‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 233 sur 266 · SUSA · texte numérisé non relu

SUSA

lorsquUl les eut déterminés à abandonner ce culte impie. Et quand il vit que la persuasion était à son comble, il descendit de sa colonne, et renversa Tidole.

SUBSELLIUH. — On appelle ainsi un petit support ou escabeau sur lequel, dès la plus haute antiquité, les personnes de distinction ou revêtues d'autorité appuyaient leurs pieds, quand elles étaient assises. C'était une marque d'honneur et de préséance dont l'invention, si l'on en croit S. Clément d'Alexandrie, est due aux Perses (Strom, i. 16). Homère attribue le subsellium à Hélène et à Ulysse {Odyss. iv. vers. 136. X. vers. 315). Dans nos monuments chrétiens, il est ordinairement donné, à Dieu le Père, quand il reçoit les offrandes d'Abel et de Caïn (Bottari. cxxxvii), à Notre-Seigneur, quand il préside et enseigne ses disciples (Perret. II. pi. xxiv), à la S^e Vierge, notamment dans le sujet de l'adoration des Mages (Bottari. XL). Les anciennes chaires épiscopales ont aussi le subsellium. (V. l'art. Chaires.) Les premiers chrétiens en laissaient l'honneur aux évoques, et évitaient, par humilité, de s'en servir. C'est ce que S. Jérôme recommande k Eustochium : Scabello te causeris indignam (Epist. XXII. AdEustoch.). On voit qu'il était quelquefois appelé scabellum^ on trouve aussi subpositorium^ suppcdaneum, en grec uiroTicJôiov ; mais ce dernier mot estpresque exclusivement appliqué au support des pieds de Jésus en croix.

SUGGESTUS. — V. l'art. Ambon, SUPPLICATIONS. — V. l'art. Litanies,

SUSANIVE. — Susanne, délivrée de la mort par Daniel, a été regardée dans l'antiquité chrétienne comme un symbole de la résurrection. Elle était aussi le type de l'Église persécutée, et les deux vieillards la figure des deux peuples qui l'attaquèrent, les païens et les Juifs (S. Hippolyt. In Daniel et Susan, v. 7. p. 21k, edit. Fabric.\ Les monuments de l'Italie offrent assez rarement ce sujet. Les seuls où il se trouve, à notre avis, d'une manière incontestable, sont trois sarcophages de marbre : celui du palais Carpegna donné par Buonarruoti {VetTi. p. i), et deux autres tirés des cimetières du Vatican et de Calliste (Bottari. XXXII. Lxxxv). Susanne y est voilée, vêtue d'une longue tunique et du pallium^ debout, les bras étendus comme les orantes ; elle est placée entre les deux vieillards impudiques qui paraissent lui parler avec une grande animation.

La représentation de l'histoire de Susanne parait être plus commune sur les sarcophages de la Gaule (V. Millin. Midi de la Fr. pi. lxv.

5. Lxvi. 8. Lxvii. k). Tous ces bas-reliefs moDtrent Susanne entre les deux vieillards, ce qui détermine tout à fait l'attribution, et le dernier la place, en outre, entre deux arbres, derrière lesquels les deux vieillards se tiennent cachés (Daniel, xiii. 16) dans l'attitude évidente d'hommes qui guettent une proie ardemment convoitée. Les autres monuments qui offrent une femme isolée, dans l'attitude de la prière ou de la lecture, ne paraissent pas présenter des caractères assez tranchés pour la distinguer d'une orante ordinaire.

11 est important d'observer dans ces monuments de la Gaule qu'à côté de Susanne est ordinairement figuré un serpent (lxv et lxvii) enroulé autour d'un arbre, et cherchant à atteindre de son dard des colombes qui reposent dans un nid au sommet de cet arbre. Il serait difficile de méconnaître ici l'intention de faire un rapprochement entre la perfidie du serpent et celle des vieillards. Quoi qu'il en soit, une telle persistance à reproduire l'histoire de Susanne, et à faire resr sortir par des symboles accessoires la perfidie des ennemis de cette chaste fenmie, doit avoir une raison locale. Nous ne croyons pas être éloigné de la vérité en supposant qu'on eut ainsi l'intention de rappeler et de flétrir les pièges incessants, les attaques insidieuses auxquelles l'Église des Gaules fut en butte aux quatrième et cinquième siècles de la part des ariens, et plus encore la persécution sanglante des Goths, des Bourguignons et des Vandales, infectés de cette erreur, contre les catholiques de nos contrées.

On avait cru voir dans un fond de coupe (Garrucci. Vetri con fig, in oro. tav. m. n. 7) Susanne au bain, entre les deux vieillards, et dans un état de complète nudité. Une telle représentation , qui s'écarterait si fort des habitudes de décence de l'art chrétien primitif, devait naturellement paraître suspecte. Aussi une étude plus attentive du monument a-t-elle montré que le personnage pris pour Susanne était le prophète Isaïe, scié avec une scie de bois, selon une tradition reçue chez les Juifs (V. la figure à l'article Prophète) , supplice auquel il aurait été condamné, soit par le roi Manassès, soit par le peuple lui-même, et qui aurait fait du prophète une figure du Messie qu'il annonçait, mourant, comme lui, par le bois et, comme lui encore, mourant innocent. C'est l'interprétation de plusieurs Pères (Tertull. In Marc. III. c. 6. — cf. Origen. In Isai. i. - Ambros. Inpsalm. cxviii).

M. Perret (Vol. i. pi. lxxviii) a publié une peinture allégorique de cette histoire, trouvée en 1845, et non moins rare que ingénieuse. Elle représente une brebis au-dessus de la tête de laquelle est écrit le nom svsanna, et placée entre deux animaux, dont l'un est certaine-

it un lou|), et l'autre un léopard, autant qi iperfection de cette ébauche permet d'i

; Ijuger. LemotsENiORispoursENiORESKurmonte 1 la tSte du loup. Voici ce curieux monument :

«ÏHRULE DES APOTRES,

ut considérer le fymbole des apôtres à deux ints de vue différents : quant à la doctrine et intà la forme.

Tout le monde convient que la doctrine renée dans le symbole des apAtres a lémsrist pour auteur, et les apôtres pour propa- (eurs. C'est ce que Tertuliien exprimait déjà ec une entière clarté dans son livre des tKTÎpUoju contre les hérétiques [Chap.

Xïu) : ■ Nous marchons dans la règle qui a adonnée à l'Église par les apàtres, aux apd- « par le Christ, au Christ par Dieu le Père. • ici nous ne rencontrons pas'de contradicirs; Calvin parle comme Tertuliien {Institut. "11.11. 16), et Vossiu3(ri. XXI fliMeri. (ie b.symb. apusiol. Athanasian. et Conslantipol.) professe à cet égard une doctrine que plus par catholicisme peut avouer.

II. — Mais une question vivement agitée core parini les érudits du siècle dernier, c'est savoir si le symbole, reçu comme apostolile dans l'Église depuis le quatrième siècle, a i véritablement rédigé par les apdtres euximes, et quant à l'ordre des articles, et quant I paroles qui les expriment. Fidèlement atd)é à la tradition de l'Église catholique, ■us tenons, non-seulement qu'il est l'œuvre sapAtres, mais encore qu'il fut composé par I, alors que réunis k Jérusalem, ils allaient disperser dans l'univers entier; et qu'ils ulurent, avant de se séparer, fixer une fie de foi vraiment uniforme et catholique, itinée à être livrée, partout la mâme, aux .échumènes.

tll. — Invoquons d'abord le fameux canon critique promulgué par S, Augustin (L. ti Dira Donatisl.) et admis de tout temps pai glise : • Ce que tient l'Église universelle, qui n'a pas été établi par les conciles, mais toujours été retenu, cela doit être cru unie venant de l'autorité apostolique. » Or, l'avis de tous, le symbole a été re(u au )s tard au cinquième siècle par l'Église unirselJe, comme apostolique et composé par < apdtres ; d'une autre part, personne nais cité aucun concile auquel il puisse èfre

On connaît au juste l'époque d'oEi date le symbole de Nicée ; l'origine du symbole de Constantinople est un fait historique que nul n'ignore. Mais personne n'a même essayé d'assigner une date au symbole des apôtres.

IV. — Dès les premiers siècles, l'imposture tenta d'introduire snus le nom des apôtres, dans le domaine de la tradition catliolique , des œuvres de mauvais aloi. Les unes ont été rejetées aussitôt qu'elles ont vu le jour: tels sont les Évangiles de S. Paul, de S. iVndré, de S, Barthélemi, etc. D'autres, avec des caractères de supposition moins sensibles, comme les Canons et les Constitutions apotloUques ,

ont imposé plus longtemps à la crédulité des siècles où la critique était peu éclairée. Mais enlîn, la lumière s'est faite, et chacun sait aujourd'hui que ces deux recueils, bien

a renfermant une foule de traditions fort

ipectnbles et souvent même apostoliques, portent un titre usurpé.

Le symbole, au contraire, est, depuis plus de quatorze cents ans, en possession incontestée de son titre d' apostolique . De tous ceux en iffet qui, depuis Rufin, ont parlé de ce symbole, soit incidemment, soit ex professa, pas *est avisé de le lui disputer.

Mais encore, c'est ici une question qui est du domaine de l'histoire, et qui peut parfaitement être résolue par l'étude attenmonuments de la tradition des premiers siècles.

Sans remonter jusqu'à S. Paul, comme fait le P. Petau [Theol. dogm. de Trinil- m. 1.

5), qui pense que, dans sa première Èpitre aux Corinthiens (wiii. 5), le grand Apôtre fait allusion au symbole, comme à une règle de foi déjà connue dans toutes les Églises, et exigée avant le baptême des catéchumènes et des initiés; nous invoquerons, au deuxième siècle, )e témoignage de S. Irénée {L, i Adv. hxres. i) : I L'Église, dit ce Père, disciple des disciples immédiats des apôtres. l'Église, disséminée dans l'univers et jusqu'aux extrémités de la terre, a reçu des apôtres et de leurs disciples cette foi qui reconnaît t le Dieu, Père, c tout-puissant, > tjux est in Deum Patrem omnipotenlem. Au déclin du même siècle et au

SYMB

SYMB

début du troisième , Tertullien , comme nous l'avons vu déjà, non-seulemeut l'attribue aux apôtres, mais en donne môme le résumé. Et, dans son livre contre Praxeas (G. ii), il atteste formellement que « cette règle de foi était déjà en vigueur dès la première prédication de l'Évangile, et bien longten^js avant l'apparition des premiers hérétiques, t Le symbole des apôtres n'est pas moins reconnaissable dans ces deux questions que S. Gyprien {Epist. Lxx) met au nombre de celles qu'on adressait aux catéchumènes avant le baptême : Credis in vitam xternam^ et remissionem peccatorum ?

Au quatrième, voici S. Ambroise (Lib. i. ep. 7. Ad Simplician.) qui affirme t que l'on doit croire le symbole des apôtres , que l'Église romaine garde et conserve toujours intact, t A son tour, Lucifer de Cagliari {Lib, de non conveniend. cum hs^ret,) déclare que, au lieu de suivre les errements des hérétiques, « nous pouvons nous assurer que les apôtres ont cru un seul Dieu^ i*ere^ tout-puissant^ et son Fils unique j Jésus-Cnrist, et le saint Paraclet, Esprit de Dieu, » Qui ne connaît la savante exposition de la foi et du symbole (0pp. Augustin, t. m. p. 50; que, vers la fin du même siècle, S. Augustin, encore simple prêtre, donna au concile d'Hippone ?

Enfin, nous arrivons à llufin, qui florissait vers la fin du quatrième siècle ou au commencement du cinquième. Cet historien de qui on a affirmé (Avec quel fondement? ou vient de le voir par les citations précédentes) qu'il fut le premier à dire clairement que les apôtres sont les auteurs du symbole, écrit (Lib, de exposit. symb, int. 0pp. Hieron. t. v. p. 127) « qu'il est constant par l'autorité des ancêtres (Tradunt patres nostri) que tous les apôtres, réunis ensemble, et sous l'inspiration de l'Esprit-Saint , dont ils étaient remplis, composèrent ce symbole, » et il l'établit par de nombreux arguments. Or il est essentiel d'observer que ce môme Hufin qui, sur d'autres points, trouva de violents contradicteurs, entre lesquels brille surtout S. Jérôme , ne rencontra en ceci aucune opposition ; et que tous, ou adhérèrent formellement à sa doctrine, ou tout au moins s'abstinrent de s'inscrire en faux contre elle. Or, qui ne sait combien ce siècle a produit d'honunes éminents par la science, et par-dessus tout inviolablement attachés à la sainte antiquité ?

Au cinquième siècle, nous avons Gélestin !•', qui, dans sa fameuse lettre à Nestorius, appelle ouvertement le symbole symbolum ab apostolis traditum; et le concile d'Éphèse qui, dans son rapport à Théodose sur la déposition de cet hérésiarque, définit le symbole : a La foi^enseignée au commen-

cement par les apôtres, et plus tard exposée par les trois cent dix-huit pères, dans h métropole de Nicée. > Si nous interrogeons S. Jérôme , il l'appelle ( Contr. Joan. Hierosol. xxviii) : « Le symbole de la foi et de notre espérance, lequel, transmis par les apôtres, n'est pas écrit sur des tablettes et avec de l'encre, mais sur les tables du cœur, i Mais les témoignages de S. Léon, de S. Maxime de Turin, de S. Isidore de Séville, etc., appartienncAt à une époque où toute apparence d'obscurité a disparu : « La confession brève et parfaite du symbole catholique, qui est composé des sentences de chacun des douze apôtres, est tellement munie de la force céleste, que toutes les opinions des hérétiques peuvent ôtre décapitées par son glaive, i ^S. Léo. epist. xxxi. Ad Pukheriam aug, c. k.)

Et ce n'est pas seulement dans l'Église de Lyon, dont S. Irénée était évoque, ni dans celle de Garthage où écrivait Tertullien, ni dans celle de Gagliari, gouvernée par Lucifer, ni dans celles de Milan, de Turin et d'Aquilée, que Ton croyait que les apôtres avaient composé le symbole portant leur nom ; on le tenait encore pour certain dans TÉglise de Home, mère et maîtresse de toutes les Églises, dans toutes les Églises d'Orient, d'Égvpte, d'Afrique et d'Allemagne, etc. (V. dom Ceillier. t. I. p. 519.)

VL — De ce que nous avons dit jusqu'ici, nous devons tirer deux conclusions.

La première, c'est que les Pères dont nous invoquons le témoignage ne parlent pas seulement de la substance de la doctrine, mais encore de la conte xture des paroles. En effet, r ils présentent le symbole comme un monument public, connu, certain, et ils le citent môme par ses premiers mots ; 2* ils lopposeDt aux hérétiques comme une règle de foi ouvertement et sciemment violée par eux ; 3* ils avouent que les pères de Nicée l'ont développé, et ont expliqué en termes plus clairs ce qui était contenu implicitement dans des expressions plus générales et plus concises; 4" ils l'invoquent comme un dépôt inviolablement gardé par les Églises, avec ses articles distincts et ses formules fixes. Donc ce symbole exista dès le commencement, non pas seulement dans la substance de sa doctrine, mais dans l'intégralité de sa rédaction.

Seconde conclusion : les Pères attribuent aux apôtres l'origine du symbole avec une clarté qui ne laisse rien à désirer. Car, V ils le citent constanunent sous le nom des apôtres ; 2° ils affirment en propres termes que c'est par les apôtres môme qu'il a été légué à l'Église; 3° ils vont jusqu'à assurer qu'il se compose de sentences sorties de la bouche de chacun des apôtres. Donc le symbole des apo-

SYMB

SYMB

res porte le cachet évident de son origine ipostolique.

On pourrait ajouter, et prouver aisément, )ar les règles de la saine critique, qu'il ne contient rien qui ne soit conforme à la simpliste et à la gravité apostolique.

Mais nous allons au plus pressé, et termilons cet article par Texamen d'une difficulté jui pourrait embarrasser quelques personnes.

VII. — Si le symbole a vraiment les apôtres x)ur auteurs, comment se fait-il que les an- :iens écrivains qui nous l'ont conservé ne se soient pas rencontrés dans les termes , et qu'ils en aient même marqué les articles d'une nrianière un peu différente?

On répond à cela, d'abord d'une manière générale : !• que les apôtres n'avaient pas mis le symbole par écrit : nous avons vu que S. Jérôme l'affirme clairement, ainsi que Rufin. Et cet état de choses dura plusieurs siècles ; les évoques le défendaient formellement aux catéchumènes (Serm. xxii. De tradit, syfytb. — Chrysost. serm. lxi In Sf/mb. — Liturg. Gallican, ap. Mabill. Jt. liai. i. pars altéra, p. 340), et pour le fixer dans leur mé-

moire, on le récitait jusqu'à trois fois en leur présence. Or l'expérience prouve qu'il est moralement impossible q\i'une formule si détaillée soit rapportée, récitée, écrite dans les mêmes termes par cent personnes différentes (|ui ne l'auraient apprise que de mémoire, et sur le récit des autres. 2" Les symboles que l'on produit aujourd'hui comme ayant été en usage dans les Églises d'Orient, de Rome et d'Aquilée, ne sont que des traductions, qui peut-être n'ont pas même été faites immédiatem'ent sur l'original, et encore par des personnes qui vivaient en différents temps et en différents lieux, qui ne parlaient pas le même langage, et qui, par conséquent, ne pouvaient s'exprimer dans les mômes termes.

Du reste, les lecteurs de ce Dictionnaire doivent être mis en état de confronter euxmêmes ces différentes formules, qui appartiennent à l'histoire de nos origines ; et ils se convauicront que les variantes sont peu notables et n'impliquent jamais contradiction. Nous en reproduisons le tableau, tel qu'il a été dressé par Rufîn et copié par dom Ceillier (Op. et loc. laud. p. 521).

Page 1