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ANIMAUX REPRÉSENTÉS SUR LES MONUMENTS

CHRÉTIENS. — Ces sortcs de représentations, dans les catacombes, dans les églises et basiliques , sur les tombeaux , constituent un fait connu de tous ceux qui ont acquis une connaissance si superficielle qu'elle soit des monuments chrétiens des premiers âges. Nous ne portons point la manie du symbolisme jusqu'à supposer que chacune d'elles renferme un sens allégorique. Nous avons toujours tenu pour certain que souvent ces animaux ne se trouvent là que dans un but de pur ornement , et par suite d'une tradition des arts de l'antiquité, et nous sommes heureux de voir cette opinion aujourd'hui partagée par le chevalier De'Rossi dont l'autorité est si grande en archéologie (De monum. 1X6 ÏN exhib, p. \k).

Tels seraient, à notre avis, ces dauphins (Aringhi. i. p. 555. ii. 303. 315. etc.), ces oiseaux (Id. 1. 547. 551. 561. etc.) disposés symétriquement dans lés angles des cu6tcu/i, dans les peintures do voûtes de catacombes. Tels encore ces hippocampes , ces griffons (Millin. Midi de la Fr. pi. Lxv.) et autres monstres marins dont les anciens aimaient à décorer leurs demeures et leurs tombeaux. Tels enfin ces dauphins entrelacés, tantôt avec une ancre, tantôt avec un trident , et qui servent comme de remplissage dans les peintures murales (V. De' Rossi. op laud.tab.i.n.3). Nous hésiterions môme beaucoup à assigner invariablement une signification symbolique à ces oiseaux, colombes ou autres, qui se montrent aux frises de certains sarcophages , béquetant des fruits dans de petites corbeilles (Aringhi. p. 281 . 299. 311), ou à d'autres oiseaux de différentes espèces qui sont entremêlés avec une singulière élégance dans des pampres, servant d'encadrement à des fresques (Id. i. p. 569), etc. Ce sont là, le plus souvent , nous le répétons, de simples motifs d'ornementation indifférents en euxmêmes et qui par conséquent ont pu, sans inconvénient , être empruntés par les chrétiens aux habitudes de l'art antique.

U n'est pas douteux néanmoins que nos pères dans la foi n'aient eu quelquefois l'intention de figurer ainsi l'âme du défunt dans les délices du paradis. (V. l'art. Paradis.) Dès les premiers temps du christianisme , l'usage s'était établi de peindre, graver ou sculpter dans les oratoires des cimetières , ainsi que sur les ta-

blettes de marbre ou de terrre cuite qui fermaient les loculi , des animaux symboliques , et en particulier des colombes, d'autres oiseaux (V. les art. Oiseaux et Colombes) au vol ou renfermés dans des cages, des tourterelles, des paons ; des quadrupèdes , tels que le lion , le tigre, le bœuf, le cheval, l'agneau, le cerf; des poissons, etc...., animaux symboliques à chacun desquels un article spécial est consacré dans ce dictionnaire.

Des cimetières souterrains , l'antique usage des représentations d'animaux symbohques passa aux églises proprement dites, et s'y maintint jusqu'au seizième siècle (V. Allegranza. Monum. di Mil. p. 136). On a prétendu que, interrogé par Olympiodore au sujet d'une basilique qu'il voulait construire, S. Nil, disciple de S. Chrysostome (In act. concil. Nicœn, Labb. VIII. 875), lui avait interdit ces sortes d'images comme entachées d'idolâtrie. Ce Saint ne proscrivait point ceux de ces animaux que la primitive Église avait adoptés pour le sens religieux qu'elle leur attribuait, mais bien seulement l'abus qui s'était introduit de peindre sur la façade et sur les nmrailles intérieures des basiliques des scènes profanes, de chasse ou de pêche , qui n'étaient propre qu'à distraire les fidèles des choses saintes et à réveiller en eux des appétits sensuels (V. Borgia. De cruce Velit. p. 122). S. Paulin s'excusait d'avoir fait exécuter des peintures de cette sorte sur la muraille de sa basilique, en disant qu'il l'avait fait en faveur de la multitude de paysans qui y affluaient de toute part à l'occasion de la fête de Saint-Félix. Gomme les agapes étaient encore en usage à cette époque, il espérait que de telles images, attirant l'attention de ces hommes grossiers, les empêcheraient, par cette utile distraction, de se laisser aller à l'ivresse et à l'intempérance. Quoiqu'il en soit, il est avéré que la coutume d'orner de ces sortes de peintures les églises ep dedans et en dehors exista universellement ; le diacre Florus l'atteste pour les Gaules (Cf. Mabill. t.vi Analect.), De riches étoffes où des animaux de toute sorte étaient peints ou brodés, étaient aussi employées à la décoration des églises (V. Boldetti. p. 302).

Des animaux symboliques se trouvent représentés sur les tombeaux -, c'est ce qu'on verra aux articles consacrés à chacun d'eux. On lira aussi à l'article Noms des premiers chrétiens des détails sur ceux des animaux qui offrent avec le nom du défunt des rapports phonétiques, comme par exemple une truie sur le tombeau de PORCELLA , un âne sur celui d'oxA- GEH, une chèvre sur celui de capriola, etc.

AI\iVE (fête de saime). — V. l'ail. Fêles immobiles, n. VI.

A1\IVEAU ËPISCOPAL. — L'aimeau qi portent les évoques est le signe de leur allianc avec leur Église < Durant. De ritib. Ecde p. 267), alliance contractée par l'élection , rj tifiée par la confirmation ou institution du soi verain pontife, consommée par la consécratic de l'élu (V. Cancellieri. Origine ed uso de* anello pescatorio^ etc. p. 16).

A la cérémonie du sacre de l'évoque, c bénit l'anneau , et on le lui met au quatrièn doigt de la main droite. Le pape Grégoire V élu en 827, assigne à cet usage la raison su vante dans son livre De cultu pontificum € Les anneaux (épiscopaux) ne doivent poii être mis à la main gauche , sans tenir comp^ du préjugé païen relatif à la veine cordiali nullius venœ cordicUis habita ratione qme gent litntem capere videtur ; mais toujours à J droite, comme plus digne puis que c'est eli qui distribue les saintes bénédictions, sed on nino in dextera, tanquam digniore^ qua sacr, benedictiones impenduntur. C'est pour cela que à la consécration, soit des souverains pontiSfes soit des autres évoques, on met l'anneau à leu main droite. » Par ces mots : Venœ cordialis^ l pontife fait allusion à cette opinion reçue d son temps que le quatrième doigt avait um veine qui portait le sang droit au cœur.

Voici quelle était, dans l'ancien ordre romajo la formule de tradition de l'anneau : Accip anulum discretionis et honoris , fidei signum^ u qux stgnanda sunt signes, et qux aperienda sun propos, « Reçois l'anneau de discrétion et d'hon iieur, signe de la foi, afin que tu scelles c qui doit être scellé, et que tu révèles ce qui doi l'être. » La plupart des devoirs de l'épiscopa sont exprimés dans cette formule.

L'anneau a toujours été regardé comme l'ui des insignes les plus essentiels de la dignit et de la juridiction épiscopales (V. Isid. Hisp \. i De eccles. of/ic. c. 5.) ; témoin la fameusi querelle des investitures par la crosse et l'an neau , qui agita si fort l'Eglise et l'Empire ai moyen âge, principalement sous le règne é l'Empereur Henri IV et le pontificat de S. Gré goire VIL

Plusieurs savants ont cherché à jeter quel ques doutes sur l'antiquité de l'anneau épi scopal ; ils se sont fondés notamment sur h silence d'Alcuin, d'Amalaire et de Raban-Maur Mais quelle que soit l'autorité qni s'attache au3 noms vénérés de ces liturgistes du neuvième siècle , que devient la preuve négative qu'oi prétend tirer de leur abstention, en présence des arguments positifs que nous fournissen les monuments écrits et figurés de l'antiquité la plus respectable ? Nous nous con • tenterons d'un petit nombre de citations qui, graduées par siècle en remontant ven l'origine , suffiront , pensons-nous , pour en •

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toiirer d'un jour décisif cette intéressante question.

Les témoignages postérieurs au septième siècle sont tellement nombreux et irrécusables, que nous ne croyons pas nécessaire de dépasser cette époque, qui, d'ailleurs , marque à peu près la limite, un peu vague, entre l'antiquité et le moyen âge , limite que notre dessein ne nous permet pas de franchir. Nous ferons seulement observer en passant que F usage de l'anneau épiscopal, entre beaucoup d'autres autorités qui le constatent pour T époque carlovingienne, a pour lui le témoignage d'un auteur bien grave aussi, ctcontemporain des trois écrivains dont on voudrait faire prévaloir le silence contre la tradition ecclésiastique la plus sûre : cet auteur n'est autre que Hincmar, archevêque de Reims, qui, dans une lettre adressée à Aventius, évoque de Metz, sur les rites de la consécration des évoques, mentionne formellement la tradition de l'anneau (Cf. Gerbert. Vet. liturg. Aleman. pars i. p. 255).

Or, au septième siècle , c'est-à-dire en 633 , nous avons le quatrième concile de Tolède, qui assigne à l'évoque, en outre du bâton pastoral te de Vorarium^ l'anneau : Si episccpvs s/ï, orarium , anulum et baculum coram altari de manibus episcoporum recipiat (Aquirre. Conc, tfwp. t. II. p. kSk), « Qu'il reçoive l'anneau.... devant l'autel des mains des évoques. » En 625, vivait S. Birin, premier évoque de Dorchester, et sa tombe , ouverte quelques années après sa mort, fit voir un anneau d'or et une croix pectorale de plomb (Surius. Ad diem decmb. ni). On peut rapporter encore, pour la même époque , la lettre ou le décret de S. Boniface IV, promulgué au concile de Rome de 610, où il est fait mention de monachis omdo pontificali sufcarr/iafïs, c'est-à-dire des moines élevés à la dignité épiscopal e , dont Tanneau est présenté ici comme l'insigne essentiel. Voilà pour le septième siècle.

Gerbert (Vet. liturg, Aleman. pars i. p. 255) cite, parmi les livres rituels de l'Allemagne, un pontifical de Salzbourg de l'an 600, lequel contient une formule pour la bénédiction de l'anneau épiscopal, et une formule de tradition Plument identique à celle que nous avons rapportée plus haut d'après l'ordre romain. Le premier concile d'Orléans, célébré en 511, nous fournit encore, pour le sixième siècle, une autorité imposante , et tout à la fois un exemple mémorable. Dans une lettre adressée aux évô- <iyes composant cette sainte assemblée , Clo- ^ met à leur disposition la délivrance des prisonniers, tant clercs que laïcs, capturés ^ la guerre des Goths. Il exige seulement ^ï^'ils revêtent du sceau de leur anneau P^toral les actes qu'ils lui adresseront à ce '^M, s'engageant à les reconnaître pour au-

thentiques à cette marque : Vestras epistolas de anulo vestro infra aignatas, sic ad nos omnimodis dirigarttur et a parte nostra prxceptionem latam noveritis esse firmandam . Nous citons cette pièce importante d'après Grégoire de Tours (Édit. Migne. col. 1158). Ceci autorise à penser que, à cette époque reculée, les évoques faisaient graver leurs noms ou leurs monogrammes sur leurs cachets; Au môme siècle, se présente l'imposant témoignage du sacramentaire de S. Grégoire , édité par Angelo Rocca, lequel contient une formule pour conférer l'anneau à l'évoque, et cette formule n'est autre que celle que nous avons rapportée (V. Dusaussay. Panopl. episc. p. 181) , et, de plus, l'autorité non moins respectable de S. Isidore de Séville, qui, à propos de la consécration des évoques, s'exprime ainsi (De offic. Eccles, l. II. c. 5. p. 34) : Epis.opo autem, dum consecratur , datur baculus, datur et anulus, propter signum pontificalis honoris , vel signaculum secretorum, c A Tévêque, quand on le consacre, on remet le bâton, et on remet l'anneau, comme signe de l'honneur pontifical, et le sceau des secrets. »

Mais on peut faire remonter bien plus haut encore l'origine de l'anneau épiscopal. Nous en trouvons des traces non contestables, dès le quatrième siècle, dans les écrits de S. Optât de Milève (Lib. i. Ad Pannenion.) : « Les hérétiques n'ont pas les clefs que S: Pierre a seul reçues, ni l'anneau dont il est écrit que la fontaine a été scellée, nec anntdum^ quo fegitur fonsessesignatun. Et, un peu plus loin, ce Père revient sur la môme pensée. Quelques critiques ont pensé , il est vrai , que l'anneau , comme les clefs, étaient pris ici dans un sens allégorique, ou que S. Optât voulait parler dans ce passage du sceau (De anulo quo fons baptism. sigr.at, V. Not. ad Optât, ifilev.) que les évoques avaient coutume d'apposer sur les fonts baptismaux depuis le commencement du carême jusqu'au baptême solennel du samedi saint (Sarnelli. Di varie sorte di anelli.... Lett. eccles. t. m. p. 84). Mais de telles difficultés s'évanouissent devant cet autre texte du môme docteur et du môme livre : c Le pontife porte l'anneau , afin quil connaisse qu'il est l'époux de son Église , et que , pour elle , à l'exemple du Christ , il sacrifie sa vie s'il le faut, ut se sponsum Ecclesix cognoscat^ et pro illa animam^ si necesse s<7, sicut Christus, ponaty qu'il scelle les mystères de l'Écriture pour les perfides, et réserve les secrets de l'Église. .

D'ailleurs, si le passage en question présentait quelque obscurité, il s'expliquerait encore par le témoignage d'un autre Père du môme siècle, de S. Augustin, témoignage que nous avons rapporté plus haut, et où le saint

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évoque d'Hippone consigne un fait qui lui est personnel, à savoir : une lettre écrite par lui à l'évoque Victorinus et scellée du cachet de son anneau (Epist, ccxvii). Nous aurons l'occasion de parler plus bas de l'anneau du pape S. Eusèbe, qui siégeait en 310. Nous pouvons maintenant produire un exemple du troisième siècle, celui de S. Calus qui occupait la chaire de S. Pierre en 283, fut martyrisé en 296, et dont l'anneau fut retrouvé dans son tombeau, ouvert en 1622 (Aringhi. Rm, subt, t. II. p. 426). Or, il n'y a pas de raison de supposer que S. Calus soit le premier évoque qui ait porté un anneau comme sceau et comme insigne épiscopal. D'ailleurs les dernières paroles du texte de S. Optât, au sujet des divers usages de l'anneau remis à l'évoque à la cérémonie de son ordination : Ut mysteria scripturx a perfidis sigiHet , sécréta Ecclesùe resignet, se rapportent évidemment à la discipline du secret et doivent par conséquent s'appliquer au temps où cette discipline était en vigueur, c'est-à-dire à l'Église primitive, à l'Église des persécutions. Selon les plus anciens liturgistes (Durant. De rit, Eccles, 1. ii. c. 9. n. 37), l'ésêque ne devrait porter l'anneau à l'annulaire que quand il officie pontificalement, et, en toute autre circonstance, à l'index, parce que, comme symbole du silence, ce doigt fut appelé dans l'antiquité sHentiarius ou encore salutaris, à raison des avantages qui résultent de la discrétion.

L'anneau épiscopal doit être d'or et orné d'une pierre précieuse, sans intaille ni figure quelconque (Durant, op. et loc. laud.). L'or avertit l'évoque de l'obligation où il est de reproduire en sa personne les qualités de ce précieux métal : sa ductilité, en se montrant toujours doux et miséricordieux envers tous ; sa pureté, par l'intégrité de sa doctrine et de ses mœurs; son éclat, par la splendeur de ses œuvres et de sa réputation ; son poids , par la gravité de sa tenue et de sa vie ; sa valeur : de môme que l'or est le plus précieux des métaux , ainsi l'évoque doit se montrer le plus parfait des chrétiens (A. Dusaussay. PanopL episc. p. 197 seqq.).

Que les anneaux épiscopaux aient été, dans l'antiquité , ornés d'une pierre précieuse, c'est ce qu'on pourrait conclure de l'usage des fidèles eux-mêmes sur lequel nous nous sommes suffisamment étendu ailleurs (V. l'art. Anneaux), et plus encore d'un grand nombre d'anciens monuments de ce genre qui se voient dans les musées. Nous sommes en outre autorisés , par une foule d'exemples , entre autres par ceux de S. Augustin, de S. Ebregesile, de S. Agilbert, cités plus haut, à penser, contre l'opinion de Durant, que la défense d'y graver des symboles ou d'autres sujets chrétiens n'é-

tait pas aussi absolue qu'il le suppose. D'après Dusaussay (Op. laud. p. 215), l'anneau sigillaire du pape S. Eusèbe portait, sur l'une des faces de son chaton, le monogramme de son nom ; sur l'autre, le monogramme du Christ. Du reste, l'opinion du célèbre liturgiste peut se concilier avec les faits, en la prenant dans ce sens qu'il n'est pas convenable à un évoque de porter un anneau décoré d'images profanes, con.me cela eut lieu plus d'une fois à cette époque de réaction passionnée en faveur des chefs-d'œuvre de l'art antique qu'on appelle la Renaissance; on vit alors des évoques et des papes même orner leurs doigts de pierres païennes. Mais rien ne s'oppose à ce que le sceau d'un successeur des apôtres soit revêtu de quelque sujet édifiant et propre à réveiller des idées pieuses, soit en lui-même soit chez les fidèles.

L'usage le plus vulgaire de l'anneau épiscopal, celui qui lui est commun avec tous les autres , est de sceller les lettres , comme nous l'avons vu par l'exemple de S. Augustin, et d'imprimer aux actes de leur autorité le sceau de l'authenticité, ainsi que le prouvent les instructions données par Clovis aux évêques du premier concile d'Orléans. Mais il a eu, en outre, de tout temps, une destination spéciale et sacrée. Dans la cérémonie de la consécration des autels , l'évêque appose son sceau sur la petite boite de reliques qu'on place sous la table consacrée. Dès la plus haute antiquité, il a servi à sceller les reliquaires. Quand Syroès, fils de Chosroès, roi des Perses, eut rendu aux chrétiens le bois sacré de la vraie croix, cette adorable relique fut trouvée intacte , et on reconnut que les sceaux n'avaient souffert aucune atteinte (Baron. Ad an. 627). Ce sont des sceaux de ce genre qui établirent aux yeux de S. Louis l'identité des fragments de la vraie croix et celle de la couronne d'épines que ce saint roi avait reçus de l'empereur Baudoin II et fait rapporter de Constantinople en France. (V. Dusaussay. MartyroL Gall. xi kal. jan.)

On compren(J que, eu égard à tous ces saints usages auxquels il est affecté, l'anneau des évêques ait dû être, dans tous les temps, l'objet d'une grande vénération. C'est ce sentiment de pieux respect qui, sans doute, a fait naître la coutume de le donner à baiser aux clercs dans certaines parties de la liturgie, et aux simples fidèles en diverses circonstances, notamment avant la réception de la sainte eucharistie. (On trouvera dans le septième chapitre de la Pan<plia episcopalis d'André Dusaussay de longs et intéressants détails sur les significations mystiques de l'anneau épiscopal.)

ANIVEAUX. — A l'exemple de tous les peuples de l'antiquité, et des Juifs en parti-

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culier, les premiers chrétiens, même dès le temps des apôtres, avaient adopté l'usage des anneaux, en or, en argent, en pierres précieuses (Prudent. Peristeph, hymn. i. v. 857); on a recueilli à Rome d'innombrables objets de ce genre, dans les cimetières des chrétiens et des martyrs (V. Boldetti. p. 502. seqq. — Marmachi.t. 1.56-261 etpassim. — Perret, iv. pl.xvi). Nous voyons même par les écrits des Pères, et en particulier par ceux de Tertullien (De habit. mulier. v), de S. Clément d'Alexandrie {Pœdag. II. 12), de S. Cyprien {De Disciplin. et kétt, virg.)^ de S. Jérôme (Epist, ad Lœt ), que cette coutume n'avait pas tardé de dégénérer en abus. Ces docteurs de l'Église s'élèvent avec une extrême sévérité contre la prodigalité de l'or et des pierreries.

On montre à Peyrouse une bague d'améthyste qui, d'après une pieuse tradition, ne serait autre que l'anneau nuptial de la Ste fierge (Dusaussay. Panopl, epûc. 194). L'église de Sainte- Anne à Rome conserve aussi, au dire de Baronius {Not. Martyrol. Rom. vu kal. aug.), l'anneau nuptial de cette auguste mère de Notre-Dame.

Il est probable que les anneaux en usage parmi les fidèles étaient exécutés par des artistes chrétiens : car la profession d'orfèvre était une de celles qui n'étaient pas interdites aux fidèles (V. l'art. Professions des premiers chrétiens) . Il y avait aussi parmi eux des lapidaires et des graveurs sur pierres fines (Lami. De erudtt. apo$t p. 268).

Les plus communs des anneaux usités dans ces temps primitifs sont de simples cercles d'ivoire sans aucun ornement ; on en trouve beaucoup à l'extérieur des tombeaux, et on a supposé que plusieurs avaient été faits avec cette intention funéraire (Boldetti. 504). (V. l'art. Acclamation.) Mais nous devons parler surtout ici des anneaux destinés à être portés au doigt par les vivants, et qui sont les plus nombreux et les plus intéressants. C'est cependant toujours dans les tombeaux qu'on recueille les objets de cette nature, parce que les anciens avaient coutume d'y renfermer les choses que les défunts avaient possédées et aimées pendant la vie. Qui ne sait les trésors de ce genre qui furent tirés du sarcophage de l'impératrice Marie, femme d'Honorius? Nous apprenons de S. Grégoire de Tours (De glor, cùnfess. xxxv) qu'on avait trouvé de son temps dans un antique sépulcre de marbre de la basilique de Saint- Vérand le corps d'une jeune fille qui avait des anneaux aux doigts. Les sépultures franoues, germaines, et saxones explorées par M. l'abbé Cochet (Normand, souterr. 347. 351 et alib.) ont fourni aussi un grand nombre de bagues^ la plupart en bronze, quelques-unes en argent et en or, le pins souvent passées encore au doigt du

défunt. La plus remarquable de toutes est celle de Childéric recueillie dans son tombeau à Toumay.

On peut diviser les anneaux chrétiens en sept classes principales.

1° Des anneaux très-simples, en bronze ou en fer, sans chaton ni empreinte quelconque, et appelés ansnlœ par quelques auteurs ecclésiastiques et par S. Augustin en JMirticulier (Doctnn. Christ, ii. 20). Tel est celui que S. Saturus, au moment de son martyre, prit au doigt du soldat Pudens et qu'il lui rendit ensuite teint de son sang, selon le récit qui se trouve dans les actes de Ste Perpétue et de Ste Félicité (Ruinart. p. 88).

2« Mais la classe la plus riche sans contredit comprend les anneaux ornés de symboles chrétiens, de ceux principalement que désigne S. Clément d'Alexandrie (PxJag. m. 106) comme les plus convenables au sceau d'un disciple de Jésus-Christ : — A. La colombe qui y est quelquefois seule (Boldetti. 502. tav. m. 27), ou accompagnée d'autres attributs, tels que le Bon- Pasteur, l'ancre, le poisson, Jonas, etc. (Costadoni. Delpescesimb. di Cristo. n. 12). Un anneau d'or cité par M. De' Rossi (Ix^* Index, n. 97) est orné de deux pierres dont l'une offre le poisson, l'autre une colombe et un arbre, avec l'inscription iEMiLiA. Ce type a des variétés infinies pour lesquelles nous renvoyons à notre mémoire sur les anneaux des premiers chrétiens (P. 17). — B. Le poisson. Ce symbole est celui qui se rencontre le plus souvent sur le genre de monuments dont nous parlons. La dissertation du P. Costadoni sur l"lX.Wç symbolique (Ap. Calogera. série 1. 1. xli. p. 226. seqq.) est suivie d'une planche qui en contient un certain nombre, dont quelques-uns ont été reconnus pour faux; M. De' Rossi en mentionne néanmoins encore avec pleine confiajice une trentaine qui tous montrent, soit le mot ixerc, soit la figure du poisson, tantôt accompagnée de l'inscription nicorc ou iHcorc xpECToc, ou d'autres symboles. (Pour les détails, voy. le mém. cité plus haut.) On pense que, eu égard à leur élégance, les anneaux et pierres annulaires portant cet emblème ne doi-' vent pas être postérieurs au quatrième ou au cinquième siècle. — C. Le navire. Quand il est isolé, il signifie l'heureuse navigation vers le port de l'éternité; mais il est le symbole de l'Église, quand il repose sur le dos d'un poisson, comme dans la pierre annulaire illustrée par Aléandre (Nav. Eccles. réfèrent, symb.)^ et dans quelques autres semblables. (V. les art. Navire et kglise.) Le même sens, ^ notre avis , doit être assigné à une gemme antique du cardinal Etienne Borgia (De cruce Velit, 213) où se voit un pilote qui n'est autre que Jésus- Christ, et six rameurs de chaque côté qui représentent

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les douze apôtres. — D. La lyre ^ qui est l'un des objets assignés par S. Clément d'Alexandrie, se trouve rarement isolée sur les anneaux arrivés jusqu'à nous. Le seul que nous connaissions %ure dans le livre de M. Perret (Vol. iv. p. xvi. 60). Une gemme du musée Vettori fait voir la lyre, mais aux mains d'Orphée (Mamachi. m. 81. not.), et encore est-il permis de douter que le monument soit chrétien. — E. Lancre. (Ci, pour le Navire et V Ancre). Elle est ordinairement cruciforme , c'est - à - dire qu'audessousde l'anneau, elle est munfe d'une traverse qui donne à sa partie supérieure la forme d'une croix (V. Bottari. m.

19). Elle est souvent accostée de deux poissons ou enlacée à un dauphin (Lupi. Epitaph. Sever. M. 64. not. I) ; quelquefois, placée entre le I et le X initiales du nom de Jésus-Christ, et une fois entre les lettres X et B, ce que Bottari interprète par xpictoc Bioc, Christus vita; « Le Christ la vie. » Les symboles indiqués par S. Clément ne

sont pas les seuls qui furent adoptés par les premiers chrétiens.

Nous avons de leurs anneaux où sont gravées les sigles A et w ; d'autres qui portent le monogramme du Christ , tantôt seul, tantôt accosté de l'A et de l'a), ou de deux palmes

(Boldetti.t6.nn. 29-31. 30- 33. — Vettori. Num apr.

52), tantôt accompagné du Bon-Pasteur et d'une palme (Porret. loc. la»id. n. 49), ou du labarum et de la croix (Id. 53); quelquefois, c'est le Bon-Pasteur, tantôt isolé (Id. 61. 82. 19), tantôt avec la palme et le chrisme (Id. 49), avec une colombe sur un olivier (Id. 2) ; tantôt entouré de son troupeau, avec une couronne d'étoiles sur la tête, deux arbres à sa droite, le tugurium et le chien à sa gauche (Id. 80), etc., etc.; on y trouve parfois la palme, associée à d'autres sujets, ou isolée (Id. 25. 34. 13); ou bien encore l'agneau ou la brebis, avec quelques-uns de leurs attributs habituels, le nimbe, le chrisme, la croix, etc.; ou enfin le paon (Id. 28) ou le coq (Id. 66), le lion (Boldetti. tav. iv. 35) etc.; une améthyste de la bibliothèque de Turin est ornée d'une tige de vigne chargée de raisins entre deux épis : ce sont les deux éléments de l'eucharistie; mais la pierre ne doit pas être très-ancienne. 3° Viennent en troisième lieu les pierres

annulaires où sont représentés, soit le portrait de Notre-Seigneur d'après le type traditionnel adopté par la primitive Eglise (V. l'art. JesuS'Cfirist) ^ soit quelque fait de sa vie, par exemple sa nativité. Ce que nous connaissoas de plus ancien et de plus curieux en ce genre, c'est une calcédoine blanche offrant la tête du Christ jeune et imberbe, représentée de profil, et accompagnée de son nom en caractères grecs xpicTor, et au-dessous un poisson. Ce bijou attribué au deuxième ou au troisième siècle, est placé comme vignette par M. Raoul-Rochette au frontispice de son Discours sur les types imitatifs qui constituent Varl du christianisme.

La nativité est représentée comme il suit sur une de ces gemmes imitées qui ne sont autre chose que du verre coloré (Vettori. Num, ser. explic, p. 37. tab. m). L'enfant Jésus enveloppé de langes et couché dans la crèche , à travers les montants de laquelle pfaraissent de face le bœuf et l'âne. A droite , brille l'étoile des Mages; à gauche, la lune, symbole delà nuit qui couvrit la naissance du Sauveur. Audessous de la crèche, se trouvent Marie voilée, à demi couchée sur un petit lit et Joseph assis. La tête de Notre-Seigneur est ornée du nimbe crucifère, celles de Marie et de Joseph portent le nimbe uni. Ce fut là sans doute un type répandu chez les premiers chrétiens, bien que les exemples arrivés jusqu'à nous soient rares. (V. l'art. Nativité.)

4" On gravait aussi sur les sceaux et les anneaux l'image dos Saints, par exemple celle de S. Pierre et de S. Paul retracée sur une cornaline que rapporte Mamachi {Costumi, prefaz.), et cet usage s'est continué au moyen âge pour les sceaux des papes : l'effigie des deux apôtres figure sur celui d'Eugène iV avec cette épigraphe : svb anvlo capitvm principvm apo- STOLORVM. « Sous l'auneau des têtes des princes des apôtres. » Nous apprenons de S. Jean Chrj'sostome que, de son temps, les chrétiens portaient des anneaux ornés de l'image de S. Melecius (Ap. Metaphr. et vu Synod.). Nous en citons beaucoup d'autres exemples dans notre mémoire spécial (PP. 32-33).

5" Les anneaux et pierres enrichies d'acclamations, dont la plus fréquente est vrvAS in deo qui se lit sur plusieurs de ceux du recueilde Ficoroni, et sur un sceau de fer gravé dans l'oïivrage de P. Lupi (Ser. epitaph. tab. ix. p. 57). Il existe un chaton d'anneau où elle est inscrite autour d'un buste comme la légende des médailles (Perret, rv-xvi. 14). Quelquefois elle est jointe au nom de la personne à Laquelle l'anneau était destiné : devsdedit vivas in deo « Dieudonné, vis en Dieu! » (Ficoroni. vu. 20). Telle est encore la légende d'une bague d'or du troisième siècle appartenant au car-

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