MONUIEMS CHRÉTIENS ET DANS LES RITES DE
l'église. — De tout temps on attacha aux couleurs un sens symbolique. Dieu lui-même, dans l'ancien testament, avait prescrit la couleur des tentes des tabernacles, celle des vêtements des prêtres et des lévites dans l'action du sacrifice. Le christianisme s'est inspiré de cet exemple. Les Pères se sont appliqués à interpréter le sens symbolique des couleurs rappelées dans les divines Écritures, et les chrétiens de toutes les époques se sont conformés à ces interprétations, soit dans les peintures des catacombes et les mosaïques de leurs temples, soit dans leurs ornements sacrés, dont la coulenr varie selon les différentes solennités. S. Charles appelle ces couleurs les hiéroglyphes des secrets du ciel, et Baronius les regarde comme très-utiles pour exciter la piété des fidèles.
1. — Le blanc. Réunion de tous les rayons lumineux reflétés sans altération, le blanc est la eooleursymbolique qui convient principalement à la vérité, tinctura veritatis^ dit S. Clément d'Alexandrie {Pedag. 1. ii. c. 10). C'est pour cela qu'il est attribué :
1» à Dieu le Père qui est la vérité par essence, la vérité immuable, unique : aussi, dans la vision de Daniel (Cap. vu. 9), l'ancien des j<Mrsparalt-il en habits blancs comme la neige, et avec des cheveux blancs comme la laine la plus pure.
Cest parce qu*elle est blanche et brillante M même temps, que la manne est représentée «BBne le synîbole de la parole de Dieu (Orif«n. Homil. vu In Ejrod.) : Manna est verbum An; quid enim candidius^ quid splendidius eru- ^Wow dtrtna? Dans le même sens, S. Grégoire ^Nysse appelle la vérité évangélique, lilium Knuofiw (Homil. xvi In Cantic.)^ t le lis du discours. » S. Bernafd se sert aussi de cette fi- K«re (Serm. lxx In Cantic. ) : c La vérité est Tellement un lis, dont le parfum anime la foi, «tdont l'éclat éclaire l'intelligence. » Vere H- ^ eit Veritas, cujtis odor animât pdem^ splen- ^vMlectum illuminât.
2* k Jésus-Christ. Bien que , dans l'usage wdJMire de la vie, le Sauveur se servit pro- U)lement de vêtements vulgaires, il est en ^c quand il parait comme Dieu; ainsi sur le T^f (Marc. IX. 2), devant Pilate (Luc. xxiii. Il), dans la vision de S. Jean au commence- **ï^tde son Apocalypse (i. 13). Les monuments
le représentent en blanc quand il enseigne : exemples, un fond de coupe doimé par Buonarruoti (Vetr. p. 35. tav. v. fig. 3), les antiques mosaïques de l'Église des Saints-Cosme-et-Damien (Ciampini. Vet. monim. ii. tab. xvi), de Sainte -Agathe alla Suburra à Rome (Id. i. tav. Lxxvii), de la chapelle de Saint- Aquilin dans l'église Saint- Laurent à Milan (Allegranza. Monum. Milan, p. 12), etc. En un mot dans tous les monuments où il parait comme maître de la vérité, soit au milieu des docteurs de la loi, soit au milieu de ses apôtres. Il sera blanc, le trône où le Fils de Dieu siégera pour juger les hommes au dernier jour : Vidi thronum, dit S. Jean {Apoc. xx. 11), magnum candidum^ et sedentem super eum.
3° Aux anges. C'est avec des vêtements blancs que nous les montrent, l*' les saintes Écritures dans les différentes apparitions de ces intelligences célestes dont elles font mention : tels étaient, l'ange qui vint soutenir Judas Machabée contre Lysias (2Mach. xi. 8), celui qui se montra à Daniel sur les rives du Tigre, ceux qui annoncèrent aux pasteurs la naissance du Sauveur, aux Maries sa résurrection, et aux apôtres sur le mont des Olives son futur avènement comme juge des vivants et des morts (^c^ i. 10); 2» les monuments, entre autres las peintures et les mosaïques de la basilique Libérienne et de Sainte-Agathe àRome, de Saint-Michel et de Saint-Vital à Ravenne, et ailleurs. (V. Ciampini. Vet. monim. passim.)
La raison qu'en donne S. Denys l'Aréopagite (De cœlest. hierarch, cap. xv. p. 164. edit. Colon.), c'est qu'ils sont semblailes à Dieu : significare existimo Deiformas.
4® Aux saints en général. Par leurs œuvres, ils furent sur la terre des images vivantes de Jésus-Christ, et cette heureuse transformation s'est complétée dans le ciel (2 Cor. viii. 18). Dans le grand arc de la basilique de Saint- Paul hors des murs, on voit un grand nombre de personnages vêtus de blanc qui apportent des couronnes au pied du trône divin (Ciampini. Vet. monim. i. 231). Les uns qui ont la tête nue représentent, selon toute apparence, les Saints venus du paganisme, les autres qui ont la tête voilée sont les Saints du judaïsme. On peut voir le môme fait dans les mosaïquesde l'Église d'Aix-la-Chapelle bâtie par Charlemagne en 802 (Ciamp. Vet. mon. ii. tab. xli) et dans celle de Saint-Vital de Ravenne déjà citée.
5® Aux prêtres dans les fonctions sacrées. Dans l'ancienne loi, le grand prêtre Aaron portait une tunique, une ceinture et une tiare blanches; il en fut de même dès le principe pour les pontifes et les prêtres chrétiens, c'est ce que prouve surtout pour le quatrième siècle Benoit XIV dans son traité De sacrif. missx (P. 31. c. IV. S 2), d'après l'autorité de S. Gré-
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goire de Tours, de Fortunat et de S. Isidore de Séville. Plus tard, lorsque d'autres couleurs furent admises pour les ornements sacrés, le blanc fut toujours conservé pour l'aube, Tamict ; et même pour la planète, le pluvial, etc., aux fêtes de la Nativité, de TÉpiphanie, de Pâques, de la Toussaint, de la Chaire de Saint- Pierre à Antioche et à Rome , de celle de Saint-Jean-Baptiste, etc. (V. l'art. Vêtements des ecclésiastiques dans les fonctions sacrées.)
60 Aux catéchumènes, qui portaient des robes blanches pendant les huit jours qui suivaient leur baptême.
7« Au souverain pontife, qui est le représentant de Jésus-Christ sur la terre et l'infaillible dépositaire de la vérité; aux grandes solennités on ornait de draperies blanches la chaire où s'asseyait l'é vêque pour annoncer la vérité divine .
8° Chez les premiers chrétiens, comme chez les Juifs, on enveloppait de linges blancs la tête et les membres des morts. Dans un fond de vase antique (Buonar. tav. vii. fig. 1), Lazare ressuscité par Notre- Seigneur est enveloppé d'une draperie d'argent, tout le reste est doré. C'est ainsi que le ménologe de Basile représente les corps de S. Philarète (11 décembre) ^ et de S. Adauctus (iv oc/o6re). Nous trouvons encore la preuve de ce fait dans Sulpice-Sévère(rtï. S. Martini)^ et surtout dans le poète Prudence :
Candore nitentia claro Prstendere lintea mos est.
(/n. exeq. defuncti. v. 49. t. i. p. 72. edit. Parm.)
Le blanc est donc le symbole de la vérité^ dans Dieu par essence, dans l'homme par communication.
II. — Le rouge. Par sa ressemblance avec le feu, le rouge est le symbole de l'amour ardent et actif. Notre-Seigneur est appelé par l'Épouse du Cantique candidus et rubicundus (v. 10) : candidus^ en tant qu'il est fils du Père étemel, candor luds xternx {Sap. vu. 26), et splendor glorix Patris (Hebr. 1. 3); rubicundus^ parce que de lui comme du Père procède le divin amour. C'est pour cette raison que les monuments, tels que les mosaïques de Saint- Paul hors des murs (Ciamp. Vet, mon. i. tab. Lxviii), de Saint-André m Barbara (Id. i. Lxxxvi), de Sainte-Agathe in Suburra (Id. i. Lxxvii), etc., nous le montrent vêtu, tantôt d'une tunique, tantôt d'un pallium rouges, tantôt de l'un et de l'autre, parce qu'il y est représenté dans quelqu'un des actes de son amour infini, comme dans le dernier où il confère à ses apôtres la mission de porter dans le monde entier le feu sacré de la doctrine : Ignem veni mittere in terram, et quid volo nisi ut accendatur? (Luc. XII. 49.) Le monogramme du Christ,
comme rappelant son ardente charité pour les hommes, était brodé au sommet du labawn de Constantin sur un morceau de pourpre (Pnident. I Contr. Symm.); au temps de Bède (Ifùt. Angl. V c. 16), le saint sépulcre était peint en blanc et en rouge, comme ayant servi d'asile au corps de celui qui est par essence vérité et amour.
Parmi les anges que nous trouvons peints sur les monuments chrétiens, entre autres sur la voûte de Saint-Vital à Ravenne (Cmquième siècle) (Ciampini. Vet. mon. 11. 65), il s'en trouve quelques-uns qui ont les ailes rouges. On pense que ce sont les séraphins, dont le nom seraph signifie plénitude d'amour (Dionjs. Areop. De cœlest. hierarch, c. vii). C'est aussi le symbole de l'amour qu'il faut voir dans les vêtements sacrés , rouges en certaines solennités : l® aux fêtes des martyrs, dont le sanglant sacrifice n'est que la consommatioo de l'amour (Clément. Alexandr. Strom. lib.nr): un décret du pape S. Eutychien interdit d'ensevelir les restes des martyrs autrement que dans une dalmatique ou un co/o6tum rouges (Lu pi. THssert. ix) : Ut quicumque fàéxm martyr em sepeliret^ sine dalmatica atU cokb» purpureo niUla ratione sepeliret, 2*» à la Pentecôte qui est la fête de l'Ësprit-Saint dans lequel se personnifie le divin amour; 3° à la fête et à la bénédiction du S. sacrement le rit ambrosien adopte le rouge , parce qu'il considère ce mystère comme le chef-d'œuvre de l'amour de Jésus-Christ pour les hommes, tandis que le romain qui y voit surtout tnyiterium fidei^ se sert du blanc; k^ à la fête de la Circoncision, l'ambrosien , ainsi que le rit lyonnais , si vénérable aussi par son antiquité, emploient le rouge, parce qu'en ce mystère le Sauveur a donné aux hommes les prémices de son sang avec celles de son amour.
Si le rit romain au contraire emploie la couleur blanche, ce n'est pas sans un profond mystère. Il a en vue d'honorer Marie; car autrefois on célébrait deux messes en ce jour, l'une de la Circoncision^ l'autre de la Ste Viergt) et il en était ainsi du temps de Durand, écrivain liturgiste du treizième siècle. Et bien qu'aujourd'hui il n'y en ait plus qu'une, celle de la Circoncision , néanmoins , pour nous approprier la pensée de Sandini {Hist.famiLsaffcap. II. n. 4), l'office et la messe appartiennent toujours, en partie, à la Ste Vierge : Nvi^ quoque festi Circumcisionis officium et miss9 & parte ad Virginem pertivet.
Les vêtements des cardinaux sont rouges à cause de la charité et du souvenir de la pa^ sion de Notre-Seigneur dont leur cœur doit être toujours plein. Si les Grecs (Borgia. ^ cruce Vatic. p. 138. n. B) usent d'omemtfit* rouges dans les solennités funèbres, ainsi qtto
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i se pratiquait anciennement dans quelques ises des Gaules ; si le pape s'en ^ert aussi le dredi saint, c'est sans doute pour marquer Tamour est la source de la tristesse : la se se trouve ainsi exprimée au lieu de et.
II. — Le vert. Le vert est Tindice de la vie s le règne végétal. Aussi, les langues Tonts toujours employé par métaphore, et les arts iratifs dans un sens symbolique, pour déler la vie dans son état permanent. Cette leur est assignée aux anges, parce que, it de purs esprits, il y a en eux , selon Texssion de S. Denys l'Aréopagite (De cœlest. 'orch. c. XV. S 7) t quelques chose de Julie et de verdoyant, » juvénile quidpiam et ffu. Une miniature d'une Bible latine de la liothèque nationale de Paris (Portai. Des feurs symboUqv^, p. 192) fait voir tout un re d'anges faisant cortège à Jésus-Christ cdes auréoles de couleur verte. Dante donne si des vêtements verts et des ailes vertes aux iz anges envoyés chaque nuit par Marie ir garder la vallée du Purgatoire contre le pent infernal (Purgat, cant. viii. v. 28).
< Verdi, corne fogliette pur mo nate Erano in veste che da verdi penne Percosse traen dietro, e ventilate. »
Vertes comme les petites feuilles nouvellement s, étaient leurs robes ^ qui, agitées par les plui vertes de leurs ailes , flottaient par derrière et lient au vent. »
A couleur verte est employée pour signi- ' la vie de la grâce dont vivent les justes, même que, par la raison des contraires, la leur du feuillage sec est appliquée aux mé- DtsfEzech. XX. kl. — Apoc. ix. 4). Les ar- BS anciens et ceux du moyen âge ont trèsvent peint les Saints avec des robes vertes : t ce que Portai observe en particulier pour feao TÉvangéliste (Op. laud. p.. 210). La Vierge a été quelquefois aussi peinte avec vêtements de cette couleur (Id. ibid.)^ pour qoer soit la vie de la grâce qui ne s'éteignit lis en elle, soit le privilège qui l'affranchit a corruption du tombeau. Notre-Seigneur même s'est servi du symbole de la couleur ie pour signifier la vie essentielle de la iteté et de la justice : Si in viridi ligno /aciun/, in arido quid fief? {Luc. xxiii. 31) i l'on traite de la sorte le bois vert, que à-t-il du bois sec ? » Et Icis artistes lui ont tlquefois donné des vêtements verts, voulant MJtter qu'il est la vie par essence. (Quelques ^,qui demeurent toujours vertes, et partififerement des branches de laurier, ont été (^Qefois placées dans les urnes sépulcrales, •tt le corps du défunt, non point dans l'inntion de lui donner l'incorruptibilité, mais.
pour sigifier, comme dit Durand {De rit. ecdes. 1. vu. c. 25), c que ceux qui meurent dans le Christ, ne cessent pas de reverdir. » Qui moriuntur in Christo , virere non desinunt. Plusieurs verres peints (Buonar. tav. vii) et autres monuments font voir des arbres dans le sujet si fréquent de la résurrection de Lazare. Le cyprès, étant toujours vert dans son feuillage, et incorruptible dans sa partie ligneuse, a été souvent employé dans les monuments pour signifier tout ce qui est durable et immortel, entre autres, l'âme et la résurrection des corps (Aringhi. ii. p. 632). Le vert a toujours été le symbole de l'espérance, et Dante n'est que l'organe de l'antiquité quand il dit {Purgat. cant. xxix. vers. 121), en personnifiant cette vertu que ses chairs et ses os ressemblaient à l'émeraude :
L*a1tr'era corne se le carni e Tossa Fossero state di smeraldo fatte.
L'Église romaine a adopté le vert pour les vêtements sacrés de ses ministres pour les dimanches entre l'Epiphanie et la Septuagésime, et depuis le troisième après la Pentecôte jus qu'à l'Avent, parce que de toute antiquité ces dimanches furent consacrés à rappeler surtout les deux grands événements auxquels se rattache la vie du monde, à l'un la vie naturelle par la création qui commença en ce jour, à l'autre la vie de la grâce par la résurrection du Fils de Dieu qui eut lieu aussi à pareil jour.
La véritable liturgie ambrosienne prescrit que le voile dont on recouvre les autels après la célébration des saints mystères, soit de couleur verte. On donne de ce respectueux usage deux raisons différentes : il fait allusion ou à la vie de Jésus-Christ qui se perpétue dans la sainte eucharistie, ou à celle dont jouissent dans le ciel les martyrs qui reposent dans la pierre consacrée de l'autel. C'est sans doute pour les mêmes raisons que, dans le même rit, la pierre sacrée est revêtue d'une toile cirée coloriée en vert.
IV. — Le violet. Mélange de rouge et de noir, le violet a été adopté dans l'Église comme symbole de la pénitence, qui se compose d'un acte de douleur pour ce que nous souffrons (Et le symbole de la douleur est le noir), et d'un acte d'amour dans le motif qui nous détermine à vouloir souffrir (Et le symbole de l'amour est le rouge).
La vie de Jésus-Christ sur la terre n'ayant été qu'une longue pénitence, une respectable tradition ainsi que quelques reliques qui se vénèrent en plusieurs lieux tendent à prouver qu'il portait des vêtements violets. Les monuments anciens , entre autres la mosaïque de Saint-Michel de Ravenne (Ciampini. Vet. mof^.
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II. p. 63. tav. xvii) et celle de Saint-Ambroise de Milan (Ferrari. Afonum. délia hasil, de S, Am. brogio, p. 156), le représentent avec des vêtements ou des attributs de cette couleur. Par la môme raison, le violet a été quelquefois attribué à Marie, la mère de douleur, à Jean- Baptiste le prédicateur du baptême de pénitence (Ciamp. Vet, mon. i. tav. lxx), et aux anges quand ils sont représentés comme envoyés de Dieu pour rappeler les hommes à la pénitence , ou dans Pattitude d'une respectueuse compassion autour du Verbe incamé, Phomme des douleurs. De respectables traditions nous apprennent que les premiers chrétiens s'habillaient d'étoffes violettes en signe de pénitence, et on sait que les ecclésiastiques portèrent des habits violets dès la plus haute antiquité (V. Amico cattolico, giuguo, 18^6. p. 408); les abbés de l'ordre de Saint-Benoit portèrent cette couleur jusqu'à l'époque assez récente où ils adoptèrent le noir. Le voile des vierges dans l'antiquité était violet. Nous en avons pour témoin S. Jérôme , qui , dans une de ses lettres à Eustochium (0pp. edit. Veron. 1. 1. p. 96) , parle de ces voiles violets appelés mo/orfe, qui flottaient sur les épaules : Et super humeros hyacinthina lœna maforte volitans. On teignait en violet les membranes à écrire dès le temps du même Père {Ad Eustoch, ep. xxii), et cet usage s'est maintenu dans les siècles suivants pour les évangiliaires , rituels et autres livres liturgiques (Mabillon. Sasc. iv Benedict. pars i.) L'Eglise qui dans tous ses rites parle aux yeux pour arriver au cœur, prescrit l'usage du violet pour ses ornements sacrés dans les temps consacrés par elle à la pénitence.
COUKOXNE. — Dans le style des saintes Écritures, dans celui des écrivains des premiers siècles, aussi bien que dans le langage figuré des monuipents primitifs, la couronne est un emblème de victoire et de récompense. Le point de départ de cette doctrine est ce passage de V Apocalypse (ii. 10) : Esto fidelis usquead mortem, et dabo tibi coronam vitx. « Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. »
1» Le plus souvent, la couronne désigne le martyre, c'est le langage habituel des actes et des martyrologes. Les actes de S. Polycarpe, monument si vénéré de l'antiquité, disent qu'il fut couronné de la couronne incorruptible ; et ceux de S. Genès : Martyrii coronam capitis obtruncaiione promeruit. « 11 gagna la couronne du martyre par la décapitation, i S. Cyprien appelle constamment les martyrs coronandos, corons proximoSy coronatos. S. Gaudence de Brescia {Serm. in xl mart.) nous représente les quarante martyrs contemplant.
pendant leur supplice , la couronne qui brillait pour eux au ciel, et ajoute que l'un d'eux, maoquant de courage, perdit la vie (étemelle) el avec elle la couronne. Couronne et martyre étaient synonymes dans la primitive Église : si bien que Prudence, composant des poèmes sur les martyrs, les intitule «EpCareçawwv , Decoronis ; et que le pape Honorius I^' donne le nom des Quatre- Couronnés h, Véglise qu'il élère à la gloire de quatre martyrs.
De là vient que nos pères ornaient de couronnes, d'abord la croix , cet étendard de la victoire du Chef divin de tous les martyrs (Paulin, ep. xii Ad Sever.) :
Cnicem corona lucido cingit globo ;
et que, voulant aussi désigner symboliquement le triomphe remporté par les héros chrétiens, ils suspendaient, ou simplement représentaient sur leurs tombeaux des couronnes de laurier, de palmes , de fleurs , ou de métaoi précieux.
Il faut dire néanmoins que cet usage n'est pas tout à fait primitif dans le christianisme. Il ne fut adopté par nos pères que lorsqu'il ne put plus être regardé comme une imitation des superstitions idolâtriques. Auparavant les Pères, entre autres S. Justin et Tertullien le réprouvent comme indigne d'un chrétien; nous aimons surtout à citer ce curieux passage du dialogue de Minucius Félix (Pag. 347. edit. Ouzel. Lugd. Batav. 1672), où Octavius répond à Cecilius qui reprochait aux fidèles cette abstension comme un crime : c Si nous ne couronnons pas notre tête de fleurs, excusez-nous, notre odorat n'est point dans nos cheveux; nous ne mettons pas de couronnes sur les morts, et nous avons lieu de nous étonner du reproche que vous nous en faites. A quoi leur serviraient les fleurs s'ils n'ont point de sentiment, et, s'ils en ont, pourquoi les livrei-rous aux flammes ? Et d'ailleurs, qu'ils soient heureux ou malheureux, les fleurs leur sont également inutiles. Nos funérailles se font avec la même simplicité qui nous a distingués durant la vie. Nous ne couronnons pas les morts de fleurs qui sont bientôt fanées, mais nous attendons de Dieu môme une couronne incorruptible. » La simplicité des tombeaux chrétiens du premier âge est tout à fait en harmonie avec cette doctrine, qui ne devait se modifier qu'^ la faveur de la paix. Alors seulement la piété pour les morts et surtout pour les restes des martyrs devait prendre un libre essor et se manifester par l'emploi des décorations triomphales qui font l'objet de cet article.
2° On voit quelquefois, particulièrement dans les vieilles mosaïques, une main, qui est Tbié' roglyphe de Dieu le Père (V. Part. Dieu) déposer ou tenir suspendue une couroime, sur 1^
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tête d'un martyr, sur celle de Ste Euphémie par exemple (Ciampini. Vet.mon. ii. tav. xxxv) ou sur celle de Ste Agnès (Id. ii. xxxix.) Telle est aussi la fresque de Saint-Pontien (Bottari. tâT. XLV) qui représente Dieu couronnant de fleurs S. Abdon et S. Sennen (V. la figure de rart. Abdon et Sennen) ; tels encore ces nombreux fonds de coupe où Notre-Seigneur dépose de chaque main une couronne sur la tête de deux Saints, de S. Pierre et de S. Paul, par exemple , de S. Paul et de S. Timothée. J. Buonarr. passim. — Garrucci. Vetri con figurt in oro. tav. xxiii et passim.) Quelques moimaies byzantines, celles d*Arcadius, par exemple, d*Eudoxie, de Pulchérie et d'iElia Zénonide, font aussi voir une main tenant une couronne au-dessus du buste impérial.
Doit-on reconnaître un emblème analogue sur une pierre tumulaire (Aringhi. ii. 678) où un poisson porte à la bouche une couronne ? N'est-ce point Jésus-Christ, le divin poisson qui présente la couronne au martyr enseveli sous cette pierre? M. Perret (m. pi. xxrv) donne après d'Agincourt une fresque figurant le couronnement d'un martyr par deux personnages qui, selon toute probabilité , ne sont autres que Dieu le Père et Dieu le Fils. On observe aussi sur un médaillon de plomb , publié par le P. Lupi {Dissert, e lett, i. 197) un bras plaçant une couronne sur la tète d'une femme qui est le symbole de Tàme de S. Laurent s'édiappant de son corps représenté expirant sur le gril. Quelquefois, le buste même du martyr ou du fidèle est renfermé dans une couronne (V. Aringhi. ii. 678); le buste d'un guerrier ainsi couronné (Id. p. 2kk) est, en outre, environné de deux Victoires ailées, et de deux jeunes gens dans des quadriges, portant aussi des couronnes et des palmes. On ne saurait exprimer plus énergiquement le triomphe d'un martyr. C'est quelquefois l'épitaphe qui est tracée ^ centre d'une couronne. Tel est le titultis <i'une vierge nommée Victoria (Perret, v. pi. lx. IS); et ici la couronne pouvait renfermer une <looble allusion à son nom et à sa mort généreuse.
Ces emblèmes de victoire sont variés à l'infini. Ainsi la voûte d'une crypte du cimetière ^Priscille (Bottari. tav. clxxiv) présente qua- ^ couronnes au centre desquelles se trouve ttie colombe ayant à son bec une branche d'olitier : c'est l'union du symbole de la victoire atec celui de la paix qui en est le fruit ulténeur. Il y a parfois une seule couronne, platée entre deux martyrs, S. Pierre et S. Paul, parexemple (Buon. x. seqq.), et dans un fond ^ coupe fort curieux (Id. xvi. 1), les deux ap6tres semblent s'entretenir de la couronne qui les attend, car ils fixent leurs regards sur telle qui est suspendue au milieu d'eux, selon |
le conseil que S. Paul donnait aux chrétiens d'avoir toujours, pour s'encourager dans les épreuves, les yeux dirigés vers la couronne immortelle (2 Tim. rv. 8 et passim).
On rencontre de temps en temps la couronne accompagnée de la palme, comme sur les tombes de Sabbatius (Buonar. Vetri, 167), d'Antonia (Lupi. Epit. Sev.) d'Eucarpia (Perret, iv. 18); ou encore de la croix, et alors, selon S. Paulin (Ep. xxxii. Ad Sever.)^ l'union de ces deux symboles exprime collectivement le mérite et la récompense :
Sanctorum labor et merces sibi rite cohaerent, Ardua crux, pretiumque cnicis sublime corona.
(c Le labeur des Saints et leur récompense sont étroitement unis; la rude croix, et la couronne, prix sublime de la croix (Constamment portée). »
Le môme tombeau est parfois décoré de plusieurs couronnes, ce qui exprime les mérites divers acquis par le martyr, et semble la traduction figurée de ce curieux passage de S. Bûcher au sujet des martyrs de Lyon {HomiL De S, Blandina) : Cruciatibus afflicti, suppHdis explorati, S3pvis ignibus decocHj quantas susceperunt in corpore pcenas, tantas in spiritu perceperunt œronas, « Afligés par les tourments, éprouvés par les supplices, grillés par des feux cruels, autant ils ont supporté de peines dans leur corps , autant ils ont reçu de couronnes dans leur âme. » C'est ainsi que Ste Agnès est représentée dans un verre doré (Buonar. xviii. 3) avec deux colombes qui lui offrent chacune une couronne, celle de la virginité et celle du martyre; c'est ce qu'exprime Prudence dans de beaux vers {Peristeph. xiv. 7) que nous avons cités ailleurs (V. l'art. Agnès [Ste]).
Z"* On donnait aussi le nom de œuronnes à certaines lampes qui en présentaient la forme et qu'on suspendait près des tombeaux des martyrs (Aringhi. ii. 676). Telle était celle que Constantin avait placée devant le corps de S. Pierre (Anastas. In Sylvestr,). telles encore celles que l'on distingue au centre des arcs des basiliques peintes en miniature dans le ménologe de Basile, et en particulier devant l'image de S. Vincent {Menol. Basil, xxii jan.). Les anciennes mosaïques, entre autres celle de Saint-Apollinaire de Ravenne (Ciamp. Vet.mon. II. tab. xxiv) font voir des couronnes ou lampes de cette sorte suspendues sur la tête des Saints, placés eux-mêmes dans des niches.
k*' Il existe une classe de représentations à part, que les antiquaires appellent ablations, et qui se voient dans une foule de mosaïques de la plus ancienne époque. Ce sont des martyrs, des apôtres ou d'autres personnages qui portent dans le pan de leur manteau des couronnes d'or, qu'ils offrent à l'Agneau, ou au Rédempteur sous sa forme humaine, ou bien
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encore à un siège vide qui le représente. G^est ce qu'on peut voir notamment dans les mosaïques de Sainte-Marie in Cosmedin^ et de Saint> Jean in fonte de Ravenne (Ciamp. Vei, mon. n. tab. XXIII. l.p. 234).
5« Malgré tout ce que nous venons de dire, on ne saurait affirmer que toutes les couronnes qui se rencontrent en nombre infini sur les monuments funéraires de TÉglise primitive désignent invariablement le tombeau d'un martyr. Elles sont souvent placées sur les restes de confesseurs et môme de simples fidèles : car, même sans Peffusion du sang, la sainteté est une victoire, qui, elle aussi, a sa couronne dans le ciel (V. Part. Confesseurs),
Non parla solo sanguine Omat beatos purpura :
Sont incruenta, quse suos Habent triumphos prœlia.
{Commun des justes dans le bréviaire.)
Ainsi, nous savons par S. Grégoire de Tours que des couronnes étaient fixées au tombeau de S. Martin (L. i. c. 2), et la chronique du Mont-Gassin (Lib. m. c. 3) mentionne un fait semblable pour le sépulcre de S. Benoit. Aussi, aux yeux des antiquaires les plus sûrs, ces couronnes ne valent-elles, comme preuve du martyre, qu'autant qu'elles sont accompagnées d'autres marques incontestables , telles que le sang, ou les instruments de supplice.
Les empereurs chrétiens distribuaient à leurs soldats des couronnes de laurier, ornées du monogramme du Christ (V. Aringhi. ii. 672\ pour leur faire comprendre (Baron. Àd ann. 351. n. 1) qu'ils recevaient des couronnes, non pas d'Apollon, comme le supposait l'ancienne superstition, mais de Jésus-Christ, seul dispensateur de la victoire.
COURONIVEMENT D'ÉPINES. - V. l'art. Passion, n. II. 2.
CROIX. — I. — Les antiquaires distinguent trois principales formes de croix (V. Bosio. De cruce triumphante) :
l» la croix qu'ils appellent decussata, en forme de X, et vulgairement connue sous le nom de croix de S. André, parce que la tradition rapporte que telle aurait été celle où fut crucifié cet apôtre (Sandini. Hist. apostolic, p. 130).
2» La croix dite commissa^ ou patibulata (Gallonius. De martyr, cruciat. — Lips. et Gretzer. De cruce) , imitant la lettre T, qui, chez les gentils, était un symbole de vie, de félicité, de salut. Ce motif a pu contribuer à faire adopter cette forme dans quelques monuments antiques; mais la principale raison de cette préférence, c'est que, d'après une tradition fort accréditée , la croix du Sauveur
aurait été une croix en T, et qu'en effet, écrivains anciens la désignent fréquemm sous le nom de tau ( Paalm. Epist. xxiv. et Not. 118 Rosweid.). Des reliquaires sixième siècle, du trésor de Monza (Y. lA zoni. Tav. cron. vu. 79), sont ornés de crue émaillés dont la croix est en T. La croix c christ dérisoire , tracé par la main d'un p: sur une muraille du palais des Césars au latin, et récemment découvert, affecte a cette forme, et une petite baguette est plai au milieu de la traverse pour soutenir le l (V. l'art. Crucifix^ et la figure de Part. lomnie). Ce singulier monument qui d pense-t-on, du troisième siècle, confirme qu'à un certain point la tradition dont nous nous de parler. On trouve des croix de c espèce tracées sur des tombeaux antiqi et quelquefois le T est accosté de l'A et Tu. On voit quelquefois la croix en T ployée comme symbole au milieu du nom ( défunt dans les inscriptions sépulcrales, coi on y" rencontre aussi le *i^. Ainsi en est-il un marbre du troisième siècle trouvé nag au cimetière de Galliste : iretne (De' R Bullet. 1863. p. 35).
Nous ne saurions pourtant dissimuler adoptant en cela le langage figuré des anci et des Égyptiens en particulier, les pren chrétiens n'aient pu quelquefois employa T sur les sépulcres comme le signe hiéro phique de la vie future. On sait que ce s était fixé sur la penula de S. Antoine, qui rissait déjà avant la conversion de Consta Or, S. Antoine était Égyptien.
30 La croix dite immissa, -j-, qui est la f( \ ulgaire , la seule qui ait prévalu jusqu'i jours dans les pratiques de l'art et du cul L'opinion la plus commune est que l'ini ment de notre rédemption fut une croii missa^ et cette opinion s'appuie sur le té gnage d'un grand nombre de Pères. S. b décrit ainsi la croix (L. 11. c. 24) : Hal fines j et summitates habet quinque; dw longitudine^ duos in latitudine, unam in m S. Augustin {Enarrat. in psalm. cm) est explicite entore : Erat latitudo, in qua recta sunt manus : longitudo a terra sur in qua erat corpus infixum; altitudo ab ill vexo ligno sursum quod eminet. « Il y la largeur, sur laquelle les mains étaient dues; la longueur s'élevaut de terre, « corps était fixé; la hauteur qui domin sommet de ce. bois croisé. * Nonnus dit Lips.) que le Ghrist mourut in ligno quai tero^ tlç Bbpu T£Tpa7cX£uctfv. On trouvera dans zer beaucoup d'autres passages de Père deux Églises attestant le môme fait.
Dans l'antiquité, la croix, comme instru de supplice, était généralement basse I
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XXI. 10. — Vopisc. In Aurelian. Hist. aug. I. — Apul. De asin, aur, 1. vi. — Euseb. . eccL V. 20.) Cependant, par exception, il i eut quelquefois d'une grande élévation, exemple, celle de Mardocbée (Esther. vi. qui avait cinquante coudées de haut. Suéi atteste aussi que Galba faisait attacher ains criminels à des croix fort élevées. Il it donc pas étonnant que quelques Pères xt enseigné que la croix de Notre-Seigneur it plus haute que celle des larrons. C'était t ancienne tradition dont S. Jean Ghry sosie est Pun des principaux organes (Homil. fi ct^. I Epist. 1 ad Cor.), et à laquelle les istes anciens se sont constamment confors. On le peut voir en particulier dans quel- » vieilles mosaïques, et sur une antique onne qui se trouve près de la basilique de nt-Paul hors des murs, et qui, dans les uniers siècles, était destinée à soutenir le fge pascal (V. Ciampini. Vet. mon, i. tab. f. H). Il faut dire cependant que ce sysne, s'il était adopté, rendrait un peu inexcable rhésitation de Ste Hélène à discerner Dstrument de notre rédemption parmi les lis croix qu'elle découvrit sur le Calvaire. II.- Dès l'origine de l'Église, les chrétiens tressèrent pour la croix une profonde véné- 1io&, et lui rendirent un véritable culte, mreHgiosi (TertuU. Apol. xvi). Mal inter- :été, ce culte fit accuser les disciples de Jé- »• Christ de regarder la croix elle-même Mnme une divinité qu'ils adoraient ainsi que s païens adoraient leurs idoles (Minul. Fel. tfw. p. 86. edit. 1672.— V. l'art. Calomnies, .U.C).
n est surabondamment démontré que la croix (t le véritable signe du Christ, dont les chréens se munissaient dans toutes les circon- »nces de la vie (V. l'art. Signe de la croix), et Q était employé surtout dans l'administram des sacrements, dans la confirmation en irticulier, dont la formule sacramentelle, montant à la plus haute antiquité , signum iMsn in viiam atemam, s'est conservée jus- Tà nos jours {Sacram. Gelas, ap. Thomas. ?p. t. VI. p. 76)
Mais les chrétiens eurent-ils dès les preiers temps des représentation^ matérielles i la croix, ou bien à quelle époque commeninntrib à s'en faire des images peintes ou iolptèes? Voilà une double question à laquelle
serait difficile de répondre avec quelque rteision.
11 faudrait, selon nous, distinguer entre les ^ portatifs et les monuments proprement tiU. Quant aux premiers, peu volumineux de '^nature, faciles à soustraire aux recher- ^ ot aux profanations des païens , tels que wliquaires, bijoux, lampes, etc., il nous parait
difficile de supposer que les fidèles se soient abstenus d'y retracer la figure de la croix , si chère à leurs cœurs, si vulgaire dans les rites du culte public, comme dans les pratiques de la piété privée. Mamachi (m. kl) aifirme, malheureusement sans donner ses preuves, que, du temps de Septime-Sévère, de riches chrétiens portaient déjà des anneaux ornés du monogramme du Christ et de la croix ; il existe des pierres annulaires antiques où la croix est gravée (V. Perret, iv. pi. xvi. 7^), et le style de plusieurs semble les faire remonter bien avant Constantin.
Nous savons, par les actes du second concile de Nicée (Act. iv), ainsi que par le témoignage de Nicéphore (L. vu. c. 15), que le martyr Procope, qui a souffert sous Dioclétien, se fit faire par un orfèvre de Scythopolis une croix moitié or et argent, qu'il portait suspendue à son cou. On cite un fait analogue du soldat chrétien Oreste, qui vivait sous le môme empereur (Act. ap. Surium. xiii dec).
S'il s'agit des monuments publics, voici le résultat des observations de M. le chevalier De' Rossi {De tit. Carthay,), l'homme le mieux placé pour être bien renseigné sur cette question. Aucun monument de date certaine ne présente, avant le cinquième siècle, la croix immissa -}-, non plus que celle que l'on appelle grecque -f-. Un seul exemple de la croix en tau , et rapporté par Boldetti , se rencontre sous la date, marquée par les consuls, de 370. Sur les sépultures , spécialement, la croix nue ne parait pas avant le milieu du môme siècle : celles qui s'observent si fréquemment dans les catacombes avaient été, toujours d'après le savant antiquaire romain, tracées dans des temps relativement modernes par la main plus pieuse qu'intelligente des pèlerins qui allaient en ces lieux sacrés vénérer les tombeaux des martyrs. Cependant les catacombes n'ont pas encore dit leur dernier mot à cet égard, et le cimetière de Saint-Galliste en particulier semble réserv er à son illustre explorateur des données propres à modifier son opinion. C'est là tout ce que d'amicales confidences nous permettent de dire , jusqu'au jour où M. De' Rossi publiera lui-môme ses découvertes, qui lui appartiennent par droit de conquête. Que si l'on prend le signum curisti dans un sens plus large, et qu'on y comprenne les divers monogrammes, qui ne sont que des formes plus ou moins dissimulées de la croix, il faudra remonter jusqu'à Constantin (V. l'art. Afonogramme du Christ), et souvent les textes anciens désignent le monogramme sous le nom de croix, ce qui peut donner lieu à bien des méprises.
On verra à l'article Monogramme du Christ par combien de phases la croix passa avant de pouvoir se montrer ouvertement. Elle revêtit
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successivement des formes plus ou moins dissimulées, dont celle-ci est probablement Tune des plus anciennes :
En fixant le cinquième siècle comme l'époque de la première apparition de la croix proprement dite, l'illustre chevalier De' Rossi a sans doute voulu parler des monuments encore subsistants aujourd'hui ; car, si nous ne nous abusons, nous croyons qu'il existe des textes qui en relatent des exemples plus anciens. Ainsi, S. Zenon de Vérone (Lib. i. tract. Ik, n. 3) qui monta sur le siège de cette ville en 362, atteste avoir placé une croix en forme de tau sur le faite d'une basilique qu'il avait bâtie : m modum tau litterx prominens lignum. Dans un dialogue pastoral, Endelechius, poète aquitain de la fin du quatrième siècle, fait dire à un berger chrétien que le moyen le plus sûr de garantir les animaux de la peste, c'est de placer entre leurs cornes la croix du Dieu qui est dans les grandes villes Vobjet d'un culte exclusif.
Signum, quod perhibent esse crucis Dei Magnis qui colitur solus in urbibus.
(V. Collombet. Hist. des lettr. lat. aux quatrième et cinquième siècl. p. kk,) Peut-être faut- il dire que la croix parut plus tôt dans certaines provinces oiîi le christianisme fut plus tôt émancipé qu'à Rome , et M. De' Rossi le fait remarquer pour l'Afrique, et pour Carthage en particulier, qui, dès le quatrième siècle, fournit des marbres munis de cet auguste signe (Op. laud.).
On a observé, non sans raison, que la croix fait son apparition sur la monnaie publique dès le quatrième siècle, sur les médailles de Valentinien I", par exemple, qui mourut en 375, et nous l'avons vue nous-même sur des pièces bien antérieures, c'est-à-dire sur des petits bronzes de Constantin frappés à Aquilée et à Trêves. fV. notre Étu^e archéol. sur V Agneau et le Bon-Pasteur, p. 8. ) Mais c'est, dit-on, la croix ansée égyptienne : de l'Egypte oii les chrétiens enadoptèrent de bonne heure la forme, elle se serait répandue dans les villes qui, comme Aquilée, avaient de fréquentes relations avec cette contrée. (V. Gavedoni. Medaglie Constant con Veffigie delta croce.) C'est bien aussi , pensons-nous, une croix proprement dite, et une croix d'or, que le même Constantin fit placer sur le tombeau de S. Pierre au Vatican : Fedt crucem ex auro purissimo pensantem libras cl
{Anastas. In Sylvestr. xxxviii. 10). Ne décora-t pas encore le plafond de la principale pièce ( son palais de Gonstantinople d^une croix d' ornée de pierreries? (Euseb. De vit, Const.lï c. ^9.) Enfin on voit Notre-Seigneur appu; sur une croix gemmée dans les sculptures d sarcophages de Probus et de Proba, monume qui doit être un peu antérieur au cinquièi siècle, Probus étant mort vers l'an 395. ( Bottari. tav. xvi. ) Deux croix gemmées fleuries peintes dans une crypte du cimetiè de Saint-Pontien (Bottari. tav. xliv-xlvi), pî sent pour dater du règne de Constantin (B detti. 353), ou de l'époque de peu postérieu où l'on transféra en ce lieu les restes c SS. Abdon, Sennen et Pigmenius, qui soi frirent sous Julien.
Du temps de S. Paulin de Noie, il y av déjà dans les églises des croix peintes da des couronnes ( Epist. ad Sever, xii ) ; il existe dans les vieilles mosaïques, dans ce de Saint- Vital de Ravenne, par exemple (V monim. ii. p. 69) : au sommet de l'arc se deux anges au vol, tenant une couronne centre de laquelle brille une croix gemmée, en est de même sur certains diptyques du ci quième siècle (V. Calogera. t. xl. p. 294). i commencement de ce même siècle , on port déjà la croix dans les processions, témoin lac rémonie de ce genre qui eut lieu à Constan nople en l'honneur de S. Pierre, sous le pa Jean, qui vivait en 400 (Anastas. Biblioth. Joan. /). Valentinien III et son épouse Licii Eudoxie, un peu avant le milieu du cinquièi siècle, portent la croix sur leur diadèmi comme on le voit dans les médailles (Bandui II. p. 536). C'est, à notre connaissance, le pr mier exemple qu'on puisse citer en ce genr (V. la médaille d'Eudoxie à l'art. Numim tique, n, III.)
Dès le sixième siècle, les consuls comme: cèrent à porter la croix sur leur sceptre : h des plus anciens exemples qu'on en puis citer est fourni par le diptyque de Basile jeune, consul en 541 (Gori. Thesaur. diptyt t. II. tab. xx).
La croix sur les tombeaux fut de boa heure un attribut du martyre (Que les crc qui s'y trouvent tracées l'aient été du tem des persécutions, ou après, peu importe). Ce ne signifiait pas que tous les Saints auxqa( on décernait cet honneur eussent souffert supplice de la croix, mais seulement que toi quplqu'eût été leur genre de mort, avaie souffert pour l'amour de la croix et du Cr cifié. Ainsi, les monuments antiques représe tent S. Laurent (Bottari. tav. cxcviii. n. 1. Ciampini. Vet. mon. i. tab. lxvi. fig. 2), d'autres martyrs encore, portant une croi bien qu'ils eussent trouvé la mort dans
itre supplice. Cest ce qu'exprime nt très-bien ■s Ters de S. Paulio (Ep. ïxxii. Ad Sever. 7):
L> croix est l'un des principaux attributs de . Pierre , notamment sur !es sarcophages ?oggiiii. De Roman, itin. D. Peiri. p. 478), lais probablement dans un sens plus étroit ne pour les autres martyrs, puisqu'il mourut, mme sou maître, sur la croix.
Les premiers chrétiens voulaient avoir des nages de la croix partout :
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ufGa {Bist. eixl. I. ii. c. 29) dit que les babîmts d'Alexandrie, k la place des images de inpis qu'ils avaient détruites, peignaient le gne de la croix sur les portes, les fenêtres, s murailles, les colonnes de leurs maisons. lUcD l'Apostat ayant reproché cette pratique mme un acte d'idolAtrie à S. Cyrille d'Amndrie, celui-ci lui en expliqua le véritable miCotUr. Juiian. 1. vi. p. 196. edit. Lips.). LHelchior de Vogué a naguère vérifié le fait muD grand nombre de villes et de villages 'ftcodant dans un espace de trente à quarante Iews entre Antioche, Alep et Apamée. Ces iUes, qui probablement furent abandonnées ndes i la fois à l'époque de l'invasion musul- Me, portent toutes l'empreinte de la civilisam chrétienne primitive. Le savant archéotpe j a retrouvé partout la croix et le ■tngramme (Revue. areMologique, avril 1863). Od plaçait ce signe sacré, comme une proiwion, sur les navires [V. Gretier. De cruce. -mv). C'est ce que nous apprenons notaminnde S. Paulin {Carm. in redit. nauf«)qui, lus une pièce de poésie qu'il adresse à Nice- », éijque des Daces, au moment où il reparlilii» l'Italie pour sa patrie, lui souhaite une MWeiue navigation sous les auspices de la
'* craii figurait souvent sur des objets domesifM, par exemple sur des poids (GruCer. )9), sur des vases, des meubles, des vête- Wiiti. [V. Boldelti.p. 353.)
m. — Croix ttationru^es. On appelait ainsi *w l'antiquité les croix qui se portaient dans 'Kpiwessions dirigées vers l'église oil avait ^ ides jours donnés la célébration des saints *T>Ur«t, «t qui se nommait ttation (TertuU. l-nJ'wxor.). A Rome, le diacre ou l'autre ^ fii 11 portait en avant de la procession
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s'appelaitdroconiin'us, comme, dans les armées, le soldat qui portait tes enseignes militaires, lesquelles, ordinairement, avaient ta figure d'un dragon. Lorsque Constantin eut substitué à ce dragon le signe auguste de la vision miraculeuse , le porte -enseigne ne changea pas de nom , et il est probable que le draconarius ecclésiastique portait, dans le principe, non pas une croix proprement dite, maïs le labarum constantinien, qui avait pris un caractère tout chrétien. (V. l'art, draconahius.) Aujourd'hui encore, ce qu'on appelle en Italie confa- /on ressemble tout à fait au (aborum tel qu'il se voit dans les médailles des premiers empereurs chrétiens. fV. une pièce de ce genre à l'art. Serpent.)
Les enseignes devinrent bientôt de véritables croix, ^xées au bout d'une hampe, croix gemmées d'abord et ornées de fleurs, comme la première des deux croix peintes dans te baptistère de Pontien (Bottari. tav. xliv); et que nous donnons ici pour modèle : la tra-
verse était ordinairement munie de deux flam' beaux allumés [Ihid.), circonstance mentionnée par Socrate [Hisl. «ceJ. vi. 8), et au-dessous de cette même traverse étaient attachées des chaînettes soutenant, l'une l'A, l'autre !'«> (Bottari. iMd.). Peu après ces croix furent décorées avec une grande maguîScence , comme celle qui passe pour être l'œuvre de S. Agnellus, évéque de Ravenne (Ciampini. Vtt.mon. ii. tab. XIV), et qui probablement lui est posté-
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rieure ; elle iie compost! de vingt niédaflloas renfermant les bustes d'autant de personnages nimbés que l'on croit être la série des évoques de cette \-ille jusqu'à l'époque de la confection de la croix. Eufin, elles reçoivent l'imag« du Sauveur crucifié ^Ciampini. ib. xi. xii. xi:i] et diverses scènes de l'ancien et du nouveau u-,tament ciselées ou peintes. Telle estencon' In fameuse croii de Velletri illustrée par U tJirdioal Etienne Borgia. Quelquefois, les ■ rnix statiannalesëtaieitt ornées de médaillons di' in':tal représentant en bas-relief divers sujets s.icrës. Ces médaillons s'appelaient maneiUii lY, Du Cange. ad h. voc.) ; Buonarruoti en publie \m fort curieux {Velri. tav. i. n. 1\ au centre duquel est le Boti-Pasteur, et tout autour àe lui, Adam et Eve, Noé duns l'arcbe, Jonaa dans ses trois principales positions , Daniel dans la fosse aux lions, le sacrifice d'Abraham , Samson emportant les portes de Gaia, et Moïse frappant le rocher.
Nous n'avons pas à nous occuper ici des formes nombreuses et variées qui ont été successivement données à la croix. Ceci est l'affaire du moyen ftge. Quelques-unes cependant sont mentionnées à la partie de l'article A'umisnuUique qui concerne la moQDaie byzaniine.
CROIX (SIGNE DE LA). — Les anciens Itères attestent que le signe de la croix est de tradition apostolique. Les chrétiens, au tëmoignai^e do Tertullien (De corona milit. m), ie faisaient dans toutes les circonstances de la vie, même les moins importantes : quand ils sortaient du lit, quand ils commençaient à s'habiller, quand ils se chaussaient : dans cette dernière circonstance, ils avaient probablement l'intention de protester contre les superstitions dont elle était accompagnée chez les païens. Ils se signaient, en sortant de la maison , en y rentrant , «n se mettant au bain, au lit , à table, en allunianl la lampe, en s'asseyant, enfin au commi^ruumentde toutes leurs actions. Hais au début i\c leur repas, ils faisaient le signe de la cioix, non-seulement sur eux-mêmes, mais encore sur les aliments (Greg. Turon. De mirac. S. Martini. 1. 80.) Un poCte anonyme du quatrième siècle, cité par PeUiccia (£ccf. poftf. iv. 190) nous apprend qu'ils le faisaient sur leurs animaux domestiques, pour chasser les maladies dont ils étaient atteints. Jacques Gualter ajoute une circonstance omise par Tertullien (Guah. Annal, an. dxc) : c'est que, quand ils éternuaient, les chrétiens se signaient la bouche.
Dans les actes de Ste Afra, publiés par Velser (V. Bottari. m. 26), un païen dit de S. Narcisse et de son diacre : c Je sais qu'ils étaient chrétiens, car à tout instant ils marquaient 'eur front du signe de la croix, i Beaucoup de. témoignages pareils se trouvent dans les actes
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des martyrs. Un fond de tasse re publié avec toute confiance par Bold' c, 15), mais dont le P. Gàrrucci sus; thenticité {VHri. p. 84), tait voir le 1 jeune homme du nom de unEHKiCA, s Jmjuel est tracée une croix (frecqut
aussi lire cette légende en deux me NiCA, fificf, souhait de victoire qui croix pour base. C'est probablement sion à l'usage dont nous venons d DU bien peut-être à la sainteté de ( nage qu'on supposait dans le ciel , ctux qui, selon Y Apocalypse {xi\ . \ l'Agneau, ayant sur le front sou sigi tes siijnwn ejus scriptvm.... in fronl Les soldats chrétiens ne manquaie (le tracer le signe de la croix sur avant une bataille, et seulement apri religieux les trompettes donnaient du combat (Prudent. Adv. Symm. n.
Hujus adoratis altsribus, et cntM B ln.4cripta, ceci aère tu hs.
Saint Jérôme, écrivant à Démétri cx\.\. n. 9. Epiai, xiii.n. 37),etàEg rappelle l'usage de se signer SOOVMll
gnait sur la poitrine, surtout Ktt n mettre au lit (Prudent. Cath.h
Fac, quum v( Cssium petis cabile, Frontom looini ' Crucis SgmH
• N'oublie ju
CBOl — H
f ûgae lie ta croix. S. Augiiiitiu lioliï l'apprend lan« le plus grand détail i^Serm. clxxxi De tntp? : • Ces! par le signe de la croii, dit-il, ]ue te consacre le corps du Seigneur, que les TodIs du baptême sont sanctifias, que les prêtres ?t les autres grades de l'Église sont initiés ; et loiitcf (jui doit être sanctifié est consacré par ccMgue de la croix du Seigneur avec l'invocaLon du nom du Christ. ■ \]ii vieu;t eommeQ' larpurde ce Père, cité par Jul. Fiilda (De cruci» njnocu/o prKum Christian, romile. S vi' ajDul* : ■ Quand se lisait l'évangile, tous se iHiiect et faisaient le signe de la croix: les êvèques avant de prêcher, les chrétiens avant de discourir se signaient du caractère de la cniti ; et ceux qui priaient étendaient les mains mfonce de croix. Dans quelques I^glises on M signait du signe de la croix en prononçant, djns le symbole, l'article mmis Tfsurrcclio- 'i™.i[C"tiladni.}
in ajiciens faisaient ie signe de la croix avec lj nain étendue, comme nous le faisons encore, nuis î\vc un seul doigt de la main droite, le pouce probahlement, quoique les textes ne l'expliquent pas, soit sur eux-mêmes, soit sur tfiylreaobjels(Cbrysost, //om.odpo/). aitlioch. H. — Hiejon. Ep. oi/fuirfocfi. loc. laud.} Sophrane [Prat. tpiril. ix edit. Coleler.) dit de Jitiea de Bosti-e qu'il signa trois fois son calice ^Id auo. Sozoméno rapporte la même chose dtrévéqucDonatus^^ifi'sl.ccc/. VII. 27): Siyn uni tndt.... digilo aeri imiireisit; et S. Épiphane {Stfu. MX) d'un certain Joseph : Crucis signontmproprio aao digito vosi imposuit.
Ut Grecs font le signe de la croix avec trois Ustsjoinls, qu'ils portent, d'abord à la bou' <l»,avec une profonde révérence en l'honneur * la SIe Trinité, el de la bouche à Testo- Hc. pour marquer la descente du Fils dans les «niUei de la Ste Vierge ; puis de la droite à hpadie, pour signifier que Jésus-Christ est tàu lux enfers, est ressuscité, est as«s à • du Pire ; au lieu que les Latins font I de la croix de l'âpaule gauche à la , (V. Grancoias. Lu metamu Uturg.