LETTRES ECCLESIASTIQUES. - I
Avant d'entreprendre un voyage, les premiers chrétiens se présentaient à leur évêque, et toi demandaient une attestation, ou tessàre, <«^' seratio hospitalitis, dit Tertullien au livre des i^-f;criptions (cap. xx), lettres de recommandation qui
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leur serraient pour se faire reconnaître, pour être admis à la oommunîon el à l'hospitalité des commaoautés chrétiennes chez lesquelles ils passaient. Comme les fidèles n'avaient rien de caché pour ceux qui, selon Fexpression de S. Paul, étaient \s& domestiques de la foi, domestici fidei (GalaL m. 10), et ayec lesquels ils ne faisaient qu*un même corps : Corpuê sumus de comcierUia relijUHiis, el disciplinœ unitate^ et spei fœdere^ c nous Êiisons un même corps par rengagement k la même religion, l'unité de la discipline, le concert deTespérance • (Tertull. i/M>/. xxxix), ils devaient oser des plus grandes précautions pour ne pas recevoir des imposteurs, des infidèles, ou des chrétiens errants ou frappés de quelque juste anathéme, à la participation des saints mystères et aux douceurs d'une conversation à cœur ouvert. Aussi les ConttUuiioiu apostoliques (c. x) frappentelles d'excommunication ceux qui auraient reçu saDs celle espèce de passe-port, prœter commeitdaiitias HUeras, un clen*. ou un laïque qui n'étaient jas en règle avec TÊglise. Et, bien que cette s(Hurce de documents soit moins ancienne que sou nom semblerait le supposer, il n'est pas douteux que l'usage qui y est consacré ne fût déjà en vigueur du temps de S. Paul, puisque cet apôtre allègue aux Corinthiens la notoriété de sa personne et de ses œuvres pour se dispenser d'exhiber les siennes (2 Cor, ni. 1.) : i Avons-nous besoin, comme quelques-uns, de lettres de recommandation auprès de vous ou de votre part? ■ numquid egemut {sicut quidam) commendatiliU epiUolis ad toi, aui ex vohis? Un des plus beaux exemples que nous puissions citer de ces recommandations est la lettre que les martyrs de Lyon remirent à S. h*énée lorsqu'il se rendit à Rome auprès du jnpe Éleuthére : c Nous te souhaitons en toutes choses et toujours, salut et bénédiction en Dieu, père Éleuthére I Nous avons prié notre très-saint frère et collègue Irénée de te remettre cette lettre. Nous te le recommandons et te prions de le regarder comme un homme rempli d'amour et de xèle pour le testament et la lot nouvelle du Sauveur. Si nous pensions que la dignité contribue au mérite, nous te le recommanderions comme un homme élevé à Thonneur du sacerdoce » (ap. Euseb. Hisl. eccL v. 4).
Lucien {De morte Peregrin. t. n. p. 766), qui comiaissait bien les habitudes hospitalières des chrétiens, trouve le moyen de les railler parce qu'ils s^étaient laissé tromper par un imposteur nommé Peregrinus, qui, après avoir longtemps abusé de la bonne foi des fidèles, finit par être découvert et chassé.
iulien, au contraire, pénétré d'admiration pour cette sage institution, voulut en doter le paganisme, auquel il s'elforçait de rendre la vie, en loi insinuant du sang chrétien dans les veines. C'est ce que nous apprenons de S. Grégoire de 'Nazianze, dans son troisième discours contre ce prince; et l'historien Sozomène, qui rapporte le ^me fait {HUt. eccL v. 16), transcrit une lettre
entière de l'Apostat à Arsace, grand sacrificateur de la Galatie, laquelle renferme les prescriptions les plus précises à ce sujet. Ce qui concerne les lettres de recommandation est surtout remarquable : fl Pénétré d'admiration principalement pour les notes et tessères des lettres épiscopales, par lesquelles on a coutume de se recommander réciiNroquement les voyageurs, il ordonna que, de quelque part qu'ils vinssent, les étrangers fussent reçus comme des connaissances et des amis, et fussent soignés avec bonté, sur le témoignage de notes de même nature. •
IL — L'assistance des étrangers et la sûreté du commerce entre les fidèles n'étaient pas les principales raisons qui déterminèrent l'Église à établir les lettres de communion. Elle avait des vues plus importantes et des desseins plus élevés. Les lettres de communion étant principalement pour les ecclésiastiques, elles servaient à unir les pasteurs lès plus éloignés, à ne faire de tous les évéques qu'un seul épiscopat, et de plusieurs sociétés chrétiennes qu'une seule Église, comme dit excellemment Tertullien (Prœscript. xx) : c Tant et de si grandes Églises ne sont pourtant qu'une seule et première Église, venue des apôtres, et de laquelle sortent toutes les autres. De cette façon* toutes sont la première Église, toutes sont apostoliques, lorsque toutes ensemble gardent l'unité, lorsque toutes ont la communion de la paix, et lappellation de fraternité, et la même tessère d'hospitalité, tous droits qui ne sont point régis par un autre moyen que par l'unique tradition d'un même sacrement. • Au contraire, les sociétés hérétiques n'entretenaient aucun commerce d'union et de charité, ni avec les Églises apostoliques, ni avec aucune de celles qui leur étaient unies, c Elles ne sont pas apostoliques (cap. xxxu), et les Églises qui, d'une manière quelconque, sont apostoliques, ne les reçoivent pas à la paix ni à la communion. • S. Optât (lib. u De sckism. Donat, n. 5) et S. Augustin (EpUt. xliv. 3) se servent de cet argument contre les donatistes , pour prouver qu'ils sont un démembrement de l'Egiise catholique, un ruisseau détourné de sa source.
El nous voyons ces règles mises en pratique dans toute la primitive Église. Ainsi les Pères du deuxième concile d'Antioche qui déposèrent Paul de Samosate, donnèrent avis de sa déposition au pape Denys, à Maxime d'Alexandrie et à tous les évèques du monde, afin qu'aucun n'entretint avec lui le commerce des < lettres de communion », et qu'on les adressât à Domnus qui lui avait été substitué (V. Euseb. HUt, eccL vu. 30). Lorsque l'élection du pape Corneille et Tintrusion de Novatien tenaient, dans les conunencements, les évèques éloignés dans l'incertitude et le doute, S. Cyprien fut d'avis de suspendre la communication des Églises d'Afrique à l'égard de l'un et de l'autre, et d'adresser les lettres au clergé de Rome, en attendant que les députés qu'il avait envoyés à ceUe Église lui apportassent des nouvelles propres à l'éclairer (Cyprian. Epist. xlv). Le même saint
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nous apprend dans sa quarante-deuxième lettre, adressée au pape Corneille, que les papes faisaient connaître leur promotion aux grands métropolitains, et qu'ensuite on n'exigeait d'eux aucun nouvel éclaircissement, à moins que leur élection n*eût été contestée. S. Cyprien (Epi$t, lxvh) écrivant au pape Etienne pour l'engager à écrire k son tour aux évéques des Gaules, et au peuple d'Arles en particulier, d'excommunier Marcien, évêque de cette ville qui s'était lié avec les nova- Uens, lui recommande de ne pas manquer de lui faire connaître celui qu'on aura placé sur ce siège, fl afin qu'il sache à qui adresser ses lettres. »
m. — Les lettres dont il est ici question portaient encore le nom de communicatoires, et s'entendaient d'une attestation de communion avec rËglise : elles furent aussi appelées, pour cette raison, < pacifiques, » paci/icœ, ou, d'un mot dérivé du grec, irenicœ^ ecclésiastiques, canoniques. C'étaient, comme on vient de le voir, celles que les évéques s'adressaient mutuellement pour témoigner de l'union qui existait entre eux en matière de foi, et pour faire connaître aux peuples les évéques avec lesquels ils pouvaient sûrement conununiquer. C'était un moyen de nourrir et d'entretenir la communion générale des Églises entre elles et de toutes avec l'Église mère. Mais comme ces lettres étaient sujettes à être falsifiées par les hérétiques, les trois cent dix-huit Pères de Nicée prescrivirent qu'elles fussent contre-signées par les lettres n, T, A, n : ce qui désignait les trois personnes de la Sainte Trinité, Xla-nip, Pater ^ TU';, Ft'/itM, *'A')ficv nv«ip.x, Sanctus Spiritus (Sarnelli. Leit.eccl, 1. 1. p. 7). Elles portaient souvent aussi l'initiale du nom de Pierre, dont la chaire était le centre où convergeaient, comme autant de rayons,toutes ces lettres dont le nom depacifiqueê venait surtout de h paix, qui est le fruit de la communion ecclésiastique (BulL 1868, p. 44). En Occident, les évéques le plus souvent les scellaient du sceau de leur anneau épiscopal (Augustin. Eptst. ccxvu. — ConciL Aurelian. i [In prœfat. Clodov,]),
Quand une lettre communicatoire, soit encore fl salutatoire • , avait été reçue dans une Ëglise particulière, la coutume était de la porter à la connaissance des fidèles en en donnant lecture du liant de l'ambon.
A l'exception de VÊpUre aux Hébreux, toutes les lettres de S. Paul sont des lettres communicatoires ; le grand apôtre les écrivait aux diverses Églises pour c communier avec elles, » et pour entretenir celle où il se trouvait dans le moment en la société de Jésus-Christ, avec les Églises auxquelles il adressait sa parole écrite.
S. Chrysostome fait mention des lettres de paix dans une de ses homélies sur la seconde Êpîlre aux Corinlhiens (Homil. ni), et Eusébe eu rapporte d'illustres exemples dans son Histoire ecclésiastique. La première (iv. 14) est la lettre de TÉglise de Smyme à l'Église de Philomélie et à celles du Pont touchant le martyre de S. Polycarpe; une autre des Églises de Lyon et de Vienne (v. i) au
sujet des premiers martyrs de leurs provinces, aux Églises d'Asie et de Phrygie; enfin il donne la lettre de S. Deny», évèque de Corinthe, auxLaoédémoniens, aux Athéniens, aux Nicomédiens, et à différentes autres communautés chrétiennes, afin de les confirmer dans la foi et de les maintenir dans l'uifion. Tout le monde sait que ces lettres, les deux premières surtout, comptent parmi les plus précieux et les plus vénérables monuments de l'histoire ecclésiastique primitive.
IV. — Les lettres de communion s'appellent encore lettres formées, liUerœ formaia, parce qu'elles avaient une forme déterminée, ou étaient écrites en caractères de convention, afin qu'elles ne pussent pas être contrefaites, sorte de chifire dont les catholiques seuls avaient la clef (?. l'art. Tessèresy II, 2*). Un passage de S. Basile (£/»</. cciii) semble favoriser cette interprétation. Peutêtre portaient-elles ce nom parce qu'elles étaient signées, scellées ou souscrites par quelques lémoins. Car TOTTo;, ou fùrma, signifiait originairement un cachet, comme huila le signifia depuis dans la basse latinité (Y. Duguet. Conférence ecclés, 1. 1. p. 450).
Quoi qu'il en soit, il parait que ce nom de lettres formées n'était pas commun à toutes les lettres de communion, mais spécial à celles que l'on délivrait aux ecclésiastiques. Nous en avons la preuve dans deux lettres de S. Sidoine Apollinaire. Par la première, il recommande à un évéque un des lecteurs de son Église, que ses affaires obligeaient à sortir de Clermont (1. vi. epist. 8) : < Cooune son nom, dit-il, est inscrit au rôle des lecteurs, j'ai dû lui délivrer, en sa qualité de clerc, une lettre formée, i L'autre, où il s'agit aussi d'un lecteur, fait lire des termes plus précis encore (vu. 2) : < En sa qualité de lecteur, il a dû obtenir de moi des lettres de l'espèce de celles qu'on appelle formées. • Les Grecs avaient aussi pour désigner cette sorte de lettres un mot équivalent i formées. Le concile d'Antioche (can. vin) les appelle < canoniques •, ce qui les distingue évidem* ment des autres qui étaient délivrées indiiïéremment à tous ceux qui voyageaient. Car, après avoir dit au canon septième : Ntdlus exlemus sine padficis suscipialur, ce qui regarde tout le monde, il dit au suivant : Nec presbyieri qui sunt in pagU dent CANomcAs epistolas. D'où il parait que les prêtres qui pouvaient donner les lettres ordinaires de communion dites pacifiques, n'avaient pas le droit de délivrer celles qui sont nommées canoniques, et qui, par conséquent, étaient difrérentes.
11 y avait encore cette différence entre le& lettres des laïques et celles des clercs, que les unes ne donnaient droit qu'à la communion, tandis que les autres étaient nécessaires même pour voyager. Nous avons vu que le concile d'Antioche avait défendu de recevoir aucun voyageur sans lettres de paix ou de communion, stnepaàficis» Mais celui de Laodicée défend â tous les ecclésiastiques de voyager sans lettres canoniques, sine litteris canonicis (can. xli). Les évéques eux-
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mêmes ne pouvaient entreprendre de longs Toyages sans lettres formées,^ qu^ils devaient recevoir des métropolitains, ou, en Afrique, du priaiat de chaque province : Placuit ut nullus efiKoporum navigei êine pormata primatiê, dit un concile de Carthage de l'an 397 (In cod, Afric. post can. Lvi). Le pape Zozime accorda à Patrocle, d'Arles, le droit de donner à tous les
éTè(|ues des sept provinces des Gaules des lettres formées pour venir à Rome ; et il déclara que ooD-seulement il ne recevrait aucun évêque ou ecclésiastique des Gaules sans de telles lettres, nuis qu*il séparerait de la communion ceux qui Tioleraient cette ordonnance (V. Duguet. i. p. 429).
V. * Le concile de Chalcédoine (can. xi) établit encore une distinction entre les lettres de recommandation, commendatiiiœ, qui se donnaient aux personnes d'une grande distinction, ou à ceux dont Thonorabilité avait été mise en question, et les lettres de cèmmunion qu'on accordait aux antres; il ajoute que ce sont celles-ci qu'on doit donner aux pauvres.
Nous voyons au reste par S. Jéréme, in Origene (De taipt. eccieê. t. iv. 0pp. p. 116), qu'une recommandation, tub ieilimonio eccle$iasiicœ eptsto/<F, était une recommandation bien puissante.
VI. — L'office de porter les lettres ecclésiastiques de quelque nature qu'elles fussent appartenait aux lecteurs et aux sous-diacres. Ainsi nous voyons (Cf. TiUemont. lu. p. 425) qu*un sousdiacre du nom de Gément fut chargé, pendant la vacance du saînt-siége entre S. Fabien et S. Gorndlle, de rendre la correspondance si active alors entre le cler,gé de Rome et celui de l'Église de Carthage, privée, elle aussi, de son pasteur S. Cyprien, qui avait dû se retirer momentanément devant la persécution. Plusieurs des lettres de S. Cyprien au clergé de Rome furent aussi portées par oe même Clément. Et le saint évèque de Cartbage raconte lui-même que cette discipline était tellement rigoureuse, que, devant dans une autre circonstance écrire au clergé de Rome, et n'ayant pas de derc sous sa main, parce que tous les siens étaient absents, il ordonna à cet effet Satu* rus lecteur, et le confesseur Optatus sous-diacre (Cypnen. Epiit. xxiv). On se servait néanmoins quelquefois d'un prêtre, quand à la charge de rendre une lettre à sa destination se joignait quelque mission délicate exigeant une prudence consommée. Ainsi, c'est par le prêtre Primitivus que S. Cyprien envoie.au pape Corneille l'épltre qu'il Itii écrit après la condamnation de l'antipape Novatien par le concile de Carthage, et ce prêtre était chargé d'expliquer verbalement tout ce qui s'était passé en Afrique à ce sujet (Tillemont. iT. p. 104).
L*usage de faire porter la correspondance ecclésiastique par des clercs s'est conservé, si nous en <^oyons Samelli (loc, latui, 9), chez les évêques ^ la Fouille, qui ont retenu une foule de pra- ^Ques de la vénérable antiquité.
LIBELLATIQUES. — I. ~ S. Cyprien parle très-souvent des libellatiques dans ses Œuvres, particulièrement dans ses lettres (V. EpUL XXXI. ui. Lxvui et paa<tm). Les libellatiques étaient une classe de tombés (V. l'art. Lapsi) qui, sans avoir commis aucun acte d'idolâtrie, ni vouloir se montrer matériellement infidèles à la foi, croyaient pouvoir concilier leurs devoirs de chrétiens avec le soin de leur sécurité contre les menaces de la persécution, en se procurant, à prix d'argent ou autrement, des libelles ou certificats attestant qu'ils avaient obéi en cela aux édita des empereurs : Fecisse te dixit quidquid aliuê facUndo commint (Cyprian. De laps. 0pp. p. 190. cdit. Oxon.). Ces libelles se lisaient en public : de telle sorte que ceux qui les avaient obtenus scandalisaient l'Église de Dieu, et réjouissaient les idolâtres par une apostasie simulée. Leur crime était moindre sans doute que celui des apostats effectifs qui avaient, ou mangé des viandes inunolées, ou brûlé de l'encens devant les idoles, ou participé aux sacrifices. L'austère évêque de Carthage, et avec lui le clergé de Rome dans une lettre qu'il lui adressait pendant la vacance du saint-siège (înter Cyprianicas.p. 42), semblent les mettre sur la même ligne.
Tous n'étaient pas coupables au même degré, et les Œuvres de S. Cyprien lui-même permettent de les ranger en plusieurs classes :
i* Les plus criminels étaient ceux qui demandaient eux-mêmes aux magistrats ou aux officiers chargés de rechercher les chrétiens et de dresser le dénombrement des familles, à être inscrits dans leur registre comme étant de la religion du prince et serviteurs des divinités de l'empire, ou qui, du moins, s'y laissaient inscrire sciemment et sans réclamation : llla professio denegantis^ cantestaUo est Christiani quod fueral abnuentis (Cyprian. ibid.). Ils avaient sacrifié, dés lors qu'ils avaient voulu qu'on crût qu'ils l'avaient fait.
S* Ceux de la seconde classe étaient plus excusables ; car la chose s'était faite en leur absence et sans leur participation directe : un de leurs amis, ou même un païen, s'était chargé de tout, et eux n'avaient eu qu'à donner leurs ordres. Le clergé de Rome (Ibid.) les condamne cependant à une exacte et laborieuse pénitence : Non enim immnnis est a scelere, qui ut fieret imperavit.
3* D'autres, cièdant aux instances de leurs parents, quelquefois même aux sollicitations des magistrats mus par un sentiment de compassion naturelle, ne faisaient que permettre d'une manière générale que l'on écrivit ce que l'on voudrait Le péché de ceux-ci était encore moins grand ; cependant il ne laissait pas de mériter encore l'excommunication et la privation des sacrements : Nec est alienus a crimine, cujus consensu licet non a se admissum crimen, tamen publiée legUur.... qui vult videri propositis advenus Evangelium vel edictis vel legibus satisfecisse, hoc ipso Jam paruit quod videri paruisse se voluit (Ibid,).
¥ Enfin, les moins coupables de tous étaient
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ceux qui n^ayaient eu que la pensée de se servir de ce moyen pour éviter la persécution et le daiH ger d'une chute plus criminelle, et qui néanmoins se soumettaient à la pénitence et en venaient demander à leur évéque Tordre et la manière: Quanto et fide majores, ei timoré meliores tunt (Cyprian. De laps. p. 190) qui quantumvis nullo sacrifiai aut lihelli facinore constricti, quomam iamen de hoc vel cogitaverunt, hoc ipsum apud sacerdotes Dei dolenter et simpliciier confitenies, exomologesin conscientice faciunt, animi sui pondtts exponunt, salutarem medelam parvis licet ei mocftcis vulneribus exquinmi^ scienies scripium esse : Deus non irridelur. Texte précieux, qui prouve jusqu'à révidence la confession secrète, et la confession des péchés de simple pensée, car diez ces chrétiens timorés il n*y avait eu qu*une complaisance momentanée et tout intérieure pour une tentation délicate. Les libellatiques de cetle sorte pouvaient passer pour de véritables confesseurs de la foi, et il serait peut-être difficile de trouver, dans une violente persécution, des hommes de bien qui valussent de tels pénitents (Cyprian. Epist,uu p. 170).
11 semblerait même ressortir du texte, auquel on se contente de renvoyer, que quelques-uns se faisaient le même scrupule d'avoir eu la pensée d'acheter à prix d'argent le droit de rester fidèles. TertuUien, dans un traité composé depuis sa chute (De fuga. xii), condamne durement cette pratique, qui cependant était celle de plusieurs Églises entières. Rien n'était plus légitime, selon la réflexion de S. Pierre d'Alexandrie (can. xu. ConciL 1. 1. p. 966), que cet u^ge qu'on faisait de son bien, puisqu'on prouvait ainsi qu'on préférait à l'argent son salut et sa conscience, au moment même où se produisaient tant d'exemples opposés. Ce Péie estime même que Jason et quelques autres disciples de S. Paul en usèrent ainsi à Tliessalonique ; car après une violente sédition, où Jason avait été pris, comme uni de créance avec Paul et Silas, ils donnèrent de Targent aux magistrats et furent relâchés.
II. — Baronius, et Bingham jusqu'à un certain point, professent, au sujet des libellatiques, une opinion toute particulière. Ils supposent qu'ils sont ainsi appelés, parce qu'ils avaient pris soin de se munir d'une attestation ou libelle pour une apostasie réellement consommée, aiin de n'être pas exposés à perdre le bénéfice de leur lâcheté, en se voyant de nouveau poursuivis comme clurétiens. 11 est évident que cette précaution même les eût rendus plus coupables encore. Aussi le sentiment de ces deux savants hommes nous paraît-il impossible à concilier avec l'indulgence relative dont cette classe de iombés fut l'objet de la part de l'Église et même de S. Cyprien, si sévère cependant pour les apostats. En effet, dans le concile tenu en 251 à Carthage par ce saint évêque, surKaffaire des tombés, il fut décidé que ceux des libellatiques c qui avaient embrassé la pénitence Tannée précédente, aussitôt après leur I
chute, seraient immédiatement admis à la com^ munion , • tandis qu'au contraire ceux qui avaient réellement sacriOé aux idoles, seraient traités avec beaucoup plus de rigueur, sans qu'on leur dtât néanmoins l'espoir du pardon (Cypriia. Epist. LU et lui).
S'il s'agissait des évêques, ou autres ministres de l'Église, qui avaient accepté des attestations de cette sorte, on déclare qu'eux aussi, bien que leur crime fût plus grave encore que celui des autres libellatiques, pourraient être admis à la pénitence, mais qu'ils seraient dégradés du sacerdoce et exclus des fonctions ecdésiatiques. Les laïques libellatiques étaient frappés d'incapadlé ou d'irrégularité pour les saints ordres. Et S. Cyprien ajoute, pour les clercs, que, lors mèfôe qu'aucun règlement n'eût été fait à cet égard, leur indignité était manifeste et leur exclusion de droit. On a vu néanmoins à l'artide Lapti que cette règle ne parait pas avoir été tout à fait inÎDexible.
LIBELLES DES MARTYRS. —C étaient des espèces de lettres de recommandation que les martyrs donnaient à ceux qui étaient sujets à la pénitence publique, pour les dispenser de la totalité ou d'une partie de leur peine. Et par martyrs, on entend ici non-seulement ceux qui avaient déjà souffert, mais ceux qui étaient condamnés aux mines ou à la prison pour la foi chrétienne. 11 n*y avait en ceci rien d'arbitraire, mais tout était réglé par la discipline de l'Église.
Ceux donc qui subissaient quelques peines canoniques allaient trouver les martyrs et leur demandaient des lettres pour leur évêque, par lesquelles celui-ci était pné d'user d*indulgence envers le pénitent. Ceci se pratiquait au temps de Tertulliefl (Ad Marc, i), et non-seulement en Afrique, mais jusque dans TÉgypte, comme on le peut voir par S. Denys d'Alexandrie, dans un passage très-remarquable (Ap. Euseb, 1. IV. c. 43). A Smyme, eo Asie, les c tombés • vinrent aussi avec de grands cris implorer le secours de S. Pione qui y était prisonnier pour la foi. Nous savons par S. Cyprien que les martyrs t examinaient et pesaient scrupuleusement les désirs des postulants, le genre et la qualité de leurs crimes, de peur de leur rien promettre, ou de rien demander pour eux aux évêqufs sans de justes raisons ou trop légèrement (Cypriao. Epist, II). • Après ce mùr examen, les martyrs, s'ils le jugeaient à propos, leur délivraient u» lettre où ils soumettaient de nouveau le désir des pénitents au jugement de i*évèque. Celui-ci, pour éviter toute surprise, et s'assurer que les martjrs n*avaient pas été trompés par des paroles feintes, envoyaient leurs diacres dans les prisons, afin de les éclairer de leurs conseils et par les préceptes des Écritures, c'est-à-dire de leur montrer si la doctrine de la loi évangélique permettait ou défendait d'accéder à leurs vœux. Les évêques ne flattaient point les martyrs, dans le cas où ils demandaient trop ou excédaient par leur demande les limites du droit.
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