‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 139 sur 266 · JEU · texte numérisé non relu

JEU

11 est[ft remarquer que les plus beaux génie de l'antiquité se sont exercés sur ce sujet qui offre tant d'attraits à la piété. Il a fourni notamment à S. Denys l'Aréopagite, lej texte d'un livre spécial.

JEU (tables de], labulx lusorUe. — Les tonibeaiit antiques ont présenté assez souvent les divers instruments de jeu propres k tous les âges de la vie. En outre du motif général qui faisait renfermer dans la tombe les objets aimés de la personne défunte pendant sa vie, c'était une pensée familière aux anciens que de comparer la vie humame au jeu de dés. On retrouve cette pensée à travers toute l'antiquité grecque et romaine, dans les écrits des philosophes comme dans les pièces de théâtre. (V. R.-Rocliette. Uém. de t'Aaidim. des itucript. et bettes kttres. t. xici. p. 63k.)

Mais parmi les instruments de jeu à l'usage des hommes de tout Age et de toute condition, ceux qui se rencontrent plus fréquemment dans les tombeaux grecs et romains de la Campanie sont les osselets, et surtout les dés, lali, lesserx, presque toujours en ivoire, souvent aussi en os, avec le cornet, pyrgus, fr.tillus, turrictUa, orca, pyxidula, servant à les jeter sur ta ( table à jouer, ■ icXtvBlov, labelta lusoria. Ce cornet est habituellement d'ivoire, et la table de marbre.

On possède jusqu'à cinq de ces tables de jeu, avec des inscriptions qui ne laissent aucun doute sur leur attribution ; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'e.les ont été trouvées dans divers cimetières chrétiens de Rome, où elles étaient employées, comme tant d'autres marbres antiques, à clore une niche sépulcrale. L'une do ces tables , tirée du cimetière de Basilla, se voit au musée Kircher, et elle a été publiée d'abord par le P. Lupi{Disser(.... in nuper iuvent. Set). M. epilaph. p. 57. tab. IX. n. 6). En voici la reproduction.

^ lvdere/ i^>ii^pNis CISÔ

L'inscription, qui était tournée en dedans du 1 phes, se traduit aisément : i Tu as perdu, lèvetombeau comme tous les marbres opistogra- j toi ; — Tu ne sais pas jouer ; — Fais place au

ANTig. CHRËT. 2Î

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(Vrai) joueur. » victvs lebate || lvdere nescis

y DA LVSORl LOCV.

Il en existe une seconde tirée du cimetière de Sainte -Agnès, et qu'a publiée Boldetti ^P. 449). Voici l'inscription : domine frater ||

ILARISSEMPER || LV- DERE TABVLA, t Seigneur, mon frère, jouons toujours gaiement sur cette table. » Boldetti a rapproché de cet objet un pyrgus qui a été trouvé ailleurs, mais qui représente celui qui a dû servir pour ce jeu. Nous en donnons ici la coupe intérieure, divisée en trois sections en ressaut, par lesquelles on voulait éviter toute fraude dans le jet des dés ; deux dés se voient au fond du cornet.

Une troisième table de même nature, tirée du musée Capponi, se trouve reproduite dans le grand recueil de Muratori (i. dclxi. 3), et elle a une acclamation à peu près identique à la précédente : semperin hanc || tabvla hilare Il LVDAMVS AM1CI, « Toujours sur cette table, jouons gaiement, mes amis. »

La quatrième, recueillie au cimetière de Calliste, a été donnée par Marangoni (Act. S, Victorin. in Append. p. 140). Les paroles qu'elle fait lire, bien que évidemment relatives au jeu, sont difficiles à interpréter.

La cinquième est de provenance incertaine. Le cardinal Passionei (Inscr, ant. Append. p. 176) a transcrit aussi une inscription de table de jeu que M. Raoul-Rochette cite comme nouvelle, mais qui n'est autre, pensons-nous, que celle du monument du musée Kircher, inexactement copiée.

Tous ces objets ayant été recueillis dans des sépultures chrétiennes, on peut naturellement supposer qu'ils furent à l'usage de personnes appartenant au christianisme. Rien, dans ces tables de jeu, ni dans leurs légendes, ne répugne à une telle attribution. Nous savons d'ailleurs que des chrétiens exercèrent la profession de fabricants de dés à jouer et de divers objets de cette nature. (V. l'art. Professions exercées par les premiers chrétiens,)

JEÛNE. — La loi du jeûne dans l'Église chrétienne est aussi ancienne que l'Église ellemême. Elle découla naturellement de l'exemple de Jésus-Christ (Matth. iv. 2) et des apôtres {Act. XIII. xiv), ainsi que du précepte général de la pénitence, si souvent inculqué par le Sauveur; elle fut inspirée par la nécessité où est le chrétien, homme sumaturalisé et céleste

de réduire son 'corps en servitude (1 Cor. ii 27), de vaincre ses appétits, sources principales de toutes les mauvaises passions, afin que, dégagée de ces entraves, l'âme puisse librement s'élever à Dieu (1 Cor, vu. 5).

Les jeûnes de l'Église se rapportent à trois chefs principaux : le carême, les vigiles, les quatre-temps.

L — 1® Les plus anciens Pères des deui Églises, entre autres Tertullien (Adv. Psychk.\ S. Épiphane {Exposit. /îd.), S. Augustin (Epist.v. Ad Jan. n. 28), S. Jérôme (L. ii Contr. Jw. Epist. Liv Ad MarcelL)^ S. Léon, pape {Serm. XLiii. 2), ont enseigné que les apôtres avaient institué un jeûne solennel de quarante jours pour imiter le jeûne de Moïse {Exod. xxxnr. 28), celui d'Élie (3 Reg. xix. 8), et celui de notre Seigneur Jésus-Christ. Aussi trouvonsnous fréquemment chez les Latins le mot de quadragesima ^ dont nous avons fait carême^ comme celui de xEaaapaxoanj chez les Grecs, et notamment dans les actes des conciles de Nicée (i. can. 5) et de Laodicée (Can. l). C'est donc à tort que Baillet, dans son histoire du carême (0pp. i. edit. Lugd.), avance que le jeûne quadragésimal n'était pas encore pratiqué dans toutes les Églises au quatrième siècle. S. Basile {Orat. Il) et S.Grégoire de Nysse (0pp. ii.edit. Paris.) affirment que de leur temps i existait partout : Hoc tempore per universum terrarm orbem denunciatur jejunii prxconium. Mais nous avons à cet égard un témoignage plus précieux encore, c'est celui de S. Hippolyte, qui, dans son cycle pascal, que tout le monde peut lire aujourd'hui encore sur le siège de sa statue déposée au musée du Latran, constate l'usage établi de toute antiquité de rompre le jeûne quadragésimal les dimanches : Solvere opwtd jejunium ubi dominica xnciderit. Nous donnops ces paroles en latin pour en faciliter l'intelligence au commun des lecteurs.

2* Dans la primitive Église, la discipline du jeûne était d'une grande sévérité ; car elle n'admettait pas môme l'usage de l'eau, au dire de Tertullien {De jejun. vi). Il est vrai que Tertullien était déjà montaniste quand il composa son traité du jeûne ; mais son témoignage en ceci est d'accord avec d'autres autorités non suspectes. Ainsi, dans son hymne sur Fructuosus, Prudence nous apprend que ce martyr refusa un verre d'eau que ses frères lui avaient apporté pour le rafraîchir; et le motif de son refus était que c'était un jour de jeûne, et qoc l'heure de none n'avait pas sonné :

Jejunamus. .. récuse potum, Nondum nona diem resolvit hora.

Les malades seuls obtenaient la pennission ^ rompre le jeûne par un peu d'eau fraîche, c'cs

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Jérôme qui nous révèle cette exception 'pist. ad Eustoch.).

Ce n'est donc qu'à Pheure de none^ c'est-àre à trois heures après midi, que le jeûne sût rompu, et on ne faisait pas d'autre repas le celui-là. Mais quels étaient les aliments nt on usait? Les Constitutions aftostoliques nt nous rapprendre (v. 17) : c Vous devez iner, en usant seulement de pain et de lègues, et vous abstenant de vin et de viande. » !Ûe parait avoir été à peu près partout la dis- }line primitive. Au quatrième siècle, l'usage s fruits secs fut admis chez les Grecs ; mais t n'alla pas plus loin, car le concile de Laocée (Can. l) prescrivit la océrophagie^ c'estdire les aliments secs pour toute la durée du lême : Oportet totam quadragesimamjejunare, vophagia utentes.Ce mot est composé de deux )cables grecs : Ç£p6;, a sec, » et ça^erv, « mansr. 1 Mais l'usage de la xéropliagie était iaucoup plus ancien dans l'Église latine; Terdlien atteste (Ibid. i) qu'elle y existait déjà au euiième siècle. Néanmoins cette discipline a uré plus longtemps chez les Grecs, puisque,

Ton en croit Balsamon (//) can. xiv concil. ncyr.), dans certains lieux de l'Église oriende, on en était encore, au douzième siècle, ui légumes et aux fruits secs. Les Latins, au ODiraire, dès le septième siècle, avaient abanonné la xérophagie ; ils commencèrent même ièsbrs à manger non-seulement des légumes uits, mais du poisson, et quelquefois même des ciseaux aquatiques, usage qui ne tarda pas à ■'établir chez les Orientaux, au témoignage le l'historien Socrate (Hist. eccL ii. 7).

3» Le jeûne quadragésimal ne fut pas, dès origine de l'Église, observé constanmient dans ^ même temps. Ainsi, aux deuxième et troii^e siècles, il commençait le lundi de la luioquagésime, et n'allait que jusqu'au jeudi sia semaine sainte, excepté les samedis et les •manches, principalement chez les Orientaux. Qelques auteurs pensent que, au quatrième ^le, à Home surtout et dans certaines autres élises des Latins, on ne jeûnait pas le jeudi, cela pendant tout le carême ; ils se fondent r on décret du pape Melchiade qui, pour mpléter le jeûne des quarante jours, y ajouta

semaine de la Sexagésime. L'origine de la tptuagésime est attribuée aux Grecs, qui, rant supprimé, à l'exemple des Latins, le une du jeudi, auraient été ainsi amenés à ^uter au carême une autre semaine, c'est-àire celle de la Septuagésime. Mais ce qui est lors de doute, c'est que, au quatrième siècle, les pères du concile de Laodicée décrétèrent que le jeûne quadragésimal commencerait le lundi après le dimanche de la Quadragésime

)usqu^au samedi saint (Décret, Gratian, cap.

Non liceol. vu. De consecr, dist. 3). Est-ce aux

Grecs que les Latins ont emprunté cette discipline? Nous savons pour le sûr que S. Grégoire le Grand passe communément pour être l'auteur de celle que nous suivons aujourd'hui encore, et qui consiste à commencer le jeûne le mercredi de la Qutnquagésime.

D'un autre côté, il résulte clairement des écrits de ce pontife que, de son temps, le carême commençait encore le dimanche, et non le mercredi précédent. Voici ses paroles : t 11 me reste, dit-il (Homil. xvi In Matth.\ à vous expliquer encore quelque chose au sujet du temps du carême. A partir de ce jour (C'était le dimanche, comme il parait par l'évangile qu'il commente, et qui est encore celui que nous lisons le premier dimanche de carême) jusqu'aux joies de la solennité pascale, nous avons six semaines ; ce qui fait quarante-deux jours. Or comme nous en soustrayons six à l'abstinence, il ne reste plus que trentesix jours de jeûne. » Cette discipline persévéra jusqu'au neuvième siècle , témoin Amalaire {De div, offic. i. 7), qui atteste que de son temps on ne jeûnait que trente-six jours à Rome. Les pères du huitième concile de Tolède supposent que telle était alors la coutume de toutes les Églises de l'Occident qui, s'associant aux vues mystiques de S. Grégoire et d'autres Pères des premiers siècles, regardaient le calôme comme les dîmes ou décimes de toute l'année. On trouve une ingénieuse explication de cette pensée dans S. Isidore de Séville [De eccl. off, 1. 36). C'est du onzième siècle seulement que date la disciplhie d'après laquelle le jeûne du carême s'ouvre le mercredi avant le premier dimanche ; ces quatre jours parfont la quarantaine. Parmi les Églises occidentales, celle de Milan est la seule (jui, par suite de cet attachement qu'elle professe pour les usages de l'antiquité, ne commence le jeûne que le lundi après le premier dimanche de carême.

40 Nous avons dit précédemment que, pendant toute la durée du carême, les Orientaux exceptaient du jeûne les dimanches et les samedis. Ils avaient peut-être l'intention d'imiter ainsi les saints de l'ancienne loi ; car nous voyons que « Judith (Cap. viii) jeûnait tous les jours.... sauf les sabbats, et les néoménies etles fêtes de la maison d'Israël. » C'est pour cela que toutes les Églises, tant orientales qu'occidentales, adoptèrent l'usage de ne pas célébrer de fêtes de Saints les jours de jeûne. Ainsi, les pères de Laodicée décrétèrent (Can. xxxi) qu'il ne fallait pas a fêter les natales des martyrs en carême, mais faire les commémorations des SS. martyrs les samedis. et les dimanches. » C'est en vertu |de cette règle que les Latins renvoyèrent à une autre saison la fête de VAn' nonciation qui, dans Tordre du temps, tombait

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en plein carême (Concil. Tolet, x. 1); et, pour la môme raison, les Grecs, qui ne voulurent pas transférer cette fête, ne jeûnaient pas le jour où elle se trouvait. Quoi qu'il en soit, l'usage de ne jeûner ni le samedi ni le dimanche parait s'être maintenu chez les Latins jusqu'au sixième siècle ; car c'est alors que les conciles décrètent partout que le dimanche sera désormais seul excepté {ConcH. Àgath. c. XII. Aurelian. rv. 2). Les Orientaux ont conservé l'ancienne discipline.

II. — Le jeûne dit des quat re- temps, ^uo/uor tempestatum^ remonte aussi à la plus haute an tiquité, car, comme son origine se perd dans la nuit des âges, une règle de critique dont S. Augustin est le premier auteur, autorise à le regarder comme d'institution apostolique. Or, il est vraisemblable que les apôtres en empruntèrent la pensée et le type à la loi mosaïque ; car on sait que les Juifs avaient un jeûne dans le quatrième mois, comme dans le cinquième, le septième et le dixième. On l'appelle jeûne des quatre-temps, parce que nous sanctifions chacune des quatre saisons de Tannée par un jeûne de trois jours.

Cependant autrefois, ces jeûnes n'avaient pas lieu les mômes jours que de notre temps. La discipline variait beaucoup à cet égard selon les lieux, comme l'atteste S. Isidore de Séville (De offk. div, i. 37). Il ne paraît pas que la discipline telle que nous l'observons aujourd'hui, ait été fixée avant le onzième siècle ; elle le fut bien certainement après le concile de Clermont, tenu, comme on sait, sous le pontificat d'Urbain II.

III. — Des jeûnes^ des vigiles et des stations. Le jour qui précède une fête de l'Église s'appelle la vigile de cette fête. Ce nom vient évidemment de l'antique discipline, en vertu de laquelle les fidèles s'assemblaient à l'église le jour qui précédait une fête, et passaient toute la nuit dans l'exercice de la liturgie psalmodique ; ce qui avait lieu surtout quand il s'agissait d'une fête de martyr. Voici un précieux passage de S. Basile sur ce sujet (Homil. xiii In psalm. 114) : t Déjà depuis le milieu delà nuit, réunis dans le saint temple du martyr, louant par des hymnes le Dieu des martyrs, vous avez persévéré jusqu'au jour, attendant mon arrivée. » On voit par là que les chrétiens consacraient à la psalmodie la nuit tout entière, sans prendre de sommeil. C'est pour cela qu'on donna le nom de vigile à ce jeûne qui, commençant après l'heure de vêpres, ne se terminait qu'avec la liturgie mystique et la réception de l'eucharistie.

Ce jeûne s'appela quelquefois station^ parce que la visite ou s/o/ ton qui se faisait au tonîbeau des martyrs emportait avec elle le jeûne : c'est pour cela que le mot de station fut quelquefois

pris par les Pères comme équivalent de jeùnt (Tertull. De anima, xxiv). Mais lorsque les sU» tions étaient fixées au dimanche ou à d'autres jours dans la matinée, elles n'emportaient plus de jeûne avec elles. C'est donc à tort, pensonsnous, que Duguet met une distinction entre la station et le jeûne (Conférences, t. i. p. 117); car il est évident que la station n'emportait le jeûne que quand elle avait lieu la nuit, comme celle qui se faisait aux vigiles des martyrs. Or, comme la vigile supposait toujours le jeûne, auquel on ne pouvait vaquer au jour de dimanche (Car jeûner le dimanche était un scandale, dit S. Augustin. Epist. lxxxvi), si une vigile se rencontrait le dimanche, le jeûne se faisait le samedi, selon l'ancienne discipline.

IV. — L'essentiel du jeûne consiste à ne faire qu'un seul repas. Qu'il en fût ainsi dans la primitive Église, principalement dans les Églises occidentales, c'est ce que nous apprend Cassiodore (Comm. in psalm. xiv) : Àtitiqm moi erat semel cibum sumere. Or, cet usage découlait de la manière de vivre des anciens, qui, bien qu'ils consacrassent la journée aux travaux de l'agriculture, ne prenaient cependant leur nourriture que le soir. Salvien rappelle en ces termes ces antiques mœurs : t EsUt que les anciens supportaient avec douleur et gémissements cette vie parcimonieuse et agreste, lorsqu'ils mangeaient de vils et mstiques aliments devant les mêmes foyers où ils les avaient cuits, et qu'il ne leur était pas permis de prendre cette nourriture avant le soir? » De ces vieilles coutumes, il resta aui Romains eux-mêmes et aux autres peuples cultivateurs la pratique de ne faire qu'un seul repas proprement dit, qui était un souper, vers le coucher du soleil. Et celui qui aurait fait son repas vers le milieu du jour était noté par les censeurs, comme nous voyons Cicéron {min Verrem) censurer Verres de ce qu'il donnait le jour aux plaisirs de la table, et la nuit à des désordres plus répréhensibles encore.

Cependant, ceci ne doit s'entendre que du repas proprement dit, car les anciens avaient coutume de prendre quelque nourriture, pour soutenir leurs forces, dans le coarant de la journée, à midi ou à d'autres heures ; mais od se contentait alors de ce qui tombait sous la main ; c'était ce qu'on appelait prenden^ manger, comme nous disons vulgairement, wr ^ pouce. C'est ce que fait entendre Festus (M epist. Senecœ lxxxiii) : Prandicula antiqui éi' cebant, quod scilicet medio die caperetur. Aussi ce repas supplémentaire était-il pris debout, comme Suétone nous l'apprend d'Auguste (/* August. Lxxviii). On prenait aussi, dans lo courant de la journée, un jentacukun^ esp^ de potage qui se buvait plutôt qu'il ne se mangeait, comme Dorléans le remarque po^

ns Gaulois, dans son commentaire innal. i. 12); car alors les cuillers

pas encore connues.

nourriture qui se prenait soit avant, s midi, surtout par ceux qui travail- 'S matas, était désignée sous le nom e de merenda, repas de midi, meridiea re, Gloss. lot. ad h. v. — Plant. Asi ist donc à tort, on le voit, que plurivains ont avancé que les anciens nt mt qu'une fois par jour : s'ils ne fail'un seul repas régulièrement serv:

lir, ils prenaient de petites réfections

journée. Par ce qui précède, il est

comprendre ce qu'était le jeûne des hrétiens. Il n'admettait aucun de ces as supplémentaires, mais seulement du soir, ccena. Mais quand les mœurs lins eurent commencé à s'amollir, ils it communément le dîner de midi, ut dans la journée deux repas régu-

en cela, les Romains avaient imité

, qui mangeaient à toute heure du t pour cela que Plante appelle (Ibid.) e l'habitude de manger souvent ; meridiando, comessando. pergrxcando ère.

cette époque, peu à peu ne manger que vers le soir les jours ut abandonné par les chrétiens euxt remplacé par la repas de midi : oc la qu'on pourrait ainsi satisfaire à la le, pourvu qu'on s'abstint de souper et ) de petites réfections dans la journée, le usage resta en vigueur pendant remiers siècles ; mais il commença à duellement vers le quatrième. Néanidant les quatre premiers siècles, ce jue est toujours désigné dans le lan- Pères sous le nom de ccena, souper, ierm. lxii De lemp. — Paulin, epist.

Àmand. — Ambr. /n tfexom.). Mais erme, comme on faisait le repas à ,'on ne pouvait guère aller ainsi juslemain â la mËme heure, peu à peu liera que les fidèles prissent après îlque nourriture ; mais on ne donna tte réfection le nom de souper, nom âgTilté ne pouvait admettre. On l'apion, d'un terme emprunté aux moite ceux-ci aux jours de jeûne s'étalent .e même temps, à prendre un peu de pain, en y ajoutant quelquefois des i, pendant la réunion, cotlalio, qui ïers le soir pour entendre la lecture re et des l'Ères, on transféra à cette ection le nom de la réunion ellelalques et prfilres, comme les moines >, l'appelèrent collation {Ex Régal.

!. un et Reg. S. Bened. c. xlh).

il - JOB

Il faut remarquer néanmoins que si, dès le cinquième siècle, ces refecUunculx furent accordées à la faiblesse Jiumai ne ; les chrétiens ne se permirent jamais, jusqu'à l'époque des scolastiques, autre chose que la xérophagîe et une légère portion de pain et de vin. Ce n'est qu'alors que le relâchement s'introduisit en cette matière, et que bientét il ne resta plus de la collation que le nom. Il fallut que les conciles remissent en vigueur l'ancienne disci-

JOB. — I. Dans les monuments primitifs, les peintures représentent ordinairement Job sur un monceau de fumier, selon la Vulgate et les Septante : sedens t'n rterquilinio (Bottari. tav. cv, — Perret, i. iiv). Les bas-reliefs, et en particulier celui du sarcophage de Junius- Bassus (Bosio. p. 4S. — cf. Bottari. tav. xv] qui reproduit la scène de la manière la plus complète, suivent le texte hébreu, et placent Job

ir la cendre.

Joh est ordinairement revêtu d'une simple tunique, d'où sortent entièrement l'épaule et le bras droit, rarement il porte le pallium. En réduisant son vêtement à une si simple expression, les artistes ont eu probablement en vue d'exprimer le profond avilissement où il était tombé du faite de )a richesse : car cette manière de porter la tunique était propre aux esclavesetauxgensadonnés aux travaux pénibles: expapillalo liTockio, dit Plaute (Mil. gtor. iv. 4) ; quelquefois raéme, on donnait aux esclaves une tunique qui n'avait que la manche gauche, afin qu'ils fussent toujours disposés au travail. Partout, il est dans une attitude qui respire la tristesse et l'abattement : cela parait surtout dans la belle fresque reproduite par M. Perret; sa léto est inclinée, ses bras pendants, son ccil plein de mélancolie. Le basrelief du sarcophage de Junius Bassus que nous avons pris pour type (Kn voici la reproduction) et qui, avec un autre tombeau en-

inédit découvert récemment à Rome, est le seul monument de sculpture romaine ou même italienne reproduisant le type de Job,

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JOB

fait voir, devant lui, sa femme et un de ses amis qui étaient allés le visiter. La femme est vêtue de long comme les personnes de condition quand elles sont affligées. Elle tient à la main et dirige vers son mari un objet que Bottari suppose être un flabellum ou éventail ou encore un miroir, ce qui nous parait au moins fort douteux. Nous ne saurions non plus admettre avec le P. Garrucci (Hagioglypta. p. 69. note) que ce soit un colum vinarium avec lequel cette femme se dispose à frapper son mari. Il nous semble bien plus naturel de dire avec Severano (L. ii. c. 8. — cf. Aringhi. lib. II. c. 10) que c'est un pain qu'elle lui présente au bout d'un bâton. De la main gauche, elle soulève sous non nez un pan de son vêtement, afin de se préserver de la puanteur qui s'échappait des plaies de son malheureux époux, ou de celle de son haleine qui, comme il s'en plaint lui-même, était devenue pour elle un objet de répugnance : HcUitum meum exhorruit uxor ^nea (xix. 17). Un troisième personnage qui n'est autre qu'un des amis de Job est debout devant elle. Nous avons une fresque d€s catacombes (Bottari. tav. xci) où Job, assis sur le fumier, tient à la main un objet avec lequel il semble toucher sa jambe. C'est sans doute le fragment de poterie à l'aide duquel, selon le texte sacré (ii. 8), il nettoie ses plaies : testa saniem radebat.

M. Edmond Le Blant a publié, d'après un manuscrit de Peiresc (Brochure in-8. Paris. 1860) la copie d'un bas-relief d'Arles représentant Job dans les mêmes conditions que le tombeau de Bassus, avec quelques différences néanmoins : la femme de Job y est seule devant son mari; celui-ci, au lieu d'être assis sur le fumier traditionnel, occupe un pliant de forme antique, sedes decussata^ et enfin, il repose son pied droit sur trois objets de forme globuleuse dont il nous parait difficile de déterminer la nature.

Nous avons lieu de croire que ce type, conforme à celui de l'Italie, n'était pas celui auquel les artistes de la Gaule donnèrent la préférence. Ils en avaient adopté un autre dont l'exemple le plus complet se trouve sur un sarcophage du musée lapidaire de Lyon (N. 764) provenant de l'Ardèche. Job y est assis sur un monceau de pierres ou de fumier, vôtu d'une tunique et d'un court manteau, il tient devant lui quelque chose comme un volume déroulé. Devant lui, à une certaine distance, deux de ses amis, en costume de voyage, coiffés du béret pointillé, se le montrent du doigt et le regardent avec une expression de cruelle ironie. Plusieurs urnes du musée d'Arles, et notanmient celle qui porte le n* 39, présentent une scène absolument semblable. Ce dernier ne diffère de celui de Lyon qu'en ce que les

deux amis qui, comme ici, paraissen quer Job parleurs reproches amers, s ces, l'un devant lui et l'autre derr autre tombeau (V. Millin. Midi de h f l) ne fait voir qu'un seul ami, debot Job, dans l'attitude de l'allocution.

II. — Le personnage de Job est re sur les monuments funéraires de 1' chrétienne comme figure de la rési de la chair. C'est une chose dont tout 1 convient, parce que les premiers < étaient convaincus que Job avait ani réveil suprême plus clairement qu'au( prophète. Voici le passage sur leqi conviction était fondée (Job. xix. 2î Scio qiiod Redemptor meus vivit^ et i simo die de terra surrecturus sum : e circumdabor peUe mea^ et in came nu Deum meum, Quem visuru$ sum eg alius : reposita est hxc spes mea in s c Je sais que mon Rédempteur est ^ que je ressusciterai au dernier jour, de nouveau revêtu de ma peau, et mon Dieu dans ma chair. Je le ver môme, et non un autre, et je le cont de mes propres yeux : cette espéran( dans mon sein. » Ce texte n'est auti version faite par S. Jérôme sur Vhi 402 ; et comme il exprime le dogme que avec plus de clarté et de précisio versions précédentes, il fut bientôt at toutes les Églises latines. Il ne tarda d à être introduit dans la prière liturj figure, à Tofâce des morts, dans les ciens manuscrits de Vantiphonaire e ponsorial de S. Grégoire le Grand, con l'apprenons par une bienveillante coe tion des bénédictins de Solesmes : le mot est seul changé : credo^ pour « Redemptor....

C'est aussi à dater de cette époqu même texte fait son apparition sur beaux, oh il tient la place des symbc rés que l'antiquité employait pour ra résurrection. Ainsi, à Verceil (V. Gaxz Piem. p. 107), nous lisons, sur le séj l'évoque S. Plavien mort vers le n sixième siècle, cette profession de fo mot à mot le texte de la Vulgate : scie

Il DEMTOR MEVS || VIVIT ET IN NO | VI DE II TERRA SVRREC || TVRVS SVM ET | R

Il CVMDABOR II PELLE BlEA ET || IN CARI VIDEBO DM II REPOSrrA EST || HAEC SPES

siNv MEO. Des inscriptions de Naples mini le reproduisent aussi , en si néanmoins credo à scio, et svscrrABr CFTAViT me à svRRECTVRVs SVM (Murat v. 1899. i. etc.). On trouve à Rome mules qui sans transcrire exactemen rôles de Job, en sont évidemment i

JOB

JONA

Ainsi, à Tan 493 : hic. in. page, reqvtescet.

UVRENTU. QVAE. CREDIDIT RESVRRECTIONEM.

Çi. De' Rossi. i. n. 900 et encore 1087.)

Mais de ce que la version de S. Jérôme, à nison de sa clarté, rendit tout à fait populaire ropinion relative à la valeur du texte de Job commeprophétiede la résurrection de la chair, il ne suit nullement que cette opinion n'existait pas auparavant dans l'Église. Observons d'abord que les versions précédentes, et notamment celle des Septante et l'ancienne italique qui en est la traduction littérale, exprimaient déjà ce dogme d'une manière très-nette: iVori enim quia xternus et potens est qui solur turus est me, in terra re^u<citare pellem meam çiMF portavit hœc. t Je sais, porte cette version, que celui qui doit me détruire est éternel, et qu'il doit ressusciter sur la terre ma peau {Mon corps) qui a souffert toutes ces choses (Tous ces maux). » Mais, sans nous engager dans une discussion de textes qui n'est point dans notre but, nous pouvons prouver, soit par les témoignages des Pères, soit par celui des monuments figurés, que le célèbre passage fut toujours pris dans le sens que l'Église catholique lui a constanmient attribué depuis.

Parmi les docteurs de l'Église qui se sont prévalus du texte de Job pour l'objet qui nous occupe, le plus rapproché de S. Jérôme dans l'ordre des temps est S. Ambroise. Voici ce que le grand évoque de Milan dit dans son traité sur û mort de son frère Satyre (Lib. ii De fide re$urr.) « Que si le saint Job , ayant à essuyer touteslesinjures et adversités de oette vie, sut les surmonter par la patience, c'est qu'il se promettait, dans la résurrection future, une compensation aux maux présents, espérance qu'il exprimait ainsi : Suscitabit corpus meum hoc çttod multa mala passum est. « Dieu ressus- « citera ce mien corps qui a souffert tous ces ( maux. 1 S. Ambroise cite encore dans le même sens le môme texte, qui n'est autre, comme on voit, que celui des Septante, dans deux autres ouvrages, composés en 383 et 387 (Ife irUerpell. Job et David ^ et Comment, in ffolm, cxviii).

Dans sa dix-huitième catéchèse, consacrée au développement de l'article du symbole Car- ««resurrecfionem, S. Cyrille de Jérusalem fait, lui aussi, usage du texte en question comme preuve évidente de la résurrection : t Je sais.... celui qui doit rappeler sur la terre ma peau <iui supporte les travaux présents, qua istos Wores exantlat, i Or, il y a ici plus que Pautorité du génie et de la science, il y a un texte d'enseignement officiel, l'enseignement de l'É- 8^ distribué en son nom à ceux qui se pré- PWûent au baptême ; ce qui, pour le dire en P*>8int, devait rendre vulgaire la preuve tirée de Job.

Sur la fin du premier siècle, vivait S. Clément Romain, disciple de S. Pierre, compagnon de S. Paul dans son apostolat, et pape à son tour. Après avoir, dans sa première épltre aux Corinthiens, développé toutes les comparaisons que fournit la renaissance des choses de la nature, et donné même une poétique description de celle du phénix, ce grand docteur qui, selon S. Irénée (m. 3), entendait encore retentir à ses oreilles la prédication des apôtres, en vient enfin aux preuves de la résurrection tirée de PÉcriture, et les confirme toutes par le texte de Job, d'après les Septante : Et resuscitabis camem meam hanc , quœ omnia hœc perpessa est. c Et vous ressusciterez cette mienne chair, qui a enduré toutes ces misères. » (Clem. Rom. Epist. ad Cor. i. c. 26. edit. Migne. col. 266.) Chacun sait l'autorité qui s'attache à un tel document, qui est tout ce que l'Église possède de plus imposant et de plus beau, après l'Écriture sainte. Cette lettre est citée avec une déférence sans restriction et un respect illimité par tous les grands hommes de Pantiquité chrétienne, par S. Denys de Corinthe qui vivait quatre-vingts ans après S. Clément (Ap. Euseb. Hist. eccl. IV. c. 23), par S. Irénée (Loc. laud.), par S. Clément d'Alexandrie {Strom. 1. w. p. 547), par Origène (Lib. ii De princip. c. 3), et par plusieurs écrivains postérieurs dont la série comble, et au delà, du moins par voie d'adhésion, la lacune qui existe , quant à la présente question, entre S. Clément Romain et S. Cyrille de Jérusalem.

Les monuments figurés viennent à leur tour attester la valeur qui fut toujours attribuée pendant les quatre premiers siècles au type de Job. Personne ne nie qu'il n'ait été représenté sur les tombeaux comme figure de la résurrection. Or tous les monuments romains qui le reproduisent sont antérieurs à S. Jérôme. Le plus moderne de tous, le sarcophage de Bassus , porte une date hypathique qui correspond à 359, près d'un demi-siècle avant la promulgation de la version du solitaire de Bethléem. Les peintures remontent encore plus haut : elles appartiennent aux cimetières de Domitille, de Saint-Cal li ste , des Saints- Marcellin-et-Pierre inter duos lauros';ei selon les juges les plus compétents, elles doivent s'échelonner au moins dans le cours du troisième siècle. (Pour plus amples détails sur la question de Job, voyez notre Explication d'un sarcophage chrétien du musée lapidaire de Lyon, p. 45 et suiv.)

JOIVA8. — Il n'est pas une classe de monuments dans l'antiquité chrétienne où l'histoire de Jonas ne soit reproduite. On la trouve dans les bas -reliefs des sarcophages. (V.

JONA — 3.

Aringhi. i. p. 315. ii. p. 143. — Millin. Midi df la Fr. pi. lxvu. 1), sur les pierres sépulcrales (Perret, v. i. pi. lxvu. — ii. pi. xxviii et passnn), dans les fresques des catacombes (Aringhi. I, 533. — ii. 59. passim), sur des médaillons de métal (Buonarr. Veiri. tav. i), sur des lampes (Saute Bartolj. AnI. Luceme.

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