VERT
tife dit qu'un Juif qui avait embrassé la foi de Jésus-Christ se rendit deux jours après son baptême dans la synagogue, et y déposa le birrus blanc dont il avait été revêtu à sa sortie des fonts, birrum alhum^ quo de fonte sur gens indutus fuerat. Nous ne saurions admettre cette interprétation, le birrus n'était point une coiffure, mais une sorte de manteau (V. l'art, birrus), et il est évident que ce nom ne désigne ici autre chose que les aubes ou vêtements blancs du baptême.
Nous citerons avec plus de confiance S. Augustin qui a écrit ces paroles on ne peut plus claires dans un de ses sermons {Serm. ccclxvi) : c Aujourd'hui sont les octaves des enfants (Les nouveaux baptisés) : on doit voiler leur têtes, ce qui est un indice de liberté ; » velanda sunt capita eorum^ quod est indicium libertatis. Ce texte est précieux, en ce que non- seulement il établit l'usage du voile en question, mais qu'il nous apprend en outre qu'on le quittait
r aussi à la fin de l'octave.
Une nouvelle preuve nous est fournie par Théodore de Cantorbéry, auteur du septième siècle, t A l'ordination d'un moine, dit- il dans
' son pénitentiel, l'abbé doit chanter la messe, et prononcer trois oraisons sur sa tête ; qu'il lui voile la tête pour sept jours, et que le septième jour il lui enlève le voile. Comme, au baptême, le prêtre retire le voile des enfants, velamen infantum tollit; de même l'abbé doit- il retirer celui du moine, parce que son ordination est, au jugement des Pères, un second baptême, où les péchés sont remis comme dans le premier. »
VÊPRES. — V. l'art. Office divin, n. III.
VERSETS. — V. Office divin. Append. !•>.
VERTUS (leurs représentations symboliques). — C'est surtout au moyen âge que ■ l'art chrétien s'est exercé dans ce genre de symbolisme. Ainsi, sur une des portes de bronze du baptistère de Florence, exécutée en 1330 par André de Pise, on voit l'Espérance et la Charité représentées par deux figures humaine^ l'une avec les mains jointes, l'autre avec un flambeau allumé. Nous citons ce fait placé, par sa date, en dehors des limites qui nous sont prescrites, parce que le type s'en retrouve exactement dans l'antiquité. Nous en pouvons citer un exemple sur un richB sarcophage -du cimetière du Vatican (Bosio. Rom, sott. p. 75), où étaient renfermés les corps des papes Léon I»"", II, III, IV. Dans la frise qui règne au-dessus d'un arc élégant, abritant Notre-Seigneur debout, entouré de ses disciples, se voient à mi-corps deux figures, dont l'une qui, d'après l'interprétation des savants, serait
l'Espérance, joint les mains et élève les yeii\ au ciel, l'autre tient une torche allumée et serait le symbole de la Charité, vertus qui brillèrent d'un si vif éclat dans les apôtres.
Cet usage de représenter sous figure humaine les vertus et les affections morales est de toute antiquité, chez les écrivains aussi bien que chez les artistes. C'est ce qu'atteste S.Paulin {Epist, XVI. num. 4.. edit. Paris. 1685); fi Spes , et Nemesis et Amor, cUque etiam Fum in simulacris coluntur^ t Et l'Espérance, et Némésis, et l'Amour, et aussi la Fureur sont figurés sous des simulacres. > Les poêles chrétiens se sont plu, eux aussi, à donDer dan;' leurs vers un corps aux vertus et aux vices. Ainsi Prudence peint comme il suit la foi et son attitude militante sur la terre {Psychom. V. 21):
Prima petit campum dubia sub sorte duelli Pugnatura fides, agresti turbida vultus, Nuda humeros , intonsa comas ^ exserta lacerto^.
« La première à entrer en champ clos, et incertaine sur l'issue du duel, — C'est la foi armée pour le combat, présentant une face agreste, ~ Les épaules nues, la chevelure flottante, les bras tendus. »
Mais, pour revenir aux artistes, nous voyons dans le manuscrit de la Genèse appartenant à la Bibliothèque impériale de Vienne, la Pénitence représentée sous la figure d'une femme; et aux pages 4 et 5 du Dioscorides^ écrit au commencement du sixième siècle , une femme encore avec la mandragore à la main, laquelle représente Vlnvention^ comme l'atteste son nom grec écrit au-dessus de sa tôte, etpecic; à la page 6 du môme manuscrit, c'est, aux côtés de Juliana Anicia, fille d'Anicius Olybrius, la Prudence et la Magnanimité, ♦po:«h£ii et huk- AOHTKu. Il y a encore l'Action de grâce, aupiiTu, qui est incHnée jusqu'à terre de^^ntcette princesse, et semble baiser ses pieds.
Mais, ce qui vient mieux encore à notre sujet, c'est que, parmi les lampes que mentionne Fortunio Liceti {De lucemis antiq, lib.iu. cap. 10), il s'en trouve une où sont retracées deux figures symboUsant, dans l'opinion de ce savant, la Foi et l'Espérance ; et ce qui donne beaucoup de probabilité à son sentiment, c'est que celle qu'il croit représenter l'espérance, est précisément dans l'attitude de la figure du sarcophage cité plus haut, c'est-à-dire qu'elle a les mains jointes et élevées, et que de plus elle fléchit le genou gauche.
Ceci suffit pour montrer que si ces sortes d'emblèmes ou d'allégories sont rares dans l'antiquité proprement dite, ils ne lui furent cependant point étrangers, ni contraires à son esprit.
VÊTE
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VÊTEMENTS DES ECCLESIASTI- QUES DANS LA VIE PRIVÉE. — I. — Les efforts qui ont été faits à diverses époques par quelques érudits pour établir que. dès le commencement, l'Église avait prescrit à ses ministres des vêtements différents de ceux des laïqu s, n'ont abouti à aucun résultat satisfaisant. Il nous parait bien positif, au contraire, que, du moins pendant les trois premiers siècles, les clercs , dans la vie privée , étaient habillés comme toutle monde. La nécessité où ils étaient, dans ces temps agités , de passer inaperçus au milieu des païens leur faisait une loi d'éviter toute distinction extérieure.
Nous ne voyons pas que Jésus-Christ ait tracé à ses apôtre aucune règle à cet égard. La simplicité, la modestie, voilà tout ce qu'il leur recommandait: « Des sandales et une tunique, 1 calceatos sandalis^ et ne induerentur duabus tunicis (Marc. vi. 9). Tel fut le vêtement du clergé primitif. Cependant le Sauveur n'entendait point, par ces paroles, imposer un précepte négatif à ses ministres, ni leur interdire toute autre espèce de vêtement. Autrement, les apôtres ne se seraient point permis l'usage dupailium ou manteau des philosophes, comme nous le lisons de S. Pierre (Act. xii. 8), ni celui de la pénule que portait certainement S. Paul (2 Tim. IV. 13).
Le premier de ces vêtements parait même avoir été adopté dès les temps apostoliques, parce qu'il était distinctif des hommes graves et livrés à l'étude de la sagesse (Euseb. Hist. eccl. lib. VI. cap. 19). On vit surtout alors ceux qui venaient des écoles du Portique ou de l'Académie pour se ranger sous la discipline du sacerdoce chrétien, conserver, dans des vues de prosélytisme, le manteau de leur ancienne profession.
Et c'était déjà là une certaine distinction. Carie manteau de philosophe différait beaucoup du pallium de la vie commune. C'était une pièce d'étoffe quadrangulaire et tissée d'une laine noire ou brune, niyrum autpuUum, Il descendait jusqu'à terre, et à la différence du manteau des Grecs qui se boutonnait sur l'épaule et se rejetait en arrière, le manteau des ascètes chrétiens, comme celui des philosophes païens, était simplement drapé autour du corps, sans agrafe ni fibule d'aucune sorte. Quelquefois on en faisait passer une partie sous l'épaule droite pour laisser au bras toute sa liberté, et ce pan était rejeté sur l'épaule gauche. D'autres fois on le drapait autour du cou, de façon à envelopper de ses plis les épaules et les bras. Les philosophes qui le portaient étaient dans l'usage d'aller tête découverte et pieds nus; sous le manteau était une tunique simple, et de couleur obscure. Telle était celle que portait S. Jérôme, qui fut plus d'une fois, pour ce
motif, pris pour un philosophe, et traité d'imposteur, comme il s'en plaint dans une lettre à Marcella {Epist. xxxviii. 5).
Cependant ce manteau était proprement celui des ascètes (V. ce mot) et appelé pallium ofceitcum. Aussi les évêques qui n'étaient point adonnés à la vie ascétique , s'en abstenaient-ils généralement, parce que, comme il s'agissait d'un costume impopulaire, ils pensaient qu'il était peu favorable aux rapports journaliers que l'évêque devait entretenir avec la société civile. Aussi, ce manteau ascétique, qui était édifiant dans un S. Martin de Tours au quatrième siècle, fut, au cinquième, condamné par le pape S. Célestin, dans une lettre aux évoques des provinces de Narbonne et de Vienne. Nous savons aussi que cette espèce de vêtement n'entrait point dans le costume de S Cyprien au troisième siècle, pas plus que dans celui de S. Augustin au quatrième. L'usage du manteau de philosophe cessa totalement au sixième siècle.
II. — Le vêtement des clercs ne différait pas plus de celui des laïques par la couleur que par la forme; ils évitaient seulement ce qui, en cela, eût été opposé à la modestie chrétienne. Dès le quatrième siècle cependant, les évêques, ceux des grandes villes principalement, portèrent quelquefois un manteau blanc (Pallad. In Vit. S. Chrysost. — S. Eutym. ap. Surium. xx jan.). Mais- ceci n'était point d'un usage général. Car, d'une autre part, nous lisons dans Socrate {Hist, eccl. 1. vi. c. 22) que les vêtements blancs portés par l'évêque Sisinnius, furent regardés comme une grande singularité, et qu'on s'en étonna comme d'une chose inusitée parmi les ecclésiastiques.
La couleur noire dut être à cette époque non moins inusitée : car ce même Sisinnius répondit à son censeur : « De grâce, en quel lieu trouvez- vous écrit qu'un évêque doive user de vêtements noirs? » Ceci est pour l'Orient. La même opinion existait en Occident : le jeune * prêtre S. Népotien, neveu de S. Éliodore, évêque d'Altino, dans la Vénétie, trouvait dans l'admirable lettre de S. Jérôme surles devoirs de la vie ecclésiastique l'avertissement d'éviter également les vêtements blancs et noirs : Vestes pullas œque devita ut candidas (Epist. lu. Ad Nepotian, 9). S. Sulpice-Sévère note à son tour, ainsi que nous l'avons dit déjà, comme une singularité , exemplaire toutefois , dans S. Martin de Tours, qu'il portait une tunique grossière et un long manteau noir. (Cf. Mozzoni. sec. VI. not. 7.)
Vers la fin du même siècle et au conmiencement du cinquième, les ecclésiastiques s'éloignèrent peu à peu des usages des gens du monde, et tout en conservant les formes anciennes, ils commencèrent à se distinguer par
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la richesse de la matière et des tissus dont leurs habits se composaient (Sulpit. Sever. DiaL I. cap. 1); si bien que le quatrième concile de Carthage (Can. xlv) dut déjà réprimer le luxe des vêtements et des chaussures chez les clercs, et que la pape Célestin I®' se crut obligé d'avertir les ecclésiastiques des Gaules, qui avaient surtout donné dans ces abus, « qu'ils devaient avoir à cœur de se distinguer par la doctrine plutôt que par l'habit. » (Epist. ad episc, Vienn. et Narbon.)
C'est au cinquième siècle que les écrivains ecclésiastiques commencent à faire mention d'un c habit de religion, » habitus religionis^ qui put être un habit pour la vie privée aussi bien qu'un vêtement destiné à la liturgie. Il est clair qu'un habit qui n'était pas celui des laïques, un habit clérical, fut donné à S. Germain d'Auxerre et à S. Césaire d'Arles, à l'occasion de leur admission dans la cléricature. (V. l'art. Vêtements.... dans les fonctions sacrées.) On peut bien voir aussi la désignation, bien qu'un peu vague, d'un costume spécial pour les clercs dans ces paroles de S. Sidoine Apollinaire à son ami Maxime qui avait quitté le monde pour entrer dans la milice sacerdotale : a Soyez très-différent de ce que voua étiez autrefois, par la démarche, par l'habit; » Multum ab antiquo dissimilis ^ incessu, habita..., (Lib. iv. epist. 2k); mais nous croyons qu'on a donné une extension excessive au texte de S. Célestin, en supposant qu'il reprochait aux évêques des Gaules d'avoir abandonné un vêtenlent ecclésiastique déjà fixé alors pour adopter le costume des moines orientaux. C'est la singularité que ce pontife blâmait {Episl. iv. 2), et pas autre chose, la suite du passage le prouve évidemment : • Nous devons nous distinguer de la plèbe et des autres par la doctrine, non par l'habit, » Discernendi a plebe^ vel cœteris,sumus doctrina^ non veste,,., « Les peuples veulent être enseignés et non amusés, nous ne devons pas imposer à leurs yeux, mais inculquer les principes dans leur cœur, » Docendi enim sunt, non ludendi ^ nec imponendum eorum oculis sed mentibus infundenda prxcepta sunt.
Le sixième siècle vit s'opérer une transformation très-marquée dans les vêtements des gens du monde. Les laïques abandonnèrent généralement le costume romain , plein de de gravité et de dignité, et commencèrent à se vêtir d'habits courts, à la manière des Barbares, au pouvoir desquels étaient tombées toutes les provinces occidentales.
Mais alors, l'Église, toujours soigneuse de la dignité de ses ministres, ne se conforma point à ce changement ; et les premiers pasteurs s'accordèrent pour retenir l'usage des anciens vêtements. Aussi une différence plus tranchée s'étant introduite entre le costume du
clergé, fidèle aux anciennes traditions et celui des laïques qui les abandonnaient, c'est aussi à cette époque que le langage des documents relatifs à l'habit ecclésiastique devient plus explicite. C'est alors que nous voyons apparaître des préceptes, des défenses, des concessions formelles au sujet de telle ou telle espèce de de vêtement. Le concile d'Agde, tenu en 506 (Can. xx) enjoint aux clercs de porter des vêtements et des chaussures particulières, ou du moins conformes aux habitudes religieuses qui doivent les caractériser : Vestimenta, vel calceamentay nisi qux reliyionem deceant, clerim u/î, vel habere non liceat.
S. Martin, évêque de Prague, auteur d'une fameuse compilation canonique, publiée en 572, prononce (Can. lxvi) l'obligation formelle pour les clercs de porter une robe longue : Talarm vestem induere.
Trois défenses particulières leur sont faites à la même époque : défense de porter le «ogum^ tunique très-courte à l'usage des soldats {Concil. Matisc. c. xvi); défense de porter la pourpre « parce qu'elle appartient à la jactance mondaine , et non à la dignité religieuse, » ad jactanliam pertinet mundidem^ nonadreligiosam dignitatem {Concil. Narbonn. can. i); et en général toute pratique barbare, soit dans le vêtement, soit dans le parler; cette dernière défense est de S. Grégoire le Grand (/n Vit, ips, 1. ii. c. 13. auct. Joan. Diac.)
11 y avait bien certainement un habit clérkol du temps de S. Grégoire de Tours, puisque, étant tombé dans une grave maladie, lorsqu'il était encore laïque, ce Saint se fit porter au tombeau de S. Éloi, et là promit de revêtir l'habit clérical, s'il obtenait sa guôrison (Sur. Vit. S. Greg, Turon. c. iv. 17 nov.). 11 est encore question d'un habit clérical à propos de l'ordination sacerdotale de Mérovée, fils de Chilpéric (577), et le port de cet habit est obligatoire : postea AJerovechus..., totisuratus est, mutataque veste , qua clericis uti mos est (Greg. Turon. Hist. Franc, lib. v. cap. 14). On lit dans la Vie de S, Marculphe (Suri us. i maii) qu'il reçut r/»a6i7 clérical àes mains de S. Possesseur, évoque de Coutances. 11 est question de ce même habit dans une foule de passages des OEuvres de S. Grégoire le Grand, ainsi nous lisons dans une de ses lettres (Epist. l.iv.n. 27. Ad Januar.)^ qu'il imposa une pénitence au clerc Paul, parce que celui-ci, ayant quitté son habit, était retourné à la vie séculière , et qu'il adressa des reproches à quelques autres, qui ayant revêtu Vhabit ecclésiastiqœ^ ne menaient pas une vie digne de cet habit {Ibid. n. 22. Ad Constant.), 11 est prouvé par la vie de ce grand pape que sa maison ne se composait que de clercs qui tous étaient vêtus à la romaine, c'est-
VÊTE
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à-dire d'un habit long-, et distinct de celui des laïques (Joan. Diac. Vit. S. Greg, Magn. 1. i. c. 13.)
Ailleurs, parlaqt de lui-même, il dit : « lorsque fêtais jeune, et portant Thabit séculier, » Dumadhucessemjuvenculas. atque in sxculari habita œnstitutus; et quand il veut comparer lliabit ecclésiastique à Thabit séculier, il appelle le premier luibit saint^ habit religieux. Le docte Thomassin observe que de telles expressions sont nouvelles, étrangères aux siècles précédents, et que si elles deviennent alors communes, c'est qu'elles indiquent une distinction évidente et universelle entre les vêtements ecclésiastiques et ceux des laïques (Thomassin, Veius et nova Eccles. disciplin. part. i. lib. 2. c. 16. S 8)-
En Orient, c'est au septième siècle seulement que le vêtement des clercs commença à différer de celui des gens du monde {Concil, TrulL c. xxvii), il était d'une couleur uniforme. Cette uniformité tendant à disparaître au Huitième siècle, l'Église grecque rappela les clercs à l'ancienne discipline (Concil. Nicen. c. XV; ; et enfin après le dixième, la couleur noire fut exclusivement adoptée par les Orientaux.
Pour les vêtements du clergé de l'Église latine, l'uniformité de couleur et de forme ne fut invariablement fixée qu'au seizième siècle; et Hauf quelques légères modifications, ces vêtements sont encore les mêmes de nos jours. L'initiative de cette réforme appartient à S. Charles Borromée qui la fît sanctionner par le concile de Trente.
VETEMENTS DES ECCLESIASTI -
QUE8 DANS LES FONCTIONS SACRÉES. — I. — La
question de savoir si les ministres des autels usaient, pendant les trois premiers siècles, d'habits spéciaux dans l'exercice des fonctions saintes a été fort controversée parmi les savants. Et le silence des écrivains contemporains n'explique que trop de telles incertitudes. Parmi les anciens liturgistes, Walfrid Strabon, Hugues Victorin, Honorius d'Autun, sont les patrons qu'invoquent ceux qui ont embrassé le parti de la négative ; et ce sont, pour ne parler que des orthodoxes, Nicolas Alemanni (De parietin. Lateran. c. ix), Baluze (Ad concil, Narbon. p. 26. edit. Paris. 1668), Yisconti (De apparat misss. Mediolani. 1626), Sirmond (Ad epist. Cœlestin, in tom. Concilior. ii), Ferrari (De re vestiaria. cap.xviii. Patav. 1654), Jacques Boileau (De re vesliar. hom. sacr, Lutet. 1686), Bocquillot (Traité hist. de lalilurg. 1. 1. chap. 7. Paris. 1701), Pelletier {Dissert, dans les Mém. de Trévoux, septembre 1705). Ces écrivains sont d'avis que les évoques, les prêtres et les autres ministres de l'Église officiaient avec les
vêtements communs qu'ils portaient dans la vie privée.
On leur oppose le théatin Pasqualigus (De sacrifie, novx leg, t. n. De cm. sacerdot. Lugd. 1672), André Dusaussay {Panoplia sacerdot. part. 1. 1. 6. Lutet. 1653), le cardinal Bona (Rer. liturg. 1. 1. c. 5. § 2), Schelstrat(/)e Eccles. Afric. dissert. ii. Paris. 1679), Honoré de Sainte- Marthe (Réflex. sur la crit. t. ii. dissert. k. c. 6),Giorgi(De liturg, Rom.pontif. t.i. l.i.c. 3. Romœ. 1731), et enfin l'immortel Benoit XIV (0pp. edit. Rom. t, xi. instruct. 21). Ceux-ci regardent comme certain que, en dépit de leur pauvreté, des embûches des païens, de la malveillance et des difficultés de toute sorte dont ils étaient environnés, les apôtres et leurs successeurs usaient pendant le saint sacrifice de vêtements particuhers, ou tout au moins qu'ils choisissaient pour monter à l'autel ceux des habits du temps qui étaient les plus propres et les plus décents.
Cette dernière observation qui ressort de l'ensemble des témoignages de ces écrivains et les résume, réduit à de bien étroites proportions la dissidence qui existe entre eux et les auteurs que nous avons cités en premier lieu. Et les deux sentiments nous paraissent se concilier également avec le décret du concile de Trente (Sess. xxii. cap. 5. De solemn. missx sacrif. cxrem. ^qui, en déclarant de disciphne et de tradition apostolique, exapostolica disciplina et traditiohe^ l'usage des vêtements sacrés, comme celui des cérémonies, bénédictions, lumières, encensements, etc., n'empêche point de supposer que ces vêtements qui nous ont été transmis quant à leurs formes essentielles, étaient au temps des apôtres, et encore assez longtemps après , des vêtements vulgaires, et nous verrons tout à l'heure qu'il en était ainsi.
II. — Il est vrai que dès le quatrième siècle, les auteurs ecclésiastiques commencent à mentionner des vêtements qui distinguaient les clercs des laïques. On cite surtout Eusèbe qui, dans le discours qu'il prononça à l'occasion de ladédicacede l'église de Tyr (Euséb. Hist. x. 4), adressa ces paroles aux évêques: « Prêtres chéris de Dieu, qui êtes revêtus de la sainte tunique, ornés d'une couronne de gloire, et couverts de la robe sacerdotale. » Ces paroles sont quelquefois prises dans un sens allégorique. On n'en saurait dire autant de celles de S. Grégoire de Nazianze, qui dit de lui-même au jour de son sacre : Idcirco niepontificem ungis^ ac podere cingis^ capitique cidarim imponis^ a Vous m'oignez pontife, vous me revêtez de la robe longue, vous mettez la tiare sur ma tête, t Ceci suppose évidemment que dès lors il y avait quelque différence entre les vêtements d'un évêque et ceux des séculiers, à la céré-
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monie de son ordination, et dans la célébration d^s saints mystères.
Le témoignage de S. Jérôme parait plus concluant encore. A propos du quarante-quatrième chapitre d'Ézéchiel, où il est parlé des habits que devaient avoir les prêtres et les lévites quand ils entraient dans le temple, le saint docteur ajoute: t Apprenons de là que nous ne devons point nous-mêmes entrer dans le sanctuaire avec les habits communs et souillés dont on se sert tous les jours dans Pusage vul gaire de la vie, mais qu'il faut traiter les mystères du Seigneur avec une conscience pure, et des habits propres. » Ce passage nous fournit la clef de celui-ci du même Père auquel on a donné souvent une portée exagérée : Rdigio cdte- Tum habet in ministerio , alierum in usu vitaque civili (Ibid. v. 17), • La religion a dans le ministère des autels d'autres habits que dans l'usage de la vie civile. »
Mais si ces textes prouvent qu'on usait pour les fonctions liturgiques des vêtements plus décents, il n'en résulte nullement qu'ils eussent des formes particulières. Et même cet usage de changer d'habit' pour les fonctions saintes n'était-il point universel à cette époque, ni même deux cents ans après; car il est dit de S. Fulgence qu'il gardait, pour sacrifier, la même tunique avec laquelle il dormait, et qu'il recommandait à ses moines de* changer leur cœur plutôt que leurs habits pour le temps du sacrifice : In qua tunica durmiebat^ in ipsa «arrificabat {Vit, S. Fulgent. p. 18. -—cf. Boquillot. Traité de la lit.}). UO).
Quoi qu'il en soit de cet exemple particulier, qui peut bien passer pour une exception, un fait est déjà bien constaté, c'est que les vêtements dont on se servait à l'autel étaient dès lors plus propres et plus riches que les vêtements ordinaires. Ce qui amena peu à peu de très-grandes différences entre les uns et les autres, ce n'est pas que l'Église ait jamais inventé des formes nouvelles de vêtements pour son culte, mais qu'elle conserva les formes anciennes lorsque leslaïques les abandonnaient. C'est ainsi que des habits vulgaires devinrent des ornements sacrés. La décence et la propreté étaient seules prescrites ; pour tout le reste, une grande latitude était laissée au clergé.
Un second fait général nous parait pouvoir être constaté, du moins depuis le quatrième siècle : c'est que communément les vêtements en usage pour la célébration des saints mystères étaient blancs. Q land les écrivains ecclésiastiques de cette époque et des siècles suivants parlent de l'habit clérical, le désignant sous le nom de habitus religionis^ il est à présumer que cette distinction ne porte que sur la couleur. Nous lisons dans la Vie de S. Chrij-
sostome (Ap. Baron, an. 407. n. ix), que sentant sa fin approcher, et voulant célébrer le saint sacrifice, il demanda des vétement$blam: et qu'il s'en couvrit, après s'être dépouilla de ceux qu'il portait, y compris sa chaussure, et les avoir distribués aux assistants. Ceci est une donnée très-précieuse sur les vêtements liturgiques en Orient.
Pour l'Occident, nous trouvons la mention d'un habit clérical, dit habitus religimis^ dans la Vie de S. Germain^ faitévêque d'Auxerreen 419. Ce Saint avait d'abord été mis au nombre des clercs de cette Église par S. Amator son prédécesseur; et pour cela, deux cérémonies avaient eu lieu, celle de la tonsure d'abord; la seconde consista à le dépouiller des vains orne ments du siècle, pour .être vêtu de l'habitée religion, c'est-à-dire de l'habit blanc avec lequel il devait s'acquitter de son office dans les fonctions saintes, habitus religionis^ comme s'exprime son biographe Constant, dans Surius (xxxiju/.).
Et que telle ait été la couleur des vêtements Uturgiques pour tous les ordres, c'est ce dont ne permet pas de douter un passage de S. Jérôme souvent cité (Lib. i Contr. Pelag. Et Epist. III. Ad Heliodor.) : « Est-ce donc un acte d'inimitié contre Dieu, si j'ai une tunique plus propre? Si l'évêque, le prêtre, le diacre et les autres ordres ecclésiastiques se présentent avec I un vêtement blanc dans l'administration des ! sacrements, » Si episcopus,, presbyter^ diacorm, ' etreliquus ordo ecclesiasticus inadminisfrationf I sacramentorum candida veste processerit ? S. Grégoire de Tours (De glor, confess. cap. xx) dé- ' crivant la procession qui eut lieu à roccasion j de la dédicace d'un oratoire qu'il avait fait construire pour y déposer les reliquesde S. Saturnin, de S. Martin et de quelques autres Saints, parle d'un chœur nombreux de prêtres et de lévites en vêtements blancs : Erat aiUm sacerdotum ac levitarum in Mis vestibus mn minimus chorus.
Il ne parait pas qu'aucune autre couleur ait été admise jusqu'au neuvième siècle: c'est ce qui ressort des Vies des papes par Anastase le Bibliothécaire {In Léon. III . Greg, IV. Serg. Il Léon. IV. etc.), et ce qu'on peut voir pi us clairement encore dans les images des souverains pontifes représentés en mosaïque dans la basilique de Saint-Paul hors des nuirs de Rome. Seulement les vêtements blancs étaient quelquefois ornés de bandes de pourpre ou d'or. (V. l'art. cLAVus.)
Dès le neuvième siècle, d'autres couleurs furent peu à peu admises; mais ce n'est cp'après le onzième que l'Église reçut définitivement les cinq couleurs dont nous nous servons aujourd'hui pour les ornements sacrés. Car le premier écrivain qui en parle est l'auteur du
VÊTE
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livre De divinis offkiis (Gap. De sing. vestib.) faussement attribué à Alcuin, mais que Mabillon assigne sûrement à Pépoque où vivait cet écrivain {AnruiU, ord. S, Benedict. Sœc. i v. pars 1). Après lui, viennent, au treizième siècle, Durant de Mende {Rational. 1. m. c. 18. nn. 1.9 et 10), et le pape Innocent III (De myster, miss. c. 65j. G^est à peu près à la même époque que les Grecs adoptèrent ces couleurs, avec cette différence qu'ils nuisaient de la couleur rouge qu'aux jours de jeûne et aux mémoires des morts (Pellicc. i. p. 196).
m." — Nous avons dit précédemment qu'il n^est aucun des vêtements, aujourd'hui affectés au service exclusif des prêtres, qui n'ait été dans l'antiquité un habit commun aux laïques et aux clercs. Qupjques détails sont nécessaires pour justifier cette iljlertion.
1« Vamict est le seul sur l'origine duquel il existe de l'incertitude ; on ne sait s'il fut en nsage dans les premiers siècles, soit pour les prêtres, soit pour les laïques. Il n'est fait mention de ce vêtement que dans des
français ne fait mention de l'amict avant le huitième siècle, et il y a lieu de croire, dit Boc- Siiliot (P. 142), qu'on ne s'en sert dans nos ^lises que depuis qu'elles ont reçu l'ordre romain.
2® L'au6e. G'est une tunique de lin qui était d'un usage commun chez les anciens, à Rome notamment, et dans tout l'empire. Les empereurs en distribuaient au peuple. Gette tunique descendait jusqu'aux pieds, et, pour cette raison, les Grecs l'appelaient poderis et les Latins talaris, Ges noms indiquaient sa longueur, on l'appela aussi alba à raison de sa couleur blanche. G'est de là que lui est venu le nom d'au6e qu'elle porte aujourd'hui.
Les évoques, les diacres, les sous-diacres et les lecteurs étaient revêtus de l'aube dans leurs fonctions, et durant tout le temps du saint sacrifice ; hors de là, les diacres et les clercs inférieurs n'avaient pas le droit delà porter. Gette interdiction est du quatrième concile de Garthage (Gan. xli. an. 398), et on peut en conclure à bon droit que, dans les Églises
auteurs ecclésiastiques , et encore pas des d'Afrique tout au moins, lesévêques et les prê-
plus anciens. S. Isidore de Séville l'appelle très pouvaient s'en servir dans l'usage com-
a$iabolabium , et affirme qu'il fut d'abord un mun de la vie. Gependant ce même concile
voile dont les femmes se servaient pour ca- (Gan. lxi) semble supposer que dès lors plu-
cher leurs épaules. Les anciens livres litur- ' sieurs ne la portaient plus habituellement,
giques, et en particulier les ordres romains puisqu'il se vit obligé de défendre qu'aucun
que nous possédons lui donnent les noms de prêtre célébrât le saint sacrifice, et qu'au-
anagoladum , anagolai , anabolagium. Dans la cun diacre servit à l'autel, sans ce vêtement,
messe d'IIlyricus {Missa Romana antiqua), l'a- s»w« Ma. Il parait que l'usage des Églises
mict est nommé ephod, parce que la prière de la Gaule était différent en ^ela de celui
pour le revêtir est intitulée : ad induendum de Rome et d'Afrique (Concil, Narbon. can; xii.
ephod; et dans celle de Rathold, super humerais, an. 589), car chez nous les prêtres pouvaient ainsi que dans Iç livre De divino officio (Gap.
xxxix).
Quelques savants pensent que l'amict pourrait être, dans son origine, ce voile couvrant la tête que l'antiquité nommait maforte^ et qui se voit sur la tête de beaucoup de figures en
quitter l'aube hors le temps de la messe, et ils mettaient peut-être trop d'empressement à s'en dépouiller, puisque le concile de Narbonne (Gan. XII. an. 589) défendit aux clercs de tous ordres d'ôter l'aube avant la fin de la messe : Ne presbyter autdiaconusde altario egrediantur^
prière dans les catacombes. En effet, dans la *^ we subdiaconus ac lector albam exuant, ante
prière qui se récite en prenant l'amict, il est fnissx consummationem. Mais Tusage changea
appelé casque, galea : Impone, Domine^ capiti sous Gharlemagne ou peu après; dès lors les
meo galeam sdutis^ a Imposez, Seigneur, à ma prêtres et même les simples clercs la portaient
tête le casque du salut. » On peut sans invraisemblance supposer que cette expression métaphorique et martiale vient d'un passage de Tertullien {De velandis virgin, cap. xv) où on lit : Pura virginitas..,. confugit ad velamencapitis, quasi ad galeam contra ictus tentât ionis^ « La pure virginité.... se munit du voile de tête, conune d'un casque contre les coups de la tentation. »
Dans le principe , l'amict se mettait par-dessus l'aube, -et non par-dessous comme cela se pantique aujourd'^hui. Get usage a été conservé chez les Maronites, il existe encore, pendant la semaine sainte du moins, dans les antiques Églises de Milan et de Lyon. Aucun auteur
dans la vie privée. (V. Bocquillot. p. 143.)
L'aube avait partout cessé dès le sixième siècle d'être portée par les laïques, et était devenue un vêtement exclusivement ecclésiastique (Greg. Turon. De ghr, confess, c. xx). Gependant l'usage en fut conservé jusqu'au neuvième siècle dans certaines parties de l'Allemagne {Stat, Regin. abb. ap. Pellicc. i. p. 197).
3« La ceinture, cingulum^ qu'on appelle aussi quelquefois z-ona, chez les Grecs, î^<6vïî, et baltheus (Hieron. Ad FabioL epist. cxxviii). La ceinture fut d'un usage vulgaire chez tous Ise peuples qui portaient des vêtements talares (Sabellic. Comment, ad Uorat. ep. m. lib. 2).
VÊTE
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Elle servait à serrer l'aube autour du corps, afin qu'elle ne tombât pas sur les pieds, ou à terre, ne taxe perpedes defluat {De divin, off, cap. ï)e vestim.). Il y en eut de différentes couleurs, quelques-unes même étaient ornées d'or et de pierreries, comme l'atteste pour le neuvième siècle le testament de Pévéque Riculf (^Ap. Baluz.), léguant à son église cinq ceintures, zonas quinque^ unam cum auro et gemmis pretiosis^ et quatre autres avec des ornements d'or.
La ceinture est de toute antiquité dans l'Église romaine : car Jean Diacre raconte dans la Vie de S. Grégoire le Grand (Lib. ly. cap. 80), que les fidèles vénéraient comme une relique le baltheus de ce pontife. Elle était beaucoup plus large et plus ample, comme on peut le voir dans les anciennes mosaïques ; et ce n'est que depuis le seizième siècle qu'elle a été réduite à l'état de corde où nous la voyons aujourd'hui.
k^ Le manipule^ manipulum, mapula, sudarmm, et encore phanon^ était primitivement un linge, un mouchoir ou serviette dont les anciens se servaient pour essuyer leurs mains et leur visage ; ils le portaient sur le bras. Ce ne fut point dans l'origine un ornement sacré, on en usait dans la liturgie comme dans la vie commune, par motif de propreté, sudarium^ dit Amalaire (Lib. ii." cap. 24), ideo portamus ut eo detergamus sudorem.
Après le sixième siècle, on commença dans certaines Églises, à le porter sur le bras gauche tomme marque^d'honneur ; c'est probablement alors que les laïques le quittèrent. Le manipule, dans ce sens, parait avoir été d'abord particulier à l'Église de Rome; c'est ce que suppose une lettre adressée par S. Grégoire à Jean archevêque de Ravenne (Lib. ii. epist. 54), pour en accorder l'usage aux diacres de cette dernière Église, dans les cérémonies sacrées. Au neuvième siècle, il devint partout commun aux prêtres et aux diacres (Amalar. lib. III. cap. 6); il ne fut accordé aux sousdiacres qu'aprèsle onzième (Alexand. de Alex. ïnexposit. missx),
5° Vétole^ stoîa^ vient du grec oroXii, qui signifie un vêtement quelconque. Il règne beaucoup d'incertitude sur la nature du vêtement auquel ce nom fut donné chez les anciens. On a trouvé dans les thermes de Titus une fresque où est représentée une matrone dont la robe reproduirait, de l'avis de quelques savants, le type de la sfola romaine. C'est une tunique deux fois ceinte, sous les seins et au-dessus des hanches; mais elle se distingue des tuniques proprement dites par un appendice d'étoffe différente fixée sous la ceinture, et pendant sur les talons comme une queue.
Ce qui est certain du moins, c'est que la
stola était la robe des femmes, comme hiop celle des hommes. Plusieurs grands personnages, Marc-Antoine d'abord, et plus tard Caligula et quelques autres empereurs aux mœun efféminées, ayant ajouté à leurs toges les orD^ ments de la stola matronale, ce vêtement devint commun aux deux sexes. Ces ornements, selon l'opinion commune, consistaient en une bordure de pourpre ou de quelque autre étoffe précieuse, ou encore en une broderie, régnant tout autour du cou et jusqu'au bas de la robe, qui était ouverte par devant.
Or conome cette espèce de passementerie était dans la stola la seule chose précieuse, les empereurs qui avaient coutume de faire des largesses de ces sortes de robes, ne donnaient ordinairement que la bordure que chacun adaptait à une stola d'une étoffe de son choix. Celle que Constantin, au rapport de Théodoret {Eût, eccl. lib. II. cap. 27), avait envoyée à Macaire, et dont cet évêque de Jérusalem se servait pour administrer le baptême, était une robe entière, et elle était tissue de fils d'or, sacram sfo/om, Upàv oToXi^v , aureis filis contextam.
Mais comment la stola^ qui était un vêtement ample, s'est-elle réduite à cette bande étroite que nous appelons éiole ? On suppose qu'on supprima la robe pour ne garder que la bordure, ora, d'où serait venu aussi à l'étole le nom à'orarium qui lui est quelquefois donné.
On assigne encore à l'étole une autre origine, en faisant dériver le mot orarium de orore, « prier. » Elle n'aurait été, d'après ce système, qu'une imitation de l'espèce d'éphod dont les Juifs couvraient leurs épaules pour prier (V. Part, orarium). On voit en effet dans les monuments primitifs une foule de personnages, le plus souvent dans l'attitude de la prière, entre autres S. Pierre et S. Paul, ayant sur les épaules une écharpe descendant sur les bras, et dont les deux pans sont réunis sur la poitrine par une fibule. Cet orarium était un vêtement commun, et môme permis aux deux sexes 'J, la figure de l'art. Agnès [Ste])\ il resta, comme la plupart des vêtements sacrés, résen^é aux clercs quand les laïques l'abandonnèrent.
A quelle époque cette réserve eut-elle lieu? La première donnée que nous possédions à cet égard est dû quatrième siècle. Le concile de Laodicée, tenu vers l'an 366, et qui, comme on sait, s'occupa spécialement des rites et de la vie cléricale, défendit l'usage de Vorarium aux sous-diacres et aux lecteurs (Can. xxi. xxu. xxiii). 11 parait cependant que la discipline établie par ce concile, ou ne fut pas adniise partout, ou qu'elle tomba un peu plus tard en désuétude. Car S. Grégoire le Grand eut à interdire de nouveau aux sous-diacres le port de l'étole et de la chasuble, qui, d'après un ordre romain antérieur à ce pape, étaient accordées
VÊTE
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même aux acolytes (L. vu. epist. 64), et il se crut même obligé de se justifier de cette sévérité dans une lettre à Jean de Syracuse.
Le sacramentaire de S. Grégoire attribue donc l'étole au diacre (Pag. 237. edit. Menard.) dans son ordination, comme un attribut qui le distingue des clercs inférieurs : Per hoc 9i^um vobis diaconat us officium humiliter imponimus. Et TÉglise tenait tellement à ce qu'aucune confusion ne pût avoir lieu sous ce rapport, que comme les sous-diacres portaient une tunique fort semblable à la dalmatique, le concile de Brague, tenu en 563 (Gap. iv). Ordonna aux diacres de porter leur- étole pardessus ce dernier vêtement, non pas à la manière des prêtres, mais sur Tépaule, supposito ^apulx sicut decet utantur orario; nous savons par le quatrième concile de Tolède (Gap. Xx.) que c'était sur l'épaule gauche ; et c'est ce que montrent les images de S. Laurent et de S. Etienne dans les monuments antiques, particulièrement dans la mosaïque de Saint-Laurent m agro Verano (Giampini. Vet: monim. t. II. tab. xxviii), qui date de l'an 578. Ce même concile leur défend d'avoir des étoles de couleur ou ornées d'or, nec u'iis coloribus, aut Quro ornatœ. Chez les Arméniens et les Maronites, le diacre porte aussi l'étole sur l'épaule gauche, non en sautoir comme le diacre latin, mais pendante devant et derrière. (V. Le Brun. t. V. planche en regard de la page 58, et notre art. FLABELLUM, 3" figurc.)
II y avait autrefois, entre les prêtres et les diacres, une différence plus notable encore, par rapport à l'étole, c'est que ceux-ci ne la portaient que dans la célébration des saints mystères, tandis que les prêtres la gardaient même dans l'usage de la vie commune. Ils devaient la porter partout et ne la quitter jamais, parce que c'était la marque de la dignité sacerdotale : Presbyteri sine intermissione utantur orariis propter differentiam sacerdotalis dignitatis {Capitulât, lib.v. cap. 81. — cf. Bocquillot. p. 153. — V. les art. Chasuble. Dalmatique. colobium. ORARIUM. Chape, tumcella. etc.).
VÉTEMExXTS BE8 PREMIERS CHRÉ- TIEIVS. — Il ne parait pas que les premiers chrétiens se soient distingués des païens par le vêtement. Nous devons néanmoins entrer ici dans quelques détails sur ceux de ces vêtements qui sont mentionnés dans les livres du Nouveau Testament, ou que nous savons, soit par les écrivains du temps, soit par les monuments, avoir été en usage parmi les fidèles des premiers siècles.
1° La coiffure. En général, les hommes se montraient en public tête nue, et les femmes voilées (Bosio. — Buonarruoti. passim. — Lambec. 1. II Commentar. c. 8. — Boldetti. 1. i.
c. 39). Il n'est pas ici question des pontifes dans les fondions sacrées (V. l'art. Vétem. eccl. dans les fonctions sacrées), non plus que de certains personnages placés par leur nationalité hors du foyer primitif des origines chrétiennes (V. l'art. Abdon et Sennen) ; nous considérons moins encore comme une coiffure l'auréole qui, depuis une certaine époque, entoure la tête des Saints. (V. l'art. Nimbe.) Il nous est aussi impossible de tenir compte de quelques rares exceptions, celle par exemple que nous offrent les actes de S. Didymus (Ruinart. p. 351 v.j qui couvrit sa tête d'un pileus pour entrer dans le lupanar d'où il devait tirer la vierge Theodora. S. Pacôme, si nous en croyons Nicéphore Galliste {Hist, eccles. xiv), avait prescrit à ses moines une sorte de bonnet de laine parsemé de petites croix en fil de pourpre. Quoi qu'il en soit, il est certain que quel que fût le genre de coiffure adoptée par les fidèles, ils n'avaient en vue que la nécessité, et fuyaient le luxe et la délicatesse des idolâtres : c'est ce qui ressort de tout le traité de Tertullien De corona^ et ce qu'enseigne formellement S. Glément d'Alexandrie {Padag. ii. 8).
Les hommes portaient les cheveux courts, et les femmes laissaient croître les leurs, selon le précepte apostolique (1 Cor. xi. 14) : t Nourrir sa chevelure, dit S. Paul, c'est une ignominie pour l'homme, unegloire pour lafemme. » C'était donc ici une marque distinctive des chrétiens. Prudence nous apprend en effet (Peristeph. hymn. xiii. vers. 30) qu'en embrassant le christianisme, S. Gyprien fît couper sa chevelure qui était flottante auparavant :
Deflua cacsaries compescitur ad brèves capillos.
Et S. Jérôme (Ad Eustoch, de custod. virginit,) blâme les hommes qui, contre le précepte de l'Apôtre, portent une chevelure de femme. "
Tout ceci n'est pas sans exception, mais la règle pour les hommes était d'avoir les cheveux courts et la barbe longue. La plupart des monuments anciens montrent les apôtres et les chrétiens barbus. Tertullien (De cuit, fem,^ censure avec sévérité ceux qui se rasent le visage, et les Constitutions apostoliques portent (i. 3) : Oportet non barbx pilum corr ampère, nec formam hominis contra naturam mutare, « Il ne faut pas corrompre le poil de la barbe, ni changer la forme de l'homme contre la nature, j^
Dans quelques verres dorés (Buonarr. xiv. XV. XVII. etc.), S. Pierre, S. Paul et d'autres personnages sont sans barbe. Mais ici, comme dans toutes les parties du vêtement, il faut faire la part des caprices de l'artiste. Soit faite cette réflexion une fois pour toutes.
Les femmes avaient la tête voilée, du moins quand elles priaient ou prophétisaient. C'est le précepte de l'Apôtre (1 Cor, xi. 5); et nous
VÊTE
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[louvons conclure d'un passage de S. Clament mention de la tunique des apôtres, dans Iti d'Alexandrie (Pxdag. m. 11} qu'il ne leQr était j Œuvres des Pères; S. Grégoire le Grand(L.ii. permis d'être sans voile qu'à la maison : Sem- j cpist. 3) parle de celle de S. Jean. La flafitl peT tectasit, niai qtium domi fuerit. Les manu- des monuments nous font voir la tuniquedc ments concordent ici avec les textes. Les fera- Jésus-Christ et celle des apôtres ornées dr mes représentées dans l'altitude de la prière, t deui bandes de pourpre. {V. 1 art. ci.aïus.)Oii à de rares exceptions près (Boltari. cxi. lxxx. ! portait quelquefois une tunique sans mancliei, —Perret, i. xxxiv. etc.), sont voilées, etcelles , appelée tutdtium. On dit que S. Bartbéleini, qui figurent dans les représentations de repas i puis S. Denys i'Aréopagite se servirent d'où n'ont d'autre coiffure que leurs cheveux (Bot- I tunique de cette espèce. [7. Rubenius. Dt n tari. tav. cxxix. cxxvu), qui sont ordinaire- veitiar. 1. i. p. lOS.) Plus tard les oolobia ûti ment relevés et attachés en deux houcles prêtres et des moines furent ornés du Ja(icldn)
de pourpre (Id. t6ia. p. 107).
3" Le palliuin. C'était un i mettait sur la tunique, il était le complément du costume que nous appelons apostolique. 11 ne se portait pas à la maison ; tous les personnages, hommes et femmes, qui figurenl dans les nombreuses représentations de rtpis que nous rencontrons dans les catacomks mdI en simple tunique. U en est souvent questkni dans les livres du Nouveau Testament (Uatih. V. 40) Notre Seigneur dit à ses disciples :• Si quelqu'un vous enlève votre tunique, donnei-
au-dessus du front(Id. cix.) Maisilleur était
terdit de couper leur chevelure ; le concile de
Gangres ne fît que renouveler et appliquer à
cet égard le précepte de S. Paul (1 Cor, xi. 6) ;
et il en allègue pour raison que iDieu a donné
à la femme sa chevelure comme un voile, et
aussi comme la marque de sa sujétion à l'égard
de l'homme. > (Conc. Gangr. can, xvii.) Onrencontrequeiquefois(Bnonarr.tav. xviii.
2. — Bottari. cxxiii) une coiffure caractéristique, appelée par les anciens inilra ou nitulla.
D'après S. Isidore de Séville {Orig. 1. xix. 31),
cet ornement était réservé aux femmes dévotes i lui encore le paHtum. j Grotius (Adad. iii, B)
ou consacrées à Dieu. On le peut voir sur la et Saumaiso {Ad TerluU. Dt paliio) ont loo-
tete de S'.e Priscille dans une magnifique guement disserté sur le poidum des apôtres.
planche de l'ouvrage de M. Perret (m. [il. iv). U ne parait pas que le pallium fût idoplé
En Afrique, la mitre était propre aux vier- |"par tous les chrétiens après leur bapltme,
ges, qui cependant la portaient très-simple, ; mais seulement par les personnages graves.
sans ornement ; celle-ci s'appelait encore /lam- , par les ascètes et par tous ceux qui étaleol meum virginale. (V. ce mot.) Celle des matrones ■ voués à une vie austère. C'est ainsi que, d'aau contraire était élégante par sa forme el i près Buonarruoti (Velri. p. <tl), il faut interprécieuse par sa matière, prêter le passage du traité de Tertullien ft Mais quelque fût la modestie des femmes Ip^'»" ('V- in fine), pris" par quelques auWun
chrétiennes dans les premiers temps, il n'est i'"»» manière trop générale, pointdouteuï qu'uncortainluxenese tût glissé ^^ pouvant entrer ici dans tous les détails parmi elles, quant ft la coiffure et au vêtement, I V^ fournissent les auteurs spéciaux sur li dès le troisième et même le deuxième siècle : forme, la couleur, la longueur, les ornements car Tertullien s'élève déjà contre des abus de i ^* '* tunique et du paKium, nous reproduisons cette nature dans ses traités De habitu muit<- | "°^ double figure empruntée à un sarcophage rUm, De cuttu femirtarum. De virginibus veian- ^^ Vatican qui donnera une idée suffisante du dis', et S. Clément d'Alexandrie dans son l'x- >*'êtement des hommes et des femmes (flosic
dagogue (L. ][]). Tertullien (De vetand. rirg. m) \ stigmatise la vanité dans la chevelure par ces ( mots terribles, capita nundinantia, comme si | les têtes ainsi parées étaient l'enseigne d'une j femme à vendre. Le concile d'Elvire (Can. I Lxvii)défendàtoutefemmechrétienne, fidèle ou catéchumène (V. les art. Fidèle et Catéchamént] . d'entretenir des coiireurs,tiros ci nfrarios, ainsi nommés de ce qu'ils faisaient chauffer leurs i fers, ctdamislTos, dans la cendre. I
Venons maintenant aux vêlements propre^ I ment dits. |
2" La tunique. A l'exemple de Notre-Seigneur, les apôtres et les premiers chrétiens en général portaient, sur la peau, un premier vêtement appelé tunique (Matth. x. 10. — Marc. VI. 9. —Luc. xxH. 36. — Act, xii. 8). 11 est fait
Rom
p. 59). Disons seulement, d'untm
nière générale, que ces vêtements étaient dt laine (Ferrari. De r» vestiar. iv. U), que 1»
VÊTE
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tunique était blanche (Id. m. ]) et le manteau de couleur obscure. S^ils furent quelquefois de pourpre et de soie, ce n'est que par suite d'un abus, souvent censuré par les Pères (Clem. Alei. Pxdag, ii. 10).
Les ornements, quelquefois très-riches, que les artistes anciens ont prodigués aux vêtements de Notre-Seigneur, des apôtres et des autres Saints, ne doivent pas tirer à conséquence. Ils se sont souvent laissé' entraîner à vêtir ces personnages à la mode du temps où ces images étaient exécutées, et même à les embellir par un sentiment de dévotion mal en-< tendu. Il faut se rappeler encore que ordinairement les Saints sont représentés en paradis, et que le luxe dont ils sont entourés est tout idéal, étant destiné à donner une idée de la splendeur dont Dieu aime à revêtir ses élus. Les vierges et les veuves, Ste Agnès, par exemple (Boldetti. p. 19^-), Ste Priscille (Perret, loc. laud.), Ste Praxède (Giampini. Vet. itumim. t. II. tab. ^7), et en général toutes les femmes dans l'attitude de la prière ou de la contemplation (Bottari. cxxiii. cxxvi , sont couvertes de dalmatiques enrichies de pierreries, de diamants ; parées de colliers, de bracelets et d'étoffes précieuses. On sait encore quelle licence se sont donnée à cet égard les artistes des cinquième et sixième siècles, surtout dans les mosaïques où plus d'une fois les apôtres portent des manteaux de pourpre et d'or (Giampini. Vet, mon. i. c.25 et alib.). Tout ceci n'a rien de commun avec le costume réel et vulgaire.
^« La pénule. Dans les voyages, et pour se préserver de la pluie, les premiers chrétiens l)ortaient la p nula. (V. ce mot.) S. Paul, dans sa deuanètne Épitre à Timothée (iv. 13 , réclame celle qu'il avait laissée à Troade. On faisait aussi usage de ceintures, surtout en voyage (Matth. x. 9. — Marc. vi. 8. etc.). Aux Actes des apôlren^il est fait mention de celles de S. Pierre (G. XII. 8) et de S. Paul (xxi. 11), et nous voyons souvent, dans les monuments, ces deux apôtres vêtus de tuniques ceintes. Il en existe un exemple dans une patère antique gravée dans Boldetti (P. 191) ; quelques tuniques d'une longueur peu commune étaient ceintes deux fois, sous les bras et au-dessus des hanches.
5° La stola et la palla. Il n'est pas douteux que le vêtement des femmes ne différât, bien que légèrement, de celui des hommes. Leur tunique s'appelait slola et leur manteau palla (Ferrari. De re vestiar.) ; mais avec des formes à peu près semblables, comme les monuments en font foi (Bottari xxxviii et la figure ci-dessus). G'était, du reste, la même simplicité et la même modestie (Tertull. De cultu femin. — Glémcnt. Alex. ii. 10) S. Jérôme en témoigne à son tour (Epist. viii. Ad Demetriad.) : rili
tunica induitur^ vUiori tegitur pallio. Seulen^ent les étoffes en usage chez les femmes étaient un peu plus légères, et le lin remplaçait la laine, surtout pour les tuniques. Le treizième canon du concile de Gangres, et S. Jérôme, dans une lettre à Ëustochium, censurent quelques vierges qui, par une blâmable affectation, avaient adopté le pallium viril. Si nous voulions pousser plus loin cette étude, nous parlerions de la coutume qui s'établit plus tard parmi les femmes de porter des vêtements où étaient représentés les faits et les miracles de Notre-Seigneur. S. Astérius, évoque d'Amasie au temps de Julien l'Apostat, donne à cet égard de curieux détails (Homil. i. De divite et Lazaro. p. 4. edit. Ruben. 1615).
6<> Les sudaria et les $emicinctia dont il est parlé dans les Actes dfs apôtres (xix. 12), et qui étaient d'un usage commun, ne sauraient être regardés comme des vêtements proprement dits, c'était des espèces de mouchoirs ou manipules. Des autorités citées par Suicer (Ad voc. 2Iouddipiov et £s(xix{vtiov) il résulte que la seule différence entre les uns et les autres, c'est que le fudarium était destiné seulement à envelopper la tête pour en absorber la sueur,- tandis que le semdnctium se tenait à la main, pour être employé aux mêmes usages que nos mouchoirs.
Vorarium^ au contraii*e,étaitdevenu de bonne heure comme une sorte de vêtement sacré : c'était une draperie dont, à l'exemple des Juifs, les premiers chrétiens se couvraient les épaules pour prier, et dont les deux pans étaient réunis sur la poitrine par une agrafe ou fermoir rappelant le rational qui régnait à la partie antérieure de Véphod [Exàd. xxv. 7). Plusieurs verres dorésfont voir ce manteau sur les épaules de S. Pierre et S. Paul (Buonarr. x. xi. xii), de Ste Agnès (Boldetti. 291. vi. 19), etc. Dans un article spécial auquel nous renvoyons le lecteur, nous avons parlé suffisamment des anneaux, simples ou ornés de symboles et d'images, que portaient les pre'miers chrétiens.
7» Chaussure. On sait que Notre-Seigneur portait des sandales (Joan.i. 27), et qu'il ordonna à ses apôtres la même espèce de chaussure (Marc. VI. 9), calceatos sandaliis^ et que ceuxci en usèrent en effet (Act. xii. 8.). S. Anselme les définit (M c. m Matth.): « Ghaussures qui n'ont qu'une semelle sous le pied, sont ouvertes par-dessus, et s'attachent avec des courroies. • Le Sauveur voulut que ses disciples en usassent, parce que, en Palestine, c'était la chaussure des gens de la plus basse condition. Les artistes anciens n'ont pas toujours respecté en ceci la vérité historique. Presque toutes les sculptures de sarcophages, (juelques verres dorés, et toutes les mosaïques, montrent à la vérité Notre-Seigneur et les
VEUV
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apôtres en sandales. [Mais la plupart des fres- ([ues des catacombes (Bottari. liv. lvii. lxxii. cxx) et des verres *dorés (Buonarr. viii. xv. XVI. 1. XX. 2. etc.) les représentent pieds nus. Un petit nombre de monuments de ces dernières classes leur donnent une chaussure pleine (Bott. xlvi. xix. lxxii.).
C'est tout le contraire pour les femmes. La Ste Vierge, dans le sujet de l'adoration des Mages (xxxviii), la plupart des orantes (xxxvi. Lx), les sœurs de Lazare (xlix), la Samaritaine (xxiii), l'hémorroïsse, etc., Ste Agnès dans les verres dorés (Buonarr. xiv. 1), paraissent généralement avec les chaussures pleines, sans doute d'après une règle de pudeur émanée des pasteurs, sans l'autorité desquels rien ne se faisait dans la pratique des arts, non plus que dans celle de la discipline.
La plupart des orantes^ dont au reste le costume diffère d'une manière assez notable du costume vulgaire (V. l'art Prière {Attitudes de ia]), ont les pieds nus (Bottari. cxv. cxxiii segg.), cela vient probablement de ce qu'elles sont représentées en dehors des réalités de la vie actuelle.
Pour compléter ces notions abrégées, nous devons ajouter qu'en beaucoup d'endroits les chrétiens, par motif de prudence, se conformaient au costume des populations , môme païennes, au milieu desquelles ils vivaient. S. Clément d'Alexandrie {Pxdag. m. 11) enseigne encore que les vêtements des fidèles variaient beaucoup, selon le pays, l'âge, la dignité, la condition ou l'office de chacun. (V. Tart. Vêtements ecclésiastiques dans la vie privée,)
VEUVES CHRÉTIEIVNES. — Outre les vierges qui professaient solennellement la virginité perpétuelle (V. l'art. Vierges chrét.)\ l'Église primitive consacrait aussi à Dieu les veuves qui s'engageaient à persévérer jusqu'à la mort dans la viduité. S. Jérôme {Epist. xxvi.) appelle cet état le secondT dfgré de chasteté^ et Tertullien (De veland, virg. ix) « viduat, » viduatum. A Rome, une noble veuve, Marcella, embrassa ce genre de vie, à l'instigation de S. Athanase qui était venu dans la capitale du monde chrétien pour fuir la persécution des ariens (Hieron. Epist. cxxvii); cette matrone fut la première à établir un monastère proprement dit, propositum nwnacharum^ bien que, dès les siècles de persécutions, on eût vu un grand nombre de vierges et de veuves consacrées à Dieu, mais vivant en particulier. (V. l'art. Vierges.)
Moins solennelle que celle des vierges, la consécration des veuves pouvait avoir lieu tous les jours sans distinction (Gelas, epist. ix. c. 13. Ad episc. Lucan.) ; l'évoque la faisait, non
pas dans l'église, mais dans le secretarium m sacristie, et un prêtre était chargé de remettre à ces veuves le voile bénit par l'évoque et l'habit vidual dont elles se revêtaient ellesmêmes {Concil. Arausic, i. can. 27). On n'admettait à la consécration que celles qui n'avaient été mariées qu'une fois : Vidua eligatur, dit S. Paul (1 Tim. v. 9).... qujs fuerit unius viri uxor; Salvien dit {Epist. l ), unibyria; pt Prudence {Hymn. in Laurent.) :
Primi post damnum thori ignis secundi Nescias.
Il fallait aussi que, depuis la mort de leur mari, elles eussent passé un certain nombre d'années dans un état de chasteté irréprochable, vraies veuves, réunissant les conditions exigées par S. Paul(l Tim. v. 3.) pour être honorées : Viduas honora, qux vere vidux iunt. (V. Const. Apost, vin. 15.)
C'était parmi les veuves dites ecclésiastiquti. pour les distinguer de celles qui continuaient à vivre dans le monde, qu'on choisissait les diaconesses. Elles avaient un costume qui se rapprochait beaucoup de celui de nos religieuses: on est, ce semble, autorisé à le conclure, an moins podr les Gaules, du vêtement que portent deux veuves qui figurent dans la représentation de la résurrection de Tîdîithe sur un dés bouts du sarcophage dit de S. Sidoine, à Alx en Provence. (V. Monum. de Ste Madeleine, p. 767, et la figure de notre art. Tabi' the.) Ces femmes, qui sont debout dans la ruelle du lit, ont les cheveux complètement cachés par un bandeau descendant jusqu'au milieu du front, et recouvert d'un voile qui retombe en arrière. La robe est montante, et la gorge est recouverte par une espèce dt-
guimpe.
Ces veuves consacrées à Dieu avaient une grande importance dans l'Église ; elles exerçaient plusieurs ministères à l'égard des personnes de leur sexe, elles étaient notamment chargées de l'instruction" des catéchumènes. Aussi trouvons-nous souvent sur leurs épitaphes cette formule surprenante pour les personnes peu familiarisées avec la discipline de l'Église primitive : vidva sédit, elle a si^gé en qualité do veuve, vingt ans, trente ans, etc. absolument comme pour les évoques et les prêtres : RIGINE VENEMERENTI FILIA SVA PECIT || VENERIGINE MATRI VIDVAE QVE SE \\ LU VIDVA
ANNOS LX.... (Marini. Iscriz. Alban. p. 195). Nous lisons aussi sur un fragment de pierre dans Boldetti (P. 452). vidva sedh*. (V. aussi Fabretti. viii. 1. — Murât, p. 1825. n. 11. etc.) Cette expression fait allusion au siège, cathedra^ sur lequel les veuves chrétiennes s'a5>seyaient pour enseigner, et nul doute que plusieurs de ceux qui se voient dans les carrefours
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des catacombes ne leur fussent destinés. Ter- \ tullien parle clairement du siège des veuves, et explique les conditions qu'elles doivent réunir pour être dignes de s'y asseoir {De veland. virgin, vm). Ad quam sedem ^Bp6vovJ, prxter anrios sexaginla non tantum univirx^ id est nuptx^ aliqaando eliguntur^ sed et maires ^ etc., c A ce siège (Trône), en outre de Tâge de soixante ans, les veuves ne peuvent être élues qu'autant qu'elles n'ont été mariées qu'une fois et qu'elles sont mères. > Et telle était la considération qui s'attachait à ce titre de veuve ecclésiastique, honorificentia larga de fertur^ dit S. Ambroise (Lib. de viduis. ii. 8), que les évoques eux-mêmes les entouraient d'honneur et de respect, ut etiatn ab episœpis honorentur.
Les veuves chrétiennes étaient en grand nombre dans chaque Église : celle de Rome en comptait du temps du pape Corneille (Epist. ix. Ad fabian.) quinze cents, y compris les infirmes. Elles étaient entretenues aux frais de la communauté ^V. l'art. Matricule)^ et si elles avaient pourvu à leur propre subsistance , cette circonstance ne manquait pas d'être mentionnée sur leur tombeau par cette formule : ecclesiam nvnqvam ou NiHiL grava VIT, qui se lit en par^culier sur l'épitaphe de la veuve dafne, rapportée par le P. Marchi (J/o/ium. délie arti crist. p. 98), et sur celle de cette même riglna citée plus haut:
ET ECLESA (Sic) || NVMQVA (Sic) GRAVA VIT VNIBY-
RAQVE. Les recueils d'inscriptions contiennent un grand nombre de tiiuli de veuves chrétiennes. (V. Gruter et Reinesius^ à la table. — Fabretti. pp. 5^5. 559 et alibi.) Nous possédons un marbre de Rome qui fait lire celle-ci : pae-
LICLA. BIDVA. TECVMPACE.
En règle générale, on peut regarder comme des femmes consacrées à Dieu et à la pratique des bonnes œuvres toutes celles dont l'épitaphe porte la qualification de vidva. Car ce titre ne se lit jamais, que nous sachions, sur les tablettes funéraires, fort nombreuses cependant, consacrées à des maris par leurs femmes.
VICAIRES BE8 ÉVÊQUES. — Dans l'antiquité, les évêques n'avaient d'autres vicaires que les chorévôques. (V. ce mot.j C'est donc à juste titre que S. Isidore a pu dire : « Les vicaires des évêques sont ceux que les Grecs appellent chorévêques. » (In, c. iv conciL Ancyr.) Et il s'ensuit que les Latins désignaient le plus souvent sous le nojn de vicaires ceux que les Grecs nommaient chorévêques.
Dans les Églises d'Afrique principalement, le nom de vicaire était donné au prêtre de la ville (Fosidon. In Vit, S. Aug, c. v), parce que , dans les petites villes surtout, il remplissait les fonctioûs de curé à l'église cathédrale. Voici l'énumératibn que S. Sidoine donne des offices du
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vicaire : • Il est le conseiller de l'évoque dans ses jugements, son vicaire dans les Églises, son procureur dans les affaires, son administrateur dans ses domaines, son receveur pour les tributs, son compagnon dans l'étude, son commensal dans la vie privée. » (L. iv. epist. 11.)
D'où l'on peut conclure, en premier lieu, que le titre de vicaire renfermait implicitement les offices de conseiller, d'économe, de vidame, de notaire, de trésorier, de théologien, de syncelle ; et en second lieu que, dans les petites villes de l'Occident, il suffisait à l'évêque d'un seul ministre pour remplir tOuS ces emplois, en vertu de pouvoirs vicariaux. Nous ne pousserons pas plus loin notre étude sur cette institution, ce serait empiéter sur le domaine du moyen âge que nous avons déjà même un peu entamé.
VIERGE (La Ste). — L — Il n'est pas, dans l'iconographie chrétienne , si l'on excepte la figure adorable du Rédempteur, un sujet qui ait aussi souvent que celui-ci tenté L'aônbition, séduit le cœur, exercé le talent des artistes de tous les siècks 1 — Et cependant, comme pour Notre-Seigneur, comme pour S. Pierre et S. Paul, nous sommes condamnés à répéter ici la phrase désespérante de S. Augustin : c Nous ne possédons pas d'image authentique de la Mère de Dieu {Ue Trinit, vm), i Neque novimus faciem Virgtnis Marix.
11. — Un portrait de convention, réalisant, autant que le comportaient les conditions de l'art aux premiers siècles de l'Église, l'idée que la piété de nos pères se faisait de cette figure chérie, autant que sacrée ; portrait dont la physionomie offrait, au dire de S. Jérôme, l'image de son âme inmiaculée, fut imaginé d'assez bonne heure, et admis longtemps avant qu'il eût été définitivement fixé par suite des décrets du concile d'Éphèse contre Nestorius. L'expression de la beauté physique s'alliait, dans cette image, au sentiment le plus profond de l'honnêteté morale : Figura probitatis^ pour nous servir de l'expression de S. Ambroise {De virgin, 1. ii. c. 2).
Car ici du moins, les artistes n'eurent pas, comme pour les images du Sauveur, à lutter contre des traditions qui eussent pu comprimer leurs inspirations, ou entraver les libres allures de leur génie : aucun écrivain ecclésiastique n'ayant jamais eu l'idée d'attribuer la laideur à la Vierge divine. Aussi, voyons-nous que, dans leurs innombrables compositions, ils s'inspirent constamment d'une pensée' analogue à celle du grand évêque de Milan, et s*appliquent à répandre sur la physionomie de la Ste Vierge un reflet aussi éclatant que possible de la pureté, de la sainteté de son âme. Quelque changement, dit Émerio David {Uist. de la
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pei"ij(. p. 21), que la religion chrétienne eût | manière complète. Ces deux monuments, d'un produit sur l'esprit des Grecs, comment d'ail- 1 stylo et d'une exécution tellement admirables. leurs auraient-ils honoré une femme d'un culte ; religieux, sans embellir son image autant que leur art le permettait?
Depuis les' plus anciennes figures de la Vierge, peintes, soit avant, soit après le concile d'Éphèse, jusqu'à ce chef-d'œuvre où HaphaSl a exprimé tout h la fois, avec une vérité si touchante, l'innocence d'une jeune lîlle, la tendresse d'une mère, le respect d' telle pour son Dieu, les peintres ne cessèrent jamais de répandre sur le visage de Marie toute la grâce, toute la dignité dont leur imagina tior et leur pinceau pouvait l'embellir.
Ceci est vrai surtout, et à peu près sans exception, des images dues k l'antiquité proprement dite, les seules dont nous ayons à nous occuper ici. Car notre tâche n'est |)a3 de suivre, ■ à travers ses aberrations et ses défaillances, l'art du moyen âge, qui, dans son dédain exclusif pour la forme, dédain qui n'a même pas
toujours l'avantage de tourner au profit de h
pensée, en vint parfois à abandonner les type:
gracieux des premiers siècles, pour donner à
la figure céleste de Marie une expression de
tristesse lourde et sévère; expression qi '
faut ie dire, néanmoins, avait bien aussi
certaine raison d'être, puisée dans le génie
mal compris de ces temps réputés barbares,
aussi bien que dans des idées mystiques s<
vent profondes, et toujours ingénieuses.