‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 106 sur 266 · ELLO · texte numérisé non relu

ELLO

EULO

dans les temps tout à fait primitifs. Le premier témoignage écrit à cet égard est du neuvième siècle, et les monuments figurés oh Ton peut surprendre la même intention ne doivent pas remonter plus haut. Nous citons cependant, k la fin de notre article Vigne ^ un monument récemment découvert qui nous met dans le cas de modifier cette assertion.

Le,s représentations de la cène, si fréquentes depuis la Renaissance, et dont la plus illustre est la fresque de Léonard de Vinci dans le réfectoire du couvent de Notre-Dame des Grâces à Milan, ne se rencontrent presque jamais dans les catacombes. L'unique exemple connu de cet intéressant sujet est une peinture murale du cimetière de Calliste qui a été transportée au Vatican, et depuis au musée du Latran. Notre- Seigneur y est assis, au milieu de ses douze apôtres, à une table sur laquelle ne parait aucun aliment; il tient de la main gauche un volume roulé, et de la droite touche celle de S. Pierre. On croit que ce monument est du quatrième siècle, mais de maladroites retouches datant d'une époque récente lui ont ôté la meilleure partie de sa valeur. M. Perret (Vol. i. pi. xxiX; h reproduit tel qu'il est aujourd'hui.

EULOGIES, ou PAIN BÉNIT. — L — Dès Torigine de l'Église, l'usage s'établit de bénir à la fin de la messe ceux des pains offerts par les fidèles qui n'avaient pas été consacrés, car le diacre ou le sous-diacre ne plaçait sur l'autel que la quantité de pain nécessaire pour le nombre de personnes qui devaient communier. Le célébrant, après avoir béni ces pains, les distribuait, en signe de communion fraterneUe, à ceux qui n'avaient point participé aux divins mystères. On les appelait pour cela eulo- ^,ou en grec dfvriSwpov, c'est-à-dire compen- *otm {ConciL Antioch, an. 341. can. ii), parce qu'ils les prenait à la place de l'eucharistie.

Voici comment se faisait la bénédiction des eologies : on prenait des pains azymes, et avant de les porter sur l'autel on les plaçait dans le *«»mcttm, c'est-à-dire sur la table qui se trouât à la gauche du sanctuaire, et là on les bénissait par de solennelles oraisons. Après ^oi, on les divisait, avec un cou^aii appelé chei les Grecs sainte lance (V. ce mot et la figure qui l'accompagne) , en un certain nombre de particules sur lesquelles on en prélevait autant qu*il en fallait pour le nombre des communiants. On peut voir dans les opuscules à'Allegranza (En regard de la page 35) un de ^tt couteaux eucharistiques, d'une forme très- ^iégante, et dont le manche est orné de bas- ^Ws extrêmement curieux.

p^lequatrièmesiècle,chezlesLatins,ondonï^U aux catéchumènes, qui comme tels étaient «dus de la communion, ce pain eulogique (Au-

gustin. De peccat, merit, u. 26), qui fut môme quelquefois appelé socramen/um par S.Augustin, parce qu'il était sanctifié par une bénédiction.

En outre de ces pains bénits dans la liturgie et distribués à l'église , les évéques avaient coutume de s'envoyer mutuellement des pains sanctifiés par une bénédiction spéciale, en signe de communion ecclésiastique (Greg. Nazianz. orat. xix. In laud, Patr. — Paulin, epist. I. Ad Fer.). Ces pains étaient appelés ptir les Grecs t'jXoyiaç, par les Latins benedictiones ou eulogias^ ou encore panes pro eulogia (Paulin, epist. ii. Ad Alip.), Ceci explique le sens de ces expressions qui se rencontrent souvent dans Jean Moschus (Leimon. c. xlii et Lxxv) : Benedictioncm unam^ — benedictiones iredecim^ — panem unum — ou panes tredecim. S. Paulin et S. Augustin avaient échangé entre eux des eulogies (Epist. xxxrv). Le premier en avait envoyé aussi à Sulpice-Sévère, à Alipius {Epist. xxxi. xxxv) et à d'autres encore.

II. — Au sixième siècle, on donna au nom d'eulogie une plus grande extension. Ainsi tout repas bénit par un évoque ou un prêtre, soit chez eux, soit dans une maison où ils étaient invités, ou même une réfection quelconque, s'appelait eulogie. Il en fut ainsi surtout dans la Gaule, et S. Grégoire de Tours en rapporte plus d'un exemple. Ainsi (Hist. Franc, viii. 2) parlant du roi Gontran qui avait invité les évoques à diner, il dit que dès le matin le roi visita les églises pour prier, et qu'étant venu dans le quartier où il était logé, lui Grégoire, près de l'église de Saint- Avite, celui-ci le pria de venir prendre dans sa maison les eulogies de S. Martin, c Le roi, dit-il, entra chez moi avec bonté, vida une coupe à ma prière, et s'en alla gaiement pour le dîner qu'il nous avait fait préparer, d II n'est pas sans intérêt d'observer ici que, à cette époque, vider une coupe de vin chez un évêque s'appelait une eulogie du patron de son Église. Quant au repas royal, le monarque, en y invitant les prélats, l'avait désigné sous le nom de bénédiction. (V. ci -dessus.)

Ailleurs (L. vi. c. 5), nous voyons Ghilpéric, sur le point de monter à cheval pour retourner à Paris, dire à l'évêque historien qui était venu le saluer : t Je ne vous quitterai point que vous ne m'ayez béni. » Alors Tévêque prit le pain, le bénit, en mangea avec le roi, et celui-ci ayant bu un peu de vin, monta à cheval et se dirigea sur Paris. Les gens du peuple entendaient aussi le mot d'eulogie dans ce sens. Un prêtre en voyage (V. id. De glor. confcss. xxxi) ayant reçu l'hospitalité chez un paysan, celui-ci avant d'aller à son travail demanda du pain à sa femme ; mais il ne voulut pas en manger avant qu'il eût été béni par le prêtre , c'est-à-dire qu'il eût reçu de lui des eulogies : ab eo eulogias acdperet.

évangélique parZacharie, prStre e leur; enfin, l'aigle à S. Jean, qui, d'

EU8EDE (ses cakons ËVANGËLiguzs). — Vox clamantis in deierto : Parole m V. l'art. Canon, f. à S. Luc, le veau, parce (pi'il ouvre

ÉVANGÉLIAI&E. — V. l'art. Litres Iiturgiqua.

ÉVANGÉlISTES. — Les quatre évangélistes sont ordinairement représentés sous l'emblème de quatre figures ailées, un homme, un lion, un veau et un aig'e. Le premier type de ce symbole se trouve dans Éïéchiel (Cap. i) ; il a été renouvelé par S. Jean dans ÏÀpôealypse (Cap. IV. vers. 6. 7) : c Je vis autour du trône de l'Agneau quatre animaux.... Le premier animal était semblable à un lion, le second !i un veau, le troisième avait un visage comme celui d'un homme, et le quatrième était semblable à un aigle qui vole. ■

Les SS. Pères, S. Jérûme, S. Augustin, S. Ambroise n'interprètent pas cet oracle d'une manière uniforme; mais, au fond, leurs opinions sont plutâl différentes que contradictoires, pour nous servir de l'eïpressîon de Zacharia (De concord. evang. Colon. 1535), et elles peuvent aisément se concilier.

Elles se résument en deux points principaux : les uns veulent que chacun des quatre animaux exprime le stylo particulier à chacun des quatre évangélistes ; les autres pensent qu'ils se rapportent k Jiotre -Seigneur, et rappellent les diverses phases de sa vie mortelle. Au point de vue des premiers (S. Augustin. (De consens, evangel. i. 6. — S. Hieron. Comment. tn ilatth. Proœm.), l'homme doit être attribué à S. Matthieu, parce que cet évangéliste débute

par la généalogie humaine du Sauveur ; Liber gentrationit Jesu Christi, filti David ; le lion à

S. Marc, qui, dès son second verset, fait en. tendre la voix du lion rugissant dans le désert :

s des région:

pour dérouler à nos yeux comme la j du Rédempteur : fn ptinàpio erat V.

Au sens des autres interprètes, ces s'adaptent à Jésus-Cbrist en ce qu< cendu du ciel, il s'est associé à la l'homme ; 2"' comme un lion, il a te ennemis ; S» à l'instar du «eau, il a t de pacification : k" parce que, aya propre puissance, rappelé h la vie soumis un instant à l'empire de h s"est, comme l'otij/c, enlevé d'un vers le ciel.

L — La représentation des quatr comme symbole des évangélistes ne avoir été adoptée dans les monum tiens avant te cinquième siècle. Il i pas de trace dans les fonds de cou' en si grand nombre par Buonarruoti ment par le P. Garrucci, non plus qi fresques des cimetières romains, n sculptures des sarcophages. Un de:

exemples connus est celui que ne un diptyque d'ivoire du cinquième si par Bugati {Memorie di S. Celso. il depuis cette époque , les monun»entî genre les reproduisent fréquemment

II. — Les mosaïques des basiliqu nés de Borne et de Ravenne en ofTren nombre d'exemples. Nous citeroni Sainte-Sabine exécutée par l'ordre d tin I" en W4 (Ciamp. Vet. mont'm. 1. 1 Ttùgle y occupe la première place, le

ÉVAN

ÉVAN

nde, r^omme vient ensuite, et enfin le veau, )rdre dans lequel se présentent ces emblè- ^s varie beaucoup plus dans les différents )Duinents, selon le caprice des artistes prob^ement plutôt que par suite d^une intention itématique. On les voit aussi dans la mosale de Galla Placidia de Ravenne, aux quatre Dsde la voûte, qui est un ciel étoile, et dans le de la chapelle de S. Satyre à Milan, Tune s plus anciennes qui soient connues. C'est ce raier monument que nous reproduisons cijsus (Ferrari. Monumenti di S. Ambrogio. 154).

Les artistes ont souvent rapproché de ces lires symboliques les images mêmes des mgélistes. C'est ce qui s'observe notamment îs les mosaïques de Saint- Vital de Ra venue, ^cutées vers l'an 557 (Id. t. ii. tab. xx. xxi) : y voit les évangélistes assis, portant des res ouverts, et surmontés de leurs symboles, les inscriptions que portent chacun de ces res montrent qu'a S. Matthieu est attribué mme; le /ion» sans ailes, à S. Marc ; le veau^ ilement sans ailes, à S. Luc ; enfin Vaigle à lean. Cependant, ils sont le plus souvent ai- , soit qu'ils soient représentés à mi-corps, orne à Sainte- Sabine, ou en pied, comme is les autres ouvrages de cette nature. Comnément, leur tête est nimbée, par exemple isla mosaïque de l'arc triomphal de S. Paul la voie d'Ostie {Vet, mon. i. lxviii), datant pontificat de S. Léon le Grand, kkl^ et aussi (scelle du grand arc de la basilique Libéme, due à la munificence de Sixte III, 443. ivent aussi les animaux symboliques portent livres des Évangiles ; c'est ce qui se voit noanent dans la mosaïque des Saints-Côme-etnien, faite par les ordres de Félix IV vers 530 t. mon. II. xv), et encore dans celle de Saint- )llinaire in classe^ à Ravenne, 567 (/6trf. ii. V).

H. ~ Costadoni mentionne (Diatrib. in Grœc. I. Hgni S. crucis, c. ix) une représentation ee sujet sortant tout à fait des types connus. J se trouve dans un missel manuscrit où, is la lettre initiale de chacun des Évangiles, voit l'image de son auteur couverte des vôwnts ordinaires, dits apostoliques, mais Ai, à la place de sa tête humaine, celle de limai symbolique qui lui est attribué, ornée D nimbe doré. Ce type bizarre existe aussi 18 une très-ancienne église d'Aquilée (Bar- « Le antichità di Aquileia. p. kOk), V. — Quelques croix de la plus haute anti- ^sont ornées, à leur quatre extrémités, des ^ animaux évangéliques. La raison qu'on donne, c'est que les évangélistes ont été, fie martyre, les témoins de la divinité et de 'ïn^té de Jésus-Christ, ou bien encore que, f leur parole et par leurs écrits, ils se sont

associés, autant qu'il était en eux, au grand œuvre de la rédemption accompli sur la croix. Nous mentionnerons, par exemple, une croix stationale donnée par Paciaudi {De cuit. S.Joan, B, p. 162), et la fameuse croix de Velletri (Borgia. Decruce Velit.)'^ mais, dans cette dernière, le nimbe n'est attribué qu'à Vhornme et à Vaigle. Est-ce un simple caprice d'artiste? Nous voyons les honneurs du nimbe réservés à Vhomme seul dans la mosaïque de Saint-Vital de Ravenne déjà citée, ainsi que danscellesde l'oratoire de Saint- Venance, près de Saint-Jean de Latran {Vet. mon. ii.xxx), et deSainte-Euphémie (Ibid. xxvi), l'une et l'autre du septième siècle. On a conclu de ces exemples que les artistes de ces temps déjà un peu éloignés de l'antiquité proprement dite, et où le goût primitif s'était déjà altéré, répugnaient à donner cette distinction à celles des figures emblématiques qui étaient privées de raison.

Il existe des croix anciennes qui, à la place des animaux, font voir les bustes des évangélistes eux-mêmes. Telle est une croix pectorale grecque en bronze doré, qui est gravée dans l'ouvrage de Borgia {De cruce Velit. p. 133) et qui passe pour l'une des plus anciennes croix connues. Le revers présente, au centre, un personnage vêtu d'une tunique ceinte, la tête nimbée et élevant les mains dans l'attitude de la prière, et que Borgia croit être la Ste Vierge. Aux quatre extrémités sont quatre figures en buste, vêtues de la tunique et du paUium, portant de la main gauche un livre fermé qu'elles désignent avec Vindex de la droite. Ce sont les quatre évangélistes.

V. — Les diverses classes de monuments jusqu'ici énumérés ne sont pas les seules qui, par ces représentations symboliques, établissent l'antiquité du culte rendu par l'Église aux évangélistes. On retrouve ces images sur les bases des autels, sur les vases sacrés, sur les vêtements sacerdotaux de la plus ancienne époque, et enfin sur certaines médailles. Paciaudi {De cultu, S. Joan. B, p. 163) publie un bronze qui porte sur l'une de ses faces Vhomme et Vaigle^ avec cette inscription : naoegc (Sic) {Maithxus) — iohannis, et sur l'autre le lion et le veau^ accompagnés de celle-ci : napc (Sic) {Marcxtë) — lvcas.

Chacun de ces deux groupes est séparé par une croix, et la tête de chacun des animaux est surmontée d'une étoile. On ignore l'origine et la provenance de ce curieux monument, car on ne connaît aucune ville qui ait adopté, soit les noms, soit les symboles des quatre évangélistes pour types de ses monnaies. Les animaux évangéliques sont sculptés, avec des poissons, sur les fragments d'un très-ancien baptistère publié par M. Albert Lenoir, mais malheureusement sans indication de date ni de provenance

EVAN

EVAN

{Instruct. des œmiiés des arts et 7nonum. \n-k*. ' pp. 108-109).

VI. — Dans les bas-reliefs de quelques sarcophages représentant les apôtres groupés des deux côtés de Notre-Seigneur, on suppose que ceux de ces personnages qui portent un volume à la main sont les évan^élistes, bien que deux apôtres seulement aient écrit le récit des actions du divin Maître. Ce qui donnerait déjà une grande valeur à cette opinion, c'est qu'il existe un sarcophage (Bottari. cxxxi) où ces volumes roulés ne sont donnés qu'à trois personnages. On pense que deux d'entre eux seraient les apôtres S. Matthieu et S. Jean, et que S. Marc y figurerait aussi, bien que simple disciple, comme interprète de S. Pierre, selon une tradition portant que le prince des apôtres était le véritable auteur de 1 Évangile qui aurait eu S. Marc pour simple copiste ou éditeur, comme nous dirions aujourd'hui (Tertull. Contr. Marcion. IV. 5; : Licet et Afarcus quod edidit, Pétri adfirmetur, cujus interpres Marcus. Mais le fait est constaté de la manière la plus indubitable sur une urne sépulcrale du musée d'Arles (N° 36). Tous les apôtres y sont vus, assis des deux côtés de Notre-Seigneur, et avec un volume roulé ou replié à la main. Quatre d'entre eux les ont ouverts, et ce sont bien certainement les évangélistes, car leurs noms sont écrits sur leurs livres, un codex pour S. Marc et S. Jean : mar||cvs, ioan||nis, un volume ou rouleau pour les deux autres : mathevs, LVCANVS (Sic).

VII. — M. Perret {Catac, ii. pi. lxvi) publie pour la première fois une fresque fort endommagée d'un arcosoUum du cimetière do Saint- Zoticus, oti l'on croit reconnaître les quatre évangélistes. Ce sont quatre personnages debout, ayant chacun à ses pieds un scrinium plein de volumes. Près de l'un d'eux se lisent les deux lettres ma qui peuvent être les initiales du nom de S. Matthieu ou de celui de S. Marc.

VIII. — Quatre personnages debout, en costume apostoHque, tenant chacun un livre à la main, et placés dans des espèces de niches formées par d'élégantes arabesques dans la mosaïque du baptistère de Ravenne {Vet. mon. i. tab. Lxxii), datant de ^51 , nous semblent repré senter sans le moindre doute les quatre évangélistes; et nous avons peine à comprendre l'hésitation de Ciampini à cet égard.

ÉVANGILES. — I. — Leurs représentations.

1" Aux pieds de Notre-Seigneur, figuré en personne ou sous le symbole de l'agneau, on voit souvent quatre ruisseaux s'échappant d'un monticule. Ces ruisseaux sont l'image allégorique des quatre Évangiles (V. l'art. Les quatre lleuves)^ qui, sortis du sein du Rédempteur,

véritable source des eaux vives, se sont répandus sur toute la terre par le canal des apôtres. (V. S. Gyprian. epist. lxxxiii. Ad Juh. — Theodoret. Inpsalm. xlv. — Beda. In Gènes, ii.)

2" A l'instar de ce qui se pratiquait chez les Juifs pour les livres de l'Ancien Testament, les premiers chrétiens renfermaient les livres des Évangiles dans des espèces d'armoires, aron: les rouleaux y étaient rangés dans des cases foruli^ capssB^ de sorte que Vumbilicus^ avec sî bossette fût toujours en avant. On peut se ren dre compte de cette disposition, en examinant quelques verres juifs donnés par Buonarruot (Tav. Il) et Garrucci (Tav. v), où se trouven figurées de ces armoires en forme d'édicule, e ouvertes ; et mieux encore la mosaïque di Galba Placidia de Ravenne (Ciamp. Vet. mon I. Lxvii), où se voit un meuble semblable ren fermant les Évangiles. Les volumes, ou rou leaux des quatre Évangiles sont aussi souven figurés, soit par bout, comme dans les armoi res, soit en long, dans les verres dorés. ^ Buonarr. xiv. 2.) Or, comme ces verres ser vaient dans les agapes (V. l'art. Fonds de cou pe«), il n'est pas douteux que les li>Tes de Évangiles qui y étaient retracés n'eussent pou but de rappeler aux fidèles que, tout en res taurant leurs forces par la nourriture maté rielle, ils devaient songer à repaître leur âmi de l'aliment de la parole divine. Cette intentioi est surtout évidente sur un fragment où estre produit en même temps le miracle de lamulti plication des pains (Id. tav. viii. 1) : a L'homm ne vit pas seulement de pain , mais de tout parole qui sort de la bouche de Dieu. » Noni solo pane vivit homo , sed in omni verbo , guo procedit de ore Dei. (Matth. iv. k.) Onsaitqu'o lisait l'Évangile pendant les repas (Augusl Serm. lvi. — Hieron. ep. xviii. Ad Marcell.] et ces ornements de coupes renfermaient as sûrement aussi une allusion à ce pieux usage

Dans la représentation, soit symbolique pa les quatre fleuves, soit naturelle par les guat^ rouleaux, on distingue un témoignage de l foi de la primitive Église aux çuo/rcÉvan giles authentiques, à l'exclusion des Évan giles apocryphes en circulation dans les pn miers siècles. Quelques mosaïques, entr autres celle du baptistère de Ravenne (^'e^»w I. p. 234), qui est de 451, présentent les qu3 tre Évangiles déposés sur autant de tables avec le titre de chacun d'eux au bas : evak< SEC. LVCAM, etc. C'est la traduction de Tant que usage où était l'Église de conserver si l'autel un codex de l'un des Évangiles o' vert, mais seulement , pensons-nous, penda la liturgie.

3° On donne ordinairement pour attribul S. Pierre et à S. Paul un volume roulé qu' tiennent de la main gauche, et qui marque

ÉVAN

ÉVAN

barge qui leur fut imposée de prêcher l'Évanile, l'un aux Juifs, Pautre aux gentils ; mais our montrer qu'il n'y a qu'un Évangile, que i prédication des deux apôtres est une, basée urla parole du Maître, il arrive quelquefois, rincipalement sur les verres dorés (Buon. ii\x. XI. XII., etc.), qu'un seul volume est fiiiré entre eux, dans le champ; et presque )ujours ce volume est surmonté d'une cou- }nne, laquelle représente, selon les plus saints interprètes, la couronne du royaume èleste, dont l'Évangile, bonne fwuvelle^ est annonce, evangelium regni (Matth. iv. 23). 'uelques sarcophages antiques (V. Millm. Midi (laFr, pi. Lix et alib.) figurent tous les apô- 'es avec un volume ou un codex à la main. otre-Seigneur est au milieu d'eux et enseine. Les livres que tiennent les apôtres sont îux de l'Ancien Testament, où ils vérifiaient (S textes, des prophéties principalement, que le auveur citait souvent dans ses discours. 4« Les évêques paraissent aussi dans les anennes peintures avec l'Évangile à la main auche (V. Ciamp. Vtt, mon, ii. tab. xxiv), arce qu'ils sont chargés de garder ce préeux dépôt (1 Ttm, vi. 20) dans toute sa pureté t d'en distribuer aux peuples l'aliment divin, 'est pour cela que, de toute antiquité, il est •usage, dans la cérémonie de l'ordination de évêque, de poser le saint Évangile sur sa tête. 5" Les monuments primitifs placent aussi Évangile à la main des diacres, parce que îur office était de le porter et de le lire publiaement. C'est ce qu'on peut voir dans un fond e coupe (Buon. xv. 2), dans une fresque du ciletière de Saint- Valentin (Aringhi. ii.— cf. Mav.Hagioglypt. p. 28), dans celle des thermes n pape Formose (Paciaudi. Sacr. bain, fronsp.), dans la mosaïque de Saint-Laurent hors 5s murs, où S. Etienne est figuré avec le lème attribut (Ciamp. Vet. mon, ii.tav. xxviii) us celle de la tribune de Sainte- Marie in TQtUvere (Ap. Bolland. Propil, p. 918), dans îUe des Saints-Nazaire-et-Celse à Kavenne ^p. ibid. Lxvi. 2) ; et ce dernier monument fésente cette circonstance curieuse, que près e S. Laurent est figurée une de ces armoires ont nous avons parlé plus haut et dont ce ^t diacre avait probablement la garde. Or, MB cette armoire ouverte, on lit, sur leurs 'ses respectives, les titres de trois Évangiles vilement : lvcas, mattevs, ioannes. La quar^^e case est vide, c'est sans doute celle que loH occuper TÉvangile de S. Marc, que S. iau- ■«nt lient ouvert à la main.

^ Nous avons un fond de coupe (Et on sait lue cette classe de monuments offre une ^'^^^^ inépuisable de richesses archéologi- 1*68), représentant l'un des trois Mages, avec ■son offrande à la main, et derrière lui est placé

le livre de l'Évangile (Buonarr. ix. 3), pour marquer que ces. saints personnages furent les premiers des gentils à recevoir la bonne nouvelle.

70 Lé livre des Évangiles parait avoir été pris quelquefois comme le symbole de Jésus- Christ lui-même, dont il est la parole. Ainsi se trouve-t-il placé tout ouvert sur une chaire entourée des douze apôtres, dans un antique bronze doré que possède une vieille église du Latium (Lupi. Dissert, i. 262).

II. Culte, — l^ Culte public. Le livre des saints Évangiles fut de tout temps dans l'Église l'objet d'un culte religieux. Le quatrième concile de Constantinople (Act. x. can. 3. ap. Labbe. x. 634) ne fit que renouveler la doctrine du deuxième de Nicée, qui elle-même n'était que l'expression de l'esprit primitif du christianisme, en décrétant qu'on devait rendre au livre de l'Évangile le même culte qu'à l'image même de Jésus-Christ. Les Pères mettaient un zèle infini à en conserver le texte dans toute sa pureté et intégrité, et ils en écrivaient souvent des copies de leur propre main. C'est ce qu'on sait en particulier de S. Pamphile (Hier. De vir, tliustr, lxxv), d'Eusèbe {lOid. lxxxi), de S. Jérôme (Epist, vi). Les deux premiers, unis, comme on sait, par les liens d'une étroite amitié, s'associèrent plusieurs fois dans un zèle pieux pour cette œuvre iniportante. Il nous reste encore aujourd'hui plusieurs manuscrits syriaques et grecs où sont fidèlement reproduites les souscriptions qu'avaient mises ces deux grands hommes à la fin des exemplaires corrigés par leurs soins (V. De Rossi. Buliettmo, an. i. p. 67) : Corrtgendo àccurate ego Eusebius correxi, Pamphtlo collationem tnsiituente; — Pamphilus et Eusebius ^edulo correxerunt; — manu propria sua Pamphtltu et Eusebius corrextrunt; — iterum manu nostra nos met Pamphilus et Eusebius corrrximus^ etc.

Un savant allemand, M. Tischendorf, a retrouvé et publié àLeipsick en 1863 un Nouveau Testament grec de la plus haute antiquité, qui fut collationné, comme porte une annotation marginale, sur un exemplaire revêtu lui-même d'une souscription de la main de S. Pamphile, où cet illustre martyr atteste l'avoir corrigé sur les Hexaples d'Origène (De Rossi. ibid, p. 62). L'abbaye de Fulde conservait un exemplaire des Évangiles écrit de la main de Victor, évêque de Capoue en bkk (Borgia. De cruce Velit. p. 182. n. b.). Perpetuus, évoque de Tours, dans un testament devenu célèbre et qui est un des monuments les plus intéressants en ce genre, lègue à Euphronius d'Autun un évangéliaire écrit de la main de S. Hilaire de Poitiers, Eiangtliorum librum quem scripsit Hilarius quondam Pictavitnsis sacerdos (Acherii Spicil, t. y. p. 107;.

ÉVAN

ÉVAN

Pour obtenir la correction des copies, on ne reculait devant aucune dépense, ainsi que nous le voyons par les prix marqués à la fin de certains manuscrits plus remarquables (Borgia. ibid. 183). Dans le principe, chaque Évangile était écrit dans un volume à part. S. Jérôme (Honor. Augustod. Gemm, anim. 1. ii. c. 88) est le premier qui ait formé ce qu'on a appelé depuis un lectionnaire et un évangéliaire ^ et le pape Damase en prescrivit la lecture pendant la liturgie. Cette lecture se faisait dans toutes les langues parlées par les différentes personnes présentes ; à Scjthopolis, Procope qui était lecteur et exorciste (Ruinart. edit. Veron. p. 311), lisait rÉvangile en grec et l'expliquait en langue syro-chaldaïque.

Le plus souvent, on tenait ces livres sacrés dans des bibliothèques spécialement destinées à cet usage. (V. l'art. BibUoth. chrét.), plus tard on les plaça dans l'un des secretaria qui s'ouvraient des deux côtés de l'autel, dans l'abside (Paulin. Ep. ad Set\ xii). S. Ambroise nous apprend {Epist. iv. class. 1), qu'à Milan, on le renfermait dans une châsse ornée d'or : Ibi arca iestamenti undiquc auro tecta^ id est doctrina Christi, Parmi les richesses que le roi Childebert avait apportées d'Espagne, S. Grégoire de Tours {Hist. Franc. 1. m. c. 10), compte vingt châsses d'or pur, ornées de perles et destinées à contenir le livre des Évangiles : Viginti Evangeliorum cap.sos, detulit ex auro puro ac gemmis ornatas. Telle est aussi la description qu'il donne d'une cassette du même genre exécutée par les ordres de la fille de l'empereur Léon : Capsam ad sancta Evangelia reclvdenda ex auro puro pretiosisque lapidibus prœcepit fabricar. . « 11 ordonna de fabriquer une cassette d'or très-pur et de pierres précieuses, pour y renfermer les saints Évangiles. » {De glor. confess. c. lxhi.) Le même usage existait à Rome : car il est dit dans l'ordre romain (P. 7) que le sous-diacre, ayant fait baiser TÉvangile au clergé et au peuple, le renfermait dans la cassette précieuse que tenait l'acolyte.

On peut voir dans les monuments liturgiques de tous les rites, les cérémonies pleines de respect et de solennité qui présidaient à la lecture de l'Évangile dans la liturgie sacrée. Il nous est impossible d'entrer dans ce détail, si intéressant qu'il soit.

Dans les conciles, on plaçait l'Évangile sur un trône élevé, couvert de riches draperies, d'où il semblait présider ces saintes assemblées. (V. Martène. De antiq, Eccl, rit, 1. m. c. 1. S 9.) Une mosaïque du baptistère de Ravenne nous a conservé la représentation de ce solennel usage. On y voit l'Évangile ouvert déposé sur un suggestus soutenu par quatre colonnes, et de chaque côté, dans une niche

absidale est figurée une chaire épiscopale : c' l'image abrégée d'un concile. (V. Ciamp. ^ mon. I. tab. xxxvii.)

Les empereurs chrétiens faisaient placer môme le livre des Évangiles dans les tri! naux, pour rappeler sans cesse aux juges loi divine qui est la source et le type de la humaine. Les premiers chrétiens avaient c( tume de jurer sur les saints Évangiles; et connaît la célèbre formule d'anathème da ] xpi QVATVOR EVANGELiA, qui se lit sur le tiiu de Bonusa et de Menna illustré par Jacut (Romae. 1758. V. aussi notre art. Anathém

Avec la paix de l'Église , arriva le luie ( manuscrits et des couvertures, nouvelle n nière de témoigner la vénération qu'on p fessait pour la parole du Sauveur. On l'écri en lettres d'or et sur des membranes tein en pourpre ; S. Jérôme et S. Éphrem att* tent que les moines du quatrième siècle* cupaient leurs loisirs à faire de ces rid copies. On vit des évangéliaires revêtus de a vertures où brillaient l'argent, l'or, les pier précieuses , et d'autres ornés de saintes in ges sculptées par les plus habiles artistes i des tablettes d'ivoire ou de bronze. Constan (Cedren. In ConstatUin. ann. 21) avait offerl la basilique de Latran les voliunes des pu giles reliées avec une magnificence extraor naire. La reine Théodelinde fit un don de méi nature à la basilique de Monza (Maffei. Sto\ diplom. p. 319). On voit dans l'ouvrage deG< {Thés, diptych. t. m et passim) un grand noi bre d'ivoires du cinquième et du sixième si cleîj, couverts de sculptures chrétiennes, qui ont servi de couvertures à des évang liaires. On se servit même souvent pour ( objet de diptyques consulaires (V. Ciamp. F inon. I. p. 132 et notre art Diptyques), et* employa pour ornement des saints livres d pierres antiques représentant des sujets pr fanes ( Marangoni. Cose gent. p. 70).

2o Culte privé. Les premiers chrétiens mo traient surtout leur respect pour les sair Évangiles par leur assiduité à les lire et à pénétrer de la divine doctrine qu'ils renfe ment. Les SS. Pères ne cessaient de leur oo seiller cette lecture, et la leur faisaient ei visager comme la meilleure préparation l'accompUssement de tous les devoirs delati (Greg. Magn. Epist. lxxviii) S. Jérôme (£p« xxii), dans ses conseils à Ëustochium, veutqi « le sommeil la surprenne avec ce hvre à main, et que sa tête appesantie par la fatigi ne tombe que sur une page sainte. »

La dévotion des fidèles pour ces livres s crés se manifestait sous toutes les formes. 1 les portaient suspendus à leur cou dans leu voyages et même dans la vie ordinaire, diacre Euplius qui souffrit en 304, fut ffl2

ÉVÉQ

EVÊQ

îisé avec son Évangile suspendu au cou (Ruiuledit. Ver. 361). Ils le portaient en guise amulettes, ou de philactères, pour écarter s maladies (Chrysost. HomiL xix) ; on voit ans les catacombes (V. Bottari. xciii. 2), aux ieds de certaines oronges, de petits coffrets, ïïim sacra (Prudent. Perist. h. xiii. 1) munis 'une bandelette servant à les suspendre au }u, et qui contenaient quelques parties des ûnts Évangiles. S. Grégoire le grand avait Qvoyé à la reine Théodelinde, pour ses enofants, deux reliquaires de bois précieux renîrmant l'un un fragment de la vraie croix et autre un morceau de PÉvangile. On peut voir n faosimile de ces petits monuments dans les aoole délia stor. eccl, de Mozzoni. t. vu. p. 79, : à notre art. Crucifix. On plaçait ce livre divin ms les sépultures , témoin cet exemplaire : S. Mathieu qui fut trouvé sur la poitrine i S. Barnabe dans le tombeau de cet apôtre kwuvert dans Plie de Chypre (Baron. Ad an, J6). On le conservait dans les maisons pour arter les démons (Chysost. In Joan, c. xxxi), )ur apaiser les incendies (Greg. Turon. Vtt. P. vi); plus tard, PÉvangile fut mis au nom- •e des insignes de Tempire : Lothaire désigne m fils Louis le Débonnaire pour son succesur, en lui remettant la couronne, le glaive l'Évangile (Lami. De erudit. apostol, p. 530).

É\1qU£S. — I. — Le nom d'évôque, en •ec fac((ncoiccK, qui correspond au latin inspecr ou speculotor, désignait, chez les Athéniens i magistrat qui visitait chaque année les Iles de PAttique, pour s'informer des abus à primer, et pour rendre la justice. (Aristoph. Avib, ap. Suid. ad h. v.) La primitive Église opta ce nom pour désigner ceux qui présint à la république chrétienne, inspectent et forment les mœurs. Le mot episcopus se mve plusieurs fois dans les livres du Nouveau atament, et principalement dans les Actts des ^tm (Act. XX. 28), et dans les Épitres de Paul (1 Tim. m. 2. — Tit. i. 7). Les plus anîB» Pères Pont aussi employé, entre autres Ignace martyr, dans son épitre aux Smyr- «B. Mais ce n'est que plus tard qu'il reçut ^ signification exclusivement ecclésiastique, inscription suivante parait être la plus an- «nne où la qualité d évoque se lise exprimée par le terme propre. Les consulats indi- ^ la placent à Pan 327 , et le personnage tfelle nonime était évoque de Nola (Donati. iixxin.2):

+ HIC. MEQVIESCIT. SCE. ME -f- PRISCVS. EPISC. IN. PAGE ÛPS. V. IL. MART. PL. MAXIMO. V. C. CON.

Uyè(ïue était le premier dans la hiérarchie ecclésiastique, il avait sous sa juridiction, en

outre des laïques, les clercs, les diacres, les prêtres, il n'était soumis qu'à Jésus-Christ (Id. ibid,).

Les évéques, à raison de leur âge avancé, furent quelquefois appelés ::pga6uTEpoi, presbyteri, « vieillards (Theodoret. In c. i. vers. 7. Epist. ad Tit, et alib.), » bien que, par l'ordre et le caractère, ils fussent au-dessus des prêtres auxquels seuls ce nom est resté. On les nonmia aussi socerdo/es, ou summi sacerdotes (Tertull. De 6op/i»m. X vu), t prêtres par excellence,» revêtus de la plénitude du sacerdoce ;an^»s/t7e«,7cpo(aToi, prsspositi, pontifices, papœ ; ce dernier titre fut donné surtout à l'évoque de Garthage {Codic, can, Eccl, A fric, ap. Pellicia. i. 88), à quelques évêques des Gaules (Fortunat. Pictav. 1. m. Poem, — Greg. Turon. De vit. S. Martini, ix. k2) , aux patriarches orientaux , notamment à celui d'Alexandrie (Epiph. Hxres, lxix), à l'évêque de Jérusalem (Avit. Vien. Epist. xxui), et à d'autres encore. Mais à partir du cinquième siècle, le titre de pape parait avoir été réservé dans toute la chrétienté, au seul évêque de Rome (V. Libell, Libérât, c. xviii. xxi. xxii. — Synod, vi. act. 18. et Epist, synodal, ibid.). Les évêques eurent encore le nom de apostoli t apôtres (V. Idali. Epist. ad arch. Tolet. Spicileg. t. i), » apostolici c apostoliques {Epist. xxxii Bonif. et Epist. Desider. SpicUeg, 1. 1), t ou apostohrum successores c successeurs des apôtres. » (Optât. Milev. De schism. Donat, 1. I. etc. ) Dans certains pays , ils reçurent les titres de DU terreni^ anyeU tcclesix^ « dieux, terrestres, anges des Églises (Aug. Quxst, Vet. et Nov, Testam, c. cxxvii. — Constit. apost. 1. II. c. 26), » judices Ecclesiarum c juges des Églises. » (Optât. Milev. loc. laud.) Les actes des conciles leur donnent quelquefois les qualifications de reverenJissimi ^ sanctissimi^ beatissimiy venerabiles. Dans leurs lettres, les évêques de l'Occident, dès le septième siècle, prirent par humilité le titre de servus servorum Dei, c serviteur des serviteurs dtf Dieu, » que les papes seuls ont conservé. Ce n'est qu'après le douzième siècle qu'ils adoptèrent la formule encore en vigueur aujourd'hui : Dei et apostolicx sedis gratia^ etc. Le premier qui Fait employée, est, dit-on, un évêque de Chypre, auquel le saint-siége avait donné juridiction sur les Arméniens et les Maronites (fionstil. arcMepisc, Nicosien. apud Pelliccia. op. et loc. laud.).

II. — La prééminence des évêques sur les prêtres, prééminence d'ordre et de pouvoir, est de droit divin.

Bien que cette question soit plutôt du domaine des théologiens et des canonistes, nous ne pouvons guère nous dispenser d'en indiquer ici les principaux éléments.

Ce n*est qu'au quatrième siècle qu'il s'est

ÉVÊO

ÉVÉQ

trouvé un novateur pour contester un dogme jusque-là universellement admis. Ce sectaire n'était autre qu'Aerius, prêtre d'Arménie, qui enseigna que l'épiscopat n'était point un ordre différent du sacerdoce, et qa'il ne donne aux évoques le droit d'exercer aucune fonction qui ne puisse l'être par les simples prêtres. Cette doctrine ne tarda pas à être réfutée victorieusement par S. Épiphane {Hœres. lxxv. 3); elle a été renouvelée dans les temps modernes par les calvinistes, ce qui a donné lieu aux savantes apologies de Petau (Lib. v De ecclesiast. hierarch,)^ de Morin (De sacr. ecdes. ordinal, part. m. exercit. 3), de Dartis (De ord, et dignit. Ecclesiie)^ de Noël Alexandre (/n s3bc. iv. dissert. 44), de Cotelier (Not, ad epistolas Ignatii], auxquels se sont joints plusieurs docteurs protestants, entre autres Beverige, Usher, Bingham, etc.

La prééminence de l'épiscopat est établie de la manière la plus évidente dans les Épltres de S. Paul. Cet apôtre écrit à Tite son disciple {Tit, I. 5J : « Je vous ai laissé en Crète, afin que vous corrigiez tout ce qui est défectueux, que vous établissiez des prêtres dans chaque ville, selon l'ordre que je vous ai donné. » On ne saurait douter que Tite ne fût supérieur à ceux qu'il établissait : il conservait la haute administration des villes où il avait constitué des ministres d'un ordre inférieur : c'est bien là la fonction de Tévôque, et elle ne peut être exercée quen vertu d'un caractère et d'un .pouvoir suréminents.

L'évêque était non-seulement administrateur, il était juge, et juge des prêtres; c'est ce que prouvent ces règles de prudence adressées par S. Paul à un autre de ses disciples, Timothée (1 Tim. v. 19) : t Me recevez pas d'accusation contre un prêtre, si ce n'est sur la déposition de deux ou trois témoins. » A ceux qui prétendent que la prééminence dont nous parlons n'était aux premiers siècles qu'un simple droit de préséance attribué à 1 âge, on peut opposer l'exemple de ce même Timothée qui devait être fort jeune quand il fut élevé à la dignité épiscopale , puisque son maître crut devoir lui douner cet avis (1 Tim, iv. 12) : t Faites en sorte que personne ne vous méprise à cause de votre jeunesse, » et cet autre plus significatif encore (1 Tim, v. 1) : a Ne reprenez point les anciens avec dureté, mais avertissez-les comme des pères. » Doù.S. Épiphane (Loc. laud.) tire cet argument : « Qu'était-il nécessaire de prescrire aux évoques la mesure avec laquelle ils devaient reprendre les prêtres (Que souvent, à raison de leur âge, ils devaient regarder comme leurs pères), s'ils n'avaient sur eux aucune autorité? »

Les plus anciens monuments écrits de l'Église primitive nous montrent l'enseignement et la

pratique constamment conformes à ces règle inspirées.

Nous avons une émanation immédiate de 1 doctrine des apôtres sur cette matière dans le admirables lettres de S. Ignace, cet illusti martyr, qui avait été disciple de S. Pierre ( de S. Jean. Nous y trouvons, 1® la distinctio nettement accusée des trois degrés de la hit rarchie. a Je vous exhorte, dit-il, aux Magn^ siens {Epist. ad Magnes, vi), à vous conduii en toutes choses avec cet esprit de conconi qui vient de Dieu, regardant I'évêque cornu tenant au milieu de vos assemblées la place c Dieu môme ; les prêtres comme formant ei semble cet auguste sénat des apôtres; et u DIACRES qui me sont si chers, conune ceux qui est confié le ministère de Jésus-Christ, i reprend ailleurs cette comparaison (Ad Smyn VI II) : « Soyez tous les imitateurs de l'évêqu» comme Jésus-Christ l'est de son Père ; suive les prêtres comme les apôtres même. Rft pectez les diacres comme les ministres c Dieu. »

2° L'institution divine des évêques. « Comir Jésus-Christ, qui est notre vie inséparable [A Ephes, m), a été étabh par l'ordre du Père si toute l'Église, ainsi les évêques l'ont été ps l'ordre de Jésus-Christ dans les différentes pai ties de la terre. »

3" La manière dont on parvenait à Tépiscc pat. Il se trouve dans les lettres de S. Ignac deux évêques dont il mentionne l'ordinatioD Le premier est Damas, évêque des Magnésiens qui, étant encore jemie et n'étant entré qu'aprè plusieurs autres dans le clergé, avait été néan moins élevé au souverain degré du sacerdoce de préférence* aux plus anciens prêtres, qui n« laissaient pas de lui être soumis, c Vousnedfr vez point user, leur-dit-il (Ad Magnes, m), d'un» trop grande familiarité envers votre évêque, d mépriser sa jeunesse ; mais, au contraire, vom devez lui rendre toute sorte d'honneur et di respect, selon la puissance qu'il a reçue d« Dieu le Père, ainsi que j'apprends que font le: saints prêtres de son Église, qui, sans prendr» avantage de la grande jeunesse dans laquellt il a été élevé à l'épiscopat, lui sont soumi comme prudents selon Dieu ; ou plutôt, ce n'es point à lui qu'ils sont soumis, mais à l'évéqu* de tous, au Père de Jésus-Christ. » Voilà biei la doctrine de S. Paul, et la réfutation des no vateurs. Le second exemple rapporté p8 S. Ignace est celui de l'ordination de l'évèqu do Philadelphie, dont il fait l'éloge, en cél| brant surtout la pureté de sa vocation. « J reconnu (Ad Philadelph, i) que votre évê^ n'a point recherché par une vaine gloire le tî nistère auguste qu'il exerce pour le bien co mun de votre Église, et qu'il ne l'a reçu ni lui-même ni des hommes, mais de son am^

ÉVÊQ

EVÉQ

pour Dieu et pour notre Seigneur Jésus- Christ. M

k" La défense à tout le clergé et aux prêtres mêmes de rien entreprendre dans le gouvernement de l'Église sans Tordre ou la permission de Tévéque. 1 11 ne vous suffit pas, écrit-il aui Magnésiens (iv), d'être chrétiens seulement de nom, si vous ne Têtes en effet : semblables à ceux qui ne parlent que de soumission à Tévêque, et qui néanmoins se conduisent en tout sans sa dépendance. » A ceux de Smyme(viii), il affirme « qu'on regarde comme eucharistie légitime celle qui est célébrée par Févéque, ou par celui qu'il a commis à sa place. » Enfin il déclare nettement « qu'il n'est permis ni de baptiser, ni de célébrer les agapes sans la permission de Tévêque, et que ce qu'il approuve est agréable aux yeux de Dieu. > S. Ignace était donc persuadé, et il enseignait, que l'autorité des prêtres n'étant autre que celle qu'ils avaient reçue de leur évêque , cette autorité devenait stérile dès qu'elle n'était plus unie à son principe, comme un ruisseau coupé ou séparé de sa source; et que, comme les apôtres faisaient tout au nom de Jésus- Christ qui les avait envoyés, les prêtres devaient aussi to toutes choses en vertu de la mission de celui qui leur tenait lieu de Jésus-Christ.

Tout cet admirable enseignement est couronné dans les différentes épitres de S. Ignace par les plus pressantes exhortations qu'il adresse aux peuples de se tenir étroitement uûis et serrés autour de leurs évêques : « Là oiiestle pasteur, là doivent aller les brebis. » [Âd Philadelph. ii.) Et un peu plus loin (m) : « Tous ceux qui sont à Dieu et à Jésus-Christ, ceux-là sont avec leur évêque. » Rien n'est admirable comme le motif sur lequel il appuie cette doctrine qui est le fondement indispensable de la paix et de l'ordre dans TÉghse (/6id. iv) : € Il n'y a qu'une seule chair de notre Seigneur Jésus-Christ et un seul calice, qui nous unit tous en son sang; un seul autel, comme un seul évêque avec les prêtres et les diacres, qui partagent avec nous le ministère des autels. * Comme Tunité du corps du Sauveur et de Teucharistie est la cause, Torigine, le modèle de Tunité de TÉglise ; et comme Tuoité du sacrifice et Tunité de l'autel qui est dans le ciel, et qui est signifié par celui qui est dans nos temples, sont les liens de la société et de l'union des fidèles; ainsi Tunité de TÉglise estrelle fondée sur celle de Tépiscopat, dont tous les membres sont groupés autour du pontife suprême.

«Pour juger donc, écrit-il aux Smyrniens ^^), si une société est schismatique ou catho- ^tte, vous n'avez qu'à considérer où est Tévêque, parce qu'il est aussi constant qu'une troupe ^ gens sans évêque et sans succession des pas-

ANTIQ. • CHRÉT

teurs n'est pas le troupeau de Jésus-Christ, qu'il est certain que TÉglise catholique ne peut être sans le Sauveur, et qu'au contraire une Église ne peut être unie à son évêque et par conséquent à Jésus-Christ sans être catholique. *

De cet enseignement si clair et si complet d'un disciple du prince des apôtres, rapprochons celui de S. Clément d'Alexandrie. Nous avons ce qui suit au sixième livre de ses Stromch tes: c Dans TÉglise, il y a les progressions des évêques, des prêtres, des diacres: imitation de la gloire angélique. » Le mot r-poxojni ici employé et que nous rendons par progression désigne les degrés d'une hiérarchie. Que si les évêques n'étaient pas supérieurs aux prêtres et les prêtres aux diacres, ce serait à tort que ces progressions seraient assimilées à la gloire des anges, puisque nous savons d'après les saintes Écritures que divers degrés de dignité et d'offices sont établis parmi ces intelhgences célestes.» On ht des choses toutes semblables au troisième livre du Pédagogue du même Père (Cap. xii). Voici ce que Tertullien écrit sur le même sujet dans son livre Du baptême: cLe droit d'administrer le baptême appartient au grand prêtre qui est Tévêque ; ensuite aux prêtres et aux diacres, mais non sans l'autorité de Tévêque. » On ne saurait distinguer plus nettement les trois principaux ordres de la hiérarchie; et telle est aussi la doctrine que S. Cyprien enseigne en vingt endroits de ses épitres. Au concile de Carthage, que présida ce môme Saint, un évêque adressa ces belles paroles à ses collègues : c Nous avons succédé aux apôtres, gouvernant TÉglise en vertu de la même puissance. »

Si d'autres preuves que celles qui nous viennent de l'Écriture et de la tradition étaient nécessaires pour étabhr la distinction entre les évêques et les prêtres, ainsi que la prééminence des premiers, il suffirait de lire les anciens catalogues que nous ont laissés S. Irénée, TertuUien, Eusèbe, S. Jérôme, S. Optât de Milève, ainsi que d'autres Pères et historiens, et où ils s'appliquent à tracer avec un soin minutieux la succession des évêques qui ont gouverné les diff'érentes Églises depuis les apôtres jusqu'à Tépoque de chacun de ces écrivains. Pourquoi cette précaution, s'il n'y avait dans chaque Église que des prêtres égaux en dignité, et si aucun ne présidait aux autres ?

Nous pourrions encore signaler ici, en faveur de la prééminence des évêques dans la primitive Église, certaines prérogatives et marques d'honneur qui leur étaient exclusivement réservées. Ainsi, par exemple, nous savons que les fidèles de toutes les classes, depuis les plus élevées jusqu'aux plus infimes, étaient dans Tusage de s'incliner devant Tévêque pour demander sa bénédiction; et cet hommage n'était

ÉVÊQ

ÉVÊQ

rendu qu'à lui seul. Nous avons la preuve de cet usage dans un grand nombre de Pères, entre autres S. Hilaire de Poitiers (Adv. Constant, p. 1245. edit. Maurin.), dans S. Ghrysostome (Homil. m Ad pop, Antioch.)^ dans Théodoret (iv. 6), et dansbeaucoup d'écrivains que nous ne pouvons nommer ici et qui prouvent que c'était là une coutume commune à toutes les Églises.

Pour ce qui concerne en particulier la bénédiction que les prédicateurs demandaient au commencement de leurs discours, on peut voir notre article Prédication (N. I. S®). Ajoutons à cela les acclamations qui, dans les premiers siècles, avaient lieu non - seulement à l'occasion des synodes et des élections des évoques, mais aussi lorsqu'ils adressaient leurs instructions aux peuples. (V. encore l'art. Prédication, n. III. 30.) On peut voir celle-ci dans les actes du concile d'Éphèse (Act. xi. t. i. p. 1471. Concilior. edit. Harduin) : Cœkstino custodi fidei, — Cœkstino cum synodo concordi^ — Cœlestino universa synodiis grattas agit. Cependant cet honneur n'était communément décerné qu'aux papes ou aux principaux évoques. Dans les actes de l'ordination d'Éraclius, que S. Augustin, dans sa vieillesse, avait demandé pour successeur à son clergé et à son peuple, lorsque S. Augustin eut dit (Augustin. Epist. ccxiii) : c Je veux pour mon successeur le prêtre Éraclius ; » le peuple s'écria : e Grâces à Dieu, louanges à Jésus-Christ.... Exauceznous, à Christ!... Longue vie à Augustin.... vous père, vous évêque. t Enfin, de même que la multitude accueillit par ÏHosanna Notre - Seigneur faisant son entrée à Jérusalem, nous savons par S. Jérôme {In Matth. xxi) que les peuples accueillaient quelquefois ainsi leurs évoques. On sait aussi qu'à l'église l'évéque occupait un siège élevé au-dessus de ceux des prêtres, et ce siège était quelquefois appelé thronus altxAS^ — coccelsus, — sublimis^ tandis que ceux des simples prêtres placés à ses côtés étaient dits thronisecundi. (V. l'art. Châtre.) • III. — Le costume des évêqués , dans la haute antiquité, n'était autre que celui des apôtres eux-mêmes, c'est-à-dire un vêtement commun composé de la tunique et du pallium. Dès l'époque où les vêtements ecclésiastiques furent étatlis, on voit en général les évêques latins vêtus de la planète ou cosu/a, et les grecs de la dalraatique. Cependant, dans le diptyque de Rambona, qui est du neuvième siècle (Buouarruoti. p. 371), S. Grégoire, S. Sylvestre et Florien portent la dalmatique surmontée du pallium. Nous savons, en eflet, que l'usage de la dalmatique fut quelquefois accordé, comme privilège, par le pape aux évêques, ce qui autorise à penser que la dalmatique était un vêtement plus estimé que la chasuble, dont on

ne voit pas qu'aucune concession spéciale a été faite. (V. les art. Chasuble et Dalmatiqw Dans la chasuble-diptyque de Ravenne, illustn par Mauri Sarti {De vet» casula diptych. Favei tiaB. 1753), et que ce savant attribue au huitièn siècle, tous les portraits des évêques, qui soi au nombre de treize, portent la chasuble.

Les évêques sont représentés soit bénissan soit priant, les bras tendus ; parce que leui deux principales occupations sont de prier ass dûment pour eux-mêmes et pour le peup {Hebr. v. 3), et de faire descendre sur les fidèh les faveurs célestes par leurs bénédiction (V. l'art. Bénir.) Ils paraissent aussi dans li anciennes peintures et dans les mosaIqu( (Ciampini. Vet. monim. t. 11. tab. xxiv) avec! livre de l'Évangile à la main gauche, parce qu les évêques sont chargés de garder ce précieu dépôt (l Timoth. vi. 20) dans toute sapureti et d'en distribuer au peuple l'aliment sacr( C'est pour ce motif que, de toute antiquit( d'après les Constitutiofis apostoliques et le trail Sur la hiérarchie ecclésiastique, ce livre divi est placé sur la tête de l'évéque pendant so ordination.

IV . — Insignes des évêques. — 1 »> La mitre. Che les Romains, le mot mitra désignait la coiffur des femmes (Servids. Innot. adiY et YijEneid.] et mitella celle des vierges (Apul. De asin. (Wf 1. VII), et ces noms furent adoptés même pa les chrétiens dans la même acception (Optât Milev. 1. VI Ad Parmen.). La coiffure des roi indiens s'appelait aussi mitre (Philost. De Vu Apollon. 1. II. c. 1 1), c'était peut-être celle qi portait le même nom chez les Juifs, et dents servaient leurs prêtres dans les fonctions sa crées {Exod. xxix. — Levit. viii). Dans les pr€ miers siècles, la mitre des évêques n'était guèr qu'une sorte de bandelette ou une lame étroit de métal liée autour de la tête {Hist. Methoc pars IV), à peu près semblable à cette lame de que portait à sa coiffure le grand prêtre de l'ai cienne loi, et sur laquelle étaient inscrits ce mots : Sanctitas Domtno. S. Jean l'Évangélist< au rapport de Polycrate (Ap. Hieron. De wr.* lustr. XLV), ornait ainsi son front d'une feuill d'or. Eusèbe raconte le même fait de S. Ja< ques le Mineur, évêque de Jérusalem (H« eccl. II. 1), et de S. Marc (Ibid. 16). Il para évident que tel dut être l'origine de la miti épiscopale : elle fut appelée pour ce motif <niç< voç, corona (Euseb. x. 4), ou xfôapiç, diaden (Greg. Naz. Orat. xxxi).

Jusqu'au sixième siècle, elle s'écarta p< de cette priihitive simpUcité , ainsi que 1'^ testent les monuments. Ce fut à cette épo(l que Jean Cappadox, évêque de Constaa nople, commença à ajouter a la mitre des ^ nements composés de broderies et de saini images peintes ou brodées. (V. CantacuU

ÉVÊQ

ÉVÊQ

. III. c. 36. ap. Pellic.) Les latins imitètnt bientôt cet exemple, et il est aisé de suivre es transformations de la mitre, soit dans les Dosalques, soit dans les mitres anciennes que ODsen-ent les trésors des églises. On peut oir par une planche de Macri {Hiero-Lexic. id voc. Mitra) qu'elle était encore fort basse lu douzième siècle , ce n'était guère alors ju'une espèce de couronne échancrée à la partie iupérieure en forme de croissant, et rappelant Mt à fait ce que Théophile Raynaud dit de la loiffure des prêtres du paganisme (0pp. t. xiii. ). 525) : Mitra episcopalis bicomis^ et patulo -wvamine supeme hians^ respondet pHeo corîirfo priscorum sacerdotum ethnicorum. Les ieux lanons qui pendent derrière la .mitre ne jont autre chose que les cordons qui servaient i tenir autour de la tête cette coiffure dans son état primitif. La coiffure des trois jeunes Hébreux dans la fournaise, qui est elle-même une espèce de mitre, est presque toujours munie de :es bandelettes. Ceci se remarque particulièrement sur les verres à fond d'or. (V. un monument de ce genre publié par le P. Garrucci dans la Civiltà cattolica. série v. vol. i. p. 692.)

La mitre était un attribut tellement propre aui évoques qu'ils juraient par elle (Aug. EpUt.cxLvn. — Hieron. epist. xxvi. Ad Auy.)^ que le mot coronOy par lequel elle était désignée, signifiait souvent Tépiscopat lui-mùme, et que le collège de l'évoque s'appelait socitis cmtm (Alipius. epist. xxxv. Ad Paulin, inter epist. Aug.).

2» Les sandales. Ce n'est guère qu'au neuvième siècle que les écrivains ecclésiastiques les placent parmi les insignes des évoques. On a pensé que S. Grégoire le Grand faisait allusion aux sandales des évoques quand il interdisaitcette chaussure aux diacres (L. VII. ep. 28); niais cette interprétation est très-douteuse. Une mosaïque de Saint-Vital de Ravenne (Ciampini. ^rt. mon. II. tab. xxii; représentant la procession qui eut lieu lors de la consécration de cette basilique, en 547, par l'évèque S. Maxinùen, peut tournir la matière d'une étude intéressante sur les chaussures tant des laïques que des clercs à cette époque. L'évoque y porte <*es sottiiers noirs. Le P. Pouillard, examinant ^ question de l'antériorité du baiser du pied iu souverain pontife a l'introduction de la croix s>ur sa chaussure, donne les plus curieux détails, éclaircis par de nombreuses planches, sur les chaussures des papes depuis S. Sylvestre {Del ^ dei piedi dei sommi ponte (ici.,.. Roma

^ Us gants, chirotecx, sont mentionnés pour la première fois au douzième siècle par Innoc«Dt m (L. III De myster. nUsfx. c. 41).

^' Lanneau épiscopal remonte au moins au quatrième siècle pour l'Occident. On pense que

les évéques d'Orient n'en adoptèrent jamais l'usage. (V. l'art. -anneau épiscopal,)

50 Le bâton pastoral est d'une origine fort ancienne. Sans nous arrêter à l'opinion qui voudrait le faire remonter aux apôtres, nous citerons celle de Baronius qui, d'après les plus solides autorités {Ad ann. 504. n. 38), dit que les évêques s'en servaient certainement au quatrième siècle. Le témoignage de S. Grégoire de Tours a été invoqué pour le sixième {Demirac, S, Martini, lib. i. c. 4), mais c'est à tort, selon nous : le passage cité fait mention, non pas d'un évêque portant une crosse, mais d'un archidiacre s'appuyant sur un bâton ordinaire. (V. l'art. Bàlon.)

Primitivement, le bâton pastoral était de bois, de cyprès le plus conmiunément, il y en eut d'or et d'ivoire. Plus tard, et dès le commencement du sixième siècle, on eut des crosses ornées d'or, et enfin des crosses d'or ou d'argent massif. Nous en avons la preuve dans le testament de S. Rémi, rapporté dans l'histoire de Flodoard (L. i. c. 18), où il est fait mention d'une crosse d'argent façonnée : argenteam cambutam figuratam.

On a donné au bâton pastoral plusieurs noms : celui de pedum, parce qu'il ressemble à la houlette du berger qui est recourbée pour saisir et ramener les brebis ; celui de ferula, du verbe /erio, « je frappe, » parce que le pasteur doit quelquefois user de sévérité envers ses ouailles. Le pape, non plus que les cardinaux évêques à Rome, ne se sert pas de la crosse. Mais c'est à tort que quelques auteurs, entre autres Grancolas {Lituryie, p. 169j, avancent qu'il en fut toujours ainsi. Outre que nous trouvons des témoignages contraires à cette assertion dans les écrivains liturgistes (V. Luitprand. Ticin. diac. ap. Ciampini. i. 123), nous avons des images anciennes de S. Grégoire le Grand et de Gélase II (Macri. ad voc. Baculus) où ces papes sont représentés avec un bâton surmonté d'une croix ou d'un globe. Innocent m est le premier qui ait affirmé que les papes ne portent pas le bâton pastoral. Or, comme il siégeait en 1199, et que Gélase, qui figure encore avec la crosse, siégeait en 1118, on peut conclure de là que l'usage de cet insigne ne cessa, pour les papes, que vers le milieu du douzième siècle. En Orient, le bâton pastoral n'est pas recourbé, mais droit et surmonté d'un globe, quelquefois d'une croix ou de la lettre T, qui elle-même est une des formes antiques de la croix; quelques-uns de ces bâtons se terminent par deux serpents entrelacés dont les têtes sont affrontées. (V. l'art. Serpent,)

6® La croix pectorale. Les évêques portent une croix suspendue sur la poitrine; les Grecs l'appellent to ;:£p(a[ia (Pelliccia. op. laud. i. p. 99). Cet usage a pu dériver de la coutume

ëxce

EXCO

qu'avaient primitivement les évoques d'avoir sur eux un reliquaire renfermant des ossements de Saints, et plus tard du bois de la vraie croix (Anastas. Not. ad syn, Cp. iv. sess. 6). Le reliquaire prit peu à peu la forme d'une croix, et il reçut le nom à^encolpium, (V. ce mot.)

Page 1