‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 168 sur 266 · MODI · texte numérisé non relu

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Mignent que cet apfltre avait confié à Tite gouveniemeBt de toutes les Églises de l'Ile de Oète, et à Timothée la présidence de celles de Eoute l'Asie.

LespriDcîpauiofficesdumétropolitain étaient d'ordonner ou de faire ordonner les évËques de Ifur province , de concilier les différends qui pouvaient s'élever entre eux, et surlflut de convoquer et de présider les synodes, etc. On ne penl guère douter que S. Cjprien n'ait eiercé Ik foDctions de métropolitain, car dans sa quarutiènie épltre il se sert de ces termes on ne peut plus clairs : ie$ éviquts de noire province. U Mocile.de Nicée a des canons pour flier la juridiction des métropolitains, il la suppose [ar là même établie.

MIBBEL. V. l'art. Livres liturgiques. 2°.

nr ATOEItTM. — On ne sait pas au j uste ta qui était désigné par ce nom dans nos anciinnes basiliques. L'opinion la plus probable «gtque c'était un lieu dans l'intérieur du diocomm où les clercs changeaient d'habits, et Ktle opinion lit mutotorium.

UTRE. — V. l'art. Évéques. n. IV.

MODIUS. — On trouve quelquefois un moiitt, I boisseau,! figuré sur les tombeaux chittiens. L'exemple le plus connu est celui que oteleP.Lupi (Epilaph. Sctjct. p. SI. tab. viii); il Ml fourni par l'épitaphe d'un chrétien appelé Mulminus; haxininvs qv [[ i vixit annos xxlii lluncvs ONnivM. ■ Maiiminus^ qui vécnl *ing1~troi3 ans, ami de tous. ■ Maximinus est représenté lui-même sur la pierre , debout, un règle à la main, près d'un boisseau plein de blé et duquel sortent encore des épis.

Usavant Jésuite pense que ce modirts pourlit être l'image figurée de la mesure pleine, fwit, débordant (Luc. vi. 38), que Maiiminus ffitât obtenir, après sa sortie du tombeau, ^jnate et généreux rémunérateur de nos fai ^ mérites. Peut-être ces épis font-ils allusion & ce I grain de froment, qui, après être mort dans la terre , rapporte beaucoup defruit(Joan.xii.2'i).i En voici un antre exemple emprunté à Boldetti (P. 371), el qui doit avoir le même Mos. Ce moilttu est gravé sur la tombe d'un <^tieit nommé gorqomivs.

D est certain que les premiers chrétiens "•WM volontiers de symboles de cette nature P«M4aaui sources de l'Évangile. Il serait possible cependant que celui-ci fût relatif à la pro-

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fession du chrétien Maximinus, qui était peutêtre un de ces officiers publics chargés de mesurer le blé, mensores certris august*. La règle qu'il porte à la main et qui servait à arraser le blé dans les boisseaux tendrait à le faire croire. L'épitaphe d'un vitalis (bitalis) piSTOH est aussi ornée d'un modiui (V. l'art. Instruments sur ks tombeaua:, 11'), et il n'est guère possible d'j méconnaître un symbole de profession.

H01IVE8 (origine ses). — L — L'origine de la vie monastique ne remonte pas au delà du quatrième siècle (V. l'art. Âscêlei) ; jusque-là, l'état de trouble et de persécution où s'agitait l'Église avait rendu impossible ce genre d'existence qui ne s'assoit que dans le calme et la

S. Antoine fut le premier qui , dans les parties les plus reculées de la Thébalde , réunit un certain nombre de chrétiens, pour y mener une vie commune, et vouée à la pratique des conseils évangéliques (Bolland. Aet. jamtar. t. II. die xvii). Son exemple fut suivi par Eugènes ou Honea, en certains lieux de la Mésopotamie ; par Pacéme et Hilairo ou Hîlarion en Palestine; par £matba et Macaira, disciples d'Antoine lui-même , dans les déserts de l'Egypte et de la Syrie (Athanas. In Vit. Hîlarion.)

Cette institution fut apportée de l'Orient en Occident par S. Athanase et ses compagnons qui, en 3k\, fuyant la persécution des ariens, se réfugièrent à Rome (Id. In êfntaph. MaTCtU.); de là dans les Gaules par S. Martin évéque de Tours (Sulp. Sev. Fit, S.Marlin. iv et v); et en Afrique par S. Augustin (Possidon. Vit. S.Aug. cap. ultim.), qui atteste lui-même {L.demorih. Eccl. eath. xxxi) que de son temps il y avait déjà des moines dans tout l'univers. Nous avons donné, dans un article spécial, auquel nous renvoyons, un tableau chronologique des ordre* Teligieux jusqu'au sixième siècle inclusive-

— Ils furent appelés moines , de \ii6mk, il, t à cause de leur vie solitaire, etc^nobiles, de xoivdc, « commun i et de ^Id; , « vie, • cause de la vie commune qu'ils menaient. Ils abstenaient de viande et de vin (Augustin, loc. laud.) , ils se nourrissaient de pain et de fruits secs, sauf le dimanche où it leur était lis de manger des légumes cuits (Cassian. it. Eutym.); et encore, se procuraient- ils cette chélive nourriture , aussi bien que leurs éléments, par le travail de leurs mains, ce qui fait dire à S. Jérôme (Ibid.) qu'ils avaient les s calleuses. Ainsi, pendant toute la see, ils vaquaient au travail des mains et à la prière ; le dimanche, ils se rendaient à l'église où ils avaient une place à part; là, ils chantaient les psaumes et communiaient avec

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les fidèles, et, après la liturgie, ils se retiraient dans leurs monastères (V. AJtass. Ascetic. i et II).

Sur la montagne de Nitrie , habitée par cinq mille solitaires, il n'y avait, au témoignage de Palladius (Cap. vu), qu'une seule église, mais très-vaste : In hoc monte Nitrùe una est maxima ecclesia. Parmi un si grand nombre de religieux, il n'y avait que huit prêtres, et le plus ancien disait seul la messe.

S'ils étaient peu nombreux, ils étaient gouvernés par un seul chef (Hieron. Ad Rustic.)] s'ils étaient en plus grand nombre, ils étaient divisés par centuries, sous un centenarius^ « centenier, » ou par décuries, sous un decanus^ € doyen, » avec un chef à la tête de chaque division ; et toutes les divisions obéissaient à un abbé qui était le père de la communauté, pater OM df66ac ; autrement hegumenus^ c'est-à-dire prœseSj et archimandrita^ • archimandrite, i de mandra^ a bercail, > parce qu'il était dans le bercail, le gardien et le docteur des brebis (Id. Ad Eustoch, De virginit. servand. — Augustin. De morib. Eccl. cath. xxxi).

Telle fut la primitive institution de l'état monastique. Mais à peine un siècle s'était^il écoulé depuis leur naissance, qu'un certain relâchement s'introduisit dans cette admirable vie, en Orient comme en Occident. Le judicieux Pelliccia (De eccles. polit, i. p. 110) attribue cette diminution de ferveur à ce que les moines commencèrent alors à rechercher et à obtenir les charges cléricales. On sait, en effet, par le témoignage du pape Sirice {Epist, i. c. 3) que dès le quatrième siècle , en Occident, ils furent peu à peu introduits dans les rangs du clergé, soit à la demande de l'abbé, soit sur les réclamations du peuple, comme nous l'apprenons de S. Jérôme {Ibid ).

En Orient, comme dès le commencement, faute de clercs, l'évoque appelait quelquefois les moines à rempUr les fonctions cléricales dans la Hturgie (Sozom. Hist. Eccl, viii. 17), peu à peu , depuis le cinquième siècle , leurs abbés appelés chez les Grecs archimandrites, furent élevés au sacerdoce, et leurs moines aux divers ordres de la cléricature. Bientôt, par un de ces envahissements dont l'histoire offre de nombreux exemples, les moines s'efforcèrent de prendre le pas sur les clercs , si bien qu'au cinquième siècle ils venaient immédiatement après les prêtres et avant les diacres (Epiphan. Hœres. lxviii). Les archimandrites assistaient même aux conciles (Concil. Comtantint p. i.etc), et plus d'une fois ils furent honorés de la dignité épiscopale (Sulpic. Sev. De Vit. S. Martin, c. x).

Jusque-là néanmoins les moines initiés aux saints ordres ne formaient qu'une faible minorité ; ce n'est qu'au sixième siècle que S. Gré-

goire égala l'institut monastique à la cléricature, et promut aux ordres sacrés les moines quoique non initiés aux ordres mineurs (L. n. epist. 13), disposition qui fut confirmée au commencement du septième ^ècle par Boniface IV. De là vient qu'à cette époque les moines son appelés clercs (V. Mabillon. Pnrfût. ad Sxc. II ordin. S. Bej>edict),

Mais comme dès le cinquième siècle, les moines d'Occident s'étaient déjà beaucoup éloignés de l'esprit primitif de leur institution (V. Sulp. Sev. Dial. i. c. 8) , au sixième S. Benoit fut suscité pour les y rappeler, et pour perfectionner encore la pratique monacale (Mabill. Sxc. I. — Annal, t. i). En peu de temps, ses règles se répandirent dans l'Occident, et, abandonnant leurs constitutions anciennes, tous les moines occidentaux se rangèrent sous la loi de ce grand maître , de telle sorte qu'au huitième siècle il n'y avait déjà plus d'autre ordre monastique parmi les Latins {là. Prxfat. oi Sxc. iv).

m. — Les moines du premier âge n'avaient pas de règle écrite, ni divisée par chapitres; les enseignements des anciens se transmet* talent par la tradition , et l'Évangile était le fond unique de leur règle (V. Coteler. Comment, ad vet. PP. apophteg. sect. iv). Le premier qui ait tracé, en Orient , des règles pour les moines est S. Basile évêque de Césarée de Cappadoce au quatrième siècle ; et ces règles furent adoptées par tous les moines orientaui, qui les observent encore aujourd'hui avec de légères modifications exigées par les temps et les lieux.

De l'Orient, la règle de Saint-Basile pénétra en Occident vers le sixième siècle. Car jusque-là, les moines des Gaules et des Espagnes n'avaient pas eu de règles fixes : quelques opuscules ascétiques leur en tenaient lieu, opuscules dus d'abord à S. Césaire, évêque d'Arles (V'tY.'ap. Sur. c. xv. die aug. xxvi), puisa Cassien et à S. Martin de Tours. Ainsi S. Columban au sixième siècle, fut le premier qui traça dans les Gaules une règle monastique complète dans toutes ses parties ; et dans le même temps à peu près. S, Isidore évoque de Sévilleen composa aussi une ex professo pour les moines espagnols, qui la retinrent jusqu'au huitième siècle (V. Pelliccia. Ibid. 115).

IV. — Le vêtement des moines fut toujours pauvre et grossier, mais différent de formes selon les instituts et les pays. Les cénobites d'Egypte avaient adopté le lebitus ou colobi^^ la cuculla et la melotes. Mais le principal et le plus répandu était celui que nous appelons cuculla, d'après S. Benoit et les décrétales des papes. Il fut en usage chez les anciens moines, même avant S. Benoit, et Sozomène (Uitt-^- III. 13) le décrit ainsi : c Les moines se cou-

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léte d'un vËtemenl qu'oD appelli Qt cuculle. ■ S. Éphrem en fait aussi t nous savons par Palladiua (Hist.

a) que ce saint la portait, ainsi quE s de S. Pacdme. Nous trouvons enition de la cuculle dans Cassien el !. Or la cuculle couvrait la tâte et jusqu'au milieu des épaules : dans Saint - Benoit, elle couvre le corps

um, autrement dit Ubitvs était un ) lin sans manches. Cassien(De instit.

I. c. &) dit de ses moines : ■ Ils sont lohia de lin, qui ne dépassent guère 9t laissent les mains à découvert.

it dit meiotes ou melotx revient so es vies des Pftres, et Cassien (i. 6) r ces mots : t Leur dernier vitement 1 d'%ypte;i est une peau de chèvre, lofasoupera. » Deméme S. JérAme, éface t la règle de Saint-Pae6me Une peau de chèvre, qu'on appelle RufBn (Vil. PP. \x) : . Mtlott» qui lu de chèvre. ■ S. Benoit usa aussi [tent, si nous en croyons S. Grégoire I. c. 7). On sait que S. Paul, dans vtx Bébmix (xi 37) atteste que ce e plus pauvre de tous, était celui es et des justes réduits à fuir dans pour se soustraire à la persécution, ir des spécimens des vêtements des nés dans un curieux tableau des fu- S. Éphrem, que Bottari a repromencementde son troisième volume.

.tes occupations de ces solitaires y tprësentées dans une série de groulés sur les flancs d'une montagns iride. Ne connaissant rien de pli

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grotte. Le plus ancien est assis sur un siège de bois, et, tout en travaillant à une corbeille, instruit ou exhorte un jeune moine asaia k ses pieds, et qui paraît très-attentif à la parole de son maître. Le troisième, à genoux et les mains élevées, prie eu dirigeant ses yeux sur ' une image sainte, celle de Notre-Seigneur ou de la Ste Vierge probablement, qui est attachée au rocher, et devant laquelle brûle une lampe suspendue h la voûte. A terre sont déposés des paniers, dont l'un n'est pas achevé. Il s avait encore un autre habit à l'usage des moines, lequel s'appelait ma/brta, c'était un petit manteau couvrant la tète et les épaules, mais différent de la cuculle. Était-ce la même chose que l'dviXaSov, luperhumtraie, que prêtaient les moines d'Egypte ? Ce qui indiquerait une certaine différence, c'est que, d'après les auteurs anciens , ce vêtement s'étendait en forme de croix sur les épaules.

Chei les Grecs et les Orientaux, le paltium était l'habit propre et spécial aux moines, selon Sulpice-Sévère (Epist. ad Ma*uU.\ et on les appelait pour ce motif agmiiut palliata. Chez les Grecs, les personnes des deux sexes vouées à la vie cënobitique portaient le paUiam de couleur noire. Manuel Comnène, in ejctremis, voulut, par esprit de pénitence et d'humilité, être habillé de noir, comme les moines : c'est ce que nous apprennent Nicetas ;/n Vit. ips. 1. vil) et S. Grégoire de Nazianie (Orat. xiv; Pour le travail quotidien, la cuculle eût été gênante; S. Benoit lui substitua pour cet effet une autre espèce de vêtement appelé icapi*ttùre, parce qu'il descendait de la tête jusqu'en bas du dos; la cuculle devint un vêtement de cérémonie et de chœur. fV. l'art. Ordres rtligieux.)

Études monastiques. La science ne fut pas le but principal de l'institution monastique. Cependant le maintien de l'ordre et de la ferveur dans les monastères n'était pas possible sans les études. Le ministère qu'exerçaient les moines, et dont ou ne se fait pas aujourd'hui idée bien juste, suppose évidemment que liance y était cultivée. (V. l'art. Mono»tires.)

Voici comment se composait l'établissement de Tabenne, le premier de tous et qui eut pour fondateur S. Pacdme. Les monastères étaient sous la conduite d'un père ou abbé qui avait un second pour le soulager dans le gouvernement. Un économe prenait soin du temporel, et i) avait aussi un second. Les monastères étaient divisés en maisons qui avaient chacune son prieur. Chaque maison éUit divisée en cbambres ou cellules, et chaque cellule servait de retraite à trois religieux. Trois ou quatre maisons formaient une tribu. Enfin il y avait de grands monastères composés de trente ou

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quarante maisons, dont chacune avait environ quarante religieux.

S. Pacôme était le général de tous ces monastères et en faisait la visite. D'après Palladins, il y avait à peu près sept mille religieux dans l'ordre de Tabenne. On y recevait des enfants aussi bien que des hommes faits, sans parler des catéchumènes qu'on y préparait au baptême ; on faisait leçon trois fois par jour à ceux qui en avaient besoin, et tous étaient obligés d'apprendre au moins le Nouveau Testament et le psautier. Le prieur de chaque maison faisait trois fois par semaine une conférence à ses religieux ; ces conférences sont appelées disputes ou catéchèses. (V. Dans S. Jérôme la règle de Saint-Pacôme.) Les religieux conféraient ensuite entre eux de ce qui avait fait l'objet de la conférence. Tout ceci suppose déjà un certain mouvement d'études.

Mais l'enseignement des moines ne se bornait pas au personnel déjà si nombreux de leur maison, il s'étendait aux peuples des localités voisines. L'économe du monastère leur expliquait les mystères de la foi trois fois par semaine, une fois le samedi, deux fois le dimanche; et S. Pacôme faisait personnellement toutes les semaines des catéchismes et des leçons sur l'Écriture sainte à des paysans auxquels il avait bâti une église à la prière de leur évoque ; il instruisait aussi les catéchumènes.

Les leçons sur l'Écriture sainte qui avaient lieu, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur des monastères, n'étaient pas, comme on pourrait le croire, un simple développement des préceptes moraux qui en ressortent, mais on y abordait l'exégèse. C'est ce qui est raconté de S. Pacôme par l'auteur contemporain de sa Vie (Cf. Mabillon. Étud. mon. p. 16). Il donnait même à ses disciples la liberté de lui proposer leurs difficultés, et ceux-ci rédigeaient ses réponses par écrit, afin que d'autres en pussent profiter.

A l'étude de l'Écriture, il est constant que les disciples de S. Pacôme joignaient celle des SS. Pères. Le saint instituteur les avertissait néanmoins de ne lire Origène qu'avec certaines précautions, à cause des erreurs qui sont répandues dans ses œuvres. Et telle était l'opinion du monde au sujet de l'intelligence et du savoir de ces religieux, qu'on vit des philosophes venir à Tabenne pour les interroger. Il est dit que l'un d'eux, nommé Théodore, répondit à ces sages avec une justesse et une éloquence qui les frappa d'étonnement. A la demande de S. Pacôme, ce même moine improvisa quelquefois des conférences avec une merveilleuse facilité.

S. Basile prescrivit à ses religieux à peu près la môme discipline que S. Pacôme avait donnée aux siens. On recevait parmi eux des enfants.

on les instruisait jusqu'à ce qu'ils fussent en âge de faire choix d'un état. S. Jean Chrysostome affirme le même fait des monastères de son pays {Def. vit. mon. xvi). Quant aux disciples de S. Basile, ils tenaient aussi entre eu des conférences, et rien n'est intéressant comme les avis qu'il leur donne (Epist. i Ad Greg. Aozian.) sur la manière de s'y comporter. Il leur reconmiande de ne point chercher à l'emporter les uns sur les autres, d'éviter l'ostentation et tout air de vanité, l'esprit de contention et de dispute. Il va même jusqu'à régler le geste et le ton de voix.... Par les conférences de Cassien, si pleines de doctrine et d'érudition, on peut juger des connaissances qu'exigeaient ces luttes intellectuelles parmi les moines.

Les fonctions des abbés étaient tellement multipliées et difficiles qu'elles exigeaient une culture peu commune, et que la règle de Saint- Benoit met sur le même rang que le mérite de la vie : vitx merito et sapientis doctrina (Cap. lxiy). s. Augustin témoigne, il est vrai, que plusieurs hommes parvenus à une sainteté éminente avaient vécu dans la solitude sans le secours des livres; mais il a soin d'en excepter ceux qui sont chargés de l'instruction des autres, nisi ad alios docendos {De doctrin. Chriii. 1. 1. C.39). La règle de Saint-Ferréol dispense Tabbé du travail des mains, réservant son temps pour Tétude de ce qu'il doit enseigner à ses religieux.

Mais on se fera une idée plus juste encore du degré de doctrine qui leur était nécessaire, si Ton réfléchit à la position qu'eurent les abbés dans l'Église dès les premiers siècles. Ils étaient appelés, comme on sait, à assister aux conciles ai fréquents alors, à y donner leur avis, à y souscrire. Ainsi S. Pacôme assista-t-il avec plusieurs de ses religieux au concile de Latopoli, où se trouvèrent aussi deux évêques qui avaient été ses disciples (Pachom, Vit. n. lxxii. — Cf. Mabill. p. 25.) S. Basile atteste que de son temps les simples moines intervenaient à ces saintes assemblées. Dans la suite, et dès le sixième siècle, on vit des évêques députer à leur place des abbés aux conciles, quand ils étaient retenus eux-mêmes par quelque grave motif; Biabillon (Op. laud. p. 26) en cite de nombreux exemples, et il conclut par ces mots : t Quelle figure auraient iaite dans ces augustes assemblées des moines ignorants et incapables?!

Les études dans les monastères durent se fortifier encore, lorsque les moines conmiencèrent à être élevés à l'état clérical. Les monastères devinrent même alors des espèces de séminaires où les clercs étaient réunis aux religieux, et où les études des uns et des autres étaient communes comme la prière et la table. Il en était ainsi dans le monastère de Huspium, sous S. Fulgence In. Vit. ejus. n. XLiu}, et aussi

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ins une autre maison où ce Saint se retira, et 1 on élevait des clercs pour les emplois et les gpnités ecclésiastiques : Ecclesiasticx dignitaii uitos viros idoneos nutrientes {Ibid. xxx). S. Grégoire de Tours nous donne assez à con- Litre que, de son temps, les monastères de »tre Gaule étaient aussi des écoles où Ton lait se former aux sciences ecclésiastiques, rsqu'îl dit que Mérovée, fils de Chilpéric I«', i de France, après avoir reçu la tonsure clésale, fut envoyé par son père au monastère i Saint-Calais pour y être instruit dans les gles du sacerdoce, ut ibi sacer dotait erudirer régula (Greg. Turon. Hist, Franc, v. 14). Aussi la plupart des hommes éminents qui it honoré et éclairé l'Église par leur sainteté leur doctrine ont^ils été formés dans les mostères : ou ils y ont passé une partie consirable de leur vie, ou ils y ont composé quelles-uns de leurs ouvrages. Des quatre grands €teurs de TÉglise grecque, deux ont été rtainement religieux, S. Basile et S. Jean irysostome, sans parler de S. Grégoire de izianze de qui il a été dit qu'il aima mieux re moine que mondain {In ej. Vit. ap. Mail. 38). S. Athanase vécut lui-même quelque mps parmi les solitaires de l'Egypte, pour squels il écrivit la Vie de S. Antoine. On en peut dire autant à peu près des grands >cteurs de l'Église latine : à la réserve de Ambroise, les trois autres, S. Jérôme, S. Auistin, S. Grégoire le Grand ont fait profesm de la vie religieuse. C'est dans le monasre de Saint-Pierre de Cantorbéry, fondé par s moines missionnaires qu'avait envoyés le êîne S. Grégoire, que Benoit Biscope avait pris la discipline monastique, que le vénéble père fit profession de toutes les sciences, 'il enseigna dans son monastère à ses frères, aux séculiers dans l'Église d'York. S. Al- ,m et plusieurs autres marchèrent sur ses ces. '

^es monastères ont fourni ou formé une Ititude d'évêques, tant en Orient qu'en Ocent; et c'était là qu'on allait les chercher c époques difficiles où l'Église avait besoin ommes à grand caractère et puissants en îtrine. Et ils étaient bien l'œuvre du cloître, sque la plupart y étaient entrés dès leur s tendre jeunesse , tels que S. Épiphane ,

Attique, patriarche de Constantinople , sxandre évoque de Basinopolis, Palladius lellenopolis, et une infinité d'autres parmi

Grecs : parmi les Latins, S. Césaire d'Arles, Donat de Besançon, S. Boniface, apôtre de llemagne, etc., etc. Plusieurs d'entre eux lient entrés dans le cloître lorsqu'ils ne salent pas lire ; ils n'en sont sortis que pour re évéques. Nous savons par le témoignage S. Sulpice-Sévère, que, comme les monastè-

res de Lérins, celui de Saint^Martin de Tours était tellement renommé comme école de science et de sainteté ecclésiastiques, qu'il n'y avait pas alors une ville qui ne tint à avoir un évéque pris parmi ses disciples. D'autres qui ne s'étaient rai^gés sous la discipline monastique qu'à l'âge de vingt ou vingt-cinq ans, et ils sont très-nombreux, n'avaient évidemment pas puisé ailleurs leur capacité pour l'épiscopat.

Or ce n'est pas seulement au cinquième et au sixième siècle qu'on prit les évoques parmi les religieux, c'est dès l'origine de l'institution monastique. Ainsi le moine Dracontius avait été choisi pour cette dignité par S. Athanase ; et, pour vaincre ses craintes, ce grand Saint put lui proposer déjà l'exemple de sept autres solitaires qui avaient été tirés de leurs retraites pour être placés à la tôte de diverses Églises. Nous avons vu plus haut que, du vivant môme de S. Pacôme, deux de ses disciples avaient été élevés à la dignité épiscopale. Les papes, loin de s'opposer à cet usage, l'approuvèrent au contraire par leurs décrétales, comme le prouvent celles de S. Siricius, d'Innocent 1«', de Boniface et de Gélase. L'empereur Honorius témoigne, lui aussi, que cette pratique est la meilleure {In cod. Theodos.) : Ex monachorum numéro rectius ordinabunt.

En dehors de l'ordre épiscopal, on pourrait citer une foule de grands écrivains ecclésiastiques qui s'étaient formés dans les monastères, et, bien que beaucoup de leurs ouvrages se soient perdus, il en reste assez pour témoigner de l'état florissant des études monastiques dans les premiers siècles. Nous disons dans les premiers siècles^ car pour le moyen âge et les temps modernes, c'est une vérité devenue banale, et nous n'avons pas à nous occuper de ces époques. Ainsi, S. Éphrem, S. Isidore de Péluse, S. Nil l'ancien, S. Cassien, S. Vincent de Lérins, S. Maxime, Anastase le Sinalte, etc., étaient des moines non moins distingués par leur savoir que par leur vertu.

Sans doute, le fond des études qui se faisaient dans ces saintes solitudes se composait surtout de la science sacrée dans toutes ses branches, Écriture sainte, SS. Pères, saints canons, auteurs ascétiques, hagiologie, etc. L'éloquence, l'art de bien dire y était aussi en grand honneur: c'était par là que brillait S. Fulgence, non moins que par la profondeur de sa doctrine : Fulgentius^ dit l'auteur de sa Vie (Mabill. loc. cit. 45), fulget super cxteros scientia mirabilis eloqueniiaspeciali. Des éloges tout à fait analogues sont donnés à S. Grégoire, évoque d'Agrigente, et à l'abbé Platon {Ibid.).

Mais nous dirons plus encore : les études monastiques, dès ces temps reculés, admettaient les sciences profanes, tout ce qui est du ressort des arts libéraux. Plusieurs religieux

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se sont fait un nom par la variété de leurs connaissances ; nous aimons à citer ici l'éloge que S. Sidoine Apollinaire (L. iv. epist. 2) fait du savant religieux Mamert Glaudien : c II fut, dit-il, une bibliothèque vivante de toute l'érudition, latine et chrétienne ; il fut un excellent orateur, dialecticien, poôte, prédicateur et géomètre, musicien et controversiste. »

VI. — Tout ce mouvement d'études, que nous n'avons pu qu'esquisser ici rapidement, atteste l'existence dans les monastères de bibliothèques nombreuses et spéciales. (V. l'art. Bibliothèques chrétiennes.) Par la règle de Saint- Pacôme (xet Vit. n. xxxviii), nous savons qu'il y en avait une dans chacune de ses maisons, et que le soin en était confié à l'économe et à son second. Ces bibliothécaires rangeaient les livres sur des tablettes par ordre de matières, chacun selon sa classe : ce qui donne déjà à penser que le nombre en était considérable : libri omnes suis accurate loculis dispositi ad duorum quos dixi spectabant curarn. Il était aussi prescrit à chaque religieux d'avoir un grand soin des livres qu'il empruntait à la bibliothèque commune. Quand les moines allaient à l'office ou au réfectoire, nul ne devait laisser son livre ouvert ; et chaque soir, le second était tenu de compter exactement les livres d'usage et qu'on devait renfermer jusqu'au lendemain dans un lieu ad hoc {Pachom, reg. c). Or, comme il y avaitàTabenne un grand nombre de religieux (Sept mille. — V. supra), chaque maison en comptant quarante, et chaque monastère trente ou quarante maisons; si chaque religieux avait son livre d'usage courant, et s'il en restait encore assez pour faire une bibliothèque, on peut inférer de là que le nombre des livres était fort considérable.

Que s'il en était ainsi à une époque si rapprochée du berceau de la vie monastique, on peut penser que les bibliothèques devinrent encore plus nombreuses et plus riches dans les monastères qui furent fondés depuis. Nous pouvons nous en faire une idée par les données qui nous ont été transmises sur le zèle que mettaient les premiers religieux à copier des livres. C'était là l'unique occupation des religieux du monastère de Saint-Martin de Tours : Ars ibi, exceptis scriptoribus^ nuUa habebatur^ dit Sulpice-Sévère {Vit. S. Martin, vu). S. Fulgence s'y employait lui-môme excellemment, et c'est là une de ses gloires {Vit. S. Fulg. xxx. Hist. mon. d'Orient, p. 295. kk\. 517. — cf. Mabill. 48) ; et le même éloge est donné aux saints solitaires Lucien, Philorome, et Marcel, sans parler d'une infinité d'autres. Il est aussi fait mention de cet exercice dans la règle de l'abbé Isale (C. xxiii); il ne voulait pas que le solitaire mit de la vanité ou de l'affectation à l'ornementation de ses livres : Sifeceris Hbrum^

ne exomes illum : hoc quippe affectum imn ostendit. A l'époque où S. Benoit fonda son ordre, l'art de transcrire les livres fionasait déjà dans les monastères d'Italie. Un défenseur nommé Julien trouva alors dans celui de Saint- Equitius quantité d'antiquaires à la besogne : antiquarios scribentes (Greg. M. Dial. 1. 1. c. k].

Rien n'est plus concluant à ce sujet que œ beau passage de Cassiodore (Instit. xxxjsV dressant à ses moines de Viviers : i J avoue que de tous les travaux du corps qui vous peuvent convenir, celui de copier leslivresi toujours été de mon goût plus que tout autre. D'autant plus que, dans cet exercice, l'esprit s'instruit par la lecture des livres saints, et que c'est une espèce de prédication pour les autres auxquels les livres se communiquent. C'est prêcher de la main, en convertissant ses doigts en langues; c'est publier aux hommes dans le silence les paroles de salut, et c'est enfin combattre contre le démon avec l'encre et la plume. Autant de mots qu'écrit un antiquaire, ce sont autant de plaies que reçoit le démon. En un mot, un solitaire assis daM son siège pour copier des livres, voyage dans différentes provinces sans sortir de sa place, et le travail de ses mains se fait sentir même où il n'est pas, operatur absens de corporesuo. »

On pourrait croire que les livres qui se trouvaient ainsi dans les monastères n'étaient autres que ceux de l'Écriture sainte et ceux qui concernaient la vie religieuse. Le même Cassiodore fournit une réponse victorieuse à cette observation. Nous savons par ses /nsltditions à ses moines, qu'il ne se contenta pas d'amasser tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament avec leurs commentaires, mais qu'il rechercha encore tous ceux qu'il crut propres à disposer les esprits à cette sainte lecture.

Dans ces vues, il réunit à grands frais tous les ouvrages des SS. Pères, et en particulier ceux de S. Cyprien, de S. Hilaire, de S. Àrobroise, de S. Jérôme, de S. Augustin, et l'extrait que l'abbé Eugipius avait fait des écrits de ce Père, sans parler des Grecs dont il recommande la lecture à ceux qui en savaient la langue. Il recueillit en outre tous les historiens qu'il put trouver traitant des choses du peuple de Dieu et de l'Église, tels que Josèphe, Eusèbe, Orose, Marcellin, Prosper, les livres de S. Jérôme et de Gennade touchant les écrivains ecclésiastiques; et enfin Socrate, Soiomène et Théodoret, qu'il fit réunir par Épiphane Scolastique en un corps d'histoire, qui n'est autre que celle que nous avons encore aujourd'hui sous le titre à^Histoire TriparHU. Il crut enfin qu'il était nécessaire à des religieux de lire les cosmographes et les géogr^ phes, et même les rhéteurs et les gra^ma^

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