‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 30 sur 266 · AL MO · texte numérisé non relu

AL MO

AUMO

plus haut. Nous devons cependant énumérer brièvement les diverses classes de personnes qu'elle avait prises sous sa tutelle :

1» Les clercs, qui, s'étant exclusivement consacrés au service des autels, avaient le droit d'être entretenus par les oblations des fidèles. Ils devaient rester tellement étrangers à tous les offices séculiers, que S. Cyprien crut devoir protester par une lettre à son peuple contre un certain Geminius, lequel, étant sur le point de mourir, établit le prêtre Faustin tuteur de ses enfants {Epist. i. 0pp. p. 169. edit. Oxon.), et le saint martyr appuie môme cette censure sur les dispositions d'un concile qui déjà alors avait réglé cette matière.

2« Les prisonniers pour cause de religion. Dès que le bruit s'était répandu que quelqu'un des fidèles avait été arrêté, on voyait accourir à la prison hommes et femmes, jeunes gens et TÎeiDards, qui non-seulement venaient se recommander aux prières des confesseurs que Ton regardait déjà comme sur le point de subir le martyre , mais obtenaient à prix d'argent d'être introduits dans les prisons , afin de pouîoir baiser leurs chaînes, de les servir et de leur procurer toutes les choses dont ils avaient besoin. Ils les visitaient souvent pour les consoler et les soutenir (Lucien, op. laud. n. xii). Nous en avons un bel exemple dans la lettre des fidèles de Lyon et de Vienne (Euseb. Hist. «cl. V. 2). Et si les aumônes ne suffisaient pas, Févêque ou le prêtre écrivaient aux autres Églises, qui s'empressaient de venir en aide à leurs frères. Cet usage date des temps apostoliques : nous lisons dans les Actes des apôtres (xi. 29} que les disciples d'Antioche ayant su par une prophétie que leurs frères de Judée devaient éprouver une grande famine, leur envoyèrent des secours par les mains de Paul et de Barnabe. Nous voyons aussi que S. Denys, êvéque de Corinthe, écrivit aux Romains pour les féliciter de s'être distingués dans ce genre de bonnes œuvres (Euseb. Hist, eccL rv. 23). 3» Les invalides. Tous ceux qui étaient réduits à la misère par des infirmités, étaient teeourus par l'Église, afin qu'ils pussent passer avec moins d'angoisses le peu de jours que la Providence leur réservait. Ici encore les Églises pins riches suppléaient par leurs aumônes au dénûment ou à l'insuffisance des ressources des autres Églises. S. Cyprien ayant appris qu'en un certain lieu de l'Afrique se trouvait OD malheureux qui, avant sa conversion, avait exercé la profession d'histrion sévèrement interdite aux fidèles, et que cet homme infirme et déoué donnait aux jeunes gens des leçons de cet art si immoral dans l'antiquité , impudicx Mrtis^ dit ce Père, écrivit à l'évêque Eucratius pour lui rappeler qu'il devait être entretenu aux frais de l'Église, et que si l'Église à la-

quelle il appartenait ne pouvait le sustenter, il fût envoyé à Carthage oh il recevrait nourriture et vêtement {Epist, ii. p. 171. edit. cit. 7).

k° Les malades. Non-seulement, les frères les visitaient le plus souvent possible, mais ils leur fournissaient tout ce dont ils avaient besoin, ils les exhortaient à la patience , et mettaient en œuvre tous les moyens propres à opérer leur guérison ; et ils remplissaient courageusement ces devoirs même envers ceux qui étaient atteints de maladies contagieuses , et sans se préoccuper des dangers où ils exposaient leur propre santé. Ici nous pourrions accumuler les textes des Pères , et entre autres de S. Justin et de TertuUien. S. Denys , évêque d'Alexandrie (Ap. Euseb. Hist. eccl. vu. 22) adresse à son peuple une lettre des plus. touchantes, oh se trouve décrite avec détail une peste qui avait désolé les contrées soumises à sa juridiction, et louée comme elle le méritait la charité héroïque déployée en ces douloureuses circonstances par les prêtres, les diacres et les simples fidèles.

5® Les veuves et les orphelins. Ces deux classes de personnes furent, dès l'origine, les plus chers objets de la sollicitude de l'ÉgUse. On sait que ce fut en faveur des veuves de Jérusalem qu'eut lieu l'institution des sept premiers diacres (Act. vi. 1. 6). Des institutions du même genre furent bientôt créées dans toutes les autres Églises, même les plus éloi gnées de la métropole. Elles étaient de l'essence même de la charité chrétienne : t La piété pure et sans tache aux yeux de Dieu notre père est celle-ci, dit S. Jacques {Epist. I. 27) : visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions et se préserver de la corruption de ce siècle. » Visilare pupillos et viduas in tribulatione eorum , et immaculatum se eustodire ab hoc sœculo, S. Ignace , martyr, écrivait à S. Polycarpe que les veuves ne doivent pas être négligées et que, après Dieu, c'est l'évêque qui est leur protecteur naturel (N. iv. p. 7. edit. Lond. 1746). La charité des pasteurs à cet égard était tellement connue de tous, que les païens s'efforçaient de la tourner en mal, afin de ternir l'honneur de l'ordre sacerdotal. Nous apprenons encore par les apologistes et TertulÛen en parti cuber {ApoL xxxix), que les fidèles pourvoyaient avec une tendre générosité aux besoins des enfants qui avaient perdu leurs parents et qui manquaient de ressources. Mais leur attention se portait spécialement sur les enfants des martyrs : nous en avons une preuve dans les actes de Ste Perpétue et de Ste Félicité (N. xv), et l'histoire ecclésiastique de ces temps héroïques nous en fournit beaucoup d'autres. Le glorieux titre de fils d'un martyr contribua sans doute, plus

AUMO

AUMO

que Téloquence elle-même, à concilier à Origène raffection et la générosité des fidèles qui venaient entendre sa parole (Euseb. Hist. eccL VI. 2).

6® Les étrangers et les exilés. Nos pères dans la foi avaient coutume d'accueillir avec amour les étrangers qui passaient dans leurs villes ; et dès qu'ils les avaient établis dans leurs demeures, ils leur lavaient les pieds (1 Tim. v. 9), et les traitaient avec toute la générosité que comportait la modestie chrétienne. (V. Part. Ablutions, n. II. 3»). Ils se montraient en cela fidèles aux exemples et aux préceptes du maître, comme à ceux du disciple bien-aimé (Joan. v. 5) : c Vous agissez en vrai fidèle dans tout ce que vous faites pour les frères, et particulièrement pour les étrangers. » Et nous voyons dans les œuvres des apologistes que la conduite des fidèles des premiers siècles était ici en parfaite harmonie avec la religion d'amour qu'ils professaient. S. Justin (Apol. i. n. 67) nous apprend que les aumônes dues à la libéralité de« fidèles étaient employées en partie à accueillir les étrangers. Et Tertullien , dans le livre adressé à sa femme (L. ii. 8. iv) écrit ceci pour lui faire comprendre combien l'union d'une femme chrétienne avec un idolâtre était incompatible avec les devoirs : t Quel «qo^ apBj gentil laissera sa femme errer dans les chemins obscurs , entrer dans les plus pauvres chaumières, se lever la nuit pour assister à l'assemblée, porter l'eau pour laver les pieds des saints , et lui permettra de donner à un voyageur chrétien l'hospitalité dans sa maison ? * Cette ferveur ne se ralentit point aux siècles suivants, nous pourrions en prendre à témoins FirmiUen, Denys d'Alexandrie, S. Basile, S. Augustin, etc. (V. l'art. Lettres ecclésiastiques,) Quant aux exilés pour la foi , ils avaient droit aux mêmes égards et les obtenaient de la société des chrétiens ; les actes des martyrs en font foi et en particulier ceux de S. Théodote (Ruinart. 295. edit. Veron).

7® Les esclaves et les condanmés aux mines. Nous avons ici encore le témoignage de S. Cyprien , qui nous assure que les chrétiens de son temps ayant appris que quelques-uns de leurs frères avaient été pris par les Barbares, se réunirent aussitôt, et se cotisèrent , chacun selon ses facultés, afin de réunir la somme nécessaire pour les racheter {Epni, lxi). Le pape S. Denys en fit autant dans le même siècle , au rapport dé S. Basile (0pp. m. 16^}, dans sa quarantième lettre à S. Damase. Il se trou\-a aussi au quatrième siècle de pieux fidèles , qui rachetèrent des mains des Goths les esclaves chrétiens, capturés dans la Thrace et riUyrie (Ambros. Offic, 1. ii. n. 15). Et telle était la charité des premiers chrétiens envers les captifs, que plusieurs les rachetèrent au

prix de leur propre liberté (S. Clément. Rom. Epist. ad Corinth. n. iv).

Un autre genre de misère qui excitait au plus haut degré la compassion des fidèles, c'était celle des condamnés aux mines. Dans une lettre écrite au deuxième si^cle aux Romains par S. Denys de Corinthe (Euseb. Hist. eccl. IV. 42), les plus grands éloges sont donnés pour une œuvre de cette nature à S Sotère et aux fidèles de la ville étemelle. Et les chrétiens des autres Églises ne se montraient pas moins dévoués. Ceux de l'Afrique donnèrent sous ce rapport les plus magnifiques exemples vers la fin du deuxième et le milieu du troisième siècle. Car on les vit alors (Tertul. Apol. XXXIX ) non-seulement consoler par des lettres affectueuses les confesseurs condamnés à ces travaux, mais encore (S. Cjrpr. Epist. lxxvi) lies souager par des sommes d'argent considérables. On possède une touchante lettre de remerclment des chrétiens condamnés aux mines, adressée à S. Cyprien qui leur avait envoyé d'abondants secours (Inter Cyprianicas. Epiit, ccxxxvi). Nous savons par l'histoire ecclésiastique (Euseb. vn. 1. 12) que cette œuvre fut chère aux chrétiens jusqu'à la fin des persécutions.

S® Les pauvres quelconques, même étrangers au christianisme. Il serait superflu de faire appel à l'autorité des textes pour prouver que les chrétiens avaient soin de leurs pauvres, de ceux qui leur étaient unis par la communauté de la même foi. Mais ce qui est moins connu peut-être , c'est que leur charité large et généreuse embrassait tous les indigents, sans distinction de croyance. Ils faisaient du bien même aux païens qui les calomniaient et les persécutaient. Et bien souvent ceux-ci furent convertis à la foi par le spectacle d'une vertu si désintéressée (S. Cypr. Epist. xiu. — Justin. Apol, I. Ik. etc.)*

L'antiquité figurée fournit peu de documents pour l'objet qui nous occupe. Cependant oi voit quelquefois dans les fresques des catacombes , et en particulier dans une de celles qui décorent le cimetière de Saint -Hermè; (Raoul-Roch. Tablrau des caiac. p. 72), de femmes ayant dans les mains des plateaux ot des paniers de fruits. On a cru reconnaître dan ces feomies des diaconesses de la primitiv Église dans l'action de porter des secours ( des aliments aux pauvres fidèles qui êtaiei l'objet de leur pieuse institution. Dans le qui torzième chapitre de sa Faitioia^ le cardin Wiseman a tracé de l'exercice de la chai aux siècles des persécutions , un tableau qi bien que les traits en soient empruntés à fiction, brille des couleurs les plus vraies ■ l'antiquité chrétienne.

Le voyageur visite aujourd'hui encore s

AUTE

AUTE

le mont Celius à Rome un monument bien intéressant de l'inépuisable charité exercée dans tous les temps par les papes, et dont les œuvres innombrables nous fourniraient la matière d'un gros livre si nous en pouvions suivre les traces dans le cours des siècles qui sont en dehors de notre sphère. Nous voulons parler du Tridtm'um , où , sur une table qui existe encore, S. Grégoire le Grand servait tous les jours un repas à douze pauvres.

Nous ne rappellerons pas ici les souvenirs qui se rattachent à rétablissement des diaconies dans la ville de Rome dès les premiers siècles. Le lecteur voudra bien se reporter pour cet objet à notre article Titres (ii).

n est extrêmement important d'observer que, en imposant l'obligation de Tauméne, rÉglise laissa toujoiirs aux fidèles la parfaite liberté de leurs offrandes, sans donner aux puivres aucun droit sur les biens des riches. ( Les riches , dit S. Justin dans sa première Afoiogie (G. Lxvii), donnent librement ce qu'il lear plaît de donner. » Tertullien (Loc. laud.) s'applique aussi avec une remarquable insistance à faire ressortir cette liberté : « Ghacun apporte tous les mois son modique tribut , et dans la mesure de ses facultés; personne n'y est obligé , rien de plus libre , de plus volontaire, » D'un autre côté , l'Église «e songea jamais à détruire la pauvreté, parce qu'elle est une des conditions de la nature humaine et qu'elle résulte de l'inégalité des forces physiques et des intelligences ; mais elle employait tons les moyens mis à sa disposition pour allé- ^ ^utes les infortunes , pour adoucir toutes les douleurs en ne faisant des pauvres et des ricbes qu'une seule famille , et en établissant entre eux la douce solidarité de la fraternité chrétienne. (V. l'art. Fraternité.)

AUTEL. — I. — On a beaucoup disputé sur

la question de savoir quel nom était donné à

l'autel dans la primitive Église (Voigt. Thy-

Aut. c. I. — Bingham. ùrtgin. et antiquit.

«des. t. III. p. 222. edit. Hal. 1758). S. Paul

l'appelle tantôt altare {Hehr, xiii. 10), tantôt

*e«M Domini, c Table du Seigneur. > (1 Cor.x,

Page 1