ESPR
Nous ayons en tête du troisième volume {de Bottari la reproduction d*un ancien tableau qui répond de la manière la plus frappante à cette description. La gravure précédente en représente un fragment, avec ses cimes abruptes et ses cellules disséminées sur leur sflancs.
Les voyageurs modernes ont retrouvé en diverses contrées de TOrient beaucoup de ces habitations primitives de moines, et les résultats de leurs observations semblent être une copie soit du tableau dont nous venons de parler, soit des récits des auteurs contemporains cités plus haut. Le dernier de ces explorateurs est M. Charles Texier (U architecture byzantine.,, en Orient... Londres, 1864). Voici en substance ce qu'il observa dans quelques parties de la Cappadoce. « Dans la vallée d'Urgub (p. 141), par un singulier phénomène qui ne se représente sans doute dans aucune autre partie du globe, les terrains, composés de pierre ponce presque pure, se délitant sous Tinfluence des eaux pluviales, se divisent en grands cônes parfaitement réguliers, qui acquièrent une hauteur considérable. Toutes les pentes des vallées, tous les côtés des cônes, sont criblés de cellules, qui les ont fait comparer à des ruches. Quelques-unes de ces grottes sont multiples et renferment un assez grand nombre de chambres. On y distingue des habitations, des chapelles et des tombeaux. >
Ces singuliers monuments, avant d'être explorés par M. Texier, l'avaient été par Paul Lucas et par de nombreux voyageurs érudits. Tous ont été d'accord pour y reconnaître l'ouvrage des chrétiens ; leurs opinions ne diffèrent que sur la date. M. flamilton n'hésite pas à reconnaître dans ces grottes les traces du séjour des chrétiens pendant les temps de persécution. En quittant le village de Tatlar, il descend dans un profond ravin qui longe la colline, et aperçoit, de l'autre côté, des grottes taillées dans le roc. Quelques-unes sont placées régulièrement les unes au-dessus des autres ; il finit par y arriver à travers d'étroits passages, des cheminées et des escaliers taillés dans le vif du rocher (Ilamilton. Traveh in AsiaMinor, t.n, p. 246). 11 arriva après mille détours dans une chambre souterraine, où se trouvait déposé depuis un temps immémorial un livre mystérieux. « J'avais, dit M. Texier (Ibid), entendu parler de ce fait. en 1834, sans y ajouter foi, et j'avais invité M. Hamillon à le vérifier. Ce volume était un ménologe du douzième et du treizième siècle; les habitants n'osaient y toucher. Les murs de cette salle étaient ornés de peintures représentant des figures de saints, d'ancien style byzantin.
« Une montagne conique isolée est également percée d'un grand nombre de grottes ; la plus grande fut évidemment une chapelle. D'autres salles avaient avec le dehors des conduits taillés dans le roc, qui ressemblent à des cheminées. Il y a dans le nombre de ces salles d'anciennes chapelles grecques ; d'autres paraissent avoir servi de sépulture. Le D' Barth, qui a visité ces grottes, n'hésite pas à y reconnaître les traces du séjour
des chrétiens ; mais il estime que certaines peintures ne sont pas plus anciennes que Léon le Diacre (930), parce que cet auteur en parle (ce n'esl pas une raison). Il fallait que ces lieux eussent une grande célébrité parmi les chrétiens, pour qu'ils eussent construit un si grand nombre de chapelle» ornées pour la plupart d'une quantité prodigieuse de peintures. Les écrivains ecclésiastiques ne nous parlent-ils pas de ces légions de chrétiens qui se retiraient au désert ? >
ESPRIT (Le SACTT-). — I. —L'antiquité chrétienne ne connut pas d'autre figure de l'Espril- Saint que la colombe. Cette figure avait reçu, au baptêmt de notre Sauveur, la plus indubitable et la plus éclatante consécration ; car ce fut sous la forme d'une colombe que l'Esprit de Dieu, voulant se rendre visible, descendit sur la tète du Verbe fait chair : Descendit Spiriius sandut corporaîi specie sicut colomba in ipsum (Luc. ui. iî2. - Matth. m. 16. — Marc. i. 10. — Joan. i. 521. C'est à cause de sa simpl icité, dit Tertulli. n (Àd. Yalentinian. n), que cet oiseau fut choisi i«ur être investi de cet honneur : In summa Chritim demonstrare toîita. Les Pères assignent encore d'autres raisons de cette préférence. Elle serait fondée, au dire de S. Chrysoslome (Hmii u. De PentecoH,), sur ce que, innocente, féconde, familière et amie de l'homme, la colombe retrace admirablement par ces qiialités diverses la nature des opérations de l'Esprit-Saint dans lame des fidèles. Enfin toujours es t-il que, dès le commencement (Concil. Constantinop, an 536. ad. vi. la figure fut religieusement acceptée par l'Église, et que l'art chrétien n'a p^s imaginé d'autre type pour retracer l'image de l'Esprit-Saint. S. Paulin voulant offrir aux yeux de ses ouailles de >ôb. dans la basilique de Saint-Félix, une représentation symbolique de la Trinité qui pût être saisie de tous, n'hésite pas à adopter pour la iTomèuie personne ce type hiératique et déji alors invariable (Paulin. Nol. Epitt. xxxii. 10) :
Pleno coniscat Triuitas mysterio :
Stat Christus agno ; vox Patrîs cœlo tonat
Et per coLUXBAM spiniTis sanctus fluit.
C'est pour cela que Timage de la colombe est quelquefois retracée, dans les monuments épignphiques, à côté du nom de TEsprit-Saint, témoiiî une belle inscription d'Afrique (Rossi. Buli 1861. p. 128), où les fidèles sont appelés sati sancto spiRiTv, « saturés du Saint-Esprit. •
C'est dans les baptistères surtout que cette ima;"? est invariablement reproduite, soithisloriiueraent. c'est-à-dire en diverses représentations du bap* tème du Sauveur, par la peinture, la sculpture et la mosaïque, soit comme symbole, et isolément, sur les murailles ou sur les cuves baptismalt> (V. l'art. Baptistère, Vil, 5«). Les fonts étaient souvent aussi surmontés d'une colombe d'or suspendue par une chaîne du même métal, comme cela eut lieu notamment dans l'église de Reims i