‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 114 sur 281 · ESPR · texte numérisé non relu

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Toccasion du baptême de Cloyis. Plus tard, l'usage s mlroduisit de renfermer dans ces colombes le saiot chrême, comme aussi de réserver la sainte encharistie dans des vases de cette forme descendant da àhorium sur Tautel (Y. les art. Colombe aukarisiique et Ciborium), Nous avons, dans les Ins-reliefs d*un magnifique sarcophage de marbre domosée du Latran (V. Fart. Trinité), une représeDlalioQ tout à fait exceptionnelle de la Ste Trinité. Les (rois personnes divines y sont figurées par trois personnages du même âge et absolument semblables ; elles sont occupées à la création d'Eve. Le Saint-Esprit est debout derrière le siège du Père (V.le monument à Tart. Sarcophage). L'assistance de rEspnt-Saint est souvent exprimée dans les monuments iconographiques par une colombe placée sur la tète ou sur Tépaule d'un personnage, . d'uD docteur de l'Église surtout. Cest ce qu'on appelle la colombe inspiratrice (Molan. De hist, SS. imag. p. 265. edit. Paquot). Nous en voyons un exemple dans quelques images de S. Grégoire le Grand (V. Macri. Hiero-Lexic. ad voc. Baculus epitcopalii). Cest aussi pour exprimer l'inspiration de l^sprit-Saint qu'une colombe nimbée est placée sur le dossier d'une chaire épiscopale gravée sur un fragment de marbre des catacombes, que nous donnons ici d'après Bosio (Roma Sott. p. 3i7). (V. notre article Chaire, n» 9.)

11. — En tant que sanctifiés par la grâce, et portant en eux-mêmes l'Esprit-Saint, les chrétiens primitifs furent souvent appelés par les Pères pneumatofori, ir»wpLa?&9op«, ou spiritiferi, « porteesprit, t Nous avons des exemples de cette glorieuse appellation dans S. Athanase : Et nos homines tpiritiferi, xal •no.iXç avOp«>irci irv£uu.%TC9op6i [De human. natur. suscept, p. 600. 0pp. t. i. cdit. 1627); dans S. Irénèe (1. v. Adv, hœres.), dans S. Basile (De Spirit, sancto. ix), dans S. Jérôme (Episl. u), dans S. Cyrille d'Alexandrie (In cap, m Soplion.). Nous retrouvons linfluence de la même doctrine dans quelques épitaplies antiques où des parents se plaisent à constater que le défunt expira dans lEsprit-Saint, c'est-à-dire dans la grâce et dans la paix de l'Ëglise. Nulle part cette intention n'est plus clairement exprimée que sur le marbre consacré à S. Protus par sa sœur Firmilla (V. Marchi. p. 198) : Protus (mort) dans le Saint-Esprit de Dieu, repose ici, hpotoc en afio hnet-

MATi esor ENeAAE KEiTAi. En sortant de cette vie* l'âme de Protus se trouvait dans l'Esprit de Dieu, ou bien, pour parler comme S. Paul, elle était pleine de la charité et de la justice qui sont répandues dans les âmes par la vertu de TEsprit-S-iint qui se donne à elles (Rom, v. 5). Une formule identique se voit dans une magnifique épitaphe antérieure à Constantin que H. De' Rossi a lue sur la transenne d'un arcosolium du cimetière de Calliste (Proleg, p. cxv).

La même pensée se trouve accusée, quoique sous une forme abrégée et un peu voilée, dans une foule d'autres monuments épigraphiques, où les âmes des défunts sont désignées par le nom spirttvs, et même spiritvs sanctvs : spirito. sancto. innocent. (Reines, class. xx, n. 193) ; — victoriae. castissime.

(sic) FEMINB. CHRESTVS. FILIVS. MERENTI. SPIRITO. (Bol-

delti, p. 592) ; — benbiierenti. fiuo.... innocentissmo. spiRiTO. (Id. 281). Sur un marbre de la plus haute antiquité (De' Rossi. i. n. 1192), il est dit que leopardvs rendit à Dieu son esprit saint : bed- DiDiT DEO spiRiTvM sANCTVH, et quo cctle salulo âme fut élevée au ciel, elatvs est, belle expression , que nous trouvons là pour la première fois. Nous devons observer que la formule spiritvs sanctvs désignant l'âme est caractéristique des inscriptions des trois premiers siècles. Ailleurs le mot spiritvs est écrit ispiritvs ou même bispiritvs, idiotisme barbare fort répandu dans le peuple romain, au déclin de l'empire : hupirito, san. marcianeti. (Id. 419) ;

— GEMELLINVS. VICTORIE. (sic) CONIVGI. benemerenti.

isspiRiTO (tic). SANCTO. IN. PACE. (Fabrctli. p. 571) ;

— BICTORI. DWNO. ISPIRITO. COIVX. FECIT. (Ibid.) ', —

gessane. pax. ISPIRITO. Tvo. (Boldclli. 418); — lev-

CëS. SEVERAE. FILIAE. CARISSIMAE. POSVIT. ET. SPIRITO.

SANCTo. TVO. (Lupi. Scv. epitaph. lab. i. p. 5). Des iituli du troisième siècle attribuent même quelquefois au mot SPIRITVS une désinence neutre : spirita

VESTRA DEVS REPRIGERET (toldelti. 417); — CONIVGA INNOCENTISSIMA...* REFRIGERA CVM SPIRITA SANCTA (Id.

87); — CVM SPIRITA SANCTA ACCEPTVM (Fabretti. p. 574).

Quoi qu'il en soit, il est certain que cette formule était commandée par la discipline de l'arcane (Lupi. op. lautl. p. 166), car dans les saintes Écritures le mol spiritvs est employé pour désigner les fidèles, et cela à cause de l'Esprit de Dieu dont ils étaient le temple (l Cor. vi. 19). C'est ainsi que S. Paul dit de lui-même (1 Cor. xvi. 18) : Refecenint spiritummeum, «ils ont consolé mon esprit ; » et de Tite son disciple : Refedus est spirilus ejus ah omnibus vobis, « vous avez tous contribué au repos de son esprit » (2 Cor. vu. 13). Le même apôtre adresse aux Galales celle salutation (Gaht. VI. 18) : Gralia Domini nostri cum spiritu vedro, fratres, « que la grâce de Noire- Seigneur soit avec voire esprit, mes frères. »

Une formule toute semblable fut adoptée par les hommes apostoliques, par S. Barnabe notamment cl S. Ignace, qui terminent leurs Épîtres ainbi : Dominus gloriœ et omnis gratiœ cum sjnritu vestro; — Salulat vos spiritus meus! Les pa-

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rôles suivantes de V Apocalypse (xxii. 17) : Spiritus et sponsa dicunt : Veni^ sont entendues, par les meilleurs interprètes, des fidèles que conduit TËsprit de Dieu, et qui, conjointement avec réponse, qui n'est autre que TËglise, disent au Christ, gui est Tépoux : Viens / La liturgie de toutes les Eglises, tant orientales qu*occiden(ales, s'est inspirée de la même doctrine (ta adopté la même manière de parler : quand le prêtre célébrant a souhaité la paix au peuple, TÉglise lui répond : Et aim spiritu tuo. Nous trouvons une invocation à TEsprit-Saint sur un marbre de Bordeaux, datant du cinquième siècle probablement : avcilia pascasiA AivTiT (adivvei) spiritvs S (Lc Blaut. n. 585). Nous ignorons si Tépigraphie antique fournit d'autres exemples d'un tel fait.

ËTIE?fi\E (S.). — Ce n'est guère que vers le sixième siècle que les monuments nous fournissent des images du proto-martyr, primicerius martyrum, comme l'appelle S. Augustin (Serm. i De sandis); et il y figure, tantôt comme diacre, tantôt comme martyr. Les mosaïques le représentent ordinairement avec le livre des É\angiles à la main, ce qui est, comme on sait, le principal attribut du diaconat. Ainsi en e^t-il dans celle de Saint-Laurent in agio Verano, laquelle est de l'an 578 (Ciampini. Vet. mon. t. u. tab. xxvni); le codex que le Saint tient de la main gauche appuyé sur sa poitrine porte ces mots du soixanle-dou* zième psaume (vers. 9) : Adhœsit anima meOy protestation d'adhésion et d'attachement à la parole évangélique. L'ancienne mosaïque de l'église de Capoue, qui est de la fin du huitième siècle, le montre aussi avec un livre, mais à couverture gemmée, et le saint diacre y est velu d'une riche dalmatique (Id. ibid. tav. iiv). Plus tard, on ajouta au livre un autre attribut, l'encensoir, comme dans un triptyque grec, publié par Du Cange, et par le P. llenschenius dans les Acta sanctonim (JfflïV, t. I. — V. aussi la ligure de notre art. Colombe eucharistique).

Il existe au musée de Marseille un beau sarcophage, tiré de la crypte de S. Victor (Millin. Midi de la France, pi. lviu. n. 5), où se montre le double sujet de la prédication et de la lapidation de S. Élieime. Debout dans l'attitude de l'allocution, il est entouré de trois personnages représentant le peuple juif, et dont Tun, plus rapproché du Saint, tient de la main droite une pierre, et une épée de la gauche. Gori donne (Thesaur. vet. diptych, t. m. tab. xv) une tablette de bronze doré reproduisant le même sujet, mais sous une face diflérenle. Le saint martyr y est vu au moment où, contemplant les cieux, il y aperçoit le Fils de Dieu, qui est ici figuré par une main radiée sortant d'un nuage (V. l'art. Dieu) : Ecce video cœlos apertoSf et Filiuîn Hominis stantem a dcxtris Dei (Act, vu. 55). Les instruments de son martyre sont représentés derrière la tête d'Etienne : ce sont huit cailloux. Et on lit au-dessus celte inscription, écrite en deux lignes, et horizontalement :

O CTE^ANoc ]] AieoBOAEiTA, c*est - à -dire SancUu Siephanus Ulhobolita, « S. Ëlienne le lapidé, i

Nous avons dans le même auteur (Ibid. m. p. 136) une tablette d'ivoire qui servait de revêtement à une croix-reliquaire de Cortone, renfermant un fragment du bois sacré de la vraie croix, et où S. Etienne est figuré debout, les mains jointes et dirigées en signe d'adoration vers la sainte relique. S. Jean l'Évan^élisle se tient de l'autre côlé dans la même attitude et se fait reconnaître par l'inscription : O FâT. o c-»EOAoroc, Sanctus Joannu Iheologus,

L'histoire de S. Etienne (son martyre, l'invention de ses reliques, ses divers miracles) se trouve retracée sur un intéressant diptyque du Vaticao, mais d'une époque un peu basse. Ce qu'il y a surtout de curieux dans ce monument, c'est la vision du prélre Lucien, où les corps de S. Etienne, de Gamaliel, de Nicodème et d'Abibon sont symbolisés par quatre va«es déposés près du lit (V. la lig. à l'art. Vase). Aux époques postérieures, on rtlrouve souvent l'image de S. Etienne, sous diverses formes, sur les ivoires byzantins, dans les calendriers et ménologes grecs, etc.

£TI£I\1VE (fête de S.). — Y. l'art. FéUs immobiles, X, 2".

ETOILES. — Jésus-Christ en personne, ou représenté par quelqu'un de ses symboles, est souvent placé dans les monuments antiques entre deux ou plusieurs étoiles. Selon Buonarruoti ( Te/n. p. 38), ces étoiles sont le signe de la divinité, (le rélernité du Sauveur ; elles indiquent le souverain domaine que son Père lui a donné ^ur les cieux, aussi bien que le règne éternel qu'il a conquis lui-même par sa passion sur le genre

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humiin auquel il a ouiert les portes de l'em-

prrpe. Celle iaterpnHalion s'applique, comine MU» l'aTons dit, à tous les monuments où Notr»-

Sti^eur est représeulé soit par son mont^ram-

me (Buon. laT. vtii. 1], soil par un agneau dans un (liamp par-

croii au milieu d'un ciel étoile, cixnriLe dans la rmwiquedeGal- I3 l'iacidia de la niêmu ville (Id. ibid. 1. lab ut) Quelquefois les étoiles sont nu nombre de sept t^ t\ yx t^ alors quelques archéologues \,,""rVrC'^ Colidori. Sepolcri iya,anam ■■ V 'W V p. 51) estiment quon a eu l'infenlion de représenter en abrégé la constellation debGrandeOurse, qui, ne disparaissant jamais de l'horizon, loumbsail aui premiers chrétiens un simbcile parfait pour eiprimer la durée indéfeclible duparadis. D'autres, se Tondant sur le textedupreroier chapitre de VApocali/pie, regardent les sept «toiles comme le symbole de l'Église catholique. « Le Fils de l'ilomme aTait dans sa main sept étoile!, • habtbat m dexUra tua tcpiem tUUas (vers. U). * les sept étoiles sont les sept anges des sept £;liKs,> tqtttm tUUm angeii mnl Eceleiiarum (Ters. 30). Tous les SS. Pérès l'ont ainsi entendu. ip^è^ S. Cfprien vient S. Augustin, qui eiprime sa pensée à cet égard arec une clarté ne laissant rien » fejrer {fie civil. Dti. I. xni. c. 4) : • L'apètre itia écrit à sept Églises, pour montrer qu'il écrit > la plénitude de VÊgliu une, car le nombre sept ipilie la perfection de l'Eglite univtnellc. • On Ifwiïe des témoignages analogues dans S. Victo- "1. étSque de Pelau en Sljrie [in Ai>oc. n. ni. ap.Galland. I. n), dans le vénérable André de Cé- ^ée en Cappadoce : < Dans ce nombre sept, dit <% d«mier, Jean a embrassé le mjsiére de toutes |k Églises eiislanles en tous lieui. * Primasius, '''èque d'Adnunëte, s'eiprime presque dans les "lémes termes [Comment, in Apoc. Basil. 1544) : ' 'ean aui sept Églises qui sont en Asie : ce qui ™*Jt dire, ï l'Église une et septiforme. • S. Jéf^fxie n'est pas moins formel (/n 1$. it) : • Jean '"^ sept Églises. Par les sept Églises, la seule '-% "*ise catholique est désignée. ■ Après cela, il n'est ï*"êre possible de douter que tel ne soit le smis des ^1 élûiles sur beaucoup de monuments antiques. S' « symbole est retracé sur des tombeaux, il doit areir la valeur d'un acte d'adhésion à la commuli* de l'Église catholique, comme la formule m r^ct dans certaines circonstances (V. l'art. /npoce); *^ cette interprétation est surtout plausible pour l<s moDomenti dont la date mppelta de grands

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troubles dans l'élise. Les tombeaux de Hilan (Polidori. ilrid.) seraient dans ces cwiditions, si, comme l'esliroent les savants commentateurs de ces monuments, ils sont du milieu du troisième siècle, époque où se place le schisme de Novalien, le premier anti- ]>ape.

Une ampe cil ré tienne du ri>cueil de Santé B.irtolH.-(rt(. lucerne, part, m.

2U) a sur son disque l'image (lu Bon Pasteur de sept liles. Rien împèche de loir lu encore le même sens. l'É^'lise étant la couronne et l'œuvre de prédilection du Pasteur divin ; et ce qui corrobore ce sentiment, c'est qu'on y obsene aussi l'arche de Noé, qui est un symbole mdubitable de l'Église (voir ci-dessus la partie de la lampe qui se rapporte à notre siyet).

Les bas-reliefs d'un beau sarcophage d'Arles {«illin. mdi de la Ft. alhis. pi. liv. 3) placent des éloiles, ahernativement une et deux, près de chacun des douze apflirss : c'est sans doute le symbole de la félicité dont ils jouissent dans le ciel. Nous avons aussi dans Haransoni(Co« jendVwefte. p. 375) un fond de coupe représentant des emblèmes eucharistiques, et où se trouve un jeune homme portant une tunique ornée de quatre étoiles. Une étoile isolée, accompagnée d'un grand nombre de symboles relatifs à ta résiirrecllon, se voit aussi sur une pierre gravée antique (l'erret. IV. pi. XVI. 8); une autre gemme [Ibid. 2S), cl un chaton d'anneau [Ibid. 81) portent une colombe surmontée d'une étoile. Tous ces motifs, entourés de circonstances un peu dilférentes les unes des autres, sont inspirés par le même ordre d'idées symboliques.

Quelques médailles de Conslanlin et de ses Hls font voir sur le casque de l'empereur le ^ accosté de deux étoiles à six rayons (Baron. Ad an. 512). Quelquefois ce n'est autre chose que le monogramme lui-même qui affecte souvent cette forme ^ ; mais alors les rayons sont terminés par de petits globes, ou par une ligne transversale, au lieu que les rayons des étoiles se terminent en pointes aigu es.

ËTOLE. — V. l'art. Vitemenli des eccUtiattiqwt dont lu foncliont tacréti, 111, S*.

ETItEItNES. — L'usage des étrennes dans l'antiquité chrétienne ne nous est connu que par ses abus, et par la sévérité que l'Église mit toujours i les réprimer. C'était un reste de paganisme qui, comme beaucoup d'autres superstitions, s'introduisit dans la société des fidèles par les convertis de la genlililé, et s'y maintint avec une ténacité

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dont la vigilance des pasteurs ne put triompher qu*à la longue. Or TËglise eut, pour condamner cet usage, inofTensif en lui-même, un double motif : c'est qu'il était alors entaché de superstition et d'injustice.

I. — Chez les anciens, les et rennes, ilrenœ, en grec ^ivia, munera, étaient des présents qui s'échangeaient en l'honneur des dieux et comme gage d'heureux augure. D'après une tradition romaine dont nous n'avons pas à examiner ici la valeur, les étrennes du 1" janvier, kalendariœ strenœ, tireraient leur origine du roi Talius, qui aurait été dans l'usage d'aller, en ce jour, cueillir la verveine dans le bois sacré de Slrenua^ la Force, ou Slrenia, déesse de la santé, dans les vues d'attirer sa protection sur l'année qui commençait. D'autres disent que le peuple se rendait en procession au palais du roi sabin pour lui ofTrir pieusement, avec les souhaits de bonne année, des branches de cet arbuste, qui était censé porter bonheur. Ce qui est certain du moins, c'e^t que cette simplicité primitive disparut avec les mœurs antiques ; au commencement de l'empire, l'abus des étrennes était devenu si excessif, que Tibère, si nous en croyons Suétone, se crut obligé d'en restreindre la distribution aux seules calendes de janvier. Car il s'en donnait encore à l'occasion des fêtes des principales divinités, de celle de Saturne par exemple, au mois de décembre, Saiurnalitia sportula, et de celle de Minerve, Minervale munu» (Y. iiieron. tn/ra). Caligula parait avoir respecté les règlements restrictifs de son prédécesseur; mais il s'en dédommagea en exploitant ses calendes de janvier avec une rapacité inouïe (Sueton. ïn Caium, xui). « Il faisait annoncer qu'il recevrait les étrennes au conunencement de l'année, et il se tenait tout le jour dans le vestibule de son palais pour accueillir les offrandes du peuple romain, ad capiandas sUpes, 1

Les objets qui s'échangeaient à l'occasion du nouvel an étaient fort variés. Après l'âge d'or des étrennes herbacées^ vint celui des comestibles de toute sorte ; on donna plus tard des pièces de bronze, d'argent, d'or; puis des meubles, des vêlements. Les objets d'étrennes les plus ordinaires étaient des pugillaires,ou diptyques, à peu près semblables, quant à l'usage du moins, à nos portefeuilles et à nos agendas (Y. notre art. Diptyques), Beaucoup de monuments de petites dimensions relatifs aux vœux du nouvel an nous ont été conservés. Ce sont des médailles, des lampes, des tesséres de métal ou même de terre cuite, portant des inscriptions comme celleci (Caylus. t. IV. p. 280; pi. lxixvu n. 5) : aknvh. sovvM. PAvsTVM. FELiCEM. TiBi, qui cst écritc sur un fragment de terre cuite. Beliori a publié une médaille de Commode, et Pietro Yisconti une lampe avec des légendes analogues (Greppo. Notes iné^ dites). Voici, d'après Gdri (Thés. Dipt. 1. 1. p. 202), une de ces espèces de tesséres en cristal de roche, qui avait été offerte, à l'occasion du nouvel an, à Commode, ainsi que l'indique la légende dont le sens est déterminé par une monnaie de cet empe-

reur incrustée dans ce disque, où l'on voit aussi quelques-uns des objets offerts ordinairement en étrenne, des fruits, une feuille de verveine, etc.

Mais un monument bien singulier en ce genre e^t un autre fragment de terre cuite du recueil de Caylus {Ibid.), dans lequel un Romain se souhaite la bonne année à lui-même et à son fils : laxTi.

MOV vu. FAVSTVM. FELICEM. lUHl. ET. FUJO. Un VœU

amical se trouve exprimé par cette formule inusitée sur une agale-onyx donnée par le même Caylus (t. IV. p. 155) : zhcaic akakin, ce qui veul dire : vivas sine malo.

Mais ce n'est que comme observance idolàlrique d'abord que la pratique des étrennes fut réprouTée et censurée par les Pères et les conciles : « Tu Tas, disait S. Augustin à ses ouailles (Serm. cxcrm), tu vas célébrer la solennité des étrennes, tout comme un païen. Faul-ii donc que ton amour se porte sur des objets tout opposés à ceux de ta foi et de ton espérance ? Les autres donnent des étrennes; vous, chrétiens, donnez des aumônes, i Ce fut sans doute à raison de cette origine impure des étrennes, et des mobiles si éloignés de Tesprit chrétien qui en accompagnaient la distribution, qu'elles fureit souvent appelées étrennes diaboliques. Celte (|u»liiication se rencontre dans beaucoup de teitfô anciens, et en particulier dans un sermon dUhl>uê au même S. Augustin (Inier Augustinianoi. Sem. cxxv) : « Il se trouve des gens qui aux calendes de janvier reçoivent et rendent des étrennes diaboliques, diabolicas strenas, »

« Ils observent les augures, continue le même auteur, auguria observant , et, à leurs yeux, il serait d un fâcheux présage de prêter quoi que ce soit à son voisin le premier jour de l'année; ils n'osent pas même, crainte de malheur, donner du feu de leur foyer à ceux qui leur demandent ce faible service. Mais en revanche la plupart, surtout les habitants de la campagne, mettent à leur porte, pendant la nuit qui précède le premier janvier, des tables chargées de toute sorte de viandes, au service des passants ; et ils se persuadent qu'une telle libéralité assure à son auteur une abondance é<;ale sur sa table pendant tout le cours de Tannée. »

Il existait encore en France des traces de celte pratique superstitieuse au septième siècle; et un concile d'Auxerre, tenu à cette époque (An. 613.

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can. i), dut, pour la déraciner, s*arnier de toutes les rigueurs canoniques : Non Ucet kalendU ja^ nuaru...sireniudiabolicas observare,

II. — Les étrennes n'étaient pas seulement une pratique superstitieuse, elles étaient aussi une pratique injuste, dispendieuse, un impôt vexatoire extorqué au pauvre par le riche. C'étaient les clients qui offraient des étrennes aux patrons, les citoyens au prince, les écoliers aux maîtres. Un curieux passage de S. Maxime de Turin, qui vaut déjà beaucoup comme peinture de mœurs au cinquième siècle {Homil, v. Iter îiaL Mabillon. t. ii. p. 18), mettra id en relief toute la pensée miséricordieuse de rÉglise, toi]û<>u^ disposée à prendre la défense du faible contre le fort, et expliquera le second motif de ses rigueurs contre Tabus des étrennes.

f lym vient cette habitude où vous êtes, de TOUS lever de grand matin et de paraître en public .ivec des présents, c*est- à-dire des étrennes à la main, chacun de vous s'empressant d'aller saluer son ami, et de le saluer par le don, avant de le saluer par le baiser fraternel ? Jugez vous-mêmes de ce que peut valoir un tel baiser, baiser vénal, d autant moins estimable qu'il est acheté plus cher!... Car, au point de vue de Téquité, n'est-il pas injuste que ce soit Tinférieur qui donne à son supérieur, et que celui-là soit obligé de faire à un ridie des largesses, qui peut-être emprunte ce qu'il donne? Et une telle munificence, cela s'appelle des étrennes ; on l'appellerait plus justement d'un autre nom, slrenvvm (il y a ici un jeu de mots intraduisible). Car, encore une fois, un malheureux est forcé de donner ce qu'il n'a pas, et doiïrir un présent au détriment de sa famille malheureuse. Les riches, il e&t vrai, font aussi de ces libéralités ; mais en cela même ils ne sont pas exempts de péché, car le riche ne donne qu'à l'opulent, cuicumque soli locupleiiy et tandis qu'il ne daigne pas mettre un denier dans la main d'un mendiant, il accourt, aux calendes, chargé d'or chez son ami, lui qui, au jour de la Nativité du Sauveur, est venu à Téglise les mains vides ! Vous voyez donc que, aux yeux de la plupart, l'adulation présente vaut mieux que la récompense future. Ils donnent à un baiser de leur supérieur la préférence sur b gloire du Sauveur. Mais ce baiser, nous ne devrions pas l'appeler baiser, car il est vénal. Judas Iscarioth, lui aussi, baisa le Seigneur d'un tel baisiT, mais c'était pour le trahir, b

Les écoliers, comme nous l'avons dit, donnaient <les étrennes à leurs maîtres. S. Jérôme (in Ephes, ^1. i) prend de là occasion de détourner les évêques ^t les prêtres de faire enseigner les lettres profanes aux enfants qu'ils avaient eus avant leur Ordination, par des rhéteurs et des grammairiens ^<lolàtres, de peur que les étrennes provenant des i^evenus ecclésiastiques ne fussent employées à <|uelque mauvais usage. Après avoir cité ce verset ^e S. Paul : t Élevez vos enfants dans la discipline ot la correction du Seigneur, » il ajoute : « Qu'ils disent cela, les évêques et les prêtres qui instruisent

leurs enfants dans les lettres séculières, leur font lire des comédies et chanter les écrits licencieux des mimes, et cela peut-être aux frais de l'Église. Et ainsi, ce que la vierge ou la veuve versent pour leurs péchés dans le trésor, in corbonam, ou ce que quelque pauvre aura offert, sacrifiant ainsi tout son pécule, tout cela risque de s'en aller en étrenne des kalendes, ou ensportule de Saturne ou en don à Mmerve, kalendariam strenam et 5atumalUtam sportulam et Minervale munus et d'être employé par un grammairien ou un orateur soit à leurs usages domestiques, soit aux frais dû culte païen, soit à leurs honteux désordres, soraida icorta. n

L'usage des étrennes dans les premiers siècles se hait à une foule de pratiques licencieuses dont nous avons traité à l'article Janvier [Calendes de).

III. Etrennes baptismales. Certains passages des écrivains ecclésiastiques du quatrième siècle, de S. Grégoire de Nazianze en particulier (Orat. viu, 25), supposent assez clairement que des dons, donaria, s'échangeaient à l'occasion du baptême entre le néophyte et le ministre du sacrement ou les parrains et marraines. Ces sortes d'objets, auxquels M. De' Rossi a donné le nom d'étrennes baptismales (V. BuîL 1867, p. 27 et alibi), étaient soit des médailles, soit des lampes enrichies d'emblèmes ou d'inscriptions appropriées à leur pieuse destination. Ces donaria étaient ordinairement, pensons-nous, offerts au nouveau baptisé par celui qui l'avait régénéré ou par celui qui l'avait présenté aux fonts sacrés : et tels étaient assurément ces médaillons dont fait mention S. Zenon de Vérone (1. i, tract. 14,4), comme ayant été, dans les premiers siècles de l'Église, distribués aux néophytes ; ils portaient une triple empreinte qui probablement était un symbole de la Trinité au nom de laquelle s'administrait le baptême. M. De* Rossi regarde aussi comme étrennes baptismales quelques lampes, et spécialement celle du musée de Florence, si connue des antiquaires. Celte lampe qui, comme on sait, a la forme d'un navire, fait voir à la poupe un personnage manœuvrant l'aviron, et à la proue un autre personnage élevant les mains en signe d'actions de grâce. Au sommet de l'antenne est une tablette avec l'inscription oominvs legem dat valerio severo EVTROPi vivAS, inscription allusive, selon toute apparence, à l'admission de Valerius Severus, par le baptême, au sein de l'Église, figurée ici par le navire • Le Seigneur donne sa loi à Yalerita Severus, L'acclamation eytropi vivas indiquerait que cet Eutrope était le ministre du baptême auquel Valerius Severus, le nouveau baptisé, aurait offert cette magnifique lampe de bronze en témoignage de reconnaissance. Ces interprétations, que nous empruntons à l'illustre archéologue romain, ne nous semblent pas moins plausibles qu'ingénieuses. (On peut voir à notre art. Lampes chréliennes le dessin delà lampe de Florence.)

EUCHARISTIE. — De tous les mystères du christianisme, l'eucharistie était celui que, dans

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les premiers siècles, il importait le plus de dérober aux yeux des profanes et de Toiler à ceux des catéchumènes. L'idée d'un Dieu fait homme, livrant à sa créature sa chair en aliment et son sang en breuvage, était tellement en dehors ou plutôt au-dessus des conceptions de Tesprit et des ambitions même les plus audacieuses du cœur humain, qu'elle ne pouvait manquer d'être pour les idolâtres, et même pour les adeptes incomplètement initiée, l'objet d'une surprise pareille à celle qu'elle excita dans les disciples, alors que pour la première fois elle fut énoncée par la bouche du Uaitre : c Cette parole est dure, s'écrièrent-ils, et qui la peut écouter? » durtis est hic sermo, et quis potesi etim audire? (Joan. vi. 61.)

On comprend assez les dangers aussi bien que les scandales que pouvait soulever cette sublime nouveauté tombant, sans une préparation suffisante, dans des âmes neuves ou dans des esprits hostiles. C'est ce qui explique pourquoi, soit dans son langage écrit, soit dans son langage imagé, Tanliquité épuisa, pour atténuer les dangereuses splendeurs d'un tel mystère, toutes les prudences de la discipline de Tarcane (V. VarU Discipline du tea^et). Les Pères grecs l'appellent le bien, tô à-jotik'v, ou, s'il s'agit des deux espèces, les biens par excellence, rà àfarfià (V. Suicer. Thesaur, eccl. ad voc. 'A']fa09';. ^). Les liturgies orientales ont cette poétique formule, interprétée par le 'poète Fortunat [Cat-m, xxv. 1. ui) :

Corporis Agni margaritum ingens.

« La riche perle du corps de TAgneau. »

Selon une doctrine bien connue et qui trouvera plus loin son développement, l'eucharistie c'est le POISSON. Ainsi lisons-nous dans la fameuse inscription de Pectorius d'Autun : « Prends, mange et bois, tenant ixOu; dans tes mains. » L'épitaphe d'Abercius, évoque d'HiérapIe en Phrygie, monument plus ancien encore (V. Garrucci, Mélanges d'épigraphicy \" fascicule), exprime la même pensée en termes un peu différents : « La foi me conduisit, et me présenta pour aliment le poisson... très-grand, très-pur, que la Vierge chaste tint dans ses bras. » Toutes ces expressions voilées suffisaient au fidèle qui en avait la clef; elles ne révélaient rien à cielui qui n'était pas initié. S. Zenon de Vérone (Invitai, ad font, m) appelle la sainte eucharistie Desiderata, « ce qui est désiré. » Nous en pourrions citer beaucoup d'autres encore -, mais nous avons hâte d'arriver aux monuments figurés, que nous devons surtout ici interroger. Or les emblèmes qui y sont retracés pour rappeler aux fidèles l'auguste mystère, sont empruntés, tantôt à l'Ancien Testament, tantôt au Nouveau.

L — On sait que l'histoire biblique fournit un certain nombre de figures de l'eucharistie, considérée soit comme sacrifice, soit comme sacrement. Celles-là doivent seules obtenir ici une mention spéciale qui ont été reproduites par les

arts d'imitation, parce que nous ne saurions douter que les premiers chrétiens ne leur aient attr. bué une valeur figurative.

1" Comme figure évidente du sacrifice eucharistique, nous avons une mosaïque de Saint-Vital de Ravenne datant du sixième siècle (Ciampini. >W. mon. n. tab. xui), et représentant le sacrifice de Melchisédech, comme il est rapporté au quatorzième chapitre de la Genèse (V. à l'art. l/f««c,III, la scène ici indiquée, ainsi que son explication).

2* La manne dont le Seigneur nourrit son peuple dans le désert figurait l'eucharistie, en tant que sacrement ou aliment : c'est l'opinioD de presque tous les Pères. Tout en signalant l'immense supériorité de la réalité sur la figure, notre Sauveur daigna exprimer lui-même les rapports de l'une à l'autre : « C'est ici le pain qui est descendu du ciel. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts ; mais celui qui mangera de ce pain vivra éternellement • (Joan. VI. 59), patres vesiri manducaperunl manna in desertOy et moriui sunt; qui manducai hune panem, vivet in œternum.

Les monuments primitifs du christianisme n'avaient révélé jusqu'ici que des représentations en quelque sorte contestables du miracle de la manne ; quelques-unes de celles où Ton est convenu de voir invariablement la multiplication des pains nous ont néanmoins toujoui*s paru devoir être interprétées dans ce sens. Mais aujourd'hui nous avons une fresque des catacombes où le fait est représenté d'une manière indubitable, et entouré de circonstances qui lui donnent une signification eucharistique certaine. Nous omettons ici les développements qu'on lira dans un article spécial sur la Manne.

3** La position critique de Daniel dans la fosse aux lions, si souvent retracée dans les monuments, était bien certainement destinée à figurer celle des chrétiens au milieu des persécutions. Si donc la nourriture que le prophète Abacuc lui apporte par l'ordre de Dieu et qui consiste ordinairement en un pain et un poisson (V. un sarcophage d'Aries dans Milliu. Midi de la France. pi. Lxvn, et les mémoires de la Société des antiq. de France, t. xxxv. p. 77. Tombeau de Bresda. V. le sujet à notre art. Daniel), n'est pas la figure de l'eucharistie, ce pain des forts dont les fidèles se munissaient dans leurs épreuves, et que souvent les diacres portaient aux confesseurs de la foi dans les prisons, nous ne saurions vraiment quelle interprétation lui donner ! Nous avons une preuve évidente de ce fait sur le sarcophage de Brescia, cité plus haut, où, avec le pain, Abacuc présente à Daniel le poisson mystique. On a regardé aussi quelquefois ces aliments comme l'image du soulagement que les prières des vivants procurent aux âmes du purgatoire. Mais ce sens n'exclut pas l'autre. (Pour ce sujet, voy. la gravure de l'art. Sarcophages, III, et aussi celle de Fart. Daniel),

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