‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 19 sur 266 · ANIM · texte numérisé non relu

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chrétiens et des martyrs , ce qui est très-fréquent (Y.Lupi.Swer. pp. 136. 137. — Boldetti. 366.370, etc. —.Fabretti. 568-569, etc., etc.). Les interprètes de Tantiquité ecclésiastique y voient encore un emblème de la fermeté dans la foi, de la constance dans les supplices (Ghrysost. Injoalm. x). On cite Pindare et d'autres anciens qui la considéraient déjà à ce point de vue, jrro frmitate Pindarus una utilur anchora (Pierius. rofcf. lib. XLv). S. Maxime de Turin (Homil. Lxi>'iii. De S. Euseb.) emploie la môme figure pour caractériser la stabilité dans la foi qui brillait dans S. Eusèbe de Verceil.

Dautres Pères l'ont regardée comme le symbole de la conscience, laquelle, par ses reproches et ses avertissements, empêche le chrétien de naufrager dans Fablme du péché (Ghrysost. homil. iv. In Lazar. — Paulin. Natal. \iS. Felic.) ; d'autres, comme celui de la pauvreté et de la tribulation, qui par les salutaires épreuves qu'elles font subir à l'homme, l'empêchent de varier, et l'établissent solidement dans la vertu (Hugo. In Uebr. vi).

A\GES. — I. — Les anges ne paraissent pas avoir été introduits dans la composition des tableaux chrétiens avant le quatrième siècle. Ils figurent même très- rarement avec leurs attributs particuliers dans les divers monuments de Home souterraine. Nous ne pensons pas en effet qu'on puisse regarder comme des iDges ces petits génies qui y paraissent quelquefois, par exemple, aux quatre angles d'une charmante peinture du cimetière de la porte Utine (Âringhi. t. ii. p. 29), ni ces autres génies ailés qui jouent avec des coqs sur un beau sarcophage de marbre du cimetière de iAinte-.\gnès (Id. ii. p. 167), motif emprunté à l'antiquité profane, ni enfin ceux qui^ dans les sculptures d'un grand nombre de tombeaux, soutiennent, soit une coquille renfermant le buste d'un ou de deux personnages Id. I. p. 323), soit la tablette destinée à recevoir Tépitaphe (id. i. p. 615), ce qui se voit quelquefois même sur de simples pierres tumulaires (Lupi. Sever. epitapti. p. 51. tab. viu. n. 3).

Nous pourrions cependant citer, comme exception, un ange ailé conduisant par la main 1« jeune Tobie dans une fresque du cimetière de Priscille, datant du deuxième siècle, s'il faut en croire d'Agincourt {Peinture, pi. vu. n. 3). Une fresque trouvée en 1849 au cimetière des SaintspThrason-et-Satumin (Perret, iii.l. xxvi), représente Tobie avec l'ange sans ailes, et vêtu <1 une longue tunique. Mais il est plus commun •le rencontrer les anges , figurant simplement '^ous forme humaine, dans la représentation de faits historiques de l'Ancien et du Nouveau fcstament. Ainsi en est-ii de Tangc Gabriel

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dans une peinture de l'Annonciation au cijue tière de Priscille (Aringhi. ii. 297) ; c'est un jeune homme sans aile, sans nimbe, vêtu du pallium sur une tunique à bandes de pourpre. Il étend la main en signe d'allocution vers Marie qui est assise sur un siège à peu près semblable k ces chaires épiscopales taillées dans le tuf au fond de l'abside de quelques chapelles des catacombes (Marchi. tav. xxxvi). Le diptyque de la cathédrale de Milan (V. Bugati. Mem. de S. Celso. Append. in fin.), monument de la fin du quatrième siècle, introduit cependant un ange ailé dans la représentation du môme mystère. (V. la fig. de l'art. Annonciatton.) Ainsi encore, la mosaïque du portique intérieur de Sainte-Marie -Majeure, qui date probablement de l'époque de la construction de la basilique constantinienne (Ciampini. Vet. mon. i. 211. tab. l-u), fait voir les trois anges figurant la Trinité {Gènes, xviii), qui apparurent à Abraham dans la vallée de Mambré, et reçurent de lui l'hospitalité. Dans un premier compartiment, ils sont debout, et Abraham se prosterne devant eux ; le Second nous les montre à table , ayant devant eux les pains cuits sous la cendre, et de forme triangulaire que Sara leur a servis. Ici les anges n'ont pas d'ailes, mais seulement le nimbe. (V. la fig. de l'art. Trinité.) Mais le grand arc de la même basilique est décoré d'une autre mosaïque ^Ciampini. Op. laud. i. p. 206. tab. ii), exécutée sous le pape Sixte 111 en 443, où des anges ailés et nimbés paraissent dans le mystère de l'annonciation de la naissance de Jean -Baptiste, à Zacharie, et dans celui de l'incarnation, à Marie.

Mais, comme , selon la pensée de S. Augustin (/n psalm. lvi) la fonction principale des anges est de prêter au Christ un humble service : Omnes angeli creatura serviens Chri$to est^ outre Tarchange messager de l'annonciation, deux autres anges se tiennent respectueusement debout derrière le siège de la Mère de Dieu, comme pour rendre hommage au Verbe éternel au moment solennel de son incarnation. Et en effet, comme l'Eglise eut toujours l'intention d'offrir aux fidèles dans les saintes images dont elle ornait ses temples une réfutation palpable des hérésies , nous voyons que , depuis l'apparition de l'arianisme, elle adopta l'usage de représenter Notre-Seigneur assisté de deux anges , pour marquer sa foi à la divinité et à la consubstantialité du Verbe. C'est ce qu'observe le savant Buonarruoti à propos de l'explication du bas-relief du diptyque de Kambona {Veiri. p. 669). Et la mosaïque qui nous occupe en fournit ellemême une nouvelle preuve. Dans la seconde section , au-dessous du tableau précédent, Notrc-Scigncur. recevant les adorations des Ma-

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ges , est assis sur un trône , derrière lequel deux anges se tiennent debout. Une mosaïque de Tan 400 , décorant l'abside de Sainte- Agathe Majeure à Ravenne , représente notre Sauveur sur un trône élégant , escorté de deux anges ailés et nimbés (Ciamp. Vet, mon. i. tab. XLVi). Celles de Saint-Michel et de Saint- Vital de la môme ville en offrent d'autres exemples (Id. t6. II. xvii-xix) appartenant au sixième siècle.

Dans toutes ces peintures , les anges sont ailés et nimbés , ils sont revêtus du pcUlium blanc, d'une tunique blanche, et d'une étole bleue pendant de chaque côté. Au bas du vêtement de trois d'entre eux, on remarque le monogramme I. (Sur ces sortes de sigles , V. l'art. Monogrammes sur les vêtements.) On voit par ce qui précède que les types adoptés pour la représentation des anges sont d'origine antique. Conrad Brunus, dans son livre Des images (Cap. VI. — cf. Molan. p. 350) en donne une explication que Molanus reproduit sommairement.

II. — Voici les principaux attributs que l'art chrétien assigne aux anges : 1° La forme humatne, afin que les fidèles comprennent combien ces intelligences célestes sont disposées à secourir les hommes, et toujours prêtes à exécuter les ordres de Dieu en notre faveur : Nonne omnes (Hebr, i. 14) administratorii spiritus sunt , propter eos qui hasreditatem capieut salutis ? t Ne sont-ils pas tous des esprits délégués pour le service de ceux qui sont appelés à l'héritage du salut ? *

2® Des ailes^ pour les mêmes motifs : Àngelis suis mandavtt de te^ ut custodiant te in omnibus viis tuis (Psalm. xc. 11). a Le Seigneur a commandé à ses anges de vous garder dans toutes vos voies. »

3® Un encensoir , parce qu'ils offrent nos prières à Dieu, selon ce qui est écrit au livre de Tobie (m. 24. 25. xii. 12), et plus explicitement encore dans V Apocalypse (y ni. 3. 4) : « Et il vint un autre ange , et il se tint devant l'autel, ayant un encensoir d'or; et on lui donna beaucoup de parfums, afin qu'il présentât les prières de tous les saints sur l'autel d'or qui est devant le trône de Dieu, et la fumée des parfums qui sort des prières des saints s'éleva de la main de l'ange devant Dieu. » Et ascendit fumus inceworum de oratiunibus sanctorum^ de mana angeli coram Deo,

4® La jeunesse. D'abord parce que l'Écriture les appelle jeunes, et ensuite parce que ainsi l'exigent et leur immortalité qui n'est autre chose qu'une jeunesse étemelle, et la nature de leurs fonctions qu'ils sembleraient moins aptes à remplir, s'ils étaient ou des enfants ou des vieillards.

5» La beauté. Car tel est le type que nous fournissent les saintes Écritures, et tels étaient

aussi les anges que le Seigneur ordonne placer dans le sanctuaire (Exod. xxv. 1 aussi bien que ceux que Salomon mit au lieu du temple et qui étaient de bois d'oli recouvert d'or (3 Heg, vi. 23. 27. 28).

6^ Quelquefois la nudité, qui dans l'hon tombé produit la honte, mais chez les ai est une marque de sainteté, de chasteté, d mortalité , d'innocence. La conscience d( nudité ne vint à nos premiers parents q près la fuite de l'innocence. Frédéric Borro trace cependant ici de sages limites à la lic< de l'art. {De pictura sacra, lib. ii. cap. 11^

7° Des cUtributs militaires. C'est ainsi nous les représente l'histoire des Mâchai (2 Mach. XI. 8) : Apparuit prxcedens eos «( in veste candida, armis aureis, hastam vibr « Un cavalier parut devant eux avec une i blanche, des armes d'or, et agitant sa lanc S. Jean Chrysostome avait vu et fort appr un tableau de ce genre , plein d'onction exécuté à la cire fondue, c'est-à-dire à 1 caustique , procédé d'un fréquent usage ( les anciens.

8" Des vêtements blancs , signe d'innocc et de joie, qui cependant n'exclut pas d'au couleurs. Mais le blanc est préféré, parce c'est la couleur sacerdotale, et que les ai font un acte sacerdotal , quand ils prient | nous, et défendent notre cause 'devant D

9*> Une ceinture. Ils sont toujours ce quand ils apparaissent aux hommes : i cmc/t circa pectora zonis aureis ( Apoc. 6), « ceints autour de la poitrine de zones d' pour montrer qu'ils sont prêts à exécutei ordres qui leur sont confiés (S. Greg. lib. m Moral, cap. 8). La ceinture est aussi un s bole de chasteté.

10» Des ornements de pierres précieuses, Ion les traditions de la loi antique, et a pour des motifs suggérés par la raison ( même. En effet, ce n'est pas un simple nement, c'est le symbole de l'éclat des d rentes vertus, comme les quatorze pie qui brillaient sur la poitrine du grand pr {Exod, xxviii. 17) lui rappelaient les de\ de son office. Et pour en donner queh exemples, le saphir est le symbole de chasteté; le cristal qui, comme l'observe S. sile (In Hexamer, homil. ii), rivalise avec en transparence , est le symbole de la pu de leur substance; l'hyacinthe est celui de conversation céleste ; l'émeraude, celui de nature toujours verdoyante et jeune.

Il» Ils sont quelquefois enveloppés de nue soit parce que leur demeure propre est ( les cieux ; soit parce que souvent ils ont rej sente Dieu lui-môme dans les nuées; parce que, comme la lumière du soleil i transmise aux hommes qu'à travers les i

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ges vaporeux qui les en séparent, ainsi la lumière de la vérité divine est communiquée par leur intermédiaire aux mortels selon la capacité de chacun.

12« Ils ont les pieds nus. On peut croire que c'est ainsi qu'ils apparurent aux patriarches ; et les ministres de Dieu sont ordinairement envoyés pieds nus, comme nous le voyons par l'eiemple d'Isaïe, de Moïse, des apôtres. Ajoutons que, diaprés les Écritures , les hommes saints dont toute l'application est de mener sur la terre une vie angélique, se sont toujours abstenus de chaussure (Josué. v. 13. 16. — Exod. III. 5. — Matth. x. 9. 10). Ceci nous rappelle encore que ceux qui remplbsent icibas Toffice des anges doivent être dégagés de toute affection déréglée , afin de fournir plus aisément leur carrière toute spirituelle.

13» On assigne aux anges divers instruments, qui nous rappellent, tantôt la colère de Dieu dont ils sont les ministres, comme le glaive ; tantôt sa miséricorde dont ils sont les organes à notre égard, comme les attributs de la passion ; tantôt la justice quMls exercent en son nom, conmie la balance. La trompette réveille Tidée du jugement dernier, et les autres instruments de musique celle des saintes voluptés du séjour céleste.

14» La mosaïque de Sainte-Agathe de Ravenne déjà citée fait voir aux deux côtés du trône du Sauveur les archanges Michel et Gabriel, ayant à la main un bâton, ou une haste, ou mieux encore un roseau d'or. Cet attribut donné aux anges se reproduit plus d'une fois dans les monuments de l'antiquité chrétienne. U fait allusion au passage de V Apocalypse où il est dit que S. Jean vit un ange qui portait un roseau d'or (Cap. xxi. 15). Or ce roseau était une espèce de toise destinée à mesurer la cité céleste dont l'apôtre donne la description; et ce passage concorde avec celui d'Exéchiel sur le même sujet (xl. 3) : Et ecce vit eujtts nai species quasi species œri» , et fu- MCtt/tts lineus in manu ejus^ et calamus menwg in manu ejus. « Et voici un homme dont le regard brillait comme l'airain étincelant; et dans sa main un cordeau de fin lin, et un ro- !>eau pour mesurer. »

15« L'Église plaçait des anges sur les colonnes des autels ou des cibttria , aujourd'hui elle les place sur les gradins : nous le voyons dans beaucoup de temples chrétiens, notamment dans ceux de l'ordre des chartreux. Ce vénérable usage signifie que les esprits célestes assistent au redoutable sacrifice de Qos autels : AW enim dubites^ dit S. Ambroise, f^tere angelum , quandt) Christus assistit^ Chtittus immolatur {In cap. i Lucx), On trouve des témoignages analogues , dans S. Grégoire le Grand (Lib. iv Dialog. c. 58), dans

S. Bernard (Serm, de vit. ingratit.), dans Innocent III (Lib. III Desacr. altar.myster. c. 2k). S. Jean Chrysostome enseigne en cent endroits la môme doctrine. De pieux auteurs, entre autres Jean Mosch (Prat. spiritual, c. iv) et non pas S. Sophrone comme l'affirme Molanus, pensent même qu'un ange est attaché à chaque autel consacré.

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