‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 424 sur 470 · ES LIES · texte numérisé non relu

ES LIES

rcox PLÂTRÉES.

France.

Espagne.

Espagne.

Eau

Sable

Silice

Oxyde de fer

Alumine

Acide pliosphorique

Chaux

Magnésie

Potasse

Soude

Acide sulfurique

Chlore

Acide carbonique

Acide tartrique

Matières organiques

échantillon moyen de 1 kilogramme de tartre on de lie qn'on réduit en poudre et dont on prélève ensuite 50 grammes. On projette ceux-ci dans 1,250 grammes d’eau bouillant dans un poêlon ou dans une casserole. Après dix minutes d’ébullition, on laisse déposer pendant deux minutes ; puis on décante la totalité du liquide clair dans un vase où on le laisse se refroidir pendant six heures. La crème de tartre qui s’est déposée est séparée des eaux mères par décantation ; on lave les cristaux avec un litre d’eau employé en trois fois ; puis on les égoutte et on les sèche. Soient 12 grammes leur poids. En supposant que les eaux mères aient retenu 10 grammes de bitartrate de potasse, on représentera la valeur du tartre en bitartrate de la manière suivante et pour 100 parties : 12 X 2 = 24 -j- 10 = 34. Le produit essayé serait donc riche à 34 p. 100.

A ce procédé grossier, M. Perrens a substitué le mode d’essai suivant, dont le principal inconvénient est de ne donner que le poids de la crème de tartre et non, en même temps, celui du tartrate de chaux. On pèse 10 grammes de lie sèche et pulvérisée, et on les chauffe dans un petit creuset jusqu’à destruction

TARTRE BRUT

complète de la matière organique. On reprend par l’eau, on filtre, on reçoit le liquide dans une capsule en porcelaine tarée et on évapore à siccité. On pèse à l’abri de l’humidité, lorsque toute l’eau est dissipée. 10 grammes de bitartrate de potasse pur donnent par calcination 3 grammes de carbonate de potasse, ce qui permet de calculer la richesse du tartre d’après le poids du résidu de l’incinération.

Ce procédé, peut-être assez pratique, mais peu susceptible d’exactitude, devient plus correct lorsqu’on prélève un volume déterminé de la liqueur alcaline pour en faire un essai alcalimétrique. M. Mohr préfère agir directement sur le tartre et le titrer à l’aide d’une liqueur alcaline de potasse ou de soude. La teinte de la solution de tartre, rouge en présence du sel acide, devient verdâtre par un excès d’alcali ; mais ce changement de teinte n’est pas toujours suffisamment marqué ; c’est pourquoi il est préférable d’apprécier le terme de la saturation au moyen d’un papier rouge de tournesol. M. Mohr recommande l’emploi de l’eau de baryte titrée et du papier de curcuma, préférablement à celui de la potasse ou de la soude, pour ce genre d’essai.

Dosage du bitartrate de potasse et du tartrate de chaux. — Procédé de Presc.'us. — En dosant le bitartrate de potasse, on ne doit pas négliger le dosage du tartrate de chaux. On calcine 5 grammes du tartre à essayer, dans un creuset de porcelaine assez grand (100'"'') pour ne pas craindre le boursouflement. On chaufi'e jusqu’à ce qu’il ne s’en échappe plus de produits pyrogénés, sans toutefois aller jusqu’au rouge, afin d’éviter surtout la transformation des sulfates en sulfures. Après refroidissement, on traite le résidu contenu dans le creuset par un volume déterminé d’acide azotique titré (à -4 ou 5 p. 100 d’acide anhydre); on filtre; on lave creuset et filtre. La dissolution contient alors les azotates de potasse et de chaux qui proviennent des tartrates des mêmes bases, plus l’excès d’acide nitrique ajouté. On dose ce dernier au moyen d’une solution titrée de soude caustique. On retranche le chiffre obtenu de la totalité de l’acide dépensé : la différence correspond à l’acide azotique employé à la saturation des carbonates de potasse et de chaux, provenant des tartrates calcinés. Connaissant par une expérience préalable la proportion du bitartrate de potasse que contenait le tartre, on en déduit celle de l’acide azotique pris pour cette potasse ; et enfin par différence, la proportion d’acide absorbée par le carbonate de chaux, d’où le poids du tartrate de chaux.

Pi'océdé Scheurer-Kestner. — Dans la croûte du tartre, le tartrate de chaux est en cristaux brillants, incolores, enchevêtrés dans ceux du bitartrate de potasse qui sont toujours colorés. Tous deux sont fort solubles dans l’acide chlorhydrique sans être complètement décomposés par lui. S’il n’a pour densité que 1,040, il les dissout à l’ébullition sans les altérer, puisqu’ils cristallisent intégralement par refroidissement.

L’ammoniaque caustique agit sur le tartre brut en dissolvant le bitartrate de potasse sans toucher au tartrate de chaux qui se trouve ainsi isolé.

La méthode de Brescius pour le dosage du tartrate de chaux dans les tartres bruts est très-exacte, mais d’exécution lente. On peut la remplacer par la suivante : on dissout 10 grammes de tartre bien broyé dans trois fois son poids d’acide chlorhydrique à 1,035 de densité, et à chaud. De cette façon on n’enlève presque pas de sulfate de chaux au tartre. On laisse refroidir la liqueur dont on prend exactement le volume ; puis on la jette sur un filtre. On prélève la moitié

TARTRE BRUT

OU le quart du liquide filtré, on le sature par du carbonate de soude qui précipite aussitôt le tartrate de chaux; alors, ajoutant un excès de carbonate alcalin, on fait bouillir le mélange, pour convertir entièrement le tartrate de chaux en carbonate calcaire. Après quelques minutes d’ébullition, on reçoit celui-ci sur, un filtre, on le lave, et on le dissout dans un excès mesuré d’acide azotique titré. Il reste enfin à déterminer, par un titrage à la soude, l’excès d’acide azotique que renferme le liquide. On en déduit la proportion d’acide absorbée par le carbonate de chaux, et par conséquent le poids de celui-ci. Or, l’équivalent du carbonate C02,Ca0 = 50 : l’équivalent du tartrate de chaux C*H^O‘‘',2'CaO) ; 2 aq. = 206 :: P, le poids de carbonate de chaux saturé : x poids du tartrate de chaux correspondant.

Certains tartres sont très-riches en tartrate de chaux; tels sont les tartres rouges de Bourgogne (46,25 p. 100), ceux d’Espagne (45,2 p. 100), tandis que ceux de Toscane n’en renferment pas.

Falsiflcations. — Les tartres bruts employés à la préparation de la crème de tartre ou de l’acide tartrique sont tirés de France, d’Espagne, d’Italie, de Grèce, de Suisse, ainsi que de l’Allemagne méridionale et de la Hongrie.

On trouve aussi dans le commerce des produits analogues extraits des marcs de raisin ou de la lie de vin, et qu’on nomme, pour cette raison : cristaux de marc, cristaux de lies.

Le tartre brut contient, comme on le sait, en mélange, du bitartrate de potasse, du tartrate de chaux, de la matière colorante, des débris de bois, etc.

Le sable ou V argile, suivant les travaux de M. Guido Sclinilter (voir le tableau de la composition des tartres), ne doivent pas dépasser 1,5 à 2 p. 100 en poids; une plus forte proportion de ces corps indiquerait une fraude. En effet, le sable y est introduit très-fréquemment. On l’isole en incinérant le tartre, et en reprenant le résidu par l’acide chlorhydrique, qui laisse l’acide silicique, qu’on lave, qu’on sèche et qu’on pèse.

Le sulfate de chaux qu’on y rencontre peut y être ajouté directement, ou provenir de celui qui sert à clarifier le vin. On le dose en calcinant le tartre, en le reprenant par l’eau pour enlever la potasse, puis par l’acide chlorhydrique faible pour enlever le carbonate de chaux. Le sulfate calcaire se retrouve comme résidu.

On ajoute au tartre les concrétions provenant des chaudières à vapeur; ces concrétions, une fois recouvertes de poussière de tartre, sont facilement confondues avec lui. Il faut alors doser par un acide le carbonate de chaux qu’elles apportent, ainsi que le sulfate de chaux qu’elles recèlent (1).

On lui ajoute aussi des lies de vin, beaucoup moins riche.s en tartre et qui ont l’inconvénient, en raison du ferment qu’elles contiennent, de provoquer la destruction de ce tartre par une fermentation lente ; il se change alors en carbonates dépotasse et de chaux, ainsi que l’a démontré M. Haerlin. La lie forme au milieu du tartre des petites plaques isolées à cassure brune et amorphe, ce qui les caractérise [G. Schnitter).

Quand les tartres sont frauduleusement mélangés de lies, il n’est plus possible d’en faire l’essai direct à l’aide de solutions alcalines, parce que le tannin et les

- (I) Ces lies carbonatées doivent produire une assez vive effervescence lorsqu’on veut les dissoudre dans l'eau bouillante.

TEINTURES ALCOOLIQUES

composés pecliques saturant pour leur propre compte une partie de celles-ci, il en résulterait de graves erreurs. On les évité en incinérant un poids connu du mélange à analyser, et en titrant les carbonates de potasse et de chaux que contiennent les cendres : on arrive ainsi à la richesse du produit en bitartrate de potasse et en tartrate de chaux. Cette marche est, à plus forte raison, indispensable pour l’analyse des lies elles-mêmes.

11 faut cependant faire remarquer, d’après les observations de M. Haerlùi, que les tartres et les lies qui ont fermenté, perdent une assez forte proportion de leur acide tartrique, tandis que celle de la potasse n’a pas subi de diminution. 11 en résulte qu’en titrant le carbonate de potasse laissé par la calcination, on ne saurait en déduire la richesse du tartre brut en acide tartrique. L’essai acidimétrique, c'est-à-dire le dosage direct de la crème de tartre'par une solution alcaline, est alors préférable, quoique la présence du tannin et de l'acide pectique vienne troubler les résultats.

TARTROBORATE DE POTASSE. — V. Ckème de tartre soluble.

TEINTURES ALCOOLIQUES ou ALCOOLÉS. — On nomme ainsi des médicaments liquides qui résultent de l’action dissolvante de l’alcool sur diverses substances minérales, végétales ou animales.

Les teintures alcooliques sont dites simples quand elles n’ont été préparées qu’avec une seule matière; composées lorsqu’on a employé plusieurs substances à leur préparation.

On les prépare par solution, par macération ou par lixiviation. Les matières qui servent de base à ces médicaments doivent être divisées, pour que l’alcool puisse exercer plus facilement sur elles son action dissolvante.

Il faut que le degré de l’alcool soit approprié à la nature des matières que l’on veut dissoudre; c’est pourquoi on emploie de l’alcool à trois états différents de concentration, savoir : l’alcool à GO® centésimaux, l’alcool à 80® et l’alcool à 90® [Codex).

Les proportions d’alcool dont on fait usage pour épuiser la substance médicamenteuse de ses principes solubles varient avec chacune d’elles ; les rapports choisis sont généralement comme 5 est à I, ou comme 10 est à 1 ; mais il y a des exceptions.

Composition. — La Composition des teintures alcooliques varie avec la nature des médicaments qu; en font la base ; elles jouiront cependant d’une composition constante, lorsque l’alcool aura à dissoudre une espèce chimique définie (iode, camphre, perchlorure de fer, etc.); il pourra en être encore de même lorsque ce véhicule agira sur une substance complexe végétale, mais qui lui sera présentée dans des conditions qui resteraient invariables. On s’eu apercevrait soit aux propriétés organoleptiques de la teinture (couleur, odeur, saveur), soit à quelques-unes de ses propriétés physiques (poids spécifique, point d’ébullition) ; soit à sa composition déterminée par l’analyse (degré de l’alcool distillé, quantité de résidu fixe, dosage des principes chimiques). Malheureuse- . ment, il est bien difficile de maintenir la préparation des teintures dans la limite des circonstances identiques : la pureté des substances médicamenteuses mises en usage, leur état de dessiccation, le degré précis de l’alcool employé, la température à laquelle on opère, le procédé de manipulation qu’on aura choisi

TEINTURES ALCOOLIQUES

(macération ou lixiviation), la durée du contact, la proportion de teinture recueillie ; tout concourt à faire varier la composition de ces liquides médicamenteux. Ajoutons qu’ils subissent spontanément des altérations lentes qui les modifient encore dans leur nature et dans la proportion des éléments qui les constituent; il est donc bien difficile de leur assigner une composition constante.

Dans ses Observations et expériences sur la méthode de déplacement comme moyen de préparer les teintures alcooliques et les vins médicinaux, Buignet a prouvé que les différences de température de Thiver à l’été suffisaient pour modifier le pouvoir dissolvant de Talcool, et que la lixiviation favorisait son action dissolvante. Le même savant, en étudiant les dépôts que les teintures abandonnent peu à peu spontanément, comme l’avaient fait M. Leroy en 1852, et M. Ménière en 1860 (1), a reconnu qu’ils entraînaient avec eux plus ou moins du principe actif de la substance médicamenteuse.

Altérations. — Les teintures végétales sont d’une nature assez complexe ; en effet, l’alcool peut dissoudre un grand nombre de corps : résines, gommes-ré- •sines, huiles essentielles, matières colorantes, entre autres la chlorophylle, glucosides, alcaloïdes, acides organiques, et particulièrement le tannin, etc. ; toutes ces substances pourront entrer, sépai’ées ou réunies, dans la composition des teintures alcooliques. Parmi elles, il en est qui s'altèrent à la lumière seule ou aidée du contact de l’air ; celui-ci agit notamment sur les matières astringentes et sur les couleurs végétales ; de là les dépôts plus ou moins complexes que ces médicaments abandonnent après un certain temps de préparation.

Mais en dehors de cette altération qu’on pourrait dire générale, il en est d’autres qui sont particulières à telle ou telle teinture. C’est ainsi que la teinture d’iode perd de sa causticité à la suite des combinaisons que le métalloïde contracte avec les éléments de l’alcool ; il en est de même de la teinture de perchlorure de fer, de l’raw de Babel, qui est une solution alcoolique d’acide sulfurique. Les teintures de gayac, de bois de campêche, de bois de Sainte-Marthe, etc., ne conservent pas certaines de leurs propriétés après quelque temps de préparation. La teinture de cachou présente ce singulier phénomène de se coaguler quelquefois en une masse tremblotante, lorsqu’elle est conservée depuis longtemps. Il est difficile d’apprécier exactement les modifications que ces alcoolés éprouvent dans ces circonstances.

Falsifications. — Quoique rien de spécial n’ait été publié à cet égard, il est évident que les teintures médicinales peuvent être falsifiées à plusieurs points de vue, soit en n’employant pas la quantité voulue de substance médicamenteuse, soit en substituant à celle-ci des produits différents, soit en la prenant altérée ou de qualité inférieure, soit enfin en ajoutant de l’eau aux teintures qui peuvent en recevoir sans se troubler immédiatement.

Comme l’a fait observer si judicieusement M. Lepage, de Gisors, c’est d’abord aux caractères physiques et organoleptiques qu’un praticien exercé pourra reconnaître si une teinture a été bien ou mal préparée : une teinte plus ou moins foncée, la couleur verte due à la chlorophylle qu’on trouve dans les alcoolés de feuilles actives (digitale, belladone, ciguë), la couleur rouge intense du cachou, celle plus claire du safran, la teinte brune de l’aloès, de la rhubarbe, etc., etc. ;

(1) Journ. chim. médicale, 1ÊG8, page CÎO.

TEINTURES ALCOOLIQUES

l’odeur spéciale des alcoolés d’arnica, de castoréum, de girofle, de musc, de safran, de vanille, de valériane; les saveurs caractéristiques des teintures de cannelle, de gentiane, de quinquina ; toutes ces propriétés pourront être mises à profit pour caractériser telle ou telle d’entre elles. L’action de l’eau qui troublera les teintures des substances résineuses (assa fœtida, benjoin, gayac, jalap, etc.) pourra servir à les différencier des teintures extractives. Mais on conçoit que ces moyens, malgré leur utilité, leur valeur, ne sauraient suffire à la détermination précise de l’état d’une teinture médicinale.

On a songé aux indications que pourrait fournir le poids spécifique de ces liquides ; mais M. J. R‘;gnauld a démontré d’une manière péremptoire que ce mode de vérification ne saurait avoir aucune valeur, car une teinture bien préparée peut offrir la même densité qu’une autre qui renfermerait plus d’eau et moins de substance médicamenteuse (I).

On ne possède donc jusqu’à présent aucun moyen pratique et rapide pour juger de l’état de plus ou moins grande pureté d’une teinture alcoolique. Mais il ne faudrait pas en conclure qu’on peut impunément falsifier de semblables produits : une marche méthodique et générale peut servir, dans le plus grand nombre des cas, à atteindre le but désiré. Ainsi, malgré toute la portée des arguments de M. J . Regnauld contre la valeur que l’on peut tirer de la détermination du poids spécifique des teintures, il faut cependant faire remarquer qu’en prenant celui-ci comparativement à la densité d’une teinture de même nature bien préparée, on en tirera une indication utile, mais à la condition d’y joindre les essais suivants :

1“ On soumettra à la distillation à siccité une certaine quantité du liquide à examiner, pour en recueillir l’alcool et pour en prendre le degré à l’alcoomètre de Gay-Lussac ;

2“ On évaporera un poids donné de la même teinture (2), et on desséchera le résidu à 100°, pour le peser ensuite exactement.

Ces trois essais réunis, pratiqués en même temps sur une teinture type, de-

(1) Si cette densité est obtenue à l’aide d'un densimètre, il faut tenir compte de l’imperfection habituelle de ces instruments.

(•2) Voici un résumé de la préparation des teintures faites selon le Codex, qui pourra servir de guide dans ce genre de recherches :

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