sont réunis par torsion. C’est à cette opération qu'on donne le nom de moulinage.
Les soies moulinées comprennent plusieurs espèces distinctes qui sont :
1® Vorgansin, qui forme la chaîne des tissus. 11 résulte du moulinage de 2 fils composés eux-mêmes de 3 à 8 fils simples de la meilleure soie grége ;
2® La trame, qu’on emploie à faire la trame des tissus. Elle est à un fil, h deux, trois à douze fils moulinés à gauche ;
3® Le marabout, à 3 fils de soie blanche fortement tordus, qu’on teint sans dégraissage et qu’on mouline encore une fois après;
4® L'd soie à coudre, fabriquée par torsion de 3 à 22 fils de soie grége;
5® La soie à tricoter.
6® Le poil ou fil de soie grége ;
On connaît encore les soies tordue, ferme, grége de divei^s pays, ouvrée, ovalée, plate, grenadine, rondelettine, fleuret monté, douppion, coste, cuite, etc.
Bas produits de la filature et du moulinage. — Ils sont constitués:
Par les douppions, espèce de soie grossière que l’on retire des cocons doubles ;
Le frison. On nomme ainsi la couche superficielle pâle, fine et interrompue du cocon ;
Les cocons percés, dont on retire également la soie pour la filer;
SOIE
La bourre de so?e provient des déchets au redévidage.
On nomme soie décreusée ou cuite la soie grége ou brute qu’on a débarrassée de sa séricine, c’est-à-dire de l’enduit particulier qui la colore et qui la rend dure et raide. La soie décreusée possède au contraire un bel éclat, une certaine mollesse et une grande aptitude à recevoir les teintes qu’on lui destine.
Usagées. — La soie sert à confectionner diverses étoffes qui reçoivent les noms de : étoffes unies (taffetas et gros de Naples); étoffes croisées (serge et satin) ; étoffes façonnées (chagrin, droguet, damas de soie, reps, etc.); étoffes veloutées (velours et peluche); gaze ou crêpe (gaze, crêpe, marli, barége). Il faut également mentionner les tissus mixtes qui résultent du tissage de la soie avec d’autres matières textiles qui, moins coûteuses, permettent d’en abaisser le prix.
Pour fabriquer ces divers tissus, les soies reçoivent un plus ou moins grand nombre de tours de torsion suivant leur destination. En voici le tableau :
Soies pour crêpes 3,000 tours environ par mètre.
grenadines
1 ,500 tours environ par mètre.
velours
taffetas
satin
peluche
Lrame
Structure microscopique. — Toute soie, dit M. Wiesner, même la plus ordinaire, se compose de fils plus ou moins aplatis, ainsi qu’on peut s'en convaincre par son examen au microscope et mieux encore par des sections. La soie ordinaire n’est que peu aplatie, les autres soies le sont d’une façon très-
prononcée. De plus, le fil de soie n’est jamais homogène, mais toujours strié dans une direction parallèle à la longueur des fils (fig. 219). Cette rayure ne provient pas de fissures traversant l’intérieur du fil, mais elle résulte, comme cela ressort de l’examen de la section, de ce que la masse englobée dans la substance gélatineuse est traversée par de nombreux petits canaux, qui au microscope sont opaques, étant remplis d’air ou d’une substance peu réfringente.
Composition chimiiiue. — La SOie est principalement formée de fibroïne ((]3oh23a.z5oi2) qui constitue les deux fils que l’animal soude en un seul au sortir des glandes au moyen d’une matière nommée séricine (C^^H^^Az^O*®).
liohey ayant prouvé que les glandes qui sécrètent ces deux substances n’en renferment réellement qu’une seule, suppose que celle-ci se transforme partiellement en séricine au contact de l’air, le reste constituant la fibroïne ou partie solide et résistante du fil de soie.
SOIE
La composition totale de la soie a été établie par Mulder. Il y a trouvé :
Soie jaune de
Naples.
Soie blanche du
Levant.
Matière gélatineuse ou sérici?ie
rninrantp.
Matière grasse et résine
MM. Standeler et Cramer n’ont pas confirmé parleurs travaux la présence de l’albumine dans la soie.
Diverses analyses élémentaires de la soie faites par Mène l'ont conduit aux
chiffres suivants :
Bengale. Syrie. Turin, Prusse. Privas.
Carbone 49,7 î>0,5 49,8 50,1 50,1
Hydrogène 5,2 4,5 4,8 5,0 5,8
Azote 11,7 11,3 11,5 10,3 10,5
Oxygène 21, <> 2?,4 21,8 24,4 24,5
Eau 11,1 10,9 11,3 9,5 9,0
Décreusage. — La soie soumise à la teinture doit supporter préalablement quelques préparations. Lorsqu’on doit la teindre en cuit, il faut la dépouiller d’abord, au moyen d’un bain alcalin, de toute sa partie gommo-résineuse ou grès, qui fait partie constituante du cocon ; si on doit la teindre en souple, on ne l’en dépouille pas (2).
La proportion de grès que perd la soie par le décreusage varie de 17 à 25 p. 100. En voici le tableau :
Soies grèges de Chine et du Japon 17 à 20 p. 100.
— du Levant, blanches 20 à 22 id.
— du Piémont, jaunes 22 environ id.
— de France 23 id. id,
— de Bengale 22 à 24 id.
— d’Italie 24 id.
— du Levant, jaunes 24 à 25 id.
Mais cette perte est contre-balancée par la surcharge que donne la teinture ou les dissolutions savonneuses qui servent pour faciliter le dévidage des grèges médiocres.
Altérations. — Autrefois on chargeait la soie par la teinture en noir, dans le but de lui restituer ce qu’elle perdait par la teinte ; c’était le noir poids pour poids. Aujourd’hui, on lui fait gagner en poids par la teinture 100, 200, voire
(1) La soie brute renferme des sels minéraux dont la proportion est de 0,64 p. 100 en moyenne.
(2) Les soies contiennent de la chaux en combinaison, environ 1/2000. Au moment de leur décreusage, il se forme un savon calcaire qui se fixe ou s’interpose inégalement entre les brins de soie, ce qui produit les taches que présentent certaines étoffes de soie soumises au cylindrage {Guenon).
Chevai.lieh et Bauorimont. 5' édit.
SOIE
même 300 p. 100, ce qui fait classer ce produit en soies chargées et en soies surchargées. Mais c’est le plus souvent au détriment des qualités essentielles de la fibre dont on diminue ainsi le bi'illant, la douceur., V élasticité et la ténacité.
La charge des soies s’obtient par l'emploi exagéré des matières organiques et minérales concourant à la teinture en noir. En se chargeant de nouveaux principes, la soie se gonfle et se tuméfie de plus en plus; on remarque même que son augmentation en volume est sensiblement proportionnelle à V augmentation en poids.
La charge s’applique moins aux soies teintes en cuit qu’à celles qui sont teintes en souple, c’est-à-dire qu’on a à peine décreusées.
« Les soies surchargées, ditM. J. Persoz, n’ont plus la solidité désirable; elles donnent un produit terne, d’un toucher rude, d’une qualité médiocre, qui se coupe et n’a point de durée. » Ces soies brûlent comme de l'amadou. Elles ont de plus le grave inconvénient de s’altérer spontanément et de se désagréger à la suite d’un travail moléculaire interne : elles constituent ce que l’on nomme les soies brûlées. Cette surcharge n’a d’autre but que d’ajouter au poids de la soie : c’est donc une véritable falsification !
La soie n’est nullement fermentescible dans son état normal ; au contraire la soie noire chargée s’altère progressivement en devenant cassante, indévidable; &\\q % échauffe, se brûle et va même jusqu’à la combustion spontanée. Cet effet se produit surtout chez les soies humides et réunies en masses considérables sous l’influence d’un sel de fer insuffisamment peroxydé qui a servi à leur teinture.
Les soies altérées doivent être essayées au dynamomètre ou sérimètre, instrument avec lequel on peut mesurer leur élasticité et leur ténacité. On doit apprécier aussi le déchet\a.\s?,é, au dévidage. En les épuisant successivement par l’eau bouillante, par les solutions alcalines et les bains acides, on leur enlève peu à peu leur surcharge en les déteignant. A l’aide des réactifs, on peut retrouver dans chacune des liqueurs ce qu’elles ont enlevé à la soie. En desséchant ensuite celleci, on mesure la surcharge en pesant la fibre inattaquée.
Il est également nécessaire d’examiner au microscope la soie avant et après ces opérations ; on y découvre souvent alors des gouttelettes huileuses provenant du bain savonneux d’adoucissage. Enfin, en brûlant une partie de la soie soumise à l’essai, on en obtient un résidu de cendre ferrugineuse pesant quelquefois plus de 8 p. 100 du poids de la matière incinérée.
Falsifications. — La soie forme une branche de commerce très-productive, qui donne lieu, dans son ensemble, à un mouvement de numéraire^équivalant à près d’un milliard.
Cette industrie de la soie, principalement dans les centres de production et de fabrication, est soumise depuis longtemps à un vol régulier, connu sous le nom de piquage d'once, et commis par des ouvriers appartenant à l’une des nombreuses industries qu’alimente la soie (filatures , ateliers de moulinage, de tissage, d’impression, de teinture, de passementerie, etc.). Dans les années de bonne récolte, cette fraude n’était pas signalée ; mais, depuis que l’industrie séricicole languit, par suite du défaut de récolte, de nombreuses plaintes ont été formulées. L’autorité s’en est émue, et une enquête, simultanément faite à Lyon, à Nîmes, à Avignon, à Paris et dans d’autres lieux de fabrication, a permis de découvrir qu’un grand nombre d’individus enlevaient de 10 à 25 p. 100 de soie, qu’ils remplaçaient par des substances étrangères qui produisaient le
SOIE. 1027
môme poids, mais qui pouvaient faire baisser de plus de 50 p. 100 la valeur de la matière première.
Pour remédier à ce mal déjà ancien, on a songé à réglementer cette industrie, à remplacer le compte au poids par le métrage, et à disposer la soie en flottes d’un nombre de mètres donné, tel que 1,000, 2,000 et 3,000, selon la finesse {Nozahic).
Une autre fraude, commise dans le commerce de la soie, consiste à tromper sur le poids, soit en donnant moins qu’on n’indique, soit en alourdissant la soie. Pour exercer cette fraude, on a enrobé la soie de gélatine et de mélasse. Certains négociants, poussant plus loin l’amour du lucre, ont employé V acétate de plomb. Nous avons examiné, en 1855, quatre échantillons de soies grises et noires, qui étaient imprégnées, à l’exception de la soie noire, d’acétate de plomb et de gélatine, dans les proportions de 18, 20 et 21 p. 100 (1).
La soie enrobée avec X acétate de plomb présente, sous le rapport de l’hygiène publique, de graves inconvénients ; il serait donc très-important d’empêcher cette fraude, qui est encore mise en pratique (2).
La soie enrobée a un goût sucré ; le liquide filtré, résultant de sa macération, pendant deux heures, avec de l'eau distillée, présente toutes les réactions caractéristiques des sels de plomb.
Un moyen très-simple et très-rapide de constater si la soie est imprégnée de plomb consiste à prendre un tube de verre fermé à l’une de ses extrémités, long de O"", 10 et de 0“,015 de diamètre; on le remplit aux neuf dixièmes d’une solution étendue d’iodure de potassium dans laquelle on plonge une certaine quantité de soie. Si elle est plombifère, elle prend au bout de quelques minutes une couleur jaune, puis le liquide laisse apercevoir des stries jaunâtres, et enfin des cristaux brillants et jaunes d’iodure de plomb, qui se déposent au fond du tube, en quantité d’autant plus grande que la soie était plus chargée de sel de plomb.
On a encore signalé des soies chargées, non-seulement d’acétate, mais de sulfate de plomb ; d’autres sont rendues pesantes par l’addition de sucs astringents {cachou, noix de galle, etc.), et de certains sels métalliques {plomb, étain, nitrosulfate de fer). La proportion de ces corps étrangers, comme il a été dit précédemment, peut aller jusqu’à 100, 200 et 300 p. 100. Ces soies sont alors gonflées, tuméfiées, et présentent quelquefois, pendant leur dessiccation à l’étuve, le phénomène de la combustion spontanée.
En les traitant par un alcali et par un sel de fer, on y constate l’existence
(1) Il y a quelques années, M. Oudarl avait trouvé 30 à 40 p. 100 de chrômate de plomb, arsénite de cuivre, sulfate cTalumine, .et une quantité notable de céruse dans des soies filées, vertes, jaunes, rouges et blanches, qui avaient fait gonfler les lèvres et les gencives de jeunes filles qui faisaient de la tapisserie.
Dès 1855, nous avons été mis sur la voie de l’enrobage de la soie par l’acétate de plomb; une dame, s’occupant de confection, avait remarqué que si, en faisant usage de certaines soies, elle en passait l’extrémité dans sa bouche pour l’introduire plus facilement dans le chas de l’aiguille, ou si elle en coupait une petite quantité avec les dents, elle éprouvait une perception do saveur sucrée, de la chaleur à la gorge, des nausées, des tiraillements d’estomac, des coliques ; ses gencives présentaient le liséré plombique; les ouvrières qu’elle employait éprouvaient les mêmes symptômes à des degrés différents {A. Ch.).
(2) De nombreuses expériences nous ont démontré que, sur cinquante échantillons de soie achetés à Paris, vingt étaient chargés d’une quantité considérable d’acétate de plomb.
SOIE
des principes astringents. En les incinérant, on obtient des cendres abondantes, où l’on retrouve facilement \& plomb., V étain et le fer.
Essai des soies. — L’essai des soies comprend : 1® leur titrage; 2® leur conditionnement ; 3® l’examen de leurs qualités physiques ; 4® leur examen au microscope ; 5® la recherche de leur charge, c’est-à-dire de leur composition chimique, surtout lorsqu’elles sont teintes en noir.
1® Titrage de la soie. — Le titre ou degré de finesse d’une soie grège ou moulinée est représenté par le poids de l’échantillon sous une longueur invariable, fixée à 473 mètres. Une soie de 10 grains, de 15 grains, de 20 grains est le poids de 473 mètres de soie dont la plus fine est nécessairement la moins pesante. (18 grains, 83 = 1 gramme).
2® Conditionnement de la soie. — On entend par là l’expérience qui sert à déterminer la proportion d’humidité contenue dans une soie grége ou dans une soie moulinée. Le poids d’humidité que la soie renferme peut varier de 10 à 18 p. 100. 11 monte même quelquefois jusqu’à 30 p. 100. Il devient donc nécessaire de conditionner la soie, c’est-à-dire de déterminer la proportion d’eau qu’elle renferme, produit inerte et sans valeur alors que le prix de la soie est toujours si élevé.
3® Qualités physiques. — En dehors de leur brillant, de leur mollesse au toucher, de leur uniformité de grosseur, les diverses soies du commerce sont plus ou moins élastiques et tenaces, li' élasticité de la soie grege varie de 13 à 23 p. 100 ; mais elle diminue beaucoup sous l’influence des procédés de fabrication qu’on lui applique.
La ténacité de la soie augmente au contraire à mesure que l’élasticité diminue. On détermine la valeur de l’élasticité et de la ténacité d’une soie à l’aide de l’instrument particulier nommé sérimetre, lequel fonctionne à la manière d’un dynamomètre.
4® Examen microscopique. — Ainsi qu’il a été dit précédemment, cet examen est indispensable, soit pour la mesure du diamètre du fil, soit pour apprécier les modifications qui ont été apportées dans sa structure par les agents chimiques employés à la surcharge.
5® Essai chimique. — Celui-ci sert surtout à déceler*’la présence des substances métalliques ou des matières astringentes employées à la surcharge de la soie. On y procède comme il a été dit plus haut.
Procédés pour distiug^iier dans les tissus la soie de la laine et des fibres textiles d’origine végétale. — Ges procédés ont été énumérés à l’article Matières TEXTILES. Ils comprennent l’emploi du microscope, ainsi que celui d’un certain nombre de réactifs : ce dernier genre de recherches peut être facilement mis en œuvre.
M. Ozanam a reconnu que l’ammoniure de cuivre, ou liqueur de Schweitzer, dissolvait la soie, mais plus lentement qu’elle ne dissout la cellulose. De là un moyen très-simple de reconnaître par ce seul dissolvant un tissu formé de coton, de soie et de laine. En effet, en laissant tremper l’étoffe pendant une demi-heure dans la liqueur cupro-ammoniacale, tout le coton sera dissous. En la plongeant de nouveau dans le liquide pendant vingt-quatre heures, toute la soie sera enlevée. Il ne restera que la laine, qui résiste complètement à ce réactif.
SON. — Le son ou recoupe, recoupette, est la partie corticale des cariopses de céréales dont on débarrasse la farine par le tamisage.
Le son gras contient toujours 75 p. 100 de farine {Parmentier et Ilerpùi). D’après une analyse de Millon, le son a la composition suivante :
Amidon, dextrine, sucre 54
Gluten 14,9
Matière grasse 3,6
Ligneux 9,7
Sels 0,5
Eau 13,9
Matières incrustantes et principes aromatiques.... 3,4
Certain^ auteurs considèrent le son comme une substance essentiellement alimentaire, plus riche en gluten que le blé ; d’autres, comme un élément très-nuisible. Il résulte des analyses de M. Poggiale que le son contient 44 p. 100 de matières assimilables et 56 p. 100 de matières réfractaires à l’action des organes digestifs ; ce qui justifie l’élimination totale ou partielle du son que la farine peut contenir.
Voici, selon M. Poggiale, la composition chimique du son :
Amidon
Matière soluble non azotée (dextrine ou substances congénères) .
Sucre < . . .
Matière soluble azotée (albumine)
Matières azotées insolubles f
( non assimilables
Matières grasses.
Ligneux
Sels
Eau
Usagea. — Le son est employé principalement à la nourriture des animaux domestiques. On se sert aussi de sa poudre comme fleurage, c’est-à-dire pour recouvrir la pâte du pain avant la cuisson, afin de l’empêcher d’adhérer aux pelles d’enfournement.
Altérations. — Le son, les recoupettes, sont quelquefois altérés par suite d’une mauvaise conservation. Voici un exemple de ce qu’on observe dans ce cas :
En mai 1844, nous fûmes chargé par Couverchel de l’assister et de l’accompagner dans l’établissement du sieur M..., situé à Ivry, à l’effet de reconnaître la nature et l’état dans lequel se trouvaient des recoupettes et des remoulages. Nous reconnûmes que ces recoupettes et ces remoulages étaient en tas dans des greniers, qu'ils étaient échauffés, qu’ils 7'épandaient une forte odeur de moisi, enfin qu'ils étaient détériorés. Selon nous, ces produits étaient dans un état qui ne permettait pas de les faire entrer dans la nourriture des animaux. En effet, on sait que le développement des moisissures dans les substances alimentaires destinées aux animaux peut donner lieu à des accidents plus ou moins graves, fit même causer quelquefois la mort.
Des échantillons de recoupette et de remoulage ayant été pris chez le sieur M..., nous les examinâmes comparativement avec des remoulages et des recoupettes de bonne qualité. Nous reconnûmes :
1° Que ces recoupettes avaient un poids spécifique plus considérable que les ecoupettes de bonne qualité. En effet, elles pesaient 330 grammes le litre, tandis que les recoupettes de bonne qualité ne pesaient que 243 grammes : différence, 87 grammes ;
2® Que les remoulages pris chez M... présentaient des différences analogues de densité. En effet, ils pesaient 396 grammes le litre, tandis que le remoulage pris chez un grainetier ne pesait que 319 grammes : différence, 77 grammes ;
3® Que, par les recherches faites sur les recoupettes et .sur les remoulages de M..., il a été démontré que ces issues ne contenaient ni substances terreuses, ni sciure de bois ;
4® L’examen de ces recoupettes et des remoulages, fait à l’aide du microscope, nous a démontré que ces issues ne provenaient pas seulement du blé, mais qu’elles contenaient des débris d’épispermes qui nous ont paru appartenir à des semences de seigle, à' orge et de fèves (A. Ch.).
Falsifications. — En 1840, M. Lesage-Picou a signalé la falsification du son par la sciu7'e de bois blanc, qu’on y avait mélangée, dans la proportion de 33 à 40
Ce son avait été lisré au sieur G..., nourrisseur àParis, qui avait soupçonné la fraude par la quantité moindre de lait que sa vache lui fournissait depuis qu'il employait cette nouvelle livraison de recoupe.
Par un examen attentif au microscope, M. Lesage-Picou put reconnaître des parties ligneuses blanches d’un aspect micacé, mélangées de petites plaques couleur de rouille, qui étaient le son, et de poudre blanche, qui était la farine. Les parties ligneuses blanches furent séparées par des lavages répétés sur un tamis.
Le son dont il est parlé dans cet article fut le sujet d’un rapport que nous transcrivons ici, vu son importance et son utilité dans le cas où cette falsification, qui est plus commune qu’on ne le pense, serait de nouveau mise en pratique.
« Nous, etc., chargé d’examiner du son de blé àii 7'emoulage, saisi chez les sieu7's a M...Xt G..., dans le but de reconnaître si ce so7i co7itient des substances ét7'angères, « nous nous sommes fait remettre les échantillons du son à examiner. Ces « échantillons étaient au nombre de six : quatre avaient été prélevés dans «de grands sacs déposés au greffe; le cinquième provenait d’un grand sac « qui se trouvait danslemême lieu, mais qui n’était qu’à moitié plein ; le sixième « était dans un petit sac, dit musette, qui se trouvait aussi au greffe.
« Voulant agir d’une manière comparative, nous nous procurâmes d’abord « des échantillons de son, dit 7'e7noidage pur ; -çms nous examinâmes successive- « ment et séparément une portion de chacun de ces échantillons, soit à l’aide <; de la loupe, soit en nous servant du microscope.
« Nous remarquâmes, par suite de cet examen qui fut fait avec la plus grande « attention et à plusieurs reprises, qu’il existait dans les six échantillons de «son provenant des magasins des sieurs M... et G... des corps allongés qui
« n’appartiennent pas au son, qui n’existent pas dans le son pur; corps allon- « gés que nous regardons comme étant de la sciure de bois blanc.
«Voici comment nous avons opéré sur les sons saisis chez les sieurs M... « et G... Une forte pincée de chacun de ces produits a été placée séparément « sur une feuille de papier, à laquelle on a imprimé le mouvement de va-etu vient :\q% parties les plus grossières s’amoncelèrent à la surface; les unes « étaient d’un blanc rose, les autres d’un jaune-patlle, et un grand nombre d’un « Ces dernières présentaient une forme allongée, les extrémités en
« étaient légèrement enroulées.
« On a placé entre des lames de verre 10, 20, 30 de ces corpuscules de « teintes différentes et de volumes variables ; puis, par capillarité, on a in- « troduit entre ces lames de l’eau iodée, très-légèrement aiguisée d’acide « acétique. A l’instant même tous les globules de fécule provenant du son se « sont colorés en bleu, et on a pu observer, au bout de quelques minutes, « les phénomènes suivants, soit en s’aidant d’une simple loupe, soit en fai- « sant usage du microscope : les corpuscules jaune-paille avaient pris à leur « face opposée une teinte bleuâtre, que l’examen microscopique démontrait « être due à un grand nombre de grains de fécule, enchâssés dans la trame « organique végétale. Ces corpuscules jaune-paille composaient la partie « ligneuse ; le son, les corps blanc-rosé étaient formés par une proportion « plus considérable de fécule : aussi l’eau iodée les bleuissait presque entière- « ment.
« Quant aux corps allongés, voici ce qui se passait : ils jaunissaient au bout Il de trois ou quatre minutes, et la teinte se fonçait de plus en plus, surtout « vers les bords. L’examen microscopique faisait reconnaître que la trame « ligneuse était différente de celle du son, et que les extrémités filamenteuses, « déchirées, avaient le même aspect enroulé; en outre, il n’y avait pas de fécule «se colorant en bleu, ou, si on en apercevait, c’étaient des globules qui,
« provenant du son, se trouvaient interposés entre le ligneux et la lame « de verre. Dans ce cas, les granules, au lieu d’être bleus, paraissaient « noirs, en raison de l’opacité du corps ligneux contre lequel ils étaient ap- « pliqués.
« Ces essais, faits comme nous l’avons dit sur les six échantillons diflérents,
« nous portent à les considérer comme étant un mélange de son et de sciure de « bois en quantité très -notable, mais dont nous n’oserions évaluer la proportion,
« en raison de la finesse d’une partie de cette sciure.
«Les fragments de sciure qui sont plus visibles que les autres peuvent offrir « une largeur de 1/2 millimètre, une longueur de 10 millimètres. Ces dimen- « sions semblent indiquer que les bois blancs qui ont fourni la sciure doivent « être sciés à l’aide d’un instrument dont les dents ont une largeur d’environ « 1 millimètre, sur une profondeur de 3 à 4 millimètres.
« La présence de la sciure de bois dans les échantillons de son que nous avons « examinés nous ayant été démontrée, nous avons cherché, par divers essais, à « isoler le son de la sciure de bois, afin de reconnaître dans quelles proportions «le mélange avait été fait; mais ces essais ne nous permirent pas d’atteindre le «but que nous nous proposions.
«Le premier de ces essais fut fait en prenant le mélange, le mouillant avec « de l’eau, faisant une pâte, délayant cette pâte dans l’eau et la jetant sur un
SOUDES.
« tamis de soie. L’examen du produit qui restait sur le tamis, fait à l’aide du « microscope, nous démontra que la portion séparée qui restait sur le tamis « était encore un mélange de son et de sciure de bois.
« Le deuxième essai fut fait en délayant le mélange dans l’eau et coulant le « tout sur un tamis de crin, lavant avec de l’eau filtrée jusqu’à ce que l’eau, « traversant les mailles du tamis, fût claire et limpide, et laissant ensuite « sécher le résidu qui sê trouvait sur le tamis : mais l’examen du produit fit « reconnaître qu’il était composé de son et de sciure de bois; celui qui avait « passé à travers les mailles du tamis était aussi un mélange de son et de sciure « de bois.
« Le troisième essai fut fait en jetant sur de l’eau de petites portions du « mélange de son et de sciure ; nous pûmes ainsi isoler une portion de cette « sciure : mais l’autre partie se mouillait bientôt et se mêlait avec le son.
« Nous essayâmes, en outre, de séparer le son et la sciure en nous servant de « réactifs chimiques, comme l’acide sulfurique étendu, les solutions alcalines ; « mais nous ne pûmes, par ces moyens, parvenir à séparer ces deux corps, et « établir les proportions du mélange.
« Voulant cependant démontrer au tribunal qui nous avait chargés de l’exa- « men du son saisi chez les sieurs M.... et G..., que ce son était mêlé à de la « sciure de bois, nous cherchâmes de nouveau quels étaient les moyens à em- « ployer pour isoler une partie de cette sciure; l’emploi d’un tamis de crin à « mailles peu serrées nous a paru le moyen le plus convenable. En effet, des « échantillons, au nombre de six, ayant été soumis à l’action de ce tamis, « ils nous fournirent une poudre dans laquelle on distingua facilement la sciure « de bois, sous forme de corps blancs, allongés, dont les extrémités sont en- <( roulées.
« De tout ce qui précède, il résulte pour nous : 1“ que le son que nous avons « examiné, par suite du jugement rendu par la 6® Chambre, le 9 décembre 1840, « a été mêlé à de la sciure de bois; 2“ que ce mélange aune moindre valeur que « le son, et qu’il peut être nuisible à la santé des animaux qui en font usage «{A. Ch.).n
Le son a aussi été mêlé avec des criblures, avec des matières terreuses et du sable.
Le sable, en raison de sa pesanteur, peut être séparé par le lavage et pesé.
L’incinération du son normal et de celui qui est mêlé de matières terreuses fournit des résidus dont la quantité peut servir à démontrer la fraude.
On nous a signalé un individu comme recueillant partout les criblures des moulins pour les mêler au son. Ces criblures, qui ont peu de valeur, contiennent des débris de semences diverses, des fragments de cailloux ; elles sont moulues avant d’être mélangées ; l’examen microscopique des sons contenant ces mélanges, la calcination et l’incinération de ces produits, faites comparativement avec pareilles opérations sur du son pur, peuvent servir à reconnaître la fraude.
SOUDES. — Sous le nom de soudes, l’industrie comprend deux sortes de produits distincts : 1® Y oxyde de sodium hydraté ou soude caustique ; 2® le carbonate neutre de soude. C’est ce dernier qu'on distingue particulièrement sous le nom de Soude du commerce.
SOUDES.
Carbonate neutre de soude : NaOjCO®. — Ce sel peut être anhydre ou hydraté. Anhydre, il est blanc, amorphe, en fragments grenus irréguliers. Sa saveur est plus ou moins caustique, toujours lixivielle. 11 est fusible au rouge vif, indécomposable par la chaleur, inaltérable à l’air.
A l’état hydraté, il a pour formule NaO.CO^; 10 Aq. C’est un sel cristallisé en gros prismes rhomboïdaux ou en pyramides quadrangulaires, à sommets tronqués et appliqués base à base. Il est efflorescent et perd, au contact de l’air, la moitié de son eau de cristallisation; il tombe alors en poussière blanche et comme farineuse. A -f- 100®, il se dessèche complètement et, par conséquent, devient anhydre.
Il est soluble dans l’eau beaucoup plus à chaud qu’à froid ; 100 parties d’eau en prennent 7,08 à 0® et 48,50 à 104®. Sa solution est fortement alcaline; elle bleuit le tournesol et verdit le sirop de violettes.
Le carbonate de soude fait effervescence avec tous les acides solubles, qui en chassent l’acide carbonique.
1® Soudes du commerce. — On désigne sous ce nom du carbonate de soude impur. Il forme plusieurs espèces comprenant : 1® les soudes brutes, naturelles ou artificielles ; 2® les sels de soude, ou carbonate de soude anhydre; 3® les cristaux de soude ou carbonate de soude cristallisé.
Soudes naturelles. — Les soudes naturelles sont des carbonates de soude impurs, résidus de ^incinération de certaines plantes venues sur les bords de la mer ou dans des terrains salés.
Elles portent le nom du lieu de leur extraction. Les principales espèces sont les suivantes :
La soude d’Alicante, connue sous le nom de barille (1). Il y en a de trois sortes : la première, désignée sous les noms de soude d'Alicante douce, barille douce, soude de ■première qualité, est d’une couleur cendrée, en masses assez bien fondues, semblables à celles des scories de soufre; la seconde, ou barille mélangée, est d’une couleur noirâtre, remplie de boursouflures dans l’intérieur, trèS'dure et à cassure nette; la troisième, nommée bourde, contient beaucoup de sel marin et de charbons légers, qui viennent flotter à la surface de l’eau dans laquelle on la dissout. Ces trois espèces de soude d’Alicante contiennent de 25 à 40 p. 100 de carbonate neutre de soude pur.
Parmi les soudes d’Espagne, qui sont, en général, très-estimées dans le commerce, il y a ldi soude de Malaga;\Si soude de Cartliagène, ressemblant à la barille mélangée, et supérieure à la soude bourde ; la soude de Ténériffe est fournie, dansl’île de ce nom, par le Mesembryanthemum cristallinum (Ficoïdées).
Il y a trois espèces de soudes naturelles françaises :
1® \idL soude de Narbonne, OMsalicor, extraite du Salicornia annua, plante cultivée aux environs de Narbonne. Cette soude contient 14 ou 15 p. 100 de carbonate de soude ;
2® La soude d' Aigues mortes, ou blanquette, fournie parle Salicornia europæa, le Salsola t7'agus, le Salsola kali, YAtriplex poi'tidacoïdes, le Statice limonium, de la famille des Chénopodées. On la prépare sur les bords de la Méditerranée, entre
(1) La barille est une plante cultivée sur les côtes d’Espagne ; elle donne les soudes d’Alicante, de Malaga, de Carthagène.
SOUDES.
Frontignan et Aiguesmortes. Elle ne contient que 4 à 10 p. 100 de carbonate de soude pur ;
3“ La soude de varechs, ou soude de Normandie , de Cherbourg , est le produit de l’incinération des varechs (1), qui se fait sur les côtes du département de la Manche. On peut dire que c’est à tort que ce produit est désigné sous le nom de soude ; il n’en contient qu’une très-faible proportion ; c’est plutôt une matière à potasse.
Les soudes, ou sels de varechs, renferment environ ; carbonate de soude, 0,02 ; chlorures de sodium et de potassium, sulfates de potasse et de soude, iodure de potassium, de 33 à 75 ; carbonate de chaux, oxysulfure de calcium, phosphates de chaux et de magnésie, silice, charbon, etc., de 42 à 67 (2).
Les soudes brutes naturelles sont loin, d’ailleurs, d’avoir une composition constante.
Il nous vient aussi d’Égypte, de Hongrie, d’Amérique, un carbonate de soude impur, provenant de l’évaporation spontanée de petits lacs d’eaux alcalines salées. Ces soudes naturelles portent le nom de natron et sont formées de carbonate neutre ou de sesquicarbonate de soude, d’un peu de sel marin et de sulfate de soude, et de quelques centièmes de matières insolubles. Le natron est grisbrun sale : il est en masses irrégulières, boursouflées: sa cassure est grise et grenue, légèrement transparente. Il devient opaque sur les charbons ardents.
Soudes brutes artificielles. — Les soudes brutes artificielles sont fabriquées, d’après le procédé de Leblanc et Dizé, en décomposant, à une température élevée, un mélange, en proportions convenables, de sulfate de soude, de carbonate de chaux (craie) et de poussier de charbon. Cette soude brute contient du sel marin, du sulfate de soude, des matières étrangères insolubles [oxysulfure de calcium, carbonate de chaux, charbon, matières argileuses et sableuses).
Voici un tableau représentant la composition de trois espèces de soudes brutes :
(1) Varech, varec on vareck, est le nom vulgaire que l’on donne aux fucus, algues marines (ou goémon), jetés sur le rivage. Ces plantes servent aussi à fumer les terres.
(2) D’après M. Girardin, de Rouen, les résultats d’analyses de quelques échantillons de ces produits sont les suivants :
SEL DE VARECH de
Cherbourg.