POSITION RESPECTIVE DES DIFFÉRENTS CIMETIÈRES
DE LA ROME SOUTERRAINE? Pour répondre d'une manière satisfaisante à cette double question , nous aurions besoin de connaître au juste les résultats des investigations dont les catacombes ont été l'objet dans ces derniers temps, et pardessus tout, les découvertes et observations de M. le chevalier De' Rossi. Malheureusement, les travaux de cet illustre antiquaire n'ont pas encore vu le jour. Et alors môme que nous pourrions compter assez sur la fidélité de notre mémoire pour exposer ici le peu que nous en savons, le sentiment de la justice la plus vulgaire, à défaut de celui de la délicatesse, suffirait pour étouffer en nous la mauvaise pensée de déflorer, en nous les appropriant, des conquêtes chèrement achetées par un autre, et dont la connaissance ne nous est venue que par les épanchements d'une amitié pleine de désintéressement et d'abandon. En attendant donc une classification défini-
tive, ou tout au moins aussi irréprochable que possible, nous reproduirons sommairement celle du P. Marchi qui, de toutes celles qui ont été tentées jusqu'ici, est la moins défectueuse; et nous aurons fait ainsi tout ce qui était en notre pouvoir, pour donner à la juste curiosité du lecteur la satisfaction qu'elle est en droit d'attendre de nous sur cette difficile matière.
D'après le savant jésuite (K. Monum, p. 70 et suiv.), les cimetières romains doivent être rangés dans deux grandes divisions ou systèmes : le système transtibérin, le premier en dignité, parce qu'il renferme la pierre fondamentale sur laquelle Jésus-Christ a voulu asseoir son Église, c'est-à-dire le corps du prince des apôtres, et le système dstibérin dont le point de départ est le lieu où reposent les restes de l'apôtre des nations.
lo C'est près de la voie Cornelia, là où la colline du Vatican commence à s'élever au-dessus du niveau du champ triomphal, non loin d'un des côtés du cirque et des jardins de Caliguk, qui furent plus tard ceux de Néron, que fol déposée la dépouille mortelle de Pierre, dans les entrailles d'un terrain abreuvé du sang des victimes de la première persécution. Les témoignages les plus anciens attestent que nul ne saurait compter le nombre des martyrs qui dorment en ce lieu, où plus tard vinrent aussi se ranger autour de leur chef la plupart des premiers successeurs de S. Pierre , Linus, Cletus, Anacletus, Evaristus, Sixtus, Telesphonis, Iginus, Plus, Eleutherius, Victor. Telle estlatôte du cimetière du Vatican, lequel, pour obéir aux exigences des différentes couches de terrain, s'étend entre le midi et le couchant, évitant la direction de l'orient et le septentrion.
Le cimetière des Saintes-Rufine-et-Seconde situé dans la forêt blanche, et celui des Saints- Marius - Marthe - Audifax - Abachum , pratiqué dans un lieu dit ad Nymphas, bien qu'ouverts sur cette même voie Cornelia , ne sauraient néanmoins, à raison de leur trop grande distance de Rome, être considérés comme unis à celui du Vatican. Mais entre les voies Cornelia et Aurélia, à une égale distance de l'une et de l'autre, le P. Marchi a trouvé une portion de cimetière avec arcosolia, cubicula et peintures primitives.
A une légère distance de la yille, sur la voie Aurélia, les documents écrits, aussi bien que les observations locales, attestent l'existence des cimetières de Saint-Calépode , de Saint-Jules, pape, de Saint-Félix, pape, de Lucine, soit des Saints-Processus-Martûius-et-Agathe.
Fidèle à son système de conmiunication et d'enchaînement des cimetières entre eux, système que cependant il abandonna longtemps avant sa mort, sur les observations péreo^ ptoir^s de M. De' Rossi, lesquelles revien-
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sieurs fois dans le cours de ce travail , rchi s'était persuadé que le dernier lont nous venons de parler, combiné i des Saints-Abdon-et-Sennen, devait raison de la situation des monticules, de communication aboutissant à celui Q. Il ne trouvait pourtant pas le moyen ï ce système le cimetière de Generosa i Philippi, placé aussi le long de la tensiSy mais hors de la ligne, irmine le système Transtibérin. ombeau de S. Paul forme le centre ières de la voie d'Ostie, et le point de système âstibérin. Ces souterrains ne 3pent point du côté du couchant, où ils t le Tibre pour barrière , ni vers le >n, où s'étend la plaine conduisant à jine toujours sujette aux débordements ; mais au levant et au midi, c'est-àcette chaîne de petites collines qui au-dessus du niveau habituel des déits du Tibre. Les limites tracées ici :ure aux premiers chrétiens, ne leur s de pratiquer dans cette région que ttières , lesquels portent les noms de e Saint-Timothée, de Comodilla, soit s-Felix-et-Adauctus, de Saint-Zénon compagnons (Dit aussi de Saint-Anas- Saint-Cyriaque. Ce dernier étant séautres par un espace de cinq milles, té au savant Jésuite d'avouer qu'il 1 démenti, au moins partiel, à sa
pente du mont de Saint-Paul, s'ouvre ui le cimetière de Lucine, lequel s'éque peu sous la nef transversale de le, et plus amplement sous le mont,
le chemin de traverse qui enchaîne d'Ostie avec l'Ardiatine et l'Appia.
voie Ardéatine, le P. Marchi a pu re-
la justesse des documents qui lui ni les cimetières de Sainte-Balbine, Marc, de Saint-Damase , des Saintsliarcellien, des Saints-Nérée-et-Achil- >aintes-Petronille-et-Domitille. Celui Nicomède étant situé à sept milles de
détache forcément aussi du système ténation, bien qu'il appartienne au e la voie Ardéatine.
histoijre âfi Rome païenne, la voie Ap-
le nom fastueux de reine des voies . Cette gloire lui vint, soit de la ma- 9 des édifices et des tombeaux dont bordée, soit du privilège qu'elle avait r au passage des nations conquises, lombreux et célèbres événements qui baient à son nom. L'histoire de la *étienne lui confère des titres de gloire ablement plus solides et plus légiti- B peut, à raison du nombre et de la
vaste étendue de ses cimetières, et plus encore à raison de la multitude et de la célébrité des martyrs qui y reposent, être appelée à juste titre la reine des voies chrétiennes. Les cimetières qu'elle possède sont ceux des Catacombes, ad catacumbas^ de Prétextât, de Calliste, de Cécile, de Lucine, de Zéphyrin, de Sotère , d'Eusèbe et Marcel , d'Urbain , de Janvier, de Félicissime, d'Agapite, de Tiburce, de Valérien, de Maximus et Cyrinus.
On a trouvé dans ces derniers temps sous un monticule nommé Mont-d'Or, très-près de l'hypogée des Scipions, un cimetière chrétien, d'une hautç antiquité, sur le compte duquel les documents anciens, aussi bien que les auteurs de la Rome souterraine gardent un silence absolu, silence dont il est curieux de rechercher les motifs. Il est probable que les chrétiens de la seconde moitié du troisième siècle durent l'abandonner parce que, par suite de l'élargissement de l'enceinte des murailles de Rome sous Aurélien, il se trouva renfermé dans la ville, et devint ainsi d'un accès difficile et dangereux. On descend aujourd'hui dans ce souterrain par deux entrées différentes, l'une à une faible distance de la porte Latine, l'autre au niveau de la voie Appia en face de la partie orientale de l'arc de Drusus, de sorte qu'il est comme à cheval sur ces deux voies célèbres.
Quant aux cimetières de la voie Latine, ils portent les noms d'Apronien, de Sainte-Eugénie, de Gordien-et-d'Épimachus, de Simpliciuset-Servilianus, de Quartus-et-Quintus, et de Tertullinus. Ces cimetières sont tombés dans l'oubli, à cause de la condamnation de la porte et de l'abandon presque total de la voie Latine. Un accès ouvert au P. Marchi, par une propriété privée, l'a mis à même d'explorer une faible partie de celui d'Apronien.
Après la voie Latine vient la Labicane, mais à une assez grande distance. Ses cimetières ont une étendue qui ne le cède guère à celle des souterrains de l'Appia et des deux Salaria; ils ont pris les noms des martyrs qui y furent ensevelis, Tiburtius , les SS. Marcellin et Pierre, les quatre couronnés qui sont Claudius, Nicostratus, Sempronianus et Gastorius, Ste Hélène qui agrandit et décora probablement ceux des Saints-Marcellin-et-Pierre (V. Marchi. tav. VI et vu ) , enfin celui dit ad duos lauros. Là se trouve encore un cimetière qu'on a sou^ vent désigné sous le nom de Castulus, mais sans motifs suffisants, dit notre savant guide.
La distance qui sépare la voie Prénestine de la Labicane est peu considérable; aussi les premiers chrétiens qui avaient pu multiplier à leur gré les sépultures sous celle-ci, purent s'abstenir d'en faire autant sous la première. Toutefois, Boldetti, suivant les traces d'un fos- SOT qui, durant quarante-cinq ans, avait par-
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couru la Rome souterraine , découvrit, à deux milles de la ville, sur la gauche de la voie, un cimetière primitif, mais dévasté ; et un des anonymes de Salisbury raconte que « près de la voie Prénestine , était une église dédiée à S. Stratonicus évêque et martyr et à S. Gastulus, dont les corps étaient ensevelis à une grande 'profondeur, i Or, sous le pontificat de Clément X , un cimetière fut découvert sur la droite de la voie Labicane, à un mille de Rome. Mabillon, qui était alors k Rome, le vit, Fabretti le vit aussi, et sur la foi d'une inscription tronquée, celui-ci crut devoir y reconnaître le cimetière de Gastulus. Mais le témoignage de l'auteur de l'itinéraire cité plus haut semble trancher la question en faveur de l'opinion qui place sur la voie Prénestine le tombeau de Gastuluâ et le cimetière qui porte son nom.
Les cimetières de la voie Tiburtine sont compris, dans les documents anciens, sous deux noms seulement. Mais là où les noms sont rares, les sépulcres souterrains abondent. Les cimetières à droite de la voie sont ceux du campm Veranus^ soit de l'illustre matrone et martyre Gyriaque, qui les fit creuser, du moins en partie, sous une de ses propriétés. Sur la gauche de la môme voie s'ouvrent ceux qu'on désigne sous le nom de Saint-Hippolyte, et qui furent décrits par Prudence dans un célèbre passage que nous avons cité plus haut.
Le cimetière de Saint-Hippolyte se dirige vers la voie Sombre (Fia cupa)^ qui est une route secondaire, laquelle, partant du côté septentrional extérieur du camp des prétoriens, coupe par le milieu les viUx et les vignes placées entre la voie Tiburtine et la Nomentane ; et sous cette mônie voie Sombre aboutit et s'étend aussi le cimetière de Saint-Nicomède, le premier qui se rencontre sur la droite de la voie Nomentane, et auquel succède celui de Sainte -Agnès.
Un cimetière dit ad nymphas^ celui de Saint- Alexandre et celui des Saints- Primus-et-Felicianus ad arcus Numentanos , étant situés au delà de l'Anio, à des distances trop considérables, bien qu'ils appartiennent à cette voie, ne font pas partie du système des cimetières suburbains.
On trouve sur les deux Salares des signes irrécusables de plus de dix cimetières. Geux de la nouvelle qui inclinent vers l'orient portent les noms de Sainte-Féhcité, de Saint-Saturnin, des Saints-Ghrysante-et Daria, des sept vierges Saturnine, Hilaria, Dominanda, Rogantina, Paulina et Donata, de Sainte-Hilaria , des Jordani et de Saint-Sylvestre. Geux qui se trouvent vers l'occident de la Salare vieille sont indiqués sous les noms des Saints-Pamphile-et- Quirinus , Hermès-et-Basilla , Protus-et-Hyacinthe, Jean, Blastus-et-Maurus. Le cimetière
des Saints-Hermès-et-Basilla se termine sous la montée du Concombre (Soit/a del Cocomm\ Mais chez les auteurs modernes, tous ces cimetières, principalement sur la Salare nouvelle sont compris sous la dénomination générait de Priscille, tandis que les écrivains ancien) appliquent ce nom à un cimetière spécial.
Les cimetières des deux Salares, étant creu ses dans les flancs de collines d'une grandi élévation, s'enfoncent dans les entrailles del; terre plus que ceux d'aucune autre voie ro maine, et ont souvent jusqu'à quatre et cin» étages de galeries superposées les unes au autres. On ne sera donc pas étonné du nombr considérable de degrés qu'il fallait descendr pour arriver au cimetière des Saints-Pamphilc et-Quirinus : ces degrés étaient au nombre d quatre-vingts, selon l'un des anonymes de Sa lisbury, et de soixante -dix d'après celui d Malmesbury.
Du haut des monts Parioli et de la montée d
Concombre^ sous lesquels s'arrête le cimetièr
des Saints-Hermès-et-Basilla, qui est le demie
de la Salare vieille, on découvre l'ample vallé
au-dessus de laquelle, un peu plus au couchai
qu'au septentrion, surgit le monticule qui d(
puis plusieurs siècles porte le nom de Sain
Valentin. C'est là que se trouve le cimetière d
même nom, dit aussi de Sainte Jules, non qt
ce pape en soit le fondateur, mais parce qu'
l'agrandit et bâtit une basilique près de u
entrée. Il ne parait pas qu'il en existe d'auti
sur la voie Flaminienne : le mouvement etl'ag
tation du champ de Mars que traverse cet
voie eussent rendu les sépultures chrétienne
plus dangereuses en ce lieu que partout ai
leurs. Au surplus, l'absence de roches vole
niques dans la colline sous laquelle la Flamio
passait, se dirigeant vers le pont Molle, en re
dait l'excavation, sinon tout à fait impossibl
au moins d'une difficulté extrême. Aussi, 1
souterrains du Mont- Valentin, si l'on considè
la masse confuse et la variété des substanc
qu'y ont déposées les eaux et dans lesquelles!
chrétiens n'ont pu pénétrer qu'au prix d'i
croyables fatigues, sont encore plus merve
leux que ceux du Mont- Vert et doivent être i
gardés comme un prodige de la constance
de la vertu chrétiennes, plutôt que comme u
œuvre commune de l'industrie, humaine.
Sur le point de toucher au terme de ce longue bien qu'incomplète énumération, ne ne saurions manquer d'observer que, dans région de l'Esquilin, dans un lieu dit Un PileatuSy près de l'ancienne église de Sain Bibiane, le bibliothécaire signale un cimetii sous le nom de Saint-Anastase où ce pape enseveli, ainsi qu'Innocent, son successeur i médiat. Ce cimetière appartint, à son origi au système suburbain, il fut renfermé d
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enceinte de la cité par Textension des muulles sous Aurélien.
Une bonne table topographiqiie générale du sterne entier des cimetières suburbains en )prendrait sans doute beaucoup plus au lecur que toute cette nomenclature où tant de »ms se trouvent accumulés, non sans quelque nfusion, confusion inséparable de ce genre de ivail. Malheureusement, celte table n'existe js encore ; nous l'aurons certainement dans Rome souterraine que préparent les deux î' Rossi.
\11I. — ConnaIt-on au juste l'étendue des TACOMBES R014AINES? Jusqu'ici la scieuce n'a s été en mesure de satisfaire à la légitime riosité qui ne cesse de lui adresser cette imirtante question, et il est probable que la ré- >nse précise, complète, se fera attendre longmps encore. Ce qui est connu de cette œuvre îla primitive Église est immense, et, tout en pudiant les appréciations exagérées, admises irle vulgaire sur la foi d'écrivains superficiels , sans doctrine, on peut, à l'aide des déducras les plus sûres de l'analogie, proclamer dossales les proportions de l'étonnante nécro- )le. Mais, dès qu'il s'açit de sortir de ces généilités, la science se trouve réduite à reconna't l'insuffisance de ses ressources. Interrogez oâo, Boldetti, Marangoni, Lupi, Bottari, vous «trouverez hésitants sur l'extension, ou pour lieux dire sur Paire occupée par les cimetières tirétiens. Un seul point résulte de leurs témoinages, c'est que , bien que insuffisamment éclai- Si au sujet des confins et de la distinction prése des différents cimetières, ils repoussent la ipposition erronée, renouvelée de nos jours ar R. Roche tte, que leur ensemble compose n réseau continu occupant toute l'étendue du }1 romain.
Le P. Marchi a démontré avec évidence u'il faut d'abord exclure les vallées, et que s hypogées se trouvent nécessairement plate au-dessus du niveau des inondations du îbrc auxquelles la campagne romaine est suîtte. Seize années d'études nouvelles et de )uilles persévérantes, auxquelles le savant jélûte n*est pas resté étranger, mais où, grâce à ^jeunesse, à son activité et à sa sagacité bien onnue, M. le chevalier J. B. De' Rossi a pris la Meilleure part, sont venues apporter une foule l'éléments nouveaux pour le développement Recette idée non moins féconde que lumineuse, i Michel De' Rossi, en (|ui son docte frère a, |onime on sait, trouvé un si intelligent auxi- **ire, a profité de ces conquêtes acquises à la wence pour tenter sa solution du problème, îaw un mémoire intitulé : DeW ampiezza délie fcwiawcatocom6e.... Rom. 1860. Assurément, wn remarquable travail n'pst pas et ne peut P*« être le dernier mot sur cette difficile ques-
tion ; mais c'est un pas immense vers la solution définitive, et nous ne saurions mieux faire, pour remplir cette partie de notre tâche, que d'exposer ici, d'une manière aussi fidèle que possible, la substance de ce mémoire.
I. — Posons d'abord quelques principes généraux. L'une des dernières compilations des Mirabilia urbis Romx (V. Montfaucon. Iter. Ital. p. 286), datant du quatorzième siècle , affirme que les catacombes s'étendent jusqu'à trois milles, à partir des murs de Rome, . per tria milliaria. C'est là, selon l'estimation de M. Michel De' Rossi, une limite extrême qu'elles atteignent même rarement. De telle sorte que en dehors de ces limites cesse le système d'ensemble des cimetières romains ; au delà, il n'y a que des souterrains isolés, peu considérables, appartenant à des pagi^ à de petites villes, et même à des familles particulières.
Un autre fait, constamment observé, c'est que les cimetières non-seulement ne descendent jamais sous les grandes vallées, mais qu'ils s'arrêtent même devant les dépressions de terrain moins considérables qui séparent une colline de l'autre. Aussi est-il presque impossible de trouver entre les cimes des collines une liaison suffisante pour avoir permis la conmiunication des souterrains entre eux. On conçoit, en effet, que les chrétiens, voulant avoir pour l'exercice de leurs cérémonies religieuses des cimetières pratiquables en tout temps, devaient éviter non-seulement les lieux exposés aux alluvions, mais aussi les plis de terrain attirant les grands écoulements d'eau.
A ces faits naturels vient s'en joindre un autre, révélé par les fouilles et d'ailleurs conforme aux documents historiques sur lesquels se basent les nouvelles études de la Rome souterraine. C'est que chacun des grands cimetières ayant un nom et une existence propres, est séparé et indépendant de celui qui est contigu, alors môme qu'il se trouve au même niveau, et qu'aucun obstacle physique ne s'opposait à leur fusion. Les exceptions sont rares et sans aucune portée sérieuse.
Ce n'est pas tout : la nature des roches, plus ou moins aptes à être ouvertes pour y pratiquer des cimetières, constitue aussi un élément dont il est nécessaire de tenir compte pour déterminer les limites des catacombes. L'expérience a démontré que les cimetières chrétiens se trouvent partout où la roche est assez consistante pour supporter le vide de galeries et de chambres assez spacieuses en hauteur et en largeur, pour être fréquentées commodément, et pour recevoir, dans leurs parois, de nombreuses sépultures, de façon à tirer tout le parti possible de l'espace creusé. De plus, la roche devait être en même temps solide et cependant facile à tailler. Or ces conditions se
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trouvent réunies par excellence dans certaines couches des formations volcaniques, dont le sol romain est tout recouvert, et où, pour cette raison, les cimetières se sont développés plus que partout ailleurs. Ces couches sont ce que les géologues appellent lits de tuf granulaire. Mais comme, à raison des différentes époques de leur formation, elles se trouvent diversement mélangées, ou coupées par d'autres roches également volcaniques , tantôt plus dures, tantôt plus friables, elles ne se sont prêtées ni partout, ni uniformément, dans la même profondeur, à Tusage en question. Il se rencontre donc, dans les lieux élevés et propres aux excavations de cimetières, des dépôts marins ou fluviaux qui ne présentent pas la même aptitude. Néanmoins , toutes les fois qu'on les a trouvés rigoureusement assez solides, les chrétiens ne les ont pas évités, mais ils ont soutenu les parties faibles par des constructions en maçonnerie.
Cela posé, pour déterminer d'une manière plus précise qu'on ne Ta fait jusqu'à présent la superficie occupée par les catacombes, il suffira d'un rapide examen, soit de la direction, soit de la nature du sol romain. Après quoi, on arrivera à se rendre un compte plus exact du rayon d'extension des cimetières, le long de chacune des voies antiques.
1*» Au lieu de suivre, comme les anciens auteurs de la Rome souterraine , l'ordre des ces voies consulaires , notre guide tient donc pour plus rationnel de se diriger par la configuration et la nature du sol. La vallée du Tibre, eu égard au peu d'élévation de son niveau, et des masses de sable dont le fleuve l'a recouverte, à l'époque où il l'inondait tout entière, doit d'abord, comme il a été dit, être exclue. Laissant donc la vallée, et montant les collines, nous trouvons celles qui formaient la rive droite du lit primitif, à peine revêtues d'une légère couche de tuf granulaire, et encore cette couche est-elle moins compacte et moins profonde qu'ailleurs. Aussi les collines du Janiculc, qui en font partie, n'offrent-elles que deux cimetières, peu distants l'un de l'autre, celui de Saint- Pontien et celui de Saint-Pancrace. Le premier, autant qu'il a été possible de le faire, est creusé dans le tuf granulaire ; mais sa majeure partie est pratiquée sous un gisement sablonneux mêlé de brèches et do fossiles et qui présente une solidité suffisante. Les couches inférieures qui ne sont pas accessibles aujourd'hui, reviennent aux bancs de tuf granulaire : de telle sorte que c'est là un des points géologiques les plus intéressants de la Rome souterraine. Le cimetière de Saint- Pancrace est tout entier dans le tuf, mais son excavation est tout à fait exceptionnelle, parce qu'on a dû obéir aux capricieuses directions de la roche.
2° Après le Janicule, vient le Vatican. Sous une mince couche de tuf, on y rencontre des bancs d'un grossier sable siliceux calcaire et de marne, qui semblent peu favorables àl'eicavation des galeries : parfois, néanmoins, ces bancs présentent la solidité des armoires. Le cimetière du Vatican est très-célèbre; mais il est aujourd'hui détruit, et attendu que son aire est occupée par la gigantesque basilique de Saint-Pierre , on ne saurait en reconnaître au juste ni la forme, ni l'étendue, ni le mode d'existence.
Vient ensuite le Mont-Marius, où il n'y a pas de trace de souterrains chrétiens, ce qui s'explique par la qualité des gisements composés d'une petite quantité de tufs et de dépôts marins peu consistants. Derrière cette chaîne de cdlines, du Janicule au Marins, qui forme la rive droite du Tibre, apparaissent, à quelque distance, de grands bans de tuf granulaire, et en effet, dans les flancs de ces éminences existent plusieurs cimetières chrétiens, qui sont les pins éloignés des voies de Porto, Aurélia et Triomphale, à peu près jusqu'à un mille et demi des murs de Rome.
3® Passant maintenant à la gauche de la vallée, avant de trouver la chaîne des monts Parioli, se présente, sur la voie Flaminienne, une colhne détachée, dont le sommet est de tuf, te reste un amas confus de sable, de cailloux al quelquefois même de masses très-dures. Lan» trouve le cimetière de Saint-Valentin, le seul qui, au jugement du géologue Brocchi (Stoto ^cio delsuolo di Roma. p. 98), ne soit pas creuiè dans le tuf granulaire, mais dans un sol compoii de dépôts fluviatHes. On sait que la voie Flaminienne court le long de la vallée et s'enfon» dans la coupure à pic qu'ouvrit dans les monU ParioH le consul Flaminius, lorsqu'il traça h voie qui porte son nom. Les cimes decescollines sont inaccessibles, et l'épaisse croûte de travertin formée par les dépôts du Tibre en rendait l'ouverture difficile : c'est ce qui explique lx)urquoi les catacombes qui existent dans la direction de la voie Flaminienne commencent et finissent au premier mille de la ville.
k^ Toute la partie du sol qui s'étend à te gauche du Tibre a de vastes et profondes couches de tuf granulaire. Aussi toutes les hauteurs qui s'enchaînent depuis les monts Parioli, te long des voies Salaria, Nomentane, Tiburtine, Prénestine, Labicane, Asinaria, Latine, Appte et Ardéatine, jusqu'à ce qu'elles rencontrent de nouveau la vallée du Tibre sur la voie d'Ostie, se prêtent-elles merveilleusement aux excavations, et en effet elles ont été en grande partie fouillées. Et telle est la profondeur de cesbancs» qu'on y a pu pratiquer jusqu'à quatre et môme cinq étages de galeries. Mais les avantages que présente la nature 'de la roche pour Tétdalisse-
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nent des cimetières se trouvent restreints par les accidents du sol. La vallée de l'Anio oppose un barrage à deux milles à peu près sur les voies Salaria et Nomentane. Plus près de la ville se présente une autre limite formée par une grande vallée, sur la voie Tiburtine, après la basilique de Saint- Laurent, peut-être avant le premier mille. Sur la Prénestine et la Labicane, la nature apparente du sol semblerait permettre de grands développements à nos cimetières. Cependant ils ne se produisent qu'à une distance considérable, après cette grande dépression de terrain où court la Marrana, et se terminent peu après Torre Pignatarra.
&• Avant cette vallée , le seul cimetière de Castulus nous est connu par l'histoire, car il est aujourd'hui inaccessible : il fut trouvé par Fabretti et décrit par Boldetti (P. 100 et 563). Ce cimetière semble constituer une exception, tant pour ses formes que par la constitution du sd où il est creusé, ce qui donne k penser que l'intérieur de la roche est ici peu propre aux facavations, et que telle est la cause de Pab- «nce totale de catacombes sur cette éminence pfais rapprochée de la ville. En effet, sur la voie Prénestine, et dans quelques souterrains de la labicane, on observe un vaste banc de tuf lithoîde, espèce de roche où il ne fut jamais évasé de cimetières. Entre la Labicane, PAsi- Mria et la Latine, une immense vallée va presqae joindre les murs de Rome, et là aucune trace de cimetières chrétiens. Les voies Latine, Appia et Ardéatine sont un vaste champ , où JBsqu'à la distance de plus de deux milles, il tfest pas une hauteur qui n*ait été exploitée |ir les premiers chrétiens. Et c'est dans cet «paoe que se groupent les cimetières les plus «iâèbres, les plus nombreux et les plus étendus. Cette région aboutit de nouveau à la vallée du Til>re, près de la voie d'Ostie ; et les dernières «Dines, les plus rapprochées du fleuve, portait dans leurs flancs les cimetières de Como- &i et du petit Pont, porUicello^ de Saint-Paul.
6^ Après avoir déterminé, à Paide de la nature du sol et de l'expérience, le rayon d'extension de Taire ou superficie occupée par les ^tières chrétiens sur chacune des voies consulaires, et défalqué, dans le cercle de ces fautes, toutes les parties de terrain qui sont Wsdes conditions voulues, il resterait à savoir, pour se faire une idée juste de l'étendue des ciUcombes, si toutes les hauteurs pouvant se prêtera cet usage ont été réellement occupées Parles chrétiens, et si, les ayant occupées , ils ksont exploitées dans tous les sens, selon Pé- ^«Ddue totale de leur superficie extérieure.
M. Biichel De' Rossi affirme qu'une partie concidérable des collines comprises dans les con- &8 tracés par lui présentent des ouvertures donnant accès à des souterrains chrétiens ; de
telle sorte que ceux-ci, principalement sur les voies Salaria, Latine et Appia, sont presque en contact les uns avec les autres, sous la totalité de la superficie. Quant à la seconde question, tout porte à croire qu'on a exploité tout l'espace, et creusé partout jusqu'à ce que l'interruption des lits propices ou quelque autre circonstance locale vinssent opposer aux fossores un obstacle insurmontable. Sans parler des autres indices qui mènent à cette conclusion, on peut l'adopter par analogie d'après la vaste étendue des quatre grands cimetières de l'Appia et de l'Ardéatine, savoir, ceux de Prétextât, de Calliste , des catacombes , et de Domitille.
II. — Ayant posé de telles prémisses, l'auteur se livre à des calculs tendant à en faire sortir des conclusions aussi rigoureuses que possible.
Trois données, résultant de nombreuses observations, l'amènent à trouver approximativement la quantité de la surface sous laquelle se déroulent toutes les catacombes romaines et la quantité métrique des galeries souterraines qui y sont pratiquées.
lo De l'examen géologique et expérimental auquel il s'est livré précédemment, il obtient, en mètres et milles carrés la quantité de la surface, pour un seul étage, qui, à raison de la nature du sol, a pu se prêter à l'excavation de catacombes ; et la quantité trouvée est de cinq milles géographiques qui égalent onze millions cent mille cinq cents mètres.
2° D'après l'expérience et le point de comparaison que lui fournissent les quatre cimetières de l'Appia et de l'Ardéatine, il se demande quelle est, sur la somme totale de la surface apte à l'excavation des cimetières qu'il a obtenue précédemment, la partie qui a été réellement creusée pour cette destination. Or, en défalquant de la somme' ci-dessus la portion des hauteurs aptes à l'excavation où l'on sait qu'il n'existe pas de souterrain, et de plus celles qu'excluent certains empêchements inhérents à la nature du sol, ou autres obstacles indépendants de la nature, la quantité totale de la superficie se trouve réduite à sept millions quatre cent mille trois cent trente-quatre mètres carrés.
3" Recherchant enfin dans quelle proportion les cimetières se sont développés sous les hauteurs où ils apparaissent, et prenant toujours pour point de départ l'exemple que lui fournissent les quatre cimetières de l'Appia et de l'Ardéatine, il trouve que la partie réellement creusée ne s'élève guère qu'à un tiers de celle qui semblait pouvoir se prêter à l'excavation. D'après ce calcul, il ne resterait donc plus que deux millions quatre cent soixante-six mille sept cent soixante-dix-huit mètres carrés, c'està-dire à peu près un mille carré.
Un tel résultat pourra sembler au premier abord un démenti donné à l'opinion générale
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sur la vaste étendue des catacombes. Il n'en est rien cependant; et la juste admiration qu'inspire la grandeur de la nécropole romaine ne perdra rien de sa vivacité, elle s'accroîtra même encore, si Ton considère quel est en réalité (Et c'est ici une donnée positive) le réseau des galeries et le rayon de leur développement sous une superficie médiocre en apparence. Qui pourrait songer, sans étonnement, que la moyenne de l'excavation sur une surface carrée de la trois cent quatre-vingt-quinzième partie d'un mille carré comprenne encore mille mètres de galeries?
Mais c'est peu encore : chacun sait que, dans les catacombes, il y a ordinairement deux, trèssouvent trois, quelquefois quatre, etjusqu'àcinq étages de galeries superposées, ce qui irait souvent à tripler et quelquefois à quadrupler les mille mètres. Mais pour rester dans les termes les plus modérés (Car il faut tenir compte de l'inégalité qui se remarque pai-fois dans l'extension des étages inférieurs), et à ne prendre la moyenne que pour deux étages seulement, nous aurions encore, pour cette imperceptible fraction du mille carré, au moins deux mille mètres de galeries. L'auteur a pris cette moyenne dans six grands plans de cimetières très-différents et très-éloignôs les uns des autres, et l'expérience est d'autant plus concluante, que, confrontés dans tous les sens, ils ont constamment fourni le môme résultat.
Cela posé, rien n'est plus facile que d'obtenir, par de simples multiplications, la somme approximative des lignes d'excavations produites par les galeries contenues dans la totalité de la Rome souterraine. Cette somme s'élève, à raison de deux étages seulement, ce qui bien certainement est au-dessous de la réalité, à huit cent soixante-seize mille mètres de galeries, lesquels, ajoutés par l'imagination à la suite les uns des autres, donnent une ligne totale de cinq cent quatre-vingt-sept milles, soit huit cent soixante- seize kilomètres géographiques.
Bien qu'inférieur à celui qu'avait obtenu le P. Marchi, d'après des données un peu trop vagues (Douze cents kilomètres), ce chiffre a encore de quoi étonner, et laisse subsister, du moins dans les apparences, l'objection de ceux qui regardent comme impossible (ju'une communauté pauvre et persécutée ait pu exécuter un tel travail. Cette difficulté perd beaucoup de sa force , quand on songe que les chrétiens ont mis près de cinq siècles à creuser leur nécropole. Car il ne faut pas oublier, comme on l'a vu plus haut, que longtemps après la cessation des tristes circonstances qui avaient rendu nécessaire l'établissement de ces mystérieuses sépultures, c'est-à-dire après la paix constan- . tinienne, on continua à rechercher par dévotion
une place, locum^ dans des cimetières sanctifiés par la présence des reliques d'innombrables martyrs. La sépulture sous les portiques ou même dans l'intérieur des basiliques, permise et usitée depuis l'ère d'émancipation inaugurée par le premier empereur chrétien, ne fit point oublier le chemin des catacombes, et les monuments attestent que la pieuse ambition d'être ensevelis ad sandos, ad fnartyres^ l'emporta dans le cœur d'une multitude de fidèles sur le vaniteux désir de se procurer un tombeau plus exposé aux regards des honmies. '
Au reste, sans même tenir compte de la nécessité, dont le puissant aiguillon se faisant sentir à des hommes de cœur, les met à même d'entreprendre et de mener à fin les plus difficiles entreprises, de quoi n'était pas capable, et de quels moyens ne devait pas disposer, même dans les temps les plus difficiles, une société ardente et active, de laquelle Tertullien a pu dire dès le deuxième siècle : t Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons tout, vos villes, vos lies, vos bourgs, vos provinces, vos assemblées, les camps mômes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum. Nous ne vous laissons que vos temples, i (jlpoiojet.
XXXVll.)