‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 15 sur 266 · ADAH · texte numérisé non relu

ADAH

grAce. > D'un autre côté le spectacle de cette grande chute inspirait aui fidèles une salutaire défiance de leurs propres forces.

L'image d'Adam et d'Eve fut encore un enseignement palpable contre les erreurs des gnostîques réfutées par S. Irénée et par d'autres Pères. Elle affirmait contre ces novateurs, et par une représentation sensible, que la création de l'homme fut l'œuyre de Dieu, et non pas celle du mauvais principe ; qu'il fut créé complet, et non pas comme un ver.... qn'Adam pénitent est sauvé par sa confiance dans le Sauveur qui lui avait été promis, et que par conséquent on peut avoir sa mémoire en bénédiction, et non en abomination, comme l'enseigna Tatien après la mort de S. Justin son maître. Et l'intention de l'Église est ici d'autant plus évidente , que la plupart des verres peints où se trouve l'image d'Adam et d'Eve, et dont nous parlerons plus bas avec quelques détails, furent exécutés au temps de TaUen. Dans les siècles suivants, on demeura fidèle à cette pratique , et pour des motifs analogues. S.Augustinfaitunementionspécialed'untableau de cette nature au livre cinquième de son traité 0(>nIre/utien(C.ii), et Prudence, dans un poème intitulé Diptyckon, et que Buonarruoti {Vetri. p. 10) regarde comme la description d'un véritable diptyque, atteste l'antiquité de l'usage de peindre Adam et Eve; c'est le début du poème (0pp. t. 11. p. 219. edit. Parm. 1788) :

Eva columba fuit lune candide, nigra deinde FacU, per anguineum malesuada fraude vaneoum, Tinxil et ionocuum maculis aordenlibus Adam : Dit nudis fîculoa draco moi tegmiua vicior.

■ £ve tut d'abord une bUncbe colombe, elle devint noire par le poison du serpent aui fiineslBs conseils; elle souilla aussi de taches repoussantes l'innocent Adam. Le dragon viclorieui leur doone des feuilles de figuier pour couvrir leur nudili. s

Ajoutons, pour ne négUger aucune des principales interprétations des SS. Pères, que, d'après S. Amhroise (Deparadiso. xni) l'arbre représente la loi divine ; quand nous désobéissons à cette loi , nous devenons nus comme Adam et Eve, c'est-à-dire privés de la grâce et difformes à nos propres yeux comme à ceui de Dieu lui-même.

11. — Nous allons décrire rapidement les diverses manières dont ce sujet est représenté. Communément, nos premiers parents sont debout près de l'arbre de la science autourduquel s'enroule le serpent , et ils couvrent leur nudité, quelquefois simplement avec la main, le plus souvent avec une feuille de figuier ou d'un arbre quelconque, ewnpesirta, dit S. Augustin (lnGent$. ad litt. 1. xi. cl), ptrtxomo'a, selon laVulgate[G«n. m. 7). Sur une lampe citée par d'Agincourt comme remontant au premier âge

du christianisme {Terretcviks. pi. xxiv.

la mère du genre humain est représentée

chant un voile , au moment où elle vit perdre celui de l'innocence , en accepta pomme. Quelques bas-reliefs, celui du f phage de Junius Bassus, par exemple (1 p. 45. — cf. Bottari. tav. xv), font voir d'Adam un faisceau d'épis, et à cdté d'Ë' agneau , ce qui est destiné sans doute à peler la sentence divine qui condamne le mier honune à cultiver la terre , et sa pagne à travailler la laine pour le vêteme la famiUe (Gen. m. 17).

Ailleurs, la scène est plus complète : Die même , sous la figure d'un jeune homme siOQ à la jeunesse éternelle qui est l'ui principaux attributs de la divinité), dans sans doute de prononcer la terrible sent présente , d'un air irrité , la gerbe à Ad; l'agneau à Eve (Aringhi. i. 613. 621. 62:

Un verre orbiculaire du recueil de Bu ruoti (ntri. tav. i. fig. 2 et p. 8) offre u semble de circonstances intéressantes don terprétation résume à peu près tout ce importe de dire sur cet important sujet. C vous d'abord que l'artiste semble s'être pr de la licence illimitée reconnue aux ar comme aux poètes : car il décore le cou mère des humains d'un riche colUer auqu suspendue une bulle, ornement attribué l'antiquité, non-seulement aux adoles (Plin. xxiii. 1,— Macrob. r.6. — Perse. Si — Juvan.Sai. xiu-xiv. — cf. Buon.loc.Ia mais aussi aux femmes (Hieron. Ad c. m), et il lui donne en outre deux brac Peut-être a-t-on voulu attacher un sens mi ces objets de la vanité inoculée surtout au féminin par le péché originel : car ces ments , d'après l'enseignement des Pères une offense envers le Créateur qu'ils sera accuser de n'avoii pas su revêtir le cor l'homme d'asseï de grâce. Quelques ra (Rab. Eliezer. ap. Nuch. Oiwert. de 1 pellic. — cf. BuoQ.loc.laud.) prétendaient après son péché, Eve n'eut pas seule

ADAM

les vêtemeots nécessaires , mais encore toute sorte d'ornements de vanité. TertuUien (De eutt. fœmn. i. c. 1) combat cette opinion' avec Vanne du ridicule.

Il faut remarquer que, dans ce verre, comme dans la plupart des autres monuments, Tarbre de la science, contrairement au texte de TÉcriture, n'a que les proportions d'un arbuste qui ne dépasse point la taille d'Adam et d'Eve. Au lieu de voir dans ce fait une adhésion au sentiment qui supposait au premier homme une UQle gigantesque , il est plus naturel de l'attribuer simplement à l'inhabileté des artistes de ces âges de décadence ; on pourrait encore supposer ici une certaine velléité de perspective et l'intention d'exprimer l'éloignement où l'arbre se trouvait des figures principales : les érudits, en effet, concluent de tout le contexte du passage de la Genèse où l'événement est rapporté, qu'Adam mangea le fruit en un lieu assez éloigné de l'arbre, et où sa compagne était venue le lui présenter.

On observe que l'artiste a représenté sur l'arbre sept fruits, ce qui pourrait bien renfermer une allusion aux sept péchés capitaux qui sont sortis de la désobéissance de nos premiers parents. Nous avons dans quelques fragments de sarcophage de Saint-Ambroise, à Milan (Allegranza. Monum. crisL di àiil, tav. v et vi) une série de scènes qui suivent cette lamentable histoire dans ses principales phases. C'est (n. 1) Adam debout entre deux arbres, ce qui exprime l'état de félicité dans le paradis terrestre ; au D. 4, Adam et Eve assis au pied de l'arbre, et le serpent se dressant vers la femme et semtot lui adresser la parole, c'est la tentation; la même chose à peu près se voit dans une peinture d'une chambre sépulcrale du cimetière des Saints-Marcelin-et-Pierre (Bottari. tav. cuvi : ici le serpent est à terre et la tête dirigée du côté d'Eve ; à côté est la scène ordi- Mire, c'est-à-dire l'acte de la désobéissance. Enfin revenant au n. 1, du tombeau de Milan, nous trouvons, en dehors des deux arbres figurant le paradis, d'un côté Adam occupé à bêcher la terre , et de l'autre Eve s'arrachant me épine du pied : c'est la punition. On peut citer comme faisant suite à cette série de tableaux un bas-relief de provenance romaine wi ï'ange, sous la figure d'un jeune homme, ciasse Adam et Eve du paradis terrestre (Bot- ^- tav. Li). La promesse d'un réparateur se trouve représentée d'une manière fort curieuse sur une pierre annulaire antique (Mamachi. ^'n. I. 56). Le serpent tentateur y parait avec la fatale pomme à la bouche ; mais à cdté de ce souvenir de la chute, un person- Mge est profondément incliné vers Adam et Eve qui sont à genoux, dans l'attitude de la plQsprofonde humiliation. On pense que ce per-

ANTIQ. CHRÉT

AGAP

sonnage n'est autre que le Verbe divin qui tend la main à nos premiers parents pour les relever. Et ce qui donne un grand poids à cette interprétation, c'est que, en outre de plusieurs emblèmes d'espérance dont cette scène est accompagnée , tels que l'ancre et l'arche de Noé surmontée de la colombe, le personnage en question appuie ses pieds sur un poisson, qui est le symbole de la nature humaine que le Fils de Dieu doit revêtir dans la plénitude des temps pour sauver le monde.

m. — On a beaucoup disputé sur la nature de l'arbre de la science, et la question n'est guère plus avancée que le premier jour. L'inspection des monuments où il est représenté fournit peu de lumière sur le sens des traditions des premiers siècles chrétiens à cet égard. Dans la planche xxii du deuxième volume de l'ouvrage de M. Perret, c'est un figuier avec un seul fruit sur lequel notre mère Eve porte la main.

Adam et Eve sont l'objet d'un culte public dans l'Église grecque : elle célèbre leur fête, ou une commémoration, le 19 décembre, et cette fête est ainsi placée immédiatement avant celle de la Nativité de notre Sauveur, la mémoire du premier Adam à côté de celle du second. Quaresmius (Elucid, terrœsancUB, p. kbl) décrit un oratoire qui existait de son temps au pied du Calvaire, sous le vocable de Saint-Adam. Des prêtres grecs étaient préposés à la desserte de cet oratoire, mais ils ne taisaient point usage d'encens dans les prières publiques, afin de montrer qu'ils ne plaçaient point le premier homme dans la première classe des Saints.

AGAl*ES. — 1" Le mot agape^ en grec iydbçTi, signifie amour, charité (Tertul. Apoluy, XXIX), et il désigne des repas fraternels qui, dès le temps des apôtres (l Cor, xi. 20; se donnaient entre les fidèles dans certaines circonstances dont le détail viendra plus bas.

De même que Notre- Seigneur avait institué la sainte eucuaristie après la cène , il parait constant que, dans l'origine, on célébrait les agapes avant la communion : c'est ce que semblent indiquer deux passages des Actes des apôtres (ii. 46. xx. 11), et cet usage persévéra, durant plusieurs siècles, du moins, et exceptionnellement, dans les Églises d'Afrique (Aug. ep. k Ad Jan, Conc, Carthag, m. can. 29) ; car les apôtres eux-mêmes durent le réformer , à cause des abus(Chrys.//om.xxvii.— Theophyl. Inl ad Cor. xi. — Theodoret. in eod. loc.)

M. R. Rochette, appliquant ici son système favori, affirme (Mém. des inscript, et beU. lett. xiu. 138) que les agapes chrétiennes ne sont qu'une simple imitation des repas funèbres des païens. 11 est certain au contraire que leur origine se retrouve dans les pratiques et les traditions de l'Église judaïque. Chez les Juifs en

AGAP

AGAP

effet, on avait coutume, après la sépulture, de servir un repas pour le soulagement et là consolation des c pleurants , » et ce repas s^appelait « pain de la douleur et calice de la consolation. » (Ackermann. Archxol, bibl. % 206.) Il existe des témoignages formels à cet égard dansJérémie (xv. 5.7), Ézéchiel (xxiv. 17), les Proverbes (xxxi. 6), le Deutéronome (xxvi. 14). Au temps des apôtres, l'usage des festins funèbres, chez les Juifs, avait atteint un tel excès de luxe, que souvent les riches tombaient dans la pauvreté, obligés qu'ils étaient par Pusage à inviter le peuple, sous peine de passer pour des hommes irréligieux (Jos. BelL Jud. II. 1. 1).

2» Dans les agapes chrétiennes, on ne servait pas seulement du pain et du vin, mais encore des viandes, epuîas^ et des mets de différentes sortes : agapes nostrœ pauperes pascunt sive frugibus^ sive camibus, dit S. Augustin {Cont. Faust, xx. 20), car c'étaient les riches qui, selon l'expression de S. Ghrysostome (Hom. XXII. Oporiet hœreses esse)^ apportaient dans ces réunions saintes alimenta et edulia, pour les pauvres et pour eux-mêmes. Tertullien (Loc. laud.) appelait les agapes coûteuses, mais en môme temps lucratives, attendu que dépenser par motif de piété est la meilleure des spéculations.

Dans les premiers temps, les agapes avaient lieu dans le cénacle de quelque maison particulière, où l'on se réunissait pour la fraction du pain (Act, loc. laud.). Un peu plus tard, au temps des persécutions, elles se tinrent dans les cimetières, près des tombeaux des martyrs, et enfin dans les basiliques et les oratoires (Theodoret. Hist. eccL m. 15. — Evagr. Hist. eccL c. III. — Cf. Baron. An. lvi. 109. — Mamachi. Costumi Crist. m. 2).

3® Selon la lettre de S. Ignace aux Smyrniens (Cap. viii), ces assemblées étaient toujours présidées par les apôtres, puis par les Évoques ou les prêtres : non licitum est sine episcopo agapen facere. « Il n'est pas permis de faire l'agape sans l'évêque. » C'est à cette salutaire surveillance que doit être surtout attribué le maintien, durant les trois premiers siècles, de la charité et de la sobriété dans ces festins sacrés : spectacle admirable dont on peut jouir aujourd'hui encore en lisant en entier le trente-neuvième chapitre de V Apologétique de Tertullien. L'union la plus douce régnait là entre toutes les classes de la communauté chrétienne fraternellement confondues, confusion tant rêvée par les sectaires de tous les temps, mais qui ne sera jamais réalisée par eux, parce que l'orgueil et la cupidité ont pris dans notre société corrompue la place de la charité et de l'humilité.

4® Les agapes se célébraient dans trois cir-

constances principales : 1» à l'occasion des fêtes desmaxtyTs^agapesnatalitijB, Theodoret [Evang. verit: 1. viii) en donne la description, et fait ressortir la différence qu'il y avait entre les festins de charité chrétienne et ceux que les païens célébraient en l'honneur de leurs fausses divinités. 2*> A l'occasion des mariages, agapes connubiales (Greg. Naz. Carm, x) ; on y conviait les prêtres et les évêques [Conc. A'eoca». can. vit), à moins que ce ne fût un festin de secondes noces. 3*> A l'occasion des funérailles, agapes funerales, S. Paulin (Epist, xiii. 1 1) décrit un repas donné par le sénateur Pammachius, aux pauvres de Rome, pour honorer les funérailles de Pauline fille de Ste Paule. 4» Des agapes avaient aussi lieu le jour de la. dédicace des églises ; et S. Grégoire le Grand nous fait connaître (Lib. i. ep. 14) qu'il avai^ fourni lui-même au diacre Pierre tout ce qui était nécessaire pour l'agape de la dédicace d'un oratoire. La distinction entre les trois espèces d'agapes que nous venons d'énumérer se trouve nettement exprimée dans un passage des poésies de S. Grégoire de Nazianze {Garnie x. V. 67. 68) qu'on pourrait traduire ainsi : « Je ne rechercherai plus les festins sacrés pour les natalitia^ pour les funérailles, pour les noces. »

5» Mais la corruption humaine souille tout ce qu'elle touche, môme les plus saintes choses. Aussi, dès le troisième siècle, des abus scandaleux s'introduisirent, en quelques localités, dans les agapes (Tertul. Dejejun. xvii), si bien que bientôt le concile de Laodicée (C. xxviii) crut devoir interdire ces sortes de repas dans les églises. S. Grégoire de Nazianze (Carm. x), s'éleva avec véhémence contre les habitudes d'intempérance qui s'y étaient glissées. S. Ambroise les supprima tout à fait dans l'Église de Milan, ainsi que l'atteste S. Augustin {Confess. VI. 2), et S. Augustin lui-même, encore simple prêtre , engagea l'évêque Valère à imiter à Hippone l'exemple du grand évêque de Milan (Ëpist. xxii ad Aurel. aptsc); et c'est à la lettre qu'il écrivit sur cet objet qu'on attribue le trentième canon du concile de Carthage, par lequel il est interdit à tout clerc ou évoque de donner ou tolérer aucun repas dans les églises, si ce n'est pour un motif urgent d'hospitalité à l'égard des voyageurs. S. Grégoire le Grand parait avoir été plus indulgent, car il permit les agapes pour la dédicace des églises, particulièrement aux Anglais nouvellement convertis à la foi (Epist. lxxvi. lib. ii).

Même au temps de la plus grande ferveur, cette pratique devint l'occasion des plus atroces calomnies contre les chrétiens. On accusait ceuxci de renouveler , dans des réunions secrètes, les infâmes festins de Thieste, et de s'y livrer à des actes incestueux. Les témoignages des

AGAP

AGNE

nombreux apologistes qui ont mentionné cette calomDie sont réunis dans Touvrage de Kor- Ihold. {De calumn, payan, c. xviii. p. 157 '172). (V. l'art. Calomnies contre Us premiers chrétiens.)

6» On trouve dans les cimetières romains des peintures et des bas-reliefs de sarcophages représentant des repas, représentations que jusqu'ici on avait prises pour des agapes (Âringhi.t. II. pp. 77. 83. 119. 185. 199. 267) ; mais les archéologues modernes rejettent cette attribution , et prouvent qu'il s'agit ici du festin céleste. Nous renvoyons donc ce que nous avons à dire sur ces intéressants monuments à l'article Représentations de repas.

Mais nous ue saurions passer sous silence, à propos des agapes, toute une classe d'objets qui s'y rapportent d'une manière on ne peut plus directe : ce sont les verres historiés , trouvés, comme on sait, en grand nombre dans les catacombes, et dont la plupart présentent des symboles et des légendes qui semblent faire allusion aux diverses classes d'agapes en usage dans l'antiquité. Soit pour exemple la figure 2 de la planche xix de Buonarruoti. On y voit une figure virile debout. Têtue du Pallium^ et tenant à la main un volume roulé. Le personnage est S. Laurent, ainsi que l'atteste la légende : victor vivas in NOMiNE LAVRETi (sic). « Victor, vis au nom de Laurent! » Et il n'est pas douteux que la coupe ait été exécutée pour servir dans les agapes qui se célébraient annuellement à Rome le jour du natale de ce martyr ; lequel avait sa>igile (Greg. Sacram. éd. Ménard. p. 119) et trois messes, et en outre ses veilles qui, comme nous l'apprend S. Paulin {Nat. ix S. Fe/.), se terminaient par un repas.

L'acclamation que nous venons de citer était celle qui se prononçait en buvant en l'honneur du Saint, ce qui s'appelait propinare (Greg. Naz. orat I Contra Julian.). Un autre verre (Buon. ix. 2) portant les noms du même S. Laurent et de S. Cyprien, avait servi probablement aux agapes commémoratives de la fête de ces deux Saints. On en trouve la preuve dans ces mots de la légende : semper refrigeris (sic) in PAGE DEi, c Tu es rafraîchi dans la paix de Dieu, f le mot refrigerium ayant souvent le sens de festin et même d'agape dans le lan gage des Pères (Tertul. Apol. loc. laud. et notre art. refrigerium). La plupart des verres qui offrent des symboles relatifs à la résurrection furent employés dans les agapes funéraires, et ceux qui représentent deux époux en pied (Tav. xxi. 3) ou en buste (Tav. xxiv), àm les agapes matrimoniales. (Y. les art. %af et Fonds de coupe.) En outre des auteurs que nous avons cités, on consultera avec fruit Touvrage de Drescher : De veterum Christia- *ffruin agapis. Giessae. 1824. in-8.

AGIVEAU. — Ce symbole se rapporte tantôt à Jésus-Christ, tantôt aux chrétiens.

I. — Le caractère essentiel du Rédempteur étant celui de victime , il n'est pas étonnant que l'agneau soit la plus ancienne figure sous laquelle il est désigné dans les livres saints {Gen. IV. k. — Exod. xii. 3. xxix. 38). Les prophètes de l'ancienne loi (Is. xvi. 1. — Jerem. LUI. 7), comme ceux de la nouvelle (1 Petr. i. 19.— Apoc. XIII. 8), et le Précurseur lui-même lui donnent constamment le titre d'Agneau ; et cette figure est passée dans le langage des Pères, comme aussi dans celui de l'Église (Justin. Dial. cum Thryph. xi. — Tertul. Adv. Jud. Yiii. — Euseb. Demonstr. evang.h x. etc.). 11 était donc tout naturel que l'image de l'agneau fût adoptée comme ornement symbolique dans les monuments de toute nature de l'Eglise primitive, tant orientale qu'occidentale (Christ. Lup. Ad can. 82 concil. vi). Elle avait l'avantage de rappeler aux fidèles le souvenir du divin Agneau immolé pour leur salut , sans trahir aux yeux des païens les mystères sacrés, ni scandaliser la foi novice des néophytes par des images directes de la passion de THomme-Dieu. L'agneau était le crucifix de ces temps agités par la persécution, et, en suivant à travers les six premiers siècles, les diverses représentations qui en sont faites, nous le voyons subir des transformations iiLcessantes qui , en lui donnant des attributs de plus en plus tranchés du Dieu Sauveur, nous amènent graduellement à la réalité de cette auguste image.

1" C'est d'abord l'agneau sur un monticule d'où s'échappent quatre ruisseaux, attitude très-fréquemment attribuée à Jésus-Christ en personne (V. l'art. Fleuves [les quatre]). Cette manière de figurer l'Agneau de Dieu nous parait être la plus ancienne ; elle se trouve déjà sur les fonds de coupe dorés (Buon. Vefrt. tav. VI. 1), et elle s'est maintenue longtemps, car les bas-reliefs de sarcophage , classe de monuments relativement modernes (Bottar. tav. xxi. xxii. — Millin. Midi de la Fr. pi. Lix. 3), en offrent d'assez nombreux exemples , complétés de circonstances plus significatives. Ainsi la figure ici-gravée, empruntée à un tombeau de Marseille (Millin, 26) ajoute au sujet principal deux cerfs qui viennent se désaltérer aux sources sacrées. (V. les art. Cerf et Baptême.)

2^ Le second rang appartiendrait , selon nous, aux images de l'agneau portant les at*

houlette (Arioghi.

tav. 1. p. 557). (V.

1 art MULCTRA )

3" Le sarcophage de Jumus Bassus, monumeot du quatnëme siècle (Bosio.

tav m — Armghi.

1 277 — Bottar xv), produit le type de 1 agneau dans les positions les plus nées et les plus gulières La fnse qui sépare honiontalement les deux ordres de figures, contient des agneaux exécutant plusieurs scènes du Nouveau Testament, par exemple, la résurrection de Lazare et la multiplication des pains, etméme quelques-unes de l'Ancien qui sont les figures des actions de Notre-Seigneur, telles que Moïse frappant le rocher ou recevant les Ubles de la toi.

k" Le nimbe est un attribut exclusivement réservé à l'Agneau de Dieu; mais il ne parait gnère dans les monuments que vers le milieu du cinquième siècle, bien qu'on en ait des exemples pour les images directes de Notre- Seigneurdès le troisième et le quatrième. Ce que nous avons de plus ancien en ce genre, c'est la mosaïque de Saint-Jean de Latran qui est de 462, puis celles des Saints-CÛme-et-Damien, de 530, de Saint- Vital de Ravenne, 547. On peut rapporter à peu près à la même époque le diptyque de la cathédrale de Milan qui, au centre de l'une de ses tablettes, fait voir un agneau avec un nimbe lauré, Apr6s cette époque l'Agneau de Dieu porte le nimbe crucifère ou monogrammatique (V. l'art. Nimbe), caractère déjà trfes-évident du Dieu crucifié.

5' Nous avons des monumenta en assez grand nombre où l'agneau parait dans des circonstances combinées de façon à exprimer le dogme de la divinité de Jésus-Christ contre l'erreur d'Arius, et il est probable que le type de ces représentations peintes ou sculptées fut inspiré par les décrets du premier concile de Nicée qui condamna cette hérésie en 325. Elles consistent à représenter Motre-Seigneiir assis ou debout dans l'attitude de l'enseignement , et l'agneau à ses pieds (Ciampini. Vet. mon. t. II. tab. XLV[[. 52. Mais surtout Bottar. tav. XXVII et paasim). Dans ce rapprochement de la réalité et du symbole, on retrouve la vive expression des deux natures du Sauveur : d'un câté le Verbe divin, sagesse incréée, immortelle ; de l'autre l'Agneau , victime immolée

0 — AGNE

pour le salut du genre humain (S. Aug, Adv. IHaxim. collât, d. U). Cette intention dogmatique n'est nulle part aussi nettement accusée que dans le bas-relief du sarcophage de la basilique de Saint-Ambroise, à Milan (Allegranu. Socr. mun. di Mil. Uv. iv).

6" Mais comme le but de l'Église, dans l'adoption de ce symbole , fut avant tout de retracer aux yeux des fidèles le souvenir des douleurs de l'Homme-Dieu, les attributs qu'elle se plut à lui donner de préférence, dès que la possibilité lui en fut laissée, soot ceux du crucifié lui-même. La première desformes diverses du signe du Christque nous rencontrons sur la léte de l'agneau (V. les art. Croix et Monogrammt du Christ), c'est la croix monogrammatique (Bottar. tav. xxi), et les objets où elle parait doivent être de !a seconde moitié du quatrième siècle, du moins s'il s'agit de Rome. Quanta la croix simple, nous ne la trouvons dans cette position qu'au cinquième siècle (Bottar. xxii-l). Dès le commencement de ce même siècle , la figure de l'Agneau de Dieu était déjà employée dans la décoration des vases sacrés, témoin la patène d'argent de S. Pierre Chrysologue (Paciaud. De cuit. S. Joann. Bapt. p. 166).

Au sixième, voici venir l'agneau portant une croix hastée, ou haste crucifère (Aringhi. t. ii. p. 25), et quelquefois reposant sur un livre. C'est ainsi qu'il parait souvent sur la main de S. Jean-Baptisle (Num. sbt. explic. p. 68), qui pour ce motif fut, dans les bas temps, appelé agniferu». On voit que les transformations successives du type de l'agneau, on mieux, la signification de plus en plus prononcée de ses accessoires , nous rapprochant peu à peu du crucifix. Désormais l'Agneau est couché sur un autel , au pied d'une croix gemmée, tanguant occiius (Ciampini. Vet. nuM. t. 11. tab. xv-xLvi). Un peu plus tard, mais toujours dans le cours du sixième siècle , l'agneau a le flanc ouvert , et son sang coule de cette plaie, ainsi que de celles des pieds (J.Bosio. Ûecruceln'utnp/i. 1. vi. c. 12). Dans quelques mosaïques (Ciamp. Da socr. xdif. tab. xiii), l'agneau est debout sur un trône et au pied d'une croix gemmée, et le sang qui s'échappe de son flanc Umbe dans un calice. Du pied du calice et de ceux de l'agneau, le sang se divise en cinq ruisseaux qui, plus bas, se réunissent en un seul fleuve. Vif emblème du Sauveur répandant son sang par ses cinq plaies sacrées ! Enfin, vers le déclin de ce môme siècle, il y eut des croix portant un agneau, ordinairement peint, à la place même oubientûtva paraître le Sauveur en personne (Borgia. De crue. Vtlit. p. 127. 136). Et l'apparition de ce dernier type se confond avec celle despremiers crucifix. C'est à peu près à cotte époque, en elTet, que S. Grégoire de Tours signale la pré-

AGNE

AGNE

seoce du plus ancien peut-être qui soit connu, et qui , de son temps était en grande vénération dans rÉglise de Narbonne (De glor, mari. 1. 1. c. 23).

Mais alors même que Tusage de représenter sur la croix Jésus en personne était universellement admis , quelquefois encore l'agneau figure aux pieds du Christ, et le plus souvent au revers de la croix, quand elle est portative , comme la croix stationale de Velletri (Borgia. ib.). Cette coutume parait s'être maintenue à peu près invariablement jusqu^au dixième siècle, surtout dans l'Église occidentale.

 partir de cette époque, l'Agneau de Dieu entre dans une phase glorieuse , et les attributs qu'il reçoit ne réveillent plus que des idées de victoire et de triomphe. Tantôt, au lieu de la croix nue, il porte un petit étendard qu'on a depuis appelé croix de résurrection (V.Gori. Thés, ditych, t. i. p. 260); tantôt il est ceint d'une zone d'or qui atteste sa puissance et sa justice (Is. xi. 5) ; tantôt armé d'une croix, il repousse un serpent dressé contre lui, ce qui rappelle ce mot de V Apocalypse (xvii. 14) : Hi cum Agno pugnabunt, et Agnus vincet iUn. t Ils combattront (les méchants) contre l'Agneau, et l'Agneau les vaincra ; » tantôt il porte, au lieu de la croix , une lance qui fut toujours le symbole de la sagesse, même chez les païens qui en armèrent Pallas ( Martîan. Capel. Sapient. viii).

Enfin, vers les huitième et neuvième siècles, la glorification de l'Agneau se présente avec toutes les magnificences des visions de VAfocdypse (Cap. iv. v. vu), dans les splendides mosaïques des arcs triomphaux des Saints- Cdme-et-Damien et de Sainte-Praxède (Ciamp. yti. mon. t. II. tab. xv-xlvi). Au centre, l'Agneau couché sur un trône brillant de pierreries, autour duquel se tiennent quatre anges et sept candélabres. Vers les extrémités, les quatre animaux évangéliques avec leurs livres. Plus bas , les vingt-quatre vieillards vêtus de blanc et tenant chacun une couronne élevée sur leurs mains recouvertes de leurs manteaux.

n. — Vagneau symbole des chrétiens. Et d'abord des chrétiens considérés collectivement , comme Église. Sur les vases de verre historiés (Bflon. VUri, tav. vi), sur les pierres sépulcrales (Marangoni. Act. S, Vict, p. 42), et plus fréquemment encore aux époques postérieures et jusqu'au neuvième siècle, dans les mosaïques, 00 voit des agneaux sortant de deux cités et se dirigeant vers la montagne sainte où est placé l'Agneau de Dieu. Or ces deux villes ne sont autres que Jérusalem et Bethléem ; et les agneaux lortant de la première sont les fidèles venus du judaïsme, comme ceux qui sortent de Bethléem sont les chrétiens convertis du paganisme,

parce que c'est à Bethléem que le Sauveur reçut, dans la personne des Mages, les prémices des gentils (S, Aug. Serm. de temp, Epiph,). Ces compositions avaient pour but d'entretenir l'union et la charité entre les fidèles, en leur rappelant que , sous la loi de grâce , il n'y a pas d'acception de personnes, et que tous les chrétiens, quelle que soit d'ailleurs leur origine, sont les enfants du même Père (fialat, m. 28). On doit voir aussi un symbole de l'Eglise dans la plupart des scènes pastorales que produisent si fréquemment les monuments antiques , et notamment dans le tuguriwn^ représentation abrégée de la bergerie.

11 n'est pas moins certain que le nom d'agneau est souvent donné par l'Écriture et les Pères aux chrétiens pris individuellement, et que son image figure surleurs tombeaux conunesymbole de l'innocence et de la simplicité qui doivent caractériser un vrai disciple du Christ. Les monuments revêtus de ce caractère sont tellement nombreux qu'il est ici superflu de citer. Disons seulement que ce signe hiéroglyphique y est employé, tantôt comme une leçon morale pour les vivants, tantôt comme une formule d'éloge pour les morts. Ainsi, pour inculquer aux fidèles la nécessité de la prière, on reproduisait souvent des personnages dans l'attitude de l'oraison, et, pour faire entendre que la prière n'est agréable à Dieu qu'autant qu'elle sort d'un cœur simple et pur, on plaçait Vorante entre deux agneaux, symboles de l'innocence (V. Bosio. p. 445).

Mais que le signe de l'agneau soit aussi, et le plus souvent, une formule d'éloge pour les morts, c'est ce qui ne saurait rester douteux en présence d'une foule de monuments où, à côté de l'emblème, se trouve une formule écrite qui en est comme la traduction littérale, par exemple , l'épithète innocens ou innocentissi- Mvs (Boldetti. p. 365. — Mai. Collect,Vat. p. 401 . n. 3). Et, dans la pensée des premiers chrétiens, l'idée de pureté était tellement inhérente à l'image de l'agneau , que voulant représenter Susanne restée intacte sous le regard impudique des deux vieillards, un artiste ne trouva rien de plus expressif que de peindre un agneau entre deux bêtes féroces (V. Perret, vol. i. pi. Lxxviii; et notre art. Susanne),

Deux agneaux affrontés, avec le monogramme ou la croix, ou bien un vase plein de fruits ou d'épis, marquent ordinairement la sépulture de deux époux (Ciamp. Vet, mon, t. ii. tab. m. — Allegr. Sacr. m. di Mil, tav. ii). L'agneau se trouve quelquefois supprimé et remplacé par son nom, comme souvent cela a lieu pour le symbole du poisson. L'épi taphe donne alors au défunt le doux titre d'agneau, et s'il s'agit d'un enfant ou d'un adolescent, elle le qualité par le gracieux diminutif de agnellus, petit

AGNÈ

AGNE

agneau, et même de petit agneau de Dieu | (Perret, vol. vi. p. 149). plorentivs peux AGNEGLvs (sic) DEi. Nous avons même un titulus où un jeune homme de quinze ans, en outre de la qualification de innox anima, c Ame innocente, » reçoit le titre extraordinairement élogieux , et toujours réservé dans TÉcriture à FAgneau divin, d' « agneau sans tache > AGNUS SINE MACULA (Boldetti. p. 408) : ce qui ne peut se dire d'un homme qu'en tant que les taches de son âme ont été effacées par la pénitence. (On trouvera des détails plus étendus sur ce sujet dans notre Étude archéologique sur Vagneau et le Bon-Pasteur. Mâcon 1860. V. en outre les art. Brebis et Bélier dans ce Dictionnaire.)

AGNÈS (Ste). — Le culte de Ste Agnès est très-célèbre dans l'antiquité, et offre une foule de particularités intéressantes pour le chrétien, aussi bien que pour l'homme studieux d'antiquités ecclésiastiques. Ce culte est représenté par S. Jérôme conune universel de son temps. Voici les paroles de ce Père qui sont vraiment remarquables ; « La bienheureuse martyre Agnès a triomphé de la faiblesse de l'âge ainsi que de la cruauté des tyrans, et couronné sa chasteté par le martyre.... Toutes les nations s'accordent à célébrer les louanges d'Agnès et à lui rendre un culte religieux (Hieron. 0pp. edit. Bened. t. iv. col. 786). > Ces deux passages tout empreints d'un pieux enthousiasme, et qui se trouvent dans une môme épltre adressée à la vierge Demetrias, en excitant vivement notre curiosité, nous avaient engagé dès 1847 à rechercher, dans les monuments originaux, les traces d'un culte si célèbre autrefois, si populaire encore parmi les Romains de nos jours, et que ne semblerait pas motiver suffisamment au premier abord l'existence courte et sans événements d'une jeune martyre des premières années du quatrième siècle. ( Notice historique , liturgique et archéologique sur le culte de Ste Agnes. Paris-Lyon. 1847.)

Les anciens martyrologes, non plus que les hagiographes n'écrivent pas le nom d'Agnès d'une manière uniforme. Ils font lire, tantôt AGNES, tantôt AGNE OU AGNA, et les Grecs hagne (Ap. Bolland. Diejan, xxi). Les verres historiés portent anne, ane, angne, agne, annes (Buonarruoti. Garrucci. passim). Ces différences d'orthographe tiennent probablement, soit à la différence de prononciation chez les écrivains, soit, pour les verres, à l'impéritie des artistes.

Dès les temps qui suivirent immédiatement la république, le surnom d'HAGNES avait été celui de plusieurs familles Romaines, ainsi que le prouvent bon nombre d'inscriptions antiques (Melchiorri e Visconti. Silloge d'iscriz. ant. ined. — Muratori. Nov. thés. t. ii. p. 1186.

n. 3). On peut donc supposer, avec beaucoi de fondement, que Ste Agnès, bien qu'elle e son nom de famille, et peut-être aussi un pr nom, car plusieurs femmes avaient le leu n'était néanmoins désignée que par son su nom, cognomen^ comme c'était l'usage (V. Bu nar. Vetri, p. 127). Selon S. Augustin (Scri ccLxxiii. c. 6), le nom d'Agnès signifie en lat agneau, et en grec pure, chaste. Les Gre l'entendaient ainsi, comme le prouve un pa sage des Menées cité par les BoUandistes C diemjan. xxi).

Les données que nous possédons sur la > de Ste Agnès sont peu abondantes, ses act peu sûrs. Le petit nombre de faits incontest qui nous soient parvenus sur cette existen moissonnée à son printemps, se trouvent co signés dans un hymne de Prudence (Peristei^ hymn. xiv) dont les poésies offrent, comme sait, toute la véracité et l'exactitude de l'hi toire. Plusieurs Pères lui ont donné les pi magnifiques louanges, entre autres S. Augusl (Serm. cclxxiii), S. Ambroise (Act. S. Agnt Enarr. in ps. civ. Offic. 1. i. c. 4), S. Mari (Ap. Sulpic. Sev. Dial. ii. 14), enfin S. Damas S. Maxime de Turin, S. Grégoire le Grand, ei

Agnès était Romaine et, selon toute app rence, d'une naissance illustre. Elle avait vo sa virginité à Dieu dès son enfance. Or ' jeune homme de qualité, que l'on croit ave été le fils du préfet de Rome, l'ayant reche chée en mariage et sans succès, la dénoni comme chrétienne, dans l'espoir de vaincre si résistances par les menaces et l'appareil d< supplices. Agnès resta ferme, et le juge ei recours, pour la vaincre, à un moyen souvei employé dans les persécutions : il la fit coi duire dans un lieu de prostitution situé pr du grand cirque, bâti par Tarquin l'ancien, appelé depuis circus agonalis; le prostibulu où Agnès fut exposée n'est autre que la cryp que recouvre l'église construite en son bonne au commencement du dix-septième siècle, s la place Navone. La vertu d'Agnès sor intacte de cette épreuve ; le glaive eut se raison de cette frôle créature que l'invincit ardeur de sa foi avait protégée contre l'ap stasie, et qu'une assistance céleste avait sauv de tout immonde contact. Elle eut la tête tra chée. S. Ambroise nous a conservé, dans s traité De virginibus (Gap. xi) d'intéressai détails sur ce martyre, arrivé, selon l'opini la plus probable, en 304, la seconde année la persécution de Dioclétien, alors qu'Agt n'avait pas encore terminé sa treizième anné

Son corps, enlevé par ses parents aussil après sa mort, fut enseveli dans un praoUoli de famille situé sur la voie Nomentane , n loin des murs de Rome. La crypte qui 1 creusée pour recevoir cette précieuse dépoui

AGNE

AGNÈ

devint le noyau du fameux cimetière de Sainte- Agnès, l'un des plus riches et des plus curieux de la Rome souterraine. Cependant, bien que ce cimetière ait pris le nom de la jeune martyre, il est plus ancien dans plusieurs de ses parties.

La fête de S te Agnès se célèbre le 21 janfierjourde sa mort, et anciennement on en célébrait une seconde le 28 du même mois, probablement en mémoire de l'apparition de la jeune martyre à ses parents huit jours après sa mort (Tillemont, Mém. eccl. t. iv. p. 345). 11 o'est pas d'Église parmi les Latins qui n'en fasse aujourd'hui la fête, qui est marquée dans tous les plus anciens martyrologes, calendriers et sacramentaires (V. notre Notice, p. 25). Il semble, dit Tillemont (Mém. t. v. p. 345), qu'il eu ait été fait autrefois quelque mémoire le 18 octobre, peut-être pour la dédicace d'une église sous son vocable. Les Grecs en font mémoire, comme les Latins, le 21 janvier, et de plus le 14 du môme mois et le 5 juillet.

Le nom de Ste Agnès est inscrit au canon de la messe dans les plus anciens sacramentaires connus. Le dernier document où nous l'avons retrouvé , en remontant le cours des âges, est le sacramentaire de Gélase, lequel contient aussi des collectes et autres oraisons pour les messes du xii et du v des calendes de février. Nous ne saurions résister au plaisir de citer ici la première de ces collectes qui respire une tendre dévotion et une douce allégresse (Ap. Murât. Liturg. Bom, vet. t. i. p. 635] : Crescat , Domine , semper in nobis mctx jocunditatis (sic) affectus : et beatx Agnx virginin atque martyrx (sic) iuœ vene^ rmia feztivitas augeatur. c Croisse toujours en Dous, Seigneur, l'aiTection d'une joie sainte : et que la splendeur de la fête de la bienheureuse Agnès, votre vierge et martyre, s'augmente dans la vénération des hommes. »

Il existe à Rome deux églises sous le vocable de Ste Agnès. Nous avons mentionné celle de la place Navone qui est moderne et dont tout l'intérêt se concentre dans la crypte.

Mais nous devons donner ici quelques détails sur l'autre, qui est bâtie sur le tombeau même de la Sainte, et qui est une de celles dont une tndition constante et sûre attribue la fondation à Constantin. Constance , fille de cet empereur,ayant été miraculeusement guérie au tombeau de Ste Agnès, d'une maladie réputée incurable, pria son père d'élever en ce lieu une magnifique église, qui , en perpétuant le souvenir de cette faveur signalée, excitât la dévotion des générations futures à en venir solliciter de pareilles : Eodem tempore M {ùmstantinus) basHicam sanctx martyris ^royatu Constantin filix sux (Anast. In SHv,). ( Au même temps , Constantin fit la basilique

de la sainte martyre, à la prière de sa fille. • Par un bonheur bien rare aux monuments chrétiens des premiers siècles, cette basilique, qui est l'une des plus anciennes de celles qui subsistent encore à Rome, et peut nous donner une idée aussi juste que possible des basiliques profanes, a traversé à peu près intacte toutes les révolutions et bouleversements que la ville éternelle a subis depuis quatorze cents ans. Elle est à double portique, et à trois nefs, soutenues par seize colonnes antiques, parmi lesquelles on en remarque surtout deux de granit et quatre de porte Sainte, espèce de brèche antique, ainsi nommée en Italie, parce que les chambranles de la porte Sainte, à la basilique de Saint-'Pierre au Vatican en sont composés. On y descend par un escalier de quarante-cinq degrés, dans les parois duquel sont incrustées un certain nombre d'inscriptions sépulcrales tirées du cimetière. Le maître-autel, tout enrichi de pierres précieuses recouvre le corps de la Sainte, et est surmonté de sa statue, composée du torse d'une statue antique en albâtre oriental, et dont la tête , les mains, les pieds sont en bronze doré. Dans la nef principale, on voyait autrefois un ambon qui n'a été enlevé qu'au dix-septième siècle , dans l'intérêt de nous ne savons quelle convenance matérielle. Non content d'avoir bâti cette basilique, Constantin la dota de revenus considérables ainsi que de vases sacrés et d'autres ornements de la plus grande magnificence. On peut voir la curieuse énumération qu'en donnent, d'après le liber pontificalis, Baronius ÇAn, 324. n. 107) et Ciampini {De sacris xdificiis a CohStantino magno construclis. c. ix. p. 126). Anciennement, on lisait dans l'abside une inscription en vers acrostiches destinée à perpétuer la mémoire de la pieuse fondation de la fille de Constantin, et composée par S. Damase (V. notre Notice, p. 39). Elle fut remplacée, en 623, sous le pape Honorius 1«' par une mosaïque représentant Agnès entre ce pontife tenant sur sa main le modèle de la basilique restaurée par lui , et un autre personnage qu'on croit être le pape Symmaque auquel le même monument dut aussi de notables réparations.

Constance fit bâtir auprès de la basilique un monastère qui porta aussi le nom de Sainte- Agnès, et dont il est fait mention dans la vie de Léon III (Anast. In Léon, III), Cette princesse y fixa sa demeure , comme le prouvent les actes du schisme entre Libérius et Félix, arrivé pendant la deuxième moitié du quatrième siècle (Ap. Labb. Concil, t. ii. p. 740), et elle y donna l'hospitalité au premier à son retour de l'exil de Bérée. Les martyrs Jean et Paul, qu'unit la double fraternité de la naissance et du martyre, furent, au rapport de Bède (Rolland. Ad diem jun, xxvi. Act. SS, Johan.

AGNË

' t Pauli), l'uD prévôt, l'autre primicier de Ste Constance. Leurs actes donnent du moins pour

certain (Cap. i. n. I) qu'après la mort de cette princesse, ils furent préposés à la distribution des aumdnes abondantes que sa muni&ceuce avait laissées entre leurs mains.

Pendant un certain laps de temps, l'église et le monastÊre de Saint^'Agnës furent confiés aux soins des prêtres du titre de Vestioe, appelé aujourd'hui Saint-Vital. C'est de là sans doute qu'est venu l'usage d'ensevelir dans le cimetiËre de Sainte-Agnésies clercs de ce titre, témoin nne antique êpitaphe qui en est sortie : (Rosio. p. 419).

In paCE ABVHDANTIVS ACOLtVtW

BBO. QTARTE DEP. IN P. n, N.

« En paix, Abundantius, acolyte de la quatrième région, du titre de Vestine, qui vécut m ans. Déposé en paix le jour notât de saint Marc, ou mois d'octobre, indiction xii.

Dans les premiers siècles, les pontifes venaient chaque année dans ce célèbre sanctuaire célébrer la fête de Ste Agnès avec une grande solennité. S, Grégoire le Grand y prononça plusieurs de ses homélies (Homil. ii. /n cap. XIII MtUth. bomil. xiii. In cap. xxv tjaid.). C'est dans cette basilique qu'aujourd'hui encore a lieu, le 21 janvier, la bénédiction des agneaux dont la laine est destinée l la confection des paJIt'um des archevêques. (V. la Noiice. p. 55 et notre arl.PALLiuM.)

Il semble qu'aucun genre de gloire ne dûl manquer à cette jeune martyre. On a trouvé dans les catacombes un grand nombre de verres dorés où elle est représentée dans diverse sitions ; c'est un honneur qu'elle partage un petit nombre d'autres Saints, et S. Pierre et S. Paul sont les seuls qui l'aient obtenu pli souvent qu'elle. Le recueil de Buonarruoti renferme plusieurs de ces coupes, et celui du P. Garrucci n'en a pas moins de quatorze (Cetri cun /î(fure,m oro. tav. xxi-xxii). Les caractères communs à tous ces petits monuments, c'est en premier lieu que la Sainte y est toujours vêtue de riches draperies en mémoire de l'apparition où elle se Bt voir : ^uro textis ey^ cladibus indata; secondement qu'elle y est dans l'attitude de la prière ou de l'action de grâces; en troisième lieu qu'elle est presque toujours placée entre deux arbres, deux tiges fleuries, ou au milieu d'un champ parsemé de fleurs ; trois circonstances par lesquelles les artistes des premiers siècles entendaient exprimer la gloire des élus dans le paradis. (V. les art. Priirt. Paradi». etc.) Les autres verres se présentent chacun avec des caractères spéciaux : tantôt elle ; est seule, et alors presque

■ 84 — AGNII

toujours entre deux arbres ; tantât à titi la Ste Vierge; tantôt entre Notre-Seigneu S. Laurent, entre S. Vincent et S. Hippol; entre S. Pierre et S. Paul : cette dernière constance , pense-t~on, a trait à l'introduc de la jeune martyre aux noces de l'Agn par les deux apôtres, auxquels l'antiquité tribua cette fonction.

Le rapprochement de Ste Agnès avec Ste Vierge a^ait aussi pour but d'honorei lie la virginité par laquelle elle se re semblable et agréable à Marie.

Le verre qui flgure ici, en outre de cerl détails de costume offrant de l'intérêt , que l'orariMm orné sur le devant d'une i fibule, présente cette intéressante circonsl que la Sainte est placée entre deux colot portant ses deux couronnes, celle de la ( teté et celle du martyre, ce qui semble la traduction figurée de ces vers de Prud (Perisleph. xiv. o. 7):

AGNUS DEI. — On appelle de ce nom taines bulles, ou certains médaillons de empreints de la figure d'un agneau porta croix- étendard. Dans le principe, l'usage s étabh de prendre simplement, au jour de tave de Pâques, les restes du cierge p bénit le samedi saint de l'année précéden' de les diviser en petits fragments qu'on tribuait au peuple. Les fidèles s'en serv pourfaire des fumigations dans leurs mai dans leurs champs, avec la pieuse conf de conjurer ainsi les pièges du démon, d> tourner la foudre et la tempête (Alcuin. Di offie. c. Kix. — Amalar. 1. i. c. 17).

A Home , au lieu de se servir unique des débris du cierge pascal , l'archidiacri nissait, au jour dit, de la cire mêla d'huile, et avec ce mélange, moulait des daillons portant l'effigie de l'agneau (M Litiirg. Rom. vel. p. 1005). Ces médaillons

AIGL

Page 1