VI
Les canofis apostoliques ont été encore en plus grand crédit chez les Grecs que chez les Latins. Car, outre qu'ils les ont admis jusqu'au nombre de quatre-vingt-cinq, comme le prouTC le témoignage de Jean d'Antioche {In prxfai. ad Collect. canon.), presque tous leurs écrivains qui en ont parlé jusqu'au sixième siècle, ont cru qu'ils étaient des apôtres. L'auteur que nous venons de citer, contemporain de Denjs le Petit, et depuis élevé sur le siège de Constantinople par Justinien, les donna sous ce titre dans une nouvelle collection des canons de l'Église orientale. Justinien les cite comme ayant les apôtres pour auteurs, dans sa novelle à Épiphane, patriarche de Constantinople ; et ils furent solennellement approuvés par le concile in trullo (Can. ii), comme ayant été reçus et confirmés par les Pères qui les avaient transmis sous le nom des apôtres. Le second concile de Nicée qui compte pour le septième écumenique, les reçoit avec le môme respect que ceui des dix premiers conciles généraux. Ils furenl même placés dans le canon des Écritures pai S. Jean de Damas (Lib. iv De fide orthodax c. 18). Photius (Cod. 112. etprœf. inNomoca». et Blastares {In Prœmedit,) sont les seuls d'en tre les Grecs qui aient témoigné quelquesdoutc au sujet de leur origine apostolique.
^» Les écrivains de l'antiquité ecclésiastique ainsi que la loi romaine , appliquent le nom à canon à une sorte de tribut qui, sous l'empir* atteignait la propriété foncière, et qui se pajaj en nature, savoir : en blé, vin, huile, fer, cui vre, etc., pour le service de l'empereur, d'o lui vint le nom de specierumcollatio. Il fut quel quefois aussi appelé indiciio canonica.
Dans sa deuxième apologie, S. Athanase (1 778. edit. Paris. 1627;, ayant k se défendre c l'accusation d'avoir imposé aux Égyptiens, < faveur de son Église d'Alexandrie, un impôt « tuniques de lin, se sert du mot canon pour l'e:
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primer. Nous citons en latin : De Hneis nempe ^hariis, qwisi ego canonem (xovbva) jEgyptiis impùsuifsem. Sozomëne rapporte le même fait dans des termes analogues. Ainsi, encore, le code théodosien a un titre spécial (Lib. xiv. lit. 15) sur le « canon frumentaire de la ville étRome^ i De cxsosi fruinentario urbis Rotn<e^ ce qui doit s'entendre du tribut en grain qui était levé sur les provinces d'Afrique au profit delà ville reine.
Ailleurs , le même tribut est appelé jugatio ont dérivé de jugum^ et qui signifie l'espace de terrain qu'une paire de bœufs, ju^um, peut cultiver dans une année. Souvent, aussi, on le Domine capitatio ou capita^ et ceux qui le percevaient, cephalœotx, de xscpoXij, caput. Il était perçu trois fois par an, de quatre en quatre iDois : ce qui le fait appeler par Sidoine Apollinaire • les trois têtes, • tria mpita^ ou t Géryont le monstre aux trois têtes, » dans une charmante boutade qu'il écrit à l'empereur Majorien, pour lui demander d'être exonéré, lui et sa chère ville de Lyon, d'une si lourde charge .Cann. xiii. Ad Majorian, vv. 19 et 20) : « Fijure-toi, dit-il , que nous sommes des Géryons monstres à trois têtes : et ces têtes, pour que je mène une vie heureuse, coupe-les-moi toutes les trois. »
Geryones nos esse puta, monstnimque tributum Heic capita, ut vivam, tu mihi toile tria.
Baronius et quelques autres auteurs ont soutenu que les terres de FÉglise étaient exemptes de cette indictio canonica. Mais il est prouvé que quelques Églises seulement, celles de Thessalonique, d'Alexandrie et de Gonstantinople, jouissaient à cet égard d'un privilège spécial fùd, Theodos. lib. xi. tit. 1-33). Aussi S. Ambroise, dans son discours contre Auxentius {De tniend, basilic.), a-t-il pu dire : • Si l'empereur nous demande un tribut, nous ne le refuttospas; les champs ecclésiastiques payent le tribut.... Nous payons à César ce qui est à César, et i Dieu ce qui est à Dieu. »
5* Canons évangéliques d'Eusèbe, Ces canons se trouvent fréquemment mentionnés dans les livres relatifs, soit à l'histoire ecclésiastique en S^néral, soit à la critique du Nouveau Testaient, soit à la liturgie. Nous croyons donc, en l^r consacrant ici quelques lignes, faire une cbose utile aux commençants, auxquels ce Dictionnaire est surtout destiné.
Les canons évangéliques ont été composés par Kosèbe pour faciliter l'étude comparative des <Nre Evangiles. Ce sont des tables indiquant, ^ moyen de certains chiiTres rangés sur des (i^es parallèles, tous les passages qui ont ^i^s^le quelque rapport, ou qui n'en ont I»wl(V. S. Isidor. Hispal. OHgin. vi. U). Un ^^ semblable avait déjà été tenté par Am-
monius, évoque d'Alexandrie (V. la lettre d'Eusèbe en tête de ses canons), Eusèbe de Césarée le reprit en sous-œuvre et le perfectionna. Ces tables devaient être placées en tête des exemplaires des quatre Évangiles. Les mêmes chiffres se trouvaient distribués le long des marges à côté de chaque verset, avec le numéro du canon auquel il fallait recourir. Le chiffre qui marquait le verset était en noir; et le numéro du canon était en rouge, au-dessous. Ainsi quand le lecteur voulait savoir si tel verset, par exemple celui de S. Matthieu où il est dit que Jésus-Christ étant descendu de la montagne, un lépreux s'approchant de lui l'adora en disant : « Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir, » se trouvait aussi dans S. Marc et dans les autres évangélistes ; il portait d'abord ses yeux sur le chiffre qui était à côté de ce verset, puisse reportait sur celui de dessous, marquant le numéro du canon ou de la table à laquelle il fallait recourir. 11 s'arrêtait dans cette table à la colonne particulière à l'Évangile de S. Matthieu ; et y trouvant aussitôt le chiffre qu'il cherchait, il examinait dans les autres colonnes parallèles des autres Évangiles, si S. Marc, S. Luc et S. Jean, ou seulement l'un d'entre eux, avaient rapporté le même fait.
Les canons d'Eusèbe étaient au nombre de dix (S. Hieron. Prœf. in iv Evang, ad Daimis, 0pp. t. I. p. 1W6\ Le premier indiquait tous les endroits qui se trouvent dans les quatre Évangiles. Le second, ceux qui ne se lisent que dans S. Matthieu , S. Marc et S. Luc. Le troisième, ce qui est rapporté par S. Matthieu, S. Luc et S. Jean. Le quatrième, les endroits parallèles de S. Matthieu, de S. Marc et de S. Jean. Le cinquième conciliait S. Matthieu avec S. Luc ; le sixième , S. Matthieu avec S. Marc ; le septième, S. Mathieu avec S. Jean ; le huitième, S. Luc avec S.Marc ; le neuvième, S. Luc avec S. Jean. Enfin, dans le dixième, figurait sous quatre colonnes différentes, ce que chacun d'eux avait écrit de particulier.
Ces tables se trouvent à la tête de la Bible de S. Jérôme (0pp. 1. 1. edit. Martianay. et edit. Migne. t. x. col. 526), avec la préface de ce Père sur les quatre Évangiles, préface où il explique au pape Damase, à qui elle estadressée, tout le système des canons évangéliques d'Eusèbe. Ce grand docteur avait traduit les canons d'Eusèbe pour la même raison qui avait engagé celui-ci à les composer, c'est-à-dire pour rétablir la pureté des textes, dans lesquels une grande confusion s'était depuis quelque temps introduite. En effet, on avait cru pouvoir ajouter à l'un des Évangiles ce qu'il avait de moins qu'un autre en certains endroits, ou ce qu'il n'avait pas dit dans les mêmes termes. De telle sorte que l'on trouvait dans S. Marc des choses qui étaient dans S. Luc, ou réciproquement,
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sans que le lecteur qui n'était point sur ses gardes pût distinguer ce qui appartenait réellement à chacun. Eusèbe avait adressé ses canons évangéliques à Carpien, par une lettre qui est imprimée en tête de l'ouvrage.
CANON DE LA MESSE. — I. — Les anciens ont donné à cette vénérable formule différents noms, dans lesquels se reflète le profond respect qu'elle a toujours inspiré. Ils l'ont appelée tour à tour « le légitime , » legitimum (Optât. Milev. l. ii), ce qui équivaut à peu près à « prière canonique, » c'est-à-dire réglée par la loi ou canon de l'Église, canonicam precem, comme s'exprime S. Grégoire le Grand (L. vu. epist. 6^) ; « le secret ou la secrète (Id.;, » secretum et secretam , prière qui se dit secrètement, ou à voix basse ; « l'action, » actionem ou agenda (Ap. Strab. De reb, eccl, xxii) , l'action par excellence; « la prière mystique, » mysticamprecem (S. August. De Trinit. m, k}. Cette prière a été nommée canon, au dire des liturgistes , € parce qu'elle renferme la confection légitime et régulière du sacrement. » C'est la définition de Walfrid Strabon (V. loc. laud.), quia est légitima et regularis sacramenti confectio. Celle du Micrologue est conçue à peu près dans les mêmes termes (Cf. Durant. De ritib, Eccl, cathoL 1. ii. cap. 22. p. 383). « Le canon de la messe, dit enfin Grancolas {Traité de la messe, p. 102), est le corps des prières qui précèdent et qui suivent la bénédiction ou la consécration de l'eucharistie, b
IL — L'origine de chacune des oraisons dont se compose le canon de la messe est recouverte d'une certaine obscurité. Mais il est du moins un fait éclatant comme le soleil : c'est que sa formule, essentiellement sacramentelle, a pour auteur notre Seigneur Jésus-Christ lui-môme, qui a donné une vertu toute-puissante à ces augustes paroles : « Prenez , mangez , ceci est mon corps ; faites ceci en mémoire de moi. Buvez-en tous, car ceci est mon sang (Luc. xxii. 19 et 20). 9
Quand S. Grégoire le Grand affirme (L. vu. ep. 6^ Ad Joan. Syracus.) que la coutume des apôtres était de consacrer l'hostie offerte par la seule oraison dominicale, affirmation que du reste une saine critique ne saurait admettre absolument, il ne veut parler que de l'accessoire, jugeant superflu de faire mention des paroles sacramentelles dont l'Église s'est toujours servie, et sans lesquelles on ne conçoit pas même la consécration eucharistique. « Le sacrement, dit S. Ambroise, est opéré par la parole du Christ, » Sacrarnentum Christi sermone conficitur (Ambros. De myster. c. ix}. Aussi la forme de la consécration est-elle la même dans toutes les liturgies, sauf quelques variantes sans aucune importance, et laissant toujours intacte la
parole du Sauveur, variantes qui se font remarquer dans la liturgie de S. Jacques, dans celles des Constitutions apostoliques , de S. Basile, de S. Chrysostome.
Reste la question de savoir à quelle époque a été fixée la formule intégrale du canon telle qu'elle existe aujourd'hui. Il serait malaisé de donner à cette question une solution précise. A la vérité, les auteurs les plus graves ont toujours regardé le canon conrnie étant de tradition apostolique; et ici le grand principe df prescription proclamé par S. Augustin pour le» choses dont l'origine est inconnue , trouve s plus légitime application. Le pape Vigile, qu vivait vingt-cinq ans avant, affirme positive ment : Canonicx précis textum,.,. exapostolki traditiofie accepimus (Ap. Labbe. Condl. t. v p. 313), et c'est la raison sur laquelle il se fondi pour recommander le canon à la vénération de Espagnols, auxquels il l'envoie. Plus préci encore, S. Isidore de Séville (L. i Offic. c. 15 va jusqu'à attribuer à S. Pierre lui-même l'or dre de la messe et des oraisons de la consécra tion : Ordo missw^ vel orationum, quihus (M Deo sacrificia consecrantur^ primum a S. Petr itistitutus est.
Sans doute, ceci ne doit pas s'entendre d'un manière rigoureuse, dans ce sens que les ap^ très aient écrit, et nous aient transmis textuel lement cet ordre dans l'état où nous le poss< dons ; cela veut dire seulement que les prière de l'oblation du sacrifice non sanglant viennei des apôtres quant à la substance , qu'elles fi rent fixées et complétées, d'après leurs instnii tions dès les temps apostoliques, et qu'elles i tardèrent pas à revêtir, sous leur inspirati( presque immédiate , la forme définitive qu'ell ont toujours conservée depuis. Et en effet, n'est pas impossible de démêler des traces d principales oraisons du canon dans des doc ments de beaucoup antérieurs aux premie sacramentaires écrits qui sont parvenus jusqi nous.
Il est permis d'abord de reconnaître u allusion évidente à la première de ces orais( où nous prions pour « la Ste Église cathc que.... répandue sur toute la terre, :fproEccU sanctacatholicu.... toto orbe terrarum^ dans paroles de S. Optât de Milève : Offerre vosdic pro Ecclesia toto terrarum orbe diffusa (Lib. Les quatre oraisons : Quam oblationem^ — pridie quam pateretur ^ — Unde et memores^ mine, — et Suj)ra quae propitio, se trou^ formellement mentionnées dans le livre sacrainentis , qu'on attribue ordinairemei S. Ambroise, mais qui, dans tous les cas, • de son temps (Lib. iv). Enfin, l'auteur anon du livre intitulé Qu^estiones Veteris et Novi tamenti (Quaest. xliv), qui nous apprend i écrivait trois cents ans après l'expiration
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semaines de Daniel, ce qui répond au quatrième siècle de notre ère, affirme (Quaest. cix) que Melchisédech est prêtre, à la vérité, mais non pas grand prêtre , c comme le disent les pontifes dans î'oblation , » ut in oblatione prœsumunt antistites. On ne saurait désigner plus clairement celle des oraisons du canon qui commence par les mots Supra qux propitio ac sereno vultu...., oraison où se lisent en effet ces paroles : Sicut ohtuHi summus sacerdos tuus Melchise dech
Nous ne devons pas oublier de faire remarquer que l'auteur du traité De sacramentis invoque les quatre oraisons contre les hérétiques, et comme venant d'une tradition déjà alors fort ancienne. D'où nous sommes en droit de conclure que le canon tel que nous le récitons aujourd'hui remonte au berceau môme du christianisme. On trouvera d'autres citations analogues à celle-ci dans l'ouvrage de Durant [De ritib. EccL catkol: loc. laud.) ; et Renaudot, dans la savante dissertation qu'il a mise en tête de son ouvrage (Liturgiarum orientd. coUect. t. i. p. 1), établit avec une grande force l'origine apostolique du canon, par la conformité qui règne en cela entre les liturgies grecques , syriaques , cophtes et latines.
Ceux qui ont prétendu assigner au canon de la messe une origine relativement moderne , en ont attribué la composition, tantôt au pape Gélase, tantôt à Voconius, évoque de Castellane en Mauritanie, tantôt à Musaeus, prêtre de Marseille, parce que, d'après Gennadius (De script, oc/.), ces trois personnages auraient écrit des wramerUaires, Mais les auteurs que nous avons cités plus haut comme ayant parlé d'une manière plus ou moins claire des oraisons du canon, ont précédé ceux-ci d'un et de deux siècles, et plus. Ce qu'il y a de vrai, c'est que S. Gélase inséra le canon dans son sacramentaire , mais sans y faire aucun changement. Il le reçut tel que l'avait laissé S. Léon, qui, entre autres perfectionnements apportés par lui à la liturgie, ajouta, si nous en croyons le livre du pontife romain (In Léon. /), à la sixième oraison du canon , ces paroles : Sanctum sacrifidum , mmaculatam hostiam. Ceci prouve donc que le canon était écrit au moins un demi-siècle avant S. Gélase. Et tout ce que ce même livre pontifical nous apprend des travaux de S. Célestin sur la liturgie, suppose évidemment qu'à l'époque de ce pape, qui siégeait en ^22 , dix-huit Mis avant S. Léon , Tordre de la messe était Jiéjà constitué et le canon fixé par écrit, bien que l'auteur n'en parle pas d'une manière explicite.
En outre des arguments qui précèdent , on P«ut prouver l'antériorité du canon au qua- ^ème siècle par deux considérations d'un
grand poids. La première , c'est qu'il n'y est fait aucune mention des confesseurs, mais seulement des martyrs , ce qui est une coutume caractéristique des trois premiers siècles. (V. l'art. Culte des confesseurs.) En second lieu , le catalogue des apôtres y est écrit dans un ordre qui n'est point celui de l'édition vulgate des Evangiles. Donc le canon a été composé avant le travail de S. Jérôme : car avant ce Père , une grande perturbation s'était produite dans le texte des Évangiles ; c'est S. Jérôme qui y rétablit l'ordre en les corrigeant sur les exemplaires grecs : il nous l'apprend lui-même dans sa préface.
III. — Anciennement, le canon se récitait à haute voix, dans l'une et l'autre Église; et, après les paroles de la consécration, tout le peuple répondait : Amen. Ce n'est guère que depuis le dixième siècle que, pour prévenir certaines profanations , l'usage et la règle ont été dans l'Église latine de le prononcer à voix basse. Deux faits néanmoins semblent nous autoriser à penser que, même dans les premiers siècles, la discipline à cet égard ne fut pas uniforme : c'est d'abord le nom de secretum ou sécréta que S. Grégoire le Grand donne au canon. (V. plus haut. n. I.) En second lieu, nous voyons au sixième siècle Justinien porter une loi prescrivant la récitation du canon à haute voix, pour les Églises d'Orient. Cette loi eût été superflue si la pratique qu'elle prescrivait eût déjà été en vigueur.
Le respect que l'Église professa dans tous les temps pour cette sainte formule était tel , que jamais il ne fut permis à un particulier quelconque d'y rien changer; et l'histoire a conservé comme un grave événement le souvenir de l'addition de cinq ou six mots, diesque nostros in tua pace disponas^ faite par S. Grégoire le Grand , à l'oraison Hanc igitur (Bède. Uist. eccl. II. 1. — Walfrid. Strab. De reb. eccL c. XXII. — Joan. Diac. Vit. S. Gregor, c. ii. li. 17:.
Cependant, en outre du texte immuable du canon qui se disait tous les jours, il y eut, dès les temps les plus anciens, et probablement depuis S. Gélase, certaines additions spéciales pour les principales fêtes de l'année, telles que Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, l'Epiphanie, le jeudi saint, etc. Singula capitula diebus apta subjungimus, dit le pape Vigile (Loc. laud.); et ces additions sont les mêmes que nous faisons encore aujourd'hui aux fêtes solennelles. On les trouve dans les plus anciens sacramentaires ; le cardinal Bona en cite un (Rer. liturg. 1. ii. c. 12) de la bibliothèque de la reine Christine de Suède, où se lisent beaucoup de ces capitula^ exprimant l'objet pour lequel on offre le saint sacrifice à chacun de ces jours. Grancolas a réuni (Les ancien, li-
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turg, p. 622) toutes ces variations d'après le sacramentaire gélasien.
Dès les premières années du moyen âge, on ajouta, dans celles des oraisons du canon où les apôtres et les martyrs sont nommés, les noms de quelques Saints particuliers à chaque Église. Ainsi, nous trouvons dans Vlter Italicum de Mabillon (T. i. pars altéra, p. 281) un sacramentaire tiré d'un manuscrit du septième siècle , qui fait lire au Communicantes sept noms de plus que le romain actuel, et parmi ces noms, deux de Saints de TÉglise gallicane: S. Hilaire, S. Martin, S. Ambroise, S. Augustin, S. Grégoire, S. Jérôme, S. Benoit.
Des additions semblables avaient lieu pour l'oraison super diptyca ou Mémento des morts (V. Pellicia. Polit, eccL i. 272}, ainsi que pour celle qui suit le Pater ^ Libéra fws, Domine... Ainsi, le manuscrit de Cologne, d'après lequel Pamelius a édité le sacramentaire de S. Grégoire (Liturg. ecd. Latin, p. 182\ après les noms de la Ste Vierge, et des SS. Pierre, Paul et André, porte entre parenthèses : Nec non et beato Cyriaco martyre tuo^ et sancto Martino conf essore tuo. D'autres manuscrits ajoutent des noms différents, selon les Églises spéciales à l'usage desquels ils ont été employés.
Afin qu'aucune erreur ne pût se glisser dans les copies du canon, l'office de les revoir et de les corriger était dévolu aux archidiacres, comme nous le voyons par les canons de plusieurs conciles. Ces copies étaient toujours exécutées avec le plus grand soin, en caractères élégants, et quelquefois môme en caractères d'or ou d'argent. On trouve encore de ces riches exemplaires dans quelques bibliothèques; l'Église de Turin en possède un qui remonte à plus de mille ans, il y en avait un non moins ancien dans la bibliothèque de Saint-Germain des Prés.
Mais c'est surtout pendant Vaction môme du saint sacrifice , que la plus grande vénération était témoignée à cette prière sacrée. Pendant que le célébrant la prononçait à l'autel, tous les prêtres et les clercs se tenaient profondément prosternés (V. les liturgies des Grecs, dans Renaudot) ; et un clerc ou deux diacres agitaient des éventails pour chasser les mouches et tempérer la chaleur, afin que rien ne pût distraire le pontife en un moment si solennel. (V. l'art. Flabellum liturgique.)
CANONISATION. — A aucune époque il ne fut permis de rendre un culte public aux Saints, môme martyrs, sans l'autorisation des évoques. Mais le mot de canonisation, en tant qu'il désigne un décret du souverain pontife, précédé des longues et scrupuleuses formalités destinées à constater la sainteté d'un personnage, ce mot est relativement moderne, comme
la chose qu'il exprime. Jamais, nous le répétons, rien, en une matière de cette importance ne fut livré à la dévotion arbitraire des peuples. Quand un chrétien était mort pour la foi, on élevait un autel sur son tombeau, et on y célébrait le saint sacrifice (V. les art. arcoso- LiUM et Autel) : c'est là la plus ancienne, camm la plus simple formule de canonisation. Mais l'évoque était là, ce culte n'était établi que par son autorité, et jamais avant que le martyre eût été prouvé ; et, toutes les fois que la chose était possible, il devait avant tout reconnaître la sincérité des actes.
Dès le quatrième siècle, l'Église établit une distinction entre les martyrs reconnus et ceux qui ne l'étaient pas encore, inter vindicaim H non vindicatos. Ainsi, S. Optât de Milève (L. i. Adv. Parmen.) rapporte que Lucille fut réprimandée par l'archidiacre Caecilianus pouravoir fait acte public de culte envers un martyr nondum vindicatum. S. Augustin {Collât, brevic. III. 11) nous apprend quelle était la manière de procéder de l'Église à cet égard. L'évoque dans le diocèse duquel un martyr avait souffert, envoyait les actes de sa passion au primat ou au métropolitain, qui avec l'assistance des autres évoques de la province, examinait mûrement la cause , et, s'il y avait lieu, décidait que ce personnage devait être placé au nombre des martyrs ayant droit aux honneurs publics dans l'Église. Et cette discipline touchant l'examen et l'approbation des actes avait une raison d'ôtre toute spéciale en ces temps où plus d'une fois l'hérésie eut aussi ses martyrs Euseb. Hist. eccl. iv. Ik. viii. 10). L'Église devait donc s'enquérir avec soin, comme s'exprime S. Jérôme {Comment, in ps. cxv), de la cause qui avait fait le martyr, qux martyrm facit^ causa inquirenda esf, de peur de déce^ ner des honneurs immérités à ceux qui étaient morts hors de sa communion (Augustin. Df Donatist.) Ce n'était donc qu'après l'approbation des actes par l'autorité compétente, que les noms des martyrs étaient inscrits aux diptyques, et qu'il était permis de les honorer d'un culte public. (V. l'art. Diptyques.)
Ainsi, la canonisation des Saints tire son origine des diptyques, et n'est point une imi' tation de l'apothéose des païens (Benedict. xiV' De serv. Dei beat, et canon. 1. i. cap. i. n. 11), comme l'ont avancé quelques savants hors de notre communion. En effet, dit le cardinal Bona {Rer. liturg. 1. ii. cap. 12. n. 1), écrire dans les diptyques les noms des évoques morts en odeur de sainteté, c'était une espèce de canonisation, ou de béatification. Et il le prouve par ces paroles de S. Denys l'Aréopagite {De eccl. hierarch. ix. 2k) : « La récitation des saintes tables, qui se fait après la paix, proclame ceux qui ont vécu avec constance, et