‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 255 sur 266 · VOLUMES DANS LES MONUMENTS CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

VOLUMES DANS LES MONUMENTS CHRÉTIENS

— Le mot volume, volumen^ désigne, comme on sait, une espèce de livres qui étaient d'un usage général chez les peuples de rantiquité,Hé breux. Égyptiens, Grecs, Romains, etc., etque les modernes ont totalement abandonnés, sans doute comme trop difficiles à manier, lisse composaient d'une série plus ou moins longue de feuilles de papyrus ou de parchemin fixées les unes à la suite des autres, et qui présentaient l'aspect d'un cylindre quand elles étaient roulées autour de leur axe. C'est ce qu'exprime le mot volumen^ dérivé de vo/vere, c rouler,» nom qui servait à les distinguer des livres tout à fait primitifs, libri^ dont la matière était fournie par l'écorce de certains arbres ; et des codices^ de caudex^ suivant Sénèque {De brevit.

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iHt. xiii;, lesquels consistaient en une réunion de feuilles séparées, collées au dos, ainsi que nos livres modernes. (V. Lami. De emdit apost, p. 727 et alib.) On peut voit dans Touvrage de Donati (De* dithci degli antichiy p. 17) un volume antique roulé et muni de tous ses accessoires.

Nous reproduisons, d'après Montfaucon, un volume à peu près semblable. Il n'est pas complètement fermé, Fextrémité de la couverture est un peu relevée, et les courroies qui servent à l'attacher, hra^ pendent aux deux bouts. Le volume est roulé autour de son cylindre dont on aperçoit les deux extrémités, umbitici. L'une de ces extrémités est munie de sa bossette, l'autre est sans ornement. Une feuille de vélin plus fin que celui de la couverture est collée sur celle-ci, pour recevoir le titre de l'ouvrage, dSai on distingue une partie.

Les volumes s'appelaient quelquefois, dans la langue ecclésiastique principalement, rotulx. Patriarche et prophetx^ dit Durand(jRa/ion. div, off, 1. I. c. 3. n. 11) pinguntur cum rotulis.... c Les patriarches et les prophètes sont peints avec des rotules. > Nous citerons encore ce texte d'Ânastase l'Apocrisiaire (Âp. Sirmond. 0pp. t. III. p. 579) : Misi ad pressens,,, rotalam habentem testimonia ex dictis S. Hippolyti episcopi Portus Romani^ « J'ai envoyé une rotule où sont écrits des témoignages au sujet des discours de S. Hippolyte, évoque de Port-Romain. >

I. — Dans l'antiquité, le volume était un insigne oratoire, on le plaçait, dans les monuments, à la main de Polymnie, muse de la rhétorique ; ]es statues et les bas-reliefs font

voir aussi un rouleau à la main des rhéteurs et des orateurs. C'est avec cet attribut (jue parait

la statue d'Auguste au musée du Vatican (i/ti«. Pio-Clem, ii. 45) : ce prince debout, en toge, porte un volume de la main gauche, et de la droite fait un geste d'allocution. Le volume était aussi l'attribut des sénateurs et des personnages considérables.

Peut-être est-ce là la première origine des représentations analogues que nous trouvons à chaque pas dans les monuments du christianisme primitif. Il n'est pas douteux néanmoins que le volume n'ait eu, chez les premiers chrétiens, une signihcation à part, puisée dans le génie de la religion nouvelle, et même une signification spéciale pour chacune des classes de personnages auxquels il est attribué, et que nous passerons rapidement en revue.

lo Dieu le Père. Un sarcophage des catacombes (Bottari. lxxxiv) montre Dieu sous la figure d'un vieillard, debout, un volume à la main gauche, et étendant la droite en signe d'allocution, sibsolument à la manière antique, vers Mo!se, lui ordonnant de détacher sa chaussure pour s'approcher du buisson ardent. Sur un bas-relief du sixième siècle représentant le baptême d'Agilulfe, roi des Lombards (Giampini. Vet, mon, ii. tab. v), on voit, au-dessuàde la tôte du néophyte, une main, figure habituelle de Dieu le Père dans les monuments antiques, tenant un volume, qui est le symbole de la foi.

2o Les patriarches et les prophètes de l'ancienne loi (V. le texte de Durand cité plus haut). Ainsi apparaît Moïse frappant le rocher (Bottari. xlix et passim), mais seulement sur les sarcophages. Ailleurs il n'a pas le volume, qui est le symbole de la puissance que Dieu lui avait donnée d'opérer des miracles en faveurde son peuple. Sur quelques fonds de coupe seulement, le volume est, non pas à la main de Moïse, mais dans le champ, derrière sa tôte (Garrucci. Vetri, tav. ii. 10).

3" Notre- Seigneur, dans les bas- reliefs des sarcophages et dans les mosaïques , est à peu près invariablement représenté avec un volume à la main gauche. Ce volume est déroulé 1* quand il donne ses pouvoirs à S. Pierre, comme sur une foule de sarcophages, et d'une manière plus distincte encore dïans la mosaïque de Sainte- Constance due, comme on sait, à la munificence de Constantin (Ciamp. De sacr, tsdif, tab. xxxii) : sur le philactère qu'il présente au prince des apôtres sont écrites ces paroles : DOMiNVS PACEM DAT , Ce qui rappelle VÈvangile de la paix (Ephes. vi. 15) dont le Sauveur lui confiait la prédication ; 2<> quand il enseigne (Bottari. cxxxiii. etc. — Allegranza. Sacr. mon. di Milano. tav. i), parce que c'est à lui (Agneau divin) qu'il a été domié {Apoc, v) d'ouvrir et d'expliquer à ses apôtres le livre des prophéties qui s'accomplissaient en sa

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personne (Luc. xxiv) : Aperuit semum^ ut intelligerentScripturas. Et alors, surtout quand il discute avec les docteurs (A.ringhi. i. 579. ii. 213. — Perret, ii. pi. l), il a en outre à ses pieds des volumes en nombre renfermés dans une cassette ronde ou carrée, et représentant les livres de l'Ancien Testament auxquels il faisait souvent appel dans ses discussions. (V. l'art.

SCRINU.)

Le volume est roulé toutes les fois que Notre-Seigneur opère quelque miracle, par exemple, la guérison de Paveugle-né (Bottari. cxxxvii), celle du paralytique (lxxxviii), le changement de Peau en vin (lxxxix), la guérison de l'hémorroïsse (Ihid.), Dans quelques cas seulement de la résurrection de Lazare (Bottari. xxxii. xxxvi), il tient le volume ouvert. Est-ce pour rappeler que notre Sauveur avait déclaré que ce miracle devait être une manifestation toute spéciale de la vérité de sa doctrine, par l'exercice éclatant de la puissance que son Père lui avait donnée ? Infirmitas hxc non est ad mortem^ sed pro gloria Dei^ ut ghrificetur Filius Dei per eam (Joan. xi. 4), c Cette maladie ne va pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié. »

Notre-Seigneur a le volume roulé dans une belle fresque des catacombes transportée au musée du Vatican, et offrant le seul exemple antique de la cène qu'on ait découvert jusqu'à présent (Perret, i. pi. xxix). Nous devons signaler de nouveau cette singularité, pour nous inexpliquée, que les peintures des catacombes, ainsi que les fonds de coupe, font voir constamment sans le volume Notre-Seigneur opérant ses miracles, tandis qu'il l'a toujours dans les sculptures des sarcophages.

4* S. Pierre et S. Paul. Les volumes qu'ils portent à la main représentent leurs œuvres canoniques. Mais souvent les verres dorés montrent, dans le champ , un autre volume, entre les deux apôtres, ce qui signifie, selon les plus savants interprètes, que l'Évangile est un, et aussi que la prédication de S. Pierre et de S. Paul était uniforme (Tertull. Deprxscr.), Presque toujours ce volume est surmonté d'une couronne (Garucci Vetri. tav. xiii), laquelle figurerait la couronne du royaume céleste, dont l'Évangile, c'est-à-dire la bonne nouvelle^ est l'annonce, Evangelium regni (Matth. iv. 23).

Les mosaïques représentent quelquefois ces apôtres avec des volumes déroulés, sur lesquels on lit des sentences relatives à quelque circonstance mémorable de leur vie. Ainsi, dans celle de l'abside de l'ancienne Vaticane (Ciampini. De sacr. xdif, a Constantin. M. construct. tab. xiii), S. Pierre porte à la main un phylactère où sont inscrits ces mots : tv es christvs PiLivs DEI vivi, « Vous êtes le fils du Dieu vivant, > profession de foi qu'avait prononcée le

prince des apôtres, alors que le divin Bialtre, sur le point de l'établir chef de son Église, lui adressa cette interpellation : c Et vous, que dites-vous que je suis, » Vos autem quem m esse dicitis? (Matth. xvi. 16.) Dans 1 même tableau, S. Paul, debout de l'autre côté du Sauveur, qui est assis sur une chaire de forme élégante, a sur son volume ces paroles de s(hi È pitre aux Philippiens (i. 21) : mihi ytvsm CHRISTVS EST, a Le Christ, c'est ma vie, t sublime élan de cet âme de feu, qui s'était û complètement identifiée avec son Sauveur! Ailleurs , c'est-à-dire à Sainte-Constance (Id. ihid. tab. xxxii. fig. 1), c'est le Sauveur qui remet à S. Pierre un volume déroulé faisaot lire cette sentence où est exprimée la paix qu'il apportait au monde et dont l'apôtre devait être le ministre, monument déjà cité : domwvs PACEM DAT , allusion à cette parole : Pacer» meam do vobis (Joan. xiv. 27).

50 Les apôtres en général. Ils ont aussi presque toujours le volume à la main, soit dans les mosaïques, soit dans les bas- reliefs (Bosio. — Aringhi. passim. — Ciampini. Vet monim. 1. 1. tab. Lxvi); c'est la marque du pouvoir de prêcher l'Évangile que Jésus Christ leur avait conféré, et le Sauveur est ordinairement au milieu d'eux, dans Pattitude de l'enseignement (Millin. Midi de la France, p. Lixet alibi).

6° Les évoques étant chargés de garder le dépôt de l'Évangile (1 Timoth. vi. 20), et d'eu distribuer au peuple l'aliment sacré, les monuments anciens les montrent toujours avec ce livre divin à la main gauche. Dans les mosaïques (Ciamp. Vet. mon. 11. tab. xxiv), les diptyques (Paciaudi. De cuit. S. J. B. p. 230-260), et les peintures d'une époque un peu basse, c'est un livre carré , richement relié , codtx; mais dans les temps primitifs, c'était un volumen, témoin une image de S. Cyprien, tracée sur un fond de coupe des catacombes (Garnicci. Vetri. XX. 6). L'évoque martyr dont le nom est écrit dans l'orthographe défectueuse du dialecte populaire, cripranvs , a en outre un volume déposé debout à ses pieds. On peut citer encore S. Justin et S. Timothée (Garrucci. ibid. XXIV. 3) ; et il est à observer que, en outre du volume à la main, ce dernier en a toujours un autre derrière lui, dans le champ doré du verre ; ce volume ne ferait-il point allusion aux deux épltres que S. Paul lui avait adressées?

70 Les diacres. L'Évangile était l'insigne principal de leur ministère. Aussi portent-ils à la main gauche le volume, comme les évoques eux-mêmes (Garrucci. xxii. 6). Nous avons un fond de coupe où se remarque cette particularité bizarre que S. Laurent, le volume à la main, est assis entre S. Pierre et S. Paul (Buonarr. Vetri. tav. xvi. 2) qui, à leur figure animée et à leur geste d'allocution, semblent occu-

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pfs k instruire ce diacre. (V. l'art. Laurent IS.].)

8" Les lecteurs ont aussi le volume pour attribut, parce que leur office était de lire les saintes Écritures à Téglise. Ainsi on croit reconnaître un mémorial de Tordination de deux lecteurs dans deux adolescents auxquels Notre- Seigneur impose les mains sur un verre doré CBuonarruoti. Tav. xvii. 2), et qui ont chacun un volume dans les mains.

9® Dans les monuments relatifs au mariage, les bas-reliefs de quelques sarcophages bisomes, par exemple (Bottari. tav. cxxxvii. — Maffei, VeronaiUustr. part. m. p. 5^), Pépoux tient à la main un volume qui représente, croit-ori, le contrat de la dot, tabuUe nuptiales. Quelquefois, on voit encore aux pieds de l'époux un faisceau de trois ou quatre volumes debout, dénotant, selon toute apparence, les diverses charges ou magistratures de ce personnage. Les volumes de cette sorte étaient portés derrière les patriciens romains par des esclaves, appelés sur les marbres antiques, tantôt a libellis (Gruter. 587. nn. 9 et 10), .tantôt a diplomatibu* (Doni. class. XVII. n. 22). Les verres dorés ont ordinairement les volumes peints dans le champ (Buonarr. tav. xxviii. — Garrucci. xxvii. 1); mais ici, comme dans certaines imagines clyjteatx des sarcophages, il serait possible que le volume ne fût relatif qu'à la dignité du personnage, car celui-ci est presque toujours décoré du laticlave sénatorial.

II. — En outre des volumes portés à la main par divers personnages dont nous avons donné une énumération nécessairement incomplète, on en remarque d'autres disséminés dans le cliamp d'un grand nombre de verres dorés (Garrucci. xviii. 5. 6. xvii. 1. 5. etc.), et aux-

quels il serait bien difficile d'assigner une signification un peu plausible. Tel est celui que Buonarruoti donne à sa planche xx, et qu'il a pensé représenter Ste Félicité et ses sept fils. Quoi qu'il en soit, ces huit figures, vues en buste et dans autant de médaillons, sauf un seul qui est en pied, sont placés entre deux volumes, lesquels, si Ton adopte l'attribution de l'antiquaire florentin , pourraient représenter les livres de la parole divine pour laquelle les héros chrétiens avaient versé leur sang.

Deux volumes liés ensemble aux pieds d'une oranU (Bottari. xix), seraient une marque d'orthodoxie, indiquant que cette femme admettait les deux testaments comme divins, ce que ne faisaient pas ceux qui, supposant l'existence de deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, attribuaient l'Ancien Testament à ce dernier. Mais, comme de l'autre côté de Vorante est nn vase eucharistique, nous serions plus porté à croire que les volumes expriment l'assiduité de cette chrétienne à lire les livres saints, comme la custode marque son empressement à se nourrir du pain des anges.

III. — Bien que, d'assez bonne heure, l'usage des livres proprement dits se soit introduit pour y transcrire les saints Évangiles qui servaient k la liturgie, on retint néanmoins quelque temps encore celui des volumes pour les prières et les rituels do certaines fonctions ecclésiastiques. Le cardinal Casanata possédait quelques-uns de ces volumes , datant du neuvième et du dixième siècle, contenant les fonnules de l'ordination , ainsi que les rites du baptême , la bénédiction des fonts et celle du cierge pascal. (Pour les différents vases où l'on renfermait les volumes dans Tantiquité. V. l'art, scri-

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