‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 212 sur 266 · IV. — Les temps et les lieux cofisacrés à la prédication · texte numérisé non relu

IV. — Les temps et les lieux cofisacrés à la prédication

1° Dès la naissance de l'Église, le dimanche fut un jour de réunion et de prédication pour les fidèles (Act. xx), nous le savons par S. Jérôme (Epist. CL. Ad Uedib.), S. Augustin (Epist. Lxxxvi. Ad Casulan,), S. Ambroise, S. Chrysostome, etc. On prêchait encore aux jours de fêtes et en particulier à celles des martyrs (Chrysost. orat. Adv. Judxos)\ à la consécration des évoques : ainsi S. Grégoire de Nazianze prêcha à l'occasion de celle de Sasimorus {Orat. viij, S. Grégoire de Nysse et S. Chrysostome portèrent eux-mêmes la parole à la cérémonie de leur propre ordination. Il y avait encore an sermon au jour anniversaire de ces solennités : exemple S. Augustin (Homil. xxiv et XXV Ub. l hom.), S. Léon le Grand {Serm. i. ii. m), etc.). Plusieurs discours de S. Augustin prouvent qu'il en était de même à la consécration des basiliques et des autels : ainsi Faustus, évoque de Reims, prêcha à Lyon à l'occasion de la dédicace d'une église, c'est S. Sidoine Apollinaire qui nous l'apprend {Epist. m). On prêchait encore aux vigiles de certaines fêtes (Gaudent.Brix. Tract. iv), et tous les jours du carême et de la semaine de Pâques. S. Césaire d'Arles prononçait des homélies presque tous les jours, aux heures de matines et de prime ; S. Ambroise était dans le même usage (Augustin. Confess. VI. 3); et S. Augustin renvoie souvent ses auditeurs à ses instructions de la veille ou d'un jour précédent ; il y avait en certains lieux deux sermons par jour ; et quelquefois dans la même assemblée ; le prêtre prêchait le premier et l'évêque venait corroborer sa parole par une paternelle exhortation, c'est ce que nous apprenons de S. Chrysostome, de S. Jérôme et d'une foule d'autres Pères. Enfin quand deux ou plusieurs évêques se trouvaient ensemble dans la même congrégation, plusieurs parlaient successivement, comme firent à Constantinople, au rapport de S. Jérôme, S. Épiphane et Jean de Jérusalem.

2" L'église fut toujours le lieu ordinaire de la prédication chez les chrétiens, comme le temple et la synagogue chez les Juifs. On prê-

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chait d'un lieu élevé, afin que le peuple pût mieux entendre la parole de Dieu. Ce lieu, pendant les persécutions, était la chaire creusée dans le tuf au sein des cimetières, et dans les ' basiliques, la chaire encore ou siège de marbre au fond de l'abside (V. l'art. Chaire), ou l'ambon, placé entre le sanctuaire et la nef. (V. l'art. Ambon.) On prêcha quelquefois aussi des degrés de l'autel, ainsi que S. Grégoire de Nysse nous l'apprend de lui-même {Orat, de baptism.;, et comme il ressort de ces beaux vers de S. Sidoine Apollinaire {Çarm. eucharist. ad Faust, episc.) :

Seu te conspicuis gradibus venerabilis arae Concionaturum plebs sedula circumsistit....

Sur la prédication dans les premiers siècles on trouvera beaucoup de détails dans Bingham (Origin, eccl. t. i. p. 321), et à peu près tout ce qu'on peut désirer dans l'ouvrage de Ferrari De ritu sacrarum Ecclesix veteris concionum. In-40. Veronae. 1731.

PREMICES DES FRUITS. - V. l'art.

Clergé, n. I. 6*>.

PRESBYTERA. — V. l'art. Matricule.

PRÊTRES. — Ceux qui étaient placés au second degré de la hiérarchie ecclésiastique furent, dès le principe, appelés chez les Grecs 'jrpea€uT£poi, ce qui équivaut à seniores, « vieillards,» moins à raison de leur âge que de leurs maturité, de leur sagesse, de leur doctrine ; l'Église latine, pour les désigner, adopta aussi le nom de presbyteri. On les nomma encore sacerdotes, des choses sacrées, a sacris, qu'ils sont appelés k traiter.

I. — Le premier office du prêtre est d'offrir le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ ; le second est de bénir. C'est pour cela que S. Éphrem dit quelque part [Serm. de timoré Dei) : « Honore les prêtres, afin que la bénédiction de leur bouche descende sur toi. » S. Antoine s'inclinait devant les prêtres comme devant les évêques pour recevoir leur bénédiction. La troisième fonction du prêtre est de présider les assemblées chrétiennes en l'absence de l'évêque, ou d'occuper le premier rang après lui, quand il est présent; la quatrième est de prêcher, mais seulement en vertu de la délégation de l'évêciue qui est le premier et essentiel ministre de la parole divine ; car, dans la cérémonie de la consécration de Tévêque, on lui met le livre des Évangiles sur les •épaules (V. l'art. Prédication). La cinquième fonction du prêtre est de baptiser, pouvoir qui implique celui d'administrer ceux des autres sacrements qui ne sont pas réservés à l'évoque.

Le prêtre avait le droit de s'asseoir à l'église avec l'évoque, ce qui était interdit au dia-

cre, avec cette dififé renée cependant que léévêque occupait un siège élevé appelé tkmu celsus, tandis que celui du prêtre était dil thronus secundus (V. l'art. Chaire). Les prêtres étaient rangés en demi-cercle aux côtés du prélat; c'est pour cela que les ConititMtmt apostoliques (Lib. 11. cap. 3) leur donnent les noms collectifs de spiritualis corona, ctrculi presbyterii, corona Ecclesix. Dans les chapelles et églises des catacombes, on voit encore les sièges des prêtres, ainsi que la chaire épiscopale, taillés dans le tuf au fçnd de l'abside ;V. Marchi. A/onum.deWe art. Crist. tav.xxxvi^, et la même disposition se fait remarquer dans toutes les vieilles basiliques de Rome, dans celle de Saint-Ambroise à Milan, et raieiu peut-être qu'en tout autre, dans celle deNola. qui, aujourd'hui encore, est, quant à cet objet, telle que S. Paulin la fit construire. Dans les ordinations, ils avaient le droit d'imposer les mains aux nouveaux prêtres {Concil. Cartha^. iv) ; et de nombreux monuments du quatrième siècle et des suivants prouvent qu'ils siégeaient au second rang dans les conciles provinciaux et en souscrivaient les définitions après les évêques.

Le corps des prêtres attachés à chaque église était appelé presbyterium chez les Latins, et chez les Grecs du nom correspcndaDl, ::p£ai5uTépiov, ou encore owvéôpiov tou 7;p£«6wtipiou, « l'assemblée du presbytère, 9 sewUM £cclesiœ^ senatus Christi, consiliarii ep«cojw,cwisilium Ecclesix. Depuis les premiers siècles jusqu'au cinquième, les prêtres et les diacres ne formaient avec l'évêque qu'un corps; ik constituaient son sénat, et, pour nous servir de l'expression du pape Siricius (£pMt. n.- Feiic. PP. Epist, iv), ils régissaient de concert avec lui a le trône apostolique, i En conséquence, il était défendu à l'évêque de conférer les saints ordres sans leur consentement, aussi bien que d'entendre les causes et de rendre la justice en leur absence. Bien plus, l'évêque ne devait qu'avec le conseil du presbytère traiter les affaires relatives à la discipline et au patrimoine de l'Église {Concil. Carihag. iv. 22. 23.— Greg. Turon. dial. 11 De mirac. S. Martini. - Concil. Turon. 11. 7. — Tolet. vi). Aussi arrivait-il que quand l'évêque mourait ou s'éloignait de son siège, le presbytère tenait sa place ; en s'abstenarrt néanmoins de traiter les affaires d'une grande importance {Epist. dff. Rom. ap. Cyprian. Epist. v et xxxi), et surtout de conférer les ordres. (S. Ignat. Epist. adAntioch. — Cyprian. Epist. x.) Au moyen âge, l« presbytère prit le nom de chapitre.

Quant à l'âge requis pour être admis à l'ordre de la prêtrise, il ne parait pas qu^il y eût rien de fixe pendant les premiers siècles, si l'on excepte le décret du pape Siricius, près-

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crivant que, quand un clerc avait été initié au diaconat à l'âge de trente ans, il ne pouvait être ordonné prêtre que cinq ans après, c'està-dire à trente cinq ans. Justinien défendit, pour l'Orient, qu'un diacre fût élevé à la prêtrise avant sa trente-cinquième année ; mais en Occident, il fut reçu de les ordonner à trente ans, tant dans les Gaules qu'en Espagne et en Germanie (V. Pelliccia. De Eccl. polit. 1. 1. p. 58 ', à moins que la nécessité ne fit fléchir la règle.

Dès que l'évêque avait pris les informations voulues sur les mœurs et l'âge des diacres, et que le peuple avait donné son adhésion à leur ordination, ils étaient promus à l'ordre de la prêtrise. L'ordination du prêtre était autrefois simple et courte dans l'Église orientale aussi bien que dans l'Occidentale ; elle se réduisait à ceci: que l'évoque, conjointement avec les prêtres de son Église, imposait les mains à ïordinand^ en récitant les oraisons ad hoc '1 Tim. — Const, apost. 1. viii. c. 16.— ConciL CoTthag. IV. 3. — Hieron. In Is. c. lviii). Dès le sixième siècle, à l'imposition des mains et à l'oraison, on joignit l'onction des mains, dans les Églises des Gaules, de l'Espagne et de l'Afrique ; ce n'est qu'au neuvième que cette cérémonie fut adoptée par l'Église romaine et les autres Églises latines (Nicol. PP. In respons. ad Rodulf. archiep. Biturig. — cf. Pelliccia. I. 59;. Les Églises d'Orient y restèrent toujours étrangères, s'en tenant à l'ancienne liscipline. Les autres cérémonies, la tradition les vases, par exemple, ne remontent pas plus laut que le dixième siècle.

II. — Les grands collecteurs d'inscriptions eus ont conservé un nombre considérable d'éitaphes antiques où la dignité de prêtre est lentionnée. Un des monuments les plus préieux à cet égard est sans aucun doute l'inscripon qui était tracée sur un verre recueilli au ciletière de Galliste (Buonar. p. xiii) : asin>P:pre, u'on pourrait traduire paLvAsinius Christipresyter, c Asinius, prêtre du Christ. * On a trouvé y a peu d'années dans le môme cimetière l'incription d'un prêtre nommé Denis, qui était n môme temps médecin et probablement Grec : lONTaoT II lATPor II nPECBrTEPor. (V. l'art. Profesions exercées par les chrétiens,) Nous reprouisons d'après Marini (Papiri diplom. p. 301) a. suivante, qui doit dater à peu près du temps u pape Damase, si Ton en juge par les caracères qui sont conformes à ceux auxquels ce (ontife a donné son nom, et qui, en outre* a ela de particulièrement intéressant qu'elle tst le premier monument qui atteste l'exisence des tnansionarii (V. ce mot) : Locus

•AVSTim QVEM COM || PARAVIT A IVLIO || MANSIOlARIOSVB II CONSCIENTIA PRES || BYTERIMARCIANI.

faustinus avait acheté ce lieu pour sa sépul-

ture du mansionarius Julien, sous la conscience (Sans doute pour caution) du prêtre Marcianus.

Voici une inscription métrique de l'an 381 que nous empruntons au recueil de M. De'

ROSSi : PRAESBYTER HIC SITVS EST CELERINVS NOMINE mCtUS II CORPOREOS RVMPENS NEXVS QV£ GAVDET IN ASTRIS || DEP VIU KAL IVN FL SYAGRIO

ET EVCERio, « Un prêtre repose ici, ayant nom Celerinus, — délivré des liens du corps, il jouit maintenant dans les astres.... » Qelle-ci a été publiée par MafTei (Mus. Veron. p. 279. n. 9) : Locvs maximi presbyteri. L'épitaphe de deux époux chrétiens, Alexius et Capriola, nous fait connaître les noms des prêtres Archelaûs et Dulcitius", avec l'autorisation desquels ces fidèles s'étaient préparé leur tombeau de [leur vivant : alexivs et capriola

FECERVNT se VI VI II IVSSV ARCHELAI ET DVLCITII

PRESBB (Perret, v. lxxv. n. 1). L'épitaphe d'un prêtre nommé Benegestus fut trouvée dans un ancien cimetière, près de Velletri (Amaduzzi. Anecdot. litt. Rom. t. ii. p. 48^) : VENEGESTYS (Pour Benegestus; PRE viTER II (Pour presbyter) in pacae (Sic) Domini dormit. La collection des Génovéfains de Lyon a fourni au musée lapidaire de cette ville l'épitaphe d'un prêtre du nom de Romanus, que nous rapportons ici d'après M. de Boissieu (Inscr. de Lyon. p. 580), à cause de deux circonstances intéressantes : la première, c'est que la formule IN page étant précédée du mot vixit, vient témoigner de Torthodoxie de ce prêtre (V. l'art. IN page) ; la seconde est le vase qui est gravé au-dessous du titulus., symbole très-commun, comme on sait, sur les marbres chrétiens (V. l'art. Vases sur les tombeaux)^ mais qui nous parait être ici le symbole de la profession de Romanus.

Voici cette inscription dans toute la barbarie de son orthographe : in hog tvmolo || requiiscit

BONAE II MEMORIAE romanus II PRESBITER QUI v'iXIT II IN PAGE ANNîS LXIII || OBIIT NONVM K

FEB II RARiAS. On trouvera d'autres épitaphes de prêtres ou mentionnant des prêtres, dans Gruter(MLiv. 25), dans Reinesius (Class. xx. passim.), etc. Nous terminerons cet article par l'épitaphe métrique d'un prêtre nommé Sisinnius, attribuée au pape Damase, et qui est tout au moins d'un poëte de son école {Patrolog. Migne. t. xiii. col. 1218).

PRESBYTER HIC VOLVIT SISINNIVS PONERE MEMBRA OMNIBVS ACCEPTVS POPVLIS DIGNVSQDE SACKRDOS OVI SCIRET SANCTAE SERVARE F0EDER4 M ATRIS BLANDVS AMOHE DEI SEMPER QVl VIVERE NOSSET GONTENTVSQVE SVO NESCIRET PRINCIPIS AVLAM.

« Le prêtre Sisinnus a voulu déposer ici ses membres, — Aimé de tout le peuple, prêtre vraiment digne — Qui sut garder ses engagements envers la sainte Mère (l'Église), — L'amour de Dieu

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brilla toujours dans sa vie, — Content de sa position , il ne connut point la cour du prince. »

PRIÈRE (attitudes de la).— I. — Les premiers chrétiens avaient coutume de prier debout, les mains étendues, un peu élevées vers le ciel, et la face tournée vers Torient. La preuve matérielle de cet usage, du moins quant aux trois premières circonstances, se rencontre à chaque pas dans les monuments primitifs : les fresques, les sarcophages, les pierres sépulcrales, des catacombes romaines spécialement, les verres historiés qu'on y recueille en abondance, les vieilles mosaïques qui décorent les basiliques primitives, etc., offrent des fidèles des deux sexes, et surtout des femmes, représentés dans cette attitude. (V. Aringhi. passim. et en particulier, ii. p. 285.)

On donne vulgairement à ces figures le nom adorantes. Elle se font souvent remarquer par la richesse et Télégance de leur costume, elles portent de grandes tuniques, ou mieux des dalmatiques à manches larges et drapées, garnies de broderies et de bandes de pourpre, elles sont parées de colliers, de bracelets et d'autres bijoux (V. Bottari. tav. xix. clui). Ces vêtements somptueux sembleraient au premier abord constituer une contradiction ou un contraste avec la modestie bien connue des femmes chrétiennes de la primitive Église. Mais, en décorant ainsi leur image, on avait bien moins pour but de retracer aux yeux ce qu'elles avaient été dans la vie, que d'exprimer allégoriquement la gloire dont elles jouissaient dans le ciel : dans les sépultures de tout genre, Vorante placée ordinairement entre deux arbres, image hiéroglyphique du paradis , était le symbole de Pâme devenue l'épouse de Jésus-Christ et admise à ce titre au festin céleste. Ainsi s'explique la magnificence du vêtement de Ste Priscille représentée en orante dans le cimetière de son nom (V. Perret. Catacombes, vol. m. pi. m). Telle est encore l'image de Ste Praxède qu'on peut voir dans *une belle mosaïque romaine, couverte de la tête aux pieds de pierres précieuses (V. Ciampini. Vet. monim. t. ii. tab. 47). Dans une vision célèbre, Ste Agnès s'était montrée à ses parents, huit jours après son martyre, revêtue de draperies précieuses, et, pour employer l'expression de ses actes, auro textis cycladibus induta (V. notre Notice Ilist. liturg. et archéoL sur le culte de Ste Agnès, p. 82). Ce texte devint le type de la plupart des images de la jeune martyre, type dont nous ne saurions citer un plus bel exemple qu'un verre doré, publié par Boldetti {Cimit, p. 194. tav. III. fig. 3).

Il est une particularité que nous ne devons pas passer sous silence : c'est que plusieurs

de ces femmes en prières , qui sans doute, étaient de nobles matrones romaines, comme fatiguées d'une oraison prolongée, ont les bras soutenus par des hommes que, à leur costume^ on peut supposer être leurs serviteurs (Bosio. pp. 389. 405. — Aringhi. il. 17) ; ce qui rappelle Moïse recevant d'Aaron etd'Ur un senice analogue {Exod. xvii. 12).

L'usage dont il est ici question est attesté non-seulement parles monuments figurés, mais aussi par les monuments écrits de l'antiquité chrétienne, a Les chrétiens, dit Tertullien (Apologet. xxx) prient en élevant les yeux au ciel et en tenant les mains étendues, parce qu'elles sont innocentes ; la tête nue, parce que nous ne rougissons pas, » Jlluc suspicientes {tn cœlum) Christiani manibus expansis^ quiainmcuis, capite ntk/o, quia non erubescimuf.

Prier les mains élevées est une attitude naturelle à tout homme qui s'adresse à la Divinité ; c'est une posture suppliante qui s'est retrouvée chez toutes les nations, même païennes: chez les Égyptiens, ainsi que Tattestent leurs monuments funéraires; chez les Étrusques, nous avons observé au musée Campana deux statues de Chiusi, en terre cuite, dont les bras sont ainsi élevés; chez les Romains, comme on le peut voir au revers de bon nombre de médailles impériales, celles de Trébonnien-Galle, par exemple : la figure en prière est accoiDpagnée de la légende : pietas. avgg. (V. Mionnet. Rareté des médaiUes romcUnes. ii. p. 13.) Mais Tertullien nous fait observer que, soit l'attitude, soit l'intention des fidèles étaient bien différentes de celles des idolâtres: cPour nous, dit ce Père (De orat. xi), nous ne nous contentons pas d'élever les mains, comme foot les païens, mais nous les étendons en souvenir de la passion du Seigneur, » Nos vero non titollimus tantuniy sed expandimus^^ e dominin passione modulatum; ils voulaient imiter Jésus-Christ en croix, comme il est raconté de quelques martyrs au moment de leur supplice, en particulier de S. Montanus, disciple de S. Cyprien (Ruinart. p. 235), et des SS. Fnictuosus, Augunus et Eulogius (Usuard. zn kd. febr.) : Manibus m modum crucis expaksis CRANTES. Plusieurs autres Pères ont exprimé la même idée. Aussi est-il facile de distinguer dans les monuments figurés les onmtes chrétiennes d'avec celles qui se rencontrent dans le domaine du paganisme. Celles-ci élèvent les mains verticalement, de façon que la flexion du coude forme un angle droit ; les chrétiennes, au contraire, portent les bras dans une position presque horizontale ; et il est très-remarquable que Tertullien (De orat. xiii) s'appliqua à décrire cette différence de la manière la plus minutieuse, afin d'éloigner toute idée d'imitation idolâtrique : « Nous n'élevons pas

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vec ostentation, mais avec modeslOdération, > Ne iptis qûidtm mani' lus elatis, ged lemperalt, ae probe

lui le prêtre seul observe, à la it de la vénérable antiquité, lequel dans la litur^e de l'illustre Église . caractère tout à fait primitif: car éploie complètement ses bras en oix pendant qu'il récite l'oraison nédiatement l'élévation.

3ns faire observer que , dans la prie, les catéchumènes priaient debout idèles, avec cette différence cepenix-ci tenaient la face un peu élevée (Tertull. De coron, m), Undis que s inclinaient légèrement la tête, . n'avaieut pas encore obtenu, par l'adoption divine, le titre d'enfants ttt au ciel.

endanl le rit de prier debout n'était iif ; les premiers chrétiens priaient lefois à genoux. Nous en avons un Jis les Actes des apôtres (xxi. 5) :

itant mis à genoux sur le rivage, es, 1 et un second dans la Vie de le Majeur de qui les genoux, par < prières prolongées, étalent deveomme ceux d'un chameau; et un ilèbre aussi dans les actes du mar- Ignace (Huinarl. vu. p. 10. edit, Jis les temps moins anciens, celte !vint encore plus fréquente. Nous le témoignage d'Eusèbe [In Vit.

M, IV. 21. 61) que Constantin iléveot les genoux pour offrir à Dieu i. Jérûme écrit k la vierge Démé- . nu): < Fréquemment la sollicitme t'a portée à fléchir les genoux, i t« ad figenila genua soUiàtinio animx

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iuicitaoit; etàMarcella (Ëpist.xxiii Dtxgrot. BleKillx) : t Elle fléchit tes genoux sur la terre nue, 1 PtectuntuT gtnua supra nudam humum. U est probable que l'usage de priera genoux vintaux chrétiens des Hébreux. Nous lisons en effet dans les saintes Écritures que Salomon, en dédiant son temple à Dieu, avait mis ses deux genoux en terre, atrumqite genu in terram fixerai (3 Reg. viii. 54), et que Daniel, trois fois par jour, se prosternait les genoux en terre et priait: Tribus temporibua in die, fiectebat genaa sua et orabat (Dan. vi. 10). 11 est dit encore que, au moment de son martyre, S. Etienne (,Act, vu. 59) se mit à genoux pour prier en faveur de ceux qui le lapidaient. a. Luc nous apprend aussi que notre Sauveur, au jardin de Getsemani, pria dans cette posture humiliée (Luc. xxi. kl) : Et positis genibus orabat. On comprend que, d'après ce divin exemple, les chrétiens adoptèrent cette manière de prier comme une marque de deuil, une démonstration de tristesse et de douleur : c'est ce qui ressort de ces vers de Prudence, l'un des plus fidèles organes de l'antiquité chrétienne {Ca- Ihem. hgmn. ii. 50) :

Te TOCS, te cantu pio Bogare curvato ge«u Flendo et canendo discimus,

■ Par ia voix, pir un chant pieux , — Nous prions le j^nou cDurt>é , — Pleurant el chantant,

mme nous l'avons appris. >

C'est ce que met plus encore en évidence la coutume de l'Église primitive dans la pratique de la liturgie. L'Église avait prescrit dès le principe qu'on priât debout les dimanches let durant tout le temps pascal, en signe de joie, et à genoux tout le reste de l'année, en signe de pénitence. Cette règle était déjàen vigueur du temps de S. Justin (Qaast. ad orlhodox. resp. 115); elle est mentionnée par Tertuliien

coron. milU. ni) et constatée par S. Jérôme dans ce curieux passage où il parle de S. Paul. {CommerU. Epitt. ad Ephe». Proœm.) • S. Paul resta k Épbèse jusqu'à la Pentecûte, temps de

et de victoire, où nous ne fléchissons pas les genoux, ni ne nous courbons veiis la terre, mais où, ressuscites avec le Seigneur, nous nous élevons vers le ciel. • Ce même usage fut i en loi canonique au premier concile de Nicée [Can. ult.). Sur cette manière de prier, commune aux Juifs et aux chrétiens, il est instructif de voir ce qu'ont écrit Pamelius dans ses notes au traita de Tertuliien De eorona tfl. m. a. 38) et Suicer (Thesaur. ecclet. ad v. r). Quant aux figures de chrétiens priant & genoux, les monuments figurés font complètement défaut, ce qui semble donner raison à ceux qui disent que les orantes sont l'image de l'âme glorifiée. Conformément aux prescrip-

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tions apostoliques, les hommes assistaient à la prière publique dans les temj)les, la tête découverte, et les femmes voilées. Dans quelques Églises d* Afrique, les vierges s'étaient aflVancbies de cette règle : c'est pour les y ramener que Tertullien composa son traité De velandis virginibus.

Nous devons enfin ajouter, d'une manière générale, que les Pères mettaient tout leur zèle à exclure de la prière des fidèles tous les gestes et toutes les pratiques extérieures entachés de quelque caractère bien marqué de paganisme. Ainsi Tertullien (De orat. xn] reprend-il avec sévérité les chrétiens qui , à l'exemple des idolâtres, croyaient devoir, pour rendre leur prière agréable à la Divinité , se dépouiller de leurs pénules.

PRIÈRE PUBLIQUE dans la prim[tive ÉGLISE. — A l'article Liturgie (N. III}, après avoir énuméré quelques-unes des raisons qui expliquent comment il se fait qu'aucune des liturgies antiques ne nous soit parvenue dans son intégrité, nous avons dit que néanmoins il en restait des parties assez considérables pour démontrer, l^que l'Église primitive avait des formes fixes pour l'exercice de son culte, 2° que ces données, si incomplètes qu'elles soient, suffisaient pour nous rendre compte, jusqu'à un certain point, de l'ordre et de la méthode qu'elle suivait dans les principales parties du ministère divin.

Le présent article est le développement de cette dernière proposition.

I. — Des formules de la prière aux temps APOSTOLIQUES. La pratique apostolique embrassait deux ordres distincts de formules : celles qu'elle conserva de la religion des Juifs, et les formules nouvelles qu'elle introduisit comme propres au culte chrétien.

1. Quant aux premières, il est certain que les Juifs avaient des formes fixes de culte, dont les apôtres usèrent librement toutes les fois qu'ils avaient des raisons de se joindre à eux pour la prière , ou que la nécessité l'exigeait ou que les convenances le leur conseillaient. Or, la liturgie des Juifs se composait de deux parties distinctes, dont l'une concernait le ministère du temple, l'autre le ministère de la synagogue ; et elles avaient cela de commun, que dans l'une comme dans l'autre, les prières publiques avaient des formules arrêtées et constantes.

Le ministère du temple, tel qu'il existait au temps de Notre-Seigneur , comprenait, la récitation du décalogue, et des philactères, coupés par trois ou quatre formules d'oraison, la bénédiction du peuple , les oblations , les sacrifices, la musique, la symphonie, le chant des psaumes, et en outre ce qui était spécial à

chacune des fêtes de l'année. Binghani. que nous prenons pour notre principal guide, sauf les précautions et réserves de droit, donne sur toutes ces choses , d'après les plus savants docteurs juifs, les plus curieux détails : le lecteur studieux pourra aller les chercher lui-même dans son ouvrage (T. v. 1. 13. chap. k etsuiv.).

Le ministère de la synagogue différait de celui du temple, en ce qu'il n'avait pas de sacrifice, mais seulement des prières, la lecture des Écritures, leur prédication et leur explication. Parmi les prières, celles-là étaient les plus anciennes et les plus solennelles qui s'appelaient Schemoneh, Esreh^ou duodevigintipncationes , lesquelles passent pour avoir été instituées par Esdras et la grande synagogue au temps de la captivité. Peu avant la ruine de Jérusalem, ils y en ajoutèrent une nouvelle contre les chrétiens, qui y sont traités d'apostats et d'hérétiques : deus exsecretur Nazarxos!

Or, si l'on excepte cette imprécation, comme il est prouvé par les interprètes des antiquités judaïques (V. Bingh. ibid. p. 123) que toutes les autres formules du ministère du temple comme de celui de la synagogue, étaient en pleine vigueur au temps de notre Sauveur et de ses apôtres, on ne saurait douter qu'ils ne se soient associés à ces prières dans les nombreuses circonstances où nous savons {Evang. et Act, passim) qu'ils fréquentèrent le temple et la synagogue.

2. On demande maintenant quelles furent les premières formes de liturgie proprement chrétienne que les apôtres instituèrent. Voici celles qu'on regarde connue certaines : 1« l'oraison dominicale, c'est-à-dire la formule de prière que Jésus-Christ avait livrée à ses disciples; 2« les formules des sacrements, particulièrement du baptême et de l'eucharistie, lesquelles ont toujours et sans aucune variation été employées dans l'Église ; 3» la formule de la profession de foi au baptême , consistant surtout dans la récitation du symbole composé par les apôtres eux-mêmes ; k^ les formules de la renonciation à Satan et de la consécration à Jésus-Christ dans le baptême ; S*» les hymnes, psaumes et autres glorifications de Dieu empruntées aux saintes Écritures ; 6» les formules de bénédiction du peuple, telles que celle-ci : c Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, la charité de Dieu le Père , et la communication de l'Esprit -Saint soient avec vous tous, amen ; > Gratta Dotnini nostri Jesu Christi^ et charitas Dei^ et communicatio sancti Spiritvt sit cum omnibus ro6is, amen (2 Cor. xm. 13); 7° enfin la récitation de l'histoire de l'institution de l'eucharistie, qui, avec roraison dominicale, passe pour avoir été usitée depuis les apôtres au saint sacrifice de l'autel.

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1 voit que, même au temps où TÉglise était vorisée des dons les plus merveilleux et les us extraordinaires du Saint-Esprit, elle laissa pas de s^astreindre à des formes cerines dans le culte divin. Son esprit est touurs le même.

II. — Documents pour le deuxième siècle. !S écrivains ecclésiastiques s'accordent à voir désignation d'une formule fixe et hiératique ns le passage de la célèbre lettre de Pline Frajan où il est dit que les chrétiens se réussaient avant le jour pour chanter altematiment une hymne au Christ, comme Dieu, rmen Christo , quasi Deo dicere secum invim (L. X. epist. 97). Cette notion qui parait positive était sans doute venue à Pline par ddiscrétion de quelque apostat. Ce témoilage, du reste, concorde parfaitement avec i fait analogue que les anciens historiens tribuent, pour le même siècle, à S. Ignace : t évoque martyr aurait établi dans son Église Antiodie un chant à^ antiennes y c'est-à-dire I mode de célébrer la Ste Trinité par des lants alternatifs (Socrat. v. 8) ; et S. Ignace i-méme, dans sa lettre aux Magnésiens (N.vii) ppose que cette méthode de prière fut adope par les autres Églises : Sit una communis wUio. Eusèbe cite (v. 28) un auteur de la i du deuxième siècle qui mentionne « des aumes et des cantiques des frères depuis igtemps déjà écrits par les fidèles, par lesels ils célébraient le Christ Verbe de Dieu^ lui attribuant la divinité. » On sait que Lun s'était glissé dans une assemblée de chré- Ds, et outre la curieuse description qu'il is a laissée du lieu aussi bien que de l'atide des fidèles (V. l'art. Basiliques) , il parle ore des chants qu'il y avait entendus, « une ire commençant par le Père (C'est l'oraison oinicale), et se terminant par une hymne plusieurs noms, » ce qui rappelle probable- Dt les supplications prononcées par le diapour les diverses classes de l'Eglise, et à cune desquelles le peuple répondait : Kyrie ton. (V. une excellente note de Selvaggio. p. 97.)

)n ne saurait méconnaître l'indication d'une itable forme de prières régulières dans passage de la deuxième apologie de S. Jusoù il parle t de prières communes, et de iplications que prononçaient les fidèles, tant ir eux-mêmes, que pour le nouveau bap- ! , iUuminato , ainsi que pour toutes les res nations. » Nous avons quelque chose plus positif encore de notre S. Irénée (L. i. ), c'est la mention de formules usitées dans assemblées chrétiennes et se terminant par mots : tlç xohç ivjr*0Lç Tcôv dli(i>v(ov, per sscula Uorum : c'est évidemment la doxologie qui chantait à la consécration de l'eucharis-

tie, et qui se trouve dans les Constitutions apostoliques (viii. 12), comme il suit : Quoniam tibi omnis gloria^ veneratio^ gratiarum actio; honor et adoratio Patri et Filio et Spiritui sancto, nunc et semper et in infinita ac senipitema sxcula sxculorum^ c A toi toute gloire, vénération, actions de grâces ; honneur et adoration au Père et au Fils et à l'Esprit-Saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles infinis et éternels. » À quoi le peuple répondait, amen.

A peu près vers le môme temps, vivait S. Clément d'Alexandrie, qui {Strom. vu. 6) appelle l'Église « l'assemblée de ceux qui sont appliqués aux prières n'ayant en quelque sorte qu'une voix et qu'un cœur. » Aussitôt après vient TertuUien dont les témoignages à cet égard sont innombrables. Tantôt il . s'agit du baptême dont il énumère les cérémonies et formules d'institution purement ecclésiastique : Lex tinguendi imposita est et forma pTxscripta (De bapt, xiii) ; tantôt des assemblées où il atteste qu'on lisait les Écritures, qu'on chantait des psaumes, qu'on prononçait des discours ( De anima, ix ). Ailleurs {Apol. <xxix) il parle des prières pubHques faites par l'Église pour « les empereurs, les ministres et les puissances. » A son tour, il vient attester l'usage (De spect. xxv) de la formule terminée par la conclusion sxcula sspculorum. Ste Perpétue, dans sa vision (V. l'art. Eucharistie) fait une allusion évidente à l'usage liturgique de faire répondre par le peuple, amen^ après la réception de l'eucharistie, et encore au rit de chanter le trisagion angélique : Introivimus^ et audivimus vocem unitam ''Ayioç, 'Ayioç. "Ayioç, sine cessatione. Il est donc évident que l'Église, au deuxième siècle, avait déjà des formules de prières publiques autres que celles que Notre- Seigneur avait prescrites.

III. — Documents pour le troisième siècle. A mesure que nous avançons, les preuves deviennent plus nombreuses, de sorte qu'il devient de moins en moins important d'en multiplier les ^citations. Au commencement de ce siècle, voici Hippolyte, martyr et évêque, qui recueille comme une première compilation des liturgies primitives : apostolica traditio de officiis ecclesiasticis (Cf. Bingham. v. 1^0), ouvrage qui passe pour être, si l'on nous permet cette expression, la première édition des Constitutions apostoliques. Il n'est pas douteux du moins que cette collection ne représente les formules alors en usage dans l'Église. Le même auteur fit un autre livre d'odes sur diverses parties de P Écriture. Le titre de cet ouvrage est un de ceux qui sont inscrits sur le siège de sa statue qui se voit au musée du Latran. h&ai Eiz Tcidftç tàç Fpacpdc. Dans un autre traité de consummatione mundi et AntichristOy le même

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Saint recommande P usage des odes spirituelles, des doxologies, des psaumes, et il regarde comme un signe de la venue de TAntechrist Vextinction de la liturgie {In Biblioth. PP. t. ii). Donc la liturgie existait. Origène nous fournit deux doimées précieuses. D'abord il mentionne clairement, dans sa onzième homélie sur Jérémie,des formules fixes de prière qui étaient de son temps d'un usage commun dans PÉglise* En second lieu, il répond àCelse qui prétendait avoir trouvé des invocations aux démons dans des livres de prêtres chrétiens, que c'était des prières solennellement récitées dans les assemblées de jour et de nuit en l'honneur de Jésus qui est Dieu {Contr, Cels. 1. vi).

Au môme siècle, S. Cyprien, en outre de l'oraison dominicale, qui, comme on le voit, est partout mentionnée dès le commencement, indique des formules dont on se servait alors pour le baptême et l'eucharistie {De laps, et £pi$t. vil); pour le baptême, des interrogations, et réponses à une formule de foi dont le premier et le dernier chapitre se lisent dans une de ses épltres (lxix. Àd Magn.)., et pour Teucharistie, il parle d'une préface qui la précédait, et en toutes lettres de l'acclamation Sursuin corda, et de la réponse du peuple : Ua- 6emus ad Dominum, Pilous ne citons pas Firmilien contemporain de S. Cyprien, nous troulions les mêmes choses dans ses ouvrages. S. Grégoire Thaumaturge, fondateur et évoque de l'Église de Néocésarée, lui laissa une liturgie, à laquelle elle s'attacha si fortement, que, au dire de S. Basile {DaSpirit. S. xxix), elle ne permit jamais qu'on y changeât un mot ou une formule quelconque. Quelques années après la mort du Thaumaturge, cette Église adopta néanmoins les prières dites litanies^ bien qu'elles n'eussent pas été composées par son évoque.

Indiquons rapidement, pour ce même siècle, plusieurs chants de psaumes composés par un évêque égyptien nommé Nepos (Euseb. vu.

2(à). Une formule de louange en l'honneur de la Trinité dont S. Denys d'Alexandrie faisait usage (Basil, ibid, xxix. 3); une hymne du martyr Athénogènes en l'honneur du Saint- Esprit ; une hymne en action de grâces pour l'heure de vêpres (Basil, ibid,), Wous retrouvons ici la trace certaine de l'usage de répondre amen après la réception de l'eucharistie, usage déjà mentionné par le pape S. Corneille qui siégeait vers le milieu du troisième siècle {Epist. apud Ëuseb. iv. 43), et qui le sera souvent par les Pères du siècle suivant, S. Jérôme, S. Ambroise, S. Cyrille, S. Augustin, etc.

IV. — Documents pour le quatrième siècle. Au début de ce siècle, se présente l'apologiste Arnobe qui défendant contre les gentils le culte des chrétiens, dit • qu'ils invoquent Dieu, et lui

demandent ce qu'ils désirent, »et quelespaleos pouvaient aisément le savoir, et entendre de leurs oreilles les accents des voix fidèles implorant la divine miséricorde (Lib. i). Âilieun il dit que dans les assemblées chrétiennes, ob adore le Dieu souverain (Lib. rv), qu'on implore la paix pour tous, et la grâce pour les magistrats, les armées, les rois, etc. Tout ceci est en harmonie parfaite avec les anciennes liturgies, et accuse un ordre de prières fixes. Dans son livre Sur la mort des penéaUwi (xLvi. XLvii), Lactance rapporte une prière que Maximin prétendait avoir reçue d'un ange, et qu'il fit réciter à ses soldats avant sa bataille contre Licinius; et Eusèbe {Vit. Const. n. 19) rappelle aussi des prières que Constantin prescrivit à ses soldats, infidèles ou chrétiens, pour être dites tous les dimanches. Ce même empereur (Euseb. ibid. IV. 17) avait établi dans son palais une sorte d'église, où il récitait des prières solennelles avec les gens de sa cour.

Nous rapportons ces exemples pour faire voir que les fidèles de ce temps étaient déjà accoutumés aux prières à formules déterminées. Dans son Apologie^ S. Athanase atteste que, dans son Église, il prononçait des prières publiques auxquelles le peuple répondait tout d'une voix ; quand il disait: Oremus pro soitil» piissimi augusti Constantii^ tout aussitôt, Tac^ clamation suivante s'élevait de la multitude assemblée : Christe^ auxiliare Constantio, Nous savons par Ruffin {Uist. i. 14) une intéressante circonstance de l'enfance de ce môme S. Athanase : c'est que s' étant amusé à baptiser sur les bords de la mer plusieurs de ses jeunes compagnons qui étaient catéchumènes, il obsem tout ce qui se pratiquait dans l'Église, même les rites les plus secrets et les plus mystiques, notamment les questions et les réponses.

Le poète Juvencus, qui ilorissait en Espagne sous Constantin, avait, comme nous l'apprend S. Jérôme ( De script, eccl. lxxxiv ), mis en vers hexamètres plusieurs parties de Vcrdn des sacrements, expression liturgique, s'il en fut. On sait que S. Pacôme avait établi parmi ses moines une psalmodie biquotidienne oii les psaumes étaient entremêlés de prières (Hieron. epist. xxii. Àd Eustoch.). Kous avouî» parlé ailleurs (V. l'art. Lt/ur^*e.n. III) des précieux fragments des anciennes liturgies que S. Cyrille de Jérusalem a consignés dans ses catéchèses, et des services rendus à la liturgie vers le même temps par S. Hilaire de Poitiers. Les canons du concile de Laodicée contiennent une foule de règlements relatifs aui chantres, au chant des psaumes entremêlés de leçons, aux prières usitées à none et à vêpres, aux oraisons qui doivent être prononcées par les évéques sur les catéchumènes et les pénitents, à l'administration du baptême, etc.

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ipiphane, fait évoque de Salaniine vers Tan , donne une pleine approbation aux huit es des Constitutions apostoliques^ en ce îlles renferment tout Vordre canonique , qui l'Objet du dernier livre (Epiph. Hxres.

D plusieurs endroits de ses œuvres, S. OpleMilève suppose évidemment Tu sage, dans lise, des psaumes, des hymnes et autres mies de prières (V. surtout lib. m). S. Ba-

étant encore simple prêtre, écrivit pour ige de l'Église de Césarée une liturgie que irégoire de Nazianze, à qui nous devons la laissance de ce fait, appelle precum deotiones, et sacrarii concinnitates (Orat. xx. aud. Basil.). L'existence de cette liturgie ittestée un peu plus tard par Pierre Diacre i^roclus de Constantinople (Cf. Bingham.

. p. 174), et S. Basile lui-môme (Episl. L Lxviii. ccxLi) parle expressément de fores de prières pour tous les ordres des les, et entre dans des détails précis à cet rd. Mais il est bien entendu que ceci ne ive rien en faveur de l'authenticité de la "gie connue aujourd'hui sous le nom de lasile. S. Grégoire de Nazianze, qui loue

ami d'avoir composé des formules de res pour son Église, mentionne plus d'une lui-môme les renonciations, la profession oi, la formule d'alliance avec le Christ, et itres rites du baptême (Orat. m). Il rapjd aussi que Julien était pénétré d'admira-

pour la fidélité de TEglise à conserver pieusement ces vieilles formes de culte, n il décrit les chants, les flambeaux et les res rites qui furent observés aux obsè(iues >)nstantin. S. Éphrem composa, si nous en fons Sozomène et Théodoret (iv. 29), des mes et des cantiques en réfutation de ceux ivait autrefois publiés l'hérétique Harmo-

nous serait facile d'ajouter ici beaucoup témoignages empruntés à S. Jérôme, à iusèbe, à S. Hilaire, à Innocent I«^, et à itres Pères de la fin du quatrième ou du imencement du cinquième siècle. Mais ceux nous avons cités suffisent surabondamment >tre but.

DUS devons néanmoins faire une exception aveur de S. Ghrysostome et de S. Augustin, » qu'on peut tirer presque en entier de s ouvrages la liturgie des Églises d'Afrique es Églises orientales.

Saint Chrvsostome. Personne n'ignore l existe, sous le nom de ce Père, une li- ;ie complète, embrassant toutes les parties ulte divin. Mais les éléments nous man- 3t pour juger jusqu'à quel point on peut la irder comme étant l'ouvrage de ce Père : lonument est donc ici hors de cause. Mais

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ce dont on ne saurait douter, c'est qu'il se trouve, dispersées dans les œuvres de S. Ghrysostome, de nombreuses et considérables parties des anciennes liturgies, dont l'ensemble suffirait presque à recomposer en son entier tout le ministère du culte divin dans les Églises orientales ; et tel est l'objet du rapide aperçu que nous donnons ici.

La première chose à noter, c'est que S. Ghrysostome nous indique, en plusieurs homélies, quel ordre on observait pour la lecture des livres saints à l'église ; comment les différents livres de la Bible étaient distribués selon les divers temps de l'année (Hom, vu), il signale môme quels sont les passages qui lui servirent de texte pour les discours à son peuple. La Genèse était lue dans le temps du jeûne quadragésimal ; au jour de la passion du Sauveur, toutes les parties qui concernent la croix ; le samedi saint, tout ce qui a rapport à la trahison, au crucifiement, à la mort, à la sépulture de Jésus-Ghrist ; au jour de la résurrection et aux autres fôtes, les passages (jui y sont relatifs ; enfin, aux jours qui s'écoulent entre Pâques et la Pentecôte, le livre des Actes des apôtres , parce qu'il contient le récit des miracles des apôtres depuis la descente du Saint-Esprit en eux (Homil. xxxiii), ces miracles constituant la preuve la plus éclatante de la résurrection du Sauveur.

Viennent ensuite les oraisons à formules déterminées qui étaient prononcées publiquement à l'église par les fidèles : S. Ghrysostome en signale en plusieurs endroits, par exemple là où il dit (Homil. xv) que toute la ville, toutes les boutiques étant fermées, passe toute la journée en supplications, et à invoquer Dieu d'une voix commune. Ailleurs {Homtl. xxix), ce sont les oraisons pour les énergumèncs, où tout le peuple unissant ses voix, prie Dieu, jugi concofdm, magnoque clamore , qu'il ait pitié d'eux. Dans sa seconde homélie sur V obscurité des prophètes^ il enseigne que la prière commune doit être préférée à la prière privée, parce qu'alors c'est le corps de l'Église tout entier qui, d'un cœur et d'une voix unanimes, répand sa prière en présence des prêtres, qui ofifrent les vœux de l'assemblée . Dans la soixantedouzième homélie , il mentionne trois prières qu'on avait coutume de réciter, pour les démoniaques, pour les pénitents, pour les communiants, et il ajoute que, à la dernière, les enfants se joignaient aux adultes, parce qu'on était persuadé que Dieu se laissait plus facilement fléchir par leur innocence et leur simplicité.

Quant à l'oraison dominicale, nous ne saurions citer tous les passages de S. Ghrysostome d'où il ressort qu'elle était fréquemment prononcée dans l'église, non par tout le peuple,

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mMS p:»r 1j poupîe des baptisés seulement. (V. l'art. Oraison dominicale.)

Dans la cinquante-deuxième homélie, il rappelle l'antique usage diaprés lequel l'évêque, en entrant à l'église, donnait la paix au peuple, par diverses formules, et en particulier par celles-ci : Pax omnibus , Pax vobiscum , Sursum cordn. De Pusage particulier de souhaiter très-fréquemment la paix au peuple dans le ministère de Pautel, et de la réponse ; Pax etiam spiritui tuo^ il prend occasion d'exhorter les fidèles à conserver entre eux la paix et la concorde (Hom. lu In eos qui pascha jejunant). Nous apprenons de lui (Homil. m Ad Coloss. et I In Isaiam) que la doxologie angélique Gloria in excelsis Deo, était usitée de son temps, ainsi que l'acclamation Kûpie, IXér^aov , et atiy aov, Domine^ miserere nostri ^ et serra /ios, Et dans le môme lieu, reprenant les clameurs et les indécentes gesticulations du peuple dans l'église, il ajoute : c Gomment ne te souviens-tu pas de ces mots que tu chantes ici môme : Servez le Seigneur dans la crainte et le tremblement? Est-ce donc là servir avec tremblement? » Ailleurs {Homil. lu), il parle de la coutume où on était , au moment où le diacre commençait l'évangile, de se lever et de s'écrier: Gloria tibi^ Domine! L'hymne appelée séraphique, Sanctus, Sanctus^ Sanctus Dominus Devs sabaoth, était déjà alors usitée dans le sacrifice eucharistique ; S. Chrysostome l'atteste en plusieurs endroits {Homil. xiv. xxiv. etc.)- Il mentionne aussi ouvertement la préface qui précédait cette hymne ou trisagion, qu'il appelle ailleurs (Homil. m Depœnit.) modulation mystique, mysticam modulationem.

Le lecteur voit que nous entrons ici en plein pays de connaissance.

Nous trouvons dans d'autres homélies du môme Père d'autres formules prononcées par le diacre dans le ministère sacré, et qui pour ôtre relatives, la plupart du moins, à des usages qui n'existent pas chez nous, n'en sont pas moins curieuses et intéressantes ; par exemple : Erecti stemus honeste^ c Tenonsnous droits avec décence.» {Homil. xxix.) Ailleurs (Homil. II In 2Cor.)attendamus^ héecdicit Dominus j c Soyons attentifs, voici ce que dit le Seigneur, » — Recte stemus et oremus , t Tenons-nous droits et prions, » — Pro catechumenis intente oremus, Prions avec ferveur pour les catéchumènes, • — Oremus omnes communiter, t Prions tous ensemble, » — Sancta sanctis , a Les choses saintes aux saints, » — Àlii alios nosct/e, « Reconnaissez-vous les uns les autres. » Les fidèles, par cette dernière acclamation, étaient avertis d'examiner s'il ne se serait point glissé dans la prière publique quelque infidèle, ou quelque Juif, païen, hérétique, catéchumène, pénitent.

La vingt-quatrième homélie sur la première Épitre de S. Paul aux Corinthiens contient les formules d'actions de grâces dans la consécntion de l'eucharistie, lesquelles se terminaient par le sxcula sxculorum. (V. Homil. xxx?.)

Les renoncements dans le baptême, la profession de foi par la récitation du symbole, U formule d'alliance avec le Christ, tout cela est souvent rappelé et en particulier dans la vingt . et unième homélie : « Souviens-toi de ces rôles ^ue tu prononças au moment de ton ini-^ tiation aux saints mystères : Je te renonce^ Sotan^ et à tes pompes^ et à ton culte ^ » et ailleurs {Homil. XLViî) : « Tu as donné congé à toutes ces pompes, tu t'es voué au culte du Christ, le jour où tu fus jugé digne des mystères sacrés, i»

Enfin, pour ce qui concerne la psalmodie, il dit (i Comment, inpsalm. cxvii) que dans une des principales solennités, le peuple avait coutume de chanter ces paroles du cent dix-septième psaume : Hœc est dies quamfedt Domimn exuUemus et lastemur in ea. Dans un autre endroit {In psalm. cxxxvu) il nous apprend que la psahnodie était exécutée en partie par les prêtres qui entonnaient, en partie par le peuple qui leur répondait. Il note trois psaumes qui se chantaient l'un le matin , l'autre le soir, et le troisième à d'autres heures du jour (i» psalm. cxl). Enfin son commentaire sur lacent quarante -quatrième psaume nous révèle Tusage du chant alternatif des psaumes.

Ce petit nombre de détails, que nous avons glanés çà et là et pour ainsi dire au hasard suffisent pour montrer à quel degré de perfection la liturgie était arrivée dans l'Église orientale vers la fin du quatrième siècle.

2. Saint Augustin. Un travail pareil à celui qui précède peut ôtre fait sur S. Augustin, et il sera plus satisfaisant encore ; car on y retrouvera la liturgie des Églises d'Afrique presque dans son intégralité. Peu de mots suffiront pour vous mettre à môme d'en juger.

S. Augustin avait divisé le culte public en cinq parties : psalmodie , lecture des livres saints, récitation du sermon , déprécation de l'évoque, indication de l'oraison par la voix du diacre.

1» Pour ce qui est de la psalmodie, il la représente (Epist. cxix. Ad Januur. c. 18) comme Texercice du peuple à l'église, toutes les fois qu'une autre partie du ministère n'est pa^* exécutée. Aussi parle-t-il avec éloge [C(mftti' IX. 7), soit de la méthode pour le chant à&> psaumes introduite par S. Athanase, soit du chant alterné établi par S. Ambrobe. De plos. dans son livre contre Hilaire {In Retract, n. Hii il défend la coutume de l'Église de Carthagc consistant à dire devant les autels des hymnes tirées du livre des Psaumes, soit avant l'obia-

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