‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 219 sur 266 · REPAS CHEZ LES PREMIERS CHRÉTIENS. — I · texte numérisé non relu

REPAS CHEZ LES PREMIERS CHRÉTIENS. — I

— TertuUien nous en donne une idée complète dans ce passage de son apologétique (xl): c Nos repas sont fondés sur la religion. Nous n'y admettons ni bassesse ni immodestie. On ne se met à table qu'après s'être nourri d'une prière à Dieu. On se repait autant qu'il faut pour satisfaire la faim. On boit autant qu'il suffit à des hommes pudiques. On mange sans perdre de vue qu'on doit adorer Dieu pendant la nuit. On s'entretient sans oublier que Dieu écoute. Après qu'on s'est lavé les mains et qu'on a allumé des flambeaux, on engage chacun à chanter, au milieu de tous, les louantes du Seigneur, en recourant aux saintes Ecritures ou de son propre fonds. Par là on voit comment il a bu. La prière termine également le repas. »

Ainsi, 1" prière avant le repas, 2^ pendant le repas, entretiens édifiants et modestes, 3° après le repas , ablution des mains , suivant l'usage des ahciens, k° puis enfin des chants religieux et encore la prière en actions de grâces. Minucius Félix {Ociavius. p. 308. edit. Ouzel. Lugduni Batavorum. 1672), donne des détails à peu près identiques « Non-seulement la chasteté, mais la sobriété président à nos repas : nous ne faisons point d'excès, et une grave modestie tempère notre gaieté. » Pour n'être point exposés à s'écarter de la sobriété chrétienne, les fidèles s'abstenaient avec soin de paraître aux festins des idolâtres ; et nous lisons dans les OEuvres de S. Gyprien (Cypr. Epist. lxvii. p. 170 seqq. edit. Oxon.) que, au troisième siècle, un évoque d'Espagne nommé Martial ayant oublié le soin de sa dignité jusqu'à s'asseoir à un banquet de cette sorte, se vit accusé d'îdolâtrie et déposé de l'épiscopat.

La sobriété était une des plus essentielles vertus du christianisme primitif, et les Écritures ainsi que les ouvrages des Pères nous ont transmis à cet égard toute sorte de détails. S. Matthieu ne mangeait jamais de viande. S. Jacques (Glem. Alexandr. Pxdag. ii. 1) ne se nourrissait que de pain et d'eau, et S. Pierre de lupins, si nous en croyons S. Grégoire de Nazianze {Orat. de curapaup.). S. Paul avait fait le vœu des nazaréens (Act. XXI. 29) et comme dans son Ép(tre aux Romains, il proclame (xiv. 21) qu'il est bon de ne pas manger de viande, et de ne pas boire de vin, il est à croire qu'il faisait lui-même ce qu'il conseillait aux autres. S. Jérôme écrivait à Marcella (Epist, xxxviii. 5): « Parce que nous ne nous livrons pas à l'ivrognerie, et que nos bouches ne s'ouvrent pas aux éclats d'un rire indécent, on nous appelle continents et tris-

tes. » Parmi les principales qualités de la pénitence, TertuUien énumère la c modération du boire et du manger, rien pour la satisfaction du ventre, tout pour le simple soutien de la vie. » Le repas pur, dans le style de ces temps primitifs, était celui oii l'on ne mangeait pas de viande, et que le même TertuUien [Df})(ml. i. 9) appelle xerophagia, mafiducution de ck$(s sèches. Prudence (Caf/ie/n. hymn. m. 61 donne une touchante et gracieuse description de la frugalité d'un repas chrétien :

Sint fera gcntibus indomitis Prandia de nece quadrupedura :

Nos oleris coma, nos siliqua Fœta legumine multimodo Paver! t iunocuis epulis.

o Aux nations indomptées, — De cruels repas <ie la chair des quadrupèdes : — A nous les herbages, la gousse grosse de grains nombreux - Nous repaît de mets innocents. »

Le poëte énumère ensuite les autres parties du menu de ces repas chrétiens, le lait et le fromage :

Spumea mulctra gerunt niveos Ubere de gemino latices, Perque coagula densa liquor In solidum coit, et fragili Lac tenerum premitur calatho.

le miel d'Attique :

Mella mihi Cecropia; Nectare sudat olente favus,

et les doux fruits des vergers :

Hinc quoque pomiferi nemoris Munera mitia proveniunt.

Et cette frugalité, en outre qu'elle était dan^ les principes du christianisme, avait encore une convenance particulière, parce que les repas avaient souvent lieu près des tombeaux des martyrs. Les païens eux-mêmes connaissaieDlla tempérance des premiers chrétiens, et Lucien caractérise, sous ce rapport, nos pères dansU foi, en les appelant a pâles, » xacztayu^io^ihou

Chaque fois qu'ils vidaient la coupe, les premiers chrétiens avaient coutume d'invoquer le nom de Jésus-Christ (Sozom. v. 17), et cela môme quand la coupe ne contenait que de l'eau, ad aqusp poculum, dit S. Grégoire de Nananï^ iOrat, m). Il est probable qu'ils prononçaient alors quelques-unes des acclamations insentes sur les fonds de coupe qui sont arrivés jusqu'à nous, et en particulier celles-ci : vivas IN CHRISTO (V. les art. Agapes et Fonds de co^- — BiBAs IN PAGE DEi (Buouarr. tav. V. \\ " BiBE ET PROPiNA (Id. XV. 1), et le plus souvent PIE ZEZES (Id. etGamicci. Veiri con fig.ii*^ passim).

II. — Il ne parait pas du reste que la disposition de la table chez les chrétiens ^^^

^aljdlement de ce iju'elle était chez les ;m- , que du cimetière des Saiiits-Marcellin-et-Pierre ens. Od en peut jug'er par une curieuse frcs- { (Buttart. tav. cxxvii) que nous donnons ici.

La table où sont assis les convives est de TDe semi circula ire , c'est-à-dire en sigma, ■me très-usilée dans l'antiquité (Martial, iiv. epiçr, 87). Les écrivains ecclésiastiques t employé ce mot dans le même sens que les ofanes. S. Pierre Chrysologue dit de Nolreipeur assistant au souper du publicain Matieu : DiscumbebalJesus plus in Maltkfi mente, cm in sigmale, i Jésus était assis dans l'esil de Mathieu, plus que dans le sigma «nn.ïxix);» et dansun autre endroit, il peint isi l'orgueilleuse ostentation des pharisiens : n ^utritxus veste cfarus, primus in sigte..,. I Le pharisien un habits de fête, est premier au sigma. « Telle était aussi, se-

Paulin , auteur de la Vie de S. Martin (L.

In bibUotb. PP. tora. viii. col, 1026), la tte de la table où étaient assis les invités l'empereur Maxime :

Hos inler médius, qiia sigma fleclitur nrlie Presbyter accubuit,,..

Au milieu d'eui, là où [e tiyma s'ioQéchit en ■i, te prêtre s'assit. «

ne voit rien sur cette table ; mais dans le a du demi-cercle, est une autre petite table de, en forme de trépied, sur laquelle sont ^es trois assiettes, un quadrupède entier lOsé sur la table nue, et deux couteaux, dont i afi termine en pointe aigu6, l'autre est ardi à l'extrémité , comme nos couteaux de le. Athénée (iv) décrit une de ces petites les exactement comme nous voyons celle-ci. Ton (IV, Î5) l'appelle cibilla, d'autres mema xHa, t table k déposer les mets. ■ A terre une amphore à deux anses.

■es convives sont au nombre de trois, deux âmes, et une femme qui occupe le milieu la table, qaa sigma flectilur orbe. Ils ne sont

pas couchés, mais assis, et il en est de môme dans toutes les représentations de repas qui se rencontrent dans les catacombes. Manger couché était un signe de mollesse. Il paraît avoir été aussi quelquefois, dans la haute antiquité, un privilège du rang ou une récompense de la valeur. Chez les Macédoniens (Cf. Bott. m. p. 1kl), cela n'était permis qu'à celui qui avait tué un sanglier hors des filets, jusque-là il devait manger assis.

Aux deux extrémités, mais en dedans du sigma sont assises deux femmes, qui sans doute sont chargées du service. L'une doit découper la viande avec ces couteaux déposés sur la table, et en mettre les fragments sur les assiettes pour les présenter aux convives. Sénèque décrit ainsi {Epist. xi.vu) l'opération des serviteurs affectés à cet office, Diribitoret, carplores : alius predoias abes scindil, et dune* certis ductiius circumferens erudilam monum, et in frusta exculit, « L'un découpe les oiseaux précieux, et décrivant d'une main savante sur les cuisses certaines lignes, les divise en morceaux. » L'autre est chargé de préparer la boisson. Celle-ci semble donner ses ordres îi un jeune homme debout devant h petite table, vêtu d'une tunique libre à bandes de pourpre, et qui tient à la main une coupe ; elle lui fait signe du doigt de remettre cette coupe à l'autre femme, probablement pour qu'elle en déguste le contenu avant de la présenter aux convives ; ce qui fait croire que ces deux servanles faisaient aussi la fonction de prrgastatrices , l'une pour le vin , l'autre pour la

Dans la partie supérieure du tableau , audessus de la tête des convives, sont tracés les noms de ces deux femmes dans une inscription qui indique impérativement un des devoirs de

REPA

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leur office, et ces noms qui signifient charité et pcUx sont essentiellement chrétiens : agape MiscEMi, Agape doit verser le vin dans la coupe; IRENE DA CALDA , Irène do^J y mêler de Teau chaude. Ceci rappelle un usage très-commun dans l'antiquité, usage qu'on a désigné par un mot hybride composé ad hoc : thermopotare^ boire chaud.

Le monument dont nous venons de nous occuper n'est pas unique dans son genre ; M". De' Rossi a trouvé naguère une autre fresque représentant le même sujet ; mais il parait que les serviteurs sont en nombre, car l'inscription est au pluriel.

L'explication que nous avons donnée est littérale, mais elle n'exclut nullement le sens symbolique qui s'attache à cette peinture, ainsi qu'à toutes celles du môme genre. (V. l'art. Représentations de repas.)

REPAS (représentations de). — Les catacombes de Rome offrent assez fréquemment des représentations de repas, tantôt peintes sur leurs parois, tantôt sculptées sur les sarcophages. (V. Aringhi. t. ii. pp. 77. 83. 119. 123. 185. 199. 267.) Tous les antiquaires, et notamment Aringhi (T. ii. p. 600), Bottari (m. 107), Boldetti (46), et les autres qui depuis ont accepté leurs appréciations de confiance, s'étaient accordés à y voir des agapes (V. l'art. Agapes)^ et il faut convenir que c'était l'idée qui se présentait tout naturellement. L'abbé Polidori (-4mtco catt, t. vu. p. 390. viii. llk. 262) est le premier qui, après un mûr examen, ait donné à ce sujet une autre interprétation, laquelle est aujourd'hui universellement adoptée. Nous nous bornerons à peu près à présenter ici la substance du travail de ce savant archéologue.

I. — Parlons d'abord des raisons qui excluent l'idée d'agapes.

l® On doit observer en premier lieu que, dans l'ornementation des cimetières, des églises, des sarcophages, des pierres sépulcrales, les premiers chrétiens n'avaient d'autre but que de fortifier en eux la foi et l'espérance par des symboles ou des traits d'histoire propres à réveiller ces sentiments, et d'adoucir l'idée de la mort par des images relatives à la résurrection des corps et à la béatitude éternelle. Or, qu'est-ce que les agapes avaient de commun avec ces idées? Et quelle nécessité de les rappeler par des peintures à ceux qui tous les jours, ou y participaient eux-mêmes, ou tout au moins en avaient la réalité devant les yeux? S. Paulin, décorant de peintures les murailles de. sa basilique (Nat. ix S. Felic) où il donnait des agapes, eut-il jamais l'idée d'y faire retracer l'image de ces repas?

2o Dans les véritables agapes, outre le pain

et le vin, on servait aussi des viandes Chrvsost. Hom. XXII. — Augustin. Contr, Ftmt.ii. 20). Or, rien de semblable ne se voit dans les tableaux en question : il n'y a que du pain et du vin ; peut-être à une seule exception près (V. l'art. Repas chez let premiers chrétim^ quelquefois môme ces deux éléments qui font la base de tout repas y sont supprimés, ainsi que les ustensiles propres à couper ou à diviser les viandes. Mais ces repas, si pauvres

sous le rapport des mets, se distinguent en revanche par la richesse des lits, des tables en sigma ^ recouvertes de tapis et de coussins précieux, toutes choses réservées, en ces temps reculés, aux triclinia des riches. Ou bien, si les agapes eussent été conformes aux représentations qui existent dans les catacombes, comment expliquer que tout ce luxe eût pu se déployer au sein des cimetières ou même des Églises, qui, au temps des persécutions, n'étaient certes pas ce qu'elles furent depuis Constantin? .

II. — Quel est donc le sens véritable de ces représentations si multipliées? Personne n'ignore que le bonheur céleste est le plus souvent figuré dans les saintes Écritures sous l'emblème d'un festin, t Ceux qui auront été trouvés veillant à l'arrivée du maître, le maître, qui n'est autre que Jésus-Christ, s'étant ceint, les fera mettre à table, et les senirade ses mains (Luc. xii. 37), » .... pnecingetse^^ faciet ilîos discumbere, et transiens mimifrflW illis. — « Je dispose en votre faveur du royaume, comme mon Père en a disposé pour moi, afin que vous buviez et mangiez à ma table dans mon royaume, i .... ul edatis el 6t' bâtis super mensam meam in rcgno meo (Luc. xxii. 29). Raphaël, voulant révéler à Td>ie sa nature angélique, lui dit (Tob. xxu. 19)c Je paraissais manger et boire avec vous; mais j'use d'une nourriture et d'un breuvage qui ne peuvent être vus des honunes. » Oo pourrait multiplier à l'infini les citations de^ saints livres oîi la félicité céleste est comparé^ à un banquet. C'est sous l'inspiration de ces divins oracles que Tertullien représente Lazare au festin d'Abraham (De idololatr.irr)'^^ actes des SS. Marianus et Jacques racontée/

RÉSD — 51

martyrs 6tant en prison pour la foi christ, le martyr Agapius leur apiant leur sommeil, assis à -un joyeui

que transportés eux-même par l'esharité à cet agape eéletle, ils virent I l'un des trois enfants qui la veille ■,é immolés avec leur mère, ayant au ouronne de roses, et à la main une le, et qui leur dit ; « Réjouissez-vous nt, car demain vous soupere: avec

enim itobiscum et ipii cœnabitis. • y. 189. «lit. VeroQ. col. 1.) re/'n'gen'um a souvent la signification V. Buonarruoti. Vetri. p. Kii) : or ce ntve très- fréquemment employé sur is chrétiens comme formule d'augure ité étemelle pour les défunts : in re-

NIMA TVAVICTORINE(Fabretti.p. 547).

fWM DEVS BEFHIGEHZT (Lupi. iSei>.

137), et l'Église termine le memenlo I la messe en souhaitant aux défunts igerii, ce qui s'entend des délices du n un mot du festin céleste. (V, l'art. UM.) C'est donc le festin céleste que rs chrétiens avaient l'intention de fis cet emblème afin de s'encourager s par l'espérance de ce bonheur, et ' se consoler de la iiiort des leurs lient à se figurer assis k la table du mille. (V. l'art. Porndis.) !S-unes de ces représentations se ^àl'eiicharistie.fV. l'art. £ucAoris/te.} ■egarder comme des diminutifs ou .entations abrégées de repas, et ayant ens, les pains tout seuls et les tasses lies qui sont figurées sur certains hrétiens, et dont ou trouvera des dans Boldetti (P. 208) et dans Maigin. III. 60).

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