‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennesChapitre 64 sur 266 · CHANT ECCLÉSIASTIQUE (ORIGINE DO · texte numérisé non relu

CHANT ECCLÉSIASTIQUE (ORIGINE DO

— I. — Dès le berceau de l'élise , il fut d'usage de chanter des psaumes dans les assemblées des fidèles. S. Paul parle de psaumes et de cantiques spirituels {Ephes. v. 19), ce qm suppose que, en outre des psaumes de David, il y avait encore des chants improvisés que chacun donnait instantanément sous une inspiration spéciale du Saint-Esprit, comme les prophètes de l'ancien testament, et à l'instar dai cantiques de Moïse, de sa sœur Marie , de Dèbora, d'Anne femme d'Elcana, d'Isale, deU Ste Vierge, de Zacharie, du vieillard Sméon, etc. Tels durent être le cantique que Notre-Seigneur chanta avec ses apôtres apièi la cène, et ceux dont S. Paul et Silas firent retentir les voûtes de leur prison de Philippes (Jet. XVI. 25). Le quatorzième chapitre de 11 première Épitre aux Corinthiens (Surtout à pa^ tir du verset 26) contient les plus curieui détails sur les dons merveilleux et notamment sur l'esprit prophétique, qui se révélaient daoi les fidèles au milieu de leurs assemblées, au» bien que sur le saint enthousiasme dont quelques-uns étaient saisis et qui leur inspirait des chants merveilleux.

Cette pratique de la primitive Église était une de celles qu'il était le plus difficile de dissimuler, aussi était-elle à la connaissance des païens, et Pline le Jeune, au rapport de Tertullien {Apologet. ii), écrit à Trajan qu'il ne sait rien autre des mystères des chrétiens, sinon qu'ils se rassemblaient avant le jour pour louer le Christ qu'ils regardaient comme leur Dieu. Le même apologiste mentionne ailleurs {M uxor. ix) la psalmodie alternative : Sonad inter duos psalmi et hymni ; et le texte de 11 lettre de Pline (Lib. x. epist. 97) semble aussi le supposer : Carrnen,... dicere secum invid»* Eusèbe relate plusieurs fois le même fait, et il rapporte {Hist. eccl. ii. 17) un fragment d'un ancien auteur qui, pour prouver la divinité de Jésus-Christ , alléguait les cantiques que leî

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ièles avaient composés à sa louange. On sait ae le concile d'Antioche (Euseb. v. 25) reprolia à Panl de Samosate d^avoîr aboli les caniques qu'on avait coutume de chanter à Jésus- Shiist, et d'y en avoir substitué d^autres à sa iTopre louange.

Le martyr S. Ignace, au rapport de Thistoien Socrate (vi. 8) institua à Antioche, d'oti il le répandit dans toute TÉglise, un chant alterlatif tel que celui qu'il lui avait été donné fentendre dans une vision, exécuté par la voix les aiages. S. Basile ayant, lui aussi, introduit « chant dans son Église de Césarée, en Cap- [odoce. ceux de Néocésarée le lui reprochèrent Domme une nouveauté; le grand évêque répondit (Epist. Lxii. Ad Neocxsar.) qu'il suivait en cela l'exemple des Églises d'Egypte, de Libye, de la Thébaïde, de la Palestine, de l'Alabie, de la Phénicie et de beaucoup d'autres ifà avaient adopté et pratiquaient le chant à deox chœurs : /n duos partes divisi alternis mcântntes psaHurU.

Dans les Églises où la coutume ne s'était pas encore introduite de chanter les psaumes en chœur, les clercs auxquelis étaient dévolues les factions de chantres, les chantaient seuls , et k peuple répondait à la fin de chaque psaume [dncU. Laodic, c. xvi. — Euseb. Hist, eccl. ii. 17. vil. 30). Peut-être est-ce là le genre de pnlmodie auquel font allusion les Pères anténesrs au quatrième ^iècle. Nous savons par Gtt&en (L. ii. 5) que, parmi les moines, un Kol chantait un psaume entier, debout, et que les autres écoutaient et méditaient. Dans les QOtnmunautés nombreuses, un certain nombre lie moines, quatre ordinairement, étaient désignés pour chanter en chœur, tous les autres éeoQtaient en silence.

Que parait pas que le* chant, du moins celui Qquel le peuple prenait part, se soit établi en Ocddent avant la fin du quatrième siècle . S . Ambroise est le premier qui fit chanter le peuple ^Ifilan, pour charmer les longues heures qu'il passait dans l'église pendant la persécution de ^impératrice Justine. Ce fait nous est révélé par S. Augustin {Confess, ix. 7) qui en avait été témoin oculaire : « Pour charmer l'ennui qui amaitpu accabler le peuple, on établit le chant ^ hymnes et des psaumes selon l'usage des églises d'Orient. Excellente pratique qui dure *w>rc, et que presque toutes les Églises du mode observent àl'imitation de celle de Milan.»

On voit donc que le chant à deux chœurs pMsa des Églises d'Orient à celles d'Occident, «Ique, parmi celles-ci, ce fut celle de Milan Çïi eut l'initiative : c'est ce qu'explique clair«nent le prêtre Paulin , auteur d'une Vie de 5. Affubmise : « Ce fut en ce temps que pour la première fois les antiennes, les hymnes et les vigiles cooimencèrent à être célébrées à

Milan. > Dans sa première signification le mot antienne ne désigne pas autre chose qu'un chant alternatif; c'est ce que S. Basile explique ainsi {Epist, lxiii) : In duos choros divisi alternatim psallunf.

En associsuit les peuples aux chants d'église, les Pères eurent un but éminemment moral. Ils savaient, et S. Chrysostome le dit formellement (/n p^alm, xLi), que le chant a la vertu de charmer les passions, de dégager notre âme de l'entrave des sens, de lui faire goûter les chastes délices de la vérité. Pour ce qui est du chant des psaumes en particulier, il fut institué, dit S. Basile {In psaîm, i), pour enflammer notre cœur, et nous élever à Dieu par cette sainte harmonie, pour égayer nos esprits, pour nous fortifier dans nos faiblesses , et nous consoler dans nos peines. S. Ambroisenous apprend {Prxfat. in psalm.) qu'à l'exemple de David qui chantait dans le temple , les rois, de son temps, chantaient avec le peuple, les empereurs mêlaient leur voix dans l'église à celles de leurs sujets : Psalmus cantatur ab imperatoribus^ ;tthilatuT a populis,

L'évêque de Milan compare le chant de l'église aux flots de la mer, dont le flux et le reflux nous est représenté par cette multitude infinie de peuples qui viennent à l'église ; le bruit de ses vagues par les voix des hommes et des femmes, des vierges et des jeunes gens {Hexam. m. 5). S. Augustin, tout plein encore des émotions de son baptême, exprime ainsi l'effet que les chants sacrés produisaient sur son âme {Confess. ix. 6) : a Pénétré jusqu'au fond de l'âme des doux accents dont votre église retentissait, combien ai-je versé de larmes au chant des hymnes et des cantiques qu'elle a consacrés à votre nom : car votre vérité s'insinuant dans mon cœur, à mesure que le chant frappait mon oreille, je me sentais rempli d'une si ardente piété, que je fondais en larmes, et ces larmes étaient mon bonheur: Currebant lacrymXy et bene mihi erat cum eis, » S. Isidore de Séville dit que le chant à deux chœurs a été fait à l'imitation de celui des séraphins qui chantaient tour à tour, a//eradaWcrum.

Tout ceci donne une haute idée des chants de l'Église primitive et de la manière dont ils étaient exécutés. Mais plus tard des abus se glissèrent dans cette louable pratique ; la piété s'affaiblissant , le zèle des peuples pour les saints cantiques se ralentit aussi; l'ignorance du chant, l'inégalité des voix vinrent bientôt détruire cette belle harmonie. Alors l'Église se vit dans la nécessité d'interdire le chant au peuple, et d'instituer des chantres, qui paraissent même avoir constitué un des ordres mineurs. Car, en outre des noms de psaimistes et de chantres^ ils eurent aussi celui de confesseurSy comme on le voit dans le onzième canon

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du concile de Garthage; et ils sont désignés sous ce pom dans Pantique oraison du vendredi saint, inunédiatement après les portiers : Oremus..,. pro lectorilms, ostiariis, confessoribus.

On les appela ainsi , selon toute apparence, parce que chanter les psaumes, c^est confesser le nom de Dieu en publiant ses louanges : ConfUemini Domino quoniam bonus {Ps. cv. 1). Ces psdlmistes sont aussi appelés confesseurs dans le sixième canon du premier concile de Tolède tenu en ^00, lequel leur défend d^aller dans la maison des vierges et des veuves, sous prétexte de chanter avec elles à deux chœurs, si ce n^est en présence de Tévéque ou du prêtre : Nulla professa vel vidua^ absente episcopo vel presbyterOp in domo sua antiphonas cum cotif essore,.,, facial. On voit qu'ici encore le mot d'antienne est employé ][)our exprimer un chant en chœur. Nous savons par S. Sidoine Apollinaire (L. iv. ep. Il) que Claudien, frère de S. Mamert, évoque de Vienne, exerçait l'office de chantre ; il entonnait les psaumes, et marquait les leçons qui devaient être chantées en chœur : Psalmorum hic rnodulator et phona>scus.

Quoi qu'il en soit, nous voyons que cet ordre des chantres est institué par le concile de Laodicée (Can. xv) : Non oporlere amplius prœter eos qui regulariter cantores existunt. et qui de codice canunt, alios in pulpitum conscendere^ et in ecclesia psallere. t En dehors de ceux qui sontrégulièrement établis chantres, et qui chantent sur le livre, il ne faut pas que d'autres montent au pupitre, et chantent dans l'église, i

Cependant l'usage opposé à ce règlement se maintint quelque temps encore en Occident; on le voit par les témoignages que nous avons cités plus haut, de S. Ambroise, de S. Augustin, et aussi par celui de S. Jérôme qui {Epist, Ad Sabin,) nous représente les peuples accourant et chantant dans les églises aux vigiles des fêtes solennelles. Mais enfin, le chant exclusivement exécuté par les chantres ecclésiastiques ne tarda pas à prévaloir môme dans les Églises occidentales. S. Grégoire alla même jusqu'à l'interdire à la masse des prêtres et des diacres, et ordonna qu'à l'avenir les clercs inférieurs seraient seuls employés à cette fonction, de sorte que les chantres en titre chantaient les hymnes et les psaumes, tandis que tout le reste de l'Assemblée écoutait en silence. C'est encore ainsi que le chaut s'exécute dans la chapelle du souverain pontife et au chœur des grandes basiliques romaines.

II. — Mais quel était le caractère du chant ecclésiastique primitif? Socrate nous l'indique lorsqu'il dit {Hist, eccl, ii. 13) que S. Athanase, réprouvant une certaine mollesse qui s'était mtroduite dans la psahnodie, s'étudia à l'exclure de l'Église d'Alexandrie où elle s'était glissée, pour y rappeler le chant à sa gravité primitive,

si bien qu'ensuite les Alexandrins semblaieal réciter les psaumes, plutôt que les chanter, C'est S. Augustin qui nous fournit ce reoségnement si précis (L. x Conf, 33 j : Tarn modico fkxu vocis faciebat sonare lectorem psakn^ ut pronuncianti vidnior esset quam canenli, S. Isidore de Séville parle dans le même sen {Offic, I. 5). On sait que les donatistes faisaieil aux catholiques un grief de cette modestie du chant, et, en effet, celui de ces hérétiques imi* tait, par la violence des éclats de voix, k bruit assourdissant des trompettes, dit encore S. Augustin (Epist. cxix) : Quasi tubas infmmantes. Le chant devint donc si simple, qaH excluait presque toute espèce d'art. Mais cetti discipline dura peu chez les Grecs.

Les Latins, eux aussi , observèrent jusqu'à quatrième siècle la même simplicité dans k chant des psaumes, et S. Ambroise passe pou être le premier qui y ait alors introduit on certaine modulation. Mais, au temps de S. Âffl broise, comme nous l'avons vu^ le chant s*è tait déjà répandu partout dans l'Église latin et S. Jérôme se plaint ( Commitwt. epist. « Ephes, v) que déjà alors les chantres eussflfl mtroduit dans l'Eglise les modulations tbéi traies. Nous devons conclure de ce témoigna^ que S. Ambroise ne fit que réprimer cette luoi lesse efféminée ; autrement on ne s'expUquerv pas les pieuses émotions que S. Augustin éprcN vait à entendre le chant dans l'égUse de Miln

A Rome, plusieurs abus s'étaient ^&aâ dans la modulation des psaumes : le pape CM lase les corrigea au cinquième siècle {Gmâ Rom. ann. ^9^).

Mais, au sixième siècle, S. Grégoire inveni un nouveau genre de chant, inconnu aux il ciens, et qui fut appelé ptotn-c/uin/ et plustai chant grégorien^ du nom' de son auteur. CepontU voulut que les chants liturgiques fussent ex^ cutés sur un ton grave et naturel, et en exch les modulations théâtrales qui s'y étaient il troduites , car avant lui il n'y avait pas à règles, et les chantres se livraient complète ment à leurs capricieuses inspirations (Jou Diac. In Vit. S. Greg. 1. iv. 10. 19). D étaM donc à Rome une école de chantres, et ne oé gligea aucune occasion de faire adopter soi chant et sa méthode à toutes les Églises d'Oe cident. Les Églises d'Italie furent les preffii^ res à le recevoir ; et au huitième siècle il fit répandu dans toutes les Églises de l'empin d'Occident, en vertu d'un décret de Ûwtfi* magne {Capitul, an. 705. cap. 80), à quili pape Hadrien I avait envoyé un antiphonai^ romain noté de la main de S. Grégoire lui même, et de plus deux clercs de l'école de chantres de Rome, Théodore et Benoit, qui^ seignèrent à Soissons et à Metz le chant grf gorien dans toute sa pureté. Car, inlrodu

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éjà précédemment en France par le pape Ltienne 111 à la prière du roi Pépin, il s'était orrompu par le peu d'habileté et d'aptitude les chantres français, comme Longueval en ait l'aveu Hist. de V Église gàlUc, t. iv. p. kkk), Joe mission analogue à celle de Théodore et ie Benoit fut remplie pour l'Angleterre par un irtUcAon/re de l'école romaine, que le pape ^ithon avait envoyé dans cette lie pour enseijpser aux clercs anglais le cours annuel du chant, ymPimann%iumcainendi (Kircher. Deantiq, mus. L !.c. 9. — Beda. Hist, eccL Angl, 1. i. c. 18). ni. — Un passage de Cassien, cité plus haut, xouve que le chant des psaumes était en usage lans les monastères, comme dans les églises io clergé. Nous pouvons emprunter une autre ionnée à cet égard à une lettre de S. Paulin à fietrice de Rouen : Ubi quotidiano psalletUium m fréquentes ecclesias et monasteria conxiltt.... et cordibus delectantur et vodbus. Juelquefois les clercs et les moines chantaient insemble le môme office : c'est S. Sidoine qui MXB l'apprend (v. 17) : Monachi clericique WÊJmieines vigilias concelebraverant. 11 loue mm (qc. 3) Fauste, évoque de Riez d'avoir lansporté dans son Église le chant qui s'ob- ■mit à Lérins. Dans sa lettre au moine Rusieus, S. Jérôme lui reconunande de dire le liiime à son rang, et d'y rechercher plutôt la Iftiotion du cœur que la douceur de la voix. Jotel avis est conforme aux règles de Saint- Hi non, de Saint-Macaire , de Sérapion, qui défeniBotà tout moine de chanter, sans en avoir «ço l'ordre de l'abbé. D'après la règle de îiint-Aurélien, les moines doivent chanter l'un |vèi l'autre. Bientôt le chant à deux chœurs it aussi adopté dans les monastères ; c'est d'alès cette méthode, qui était suivie à Lérins, ne S. Agricole, qui avait été tiré de cette bkje pour être placé sur le siège épiscopal. 'Avignon, régla le chant de son Église. (V. Dur plus de détails Grancolas. Traité de Vof- » divin, p. 257.)

n na parait pas que le précepte de S. Paul, Misant aux femmes de faire entendre leur Kx dans Téglise, pour instruire, ait jamais l api^iqué au chant. Car nous voyons, dans • bujore de Damiette qu'elles y chantaient, tS. Grégoire de Nazianze loue sa mère de ce a'eUe garde un silence absolu pendant l'ofoe, et n'ouvre la bouche que pour chanter et Mtr répondre au prêtre qui célébrait : cette ipooae n'était autre que l'acclamation Atnen, ttitée par tout le peuple.

Les Cainlulaires (ii. 76) donnent encore aux ounes là permission de chanter aux inhumains, alternativement avec les honmies : les aunes entonnaient Kyrie^ et les fenmies rendaient (vi. 19<i) : Vifis inchoantibus mulieritqtàe respoièdentibus, aha voce catierc studeant.

Quant aux religieuses, S. Augustin (Epist. ccix), dans sa règle, leur recommande de chanter dans leur oratoire : t Dans l'oratoire, quand par des hymnes et des psaumes vous priez Dieu, ayez dans le cœur ce que vous prononcez de bouche , et ne chantez que ce que vous lisez devoir être chanté ; mai» ce que la règle ne prescrit pas, ne le chantez pas. > Plus tard, les canons de l'Église réglèrent cette matière : le second concile de Ghàlons-sur- Saône, en 813, prescrit aux religieuses le chant de l'office, de même que celui d'Aix-la- Chapelle, tenu en 816, l'ordonne aux chanoines : Sanctimoniales in monasterio cotistituta habeant studium in legendo^ in cantando^ in psalmorum celebratione, et horas canoniccis célèbrent, c Que les religieuses constituées en monastère s'appliquent à la lecture, au chant, à la célébration du psaume , et qu'elles célèlèbrent les heures canoniques. »

Nous ne devons pas pousser plus loin ce coup d'œil historique qui a déjà franchi les limites qui nous sont prescrites.

CHANTRES. — 1. — 11 y eut, dans l'Église primitive, des chantres, autrement dits psalmistes, qui paraissent avoir été regardés en certains lieux comme constituant un ordre mineur à part. 11 est avéré que cette qualité ne leur fut pas reconnue universellement, et que là môme oti elle l'était, ce ne fut que pour un temps ; autrement, cet ordre aurait persévéré comme les autres. Quelques savants, entre autres Bellarmin {De clericis, 1. i. c. 11), ont confondu les chantres avec les lecteurs. Mais ce sentiment ne parait pas fondé, car les documents anciens qui font mention des chantres, entre autres les Canons apostoliques (Can. Lxix), les Constitutions apostoliques (L. ii. c. 57), le concile de Laodicée (Can. xxiv), S. Ephrem (xciii. De secund advent.)^ la liturgie de S. Marc (Apud Fabric. Cod. apocr, part. III. p. 288) , les distinguent nettement les uns des autres. Justinien établit aussi cette distinction (Novell. III. c. 1), quand il atteste que de son temps l'Église grecque de Constantinople comptait vingV six chantres et cent dix lecteurs.

La nature des fonctions que les chantres exerçaient dans l'Église est exprimée par le mot grec OjcoSoXeîç (Socrat. Hist. eccl. 1. v. c. 22), qui veut dire fnonitores ou inspiratores^ ou encore suggestores, psalmi prsenuntiatores; ils entonnaient les psaumes, c'est-à-dire qu'ils prononçaient isolément la première moitié du verset, et que le peuple l'achevait. Prxcinebant cantores, dit Cotelier (/n Const. apost. loc. laud.), popûlus vero succinebat. Le nom de moniteur était donné, dans l'antiquité profane , à ceux qui prononçaient la prière à haute voix, au nom de tous, et nous voyons Tertullien,

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dans son Apologétique (C. xxx), faire aux fidèles un mérite de prier sans moniteur, parce que leur prière étant toute dans le cœur et spontanée, n^avaitpas besoin d'interprète.

II. — L'institution des chantres, comme ordre dans rÉglise, n'arriva guère que vers le commencement du quatrième siècle. Car si la liturgie de S. Marc qui en fait mention est antérieure à cette époque, comme l'observe Bergier (Au mot Chant ecclésiastique), elle ne peut l'être de beaucoup. Quoi qu'il en soit, c'est assurément le relâchement et la négligence qui s'étaient introduits dans l'exercice de la psalmodie, qui rendirent cette institution nécessaire. Établir des chefs de chant, c'était le meilleur moyen de rappeler la psalmodie ecclésiastique à sa pureté primitive. Les chantres reçurent alors le nom de cantores canonici, xavovixo\ ^aXzal , ce qui indique qu'ils furent inscrits dans le canon ^V. Canon] ou catalogue des clercs, et séparés ainsi du reste du corps de l'Église. (V. aussi l'art. Matricule,)

11 devint quelquefois nécessaire, en certains lieux, de faire exécuter le chant par les seules voix des chantres, afin de rétablir plus facilement l'ancienne harmonie, en forçant pour un temps ceux qui n'étaient pas exercés à écouter en silence , et à se former ainsi sur ceux qui étaient habiles dans l'art de la musique. C'est dans ce sens qu'on doit sans doute entendre ce canon du concile de Laodicée (Can. xv) : « Il ne faut pas que d'autres que les chantres canoniques, qui montent sur l'ambon et lisent sur le parchemin, se permettent de chanter dans l'église . » Bingham insiste beaucoup là-dessus, afin d'établirles droits du peuple chrétien dans la maison de Dieu ; mais nous n'avons aucune raison de nous inscrire en faux contre la coutume où furent toujours les fidèles de s'associer aux chants de l'Eglise. Tous les Pères attestent cet usage. ,

Ul. — Quelle que fût l'importance de la fonction de chantre dans la primitive Église, elle fut néanmoins toujours inférieure à celle des ordres mineurs proprement dits. Elle n'eut avec ceux-ci d'autres points de conformité que l'imposition des mains par laquelle elle était conférée. Mais elle en différait en ce que cette espèce d'ordination était administrée par un simple prêtre, tandis que les ordres mineurs avaient pour ministre ordinaire l'évêque ou le chorévêque. Ceci fut réglé par le quatrième concile de Carthage (Cau. x) : < Le psalmiste • peut, à l'insu de l'évêque, et par le seul ordre du prêtre recevoir l'ottice de chanter. Le prêtre se sert pour cela de cette simple form.le : « Fais en sorte que ce que tu chantes de ta « bouche, tu le croies du cœur, et que ce que « tu crois du cœur, tu le montres dans tes œuvres. » Cette faculté donnée au prêtre d'ordon-

ner les chantres à l'insu de l'évêque fut néanmoins, selon toute apparence, particulière ï l'Église d'Afrique..

Il ne parait pas non plus que la fonctioQ de chanter à l'église, même comme woniYfur, ait toujours été exclusivement réservée aux clercs institués ad hoc. Les monuments épigraphiques nous font connaître un certain nombre de diacres qui l'avaient exercée avec honneur. Nous empruntons ces citations au Bulletin archéakgique de M. De' Rossi (1863. p. 88). Tel est le diacre redemptvs du titre de Tigris, dansPépitaphe duquel le pape Damase a introduit cet éloge :

DVLCIA NECTAREO PROMEBAT MELLA CANCRE PROPHBTAM CBLEBRANS PLACmO MODVLAMINE iBHBlU

Voici l'éloge funèbre d'un archidiacre de l'Église romaine nonmié dkusdedit, qui virait vers le cinquième siècle :

HIC LEVITARVM PRIMVS IN OROINB VIVBNS DAVIDICI GANTOR CARMINIS ISTB FVIT.

Dans une inscription trouvée il y a pca d'années dans la basilique constantinienne de Saint-Laurent, le défunt dit de lui-même :

VOCE PSALMOS MODVLATVS ET ARTE DIVERSIS CECINI VERBA SACRATA SONIS.

On vit des chantres qui, parvenus à 1'^scopat, voulurent continuer à édifier le peuple par l'exercice de cet art dans lequel ib excellaient. Un éloge qui paraît être l'œuvrs de S. Damase fait lire, au sujet d'un évoque animé d'un tel zèle :

PSALLERE ET IN POPVLIS VOL VI MODVLANTB PBOPHWâ SIC MERVI PLBBBM CHRISTI RKTINBRB SACBRDOS.

IV. — Dès le sixième siècle, nous voyom les évêques instruire leurs chantres, soit ptf eux-mêmes, soit par des hommes habiles daof l'art de la musique ; et ceci donne la mesuff de l'importance qu'ils attachaient à cette pl^ tie si essentielle du culte extérieur. S. Grégoire de Tours avait établi dans son église UM école de chant ; c'est lui-même qui nous l'apprend [De mirac, S. Martin, i. 33). MaispW* sonne n'égala en ceci le zèle de S. Grégoire!» Grand. L'école de chant qu'il avait fondée à Rome et qui n'eut pas d'abord d'autre maitw que lui-même, existait encore du temps de son historien Jean Diacre {In Vit, S, GngX II. 6), et on peut dire qu'elle n'a pas cessé d'exister, bien qu'elle ait subi de nombreuse» modifications. C'est le collège de chantres çn exécute aujourd'hui encore le chant, soit à U chapelle Sixtine, soit dans les grandes basiliques, quand le souverain pontife y célèbre Itt saints mystères (V. l'art. Livres Hturgiqites^^^' Ce grand pape avait invité à son école tous Itt

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clercs des Églises d'Occident, afin quMls vinssent étudier sous sa direction et celle de son archichantre Fart de chanter les psaumes. Et comme il s*y rendit des élèves de l'Angleterre, des Gaules , des Espagnes , de l'Italie , le chant de tout l'Occident fut bientôt modelé sur celui de Rome. (V. l'art. ÉcoUs^ à la fin.)

Il y eut en Espagne des chantres qui s'absteoaient de toute nourriture avant de chanter, et qui ne mangeaient que des légumes, ce qui leur fit donner le nom de Fabaiii,

En Orient, ce furent d'abord les prêtres qui exercèrent les fonctions de chantres ; mais au moyen Age, on finit, dans ces contrées, par ordonner des eunuques lecteurs ou plutôt chantre^i, avec la charge d'exécuter la psalmodie dans les églises (Balsam. In c. iv conciL TruU. ft in c. xiii syn. aecum. vu).

CHAPE. — Ce vêtement, appelé aussi p/uiW, parce qu'il fut adopté par les prêtres, pour se préserver de la pluie dans les procesàoDs est très- ancien dans l'Église. La chai e n'était autre chose, dans le principe, que cette iacerna à capuchon ouverte par devant, et fixée sor la poitrine par une fibule, que les gens da peuple portaient à la pluie dans l'antiquité, et telle qu'un artiste du sixième siècle l'a donnée à S. Abdon et à S. Sennen dans une frcs- «jne du cimetière de Pontien (Bottari. Poin, »tt. tav. XLV. — V. aussi l'art. Abdon et Sm- •en). Bien que fort défiguré dans les chapes actuelles le capuchon est encore reconnaissable. Comme les autres vêtements vulgaires, celuici, en passant aux usages du culte, reçut des iBodifications et des embellissements successifs, œaisqui n'ont rien de commun avec l'antiquité.

CHAPELET. — I. — Dès les temps les plus reculés, et dans toutes les religions (Cicer. De •ot. deor. lib. ii), nous retrouvons l'usage de rtpéter souvent la môme prière. C'est qu'il est UBtinetif à l'homme de supposer qu'une prière ïwbtante a plus de pouvoir pour fléchir la ditinité qu'une prière isolée. Les enseignements èi christianisme sont venus donner raison à cet Btttioct; en vingt endroits de l'Évangile, Jésus- Christ assure que le cœur qui ne se lasse pas ^ prier obtient toiit ce qu'il demande.

L'homme qui, au milieu de la nuit, va de- ■Mder trois pains à son voisin pour apaiser la ttm de l'hôte qui lui arrive, n'obtient ce ser- 'jcc qu'à force de persévérance et d'importu- »té(Loc. XI. 8) : f Et si cet homme continue de fnpper , je vous assure que quand son voisin ne se lèverait pas pour lui donner du pain, paree qu'il est son ami, il se lèverait du moins i cause de son importunité, et lui accorderait tout le pain qui lui est nécessaire. » Au jardin

ANTIQ. CHRÉT

des Oliviers, le Sauveur lui-même répéta trois fois la même prière, et dans les mêmes termes Eumdem semionem dicens (Matth. xvi. 4^). Il n'est pas douteux que les apôtres et les premiers chrétiens répétaient souvent l'oraison dominicale , puisque , interrogé par eux , le Sauveur ne leur avait pas enseigné d'autres formules : Sic ergo vos orabitis: Pater noster.,., (Matth. VI. 9). C'était assurément la prière que, selon une antique tradition, S. Barthélémy redisait cent fois par jour avec autant de génuflexions.

Au reproche de superstition adressé à ce sujet aux premiers chrétiens, repoche renouvelé contre les catholiques par les novateurs, Lactance répondait {Instit, 1. iv. c. 28) : • S'il est bon de prier une fois, combien n'est-il pas mieux de le faire souvent ! Ce que vous dites à la première heure, pourquoi ne le diriez- vous pas tout le jour , etc. ? Les prières multipliées sont des mérites et non des offenses. • Si enim semel facere optimum est, quanta magis ssppius /...

Cette pratique se répandit surtout parmi les anachorètes des premiers siècles. Pour ne point interrompre le travail des mains qui leur était prescrit, et qui, au surplus, était leur seul moyen d'existence , ils apprenaient par cœur certaines prières, les psaumes principalement, et les redisaient un certain nombre de fois déterminé pour chaque journée. Pour ceux qui ne savaient pas lire, c'était l'oraison dominicale, ou d'autres formules, courtes et faciles à retenir ; et en les répétant à chacune des heures fixées par l'Église pour la psalmodie , ils s'associaient, de la seule manière qui leur fût possible, à l'office divin. Cette prière fut appelée pour ce moiiî psalterium Christi. (V. Alan. Apolog. ad Henric. episc, Tornacm.)

Palladius, disciple d'Évagre, raconte, entre autres faits de ce genre, que l'abbé Paul, qui habitait le désert de Scété , sur le mont Ferme, ne travaillait qu'autant qu'il était nécessaire pour gagner son pain de chaque jour, et qu'il passait le reste de son temps en prière, récitant les mêmes formules j usqu'à trois cents fois, tribut quotidien qu'il payait fidèlement à Dieu, dit Sozomène [Hist, eccl, l.vi.c. 29.— Pallad. Uifit. Lauaiac. c. xxin).

II. — Une telle pratique étant donnée , on comprend qu'un instrument, ou une méthode mnémonique quelconque était nécessaire pour compter ces prières. Aussi, pour n'oublier aucune de ces trois cents oraisons, qu'il s'était imposées, trecentas preces expressas et ptxstilutas^ ce même Paul avait-il sous un pan de son vêtement trois cents petites pierres, totidemhabens in sinu calculas^ et chaque fois qu'il avait prononcé une de ses prières, il jetait un de ces calculs, et in unaqaaque oratiofie jaciens

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unum caleuium. Le grec ^fk, ici traduit par calculus, désigne au propre ces petits cubes de pierre avec lesquels se faisaient anciennement les mosaïques, et qui généralement aujourd'hui sont remplacés par des pâtes de verre.

Que si un tel expédient était indispensable au saint anacborëte pour venir en aide à sa mémoire, il l'était bien plus encore à cette vierge qui, au témoignage de S. Macaire (Pallad. c. xxiv), récitait sept cents fois par jour la même prière. Et S. Macaire lui-même, bien qu'il ne répétât que cent fois la sienne, parce qu'il travaillait toujours en priant, n'aurait point pu remplir exactement cet office, sans le secours de quelque moyen matériel et sensible.

La pratique dont nous venons de donner quelques exemples, devint vulgaire non-seulement parmi les solitaires, mais aussi parmi les simples fidèles,

III. — Mais à quelle époque s'introduisit l'usage des couronnes ou chapelets proprement dits, se composant d'un certain nombre de grains percés et passés à un fil ou cordon, c'est ce qu'il serait bien difficile de déterminer. Les données que nous possédons à ce sujet ne remontent pas an delà des premières années du neuvième siècle. Dans le dixième canon du concile de Celcbyt, en Angleterre, célébré en 816, il est fait mention d'un objet nommé beltidum , que Spelman croit être le rosaire ou chapelet (Spelm. Ad concit. Brit, glois. t. i. p. ni). Traitant des prières qui devaient être faites à l'occaâioh de la mort d'un évoque ce canon porte que < chaque évëque ou abbé ré citera soixante psaumes, fera célébrer cent vingt messes , et réciter un btitidum de Patur noster (V. MabiUon. Prsf. ad lec. v Bentdtet a. 125), On voit qu'il ne s'agit ici que du Poler noster qui doit être récité un certain nombre de fois, selon la portée de l'instrument en ques tion, et non point de la salutation angél que dont la formule défimtive ne fut arrêtée qu au onzième siècle. (MabiUon. ibid.)

Uais que ce beltidwn corresponde à I objet que nous appelons aujourd'hui rosaire c est ce qu'il nous parait impossible de constater Le ca noniste anglais, poiu" étajer son opimon a re cours \ l'étyinologie, et veut que ce mot vienne du saxon bell qui signifie cingalum, ■ ce nture couronne, i Du Cange (Ad voc. Beltit) rejette cette interprétation , et affirme que le rosaire (Le mot et la chose) est postérieur déplus eurs siècles.

Ou ne saurait nier, cependant, que le mot beUidum ne désigne un instrument dest né à compter les prières, et il est avéré qu 1 éta t d'un fréquent usage au onzième siècle. A cette époque, en effet, les grands seigneurs avaient de ces beltida dont les grains étaient, dod de

bois, mais de pierres précieuses. Guil Malmesbury Q,ib. iv. c. k. Dapontif.

que Godève, femme du comte Léofri teur du monastère de Coventry (IM se distinguait par une grande dévotù la Ste Vierge, ■ sur lepoinlde mouri pendre au cou d'une image de Marie de pierres précieuses, ctrcuJu'» gei qu'elle avait enfilées à un cordon i avait coutume de rouler dans ses doi tant une prière en touchant chaque g de n'en point omettre , ul in sin^ufa tocfu, sittgulasorationetineipient, nom prxttrmituret. Les gemmes qui coi cette couronne étaient estimées ce.

d'ai^ent, au dire de Mabitlon (Jnn.

lib. LViii. n. 69).

Dans un curieux tableau , peint, se apparence vers le commencement c siècle , et représentant les funér S. Éphrem (V. BotWri. t. m. in init.

des moines qui portent des chapelets ou suspendus à leur ceinture.

Si nous en croyons le cardinal Ala véque de Malines au seizième siècle de ces couronnes existait déjà du I Bède, au septième siècle : on en suspe murailles des églises d'Angleterre, po vice du public(Alan. loc. laud.).

CHASUBLE. — 1. — La chasubl

ment dite plattàu, est ud vêtement s aujourd'hui fort réduit mais qui, dan c pe éta t assez ample pour envelo le corps de la tête aux pieds, commi 1 1« maison casuta C est la définit!

donne S Isdoro de Séville {Orig.

vêtu de ble, de\ lever le; ses bras les rejet épaules qui figi

qu est la reproduct on d une des plu nés mages de S G égoire le Gra sacramen a re de ce pape édité par nard. m fronte), représente asses t l'idée que les écrivains anciens nou de la chasuble primitive.

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Toutefois f il n'est pas tout à fait exact de dire que la chasuble était également longue dans toute sa largeur, circulatim ad pedes uMjue demissa (Georg. De liturg. Rom. pont. 1. 1. c. 24. n. 8. — Ferrari. De re vestiaria, c.xnyï); ce qui n'est vrai que de la chasuble des Grecs, comme on le peut voir par un spe- HfMn du Dictionnaire sacré de Macri (Ad voc. CoîMia), et par les nombreux exemples qu'en fournissent les diptyques grecs (V. Paciaudi. ïkctiU. S. Joan. Bapt. pi. en regard de la p. 260. et Gori. Tkes. vet. diptyc. passim.). Pour Église latine, les monuments les plus anciens loonent un démenti à cette opinion, devenue oïlgaire on ne sait trop pourquoi, et nous la nontrent taillée en pointe devant et derrière. Plusieurs mosaïques du sixième siècle (Et on ait l'exactitude de cette classe de monuments ous le rapport des vêtements), représentent les personnages vêtus de chasubles ainsi «hancrées, mais descendant jusqu'aux pieds. te citerons pour exemple celle de S. Apollilaire de Ravenne, qui se trouve reproduite, raprès Giampini {Vet. mon. ii. tab. xxiv), à Btre article Transfiguration, et où ce saint évolue porte une planète qui se rapproche beauoup plus de la forme moderne que de celle [ue décrivent certains textes anciens, pris à la ettre. Et ce qui nous autorise à penser que ette forme remonte très-haut, c'est que nous oyons sur un fond de coupe antique de la allection de Buonarruoti (Tav. xvi. n. 2), . Pierre et S. Paul , ainsi que le diacre Laurent, vêtus de planètes ou de pénules ' tenninant sur le devant en pointes fort gufe. Un chrétien en prières, sur un sarcotage antique, donné par Bottari (Tav. cxxxvi), >rte aussi une pénule toute semblable.

Ajoutons que, bien que l'usage exigeât que i chasubles fussent amples et taiares, on en marque néanmoins d'assez courtes, dans la )salque de Saint -Vital de Ravenne et du ime siècle que la précédente (Ciamp. ii. ni), sur les évéques Maximianus, Ecclesius, venis, Ursus et Ursicinus. La chasuble de int-Boniface de Mayence , remontant à une ttte antiquité, ressemble aussi à celle de intrApoUinaire. Et nous devons croire que tte forme varia peu dans les siècles suints; car la chasuble de Jean XII, dans la rieuse mosaïque de Saint-Thomas au Latran L De nacr. étdif, t. iv), et exécutée au ième siècle, est encore taillée sur ce moe. Cet intéressant tableau représente ce )e, déjà vêtu de la tunique et de la dalmai6, et abaissant la tête pour recevoir, des ins de ses clercs qui l entourent , la onasu- , exactement conforme au type en quesif et, de plus, parsemée de gammadia dans : le champ (V. l'art. /îammadia). La belle

chasuble de Saint-Rambert-sur-Loire , illustrée par M. l'abbé Boue (Lyon. ISkk)^ et qui parait être du onzième siècle , ne s'éloigne de cette forme qu'en ce que les extrémités en sont un peu arrondies.

Nous devons dire néanmoins que le plus grand nombre des monuments montre la chasuble selon le modèle ci -dessus; et les différences qui se font remarquer quant à la forme de ce vêtement sacré, tiennent vraisemblablement à la différence des coutumes locales. En ceci, comme sur une infinité d'autres points, il est impossible de tracer une règle inflexible. 11. — Avant d'être un vêtement sacré, la planète fut d'abord un habit profane commun aux laïques comme aux ecclésiastiques, et même aux femmes (V. l'art, penula). On rencontre dans les catacombes de Rome une foule de personnages en prières, orantes^ vêtus de pénules exactement semblables à ce que nous savons de la chasuble antique (V. Bottari. tav. cxx. b), et nous avons donné à l'article Prière {Attitude de tu) une orante copiée sur une magnifique planche de M. Perret (i. xxxiv), laquelle porte une planète presque pareille à celle de nos jours, quoiqu'un peu plus ample. Nous savons du reste positivement que c'était un vêtement vulgaire par Jean Diacre qui, en parlant {In Vit. S. Greg. Magni. c. lxxxiii) d'une peinture représentant les parents de S. Grégoire, Gordien et Sylvia, dit du premier : Cujus habitas.... planeta est. Tel est aussi le vêtement de S. Maximin, sur un très-ancien sarcophage de Marseille (V.i/onum. de Ste Madeleine, i. p. ^^2). Au fond, ce n'était que la penula, non pas la penula vulgaire (V. l'art, penula), mais cette penula plus ample, plus noble, qui s'introduisit parmi les personnes d'une condition élevée. Elles différaient l'une de l'autre par leur matière plus ou moins précieuse, et par leur forme plus ou moins élégante et plus étoffée : les plus riches fu,rent réservées pour les mystères divins. (V. Borgia. De cruce Velitema. p. lxxix.)

III. — Pendant bien des siècles, la chasuble ou planète fut commune à tous les ordres ecclésiastiques. Un ordre romain publié par Mabillon {Mus. Ital. ii. 85) porte que, à son ordination, l'acolyte reçoit la planète et V&rarium^ et une fresque du cimetière de Saint-Pontien (Bottari. tav. xlv), datant du sixième siècle, lait voir le diacre S. Laurent, comme dans le verre que nous avons cité plus haut, couvert du môme vêtement.

La chasuble ne fut mise au nombre des vêtements sacrés qu'après l'étole, et môme après l'aube, le colobium ou tunique précieuse, et la dalmatique. Il en est quesûon pour la première fois, comme telle, dans le vingt-septième canon du quatrième concile de Tolède,

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