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Parmi les rares tituli de la Gaule qui portent des signes de ponctuation, nous avons remarqué ce- Itii-d V (Le Blant. pi. n. 223), et ailleurs (228) 'î^ ou ^ , qui se trouve aussi dans les inscriptions r-omaines, avec quelque modiûcation "bs- (De* Rossi. » - 102), et qui n'est autre chose que Ta de Técri- ^Tïre grecque cursive. Ailleurs, c'est un simple pwinl, mais de forme triangulaire (De' Rossi. i. 94. ^Mttim. — Le Blant. n. 231 et ;?a««m), etc.
Xous pourrions pousser beaucoup plus loin cette «^numération, mais elle risquerait de devenir pué- J^ik car, à part le signe affectant la forme d'une 1"»^uille, qui est assez fréquent pour qu'on doive "Supposer qu'il constitue un système arrêté de ponctuation, tout le reste n'est, pensons-nous, qu'affaire de fantaisie chez les lapicides.
Nous devons cependant rapporter, en terminant, !;ne inscription du cimetière de Callisle (Boldetli. ^1), où la ponctuation est marquée par le mono- Sramme du Christ :
lAXTAniA ^ n PACE QTAE
Tixi? ^ AK.fOâ XVIII, elc.
^l une autre (p. 349) dont tous les mots sont séparés par des croix, indépendamment des points:
m. ■+■ EAL. -♦- MAR. 4- FOn.
TTînrLA. -+- QVE. ■+■ BIXIT. -4- AK». -*- L. -h ET. -4- MES -4-
Si Ton pouvait s'en rapporter pleinement à l'exac- ^lude de Boldetti, on devrait placer la dernière à ^ue époque un peu basse, eu égard à la forme des
croix, qui s'éloigne beaucoup de la simplicité de ce signe sacré à sa première apparition sur nos monuments. Olivieri (Mai-m. Pitaur, p. 66) a publié une épitaphe grecque dont tous les mots sont séparés par le monogramme du Christ ; mais le monument parait suspect à M. De' Rossi.
Vers la On du quatrième siècle, ou plus sûre« ment au commencement du cinquième, la croix ornementale, de la forme dite équilatérale, commence à se montrer dans les inscriptions de Rome (V. De' Rossi. Inscr. I.
p. 33). Dès les premiers temps où elle prévaut sur les autres formes du signum Chrisli, elle est employée dans le corps des inscriptions. Un peu plus tard, l'usage s'établit de la placer en tête des iituli (R. S. t. I. p. 345).
IV. — De Vorthographe des inscriptions chré-' tiennes. C'est surtout dans la classe des épitaphes ou inscriptions funéraires des premiers chrétiens que s'observent des caractères dénotant la corruption de l'orthographe. On aurait tort néanmoins de tirer de ces défectuosités grammaticales des conclusions défavorables à l'antiquité de ces monuments, car, dans les premiers siècles de notre foi, la plupart des fidèles, sortis des conditions infimes de la société, se préoccupaient bien plus de la pureté des mœurs que de celle du langage.
Commençons donc par parler de l'orthographe lapidaire en général. D'après les auteurs qui ont traité cette matière, et en particulier GoUzius, Fabrelti, Boldetti, la différence qui existe entre l'orthographe lapidaire et celle du discours ordinaire, vient de ce que les Romains, dans les inscriptions, se sont conformés à la prononciation ; car nous savons par Cicéron et Aulu-Gelle que la prononciation différait de l'écriture. Une raison qui n'est pas non plus sans valeur, c'est que, dans ce genre de composition, on s'étudiait à imiter le style et l'orthographe antiques, plutôt que de se régler sur la prononciation moderne, bien qu'elle fût plus correcte, et sur l'orthographe du discours écrit. Et la source de celte coutume provenait probablement de ce que, au temps de Cicéron, les hommes cultivés avaient déjà abandonné l'ancienne prononciation pour la laisser aux gens du peuple. Ainsi, sur les marbres même publics, écrits à la meilleure époque de la langue des Romains, la lettre e est souvent employée pour i. C'est pour cçla qu'on rencontre souvent sur les marbres des mots sentant le barbarisme, et qu'on a pu regarder comme le résultat de l'ignorance des lapicides; de telle sorte que ceux qui ne sont pas initiés à cette vieille orthographe se trompent souvent dans l'interprétation des inscriptions et dans la détermination de leur âge.
Nous trouvons dans Goltzius (Thesaur. Roman, antiq.) et dans Fabretti les principaux chefs de cette orthographe lapidaire. Nous allons en reproduire quelques-uns qui, étant communs aux.
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inscriptions chrétiennes et aux romaines, ouvriront Fintelligence des premières à ceux qui aspirent à se former à Tétude de Tanliquilé ecclésiastique. Nous omettrons tout ce qui est encore en question, aussi bien que ce qui ne revient pas directement à notre sujet, car on ne doit pas oublier que nous nous adressons aux commençants; les honunes expérimentés n'ont pas besoin de noire aide.
A. — !• La diphthongue ab est le plus souvent écrite ai sur les anciens marbres : aire pour aère, — aeternai pour aeterrae, — bonai pour borae, etc.
CORSTAilTfAK FILIAI CAniSSIMAE QDII
vixiT.... (Passionei. p. 16. n. 30.)
2» Le génitif féminin des noms de la première déclinaison se termine quelquefois en aks : favsti-
KAES pour PAVSTINAE, PRISCAES pOUr PRISCAE, ClC
3' On trouve, à la place de Te initial d'un mot, la diphthongue ae : aego pour ego, etc. 4' AD pour AT : adqve pour atqve, etc.
B. — Rien n'est plus fréquent que la substitution du B au V, et réciproquement, non-seulement sur les marbres, mais aussi sur les monnaies dont les légendes él aient cependant gravées avec beaucoup de soin. Ainsi : albei pour alvei, — sibe pour sivE, — ivBENis pour ivvENis (De* Rossi. I. 107. n. 207), — sEBBvs pour serws, — bidvs et bibas pour vivvs et vivas, — bobis pour vobis, etc. Le v pour le B : placavile pour placabile, — vase pour
BASE, — VEJIEMERESTI pour BENEMERENTI, — IfCCOMPA-
RAVILES pour iNcoMPARABiLES (De' Rossi. loc. laud,).... Ces substitutions sont surtout fréquentes avant le quatrième siècle.
C. — Dans quelques noms propres, celte lettre est assez souvent employée pour g : calba pour
GALBA, — CALLVS pOUr GALLVS, — REFRICERIVS pOUr
RBFRiGERivs (Roldctti. 346). Quelquefois le c est mis pour le Q ; cikqve axnis (Fabrelti. p. 424. n. 383), et réciproquement : ovr^vm pour cvram. D'autres fois il est redondant : ivkcxit, — vicxït, etc.
D. — Il est mis quelquefois pour le t : qvodan- Ms pour qvotarnis, et réciproquement bet pour
SED, — QVIDQVIT pOUr QVIDQVID (ItlSCT, d'AfU. Lo
Blant. I. 31), etc. Ailleurs, bien que rarement, il est remplacé par un c retourné d : Gollzius et Muratori en fournissent quelques exemples; mais peut-être cette substitution apparente n'est-elle que reflet de la négligence du graveur qui aura oublié la ligne verticale du d.
E. — Rien n'est plus fréquent que l'emploi de cette lettre pour l'i : cives pour civis, — soledas
pour SOUDAS, — DOLEA pOUr DOLU, — CENETRIX pOUr GEKITRIX, — MERETO pOUr MERITO, etC. C'cSt SUrtOUt
dans les inscriptions chrétiennes que cette conversion se présente souvent. On peut voir, dans Fabretti, cvbecvlaru pour cvbicvlaria, — anima DvtcEs pour ANIMA DVLCI8 (De' Rossi. I. n. 370), —
m SOMNO PAGES pOUr PACK, — OBIET pOUr CRUT (De
Boissieu. 581), — fvet pour fvit, — arcvtissemvs
pour ARGVTissiMvs (Lc Blant. i. 42), — in xpihouese pour R0M1XE (Id. 66). On trouve souvent dans les inscriptions de la Gaule tetolvm ou tetyltm pour TiTVLVM (Le Blant. i. pp. 340-342). C'est encore ici une note de haute antiquité ; car Varron [de re rust. i. 3) dit que les prêtres de son temps, chez lesquels l'ancienne prononciation s'était conservée, disaient veam pour viam, — vellam pour viLLAM. Nous voyons aussi la diphthongue ei prendre sur les marbres la place de l'i : eidvs pour
IDVS, — LEIBERTAS pOUr UBERTAS, CtC
F. ~ On lit souvent sur les marbres romains la lettre f pour ph : dafne pour daphne, — tkiti- FATou pour TRivMpDATOR, ct daus les inscrip!ions chrétiennes neofitvs pour neophitvs, etc. La letire F, mais renversée, remplace quelquefois le v :
VlUIR pour VUVIR, — AMPLIAilT pOUr AMPLUm, -
DU! pour Divi, etc. Cependant nous n'en connais sons pas d'exemples dans Tépigraphie clirétienne.
H. — Cette lettre tantôt abonde, et tantôt manque, même sur les pierres du meilleur goût et de la plus certaine antiquilé. Ainsi nous lrou< vous ERES p»ur DERF^s, ct par contre hegit pour egit,
— HAVE pour AVE ; il en est quelquefois de même dans les noms propres : uoctavu (Boldetti. p. 287i. Parfois, là oà manque le ii devant un v voyelle, celui-ci (v) prend la nature du v consonne, comme dans une inscription du recueil de Gori (p. 119), où nous lisons vivs pour uv ivs.
1. — Nous avons dit que I'e est quelquefois remplacé par l'i ; de même on renco:)(re assez souvent i'i pour Te sur les marbres de la plus ancienne époque : cavias pour caveas, — ki pour si,
— po-XTiPix pour po.NTiFEX. On trouve souvenl sur les marbres, sur ceux de la Gaule en particulier, REQviisciT pour REQviEsciT (Le Blant. i. 37-07 et passim). L'épitaphe de S. Eusèbe à Veroeil (Gazzera. p. 91), monument du quatrième siècle, fait lire ExpoMKS pour expo.nens, et igm pour igxe. Souvent aussi on lit l'i redoublé à la place de I'e. Ainsi, dans Fabretti (p. 397. n. 219), privigilmo- BiiNiiMnEu.NTi pour pruiigenio-be!iem!':rekti. Ce savant pense que ce sont les quadratarii grecs qui introduisirent cette orthographe dans les marbres romains, à raison de la ressemblance de I'h grec avec le double i : n. 11 en donne pour preuve que les mêmes monuments oii le double i est employé pour I'e font lire aussi ordinairement le a grec pour L latin.
A une époque plus récente, les graveurs ajoutent par euphonie un i en tète des mots qui cornmenccnt par une double consonne : ispiritvs (Reines, cl. XX. n. 328), — iscribonivs (Boldetti. 407). — isTEFANvs (Buonarruoli. Vetri 112). Nous lisons même dans Lupi une épitaphe où l'i est ajouté à uu mot commençant par une simple consonne : iMARiTATA pour MARiTATA (Maraugoni. Ad. S. Yictp. 100).
K, L, M. — Nous n*avons pas d'observations spéciales à faire sur ces trois lettres, si ce n'est que le k est souvent remplacé par le c et récipro-
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civement, et que le l est parfois écrit en grec i, c-omme on a vu plus haut.
N, 0, P, Q. — La lettre n est quelquefois retranchée dans certains roots où elle doit être : eciTx pour comvx, — crescbs pour crescens, — jffisES pour HERSES, etc, etc.
La lettre o usurpe de temps en temps la place d.e Tf : dederokt pour oederynt, — sont pour synt,
TRIOMPHTS pour TRIYMPHYS, CtC.
De même le p est souvent mis pour b : apsens
peur ABSEHS, — PLEPS pOUr PLEBS.
Le Q se voit employé pour le c : peqviiia pour FncTxu, — qvosqtomqve pour qyosctmque» — qvoi ponr CTi, ou qti, — qvoits pour cvivs. Mabillon o\>sieiTe encore que cette lettre est quelquefois mise sur les marbres comme signe de ponctuation, ou o«mme ornement entre les lettres composant un nnéme mot : ptderqtiana, nom écrit sur la porte cJe l'église de Sainte-Pudenlicnne à Rome, et où Je Q est superflu.
R, S, T. — Rien de particulier à noter sur la Snremière de ces lettres.
La lettre s est souvent redondante : avxsilivm,
\xsoR, comme encore à la fin de certains mots :
«iro.MFAxs, — pELixs, ctc. Cctto Ictlro se trouve sou- -^vent réduite à la forme du r grec sur les marbres «clirétiens ; Reinesius, Lupi, etc., en citent d'innombrables exemples : rEPTiMsr ERACLivr qvi vixit v5Mr.... (Lupi. p. 54); à partir du troisième siècle, ie ti^iita grec z prend la forme dite lunaire c : EnvraTo zociMOC (Lupi. Sev. epitaph, p. 102), Re~ pietcii Zozimus, EnCn la lettre t se substitue assez souvent au d :
iîFBES pour ADFUIES, — AT-IT pOUr AD-ID, CtC.
V, Y, OY. — Nous avons déjà vu que le v prend soQTent la place du b. — 11 se substitue quelquefois aussi à Ti : — AVRVFEx pour avrifex; et encore â la lettre o : octveris pour octobris (Le Blant. ib.), — svboles pour socoles, — negvciator pour necocuTOR (De Boissieu. 595) ; sacerdvs, dans Tépitaphe <le S. Rusticus, évéque de Lyon (Id. 569); et enfin >la lettre t : illvricom pour illtricvm, — svria pour STRIA, — svhmacvs pour symmacvs (De' Rossi. i. P' 172) ; et ceci n'est pas particulier au style lapidaire. Un marbre d'une haute antiquité dans ^pi porte SVREROTEM pour stneroteu.
Nous remarquons que les marbres chrétiens n^ontrent quelquefois la lettre v sous sa forme i^nde c. Hais dans le tUulus que rapporte Lupi, ^1 qui semble postérieur au quatrième siècle, Tu Ile parait que dans les sigles numériques, ce qui ^onne à penser que le quadrataritis l'a ainsi for- 'ïié, afin de mettre une différence entre les éléïïients des mots et ceux des nombres (V. Pelliccia. '*». 153); car dans la même inscription le v a toui<^r8 sa forme ordinaire quand il entre dans la imposition des mots.
La lettre t parait aussi sur les marbres à la place ^u V : sTARivH FORvii pour svarivm. Oii doit dire ^^me que cette orthographe avait tellement prévalu que les graveurs Tobservaient presque tou- ^ ^ars au commencement des mots. Ainsi lisons-
nous sur un marbre du cimetière de Blasilla (Cf. Pelliccia. voL laud, p. 153) :
AGATORI IN P QVI riXIT AXN
Âgalori inpace qui vixU annoê, etc.
Enfin les anciens, les chrétiens surtout, employèrent la diphthongue ot dans les inscriptions latines, écrites en caractères grecs, genre d'inscriptions dont nous parlerons bientôt : aoyna pour AVNA, — nobeinbrëibotc pour KOBEMBRiBvs, Hovem^ bribus.
Pour résumer ce qui précède, nous devons faire observer : !• que la différence qui existe entre l'orthographe lapidaire et celle du discours commun, ne doit pas être attribuée à l'ignorance ou à l'impéritie des graveurs ; 2* que cette orthographe ne prouve rien contre l'antiquité des marbres. Nous ne voulons pas méconnaître néanmoins la part qui doit être faite à la négligence et à l'inhabilité des ouvriers dans ces défectuosités, principalement en ce qui concerne l'abréviation des diphthongues et la suppression de lettres nécessaires.
V. — Des inscriptions latines écrites en carac ières grecSy et des épitaphes latino-grecques. La coutume d'écrire des inscriptions de différents genres en lettres grecques était déjà reçue chez les anciens Romains : c'est ce dont on peut s'assurer en jetant un coup d'oeil sur les recueils de Reinesius (Glass. xx n. 110-118. etc.) et de Dont (Glass. u. n. 158. p. Mo). Les chrétiens adoptèrent cet usage. Quelle en est l'origine? C'est ce qu'il serait difficile de dire au juste. Était-ce manie de giéciser, comme chez nous est venue la manie d'anglican iser ? Ou bien faut-il adopter Tinterprétation de quelques savants qui supposent qu'on voulait ainsi indiquer l'origine grecque du défunt? Ce qu'il y a de plus probable, c'est que ceux qui écrivaient le latin en lettres grecques le faisaient parce qu'ils n'avaient pas 1 habitude de l'alphabet latin.
A ses débuts, l'Église de Rome se composa en grande partie de Grecs, de Juifs et d'Orientaux, qui tous parlaient la langue grecque. Car il ne faut pas oublier qu'avant d'arriver à Rome, le christianisme avait passé par Antioche, cette capitale gréco-orientale du monde romain. Parmi les chrétiens de Rome que S. Paul nomme dans ses Épitres aux Romains (xvi. 7. 15. 21. 25), aux ColoS" tiens (v. 10. 12), à Timothée (iv. 21. 23), il s'en trouve vingt-trois qui portent des noms grecs. Cet apôtre écrivit en grec son épitre aux Romains ; S. Pierre et S. Clément, écrivant au nom de l'Église de Rome, se servent aussi du grec. Le pape Victor (195-202) est cité comme le premier qui dans l'Église de Rome ait composé des ouvrages en latin.
Quoi qu'il en soit, nous allons rapporter quelques exemples de cette espèce dlnscriptions. Dans Boldetti (Cf. PeUic. p. 154), du cimeUère de Priscille:
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BAAE. PU DIKTuPU ♦H El 4>EIAEIE COrAI BEITAAEH!C1I
ce qui revient à : Valeria Victoria feci (pour fecit) filiœ 8uœ Vitalianœ. En voici une du même genre, reproduite par le P. Lupi {Sev. p. 61) ; elle est du musée Kircher :
dene/aecent «maie
eEOA'^PE ETE BIÇIT
;aiicic XI Aiiic xvri
Beneremenii filiœ Theodorœ qiiœ vixit mesis (pour menses) xi. dies xvn. Quelquefois des lettres grecques sont entremêlées aux latines, comme dans cette épitaplie du cimetière de Cyriaque (Boldetti. 345) :
AALZANATO BEKC UEPEXTI IN nACE
Mais comme, cliez les Romains, on en vint à mêler dans la conversation des mots grecs aux latins pour se donner Tair de cultiver la langue des Hellènes, cette affectation gagna jusqu*aux femmes, et les poètes satiriques du temps, Juvénal et surtout Martial, ne se firent pas faute d'exercer contre un tel ridicule leur verve acérée (V.Martial. I. X. epigr. 68). Or cette promiscuité ne tarda pas à s'introduire dans le style lapidaire lui-même. Vous trouverez en plusieurs endroits de Fabretti, de Boldetti, de Lupi, des marbres où Tacclamation L\ PAGE est écrite en grec au bas d'une épitaplie latine : en eipiinu. M. De' Rossi transcrit {Inscr, christ, t. I. p. 122) une inscription grecque de la fm du quatrième siècle, en tête de laquelle les années, les mois et les jours du défunt, ainsi que les noms des consuls, sont en latin. Le tituîui suivant est au musée Kircher :
IVLIAE SEVEPAE KVPI....
AFAeii, etc.
où l'on voit Juîia Severa appelée, dans une épitaplie latine, des qualifications grecques ktpia afash, domina hona. En voici une qui est toute grecque (Lupi. p. 64), à l'exception du mot page qui est latin, mais écrit en caractères grecs :
KVPUKUTU FAVIATE (pOUP rATErTATU)
Ailleurs on lit même (Boldetti. 400) :
KATABECEIC EN HAKE.
n nAKE.
On peut voir dans le même auteur d'autres monuments du même genre, et de plus des inscriptions romaines écrites avec les notes numérales des Grecs.
Rien n'égale la bizarrerie d*une épitaplie donnée par M. Perret (v. pi. x. n. 23) ; ♦AEciCT-Fe«7,
BiKTopiÀ- Ktctona, deux mots latins écrits en grec; le reste en grec : matpo*» AcrNEPir», Nutritori i«yncrito, . . .
11 est très-remarquable que l'usage de mélanger ainsi les lettres grecques avec les latines a persisté jusqu*au onzième siècle. Voici, en effet, une inscription qui se lit sur les portes de bronze de Saint-Paul hors des murs, portes qui ne remontent pas plus haut que cette date :
HARTA LE02f STIA TV8 VEXIAM
mui poc
CO BEATVS
 Tavant-demière ligne, la lettre initiale du mot ROGO (pocco), à moins qu'on ne lise posco, e$t grec que, de même que celle du nom pahtalsoh, d an lieu de p. Ici la confusion fut sans doute le fait de l'ouvrier, qui était Grec, car on sait que ces portes furent faites à Gonstantinople l'an mlxx.
Peut-être sommes -nous en droit de conclure de ceci que toutes les inscriptions de cette nature appartenant à Tantiquité sont dues, elles aussi, à des quadratarii grecs.
VI. — De la phraséologie lapidaire commune aui chrétiens et aux païens, La religion chrétienne ne répudiait que l'idolâtrie ; aussi nos pères ne craignirent jamais de suivre les traces des anciens en tout ce qui ne présentait rien d'essentiellement profane, ni de directement incompatible avec leur foi. Ils adoptèrent notamment sans scrupule l phraséologie classique dans toutes ses formults inoffensives, ou qui étaient susceptibles de se plier à un sens chrétien.
Avant donc de définir les caractères qui di^liD■ guent d'une manière bien tranchée nos monnnleD:^ épigraphiques de ceux des anciens, nous devoLs d'abord dire un mot de ceux qui sont communs aux uns et aux autres.
Cet examen devrait se porter en premier lieu sur les signes exprimant, dans les monuments funéraires, Tin vocation aux dieux mânes : D. M, ou en grec : e. x. Mais nous avons traité celte intéressante question dans un article à part (D. N.i, auquel nous prions le lecteur de se reporter. Ite même pour les mots locvs et loca, indiflëremment ado]>tés dans les deux cultes pour désigner le tombeau (V. l'art. Loculus).
\ • Les chrétiens, comme les idolâtres, eurent la coutume de marquer sur leurs épitaphes les jours de la mort et ceux de la vie du défunt. Plusieurs antiquaires, entre autres Mabillon, Fabretti et surtout Fontanini, ont avancé à tort que la mention des calendes et des nones était un caractère exclusivement propre aux chrétiens ; le P. Lupi a ea raison de rejeter cette opinion. Mais celui-ci parait se tromper à son tour en invoquant en faveur de sa thèse quelques épitaphes du recueil de Cruler, où les calendes et les nones marquent, non pas le jour de la mort, mais bien celui de la dédicace du tombeau (V. PeUiccia. m. p. 205). Il ne nous est
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néanmoins pas possible de douter, en présence de plusieurs tituli empruntés à Gruter par Lupi luimême (Crut. p. DLuvin. i. — dxcix. 9), que les païens niaient été dans l'usage de noter, comme les chrétiens le firent plus tard, le jour de la mort par les calendes, les nones et les ides.
Outre le jour de la mort, les anciens notaient aussi celui de la sépulture (Fabrelti. lib. n) :
SEPVLTl. EST. A. D. Tl. K. ArBILIS....
Et ailleurs :
CCHCOITA. ZlII. K. OCTOBHIS....
Mais de ce que les épitaplies païennes marquent, soit le jour de la dédicace de Tautel sépulcral, soit celui de la mort, par les calendes, les nones et les ides, tout ce qu'on est rigoureusement en droit de conclure, cest que les fidèles leur empruntèrent cet usage, mais nullement que ce point de conformité puisse induire à confondre les unes avec les uulres. Ce qui rend une telle confusion impossible, c'est que, chez les chrétiens, la mention des nones. ides, elc, est presque inTariablement accomp>agnêe d'une formule étrangère aux anciens, du nîol deposilio par exemple, ou de tout autre expri- X nant une déposition passagère que doit terminer 1-a résurrection finale.
?• Les chrétiens imitèrent encore leurs ancêtres ^ans le soin de marquer sur leurs épitaphes les années, les mois, les jours et jusqu'aux heures de Sa vie du défunt. Que tel ait été l'usage des païens, «'est ce que prouvent une foule d'inscriptions ^^'on peut lire dans le deuxième livre de l'ouvrage de Fabrelti et ailleurs. Quant aux chrétiens, comparaison faite, il paraît que la mention des heures fst chez eux plus fréquente, toutes choses égales pour tout le reste. Superllu de citer les épitaplies faisant mention des années, mois et jours : il n'en «t presque pas une dans Tantiquité d'où cette mention soit absente. Qu'il suffise d'en rapporter «ne ou deux où les heures sont notées. La preniièreest prise de Boldetti (p. 344) ;
DOROTBO PILIO DVL CISSIHO QTI TIUT M. TI.
D. XI. OR. un. 15 PACK.
Et qu'on ne croie pas que ce soin si minutieux 3il été pris seulement pour un enfant, à raison de ^«i brièveté de sa vie, qui ne s'est pas prolongée au '^elà de six mois, vingt jours, quatre heures. Voici ^ne autre épitaphe où la même exactitude est ob- ^rvée, bien qu'il s'agisse d'une vierge de dixbuit ans, deux mois, vingt-sept jours, quatre heu- ''^îs (du cimel. de Processus dans Lupi. p. 56) :
SKIfTABU BIROO PTBLLjk QVE ▼UUT À2GI0S XTIII. MES. DTO. XXTII. OR. III.
Telle était aussi la coutume des chrétiens grecs f fioldetti. p. 39i) :
CTE^ASIH EUCE!! BTB E KHAEC. À. BMB PAC. I. BwPAQAZ EXHTA.
Stephania visÀi annos quinque^ meme$ quatuor, dies duodecim, horas decem, irreprehensibilis, « cinq ans, quatre mois, douze jours, dix heures. »
On alla jusqu'à noter des fractions de l'heure. Des" inscriptions païennes ajoutent quelquefois un s après la désignation des heures (Fabretti. 96. 117). Orelli, qui reproduit le monument (/n«cr. laL sélect, t. ii. p. 325. n. 4718), n'hésite pas à voir dans ce caractère l'indication d'une demiheure, et il serait difficile d'en trouver une plus plausible. Ces détails minutieux n'étaient pas toujours négligés par les disciples du Christ. Nous en ayons la preuve dans l'épitaphe d'un enfant qui n'avait passé sur cette terre qu'un temps bien court (Fabrelti. 95. 218), un an, huit jours, trois heures et demie.
IXXOCEKTITS. IXfOCENTIO PILIO. PIO. PRO. INROCEXTIA. SVl DEREMBREICTI. QVI. TIZIT
aa:(o. tro. dieots. viii. oras. m s