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SARCOPHAGES CHRETIENS. - I

La sépulture des premiers chrétiens était humble et pauvre. (V . les art. EnsevelissemerUs, Sépulture, LOCULii Cimetières.) Mais dès que les temps devenus calmes laissèrent un libre essor à ce sentiment de piété pour les morts qui fut l'un des caractères les plus saillants du christianisme dès son origine, on vit des fidèles distingués par leur naissance ou par leur fortune se donner des tombeaux de marbre ou même de porphyre, plus ou moins enrichis de sculptures. Et nous avons des monuments épigraphiques, entre autres une épitaphe romaine de l'an 345, qui prouvent que chez nos pères comme chez les païens, on donnait le nom de sarcophage à la classe de tombeaux qui nous occupe : in hoc sarcofago conditus (De^ Rossi. Itiscr. Christ, Rom. i. p. 520. n. 1130). Dans les catacombes de Rome, les sarcophages étaient ordinairement placés sous le cintre des areotolia (V. ce mot) ou monuments arqués au-dessus desquels s'ouvraient des luminaires, (V. ce mot.) Ils occupèrent plus tard le vide des trois petites absides des premières basiliques construites au-dessus des cryptes des martyrs les plus illustres (V. l'art. Bcisiliques chrétienna. n. IV. A.) C'est là, ainsi que dans les cimetières entourant les basiliques, qu'ont été trouvés la plupart de ceux que l'on contemple aujourd'hui dans le nouveau musée du Latran.

Les sarcophages étaient quelquefois divisés à l'intérieur en deux, trois et jusqu'à quatre compartiments, selon le nombre des corps qu'ils devaient recevoir, et alors ils s'appelaient, d'un mot hybride, bisomus^ trisomus, quadrisomus. Bosio {Roma sotterr. p. 75. — cf. Bottari. tav. xviii) avait rencontré au cimetière du Vatican un sarcophage renfermant les corps des papes Léon ^^ II, III et IV.

On pourrait diviser ces monuments en deux classes principales. La première comprendrait ceux dont les quatre faces ou au moins trob d'entre elles, le devant et les retours, sont décorées de sculptures en bas, demi ou trèshaut relief, aussi bien que la frise qui les couronne ; et ceux qui n'offrent des sujets que sur leur face antérieure, et sont ornés, en totalité ou en partie de ces espèces de cannelures

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sinuées qu'on appelle strigiles, à cause de leur ressemblance avec rinstrument de ce nom dont les Romains se servaient pour essuyer la sueur qui couvrait leurs corps après les exercices gymnastiques. (V. Part. Strigiles.)

Les sarcophages de la première catégorie ont quelquefois deux ordres de bas-reliefs, séparés par une frise où Ton a retracé des emblèmes ou de petits sujets allégoriques. (V. Âringhi. 1 1. p. 277. — Millin. Atidi de la Fr. atlas, pi. LXi. k.) Mais le plus communément, il n'y a qu'un seul rang de figures, et alors elles ont des proportions plus grandes, et offrent en général plus de mérite sous le double rapport du style et de Texécution.

Ces sculptures reproduisent des faits de Tancien et du nouveau testament, entremêlés, toujours dans une intention mystérieuse, de scènes de la vie pastorale (Bottari. tav. clxiih. ^ Y. notre Étxîde archéoL sur Vagneau et le Ban-Ptuteur, Mâcon 1860), ou de pêche (Bott. xm); ou bien encore de représentation de repas (V. notre art. Représent, de repas) ^ le tout allusif à la résurrection et aux délices de la vie future.

Il faut observer que les sculptures des sarcophages sont empreintes d'un symbolisme plus compliqué et plus couvert que les peintures des catacombes, quoiqu'elles soient en général moins anciennes que celles-ci. Le motif de cette réserve, c'est que, à raison de leur masse, ces urnes funéraires devaient être travaillées en plein air, souvent sous les yeux des profanes, et placées pour la plupart dans les basiliques ou les cimetières supérieurs accessibles à tout le monde, et en des temps où ta pacification et la liberté de PÉglise étaient encore sujettes à de fréquentes intermittences. Conununément, chaque groupe de figures J«t séparé de celui qui le précède et de celui [ui le suit par une colonne ornée de pampres ît souvent môme de petits Génies cueillant des aisins (Bott. tav. xxxviii) ; quelquefois les scè- «set les personnages, isolés ou groupés, sont éparés par des palmiers tenant lieu de co- >nnes (îd. xix), ou par de simples pampres Wgés de fruits (xxviii), ou bien encore ils >nt abrités sous des arcades dont l'ensemble jure un portique d'une élégante architecture 'av. XXI. — Millin. ibid. pi. xxvir. 2). Nous devons une mention spéciale à une asse de tombeaux bisonies, destinés à la séilture de deux époux. Ils ont ordinairement. [ centre, une coquille ou un espace circuure où se voient, à l'instar des imagines clyflte des anciens (V. ce mot), deux figures en ate(V. la planche plus bas); dans quelques rcophages de la Gaule (Millin. ibid. lxv. 3), milieu est occupé par la tablette ou tes- •e, et les figures des époux, placées, cha-

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cune dans un médaillon à part, dans les deux sections de la frise, sont soutenues par des bénies ailés. D'autres fois, le compartiment du milieu est rempli du haut en bas par deux personnages en pied, se donnant la main en pleurant : c'est l'adieu suprême des deux époux. Tel est le tombeau de Probus, préfet du prétoire et de Proba Faltonia sa femme (Bott. xvii), tombeau très-remarquable de la fin du quatrième siècle. Enfin, il se trouve des sarco phages bisomes où les deux époux sont vus, toujours au centre, des deux côtés de Notre- Seigneur sur le monticule, et beaucoup plus petits que lui, debout (Id. xxiv) ou prosternés (xxv. xxviii).

Les sarcophages strigilés sont d'une composition plus simple et plus régulière ; il en est qui n'ont absolument pas de personnages, mais, au centre, le monogramme du Christ dans une couronne, et des pilastres aux deux extrémités (xxxvii). D'autres offrent, au milieu de leur face antérieure, deux ou trois figures, et une à chaque extrémité (xxvi. xxxvi. — Millin. ibid. Lviii. 2). On en trouve que l'on pourrait appeler mixtes, parce qu'ils renferment des figures dans la majeure partie de leur face principale, et que les strigilés souvent distribués en deux étages, ne prenant que la moindre partie de l'espace, n'y sont employés que comme accessoire (xxxvii). Une singulière élégance résulte de cet ensemble.

Au-dessus des sarcophages à figures, règne parfois une frise ou un couvercle où sont sculptés des personnages dans de moindres proportions, et qui a une tablette pour l'épitaphe, soutenue par des Génies ailés (Id. lxxxv).

Tout ce qui précède s'applique en général aux sarcophages de Rome que l'on peut voir dans les ouvrages de Bosio, Aringhi, Bottari, aussi bien qu'à ceux qui se sont rencontrés eu assez grand nombre dans diverses contrées de l'Italie, et qu'ont publiés différents auteurs, entre autres Allegranza (Monum. ant. Christ. diMilano), Bugati (Mernor. di S. Celso. p.242), Mafl'ei {Musxum Veronense. p. 484), etc.

On vit quelquefois, en Italie principalement, des sarcophages antiques affectés à la sépulture de personnages appartenant au christianisme ; mais c'était en général lorsque leurs sculptures n'avaient pas un caractère trop tranché de paganisme, et môme, en ce cas, on avait encore soin de les sanctifier en y retraçant quelque symbole chrétien, ou tout au moins une inscription propre à prévenir toute méprise. (V. Marangoni. Délie cosegentilesche,.., cap. XLi. p. 314.) Telle est, pour nous en tenir à un seul exemple, une magnifique urne sépulcrale (Boldetti. 466) où furent déposés les restes d'une vierge chrétienne nommée avre- LU AGAPETiLLA. £n outre de la qualification de

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ANpiLLA DEi qui détermine et le christianisme et la consécration de cette vierge au service de Dieu, on a représenté Aurélia de chaque côté de la tablette dans l'attitude de la prière chrétienne. (V. l'art. Prière.) Quelquefois, en outre de l'inscription, on ajoutait quelques symboles chrétiens, comme dans un tombeau que donne M. De' Rossi {Inscr. Christ. Rom. t. I. p. 72), et dont le couvercle parait être dû en entier à une main chrétienne.

II. — L'usage des tombeaux chrétiens ornés de sculptures parait s'être répandu dans notre Gaule dès le quatrième siècle, et y être devenu commun dès le cinquième. Nous avons, à ce sujet, un précieux passage de S. Grégoire de Tours {De glor. confess. c. xxxv. 0pp. p. 922). Ce père de l'histoire de France atteste que de son temps, il existait dans la basilique de Saint- Vérand, près de Saint-Allire, des sarcophages de marbre blanc, sur lesquels plusieurs miracles de Jésus-Christ et des apôtres étaient représentés en relief. Au chapitre suivant, il mentionne encore un tombeau sculpté, sepulcrum sculptum^ meritis gloriosum, et qui était celui d'une chrétienne nommée galla, comme l'atteste ce fragment d'inscription : sanctae

MEMORUE GALLAE.

Il existe encore un assez grand nombre de ces monuments funéraires dans diverses parties de la France, mais surtout dans le Midi, à Aix, à Saint-Maximin, à Arles, à Marseille. (V. Millin. op. laud et aussi les Monuments inédits sur V apostolat de Ste Madeleine en Provence. L I. passim.) Le savant M. Edm. Le Blant veut bien nous en signaler d'autres, avec figures, à Clermont, à Saint- Piat près Maintenon, à Carpentras, dans l'Ile Saint-Honorat, à Manosque, à Narbonne, à Poitiers, à Reims, à Soissons, à Tarascon, à Toulouse, à Vaison, à Vienne ; et avec ornements chrétiens sans figures, à Auch, à Béziers, à Bordeaux, à Elne, à Moissac , à Saint - Denis près de Paris . Le musée lapidaire de Lyon (N. 764) en possède, depuis quelques années, un bien intéressant provenant de Balazuc, dans l'Ardèche. Nous en avons donné la monographie dans un opuscule spécial (Mâcon. 1864). Il s'en conservait aussi un fort beau à Rignieux-le-Franc, village du département de l'Ain ; mais il vient de passer au musée du Louvre.

Nos sarcophages chrétiens offrent de si nombreuses analogies avec ceux de l'Italie, que souvent on les croirait sortis des mains des mômes ouvriers. Ceci donne à penser que l'Église, qui ne laisse rien au hasard ni au caprice des hommes, avait fixé primitivement les principaux types d'après lesqueb devaient être exécutées ces urnes funéraires, de même qu'elle avait consacré, ainsi que nous le pouvons conjecturer d'un célèbre passage de S. Clé-

ment d'Alexandrie (V. l'art. Anneaux) les symboles qui devaient orner les anneaux des fidèles. Sans doute, des artistes, formés au foyer même de l'Église catholique, rayonnaient de là , à la suite des apôtres envoyés par le pontife romain, dans les différentes contrées livrées à leur zèle, et y portaient les règles hiératiques qui, d'après un système doctrinal bien connu des archéologues, étaient appelés à présider à la décoration des tombeaux, comme à celle des églises elles-mêmes.

Voilà ce qui explique les nombreux points de ressemblance entre les tombeaux historiés de la Gaule et ceux de Rome et de l'Italie en général. Mais il n'est pas moins positif que les nôtres se distinguent de ces derniers par d'assez notables différences, tant dans le style de leur architecture, que dans les motifs de leur ornementation et la nature des sujets qui y sont représentés, toujours tirés néanmoins, les uns et les autres, de l'histoire sainte et de la symbolique chrétienne. Car l'Église ne prétendit jamais enchaîner le génie des différentes nations qu'elle soumettait au joug de la foi; elle se plut au contraire à lui laisser un libre essor en tout ce qui n'est que de simple forme, et n'intéresse ni le dogme, ni la discipline essentielle.

Nous ne saurions signaler dans cette courte notice les différences architectoniques, et nous devons laisser aux hommes spéciaux un examen technique auquel nos études ne nous ont point préparé. Nous nous contenterons de dire, en passant (Et cette observation nous est encore suggérée par M. Le Blant), qu'il y a chez nous deux familles très-tranchées de sarcopliages : ceux du sud-est, qui ont pour type les marbres d'Arles, et sont d'un style relativement meilleur, quoique en générd moins élégant et moins correct que celui des tombeaux romains; et ceux du sud-ouest, ceux de Toulouse, beaucoup plus lourds et plus barbares.

Nous allons énumérer quelques-uns des caractères spéciaux de nos marbres, quant aui sujets qui s'y trouvent figurés.

1° Le passage de la mer Rouge qui ne se voit que rarement en Italie, et encore sous une forme abrégée et au milieu dei beaucoup d'autres sujets (Aringhi. Rom. subt. 1. 1. p. 331. n- 397), se déploie dans tous ses détails sur plusieurs urnes du midi de la France, dont il occupe à lui seul toutes les faces (Millin. iW *• et Lxvu). C'est, comme personne ne l'ignore, i« symbole de la délivrance de l'âme des Heos d« ce corps de mort, et de sa sortie de cette terre d'exil, et en outre de son affranchissement pa^ le baptême. (V. l'art. Mer Rouge.)

2» Nous avons remarqué en France, et pas ailleurs (11 ne s'agit ici que des sarcophages;^

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a représentation de plusieurs faits qui sont la uite du précédent et en complètent le sens. Is sont tous relatifs au voyage des Israélites fers la terre promise. C'est d'abord le miracle les cailles tombant en prodigieuse quantité lans le camp des Israélites {Eocod. xvi. 3. 13), ujet tout à fait inusité ailleurs, et qui n'existe, i notre connaissance que sur un seul sarcoihage que possède le musée d'Aix (N. 291), et lans la mosaïque de Parc triomphal de Sainteliane Majeure (Ciampini. Vet. mon. i. lviii). fient ensuite le prodige de la manne (Exod. m, 13. 14), que nous n'hésitons pas à reconlaitre sur le couvercle de deux sarcophages le Marseille (V. Tart. Manne) (Millin. xxxviii. t. Lix. 3) : et enfin les deux Israélites enoyés par Moïse pour explorer laterre de Ihanaan, et qui rapportent une énorme ,Tappe de raisin suspendue à un bâton {Num. m. 2k\ objet contenant une évidente allusion ux délices du paradis, la véritable terre de iromission.

3» Les marbres de l'Italie ont rarement histoire de Susanne, du moins d'une manière idubitable. Ce que les catacombes offrent de lus positif à cet égard, c'est une allégorie, et ncore elle est peinte. (V. l'art. Susanne,) Jette histoire se trouve au contraire sans cesse êpétée sur les monuments funéraires de la aule (Millin. lxiv. 3. lxvi. 8. lxvii. 4), et, ce ui leur est exclusivement propre, c'est que,

côté de Susanne, on remarque habituellelent un serpent enroulé autour d'un arbre, l cherchant à atteindre de son dard des co- •nibes, ou seulement leurs œufs qui reposent uis un nid sur les branches de ce même arbre W.). Il y a sans doute ici un rapprochement itentionnel entre la perfidie du serpent et îHe des vieillards, calomniateurs de l'inno- Jnce. Il faut observer encore que Susanne îcupe ordinairement le centre du sarcophage ^É^Oï comme si elle était le sujet principal, iidis qu'ailleurs elle ne figure que parmi les ijets accessoires, cette place, étant réservée, i à Notre-Seigneur, ou à son monogramme, »àsa croix. Cette persistance à reproduire histoire de Susanne qui, comme on sait, est

symbole de l'Église persécutée (S. Hippol.

Su$an. v. 7. 21k. edit. Fabric), et à faire ssortir par des symboles accessoires la cruelle 'rtdie des ennemis de cette chaste femme, 'Jt avoir une raison locale. N'était-elle point stinée à rappeler et à flétrir les pièges inssants, les attaques insidieuses auxquelles ^lise des Gaules fut en butte aux quatrième

cinquième siècles de la part des ariens , et Js encore la persécution sanglante des Gotlis, s Bourguignons et des Vendales, infectés de tte hérésie, contre les catholiques de nos Urées ? Cette explication nous semble trou-

ver une solide base dans l'usage où était l'É-, glise primitive, comme nous l'avons indiqué en divers lieux de cet ouvrage, de réfuter les hérésies, et de- caractériser sa position agitée au milieu du monde romain, par des images sensibles, aussi bien que par les arguments et les traités de ses apologistes.

4» L'absence presque totale des scènes de la passion sur les monuments de l'antiquité chrétienne proprement dite est un fait trop connu pour qu'il soit nécessaire de le rappeler ici et d'en expliquer les causes. (V. les art. Crucifix et Passion de J. C) Soit que les sarcophages de France appartiennent à une époque plus basse, soit que l'éloignement du foyer le plus habituel de la persécution laissât une plus large part de liberté au christianisme dans nos contrées, toujours est -il que la représentation de certaines chrconstances des douleurs de Jésus- Christ s'y montre beaucoup plus fréquemment. Ainsi un sarcophage de Marseille (Millin. lyiii) en réunit trois à lui seul : Jésus saisi par des satellites armés de pierres, Jésus emmené par des hommes armés de bâtons, Jésus devant Pilate ; les urnes funéraires de l'Italie ne vont jamais au delà de cette dernière circonstance ; les exceptions sont fournies par des monuments que leur âge place à l'extrême limite de l'antiquité. (V. l'art. Passion.) Nous avons sur Un tombeau d'Arles (Id. lxvii) la comparution au tribunal de Caïphe. Notre-Seigneur incliné devant ce juge a les mains derrière le dos, et un satellite le frappe (Matth. xxvi. 68). Nous n'avons remarqué ce fait nulle part ailleurs. Le sarcophage dit de Ste Madeleine {Monum. de Ste Mad. i. 466) fait voir la trahison de Judas qui baise son maître et porte à la main la bourse aux trente deniers, sujet qui ne se trouve, à notre connaissance, sur aucun autre, si ce n'est sur celui de Vérone (MafTei. Veron, illustr, part. m. p. 54).

5° La représentation de la résurrection du Sauveur est encore un caractère spécial des marbres de la Gaule. On la trouve à Saint- Piat, à Manosque, à Soissons sous sa forme mystique (Le Blant. Inscr, chrét, i. 303), le monogramme ou la croix entre deux soldats appuyés sur le bouclier et la lance. Sur un sarcophage du Midi, les soldats n'ont ni lance ni bouclier, ils ont l'air de tomber en arrière, comme frappés de frayeur ou d'étonnement (Millin. Lxxv. 3). Mais la représentation directe n'a été remarquée par nous que dans le basrelief d'un sarcophage de la crypte de S. Maximin {Ste Madeleine, i. 767) et dans celui d'une urne de Milan (Bugati. A/ewj. di S. Cels. p. 242).

6'» Les miracles de Jésus-Christ sont seuls admis dans la décoration des monuments de la classe qui nous occupe. Un sarcophage de la Gaule, celui dit de S. Sidoine dans la crypte

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de S. Maximin {Monum. de Ste Mad. i. 767) offre la seule exception à cette règle qui soit venue à notre connaissance : c'est la résurrection de Tabithe par S. Pierre (Act. ix). (V. Tart. Tabithe.) Cependant l'abbé Polidori (De' conviti effigiati ne' tnonum, sacr, — Amico catt, t. VII. p. 397) cite un sarcophage de Fermo, en Italie, qui présente une singularité archéologique plus tranchée encore : c'est que, nonseulement on y voit le même miracle , mais que tous les sujets qu'il représente sont tirés des actes des apôtres et relatifs à la vie de S. Pierre.

7® Le massacre des SS. innocents est encore un sujet qui ne se rencontre que sur les marbres de la Gaule, et, comme celui de Susanne, et encore celui du martyre de S. Etienne que nous avons remarqué sur un sarcophage de Marseille, il est assurément relatif aux persécutions qui, aux quatrième et cinquième siècles , agitaient l'Eglise dims nos contrées. La frise du sarcophage de S. Maximin, antérieur probablement au cinquième siècle, en offre un exemple {Monum, de Ste Mad. i. col. 735. 736). Ce tableau remplit l'un des côtés du couvercle, partagé en deux par la tablette du ftiulus; et il est digne de remarque que l'autre côté est occupé par l'adoration des Mages , comme pour relever le courage des chrétiens persécutés, en leur montrant que Dieu sait, quand il le veut, déjouer les projets des méchants.

8® Nous signalerons une dernière circonstance qui nous parait tout à fait caractéristique des tombeaux de notre Gaule : c'est que souvent les apôtres, écoutant l'enseignement du divin Maître, sont assis (Millin. lix. d), tandis que partout ailleurs ils sont debout. Sur un riche sarcophage du Midi (Id. lxvi. 2 , ils occupent des chaires ou fauteuils dont les bras se terminent en dauphins, et un certain nombre de personnes, hommes et femmes, sont debout derrière eux. Tout ceci est inusité en Italie, et le monument porte un ciichct tout à fait original. On pourrait ajouter à ce qui précède la présentation de l'enfan^ Jésus au temple, interprétation -douteuse néanmoins d'un motif unique sculpté sur un tombeau de Marseille (Id. LVi. 5).

On sait que quelques sarcophages antiques, môme chrétiens, portent à leurs deux angles supérieurs deux masques qu'on regarde comme Pemblème du soleil et de la lune. Or, à la place de ces masques, plusieurs urnes d'Arles, et entre autres celles qui, au musée de cette ville, portent les n®» 15, 98, 126, ont une tôte de jeune homme, qui n'est antre, selon l'interprétation qui nous a été communiquée par M. De' Rossi, que celle de S. Genès, patron d'Arles. Le principe d'une telle pratique es.

sans doute le désir qu'avaient les premierb chrétiens de placer leur sépulture sous la protection des martyrs. Il parait qu'il en fut de même à Rome : car nous avons pu voir, parmi les dernières découvertes du cimetière de Saint-Calliste, un fràj^ent de sarcophage où sont sculptées, dans la même position, les têtes de S. Pierre et de S. Paul substituées aux masques du soleil et de la lune.

Voilà les principales des circonstances essentielles par où nos marbres se distinguent de ceux des contrées ultramontaines.

Des différences plus prononcées encore se font remarquer dans les accessoires, c'est-àdire dans les symboles servant de décoration aux frises qui couronnent quelques-unes de ces urnes sépulcrales. Nous notons rapidement les motifs les plus saillants qui constituent cfô différences.

lo Des Génies ailés, occupés, les uns, à la droite de la tablette, aux opérations de la vendange ; les autres, à gauche, à celles de la moisson (Millin. LViii. 5;, sujet presque unique dans de telles conditions. On y pourrait voir un symbole eucharistique, mais plus sûrement eu égard au génie de l'antiquité, une ima^ de la félicité céleste.

2« Deux cerfs s'abreuvant aux ruisseaux qui jaillissent du monticule où reposent les pieds de l'Agneau de Dieu. (V. l'art. Agneau.)

30 Douze brebis (Millin. ibid, 2), ou douze colombes, des deux côtés du monogranmie régnant au centre de la frise et figurant les douze apôtres (Id. LVi. 6).

40 Les douze apôtres debout avec des faisceaux de volumes à leurs pieds (Id. lxvi. 2.— V. l'art. Volumes),

50 Mais ce qui nous semble plus caractéristique encore que tout ce qui précède, c'est l'association habituelle, et souvent même la substitution complète du dauphin à la colombe dans les vides formés par les arcatures. Ces dauphins sont ordinairement affrontés, deux à deux, et soutiennent sur leurs naseaux une corbeille ou une coquille {Monum. de Ste Mad. I. 763. — MilHn. Liv. d), ou bien encore le chrisme accosté de l'A et de l'eo dans une couronne (Millin. XXXVIII. 8); et, à chacune des deux extrémités delafrise, est parfois figuré un triton jouant de la conque (Id. lxvii. 2). L'antiquité avait pris le dauphin pour symbole de la fidélité conjugale comme la colombe (Ambros. 1. II De Abrah cm. 8. 53). Mais Une faut pas oublier que le sens général et commun des représentations de dauphins sur les tombeaux est un symbole de piété pour les morts, parce que ces animaux passaient pour donner des soins affectueux à la sépulture de l'homme (Aringhi. 11. 624).

6<> Enfin nous voyons sur le tombeau de la

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:i7pte de S. Haximîii (Jfonum. de Ste Mad. i. M.) deux griffons soutenant la tesaëre. C'est me réminiscence évidenle de l'antiquité, mnme plusieurs autres de ces emblèmes mains, qui du reste se plièrent aisément à une aplication chrétienne que suggéraient uue aile de textes bibliques, m. — Nous avons dit en commengaiit que t ^tin de sépulture relativement luxueuse le Tut guère possible qu'après les persécutions, itmeffel, il est peu de sarcophages chrétiens pii remontent au delà du régne de Constantin 6 Grand. Interrogé sur celte question, le proteeurVenniglioIi, les échelonne duquatrième lu huitième siècle [Brunati. Dans let Atinalei fcpHJui. ahrét. l. xxi. p. 365). Nous avons dit «jWrai, car il parait certain que quelquesnos doivent être reportés à une époque plus reculée. De même qu'il fut possible de con- <lnijre de véritables églises pondant les internlles de temps souvent assez longs qui s'écou- Ùnt entre les diverses persécutions (V. L'ait. ^nSiqvts), les chrétiens purent aussi, à la favus de ces intermittences de paix faire eié- ^r, à l'instar des tombeaux antiques qu'ils inient sous les yeux, des sarcophages histoiés. Rufin, qui écrivait sur la &n du quatrième iéde, parle de sarcophages chrétiens comme jjà anciens de son temps, sur lesquels l'his- <m de Jouas était sculptée \Uist.axl. ii. 35). 4ou3 avons dans Rome souterrains (Bottari. av. iLx) un sarcophage représentant entri' ulres sujets, Daniel offrant la pâtée au dragon Dan. xir. 26), composition qui a paru au doc- :ur Labus si ingénieuse et si parfaite , qu'il 'a pas hésité à en attribuer l'exécution an oisiëme siècle ou aux premières années du

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quatrième (V. Auiud. loo. laud. p. 367), S'appujant sur des raisons analogues, le savant archéologue milanais assigne ta même antiquité à deux autres sarcophages du cimetière du Vatican (Bottari. xui. txxxvir). D'Agincourt qui, lui aussi, a pubhé le premier, le fait remonter au troisième siècle, ainsi que plusieurs autres dont il donne la gravure (fftsi. de i'orl. Sculpt. pi. v). D'après Goldaghen (/nfrod. in sacT. Senf*(.t. ii. i6.), certains tombeaux d'une bonne exécution où il croit voir l'histoire de Susanne, devraient se placer à la même époque. Le chanoine Settele (fmporlania de' monuni.... Jtcimil. di Roma. dans let. ii AesAcleK de l'academ.Tom, d'arduol.) remarque dans un devant d'autel en terre cuite, reproduisant la comparution de Jésus-Christ devant Pilate, un tel mérite de style, qu'il doit, selon lui, appartenir au siècle de Trajan, et constate dans quelques urnes du Vatican une perfection artistique infiniment supérieure aux bas-reliefs de l'arc de Constantin. Enfin, M. De' Rossi (hiacr.Christ.Rom.t.i.p. 19), aédité un fragment qui porte la date certaine de 273, et atteste que le cimetière de Prétextât où il l'a recueilli a révélé dans ces dernières années beaucoup d'autres sarcophages d'une époque bien antérieure à Constantin.

Le sarcophage que nous plaçons ici comme illustration de cet article, monument du quatrième siècle, trouvé il y a peu d'années dans les fondations du ciborium de l'autel de Saint-Paul hors des murs, et qui aujourd'hui fait le plus bel ornement du nouveau musée du Latran, est un des plus remarquables modèles en ce genre que nous puissions proposer à nos lecteurs. Il ne se recommande pas moins

r le style et l'exécution, que par la hauteur i sont sculptées et qui représentent les princil'euMigneiDent ressortant des Ggures qui y paux mystères de notre foi : 1. Les trois per-

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sonnes divines occupées à la création d'Eve ;

2. le péché originel et le Verbe présentant à Adam et Eve les épis et l'agneau, symboles de la part de travail dévolue à chacun d'eux ;

3. le miracle de Cana, image de la transubstantiation ; k, la multiplication des pains et des poissons, symbole de l'eucharistie ; 5. la résurrection* de Lazare, figure de la résurrection finale de la chair; 6. l'adoration des Mages, vocation des peuples infidèles à la foi ; 7. la guérison de l'aveugle , qui est la figure de Tillumination du genre humain plongé dans les ténèbres avant la venue du Messie ; 8. Daniel dans la fosse aux lions, type des martyrs, avec Habacuclui apportant une nourriture qui représente encore le pain des forts ; 9. la prédiction du reniement de S. Pierre qui devait être suivie de celle de sa conversion et de sa primauté sur les autres apôtres, primauté marquée par la verge qu'il porte à la main ; 10. Moïse frappant le rocher d'Oreb, ce qui est encore Tims^ge de S. Pierre faisant jaillir du rocher qui est le Christ, la grâce et la parole divine. (V. les art. Trinité. Adam et Eve, Cana. Multipl, des pains, Lazare. Mages. Aveugles. Daniel, Pierre [S.]. Mdise.)

Nous avons dû insister sur l'antiquité aussi bien que sur l'intérêt doctrinal que présentent les sarcophages, parce que une défaveur imméritée s'attache vulgairement à cette classe de monuments. Les sarcophages de France sont en général d'une époque plus basse et d'un travail plus grossier, comme nous l'avons déjà fait observer. Quelques-uns néanmoins, ceux d'Arles, d'Aix et de Marseille, par exemple, pourraient bien remonter au troisième siècle, c'està-dire à l'époque de la mission envoyée dans nos contrées par le pape Fabien : ces villes, étant plus rapprochées de l'Italie, durent être les premières à ressentir les influences venues du centre. On a vu aussi que certains sujets qui s'y trouvent reproduits avec une insistance marquée supposent que plusieurs furent exécutés aux époques orageuses des quatrième et cinquième siècles.

IV. -^ Par qui furent exécutés les sarcophages chrétiens? Nous n'hésitons pas à répondre : par des artistes chrétiens, surtout depuis Constantin.

Qu'il y ait eu en elTet des sculpteurs parmi les fidèles de la primitive Kglise, c'est un fait dont il est impossible de douter. L'existence môme des nombreux tombeaux h bas-reliefe suffirait au besoin pour le prouver. On y remarque une telle intelligence, ou pour mieux dire, un tel sentiment de l'esprit chrétien, une si lucide entente des exigences de la foi nouvelle ; le culte de l'esprit y perce si énergiquemcnt, même sous le dédain dos perfections de la forme ; qu'une œuvre de cette nature ne pou-

vait évidemment sortir d'une main idolâtre. 11 est vraisemblable néanmoins que ces artistes s'étaient formés à la pratique de l'art avant leur initiation au christianisme (V. l'art. Professions des premiers chrétiens) : la conformité des sarcophages chrétiens avec ceux des anciens en tout ce qui est architecture et ornementation en fait foi. Ils ne faisaient que changer les sujets des sculptures, tout en les plaçant dans un cadre antique.

Nous ne connaissons les noms que d'un nombre fort restreint de ces imagiers primitifs. Baronius (Annot. t. m. an. 303. n. cxv) cite conune ayant exercé cet art les cinq martyrs Claudius, Nicostratus, Symphorianus, Caslorius et Simplicius. Ils furent suivis deux ans plus tard dans le martyre par Severus, Severianus, Carpophorus et Victorinus qu'on croit aussi avoir été sculpteurs. (V. aussi Adon. ifortyrol. ad viii nov.) Mais la tradition sur laquelle repose ce fait a sa source dans des actes fort suspects (Tillemont. Mém. t. iv. p. 745). Au surplus, leur texte, fût-il sincère, ne prouverait qu'une chose, à savoir, qu'étant sculpteurs, ils aimèrent mieux mourir plutôt que de faire des idoles ; mais il ne s'ensuit nuÛement qu'ils aient sculpté des images chrétiennes.

Boldetti (P. .316) transcrit Pépitaphe 4'un sculpteur ou statuaire nommé maetivs aprilis trouvée par lui au cimetière de Priscille :

MABTIO. APRIU. ARTIFICI. SICNARIO. QYI. YIXIT

ANNIS. XXXVn. MENSeS. DVO. DIES. V.

BEREMERENTI. IN. P

Un marteau et un ciseau, gravés sur le marbre, viennent compléter cet indice de profession. Le même auteur rapporte ensuite plusieurs autres tituli où la profession n'est exprimée que par des instruments. Ce sont ceux des sculpteurs CRESCENTO, AVR. VINCE^TIVS, LAVRENTIVS,

PAVLiNVS. Un marteau et une équerre gravés sur un tombeau du cimetière de Calliste indiquent aussi, d'après Muratori (Thesaur, iv. p. 1839. n. 7), la profession de marmorarifts. On en peut dire autant d'une scie à marbre que fait voir la pierre sépulcrale d'ExvPERAN- Tivs (Bosio. p. 433).

Mais le monument le plus précieux pour cet objet, c'fist le tombeau d'Eutrope dont nous devons la connaissance à Fabretti (C. vin. p. 587. en). Car cet Eutrope est non-seulement sculpteur, mais sculpteur de sarcophages. 11 est représenté lui-môme, sur sa pierre sépulcrale, occupé à travailler une de ces urnes, avec l'aide d'un jeune apprenti qui fait tourner, au moyen d'une corde dont il tient les deux bouts dans ses mains, l'instrument aigu avec lequel Eutrope fouille le marbre. Sur la même pierre est figuré un autre petit sarco-

SCÈN

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