‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 154 sur 281 · LAUR · texte numérisé non relu

LAUR

ques de la secte, Eusèbe de Nicomédie, Maris de Ghalcédoine, Teognis de Nicée, Léontius d'Anlioche, Antonius de Tarse, Menophantes d'Éphése, Numenius, Euuiius, Alexandre et Asterius de Gappadoce, sacrifièrent tous aux dieux des gentils sous la persécution de Dioctétien.

On doit reconnaître, néanmoins, que quelquesuns de ces évèques avaient été consacrés dans TÊglise avant l'apparition de Tarianisme. D*où il faut conclure, ou que les évoques qui les ordonnèrent ignoraient leur chute, ou que, dans certains cas, rËglise jugeait à propos de déroger en cela à la discipline commune. Baronius (Ad an. ?55. n. 8) et quelques autres accusent Thistorien Eusèbe d'être tombé dans le crime d'idolâtrie. Le P. Peteau [Animadv.in Epiphan, hœres. lxiv. n. 2), llaei [Origenian, i. 4) et Pagi (Cnïtc. ad Baron. an. 251. n. 6) chargent aussi Origéne d'une telle tache, sur le témoignage de S. Ëpiphane. Valois (Nol. in Emeh. vi. 39), Ëllies Dupin (Bihiiot. i. p. 144) et Guillaume Gave (Hitl. Hit. i. p. 128) cherchent à l'en laver, Duguel (0pp. laud. i. p. 209) prouve assez bien que c'est un bruit fabuleux, que les ennemis d'Origène inventèrent longtemps après sa mort, et que S. Épiphane avait admis sans preuve.

Quant aux évoques et aux clercs tombés en temps de persécution dans le crime d'idolâtrie, ils étaient, comme les laïques, admis à la grâce de la pénitence, mais dégradés de leur ordre, exclus de leurs fonctions, et même de la participation aux saints mystères en qualité de clercs. C'est ainsi que Trophime fut traité au temps de S. Corneille et de S. Cyprien. Celui-ci affirme (£;pi«/. xlxvhi) que cette règle était en vigueur à Rome et dans tout le monde catholique. Un concile d'Afrique, au nom duquel il dut écrire aux Églises d'Espagne, s'était prononcé dans ce sens contre deux évèques de celte centrée, Basilide et Martial, lesquels étant tombés, prétendaient se prévaloir de leur pénitence pour retenir leurs sièges. Nous trouvons la même règle dans les canons de Pierre, évoque d'Alexandrie (can. x.— Cf. Bingh. n. 315), et dans ceux du premier concile d'Arles (i. 13) qui met au rang des tombés, non-seulement ceux qui avaient sacrifié et abjuré la foi, mais aussi ceux qui avaient livré les vases sacrés et les livres saints (Y. l'art. Traditeurs) : tous ces clercs sans distinction devaient être à perpétuité éloignés du ministère des autels; cependant on pourrait trouver dans l'histoire ecclésiastique des exemples de réintégrations arrivées à une époque d'un certain relâchement dans la discipline, ou dans certains cas exceptionnels où l'Église, dans sa sagesse, jugeait qu'il était plus avantageux pour ses intérêts de rétablir ces tombés dans leurs grades que de les en tenir pour toujours éloignés.

IV. — Souvent on vit les lapsi consoler l'Église par l'ardeur avec laquelle ils se relevaient pour courir au martyre. Ainsi plusieurs de ceux qui avaient succombé sous Dèce, prima acte, se relevèrent généreusement plus tard, secundo prœlio

(Gyprian. Append. p. 17), sous Gallus probablement. Un fait extraordinaire en ce genre se produisit dans la passion des martyrs de Lyon, sous Maro-Aurèle : c'est que ceux qui avaient apostasie furent néanmoins laissés en prison avec les autres, et que, par une grâce spéciale, il leur fut donné de revenir à la foi et de la sceller de leur sang.

LAUDES. — V. l'art. Office divin, I.

LAURENT (S.). — Nous avons dans les dissertations du P. Lupi (Disêert. e lett. 1. 1. p. 192- 197) deux monuments antiques représentant le martyre de S. Laurent. Le premier est un camée où l'on voit le saint diacre étendu sur le gril : deux bourreaux attisent le feu au-dessous, un troisième apporte du bois pour l'alimenter. Le second objet est un médaillon de plomb. Le martyr est représenté au moment où, retourné sur le gril par un satellite, il rend son âme à Dieu : cette âme est figurée sous l'emblème d'une femme qui s'élève, les mains jointes, au-dessus du corps, et reçoit sur sa tète une couronne d'un bras isolé qui est la personnification de Dieu le Père (V. l'art. Dieu). L'empereur est présent, assis sur un siège curule, la tête laurée, portant d'une mm un sceptre, et de l'autre faisant un signe de commandement. Un deuxième satellite se tient debout près de lui. Nous avons donné cette médaille à notre article Ame. Elle a pour légende svcEssi vivAs; et Successa est représentée au revers s'offrant elle-même à Dieu devant le tombeau du diacre martyr, avec un flambeau à la main. Un verre

donné par Arevalo (In Prudent, p. 936) le représente aussi sur le gril, le ventre du côté du feu, et son nom, lavregiv, est écrit en haut.

En sa qualité de diacre, S. Laurent est toujours représenté avec l'Évangile à la main, parce que l'office du diacre était de lire l'Évangile (V. fart. Évangile). C'est le type ordinaire que voici : S. Laurent y porte le vêtement connu sous le nom de birrus (V. ce mot). Dans une mosaïque du sixième siècle qui se voit à Saint-Laurent in agro Vereno de Rome, église fondée et dotée par Constantin, il porte un livre ouvert où on lit ces paroles qui expriment le zèle du saint diacre pour les pauvres : Dispersit, dédit pauperibtu (Ciampinî. Yei. mon-

UUR

LÂZA

(a6. uvi. 2). On lui donne aussi pour attribut une <roix , et souvent une croix gemmée (Arin-

ghi. n. 354), pour montrer sans doute qu*il porta la croix de Jésus-Christ jusqu'au martyre, ou bien encore pour désigner sa qualité de diacre , car, en celte qualité, il était cliargé de porter la croix dans les offices divins.

C*est probablement pour cette raison que le même attribut lui est aussi donné dans les vieilles mosaïques. Ainsi, il porte la croix et l'Ëvangile dans la mosaïque de la basilique de Galla Placidia de Ravenne {Vet. mon.

I. UTii), monument du cinquième siècle, et il est debout devant le gril enflammé. Dans un

fond de verre, il a le monogramme du Christ derrière la tète comme une auréole avec W d'un côté, Tm de l'autre, ce qui signifie que celui dont le nom divin est abrégé sous cosigne habitait dans rame du saint marlyr (Bottari. tav. cxcviu). 11 est quelquefois représenté assis entre S. Pierre et S. l'aul (Garrucci. Velri, xx, 7), pour indiquer que ces deux apôtres ayant introduit S. Laurent dans la cité céleste, lui en font les honneurs en lui donnant la première place (V. Buonarr. p. 104). Dans un autre verre, il est représenté seul, avec celte légende : victor vivas in nominb uvreti vBuonarr. xix. 2) ; il est probable que cette coupe aTait servi à quelque agape, donnée à l'occasion àe h fête du saint martyr, qui se célébrait à Rofue avec beaucoup de solennité (V. la gravure à Tart Agape) ; on voit dans le sacramentaire de S. Grégoire qu'on y célébrait deux messes (édit. Menard, p. 119). Celles qui se disaient près du tombeau du saint m agro Yerano n'avaient pas lieu dans la même église, mais dans deux églises différentes et juxtaposées, l'une appelée major et lautre êptciosior et nova : celte dernière renfer- ^nait les reliques du martyr (Y. De* Rossi. Buleil. ^rcheoL 1864, p. 43).

LAVEMENT DES MAINS (x»>«*). — V.

l'art. Ablutions, III.

LAZARE (résurrection de). — S. Jean Chrysostome (BomiL ix) pense qu'en ressuscitant Lazare, Jésus-Christ a voulu dire : Moi qui ressuscite un homme, je ressusciterai un Jour tous les hommes. Un grand nombre de Pères de l'Église, entre autres S. Ambroise (De fid, reêurr, 1. ir. §77) et S. Grégoire de Nysse (Serm, de patch, et resurrect.), interprètent dans le même sens ce miracle du Sauveur.

C'est donc pour tenir sans cesse en éveil dans le cœur des premiers chrétiens la pensée consolante de la résurrection de la chair, pensée bien nécessaire surtout pour soutenir leur courage au milieu des persécutions, que les pasteurs de l'Église faisaient reproduire à satiété la résurrection de Lazare dans les catacombes et dans les monuments chrétiens en général. Aussi ce sujet est-il un de ceux qui se présentent le plus souvent, sur les sarcophages comme sur les simples pierres des loculi, dans les peintures des cimetières comme dans les mosaïques des églises (Ciampini. Vet. mon. II. tab. 97). Prudence lui consacre un qua* train dans son diptyque (xxxviii) :

Conscius insignis facti, locus in Belhania Vidit ab inferaa te, Lazare, sede reversum. Adparet scissum fractis foribus monumentum, Uiide putrescentis redeunt membra sepuUi.

« Témoin d'un fait insigne, un lieu k Béthanie, le vit, 6 Lazare, revenu des demeures inférieures. Ouvert, les portes étant brisées, apparaît le monument d'où sont sortis les membres à demi corrompus de celui qui y avait été enseveli. »

Et on tenait si fort à retracer toujours et partout ce salutaire souvenir, que, à défaut de l'image de Lazare peinte ou sculptée sur les tombeaux, on fixait à l'extérieur de ces monuments des statuettes en métal ou en ivoire qui le représentaient (Boldelti. Cimit. p. 525).

Pour se conformer à l'usage des Juifs et aussi au récit de S. Jean (xi. 44), les artistes anciens figurent habituellement Lazare comme une petite momie enveloppée de bandelettes, la tète voilée d'un suaire, qui le plus souvent encadre la face et la laisse à découvert (Buonarr. Yetri. tav. vu. 1), et placée debout à l'entrée d'un édicule -, Notre- Seigneur est devant lui, qui le touche avec une verge (c'est le type commun), ou étend vers lui la main droite, tandis que de la gauche il tient un volume à moitié ouvert (Bottari, tav. xxvni. XLU et alibi). Quand sa main droite est libre, il bénit ordinairement la momie à la manière latine (Aringhi. u. 121). On le voit aussi parfois imposer la main sur la tète de Lazare (Id. ii. 183). Nous avons remarqué une fresque du cimetière de Calliste (kl. I. 565) où la momie ressemble exactement à une chrysalide. Serait-ce une allusion parlante à la résurrection ?

Les sculptures de quelques sarcophages de la

LAZA

LAZA

Gaule (V. au musée lapidaire de Lyon. n*764; — et MUlin, Midi de la France, Allas, pi. lxv, n* 5) font voir la momie étendue par terre, sans le

tombeau.

Les bandelettes et le suaire sont ordinairement blancs, ainsi qu'on peut s'en assurer par quelques verres (Buonarr. vu. 2. — Perret, iv. pi. xxxii. 97), dont le fond est d'or, comme presque toujours, et les draperies de la momie d'argent. Cette manière d'ensevelir les morls venait sans doute de l'Egypte; c'est le système de momification tel que nous le voyons employé pour les nombreux corps qu'on transporte en Europe dans un but de curiosité ou de spéculation. Que cet usage fût reçu chez les Juifs, c'est ce que nous savons, non-seulement par le sujet qui nous occupe, mais encore par les figures du livre de la Genèse citées par Buonarruoti, d'après Lambèce (Bibl. Cœ$, 1. ii. p. 1008), où l'on voit les corps de Jacob et de Rachel ensevelis d'après celte méthode. Le ménologe de Basile montre aussi enveloppés de bandelettes, institis^ei le suaire autour de la face, le cadavre de Miellée (v^un.), ainsi que celui de Josué (i sept.), lequel est placé dans un sarcophage où se trouvent sculptés en bas-relief Adam et Eve.

Les chrétiens adoptèrent aussi le même usage en certains lieux, comme on le peut conclure du témoignage des Pères et d'autres auteurs qui parlent des insUtœ, Le ménologe de Basile, déjà cilé, fait voir ensevelis de cette manière le corps de S. Philaréte (xi dec.) et, ce qui est fort bizarre, les âmes de S. Ammon (iv dec,) et de S. Alexandre (ix nov.) s'envolant au ciel dans ce costume.

Le sépulcre de Lazare est une espèce de grotte taillée dans la roche vive, selon la coutume des Juifs, et il est probable qu'il était un peu élevé au-dessus du sol et qu*on y montait par quelques degrés, comme le montre la gravure ci-dessus ; car, à peu prés partout, il est figuré comme un édicule précédé d'un péristyle et d'une rampe. Contrairement au texte sacré, quelques artistes (Buonarr. vu. 3) ont donné à ce tombeau une porte à deux battants, tandiis que, comme le fut plus tard celui du Sauveur, il était fermé par une pierre. Parfois (Aringhi. u. 351) le sépulcre est creusé dans la roche brute et ne présente

aucune intention d'architecture, et sur les deux montants de l'entrée s'élèvent des arbustes, symbole du séjour céleste (V. Fart. Arbres).

Moins initiés peut-être aux coutumes des Juir$, certains artistes ont représenté Lazare couché dans un sarcophage, tantôt strigilé (Botlari. tav. uxxn), tantôt orné de tètes de lion, oa peutêtre soutenu par des sphinx, motif très-rare dans

les monuments chrétiens (Id. tav.

cxcui).

Severano et Aringhi font observer que les artistes ainsi que les écr> vai ns ecclésiast i (|ues donnent à Lazare la taille d*un enfant, sans doute pour indiquer qu'il revient à une nouvelle vie.

Cependant S. £piphane (Hcpres. ism] dit avoir trouvé dai& les traditions qu'il avait trente ans quand il fut ressuscité, et qu'il vécut encore trente anné« après. On obserw au cimetière de Saint-Hermés (Aringhi. II. 529) une fresque où, par une singulière idée d'artiste, la momie est debout, in piano, sans rédicule accoutumé, et sans aucun point d'appui. On voit qu'il existe dans ces diverses représentations des variétés assez notables; nous en citerons . encore quelques-unes, entre beaucoup d'autres que nous devons négliger, faute d'espace.

Les peintures et les verres dorés ne proiuisent que les deux personnages essentiels, Jésus ressuscitant et Lazare ressuscité : on le voit dans le verre orbiculaire qui est ici gravé ; nous ne connaissons à cette règle qu'une seule exception, qui est fournie par un fragment de mosaïque qu'a publié le P. Marchi (Monum. tav. uvhK et où figure une des sœurs de Lazare prosternée et tendant les mains vers le Maître. Ce qui est une exception pour les peintures de tout genre est une règle invariable dans les basHneliefs des sarcophages. Cette classe de monuments, en général plus modernes, présente toujours celte touchante scène complétée par la présence de Marthe et de Marie, comme dans cette gracieuse sculpture du cimetière du Vatican: Marthe est debout à ii droite du Sauveur, et Marie agenouillée en arriéra (Bottari. xui), selon le récit évangélique (Jean, u- 32) ; quelquefois celle-ci est seule, prosternée ou agenouillée, aux pieds du Sauveur (Id. i. 5i3 ei alibi), ou baisant respectueusement sa main (Id.i. p. 423). Une curieuse pierre sépulcrale du recueil de M. Perret (iv. 13)| malheureusement brisée,

LEÇO — i

prctaite derrière Noire-Seigneur deux nuins qui reslent seules du personnage de Harie.

Il UTÎTe quelquefois que la scène s'élai^it encore, de façon a admettre, conrormément au tcle sacré [tbid.), plusieurs disciples do Sauveur vers lesqntb il se tourne «mine pour exciler l«r altention ou ■ inioquer leur (émoi' gnige {¥. I) gravure}. An contraire, on rencontre de tanps en temps, notininent sur les pierres sépulcrales [lé. ]. 19), la nioiiiie de Lazare seule àuis son édicule, et sans No:re-Sei-

Dans la 'manière de grouper les libres e( les personnages, les arlistes chrétiens des premiers siècles semblent s'être étudiés à rapprocher cer- (itnsfails de l'Ancien et du Mouïeau Testament qui on( enire eui quelque analogie. C'est ainsi <pie presque partout, mais particulièrement sur les sarcophages, le sujet de Hoîse frappant le rocher fait pendant ii la résurrection de Lazare. Us sont même quelquefois réunis, par exemple dans le même compartiment d'une fresque d'arraw/i«ni (Aringlii. ii. 123); et dans une autre fresque du cimetière de Saint-Hermès {Ibid. 529), Jésus-Ctirisl et Hoise oITrent une conformité à peu près complète de Yétement, d'attitude et même de Tisage. Le rapprochement de ces deui sujets se trouve mime sur de simples pierres sépulcrales (Perret- t. pi. luu. 29), et on comprend qu'il aiail pour but de rappeler aux fidèles la loulepuissance de Dieu, qui sait, quand il lui plaît, taire sortir de l'eau d'un rocher aride et rappeler â latieun mort de quatre jours.

Le tombeau de Lazare, comme mémorial d'un des principaux miracles de Notre-Seigneur, fut cooserré avec soin par les lidèies, qui, au témoignage de S. Jérôme {Epitt. u), le visitaient pieusement, en même temps que les sanctuaires et 'Dires lieux mémorables de la Palestine. Le même docteur écrit encore (De foc. Hebr. verbo Belha- *w) qu'on avait bàli sur ce tombeau une église, que Belle mentionne à son tour. Cesanctuaire dut ^e construit après (^nstantin, car l'ilinérairo de Jérusalem écrit du temps de cet empereur n'en fajipas mention.

LEÇO:iS. — Y. l'art. Oflîce divin. Append. 2.

I LECTEURS. — C'éUient des clercs dont l'oF- Accconsistait à lire publiquement dans l'église les

AimO. CBBtEl.

7 — LECT

saintes Ëcritnres. Ils montaient pour remplir ce oHlce à l'ambon qui, pour ce motif, est quelquefois appelé le tribunal dei ieeteurt (Sozomen. ii. t). Les lecteurs èlaient au^si chargés de la garde des

liiTca saints. Ter-

lullien {Pratcript.

xti) et S. Cjprien [Epiil. ixxiii) sont les premiers • qui fassent mention de cet ordre. On aurait tort néanmoins d'en conclure que l'ordre des lecteurs n'existait pas avant ces Pères. On a des inscriptions qui le font remonter bien au deli de celte époque (V. De' Rossi.

Buliet tS71,p.32), et les auteurs les plus graves en font une institution des temps apostoliques. Pendant les trois premiers siècles, tes fonctions de lecteur étaient surtout confiées aux chrétiens qui avaient confessé la foi devant les païens et les bourreaux. Cependant on prenait souvent, pour les remplir, des juunes gens et des enfants. S. Épiphane, évèque de Pavie, fut ordonné lecteur à huit ans, et S. Félix de Noie dès ses jeunes années (Bingham. Origin. eccla. u. 31). On sait que Julien l'Apostat, fort jeune encore, avait éié lecteur dansTÉglise de Nicomèdie'.Socra t. Util. ecci. 1. m. c. i). Un marbre antique de la cathédrale de Fiesole nous a conservé le nom d'un jeune iessits rokvlvs, qui axait été ordonné lecteur à quinze ans (V. Buonarr. Yeti-i. p. 115); et une inscription de Viviers en France mentionne un lecteur mort à Ireiae ans — siveavs

LECTOR IHHOCEHS QVI VIXIT IB FiCB lIIflM TBBDECR («c)

(Hillin, Midi de la Fr., t. a, p. iOH). C'est aussi à rA;;e de treiie ans que S. Damase pape avait été d'abord exctplor (V. l'art. Exceptore*), puis lecteur dans la basilique du Saint-Sauveur, où son père avait déjà exercé les mêmes fonctions (Ant. Merenda. Ad S. Danum 0pp. PrologoTo. p. 115. Palrolog. Higne. c. xiu). Au contraire, nous avons à Rome (De' Rossi. i. p. 216. n. 507) l'épiUplie d'un Bvrinvs lectos, qui, au commencement du cinquième liéde, exerçait ces modestes fonctions à l'âge de trente et un ans.

Voici un verre doré où Notre-Seigneur est vu imposant les mains à deux enfants, nommés l'un ivsTïs, l'autre electvs (Buonarniotî. tav. xvu, 2). Le P. Garruni, dont nous reproduisons le dessin. lit ce dernier nom cisrva. Le savant antiquaire florentin voit dans celte représentation un sj-mbole de l'ordination au grade de lecteur que ces jeunes chrétiens auraienlreçue; et il pense qu'un père de famille aurait fait exécuter cette image

LECT

LEGI

comme un mémorial de la consécration de ses deux fils au service des autels.

Les lecteurs avaient quelquefois auprès de leur évèque une position toute de confiance qui prouve que plusieurs étaient d*un âge mûr, et restaient peutH&tre dans cet ordre toute leur vie. G*est ainsi que nous voyons S. Just, évèque de Lyon, se faire accompagner, dans sa fuite en Egypte, par son lecteur Viator, seul confident de ses projets : solo consiliorum participe (Ap. Surium. 2 sept.).

Dans les grandes Églises d'Orient, comme celles d*Antioche et de Gonstantinople, il y avait un grand nombre de lecteurs, organisés en une espèce de corporation, sous la présidence d'un chef, appelé primiceriuM leclorum (ConciL Antioch. sub Domno). Mais les fonctions des lecteurs étaient plus étendues chez les Grecs que dans TÉglise latine. Gomme les Grecs n*avaient pas d*acolytes, le lecteur en remplissait chez eux rofïîce, consistant principalement à allumer les cierges et les lampes de Tautel, à précéder le célébrant avec un flambeau à la main pendant la célébration des saints mystères.

La fonction du lecteur étant regardée comme très-importante, et la plupart d'entre eux étant pourvus de cet ordre dans la première jeunesse, il y avait des écoles où on leur enseignait Fart de lire, et où surtout on les initiait à Tintelligence des divines Écritures (Isid. Hisp. De ecles. offic, n. 11). Il parait que Tinstruction qu'on leur donnait était assez étendue : on peut du moins le conclure d'un passage de S. Augustin (De consens, evang, i. 15). Celui qui présidait celte école s'appelait primicier de V école des lecteurs; M. Fabbé Greppo a illustré Tépitaphe d'un STsrnANvs qui remplissait ces importantes fonctions dans l'Église de Lyon au sixième siècle {Revue du Lyonnais. t. xui. p. 185).

Il nous reste un grand nombre d'inscriptions mentionnant cet ordre de la cléricature (Y. Greppo. ibid, p. 194). Passionei (Inscr, ant, p. 112) en publie une qui est de 461. Le P. Narchi donne

(Articrist. p. 26) l'inscription du lecteur Auguste, que ses fonctions attachaient à la basilique du Yélabre : legtoris dk beubev, et celle d*uQ autre lecteur du titre de Fasciola, auquel est donoé ie nom singulièrement élogieux d'ami des pawTes

(p. 27) : CINMAMIVS 0PA8 LECIOR nTTLl FiSaOlE

AMicvs pâvpERVN (V. aussl p. 198). Nous aToos dans le premier volume de M. De' Rossi (p. ii) le titulus d'Héraclius, lecteur de la deuxième région, et (p. 62) celui d'un lecteur de Pallacim, titre qui est aujourd'hui celui de Saint-Marc. Le premier est de 358, et le second de 348.

Le même savant publie et illustre dans scii Bulletin (1867, p. 51) l'épitaphe du lecteur leo- PARDvs, du titre de la basilique Pudentienne, et cette inscription portant la date de 384 est le plus ancien monument qui mentionne ce titre.

En Arrique, les lecteurs étaient chargés de lire toutes les Écritures, y compris TÉvangile, au l^ moignage de S. Cyprien ; il en était de mèmedsris les Églises d'Espagne (ConciL Tolei, i). Le lim est le principal attribut du lecteur dans les monuments figurés. C'est ce qu'on peut 'voir dansk bas-relief d'un nymphœum de Pisaure (Padaud. De Christ» biUn. tab. m), et mieux encore dans le verre doré reproduit plus haut et où l'on â^tir.* gue un rouleau, volumen, entre les mains de

e IVLIVS.

LECTIONNAIAES. — V. Part. Utra liivgiq^es, lY.

LEGIO FULMIITATRIX. — Ceci est un épisode de la guerre de Marc-.\urèle contre les tribus barbares du Danube,*en 174 de notre ère C'est dans le pays des Quades, près de la mière de Gran, qu'eut lieu le mémorable évéoemeot designé par le titre du présent article.

I. — Voici, en résumé, le récit de l'historien Dion, qui vivait au milieu du ii* siècle (1. uii> ^ Au plus fort des chaleurs de l'été, les Romains s'étaient laissé envelopper par des multitudes ennemies, en un lieu désavantageux et qui manqui^t d'eau. Ils semblaient condamnés à périr, soi! paf les armes, soit par la soif. I^ Quades, après l« avoir longtemps harcelés par des attaques acharnées, mais toujours repoussées, avaient fini p^r^^' laisser se consumer sous les feux du soleil, lorsque tout à coup des nuées s'amoncellent au ciei ^t versent sur les Romains des torrents de piuie. fl non sans la volonté des dieux, > dit toujoun l'historien. « Ce bienfait, ajoute-t-il, rendit la >»« aux Romains, et alors on les vit lever la tèle tl recevoir l'eau dans leurs bouches, puis ils la relevaient dans leurs casques et dans leurs bouclier^ pour s'abreuver à Taise, et, avec eux, leurs ckvaux. Les Quades, les voyant ainsi occupés, cnirent le moment propice et se précipitèrent pouf les accabler *, mais le ciel (ap. Xipbil. lsxi, M' ' s'arme alors contre les ennemis des Romains et lance sur les Quades des flots de grèle arec des tonnerres qui les brûlent et les dispersent. > "

LEGI —>

< Ainsi, on voyait en an même lieu l'eau et le Teu descendre du ciel pour rarralchir et désaltérer les nos, pour brûler et Taire mourir les autres, >jus- (|a'à ce que les barbares, se déclarant vaincus par une Torce surbumaine, vinrent, en jetant leurs innés, demander â leurs ennemis un abri contre les OanmieB qui les dévoraient.

Od Toit par ce curieux récit de l'bistorien Dion qu'il crojail fermement â une intervention du cid. El tous les écrivains païens qui rapportent le lut etprîment les mêmes convictions. • La gloire, dit le poêle Qaudien, n'en appartient point aux chefs d'armée, • laa» ibi nulla duatm {Païugyr. vi. OMnbl. UoBOrii. poem. xiiii]- Des témoignages analogues sont fournis par Capitolin, contemponin de Dioclétien et de Constantin, par Tbemi»liusqui, lui aussi, vivait au iv* siècle (V. TillemoDl. Bitl. emp., t. n, p. 369}, elc.

Les auteurs appartenant au christianisme ne sont pas moins unanimes â reconnaître et à proclamer le caractère miraculeux de la victoire de Harc-Auréle. Mais si les uns et les autres sont d'accord sur ce point, ils diffèrent totalement sur la cause i laquelle le prodige doit être rapporté.

I«s païens en font honneur aux divinités de VEmpire, et en parlioïlier i Jupiter Plunos. C'est ce qu'atteste l'un des basrebefs de la colonne inionioe dont nous donmns ici le croquis, et qui Rwntre cette divinité, les bras étendus, jetant la ploie d'un cÀté et b foudre de l'autre.

Quelques-uns supposnent que cette délinanoe surnaturelle était l'œuvre de ia piùssance magique qui dominait les dîenx enxHnëraes et forçait U ciel à s'ouvrir. Dion attribue (loc. laad.) les conjurations qui avaient ■mené un tel résultat à deux nugicitiis,

itgyptien .^muphis qui était de la suite de l'empereur, et Julien , originaire de Chaldée. ti'iDtres enfin étaient d'avis que ce prodigieux ouragan avait été obtenu par la vertu et 1 es prières de Harc-Auréle lui-même. ■ Ses prières (de Marcioréle), dit Capitolin (A.ntonin. PkUotoph. mv], eurent le pouvoir de faire tomber la foudre sur les machines de guerre de l'ennemi, et obtinrent de b pluie pour son armée qui mourait de soif, > fidmen de aela preeibut tuû contra hoitium maehiTiammtum exIûTiit, luîi pltaia impetrala quum $iU tahorarent. C'était aussi l'opinion de Claudien,

qui écrivait âSO ans après l'événement {Panegyr. V. 347 et suiv.): < Les vertus de Uarcus ont pu mériter toute obéissance du dieu tonnant. >

II. —Comme nous l'avons dit plus haut, ceux da nos. écrivains qui ont mentionné le fait ne sont pas moins alTirmatil^ ([uant à l'intervention divine ; mais ils attribuent la délivrance de l'armée de Hirc-Aurèle aux soldats chrétiens (pii se trouvaient dans cette armée et qui se seraient mis en prière pour obtenir la protection du Dieu véritable.

Le premier auteur dont on invoque le témoignage pour celte délicate question est S. ApolUnaire d'Hiéraple, autorité on ne peut plus imposante, puisque cet évèque était contemporain de Marc-Auréle. Halheureusemeul , Eusèbe, qui le premier mentionne ce témoignage dans sa chronique et dans son Hùloire ectléiia$tique (v. 5), ne nous fait point connaître le texte; et tous ceux qui depuis ont cité cette source, l'ont fait sur la foi de l'évéque de Césarèe. Hais nous ne sommes pas réduits à ce seul auteur : nous avons d'abord TerlulUen, dont le texte est on ne peut plus aflirmatif {Apolag. v et ad Seapulam, tv) :

Marcui quoque Aureliut in Gemtaniea expeditione chriilianorum tnitilum orationibut ad Deum fadit, imbre in titi illa impetravil {Ad Scap.]; puis S. Grégoire de Nysse [Oral.

Il In IL martyr.}, S. Jérôme [In Etueb.

chronie. ad an, 114), Orose, auteur de la fin du IV* siècle {Hitl, adt. pagan. vu, 15), et enQn Xiphilin, abrévîateur de Dion Cassius an xf (Lixi, 9, 10).

m. — Mais l'hommage le plus significatif qui ait été rendu à la puissance de la prière chrétienne en cette mémorable circonstance serait dû à l'empereur lui-même, qui, dans une lettre écrite aux magistrats de l'empire et au sénat pour leur annoncer sa victoire, aurait proclamé qu'il la devait aux supplications adressées à leur Dieu par ceux de ses soldats qui professaient la religion du Ctu-isl. Si cette pièce importante nous eût été conservée) on comprend que la question serait Iran-

LEGI

LETT

chée de la manière la plus incontestable ; mais elle avait déjà disparu du temps de Justinien, c'est-à-dire dès le premier quart du yi* siècle, car c*est au règne de cet empereur ou peu après que les critiques fixent la fabrication d'une autre lettre destinée à remplacer la première; celle-ci, reconnue apocryphe par Scaliger, Saumaise et en dernier lieu par Tillemont (Hist. emp., t. n, p. 560), est imprimée à la suite de la seconde apologie de S. Justin, et rapportée aussi par Onuphre et Baronius (ad ann. 174). Mais cette substitution ne semble-t-elle pas supposer la préexistence d'une vé- - ritable épitre impériale dont on déplorait la perte, et que l'on aurait tenté de refaire de mémoire, ce ' qui expliquerait les grossières invraisemblances où sont tombés les faussaires du vi* siècle?

Quoi qu'il en soit, Ton ne voit pas trop comment on pourrait se soustraire à l'assertion si formelle et si explicite de Tertullien au sujet de ce grave document. Voici ses paroles (Apologet, v) : c Mous vous montrons, écrit-il, un de nos protecteurs dans le vertueux empereur Marc-Àurèie, dont les lettres assurent que Parmée romaine, épuisée de soif en Germanie, fut désaltérée au moyen d'une pluie obtenue par les prières des soldats chrétiens, • chrisiianorum forts miliium precationibus impelrato imbri. L'Apologétique fut écrit en 200, c'est-à-dire vingt-six ans à peine après l'évènetnent dont il est ici question ; Tertullien y parle de la lettre impériale de façon à faire croire qu'il l'avait eue sous les yeux; et comment supposer qu'il eût osé invoquer contre les païens une pièce qui n'eût jamais existé, et cela à une époque où tant de témoins oculaires eussent pu se lever pour le convaincre d'imposture?

Eusèbe cite la lettre d'après Tertullien; mais, ainsi qu'Orose, il se borne à dire que, de son temps, la croyance générale était qu'elle existait encore, exitare etiam nunc apud plerosqve dicun- <iir (Gros, vu, 15); S. Jérôme, au contraire, en traduisant ce passage de la chronique, l'affirme positivement, exilant.

Le mot forUj c peut-être, • expression dubitative, que fait lire le texte de Tertullien cité plus haut, suppose que Marc-Àurèle ne se prononçait qu'avec unecertaine hésitation sur l'intervention du Dieu des chrétiens; mais on conçoit qu'un empereur idolâtre, et même persécuteur des fidèles, devait éviter de se mettre en trop flagrante contradiction avec lui-même et de heurter de front les préjugés des Romains. Et comment s'étonner de ces timidités, quand on voit, deux siècles plus tard, le premier des empereurs chrétiens, Constantin, se condamner lui-même, sur certains points, à des réserves dont l'ardeur de sa foi avait tant k souffrir ?

On se demande encore comment il se fait que, convaincu qu'il devait la victoire au Dieu des chrétiens, Marc-Aurèle ait paru l'attribuer aux divinités de l'Olympe, en mettant en scène sur la colonne Antonine Jupiter Pluvius?

. Ceci pourrait s'expliquer par les mêmes raisons

qui nous rendent compte de rambiguîté de son langage; mais ce qu'il y a de mieux à dire, c est que la colonne Antonine ne fut point érigée par Marc« Aurèle, mais bien par son successeur Commode.

lY. — 11 reste néanmoins une question â résoudre, et celte question n'est pas sans importance : existait-il dans l'armée de Marc-Aurèle une légion entièrement composée de chrétiens, et cette légion s'appelait-elie Fulminante, Fulminairir?

Une seule chose nous semble pleinement démontrée, c'est qu'il y avait dans celte armée des soldats chrétiens et que la victoire fut attribuée à leurs prières. Les écrivains ecclésiastiques n'afOrroent rjen de plus. Tertullien dit simplement: diristianorum militum precationibus impelrcto imbri [loc. laud.), Orose ne s'exprime pas autrement : invùcalione nominis ChriHi per milUet chmtianoê [loc, laud.). Eusèbe affirme, d'après l'autorité du seul Apollinaire, l'existence de cette légion chrétienne. Mais, comme nous l'avons fjit observer ci-dessus, cet historien ne nous a pas mis dans le cas d'apprécier la valeur du texte de révêque d'iliéraple.

Il n'est pas moins difficile d^ad mettre qu'il y eût une légion appelée Fulminante. Les monuments attestent que, déjà sous Néron (Onuphre dit même sous Auguste, et il cite des inscriptiousi, la xn* légion, nommée par quelques-uns Mélitine, d'une ville de la petite Arménie où elle avait éié, dit-on, levée, portait le nom caractéristique de Fulminata; mais rien ne prouve qu*il y en eût une appelée Fulminairix. Xiphilin paraît être le premier (au XI* siècle) qui lui ait donné ce titre (Xiphil. loc, laud,). Tout au plus pourrait-on alléguer en faveur de celte opinion que Marc-Aurèle ne fit, après la délivrance de son armée, que chaih ger la dénomination de Fulminata en Ftdmhuh trix. Mais ce ne serait qu'une assertion purement i gratuite. Sous M. Antoine, la xu* légion était con- | nue sous le nom de Antiqua (V. Mozioni, sec. u. | not. 65). On suppose que plus lard elle put être nommée Fulminata, à cause d'un foudre qae les soldats qui la composaient portaient, comme épisème, sur leur bouclier ou sur toute autre partie de leur armure. Quelques monuments découTerti à dilférentes époques donnent un certain poids ï cette supposition. Un tombeau de Modène (Id. /- /•) fait voir, parmi d'autres pièces d'armure militaire, une cuirasse ayant un foudre à la partie qui correspond à l'épaule. U est présumable que celte cuirasse put être appelée thorax fulminalvs, et par suite Fulminata la légion qui l'avait pour insigne distinctif. On a découvert à Pompéi une statue da tribun militaire M. Olconius Rufus dont la cuinsse est aussi ornée d'un foudre sur chaque épaule.

Page 1