‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 106 sur 281 · I. — Figures tirées de V Ancien Testament · texte numérisé non relu

I. — Figures tirées de V Ancien Testament

!• L'arche de Noé. « De même, dit S. Cyprien (De unit. eccl. Opp, p. 109. edit. Brem. Ili90\ que hors de l'arche de Noé nul ne put r^e garantir du déluge, ainsi hors de l'Église il n y a pas de salut pour les hommes. » S. Augustin exprime la même idée en termes différents, mais il ajoute que l'arche est représentée sous une forme arrée pour marquer la stabilité promise par Jésas-Chrisl à son Église : Quadratum enim, quacumqut wteris, firmiler stat (Contr, Faust, m. 4). Il n'y a pas de sujet qui soit aussi souvent reproduit (Y. l'art. Arche de Noé).

Notons seulement un bas-relief où la pensce principale se trouve modifiée par la bizarrerie des accessoires (Botl. tav. xlii) : à la place de Noé, qui communément se voit, les bras étendus, dans l'arche entr'ouverte, on a eu la singulière idée de figurer un arbre, un olivier, au sens des interprètes. On pense que, par cette composition tout exceptionnelle, qui en outre se trouve rapprochée du navire de Jonas agité par la tempête, l'artiste a voulu exprimer la paix rendue à l'Église après quelque persécution qui s'éteignait peut-être au moment où le monument fut exécuté.

2" Susanne, délivrée par la sagesse de Daniel des calomnies de deux vieillards impudiques, est la figure de l'Église sortie intacte de la persécution des pharisiens, selon les uns, et de celle des Juifs et des païens, d'après une autre interprétation (V. Fart. Susanne). Ce sujet n'est pas Irés-fréquent sur les monuments de l'Italie ; ceux de la Gaule le retracent plus souvent. Nous avons dans l'ouvrage de M. Perret (vol. i. pi. lxxvhi) une belle allégorie de cette histoire : Susanne y est représentée par une brebis et ses calomniateurs par deux bêles féroces.

U. — Images symboliques. - i* Nolre^ignetir

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M déùgne sans cesse lui-même sous le (ilre de Pulrar, el son Église sous le nom de bercail : c'est ce qui explique pourquoi les scènes de la vie ptslorale reTÎennenl i chaque pas dans les monuments chréliens des premiers âges (V. les art. JjwM el Bon Poêteur). On peut voir, entre mille nitRseieniples, une^^esqueducimelié^edeSaint-

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Callisle (Doit. tav. mnu) où, un pasteur est assis dans un gracieux bocage, entouré de brebis et d'agneaux paissants. Ouelquerois les brebis sortent d'un édicule, qui est la représenlation raccourcie d'une ville, à ta porte de laquelle le pasteur se tient debout appuyé sur sa houlette (Id. tav.

La distinction des deux Églises, issues, l'une du judaïsme, l'autre du paganisme, est souvent exprimée par deux cités (Ciampini. Vel. mon. I. iitab. itr), BfïivsiLEK. BETHLEEM, d'où, commc on le voit ici, sortent des agneaux se dirigeant vers un autreagneau, ligure de Jcsus-Cbrist, dont les pieds reposent sur un monticule (V. Buonarruoti. vi. 1. — Pwret. T. pi. m), ou vers Jésus-l^risl en personne, cminK sur une pierre sépulcrale donnée par Haniigocii(Jcf. S. Ktcl. p. 43). La mosaïque de Sainte- Sabine de Rome repréwnte les deux Églises sous l'allégoriede deux femmes debout, tenant un livre oovert à la main. L'une, désignée par cette inscription : tccLEUi EX ciRCvvcisio.iB, 3 su-dessus d'elle S. Pierre; l'autre, dont l'origine est exprimée par les mots uxLEsiA EtcENTista. est domlnéc par le personnage de S. Paul ; et ainsi les deux apôtres, ligures l'un et l'autre dans l'attitude de la prédication, M trouvent placés chacun dans la position que lui assigne sa vocation spéciale, formulée comme il suit par S. Paul lui-mt^me (Galat. ji. 7): Credilum etl niki Eiangelmm prtepulU, ticul Pelra Etangelium dramcimonû, • à moi a été contlée la prédication aux incirconcis, comme à Pierre la prédication aux circoncis. > Le sujet est reproduit, p. 3G8, d'après Ciampini, V. m. t. i. tab.iLvm. Dansundescomparlintents de l'antique porte de l'église de Vérone, le même sujet se trouve sculpté, mais avec des circonstances tout pari i cul iérement intéressantes ; on 5 toit, entre deux arbres couverts de feuilles, deux renanes, dont l'une allaite deux poissons, l'autre deux enfants. On croit reconnaître dans ces deux l^nmet ta ligure des deux ^lîses, et dans les poissoDsel les enfants les chréliens issus des deux ori- SÛ>es(T. l'art. Poiuon]. Les deux l^ lises sont aussi fignrfes sur une pierre gravée, qu'a publiée le P. Carrocd {Hagioglypta. p. SSS), par deux agneaux qui M dirigent vers une colonne, symbole de l'Église, somiDDtée de l'agneau de Dieu. Voyei cet rntéresâ l'article Colonne.

Plusieurs Pères, entre autres S. Ambroisc et Théophile d'Antioclie, regardent Ihémorroïsse comme l'image de l'Église ex gettlibta, et c'est probablement pour celte raison qu'elle est si souvent reproduite dans les cimetières romains {V. l'art, Hémori-oUie).

2° Dans une curieuse peinture, récemment découverte nu cimetière de S^iint-Cal liste (V. De' Rossi. ixarc. t. I. n. 2), l'Église est symbolisée par une femme debout, dans l'altitude de la prière, et offrant k Dieu le sacrifice eucharistique par les mains d'un prêtre qui consacre (V. la gravure k l'art. Me«e). Il est probable que beaucoup d'oranles des catacombes ont la même signiftcation. Le P. Garrueci (l'cfri con fig. in oro. tav. xiiix, n. ô) regarde austi conime la perso nnilical ion de l'Église une femme représentée sur un fond de verre dont le champ est tout parsemé d'étoiles, et au milieu de quatre gerbes, dont les épis, selon le savant jésuite, ligureraient les fidèles {Ibid. p. 82). Nous hésiterions à accepter cette interprétation, qui ne nous parait pas sufTisammenl fondée.

3° L'Église de Dieu est souvent comparée dans les saintes Écritures à la vigne (Pialm. lxiii. — Isaï. v), et les fidèles à ses rejetons. Ces idées se propagèrent facilement parmi les premiers chrétiens, ainsi qu'il parait par leurs monuments (V. Bollari. tav. ^xvm. et alibi), aussi bien que dans tes auteurs ecclésiastiques du même temps. Nous nous en tiendrons ici à la citation des Conitilution* apoiloliques, renvoyant pour les détails le lecteur à l'article Vigne.... : • L'Église catholique, y est-il dit, est la plantation de Dieu, et sa vigne de prédilection * (Corufil. apoti. in Proœm.). De la vient que les pampres, les scènes de venilaiiges sont partout prodigués dans nos monuments: soit pour exemple une voûte du cimetière de Sainl'Calliste tout ornée de pampres et de raisins (Bollari. tav. lxuv) (V. ce sujet à

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l'arl. Viijne), et, dans la Iribune de Sainl-Clt- i sent p.is place au doute quant à l'interpwlament de Rome (UolUri. i. p. HO), une art- lion : bcsque en mosaïque environnant une crois, Ecdcùim Chrisii^iii limiLabimutiiii

sous laquelle sont inscrits ces vers, qui ne tais- | Q.i>m lei arenlem sel (•«) Clirislui fetil e^e liitnKm.

^ me u en Ëg s port du sa u lia eu u bu ntum na tugu nés p

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4° Lena tranq d. n en lan qu lam i lan k hoe nnru um I Alfand h [ an nul e o bole d un na

quel (V. l'ail, PoUson) n*est autre que Jésus* Christ, sur qui, comme sur une base inébranlable, l'Église s'appuie pour résister à loutos les leropèles {JVflwi* Ecclet. réfèrent. »ymb. Romx, 162a), C'est pour ce molir que dès le principe il Tut prescrit que les temples clirêtiens , appelés aussi églises dans un sens plus restreint, aiïeclasseat ta

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pdcaonV a La pe h H tum belle fresque représentant le vaisseau de '^ glise a été Irouvée récemment dans U cimeWiK de Sainl-Callisle. Nous en donnons ici un dessin pris sur l'original. Le navire est violemment apilf par les flots; un personnage se lient debonl p» de la proue, dans l'atlilude de la prière; ç'csl « chrétien fidèle, ralTermi par la grâce, repràeaW

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par une figure radiée, yue à mi-corps dans un milieu des flots se voit un second personnage nuage et soutenant ce chrélien de la main. Au se débattant contre la tempête : c*est le chrétien

naufragé dans la foi (V. aussi Tart. Navire). 5* La colonne. L'Église est appelée par S. Paul colvmna et firmamenlnm veriiaiis. C'est de là qu*est venue aux pi*emîers chrétiens l'idée de la représenter sous Tembléme d'une colonne, ordinairement surmontée du monogramme du Christ (Buonarr. xiv. 2. — Aringhi. i. 16), ou d'un agneau {Hagioglffpta. p. 222. — V. plus haut II, 1% à la fin du ^* paragraphe), ou enOn d'une colombe (Le Blant. Intcr. chrét. de la Gaule, p. 167), symboles dÎTers de Notre-Seigneur prêtant à son Eglise une perpétuelle assistance (Y. l'art. Colonne).

ËGLESES (consécRATioN des). — Nous n'avons, quant à la consécration des églises, aucune donnée posiliye pour les trois premiers siècles. 11 est à présumer néanmoins que les premiers chrétiens ne célébraient pas le culte divin dans un édifîce quelconque, avant de l'avoir purifié et dédié à Dieu par des prières et des rites religieux. Ils durent sans doute en ceci imiter les Juifs, qui, sans pirler de leur temple dont la dédicace solennelle est décrite avec tant de détail au troisième livre des Rois (c. Tui), avaient aussi coutume de dédier leurs maisons, ainsi que l'indique pour celle de David le litre du trentième psaume : Psalmtis David^ canticum dedicationis domus illius, et jusqu'aux murailles de leurs villes, selon le célèbre exemple (ieN'éhémie (2 Esdras. xn. 27). Cnr, si nous n'avons de preuves certaines à cet égard qu'à partir du quatrième siècle, époque qui vil probablement ^'établir les cérémonies et les pompes dont la consécration des églises fut depuis entourée, nous sa- Tons par le témoignage de S. Ambroise (Epi$t, xn. Ad Marcellin.) que celte pratique liturgique n'était pas nouvelle, et ne faisait que continuer une coutume préexistante, immémoriale, universelle : Ex ajiiiquissima et ubique recepta consuetudine.

l. — Quoi qu'il en soit, ce n'est qu'après la paix constantinienne' que l'histoire commence à enregistrer les consécrations d'églises, qui, grâce à la faveur du premier prince chrétien, ne tardèrent pas à se multiplier tant en Orient qu'en Occident. < Cétait un beau et consolant spectacle, dit Eusèbe (Vit. Comtanl. xm), de voir les solennelles dédicaces d'églises et d'oratoires chrétiens qui de toute part sortaient de terre comme par enchantement. Et ce spectacle était d'autant plus imposant et plus auguste, qu'il était partout rehaussé par la présence de tous les évèques d'une province. • Et en

effet, nous savons par le même historien que les conciles de Jérusalem et d'Antioche furent tenus à Toccasion de la consécration des églises construites dans ces villes par Constantin (Sozom. ir. 26. — Socrat. II. 7). S. Paulin (Epist. iv. Ad Aniand. ci xni. Ad Sever.), et S. Ambroise {loc. laud. et Epist. Lxxxvi) en offrent d'autres exemples. Il en est un plus ancien que tous ceux-là : c'est celui de la basilique de Tyr, relevée de ses ruines et inaugurée en 315 ; et Eusèbe de Césarée fut cliargé de prononcer l'homélie delà dédicace, qui eut lieu au milieu d'un concours innombrable de fidèles

(Eusèb. Hist. eccl. x. 4). La construction de la basilique de Latran aurait néanmoins précédé de deux ans cette époque (De' Rossi. Bullet. 1863. p. 32) ; mais la dédicace est postérieure, croyonsnous.

II. — On ne sait rien de bien précis sur les rites primitifs de la consécration des églises. Communément, la cérémonie commençait par un discours contenant des prières et des actions de grâces, et quelquefois les louanges du fondateur de la nouvelle ^lise. Plusieurs Pères, entre autres Eusèbe (Ib. \. x. c. 4), S. Ambroise (Serm. lxx&ix), S. Gaudence (Serm. xvii. — Cf. Bingh. ni. 318), nous ont laissé des discours de ce genre. 11 n'est pas hors de propos d'observer qtie les pontifes païens prononçaient aussi des discours à l'occasion de la dédicace de leurs temples, et Varron dit que c'est pour cela que ces temples s'appelaient fana, quod poniifices in sacrando fati sunt. Il arrivait quelquefois que plusieurs discours étaient successivement prononcés, et nous apprenons d'Eu.èbe (Ib. X. 3) qu'on vit souvent, dars les consécrations faites sous Constantin, tous les évèques présents prendre la parole, et improviser, selon l'inspiratfon du moment, les uns sur les louanges de l'empereur, les autres sur la grandeur du martyre ; d'autres adoptaient quelque su^et dogmatique accommodé à la circonstance ou expliquaient les sens mystiques de certains passages de l'Ecriture. L'évèque de Césarée lui-même ne manquait jamais de prêclier qunnd il assistait à des solennités de ce genre (De Vit. Const. iv. 45). On faisait ensuite l'oblation, on célébrait le sacrifice non sanglant, on adressait à Dieu des prières, pour la paix publique, pour l'Église de Dieu, pour l'empereur et ses enfants, et probablement d'une manière spéciale pour l'église qu'on venait de consacrer. S. Ambroise (Hortat. ad virgin. vers, fin.) nous a

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conservé une formule de prière que Ton croit avoir trait à ce dernier objet.

Quant à l'ensemble des prières et des cérémonies aujourd'hui en usage, ei qui se trouve dans le i'ontifical romain, il parait pour la première fois dans un ordre romain qui ne semble pas antérieur au neuvième siècle. On convient néanmoins que certaines parties de ces rites accusent une ancienneté plus reculée. Tels sont Tonction de Thuile sainte dont parle Balsamon, les croix sur les murailles, et les flambeaux suspendus devant el.cs, toutes circonstances mentionnées par Codinus (Cf. Pelliccia. i. 168). La messe épiscopale qui se dit à la consécration des églises est regardée comme remontant au quatrième siècle : S. Paulin Tatleste Ibid.).

111. — Il n'était permis à aucun prêtre de célébrer dans une église non encore consacrée, sauf le cas d'extrême nécessité. S. Athanase (Apol. i), ayant tenu une synaxe le jour de Pâques dans la grande église d'Alexandrie avant que l'empereur Constantin eût fixé le jour de sa dédicace, chose que les ariens lui attribuaient à crime, fut obligé de s'en justifier en produisant ses raisons.

Le droit de consacrer les églises appartint toujours exclusivement aux évêques dans le diocèse desquels elles étaient placées ; et aucune église ne pouvait être construite sans leur permission, et sans qu'ils eussent rempli les rites préliminaires, qui consistaient dttns de certaines prières et dans l'érection d'une croix sur le terrain' (V. Concil. Bracarense. i. c. 57. — Concil. Briian. c. xxui. — Chaîcedon. iv. etc. —Cf. Bingh. ib.). Dans la vacance du siège, un évêque voisin pouvait être appelé pour la consécration d'une église, comme S. Sidoine- Apollinaire nous l'apprend de lui-même (lib. iv epist. 15).

lY. — Les églises ne furent jamais consacrées qu'à Dieu seul et à son service ; c'est ce qui leur lit quelquefois donner le nom de dominicum : la la basilique bâtie à Antioche par Constantin s'appelait dominicum aureum (Uieron. Olym. cglxxvi. an. 5); ou encore dominica, xupiaxâ (Euseb. De laud, Const. xvn). Dans sa dispute contre l'évêque arien Maximin, S. Augustin démontre la divinité de TËsprit-Saint par cet argument, qu'on élève des églises en son honneur, ce qu'on ne saurait faire sans sacrilège pour aucune créature. Il écrit dans le même sens contre Fauste : c Nous ne sacrifions à aucun martvr, mais seulement au Dieu des martyrs, bien que nous établissions des autels sur les mémoires des martyrs (V. l'art. Confessio). Quel évêque assistant à l'autel dans les lieux des saints corps a jamais dit : Nous t'offrons, ô Pierre, Paul ou CyprienT Ce qui est offert, est offert à Dieu, qui a couronné les martyrs. Si quelques églises prirent les noms des martyrs dont elles étaient la mémoire, c'est uniquement pour rappeler qu'elles étaient construites sur le tombeau de ces martyrs, ou sur le lieu où ils avaient subi la mort. »

Les plus anciennes églises de l'Orient ne portent point de vocables de saints. L*usage le plus gé ~

néral était de les dédier à la Sainte Sagesse Âf.i Scçix, c'est-à-dire à la sagesse du Verbe. Nicéphore Calliste, cité par Léon Allatius {Ep. i. p. 19), désigne en ces termes la grande église de Constantinople: ff La grande maison du Verbe de Dieu, i L'usage de désigner sous le nom de Sainte -Sophie ces églises est devenu général chez les écrivains occidentaux, malgré la confusion qui peut eu résulter avec la sainte du nom de Sophie. On ne saurait compter les églises qui ont été consacrées sous ce vocable ; les empereurs en bâtirent dans les principales villes de l'empire. Ce nom, il est vrai, a été presque eutièrement absorbé par le célèbre monument diretien de Constantinople ; mais il y eut des églises de Sainte-Sophie à Nicée, à Trébizonde, à Pergame, à Athènes, à Thessalonique, à Tarsous, etc. (V. Texier, Êglis. Byzant, p. 79).

Quelquefois des églises retinrent les noms de leurs fondateurs ; il y en avait de ce genre trois à Carthage, et plusieurs à Rome et à Antioche. Ailleurs elles reçurent une dénomination tirée des circonstances de temps ou de lieu, ou encore de quelque incident qui avait accompagné leur construction. Ainsi l'église de Jérusalem fut appelée Crvx ou Anattoêiê : Crt<x, parce que Constantin l'avait élevée sur le lieu de la passion du Sauveur; Àmutaùs, parce que ce fut là que la foi catholique sur la Ste Trinité fut défmitivement établie, principalement par les soins et les lumières de S. Gré^ire de Nazianze. Une église de Carthage fut nommée Basilica reÂtittUaj parce qu'elle avaif été retirée des mains des ariens qui l'avaient usurpée.

V. — Au commencement, il n'y avait pas de jours spécialement affectés à la consécration des églises. Pagi (In Baron, crit, an. 555. 4) fait observer que f église de Jérusalem ne fut pas consacrée un dimanche, mais un samedi. La coutume ecclésiastique de ne faire cette cérémonie que le dimanche ne remonte donc pas à une haute antiquité.

Mais, dès les premiers siècles, il fut d'usage de célébrer solennellement le jour anniversaire de la dédicace. Sozomène (ii. 26) Taffirrae formellement de l'église de Jérusalem. Cette discipline fut introduite en Angleterre par S. Grégoire le Grand, au témoignage de hède(Hi8i. Angl i. 30). Les baptistères étaient aussi consacrés, comme les basiliques (V. l'art. Baptistère, Yl).

ÉGLISES (respect et uiMuniTés). — I- — Respect aux églises. Les temples, comme siège de la Divinité, furent toujours Tobjet d'une grande vénération ; et en lisant les auteurs païens, ou est surpris de voir ce qu'inspire sous ce rapport le sentiment religieux, même lorsque, misérablement dévoyé, il s'adresse à de vaines idoles. Voici un passage de Sénèque (Naiur. quœst. ni. 30) qui ne serait point déplacé sous la plume d'un chrétien ; il est bon de nous souvenir néanmoins qu'il reflète un état de société où un vain fonnalisme était tout ce qui restait de la religion des vieux Romains. « Si nous entrons dans les tem-

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pies, dit le pliilosophe , c'est avec un extérieur composé; si nous avons à nous approcher du sacrifice, nous humilions notre visage, nous abaissons notre toge, nous imprimons à notre personne loules les façons de la modestie. »

Aos pères n'avaient pas besoin de le)s exemples pour entourer de respect et de piété les temples du n*ai Dieu : ici la loi faisait, et mille fois mieux encoa, ce que la puissance des traditions et les prescriptions rigides d'un culte ofliciel maintenaient chez les idolâtres, même après le dépai*t des dieux.

>ous aimons à citer tout d'abord un document d une haute valeur où, sous une forme inspirée et en quelque sorte biblique, se fait sentir le souffle de 1 esprit primitif du christianisme. C'est un fragment des gnomes du concile de Nicée, publiés, d'après les manuscrits coptes, par M. Eugène ReviJlout (p. 75) :

• On appelle Têglise le puritlcatoire des péchés. Que cliacun y pleure ses péchés. Petite est notre rie sur la terre,

« L'unique affaire à Téglise, c'est la prière, la supplication. Celui qui parle dans l'église, surtout quand on fait la lecture, se moque de Dieu. A quoi bon aller à h maison de Dieu, si tu y vas pour rinsulter? Dieu ! Personne ne peut latteindre par une injure; car sa nature est glorieuse au-dessus de tout ce qui existe ; mais il rend bien grand son châliment, celui qui ose transgresser la volonté de Dieu.

< Celui qui regarde une femme dans l'église augmente pour lui la condamnation; et quand une femme se pare pour la maison de Dieu, insensé est son père ou son mari : une femme de cette sorte perdra son âme.

4 C'est une idolâtre qu*une femme qui se couvr« d'or à l'église, surtout avec ostentation. L'or n'est pas considéré par le sage, pas plus que le noir des yeux. »

« Celui qui se pose à l'église contre sa nature, lait outrage au Créateur. Couvre ton visage à Tégli!>e et dans les places publiques, et ne scandalise pas une âme. U y en a qui marchent avec une tenue mauvaise, pensant attirer sur eux les regards. L'homme de cette sorte est un être sans ^me. »

Avant d'entrer dans le lieu saint, les premiers chrétiens lavaient leurs mains et leur visage ^V. les art. Abluiions, Atrium, Caniharus), ce qui ^ait le signe de la pureté et de l'innocence qui Voilent accompagner le chrétien au pied des autels. Cassien rapporte (InstitA, i. 10) un touchant usage des moines d'Egypte : c'est qu'ils quittaient leurs sandales pour célébrer ou recevoir les mystères sacro-saints. Cette respectueuse pratique fut adoptée par les Éthiopiens, qui l'observent encore aujourd'hui. Les empereurs et les rois déposaient à la porte leurs armes et même leur diadème, et laissaient leurs gardes au dehors (Theodos. Orat, *^^' I. conc. Ephes.). On se prosternait dans le

vestibule de l'église, on en baisait les portes, les colonnes (Greg. Nazian. Orat, xxix). « Nous baisons les portes du temple, dit S. Chrysostome (Homil. XXIX. In 2 Cor.). > C'est au même usage que fait allusion S. Paulin (In Natal, vi S. Felicis) :

Slernitur anle fores et poslibus oscula Agit,

Et lacrymis rigal oinne solum pro Umine sanclo

Fusus hiimi....

Une fois entrés dans l'intérieur de l'église, les chrétiens gardaient, dit Cassien (Instit. mon. u. 2), un si religieux silence, qu'on eût dit que chacun d'eux était isolé au miheu d'une solitude absolue. S. Grégoire de Nazianze (Orat. xix) aimait à louer sa mère Nonna de ce qu'elle était animée d'un si vif sentiment de piété et de dévotion, que jamais sa voix ne fut entendue dans l'assemblée des fidèles, que jamais elle ne tourna le dos à la table vénérable (l'autel), que jamais on ne la vit cracher sur le pavé de l'église ; et S. Ambroise, dans son traité De» vierges (ni. 9), semble supposer que c'était dans son église de Milan une règle de n'y jamais se moucher, cracher, tousser ou rire : A gemitu, screatu, tussi, riiu abstinentes.

Ce qui montre encore tout le respect que les premiers chrétiens avaient pour leurs églises, c'est qu'elles étaient, dans les grandes calamités, regardées comme un refuge inviolable pour les personnes comme pour les objets précieux. Les historiens Ruffin (u. 30), Socrate (i. 18) et Sozomène (i. 8) nous en ont conservé un singulier et intéressant exemple : c'est que la mesure du Nil, servant, comme on sait, à marquer les crues de ce fleuve, et qui se conservait dans le temple de Sérapis comme un objet sacré, fut, par l'ordre de Constantin, transportée dans une église, et qu'elle y resta jusqu'à ce que Julien l'Apostat l'eût fait replacer dans le temple de Sérapis.

Mais ce sont surtout les hommes qui trouvaient à l'abri de la sainteté des temples chrétiens refuge et sécurité dans toutes les circonstances critiques, et spécialement lorsque les invasions des Baii^ares portaient partout la désolation : l'église était le seul asile respecté par eux. Bien plus, nous apprenons de S. Au;.;ustin (De civit. Dei. 1. 1) qu'alors ces asiles s'ouvraient, non-seulement pour les fidèles, mais aussi pour les païens, qui s'estimaient heureux de saisir ainsi l'unique moyen qui leur restât d'échapper à l'insolence de l'ennemi. Ainsi, lorsque Alaric eut pris la ville de Rome, il ne permit à ses soldats d'y entrer « qu'après leur avoir donné Tordre formel de respecter et de tenir pour inviolables tous ceux qui auraient cherché un refuge dans les lieux saints, et notamment dans les basiliques des apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul. » (Oros. vu. 39.) On vit même ces Barbares conduire dans les églises ceux qu'ils avaient épargnés, afin de les mettre à l'abri des insultes de ceux de leurs compagnons qui ne seraient pas animés des mêmes sentiments d'humanité (Sozom. IX. 10). Donc toutes les haines, toutes

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