‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 159 sur 266 · MAIS · texte numérisé non relu

MAIS

Egypte qui se trouve au 26 décembre [du ménologe de Basile, on voit une femme qui, sortie d'une porte de ville laquelle est sans doute la représentation abrégée de la province, se dirige à la rencontre du Dieu enfant. Or, elle a les mains couvertes d'un voile, ce qui, assurément, ne peut être regardé que comme un acte de soumission et d'hommage. Cette pratique respectueuse s'est conservée, ainsi que tant d'autres remontant à la plus haute antiquité, dans les usages de l'Église romaine : quand les cardinaux s'approchent du pape, soit pour recevoir le chapeau, soit pour lui prêter foi et obéissance, ils doivent avoir les mains voilées d'un pan de leur cape.

11. — Mmns élevées et étendues. C'est un geste de p.iëre ou d'adhésion. 11 peut être pris dans ces deux sens quand il s'agit des apôtres debout des deux côtés du Sauveur, et dirigeant vers lui leur maindroite. Les auteurs classiques autorisent l'une et l'autre interprétation. Comme prière, Virgile :

111e humilis supplexque oculos, dextramque precan- Protendens. [tem

(jEneid, xu. 931.)

On peut voir dans Bôttari (i. 115) des citations analogues d'Ovide, de Sénèque le Tragique, de Stace, de Silius Italiens. Mais nous pensons qu'ici c'est plutôt un signe d'assentiment et de respectueuse déférence pour la parole du divin Maître. Lucain, Claudien, Valerius Flaccus, Suidas {Ibid. 116;, attestent que tel était le sens qu'on lui donnait ordinairement dans l'antiquité.

C'était aussi, dans certaines circonstances, un geste d'acclamation, d'applaudissement, témoins Varron, Pline, Columelle, Martial (Id. p. 165). Ainsi, dans le sujet de l'entrée triomphale à Jérusalem (V. Bottari. xxxix. passim;, si souvent répété, on distingue toujours, à la suite du Sauveur monté sur l'ânesse, un ou plusieurs personnages élevant en l'air la main avec empressement, et des lèvres desquels on croit entendre sortir le solennel Hosanna filio David / A l'article Bénir ^ nous avons traité du geste d'allocution ou de bénédiction.

m. — La main à la joue. Dans l'antiquité, porter sa main à sa joue, ou appuyer son visage sur sa main, était un geste exprimant la douleur. C'est dans cette attitude que les provinces conquises sont représentées au revers de quelques médailles. Dante se sert de cette figure {Purgatorio. 1. vu) pour dépeindre la douleur du roi Guillaume de Navarre :

« L'altro végète, ch*a faite a la guancia De la sua palma sospirando letto. »

« Voyez cet autre qui, soupirant, a fait à sa joue un lit de sa main. »

Justinieo avait faitj>lacer devant la basilique

de Sainte-Sophie, à Constantinople, une sUtu( de Salomon, qui inclinait sa joue sur la paume de sa main, comme pour témoigner son éto& nement et son déplaisir d'avoir été surpassé ei magnificence : emphatique façon d'exprimei la singulière prétention d'élever Sainte-Sophii au-dessus du temple de Jérusalem. (V.Buo narruoti. Osservaz, sopra^ alcuni medaglxm p. 335.)

L'Église primitive, qui s'était fait une loi d respecter les traditions de l'antiquité en tou ce qui ne portait pas un caractère essentiel d paganisme, a constamment suivi cette pratiqu de l'art ancien dans ses monuments divers Ainsi, quand Jésus comparait devant Pilatt sujet assez fréquent dans nos bas-reliefs anti ques (Bottari. tav. xxii passim), ce juge pu sillanime, sur le point de laver ses mains pou repousser la responsabilité du sang innocent porte sa main droite à sa joue, en détounuLo la tête avec une expression très-marquée d( tristesse ou de contrariété.

Les plus anciens crucifix font voir dans h même attitude douloureuse la Ste Vieille el S. Jean, au pied de la croix, et même les images du soleil et de la lune. (V. Part. Crwifx n. V. 1" et 2o.;

MAISONS. — 1« On rencontre quelquefois, sur les tombeaux des premiers chrétiens, de.« maisons peintes ou sculptées. iV . Aringhi. i. p. 522. — Mamachi.

^! Orig.Crist. m. p. 39.) 2» 11 sef^^ rait difficile d'assigner à ces représentations un sens un peu certain. Cependant on pense gêné* ralement que les fidèles en »vaient puisé l'idée dans les saint»

Écritures qui donnent souvent à la tombe le nom de maison : sepulchraeorum domus i/tom»

(Ps. XLVIII. 10).

Aussi, à la place de la maison elle-mèinc, leurs marbres portent quelquefois le motl>»' mus : DOMVS amorati (Boldetti. p. 463).— hk

QVIESCIT AKCILLA DEI QVE DE || SVA OMNUPO»

SEDIT DOMVM ISTA.... (Marini. /scriz. Mbm p. 189). On trouve même domvs aeterka (Per ret. V. pi. xxxvi. n. 110); — raptvs etih^

DOMVS, pour IN AETERNAM DOliCVM (MafaUgOOl

Act, s. Victorini. p. 127); ou encore DOMf AETERNALis (Passiouei. Inscr. ont. p. 1 13.n.U] formules funéraires probablement accepté»

comme le D. M., de la tradition païenne, nui qui dans l'esprit des premiers chrétiens tf* vaient plus d'autre ' signification que celle à sepulchrum - et qui, dans tous les cas, oe 9» raient pas plus opposées au dogme de larésop rection des corps que le verset déjà cité du psaume : Sepulchra eorum domus HkiryMV^

AETEHNVM»

UmoiMM, prise comnie symbole, aiusi que mot MMVS, ioscrit sur les tombeaux, peut \sà sa rapporter au corps lui-même que Paul appelle la < niaisoii île notre habitan terrestre, ■ Terrestri» dûinus niistra hufus Hlalionis (2 Cor. v. l ). Alors cette forule, figurée ou âcrite, équivaudrait à celle- : I Ici repose le corps , ou la maison péssable.... • et renfermerait un acte de] foi gpliciteiila résurrection. Elle ne serait, sur la Ipouille d'un chrétien, que la traduction du !iKt de l'apâtre, dont nous complétons la ciiliOD : « ISous savons que si la maison de otre habitation terrestre se dissout (Dans cette ml») , nous avons un édifice qui est de Dieu, H maison non fabriquée de main d'homme, lernelie dans le ciel. •

Cequi donne à cette conjecture une grande niseniblance, c'est le monument publié par lunacbi, d'après toutes les Romet êoultrraines. a moùan sculptée sur une pierre sépulcrale, t dont voici la reproduction, est accompagnée, entre autres sjmbo les, du tombeau de Lazare, selon le type ordinaire, unédiuule ^l'entrée duquel la momie est debout; et il faut observer que tre-Seigneur n'est point là, comme dans presque les autres m •rats, pour le ressusciter. Lazare attend sa fairrectioD, de même que le corps de calen, représenté par la maison, attend, lui 'aà, le réveil suprême dans le sépulcre.

MAHIVE- — La manne qui est une des figu- «les plus certaines de l'eucharistie (V. l'art. ntharùlie. n. L 2»), dut occupersa place parmi iraprèsentalions symboliques si multipliées W les monuments primitifs du christianisme. '(Codant jusqu'ici, les antiquaires n'en ont {Uléà peu près aucun exemple. Pour nous, » étude attentive et persévérante nous, a Otaincu que plusieurs des nombreuses rufuDtations oil, par habitude et faute d'atitioii, OD est convenu de voir indistincte- U le miracle de ta multiplication des pains, t pour intention directe la manne, et pour HUion figurative l'eucharistie.

Cttte interprétation nous parait certaine, tauneot pour deux fresques, l'une du ci- (Ûère de Priscille (Bottari. tav. CLXiv), l'au- (du cimetière de Calliste (Id.LVri), dans ■■IHtUesdeux acëues se fout pendant à droite

ï gauche d'un orcoioJium : d'un cêté, un AKIIQ. chr£t.

persoimage debout désigne de la main quatre ou sept corbeilles ; de l'autre côté, ce même personnage, absolument semblable par la figure et le vêtement, fait jaillir de l'eau d'un rocher. C'est évidemment Moïse dans l'un et dans l'autre cas, d'une part frappant le rocher d'Oreb (V. l'art. Moïse), de l'autre indiquant des goators remplis de manne.

Le cimetière de Calliste offre un troisième exemple plus clair encore, s'il était possible, ici, le personnage que nous tenons pour Moïse se trouve, dans une peinture divisée en trois compartiments, placé au centre. Le miiacls du rocher d'Oreb manque ; mais en revanche, les cistes au nombre de sept, au milieu desquelles Moïse se tient debout avec une verge à la main, contiennent, non pas des pains, mais quelque chose qui ressemble plutdt à des fruits. Ur nous savons par le texte de VExode (xvi. 33), que la manne présentait l'apparence de la graine de la coriandre, assurément plus semblable à des fruits qu'à des pains. Que si, à toute force, on s'obstinait à y voir des pains (£t la chose n'est pas douteuse dans les fresques précédemment citées), on pourrait penser que l'artiste s'est inspiré du trente et unième verset, où il est dit que la manne avait le goût du pain pétri avec du miel, et que, par une de ces interprétations libres ou même arbitraires dont nous verrons plus bas un exemple certain, du goût il aura conclu a la forme.

Mais ce monument offre une double circonstance du plus haut intérêt, et qui nous semble de nature à corroborer notre interprétation ; c'est que, à gauche de la première scène, est uue figure virile debout, exactement conforme au type traditionnel du Sauveur, élevant la main djoite en signe d'allocution, et portant sur un pan relevé de son manteau six pains hicisés en croix, decwiati, ce qui rappelle le texte de S. Jean (vi. ïl) : < Je suis le pain vivant descendu du ciel, i pain figuré par aune, rapprochée de son type dans le même tableau. A droite, est la Samaritaine tirant de l'eau du puits (V. l'art. Samaritaine), eau qui, avec l'eau divine jaillissant dans la vie éter- ;lle que Jésus-Christ promet à cette femme, les mêmes rapporta signalés plus haut entre la manne et l'aliment eucharistique. Et il faut obsetver que les comparaisons que le divin .Maître établit dans les deux cas sont conçues dans des termes presque identiques : ■ Vos peint mangé de la manne et ils sont morts (Joan. IV. 59). » ( Celui qui boit de cette eau aurasoifde nouveau (Joan. iv. 13), •(1") c Mais celui qui mangera de ce pain vivra éteraallement. > (2") i Mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plussoif éternellement. • I>>nc, la manne, figure certaine de l'eucharistie, placée entre deux autres symboles uucha-

ristiques, tel est le résumé de ce tableau si évidemment conçu dans des inteotions dogmatiques.

Deuï tombeaux de Marseille (V. Millin.

Voyage dont le midi de la France, pi. xxxviii. 8. et Liï. 3) présentent la même figure symbolique, mais avec un degré d'évidence exceptionnel. Un personnage debout, qui n'est autre que MoTse, touche ou désigne de la main trois vases rétrécis par le haut et dans lesquels on ne saurait méconnaître trois gomon pleins de manne : car ici, il n'y a aucune apparence ni de corbeilles ni de pains. Bien plus, à cAté de cette scène, se trouvent les deux Israélites portant une grappe de raisin dont il est parlé au livre des Nombres (xiii. 2k). N'est-on pas autorisé à regarder ces deux objets syslêmatiquemeDt rapprochés comme les symboles du pain et du vin eucharistiques? D'autant plus que le reste de l'espace est occupé par deux cerfs se désaltérant aux ruisseaux qui jaillissent sous les pieds de l'Agneau de Dieu, image frappante des fidèles étanchant la soif de leurs âmes aux sources vivifiantes du Sauveur. (V. la scène des deux cerfs représentée à l'article Agjtemt.)

Mais si, malgré leur évidence, les données qui précèdent peuvent paraître encore contestables, voici une fresque ào la fin du quatrième siècle découverte en lS63au cimetière de Cyriaque, près de Saint-Laurent m agro Verano, qui représente le miracle de la manne sans aucun mystère. (T. De' Rossi. ButUUitto. otU>b. 1663. p. 76.) Ce charmant tableau qui occupe

tout un c^té d'une crypte, est dominé par un nuage d'où la manne tombe en petits flocons azurés que quatre Israélites, deux hommes et deux femmes reçoivent sur leurs pénules relevées, marque de respect très-usitée dans l'antiquité. (T. des exemples de ce geste aux art. MtUst et Citfi de S. Pierre, plus l'art, ifatns.)

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